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Abatage

d’Hautel, 1808 : Avoir de l’abatage. Locution figurée et populaire, qui signifie être d’une haute stature ; être fort, vigoureux, taillé en Hercule.
En terme de police, ce mot signifie l’action de tuer les chiens errans ; c’est aussi un terme reçu parmi les acheteurs de bois vif.

Rigaud, 1881 : Action d’abattre son jeu sur la table, en annonçant son point, — dans le jargon des joueurs de baccarat. Il y a abatage, toutes les fois qu’un joueur a d’emblée le point de neuf ou de huit. — Bel abatage, fréquence de coups de neuf et de huit. — Il y a abatage sur toute la ligne, lorsque le banquier et les deux tableaux abattent simultanément leurs jeux.

Les abatages se succédaient entre ses mains, drus comme grêle.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Rigaud, 1881 : Développement du bras, haute stature d’un joueur de billard. C’est un avantage qui lui permet de caramboler avec facilité et de se livrer, en été, à des effets de biceps.

Rigaud, 1881 : Forte réprimande. Écoper un abatage, recevoir une forte réprimande, — dans le jargon des ouvriers.

Le lendemain, tout le monde sur le tas. Avant de commencer, j’ai écopé mon abatage.

(Le Sublime)

Rigaud, 1881 : Ouvrage vivement exécuté. — Graisse d’abatage, ardeur à l’ouvrage.

Hayard, 1907 : Réprimande, de patron à ouvrier.

France, 1907 : Abattre son jeu au baccara, argot des joueurs.

Ainsi qu’un bon comptable, il laissa passer les premiers coups sans risquer aucun enjeu ; il attendait sa main. Quand les cartes lui vinrent, il poussa trois louis, et abattit huit ; mais, en consultant son point, ses mains tremblaient de plus en plus, et de la sueur lui coulait des cheveux sur les tempes. Il fit ce qu’on appelle paroli, et, toujours plus convulsif, abattit neuf.

(Maurice Montégut)

L’autre soir, au cercle. Le banquier perdait beaucoup. Un ponte qui venait de passer quatre fois prend les cartes pour le cinquième coup, et tombe sur le tapis, foudroyé par une attaque d’apoplexie.
Le banquier (très tranquillement). — Allons bon ! encore un abatage !

On appelle aussi abatage un ouvrage rapidement exécuté, d’après l’expression bien connue : abattre de la besogne.

Cadet

d’Hautel, 1808 : Un cadet hupé. Le coq du village ; campagnard qui a du foin dans ses bottes ; garçon jeune, robuste et vigoureux.
Le cadet. Pour dire le derrière.
C’est un torche cadet ; ce n’est bon qu’à torcher cadet. Se dit d’un papier inutile, ou pour marquer le mépris que l’on fait d’un mauvais ouvrage.
Cadet de haut appétit. Voy. Appétit.

Ansiaume, 1821 : Pince pour voler.

Il faut un fameux cadet pour débrider la lourde de l’antonne.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pince en fer (Voyez Monseigneur).

Vidocq, 1837 : s. m. — Pince de voleur.

M.D., 1844 : Instrument avec lequel on casse une porte.

un détenu, 1846 : Principal outil pour casser les portes.

Halbert, 1849 : Outil pour forcer les portes.

Larchey, 1865 : Derrière.

Sur un banc elle se met. C’est trop haut pour son cadet.

(Vadé)

Larchey, 1865 : Individu. — Pris souvent en mauvaise part.

Le cadet près de ma particulière s’asseoit sur l’ banc.

(Le Casse-Gueule, chanson, 1841)

Larchey, 1865 : Pince de voleur (Vidocq). — Cadet a ici le sens d’aide, de servant. On sait que le nom de cadet est donné aux apprentis maçons. V. Caroubleur.

Delvau, 1866 : s. m. Les parties basses de l’homme, « la cible aux coups de pied ». Argot du peuple. Baiser Cadet. Faire des actions viles, mesquines, plates. Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à quelqu’un ou pour clore une discussion qui leur déplaît : « Tiens, baise Cadet ! »

Delvau, 1866 : s. m. Outil pour forcer les portes. Même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. m. Synonyme de Quidam ou de Particulier. Tu es un beau cadet ! Phrase ironique qu’on adresse à celui qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.

Rigaud, 1881 : Apprenti maçon.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Baiser cadet, se conduire ignoblement. — Baise cadet, apostrophe injurieuse à l’adresse d’un importun, d’un ennuyeux personnage ; locution autrefois très répandue dans le grand monde des halles où, pour un rien, Cadet était sur le tapis et quelquefois à l’air.

Rigaud, 1881 : Pince à l’usage des voleurs, petite pince.

La Rue, 1894 : Petite pince de voleur. Le postérieur. Paquet d’objets votés ; fargué au cadet, chargé du vol.

Virmaître, 1894 : Le postérieur.
— Viens ici, bibi, que je torche ton petit cadet.
— Tu as une figure qui ressemble à mon cadet (Argot du peuple).

France, 1907 : Individu quelconque ; apostrophe adressée à quelqu’un qui vient de faire une bêtise : Vous êtes un fameux cadet. Se dit aussi pour un paquet d’objets volés. Cadet de mes soucis, chose qui n’importe pas et dont je ne m’inquiète nullement.

Les femmes veulent qu’on obéisse, non à ce qu’elles disent, mais à ce qu’elles pensent. Avec elles, il faut sentir et non pas raisonner. Aussi bien la logique est-elle le cadet de leurs soucis. Un jour, une de mes bonnes amies m’a donné là-dessus une leçon dont j’ai fait mon profit. Je veux que vous en ayez votre part.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Le derrière.

— Monsieur Coquelin cadet ?
Et, debout devant son armoire à glace, en manches de chemise, un bonnet de coton rouge sur la tête, la figure navrée, j’aperçus Cadet !
J’éclatai de rire.
— Pourquoi ce bonnet ? vous êtes malade ?
— J’ai un clou.
— Sur le crâne ?
— Non, plus bas… Ici. Mais ne le dites pas.
— Pourquoi cela ?
— Parce qu’il ne serait pas content… mon homonyme, sur lequel je ne puis plus m’asseoir.

(Lucien Puech, Gil Blas)

Bon pour Cadet, chose de nulle valeur. Baiser Cadet, faire des actions basses, se mettre à plat ventre devant un chef, ce que les faubouriens appellent lécher le cul.

France, 1907 : Pince de voleurs ; paquet d’objets volés.

Campagne (neuf de)

Rigaud, 1881 : « Le grec escamote des neuf sur le tapis ou en apporte dans ses poches (pour le triomphe du baccarat). Ces neuf dits de campagne lui serviront à abattre contre le banquier. » (A. Cavaillé)

Décavage

Rigaud, 1881 : Misère, ruine.

France, 1907 : État du joueur qui a perdu.

Vous connaissez le célèbre baron Rapineau. Le voici près du croupier, étalant sa face mafflue, son nez d’oiseau de proie et son ventre de silène. Une rosette raccrochée dans de véreuses affaires s’épanouit, insolente et énorme, sur son veston anglais. Un officier, en la voyant, met la sienne dans sa poche.
Il joue gros jeu, le maltôtier. De combien de larmes et de sueurs furent arrosés les billets volés qu’il entasse et les rouleaux d’or qu’il éventre sur le tapis ! Il perd, il gagne, il reperd. Hier, il a ramassé cent mille francs ; aujourd’hui, c’est la revanche de la banque, c’est le décavage !

(Hector France, Monaco)

Éclairage

Rigaud, 1881 : L’argent qu’on étale sur le tapis pour alimenter une partie s’appelle l’éclairage. — Les joueurs appellent éclairage au gaz l’apparition devant un joueur d’une très forte somme d’argent. Donnez-vous le coup ? Oui, mais où est l’éclairage.

France, 1907 : Argent que les joueurs sortent de leurs poches pour ponter.

Éclairer

d’Hautel, 1808 : La chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière. C’est-à dire, qu’il vaut mieux faire du bien de son vivant, que par testament après sa mort.

Larchey, 1865 : Payer d’avance au jeu. — Mot à mot : faire luire (éclairer) sa monnaie.

C’est pas tout ça, l’faut éclairer. C’est six francs.

(Monselet)

Delvau, 1866 : v. n. Montrer qu’on a de l’argent pour parier, pour jouer ou pour faire des galanteries, — dans l’argot de Breda-Street.

Delvau, 1866 : v. n. Payer, — dans l’argot du peuple, qui sait, quand il le faut, montrer pièce d’or reluisante ou pièce d’argent toute battante neuve.

Rigaud, 1881 : Mettre l’argent sur le tapis, — dans le jargon des joueurs. — Payer d’avance, — dans le jargon des filles.

La Rue, 1894 : Mettre l’argent sur le tapis de jeu. Payer d’avance.

Virmaître, 1894 : Payer.
— C’est mon vieux qui tient le flambeau.
Mot à mot qui éclaire.

Rossignol, 1901 : Donner, payer, rendre. Tu me dois 3 francs, éclaire ! As-tu éclairé la dépense ?

Il ne voulait pas me payer. Je l’ai forcé à éclairer.

Hayard, 1907 : Payer.

France, 1907 : Chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière. Vieux dicton signifiant qu’il vaut mieux faire du bien de son vivant, que l’obliger par testament ses héritiers à en faire quand on est mort.

France, 1907 : Payer ; mettre au jeu l’argent sur le tapis.

— Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui, mignonne ?
— J’ai trotté toute la journée.
— Je la connais ! la couturière, la modiste, le pâtissier… Tu vas encore me coûter les yeux de la tête ce mois-ci. Toujours éclairer, cela devient bête à la fin.

(Albert Dubrujeaud, Écho de Paris)

Depuis quelques mois, la petite Fanny Z… est entretenue par un Brésilien, peu généreux de sa nature, mais, en revanche, jaloux comme un tigre.
Elle disait de lui dernièrement :
— J’ai toujours à me méfier… Il arrive chez moi comme la foudre… Il tonne toujours… mais il éclaire rarement !

(Le Journal)

Une belle petite accompagne jusqu’à l’antichambre un ami sérieux qui vient d’une longue visite.
— Éclairez monsieur, dit-elle à la bonne.
Pendant le dîner, Mlle Lili, jeune personne de six ans, qui a assisté au départ du visiteur, interroge sa mère :
— Pourquoi donc que tu as dit à la bonne d’éclairer ce monsieur, puisque tu disais l’autre jour qu’il faut toujours que les hommes éclairent ?

(Zadig)

En peinture, il y a deux grandes espèces d’amateur : l’amateur éclairé et l’amateur… éclairant.

Emmancher

d’Hautel, 1808 : Emmancher une affaire. La mettre sur le tapis ; entrer en négociation, en pourparlers.
On dit qu’une affaire a été mal emmanchée. Pour faire entendre qu’elle a été mal entamée conduite par des mains inhabiles.
On dit aussi d’un homme vigoureux et bien bâti, qu’il est bien emmanché.

Delvau, 1864 : Baiser, — la nature de la femme étant la manche où s’introduit le plus volontiers le petit bras, ou si l’on veut, le manche de l’homme.

Un bon garçon du village, très bien emmanché.

(Moyen de parvenir)

N’est-il pas temps que je vous emmanche ?

(B. Desperriers)

Emplâtre

d’Hautel, 1808 : Où il n’y a point de mal, il ne faut point d’emplâtre. Signifie que quand on se porte bien, il est inutile de prendre des médicamens.
C’est un vrai emplâtre ; un pauvre emplâtre. Se dit d’une personne sans vigueur, sans capacité, d’un homme valétudinaire et rempli d’infirmités. Le peuple fait ce mot féminin, et dit une emplâtre.

Vidocq, 1837 : s. f. — Empreinte.

Larchey, 1865 : Empreinte (Vidocq). Allusion à la couche de cire molle sur laquelle est prise l’empreinte.

Delvau, 1866 : s. m. Empreinte, — dans l’argot des voleurs, qui se garderaient bien d’en prendre avec du plâtre (comme l’insinue M. Francisque Michel) et qui se servent au contraire de substances molles, ou se malaxant entre les doigts, collant enfin (ένπλάσσω) comme la cire, la gomme-résine, etc.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sans énergie, pusillanime, qui reste collé en place, sans pouvoir se décider à bouger. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Empreinte à la cire.

Rigaud, 1881 : Portée de cartes dont se servent les tricheurs. Faire un emplâtre ou placard, placer une série de cartes dans un ordre déterminé. Les grecs cachent l’emplâtre dans une tabatière à double fond, sous l’aisselle. Au lansquenet et au baccarat, choisissant le moment propice, le tricheur place adroitement l’emplâtre sur le paquet de cartes qu’il tient ostensiblement à la main. Il faut se méfier d’un individu qui tire de sa poche soit son mouchoir, soit sa tabatière ou tout autre objet en gardant les cartes à la main. Il faut surveiller également celui qui, ayant posé les cartes sur le tapis, les couvre un instant avec une tabatière. Il y a cent à parier contre un que la tabatière est à double fond. Le double fond recèle un emplâtre que la pression du doigt fera descendre sur le paquet de cartes.

La Rue, 1894 : Empreinte (d’une clé, d’une serrure) à la cire. Portée de cartes à l’usage des grecs.

France, 1907 : Cravate longue.

France, 1907 : Empreinte à la cire d’une serrure ; argot des voleurs.

France, 1907 : Paquet de cartes préparé pour tricher au jeu ; argot des grecs. Plaquer une emplâtre, poser une portée.

Avant de plaquer ton emplâtre,
Tâche au moins qu’elle soit chenâtre.

(Hogier-Grison)

France, 1907 : Propre à rien ; homme sans énergie et mou comme un emplâtre.

— Eh ! dites donc, là-bas, crie le sous-officier au conscrit, votre cheval est donc malade ?
— Je ne sais pas, maréchal des logis.
— Comment, vous ne savez pas… il a pourtant un rude emplâtre sur le dos.

(Facéties de Caserne)

Étouffage

Rigaud, 1881 : Action de cacher de l’argent sur soi, d’empocher sans être vu une partie du gain, — dans le jargon des joueurs.

Rigaud, 1881 : Escamotage d’argent opéré, au jeu, soit par un garçon, soit par un joueur, il a fait plus de dix fois le coup de l’étouffage.

Fustier, 1889 : Vol. Étouffer, voler. Étouffeur, grec, voleur. Argot des joueurs. (V. Delvau : Étouffoir.)

La Rue, 1894 : Escamotage d’argent au jeu. Vol. Étouffer, dérober voler.

France, 1907 : Soustraction par un grec de la mise d’un ponte sur le tapis. L’étouffage se pratique souvent aux tables de roulette de Monte-Carlo.
Dans les cercles, nombre de croupiers se livrent àl’étouffage.

Désirait-on aussi faire sortir d’un cercle soit un croupier, qui exagérait l’étouffage, soit un commissaire des jeux qui se refusait à desservir son patron, le XIXe Siècle était là pour raconter l’histoire de la vie publique et privée le ces individus.

(Le Journal)

Extrême-onction

France, 1907 : Indemnité de retour que la ferme des jeux de Monte-Carlo donne aux joueurs qui ont laissé sur le tapis leur dernier écu. On dit aussi viatique.

Fille

d’Hautel, 1808 : Une fille de joie. Fille de mauvaise vie, d’un commerce débauché ; coureuse, gourgandine.
C’est la fille au vilain, qui en donnera le plus l’aura. Se dit d’une fille que l’on veut marier à celui qui aura plus de fortune ; d’une chose que l’on met à l’enchère.

Delvau, 1864 : Mot injurieux pour désigner une femme qui fait métier et marchandise de l’amour.

Le mot fille signifie, ad libitum, ce qu’il y a de plus pur, ce qu’il y a de plus doux, ce qu’il y a de plus bas, ce qu’il y a de plus vil dans le sexe féminin. — Il est sage et timide comme une fille. — Il aime tendrement sa fille. — En quittant l’auberge, il a donné quelque chose à la fille. — Il a eu l’imprudence de se montrer au spectacle avec une fille.

(E. Jouy)

Prenez les intérêts des filles de Cypris,
Et ne permettez pas qu’on en fasse mépris.

(La France galante)

Le ramage des filles est cent fois préférable à l’argot des boursiers.

(A. Delvau)

Nos ingénues à sentiments,
En fait d’amants,
Ruin’nt plus d’jeun’s gens
En quinze jours,
Qu’une fille en douze ans.

(É. Debraux)

Delvau, 1866 : s. f. Femme folle de son corps, — dans l’argot du peuple. Fille d’amour. Femme qui exerce par goût et qui n’appartient pas à la maison où elle exerce. Fille en carte. Femme qui, par l’autorisation de la préfecture de police, exerce chez elle ou dans une maison. Fille à parties. Variété de précédente. Fille soumise. Fille en carte. Fille insoumise. Femme qui exerce en fraude, sans s’assujettir aux règlements et aux obligations de police, — une contrebandière galante.

Delvau, 1866 : s. f. Femme qui vit maritalement avec un homme, — dans l’argot des bourgeoises, implacables pour les fautes qu’elles n’ont pas le droit de commettre.

Delvau, 1866 : s. f. Servante, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Dans le jargon des joueurs de rams, ce sont les cartes du talon qui restent sur le tapis à la disposition du premier en cartes. — Quand un ramseur échange son jeu contre celui qui est sur le tapis, il a coutume de dire :

Voyons le cul de la fille ou voyons le derrière de la fille.

La Rue, 1894 : Bouteille. Fillette, demi-bouteille.

France, 1907 : Bouteille. La demi-bouteille est la fillette.

France, 1907 : Paquet de cartes.

Je connais un monsieur qui joue aux cartes tous les soirs. Il y a sur la table une fille, c’est-à-dire un jeu secret, avec lequel on peut changer le sien si l’on en est mécontent. À tout moment, j’entends mon monsieur crier : « Je prends encore la fille une fois, mais, si elle ne me réussit pas, ce sera la dernière. » Cela ne lui réussit pas, ce qui n’empêche qu’un quart d’heure après, il la prend de nouveau, en répétant : « Je prends encore la fille une fois, mais, si elle ne me réussit pas, ce sera la dernière. »

(Henry Maret, Le Radical)

France, 1907 : Prostituée. Dans l’argot bourgeois, ce mot a remplacé garce, qui lui-même veut dire jeune fille (féminin de gars).

— Nous ne sommes pas des pieds-de-mufles. Je laisse nos sœurs en dehors. Beaux bijoux d’amour, gentilles biquettes, les sœurs à nous, les filles à maman ! Non, je parle des autres, du tas. Sérieusement, qu’est-ce que vous pouvez trouver d’amusant à ces faux mammifères ? C’est gauche, et laid.
— Il y en a de ravissantes !
— Non. C’est pas formé, ça court encore après la gorge et ses hanches, et, au moral, de deux choses l’une : c’est bête comme un lapin de choux ou effronté comme une guenou. Quand ça ne fait pas la petite fille, ça fait la fille. Pas de milieu.

(Henri Lavedan)

Et c’est coquet, et ça vous dévisage un homme
Du haut en bas, avec un regard polisson.
Ah ! ces gamines… c’est tout de suite grand comme
La botte, et c’est déjà — fille — comme chausson.

(André Gill, La Muse à Bibi)

Levage

Larchey, 1865 : Opération qui consiste de la part d’un homme à faire sa maîtresse d’une femme, ne fût-ce que pour un jour. De la part d’une femme, c’est amener un homme à lui faire des propositions. — Terme de chasse.

Delvau, 1866 : s. m. Escroquerie, — dans l’argot des faubouriens. Séduction menée à bonne fin, — dans l’argot des petites dames. Galanteries couronnées de succès, — dans l’argot des gandins.

Rigaud, 1881 : Séduction facile et en coupe réglée. — Les filles font des levages dans les bals publics à coups de cancan, les femmes galantes, au théâtre, à coups de lorgnette ; les grandes cocottes, au bois de Boulogne, à coups de huit-ressorts, sur la plage à coups de costume de naïades, à Monaco à coups de cartes.

La Rue, 1894 : Escroquerie. Séduction facile. Lever une femme.

France, 1907 : Raccrochage. Levage au crachoir, lever une femme grâce au bagoût.

— Qu’allait-il devenir de cette grossesse ? Ah ! mon Dieu, mon Dieu ! Elle devait bien s’y attendre, pourtant, avec la vie qu’elle menait, les intrigues qu’elle nouait, ses frasques et ses levages de chaque jour, de chaque soir.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Jane, sur le tapis vert,
Tout l’hiver,
Ayant semé sa galette,
Revint à Paris seulette,
Sans un seul petit morceau
De prince ou de rigolo.
Elle alla crier famine
Chez Thérèse, sa voisine,
La priant de lui prêter
Cent louis pour subsister
Jusqu’à son prochain levage :
Je vous pairai, je le gage,
Avant peu, foi d’animal
Car je ne suis pas trop mal.

(Edme Paz)

Madeleine (faire suer la)

Rigaud, 1881 : Faire travailler son argent sur le tapis vert ; avoir de la peine à gagner en trichant, — dans le jargon des grecs.

Marbre (sur le)

France, 1907 : Manuscrit composé, mais non encore imprimé ; argot des typographes et des journalistes. « Mon article est sur le marbre, il attend la mise en pages. »

Dernièrement, chez Peters, le rendez-vous des égorgeurs et des hommes de lettres, un peut jeune homme… était sur le tapis.
Le débinage était carré.
— Les articles de X… ne sont pas toujours drôles, dit Timothée Trimm, il devrait se soigner.
— Il faut l’excuser, repartit Adrien Marx, si ses articles sont froids, c’est qu’ils restent trop sur le marbre.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Masse

d’Hautel, 1808 : C’est une grosse masse. Se dit par mépris d’une femme toute ronde, sans grace ni tournure.

Delvau, 1866 : s. f. Grande quantité de gens ou de choses, — dans l’argot du peuple. En masse. En grand nombre, en grande quantité.

La Rue, 1894 : Travail. Masser, travailler dur.

France, 1907 : Produit du travail d’un condamné qu’on lui remet à sa sortie de prison.

Avec les quelques louis de sa masse, il s’acheta des vêtements convenables, — pas de luxe inutile, des habits qui passent sans qu’on les voie, — partit pour l’Allemagne, se trouva, quatre jours après le levé d’écrou, aux environs d’Ober-Ursel, attendit le soir dans une auberge de la route.

(Catulle Mendès, La Vie et la Mort d’un clown)

France, 1907 : Somme placée par un joueur sur le tapis.

Quatre coups, masse en avant, il gagna, et fit sauter la banque qui, d’ailleurs, n’était pas considérable. Sans plus attendre, il se leva, empocha son gain et prit la porte : mais, sur son passage, il eut le temps d’entendre Philippe Marnier, le banquier décavé, qui murmurait rageusement : « Il est cocu, cet oiseau-là ! »

(Maurice Montégut)

Croupier, au lieu d’bourrer ta pipe,
Si le banquier est un bon type,
Bourre le trou, ta valade aussi,
Surtout sans fair’ bonnir un cri…
Si ton voisin battait morasse,
Plaque-lui deux sigs dans sa masse,
S’y r’naude envoie-le lascailler,
Cesse d’bourrer pour… étouffer.

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

France, 1907 : Somme versée autrefois au compte du soldat. Avoir la masse complète, posséder une bourse bien garnie ; expression militaire.

Mistouflier

France, 1907 : Malheureux, misérable.

Cette garce d’Assistance publique a été remise sur le tapis…
On lui en a envoyé de toutes les couleurs : on lui a seriné qu’en fait de secours elle n’en aboule qu’aux amis recommandés — et qui n’en ont pas besoin — et, qu’à bien voir, les seuls types réellement assistés sont les gratte-papiers et toute la kyrielle d’employés de son administration ; on lui a prouvé qu’au lieu d’empêcher les mistoufliers de crever la faim et au lieu de soigner les malades elle prend plaisir à voir pâtir et crampser les uns et les autres.

(Le Père Peinard)

Si nous sommes mistoufliers en diable, c’est que nous turbinons de trop : on s’abrutit et on n’a plus la force de foutre un pain aux salopiots de la haute qui vous manquent de respect.

(Le Père Peinard)

Neuf de campagne

Fustier, 1889 : Argot de joueurs. Procédé peu délicat employé par le ponte vis-à-vis du banquier et que dévoile ainsi M. Carle des Perrières dans son livre : Paris qui triche. (V. Minerve.)

Dans sa poche il (le ponte) a son neuf tout prêt ; valet de pique, neuf de cœur ; rien n’est plus simple. Lorsque la main arrive à son tour, le neuf de campagne est extrait de sa poche pour passer dans sa main gauche ; le banquier donne les cartes ; le ponte s’en empare comme c’est son droit et sous prétexte d’empêcher ses voisins de voir son point, parce que, dit-il, cela lui porte la guigne, il fait disparaître les deux cartes qu’on vient de lui donner dans ses deux mains rapprochées ; il substitue son valet de pique et son neuf de cœur aux deux cartes qu’il a reçues et abat sur le tapis un magnifique neuf de campagne…

France, 1907 : Neuf de carte que dissimule un grec pour le jouer an moment opportun.

Après douze neufs de campagne
Prudemment fais donc charlemagne.

(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)

France, 1907 : Paysan nouvellement arrivé à la ville.

Orphelin

Ansiaume, 1821 : Orfèvre.

À l’arrivée de la sorgue l’orphelin sera le bon.

Bras-de-Fer, 1829 : Orfèvre.

Vidocq, 1837 : s. m. — Orfèvre, bijoutier.

Clémens, 1840 : Horloger, bijoutier, orfèvre.

Larchey, 1865 : Orfèvre (Vidocq). — Corruption du même mot. Les orphelins de muraille sont des factionnaires. v. ce mot. — L’abandon de leurs auteurs leur a fait donner ce nom. — Orphelins.

C’est sous ce nom que l’on veut dire en argot : une bande de voleurs.

(A. Durantin)

Delvau, 1866 : s. m. Orfèvre, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Bout de cigare, bout de cigarette réduite à sa dernière expression.

Rigaud, 1881 : Orfèvre.

La Rue, 1894 : Orfèvre Horloger. Bout de cigare. Mise (au jeu) abandonnée ou oubliée sur le tapis.

Virmaître, 1894 : Bout de cigare ou de cigarette que le fumeur abandonne dédaigneusement. Ils sont aussitôt recueillis par le ramasseur de mégots qui leur fait un sort (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Verre de vin à moitié bu que le buveur abandonne sur le comptoir du mastroquet. Quand un consommateur boit seul sans trinquer, il étouffe un orphelin. Dans les bars, il ne manque pas de Saint-Vincent-de-Paul pour les recueillir (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Voir mégot.

Hayard, 1907 : Bandit.

Hayard, 1907 : Bout de cigare ou bout de cigarette ; mégot.

France, 1907 : Bout de cigare.

France, 1907 : Dans l’argot des joueurs, ce sont les pièces laissées sur le tapis vert et que personne ne réclame. Le fait arrive assez fréquemment sur les tables de roulette. Des joueurs, pontant sur plusieurs chances à la fois, oublient quelquefois où ils ont ponté. La mise reste sur le tapis et le ramasseur d’orphelins s’en empare.

La plupart des décavés attendent patiemment le retour de la fortune. Ils savent qu’un coup heureux suffit et n’abandonnent jamais l’espoir. Ils suivent le précepte espagnol : « Lorsque tu n’as plus d’argent, ne t’éloigne pas de la maison de jeu » et fréquentent assidûment les salles. Le hasard est émaillé de joyeuses surprises. C’est un ami qui survient à point pour vous prêter le louis sauveur ; un orphelin égaré que pieusement on recueille ; une pièce perdue ramassée sous un banc.

(Hector France, Monaco)

On dit aussi orphelin sans refuge.

France, 1907 : Horloger, orfèvre.

France, 1907 : Individu sans profession, généralement voleur ; vieil argot.

Ponte

La Rue, 1894 : Joueur. Tout homme qui fait de la dépense.

France, 1907 : Joueur. Celui qui place de l’argent sur le tapis contre le banquier au pharaon, au trente et quarante et à la roulette ; de l’espagnol punto, point, as.

Au tripot de la Bourse, il n’existe point d’autre moralité que le succès ; les gros gagnants se croient, non point des heureux, mais des hommes d’élite supérieurs au vil troupeau des pontes obscurs ; ceux-ci, du reste, ne tardent point à rendre hommage au favori du destin railleur.

(Henry Bauër)

Ponter

Larchey, 1865 : Payer. — Ponteur : V. Miché.

Delvau, 1866 : v. n. Payer, — dans l’argot des bohèmes.

Rigaud, 1881 : Jouer contre la banque. Ponter dur ; jouer beaucoup d’argent. Ponter sec, jouer de grosses sommes à intervalles inégaux.

La Rue, 1894 : Payer. Jouer contre la banque.

France, 1907 : Mettre un enjeu sur le tapis vert.

Ponte toujours tabbins et blé
Du bon, pas du mauvais côté.

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

Postillon

Larchey, 1865 : « Un postillon est une boulette de mie de pain pétrie entre les doigts et renfermant un avis adressé à un détenu. »

(Canler)

Delvau, 1866 : s. m. Éclaboussure de salive ou de nourriture que lancent en parlant les gens à qui il manque des dents ou ceux qui ont la malhonnête habitude de parler en mangeant.

Ces postillons sont d’une maladresse !

Delvau, 1866 : s. m. La première dame mise en circulation, — dans l’argot des joueurs de jacquet.

Rigaud, 1881 : Boulette de mie de pain recélant un billet qu’un détenu lance d’une cour à l’autre, lorsqu’il a quelque communication à faire à un camarade. — Envoyer le postillon, correspondre entre prisonniers.

Rigaud, 1881 : Carte servant de point de repère — peut-être vaudrait-il mieux orthographier repaire — pour reconnaître soit le début, soit la fin, soit la reprise d’une passe au baccarat, — dans le jargon des grecs. Nommé postillon parce qu’il conduit le char de la fortune sur le tapis vert.

Rigaud, 1881 : Insinuation déplacée. — Faire postillon.

Rigaud, 1881 : Petite pluie de salive dont le postillonneur asperge, bien innocemment, le visage de son interlocuteur.

Virmaître, 1894 : Baver en parlant, c’est lancer des postillons (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Boulette de mie de pain dans laquelle est un billet laconique. Cette boulette est lancée dans la cour où se trouve le prisonnier que l’on veut prévenir qu’un de ses complices s’est mis à table. Le postillon est aussitôt ramassé, et ouvert ; le billet est collé sur la muraille ; quand les gardiens s’aperçoivent du coup, il est trop tard (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : C’est une bouchée de pain, dans laquelle on met beaucoup de poivre, à la portée de la main d’un voisin de table, qui ne manque jamais de la manger.

Rossignol, 1901 : Salive que des personnes envoient en parlant.

Hayard, 1907 : Jet de salive en parlant.

France, 1907 : Boulette de mie de pain pétrie entre les doigts et qui sert de communication entre les prisonniers entre eux ou entre les prisonniers et leurs visiteurs. Elle contient um mot, un avis. « Envoyer le postillon », correspondre à l’aide de la dite boulette. Argot des voleurs.

Poucette, poussette

France, 1907 : Acte de pousser sa mise, de pousser son enjeu sur le tapis, lorsque l’on est certain de gagner.

Il arrive que les gens du monde aient leurs faiblesses. On en a vu chercher à gagner leur vie par des combinaisons trop ingénieuses ; des doigts qui ne s’étaient pourtant pas corrompus à tenir la plume faisaient la poucette et quelques gentilshommes payaient leurs créanciers avec le revenu de leurs châteaux en Espagne.

(Nestor, Gil Blas)

Girond discipl’ de la poussette,
Dans ta valad’ s’y a tripette,
Sous l’naz du pont y faut marner,
De riff retirer ou pousser,
Que l’caoutchouc sous l’poignet reste,
Manœuvre-le sans faire un geste.

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

Il arrive que le grec tient son poing fermé sur le tapis ; il l’ouvre, si le point de son tableau lui paraît bon, et laisse tomber un jeton ou un billet. C’est la poucette du semeur.

Poussette

Rigaud, 1881 : Action de pousser de l’argent sur le tapis, après coup, — dans l’argot des grecs, joueurs de baccarat, qui ont encore donné à ce procédé le nom de mort, La poussette, quoique très surveillée dans les cercles, est très fréquente.

Après avoir vu les deux cartes de votre partenaire, comme son point était bon, vous avez, avec le doigt, poussé, en avant de votre masse, cinq francs qui ont doublé votre enjeu.

(Figaro, du 1er août 1878)

Le grec pratique également la poussette à la bouillotte, mais seulement quand il fait son reste ; s’il voit qu’il a gagné le coup, il lâche dans sa masse une pièce qu’il tenait cachée dans les deux derniers doigts.

(A. Cavaillé)

La retirette consiste à opérer le mouvement contraire pour retirer tout ou partie de l’argent engagé lorsqu’on a mauvais jeu.

Salade (faire la)

Rigaud, 1881 : « Ils remuent le jeu de la manière dont on remue les dominos pour les mêler, les deux mains étendues sur le tapis et imprimant aux cartes un mouvement de rotation. »

(A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu)

Systémier

France, 1907 : Joueur qui suit un système pour gagner à la roulette spécialement. On donne aussi ce nom à ceux qui font profession d’enseigner ces systèmes.

J’ai connu à Monte-Carlo nombre de systémiers qui expérimentaient en chambre avec des jetons, des haricots ou de petits cailloux. Ils gagnaient des sommes folles. Mais sur le tapis vert du casino la scène changeait ; et les espèces sonnantes disparaissaient rapidement sous le râteau du croupier.

(Hector France, Au pays de Cocagne)

Tapis

Ansiaume, 1821 : Cabaret.

Je n’irai plus à ce tapis, car la raille y va.

Vidocq, 1837 : s. m. — Auberge, hôtel garni, cabaret.

Halbert, 1849 : Café.

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret, auberge, hôtel, — dans l’argot des voleurs, qui se servent là d’un vieux mot de la langue romane, tapinet (lieu secret), dont on a fait tapinois. Ils disent aussi Tapis franc, c’est-à dire Cabaret d’affranchis. Tapis de grives. Cantine de caserne. Tapis de malades. Cantine de prison. Tapis de refaite. Table d’hôte.

Delvau, 1866 : s. m. Conversation, causerie, — dans l’argot des bourgeois. Être sur le tapis. Être l’objet d’une causerie, le sujet d’une conversation. Amuser le tapis. Distraire d’une préoccupation sérieuse par une causerie agréable.

Rigaud, 1881 : Auberge, cabaret. — Tapis vert, table de jeu. — Tapis de grives, cantine militaire. Tapis de dégelés, la Morgue. Tapis de refaite, table d’hôte. Tapis bleu, le ciel.

La Rue, 1894 : Cabaret. Tapissier, cabaretier.

Hayard, 1907 : Débit où se réunissent les malfaiteurs.

France, 1907 : Auberge, cabaret, hôtel garni. Tapis franc, cabaret de voleurs. Tapis de grives, cantine. Tapis de malades, cantine de prison. Tapis de dégelés, la Morgue. Tapis de refaite, restaurant. Tapis vient du vieux français tapinet, retraite, lieu caché où l’on se tapit. Amuser le tapis, amuser la société, la compagnie.

Tapis vert

Vidocq, 1837 : s. f. — Plaine, prairie.

Delvau, 1866 : s. m. Tripot, — dans l’argot des voleurs et des bourgeois. Jardiner sur le tapis vert. Jouer dans un tripot.

France, 1907 : Table de jeu. Jardiner sur le tapis vert, Jouer. Être au tapis, rester près de la table de jeu à regarder jouer après avoir tout perdu.

Tapissier

Ansiaume, 1821 : Cabaretier.

Si tu n’es pas franc, nous riffaudrons la turne.

Delvau, 1866 : s. m. Cabaretier.

France, 1907 : Aubergiste, maître d’hôtel garni.

À la vue de celui dont le visage lui apparaissait en pleine lumière, l’aubergiste recula de quelques pas…
— Ah ! Ah ! tu me reconnais ! fit celui-ci, tu vois que quelques années de cadène ne m’ont pas beaucoup changé, mon vieux tapissier.

(Edmond Ladoucette)

France, 1907 : Personnage élégant et correct qui figure aux tables de jeu des cercles pour attirer les clients.

Le tapissier est simplement un monsieur bien mis, comme il faut, ayant des allures et que le gérant du cercle charge de figurer dans la partie. Il joue très rarement, mais il fait nombre, il anime, il fait tapisserie, en un mot. Le gérant lui donne pour cela la pâture et, de temps en temps, quelques louis qui sont vite perdus sur le tapis vert.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

L’allumeur tapissier est un associé de tripot qui entraine les dupes à la table de jeu sans jouer lui-même.

Celui qui vit du jeu et des joueurs, depuis les gros mangeurs jusqu’aux rameneurs, aux dîneurs, aux allumeurs-tapissiers.

(Hector Malot)

Tomber

d’Hautel, 1808 : Cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Pour dire qu’on a relevé une parole piquante, qu’on y a vivement riposté.
Cela n’est point tombé à terre. Pour dire, sera relevé quand les circonstances le permettront.
Tomber de son haut. Être très-étonné ; ne pouvoir revenir de sa surprise.

Ansiaume, 1821 : Être arrêté.

C’est un lofin, il est tombé deux fois cette année.

Larchey, 1865 : Terrasser, faire tomber. — Tombeur : Lutteur invincible. — Se prend ironiquement au figuré.

Eugène P., le tombeur de Renan, y vient de temps en temps mépriser l’humanité.

(Les Cocottes, 1864)

Delvau, 1866 : v. a. Écraser sous le poids de son éloquence ou de ses injures, — dans l’argot des gens de lettres.

Delvau, 1866 : v. a. Faire tomber ; terrasser ; — dans l’argot des amis du pugilat.

Rigaud, 1881 : Apparaître sur le tapis vert, — dans l’argot des joueurs. — Quand un joueur dit : un louis qui tombe, il annonce qu’il fait un louis au jeu et qu’il va le mettre sur le tableau.

Vingt-cinq louis qui tombent ! cria Servet en quittant le gérant, et en se précipitant à table.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Rigaud, 1881 : Retourner en prison. — Tombé malade, repris.

Rigaud, 1881 : Séduire ; obtenir les faveurs d’une femme.

Pour lui faire la cour, pour arriver à la tomber, il faut, etc… On tombe sans grand’peine une brune.

(Mémoires de Rigolboche)

Rigaud, 1881 : Vaincre moralement, terrasser moralement son contradicteur ; terme que les journalistes ont emprunté à l’argot des lutteurs.

La Rue, 1894 : Séduire une femme. Vaincre, terrasser. Retourner en prison. Tomber en litharge, être au secret. Tomber en figure, faire une rencontre désagréable. Entrer en scène. Tomber à pic. Bien tomber.

France, 1907 : Vaincre, renverser ; argot des lutteurs.

Son industrie consistait à faire disparaître les gens qui en gênaient d’autres. De là lui était venu son nom. De même que le mot tomber est synonyme de renverser en terme de lutte et qu’on dit : tomber son adversaire, tomber l’ours, on l’avait surnommée la tombeuse d’hommes…

(Félix Remo, La Tombeuse)

Velours

d’Hautel, 1808 : Habit de velours, ventre de son. On a pendant long-temps appliqué ce quolibet aux habitans des bords de la Garonne ; mais il ne faut pas aller si loin, et les bords de la Seine nous offrent des nuées de fats, de pédans et de petits maîtres, à qui l’application en convient à plus justes titres.
Jouer sur le velours. Jouer sur son gain, des entreprises sur ce que l’on a gagné.

Halbert, 1849 : Cuir.

Delvau, 1866 : s. m. Liaison dangereuse, abus fréquent et intempestif des s dans la conversation. Argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. m. Tapis, — dans l’argot des joueurs de cartes. Éclairer le velours. Déposer son enjeu sur le tapis. Je n’ai pas besoin d’ajouter que ce velours est en cuir ou en drap, en n’importe quoi, — excepté en velours.

Rigaud, 1881 : Crepitus ventris.Lâcher un velours, sacrifier à crepitus ventris.

Il lâche tout bonnement en douceur un léger velours.

(Le Père Duchêne)

Le velours se produit dans le monde avec une certaine timidité mélancolique et rappelle les sons filés de la flûte. (Ceci pour les gens qui aiment la précision.)

Rigaud, 1881 : Liqueur douce. — Un petit verre de curaçao, d’anisette, de crème de moka, c’est un velours sur l’estomac.

Rigaud, 1881 : Pataquès. — Le velours est un cuir grammatical, mais un cuir doux. — Ainsi je suis t’été n’est pas un velours ; c’est un cuir bel et bien. Donnez-moi z’en, est un velours.

France, 1907 : Doux, onctueux ; se dit spécialement des liquides spiritueux.

Le haut commerce, à Bordeaux, c’est commerce des vins. Les négociants ont le verbe facile, un tour de poignet délicat pour faire rutiler le vin, à la lueur des bougies, dans le verre de cristal, un claquement de langue spécial pour l’apprécier, un dictionnaire de mots bizarres, — techniques plutôt — pour exprimer cette idée si simple que le vin est bon. Mais il y a du vin meilleur, et de l’excellent et du supérieur. On les distingue au moyen de vocables précieux tels que ceux-ci : « ce vin a du corps, du moelleux, de la rudesse, du ruban, du velours, etc. » Ce sont ici les substantifs qui qualifient.

(Fernand Lafargue, Baiser perdu)

France, 1907 : Pet.

Le velours se produit dans le monde avec une certaine timidité mélancolique et rappelle les sons filés de la flûte.

(Parny)

France, 1907 : Tapis de la table de jeu. Éclairer le velours, déposer son enjeu.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique