Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Avancer

d’Hautel, 1808 : Il ressemble au cogne-fétu, il se tue et n’avance à rien. Se dit d’un homme qui semble suer sang et eau en travaillant, et qui n’est cependant rien moins qu’habile à l’ouvrage.

Béquiller

Ansiaume, 1821 : Pendre.

J’ai vu béquiller un auverpin qui avoit fait suer un chesne tout seul.

Vidocq, 1837 : v. a. — Pendre.

Clémens, 1840 : Manger.

un détenu, 1846 : Manger sans besoin.

Halbert, 1849 : Manger.

Larchey, 1865 : Manger. Même étymologie que Becqueter.

C’est égal, je lui ai envoyé un coup de tampon sur le mufle qu’il ne pourra ni béquiller, ni licher de quinze jours.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : v. a. et n. Manger, — dans l’argot des faubouriens.

La Rue, 1894 : Pendre. Manger. Béquillard, bourreau. Béquillarde, potence, guillotine.

Virmaître, 1894 : Manger (Argot des voleurs). V. Becqueter.

Rossignol, 1901 : Voir bèqueter.

France, 1907 : Boiter.

France, 1907 : Pendre.

Crompe, crompe, mercandière,
Car nous serions béquillés ;
Sur la placarde de vergne,
Lonfa malura dondaine !
Il nous faudrait gambiller,
Lonfa malu a dondé !

(Vidocq)

Bosseler, bossuer

d’Hautel, 1808 : Ces deux verbes, qui diffèrent beaucoup dans leurs acceptions, sont souvent employés l’un pour l’autre ; On dit habituellement d’un gobelet, qu’on a laissé tomber par terre qu’il est bosselé au lieu de dire bossué ; bosseler signifie travailler en bosse.

Butter

Ansiaume, 1821 : Massacrer.

Il a été butté pour avoir fait suer un chesne.

un détenu, 1846 : Tuer quelqu’un, occire.

Larchey, 1865 : Assassiner. — Du vieux mot buter : frapper, renverser, qui a fait Culbuter. V. Roquefort.

Voilà donc une classe d’individus réduite à la dure extrémité de travailler sur le grand trimar, de goupiner, de faire le bog et le blavin, de butter même s’il en était besoin.

(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830)

Voilà pour butter le premier rousse, dit-il en montrant un couteau.

(Canler)

Virmaître, 1894 : Tuer (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Tuer.

France, 1907 : Assassiner, guillotiner.

Et, comm’ leur fallait c’pendant
Pour s’mett’ quèqu’ chos’ sous la dent
Qu’i’ s’procur’nt de la galette,
I’ buttèr’nt un pétrousquin
Et lui tir’nt son saint-frusquin.

(Blédort)

Chêne

d’Hautel, 1808 : Payer en feuilles de chêne. Signifie payer quelqu’un en effets de nulle valeur.

Bras-de-Fer, 1829 : Homme.

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme.

Larchey, 1865 : Homme. — Abréviation de chenu. — Le chêne serait un homme chenu à voler, bon à voler.

Qu’as-tu donc morfillé ? — J’ai fait suer un chêne, son auber j’ai enganté et ses attaches de cé.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. m. Homme victime, — dans l’argot du bagne. Faire suer le chêne. Tuer un homme. Chêne affranchi. Homme affranchi, voleur.
Les voleurs anglais ont le même mot : oak, disent-ils d’un homme riche. To rub a man down with an oaken towel, ajoutent-ils en parlant d’un homme qu’ils ont tué en le frottant avec une serviette de chêne, — un bâton.

Rigaud, 1881 : Homme bien mis. Le chêne n’est pas le premier venu pour le voleur. — Faire suer un chêne, tuer un homme.

La Rue, 1894 : Homme de bonne apparence. Faire suer un chêne, tuer un homme.

France, 1907 : Dupe, homme bon à voler : abréviation de chenu. Chêne affranchi, voleur. Faire suer un chêne, tuer un homme.

Chêne (faire suer le)

un détenu, 1846 : Assassiner.

Chêne (faire suer un)

Ansiaume, 1821 : Tuer un homme.

Il faut abattre le gaillet, chomir le roulant et faire suer le chesne.

Colas

d’Hautel, 1808 : Un grand Colas. Terme de raillerie qui a la même signification que grand dadais, nigaud, badaud, homme d’une extrême simplicité d’esprit.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Le cou. Faire suer le colas, égorger, couper le cou.

Halbert, 1849 : Le cou.

Delvau, 1866 : s. m. Cou, — dans le même argot [des voleurs]. Faucher le colas. Couper le cou. On dit aussi le colin.

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, ou seulement homme timide, — dans l’argot du peuple, qui aime les gens dégourdis. Grand Colas. Nigaud, qui a laissé échapper une bonne fortune.

France, 1907 : Niais, benêt de village. Faire bailler le colas, couper la gorge. Allusion soit au cou, soit au mot Colas, la victime étant, aux yeux de l’assassin, toujours un niais, c’est-à-dire un pante.

Communard

France, 1907 : Homme qui a pris part à la révolution de 1871.

« Des réactionnaires ! » disent les anarchistes. Ce qui prouve la vérité de l’aphorisme : « On est toujours le réactionnaire de quelqu’un. »

(Dr Grégoire, Turlutaines)

La misère en commun et la souffrance égale ne détruisent pas tous les bons sentiments… Il y a, allez, de braves gens parmi les forçats… Les condamnés politiques de 1871, les communards, qu’on a eu l’infamie de mêler à eux, ont pu le constater… oui, il y a un bagne des hommes capables de dévouement, de pitié, de sacrifice…

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

— Ne me parlez pas de ce temps-là !… Ce que je le regrette, mes enfants !… Jamais on ne reverra une si chouette époque !… Ainsi, moi, j’ai pu me débarrasser de tous mes créanciers !… Sans blague !… Je n’avais qu’à les dénoncer comme communards à quelqu’un des officiers de Galliffet. De chics types, allez ! ces petits chasseurs, et qui тe barguignaient pas !… En deux temps de galop, ils aboulaient chez le créancier : en l’empoignant, on le tirait de chez lui, par les cheveux, par les pieds, par n’importe quoi… Et crac, au mur, mon bonhomme ! Ils avaient beau protester, supplier, demander une enquête : va te faire fiche… Le plus drôle, c’est qu’ils avaient passé le temps de la Commune à suer la peur, dans leurs caves ! Non, là, vrai ! nous avons bien rigolé.

(Octave Mirabeau, Le Journal)

Crabosser

Delvau, 1866 : v. n. Bossuer un chapeau, un carton, — dans l’argot des bourgeois. D’aucuns disent encore comme an temps de Rabelais, Cabosser.

France, 1907 : Bossuer ou enfoncer un chapeau : du vieux mot cabosser, bossuer.

De la bourrache !

Delvau, 1866 : Exclamation de l’argot des faubouriens, dont il n’est pas difficile de deviner le sens quand on connaît les propriétés sudorifiques de la borrago officinalis. C’est une expression elliptique très raffinée : Ah ! delà bourrache ! c’est-à-dire : «Tu me fais suer ! »

France, 1907 : Expression de refus.

Écorner une boutanche ou un boucard

France, 1907 : Entrer par effraction dans une boutique.

J’aimerais mieux faire suer le chêne sur le grand trimar, que d’écorner les boucards.

(Vidocq)

En suer une

Rossignol, 1901 : Danser.

Mademoiselle, voulez-vous suer la prochaine avec moi ?

Faire suer

Bras-de-Fer, 1829 : Tuer.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer. — dans l’argot des escarpes, qui d’un coup de surin, procurent immédiatement à un homme des sueurs de sang. — Faire suer un chêne. Tuer un homme.

Virmaître, 1894 : Faire suer une affaire, lui faire rendre l’impossible. Faire suer, expression employée par les cuisiniers pour faire revenir certaines viandes très légèrement dans la casserole. Dire à quelqu’un : Vous me faites suer, signifie : Vous m’embêtez (Argot du peuple).

France, 1907 : Ennuyer, importuner.

— Ainsi, leur politique extérieure, vrai ! ça fait suer depuis quelque temps.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Faire revenir légèrement de la viande dans une casserole.

France, 1907 : Tirer le plus d’argent possible d’un procès on d’une affaire.

Il introduit le plus d’incidents qu’il peut dans la même cause ; il entasse instances sur instances, il tente procès sur procès. Il ne fait pas seulement les actes nécessaires au procès, il commet tous ceux que la loi autorise directement ou indirectement. Bref, son talent consiste à faire suer (c’est le mot) à une cause tout ce qu’il est légalement possible d’en extraire en la pressurant.

(Altaroche, L’Avoué)

Faire suer le chêne

Bras-de-Fer, 1829 : Assassiner.

Virmaître, 1894 : Tuer un homme (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Tuer quelqu’un.

Faire suer un chêne

Clémens, 1840 / M.D., 1844 : Assassiner un homme.

France, 1907 : Tuer un homme.

Gnognotte

Delvau, 1866 : s. f. Marchandise sans valeur ; chose sans importance. Balzac a employé aussi ce mot à propos des personnes, — et dans un sens péjoratif, naturellement.

Hayard, 1907 : Rien qui vaille.

France, 1907 : Chose ou personne sans aucune valeur. Même origine que gnangnan.

Ils me font suer, avec leurs mélodies, symphonies, harmonies, oratorios… Ils auront beau racler, souffler, tapoter, ils ne feront rien d’aussi beau que la Marseillaise : « Allons, enfants de la patrie… » Voilà de la musique ! Mais leurs roucoulades, leurs pleurnicheries à porter le diable en terre, c’est de la gnognotte !

(Albert Goullé)

Les lascars useront du truc ; ils colleront des pétards au bon endroit, et le train ohéissant se jettera dans leurs bras. Le reste n’est que de la gnognotte : avec bougrement de politesse, ils passeront la visite sanitaire des voyageurs de première et de wagons-lits qui ont généralement le gousset bombé et la malle bien fournie.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

— Sais-tu la différence qu’il y a entre toi et les autres hommes ?
— Non… Va, ma belle.
— Les autres hommes, moins on est vêtue, plus ils vous admirent et vous bénissent… et toi, c’est le contraire, avoue ?
— Oh ! j’avoue !… Le costume, c’est tout !
— Et une jolie femme nue, rien ? La Vénus de Milo et les Vénus en chair et en os, de la gnognotte, alors ?

(Dubut de Laforest, Angéla Bouchaud)

Nous arrivons à une décadence qui, si l’on n’y met bon ordre, ne sera que de la gnognotte en comparaison de celle qui força jadis un empereur romain à demander un abri au Domange de son époque.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

— L’exemple des autres, leurs conseils comme leur expérience, tont ça, vois-tu, c’est de la gnognotte, comme on dit à Saint-Roch. On n’apprend bien que ce qu’on apprend à ses dépens.

(Léo Trézenik, La Confession d’un fou)

Inconvénient

Delvau, 1866 : s. m. Infirmité, — dans l’argot du peuple. Avoir l’inconvénient de la bouche. Mériter cette épigramme de Tabourot à Punaisin :

Tu t’esbahis pourquoy ton chien,
Les estrons de sa langue touche :
Se peut-il pas faire aussi bien
Qu’il lesche ta lèvre et ta bouche ?

Avoir l’inconvénient des pieds. Suer outrageusement des pieds.

Jasante

Halbert, 1849 : Prière.

Delvau, 1866 : s. f. Prière, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Prière. — Jaser, prier. — Jaseur, prêtre qui dit la messe.

La Rue, 1894 : Prière.

Virmaître, 1894 : Prière.
— Y me fait suer le ratichon avec sa jasante en latimpem (Argot des voleurs).

France, 1907 : Prière.

Madeleine (faire suer la)

Rigaud, 1881 : Faire travailler son argent sur le tapis vert ; avoir de la peine à gagner en trichant, — dans le jargon des grecs.

Mistoufles

Virmaître, 1894 : Faire des misères, causer des désagréments à quelqu’un (Argot du peuple).

France, 1907 : Désagréments, ennuis.

Les médecins de nos jours, avec leurs théories parasitiques, ne voient plus que microbes partout, que microbes acharnés à nous faire des mistoufles, comme on dit à Montmartre.

(Armand Silvestre)

Le deuxième me fit des « pouffes »,
Le troisièm’ me fit tatouer,
L’quatrièm’ me fit des mistoufles
Et le cinquièm’ me fit suer,
Le sixième fit des manières,
L’septièm’ me fit du boniment,
Le huitièm’ me fit des misères,
Le neuvièm’ me fit un enfant.

(René D’Esse)

Employé au singulier, mistoufle signifie misère.

Et fichtre, c’est très légitime que l’appétit vienne enfin au populo : il a un ventre, c’est pour l’emplir ! Il a parfaitement raison de vouloir jouir de l’existence et de n’en plus pincer pour confire dans la mistoufle.

(Le Père Peinard)

Orient

Ansiaume, 1821 : Or.

Il feroit suer un chêne pour des broquilles d’orient.

Rigaud, 1881 : Or, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Or ; argot des voleurs. Une bogue d’orient, une montre d’or.

Pécille l’orient avec ta fourchette.

(Winter, forçat de Toulon, 1829)

En faisant mes gambades,
Un grand messière franc,
Voulant faire parade.
Sone un bogue d’orient.

(Mémoires de Canler)

Parrain

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Témoin. Faire suer les parrains, assassiner les témoins d’un crime.

Bras-de-Fer, 1829 : Témoin.

Clémens, 1840 : Plaignant.

un détenu, 1846 : Avocat d’un accusé.

Halbert, 1849 : Juge assistant le président.

Larchey, 1865 : Témoin. — Allusion à la fonction du parrainage qui consiste à donner votre nom, à faire constater votre identité. — Parrain fargueur : Témoin à charge. — Parrain d’altèque : Témoin à décharge. — V. Estourbir.

Des parrains aboulés dans le burlin du quart d’œil ont bonni qu’ils reconobraient ma frime pour l’avoir allumée sur la placarde du fourmillon, au moment du grinchissage.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. m. Avocat d’office, dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Témoin. Parrain fargueur. Témoin à charge. Parrain d’altèque. Témoin à décharge.

Rigaud, 1881 : Témoin, dans l’ancien argot. — Parrain fargueur, témoin à charge. — Parrain d’altèque, témoin à décharge. — Parrainage, témoignage.

La Rue, 1894 : Témoin. Avocat. Juge assistant le président.

Virmaître, 1894 : Avocat. Il sert en effet de parrain à l’accusé, il le tient sur les fonds baptismaux en cour d’assises (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Avocat.

Rossignol, 1901 : Plaignant d’un vol.

France, 1907 : Témoin ; argot des voleurs. « Des parrains aboulés dans le burlin du quart d’œil ont bonni qu’ils reconnobraient ma frime pour l’avoir allumée sur la placarde du fourmillon au moment du grinchissage. »

(Mémoires de Vidocq)

Le parrain d’altèque est le témoin à décharge ; le parrain fargueur, le témoin à charge. Parrain à la manque, faux témoin.

Sentir le lapin

Delvau, 1866 : Suer abondamment et désagréablement des aisselles.

Rigaud, 1881 : Sentir mauvais des aisselles.

Virmaître, 1894 : Après avoir dansé toute une nuit, une femme sue des aisselles et d’ailleurs ; elle sent le lapin. On sait que lorsqu’on ouvre le ventre de cet animal, une odeur chaude et nauséabonde vous prend au nez et à la gorge (Argot du peuple).

France, 1907 : Avoir les aisselles odorantes. On dit aussi sentir le bouquin.

Suage

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Torture. Mettre en suage, faire subir des tortures.

Vidocq, 1837 : s. m. — Chauffage.

Larchey, 1865 : Assassinat.

Nous voulons bien maquiller le suage de ton rochet, mais à la condition de tout connir. Il n’y a que les refroidis qui ne rapliquent nibergue.

(Vidocq)

Faire suer : Assassiner. — Mot à mot : Faire suer du sang. — V. Chêne.

Delvau, 1866 : s. m. Assassinat, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Chauffage.

Rigaud, 1881 : Assassinat. — Maquiller un suage, combiner un assassinat.

La Rue, 1894 : Assassinat. Torture. Mettre en suage, brûler les pieds.

France, 1907 : Assassinat. Mettre en suage, c’était, dans l’argot des chauffeurs, faire griller les pieds de la victime.

Si j’avais refroidi tous les garnafiers que j’ai mis en suage, je n’aurais pas le taf aujourd’hui.

(Vidocq)

Suer

d’Hautel, 1808 : Faire suer un chêne. Terme d’argot qui signifie détrousser un passant, le voler de tout ce qu’il a sur lui.
Tu me fais suer. Se dit à quelqu’un, dont la conversation est lourde, ennuyeuse.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Donner. Faire suer, se faire donner part du vol.

Bras-de-Fer, 1829 : Faire suer, se faire donner part du vol.

Suer (faire)

Halbert, 1849 : Se faire donner part d’un vol.

Larchey, 1865 : Accabler d’ennui quelqu’un. — V. Suage.

J’ai beau m’évertuer, j’crains qu’après moi z’on n’répète : Ah ! comme ça fait suer.

(Francis, 1825)

Delvau, 1866 : Assassiner, — dans l’argot des voleurs. Faire suer sur le chêne. Tuer un homme.

Delvau, 1866 : Ennuyer outrageusement par ce qu’on fait ou par ce qu’on dit ; faire lever les épaules de pitié ou de dédain. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Ennuyer fortement. — Faire pitié, en terme de mépris. Mot à mot : c’est donner chaud à quelqu’un à force de débiter des platitudes.

Rigaud, 1881 : Faire donner de l’argent, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Ennuyer. Faire donner de l’argent. Assassiner.

France, 1907 : Indigner, mettre en colère, révolter.

Ça m’fait suer, quand j’ai l’onglée,
D’voir des chiens qu’ont un habit,
Quand, par les temps de gelée,
Moi, j’n’ai rien, pas même un lit.

(Auguste de Chatillon)

Faire suer des lames de rasoir. Importuner, agacer.

— Oh ! assez, hein ? Tu nous fais suer des lames de rasoir.

(Edgar Monteil)

Suer (faire) un chêne sur le trimar

Vidocq, 1837 : Assassiner un homme sur la route.

Suer la madeleine (faire)

France, 1907 : Voler avec difficulté, tricher péniblement. Argot des grecs.

Suer le cuivre (faire)

France, 1907 : Jouer d’un instrument de cuivre.

Suer le lustre (faire)

Rigaud, 1881 : Déplaire au public, — dans le jargon du théâtre. C’est-à-dire : jouer si mal qu’on fait suer les chevaliers du lustre, les claqueurs.

Quand Valcourt joue ici, il fait ordinairement suer le lustre.

(Musée Philipon, Théâtre de Bourg-en-Bresse)

France, 1907 : Jouer si mal sur la scène que même les chevaliers du lustre, les claqueurs en haussent les épaules.

Suer les cordes (faire)

Rigaud, 1881 : Jouer d’un instrument à cordes. — Faire suer les cuivres, jouer d’un instrument de musique en cuivre, — dans le jargon des musiciens. Pour préciser, ils disent : faire suer le violon, faire suer le violoncelle.

France, 1907 : Jouer d’un instrument à cordes.

Suer son argent (faire)

Delvau, 1866 : Lui faire rapporter gros ; se livrer à l’usure. Argot des bourgeois.

France, 1907 : Prêter à usure.

Suer Thémis (faire)

Delvau, 1866 : Étudier le Code, de manière à pouvoir éluder la loi, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens d’affaires, des avocats marrons.

Rigaud, 1881 : Éviter de tomber sous le coup de la loi, marcher sur les marges du Code. Dans le monde des voleurs, il existe des praticiens ou plutôt des pratiques, qui n’exercent pas d’autre métier. Ils vivent des conseils qu’ils donnent pour faire éviter les rigueurs de la loi.

La Rue, 1894 / France, 1907 : Côtoyer le code.

Suer un chêne

Halbert, 1849 : Assassiner quelqu’un.

Suer une (en)

Rigaud, 1881 : Faire une valse, un quadrille, — dans le jargon des voyous.

Ohé ! Titine ! viens-tu en suer une ?

(Vte Richard, Les Femmes des autres)

Suer, faire suer

anon., 1827 : Se faire donner part du vol.

Surin

Clémens, 1840 : Sabre.

un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Couteau.

Larchey, 1865 : Couteau. V. Chemin.

Les artistes en surin commencent à s’expatrier.

(Delvau)

Delvau, 1866 : s. m. Couteau, — dans le même argot [des voleurs]. Surin muet. Canne plombée ; casse-tête.

Rigaud, 1881 : Couteau. — Suriner, tuer à coups de couteau. — Surineur, assassin qui travaille au couteau. Ce sont des dérivés de suer, suage.

La Rue, 1894 : Couteau. Suriner, tuer à coups de couteau.

Virmaître, 1894 : Couteau. Surin muet : canne plombée ; elle surine sans bruit.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Couteau.

France, 1907 : Couteau, poignard.

Après dix heures, tous les commissariats sont définitivement fermés jusqu’au lendemain matin… Et c’est à ce moment, quand les filous sortent, quand les filles encombrent le trottoir, quand les escarpes aiguisent leurs surins, que la police ferme sa porte !

(Hogier-Grison, La Police)

Dans c’t’auberge lamentable,
À coups de surins,
On égorge sur la table
De fameux lapins.

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Trimard

Ansiaume, 1821 : Chemin.

Dans la sorgue de la fourmillante sur le trimard.

anon., 1827 : Chemin.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Chemin. Faire suer le chêne sur le grand trimard, assassiner sur la grande route.

Bras-de-Fer, 1829 : Chemin.

Vidocq, 1837 : s. m. — Chemin.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Chemin.

Virmaître, 1894 : Chemin. Grand trimard : grande route (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Chemin, route. Un ouvrier qui va de ville en ville chercher du travail, va sur le trimard.

Hayard, 1907 : Chemin.

Watriner

Fustier, 1889 : Tuer, assassiner et, par extension, détruire, renverser par force. Allusion au meurtre que commirent, au mois de février 1886, les mineurs de Decazeville sur la personne de leur sous-directeur, M. Watrin, dont ils prétendaient avoir à se plaindre.

Il ne manque dans ma boutique
Que le tonnerre et les éclairs
Pour watriner toute la clique
Des exploiteurs de l’univers.

(Galette anecdotique, février 1887)

En avant ! et watrinez les obstacles qui entravent votre mouvement.

(Grève sociale, février 1886)

De watriner on a fait watrinade qui, pour les révolutionnaires, est synonyme de vengeance, de représailles et qui, pour les honnêtes gens, signifie tout simplement crime, meurtre, assassinat.

Hier encore, un ouvrier jugeait à propos de tirer sur son patron. Le Cri du Peuple, naturellement, exalte le courage de l’assassin et qualifie de watrinade ce qui est un crime.

(Parti national, mars 1887)

France, 1907 : Assassiner le contremaitre ou le patron ; néologisme créé depuis l’assassinat de l’ingénieur Watrin par ses propres ouvriers aux troubles de Decazeville en 1886. C’est une expression très caractéristique et spéciale à ajouter à celles indiquant l’acte de tuer son prochain et dont voici les principales : abasourdir, buter, capahuter, cônir, couper le sifflet, crever la paillasse, chouriner, décrocher, dégringoler, démolir, descendre, dévisser le trognon, écharper, endormir, entailler, envoyer ad patres, érailler, esbasir, escarper, escoffier, estourbir, estrangouiller, expédier, faire banque, faire flotter, faire passer le goût du pain, faire un macchabée, faire suer un chêne, faire la grande soulasse, faire le pante, foutre à l’ombre, laver son linge dans la saignante, lingrer, moucher le quinquet, rebâtir, rebouisser, refroidir, sabler, saigner, scionner, suager, sonner, suriner, terrer, tortiller le gaviot, tourner la vis, tourlourer, watiner.

J’ai ce qu’il faut dans ma boutique,
J’ai le tonnerre et les éclairs,
Pour watriner toute la clique
Des affameurs de l’univers.

(Chanson anarchique.)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique