France, 1907 : Prison située sous le Palais de Justice, enclavée derrière les tourelles de la Conciergerie, dans le massif d’édifices qui comporte la cour d’appel, le tribunal, les greffes, le parquet, la cour de cassation, la cour d’assises, et les services annexes de l’instruction, du petit parquet, de la préfecture de police, de la souricière, des archives, de l’assistance judiciaire, du bureau des amendes et des criées ; enfin, occupant tout le vaste quadrilatère du boulevard du Palais, du quai des Orfèvres, de la place Dauphine, du quai de l’Horloge, qu’on nommait jadis le quai des Morfondus.
On y conduit par le panier à salade toutes les personnes arrêtées par les agents. « C’est, dit Charles Virmaître, un lieu infect, indigne de notre époque, en raison de la promiscuité des détenus et de l’absence d’air et de lumière. Ce n’est pas dépôt que l’on devrait dire, mais dépotoir, car il y passe annuellement 67,000 individus, environ 13.000 vagabonds et 22,000 filles publiques. »
Dépot
Ogre
d’Hautel, 1808 : Manger comme un ogre. Pour dire, avec, excès, goulument.
Vidocq, 1837 : s. m. — Agent de remplacement, usurier, escompteur. Depuis que chacun a le droit de payer en argent sa dette à la patrie, des individus officieux se sont chargés de procurer des remplaçans à ceux qui n’ont point de goût pour l’état militaire, et ne se soucient pas de parader le sac sur le dos pour l’instruction et l’amusement des princes de la famille royale. C’est principalement de l’Alsace, de la Lorraine et de la Basse-Bretagne, que ces Messieurs tirent les hommes dont ils ont besoin, hommes qu’ils achètent ordinairement 5 ou 600 francs, et qu’ils vendent au moins deux ou trois fois autant.
Il y a, je veux bien le croire, quelques agens de remplacement qui exercent honorablement leur métier, mais il en est beaucoup plus qui méritent, à tous égards, le nom qu’on leur a donné. Ces Messieurs exploitent en même temps le remplaçant et le remplacé, et très-souvent les tribunaux sont appelés à prononcer sur les différends qui s’élèvent entre les agens de remplacement, et ceux qu’ils ne craignent pas de nommer leurs cliens.
Le père de famille qui a bien voulu accorder sa confiance à un Ogre, doit s’estimer très-heureux lorsqu’après avoir payé très-cher un remplaçant qu’il a long-temps attendu, son fils a enfin obtenu le certificat qui met sa responsabilité à couvert, car tous les agens de remplacement ne remplissent pas les engagemens qu’ils contractent, et plusieurs d’entre eux, parmi lesquels je ne citerai que certain officier de l’ancienne armée, bien connu par ses relations avec certain individu autrefois Grec, et maintenant banquier et usurier, procèdent à-peu-près de cette manière.
Des affiches apposées aux coins de toutes les rues, et des circulaires envoyées dans toutes les localités quelques mois avant l’époque fixée pour le tirage, apprennent à tous que M. un tel, ancien officier, propriétaire ou banquier, vient de fonder une assurance mutuelle en faveur des jeunes gens qui doivent concourir au tirage de l’année. Moyennant une somme de 7 à 800 fr., déposée dans la caisse commune, on peut, quel que soit le numéro que l’on tire de l’urne fatale, acquérir la douce certitude que l’on ne sera pas forcé de quitter ses pénates. Il est bien entendu que la somme versée par celui qui amènera un numéro élevé doit, dans tous les cas, être acquise à l’agent de remplacement, et servir à compléter le paiement du remplaçant de celui qui aurait été moins heureux. L’agent qui procède ainsi a bientôt réuni trente ou quarante souscripteurs ; il n’en désire pas davantage.
Arrive l’époque du tirage. La moitié des jeunes gens assurés tombent au sort. Mais que leur importe, n’y a-t-il pas chez l’agent de remplacement un héros tout prêt à faire pour eux le coup de fusil, ou à brosser le poulet d’Inde, aussi ils dorment tranquilles jusqu’au jour où ils reçoivent la visite d’un monsieur bien obséquieux, qui s’exprime avec élégance, et qui se charge de leur montrer le revers de la médaille dont jusqu’alors ils n’avaient vu que le beau côté.
« Monsieur, leur dit cet officieux entremetteur, qui n’est autre que le compère de l’agent de remplacement, M. un tel, agent de remplacement, auquel vous avez accordé votre confiance, a fait cette année de très-mauvaises affaires, et, pour la première fois de sa vie, lui est impossible de remplir ses engagemens ; mais rassurez-vous, Monsieur, ses cliens ne perdront rien, et je suis chargé de vous remettre la somme que vous avez versée entre ses mains. »
Bien heureux de ne pas tout perdre, les infortunés reprennent leur argent et ne disent mot ; si, contre toute attente, quelques-uns d’entre eux veulent absolument que le contrat qu’ils ont consenti soit rigoureusement exécuté, on s’empresse de les satisfaire, dans la crainte que leurs clameurs n’éveillent l’attention des magistrats. Il est inutile d’ajouter que, quelques jours après le tirage, l’agent a envoyé son intermédiaire à ceux de ses cliens que le sort a favorablement traités, et, qu’en leur faisant une remise, il s’est fait autoriser à retirer les fonds déposés par eux chez un notaire.
Le sieur D***, officier de l’ancienne armée, exerce de cette manière, depuis plusieurs armées, le métier d’agent de remplacement ; il se dit cependant le plus honnête homme du monde, et il n’y a pas long-temps qu’il a traduit à la barre du tribunal de police correctionnelle, et fait condamner à trois mois d’emprisonnement, certain individu qui avait pris la liberté grande de l’appeler fripon.
Je l’ai dit et je le répète, quelques agens de remplacement exercent honorablement leur métier ; c’est à ceux là seuls qu’il faut s’adresser. Les conditions de leurs traités ne sont peut-être pas aussi avantageuses que celles des individus dont nous venons de parler, mais ils ne trompent personne.
Tout le monde a lu dans l’un des deux premiers volumes des Scènes de la vie privée, de Balzac, le portrait de l’usurier Gobsec ; ce portrait n’a d’autres défauts, suivant moi, que celui de n’être pas exact ; le père Gobsec est un type effacé depuis long-temps. Les usuriers de notre époque ne logent pas tous rue des Grés ; ils ne sont ni vieux, ni ridés ; leur costume n’a pas été acheté au Temple : ce sont au contraire des hommes encore jeunes, toujours vêtus avec élégance, et qui ne se refusent aucunes des jouissances de la vie. L’usurier pur sang n’a jamais d’argent comptant lorsqu’on lui propose d’escompter la lettre de change acceptée en blanc par un fils de famille, mais il a toujours en magasin un riche assortiment de marchandises de facile défaite, telles que singes et chameaux, pains à cacheter, bouchons, souricières, voir même des places à l’année au théâtre de M. Comte.
Larchey, 1865 : Agent de remplacement. Allusion à leur trafic de chair humaine. — Ogre : Usurier. — Ogresse : Marchande à la toilette (Vidocq). — Allusion à leur avidité. — Ogre :
Les chiffonniers donnent ce nom à celui qui leur achète le produit de leurs recherches nocturnes, en détail et par hottes, pour les revendre en gros, après un triage minutieux et intelligent. Ordinairement, on ne devient ogre qu’après avoir passé par tous les degrés de l’état de chiffonnier. Il fut un temps, il est vrai, où ce nom était synonyme d’exploiteur et même de receleur. Dans ce but, l’ogre possédait à côté de son établissement d’achat de chiffons un débit de liqueurs qu’il faisait gérer par un affidé ou un compère ; il y recevait clandestinement des malfaiteurs qui apportaient là les produits de leurs rapines.
(Castillon)
Delvau, 1866 : s. m. Agent de remplacement militaire, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi : Usurier, Escompteur.
Delvau, 1866 : s. m. Marchand de chiffons, — dans l’argot des chiffonniers.
Rigaud, 1881 : Chiffonnier en gros, négociant en chiffons, — Recéleur. — Escompteur sans vergogne. — Agent de remplacements militaires mis en disponibilité par la promulgation de la loi sur le service obligatoire.
Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe modèle. L’ogre travaille à la journée, il est bon père de famille, bon époux et bon garde national au besoin.
La Rue, 1894 : Chiffonnier en gros. Usurier.
France, 1907 : « Il est une variété de compositeurs dont les mœurs sont tout à fait différentes : immobiles comme des termes devant leurs casses, ils éloignent jusqu’à l’ombre de la dissipation ; ils vivent de peu ; et leur ardeur pour la besogne leur a fait donner le nom d’ogres par leurs confrères, qui les méprisent. Ils font en sorte d’obtenir des places avantageuses, telles que celles de metteurs en pages, hommes de conscience, correcteurs, protes, etc. »
(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)
France, 1907 : On appelait ainsi, du temps de la conscription, les marchands d’hommes qui fournissaient des substituants aux fils de famille.
France, 1907 : Recéleur ; chiffonnier en gros ; il dévore les petits.
Panier à salade
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voiture destinée à transporter les prisonniers.
M.D., 1844 : Voiture dans laquelle on transfère les détenus.
Halbert, 1849 : Voiture des prisons.
Larchey, 1865 : « Geôle roulante appelée par le peuple dans son langage énergique des paniers à salade… Voiture à caisse jaune montée sur deux roues et divisée en deux compartiments séparés par une grille en fer treillissé… Ce surnom de panier à salade vient de ce que primitivement la voiture étant à claire-voie de tous les côtés, les prisonniers devaient y être secoués absolument comme des salades. » — Balzac.
Delvau, 1866 : s. m. Petite voiture en osier à l’usage des petites dames, à la mode comme elles et destinée à passer comme elles.
Delvau, 1866 : s. m. Voiture affectée au service des prisonniers, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Souricière.
Rigaud, 1881 : Fourgon destiné au transport des prisonniers. Le panier à salade va, deux fois par jour, chercher aux différents postes de police le contingent déclaré bon pour le dépôt de la préfecture. Le nom de panier à salade est dû aux cahots que procure ce véhicule mal suspendu. Les prisonniers auxquels le gouvernement ne peut pas fournir des huit-ressorts y sont secoués comme la salade dans un panier.
La Rue, 1894 : Fourgon cellulaire.
Virmaître, 1894 : Voilure cellulaire pour conduire les prisonniers des postes de police au Dépôt de la préfecture, ainsi nommée parce qu’autrefois cette voiture était à claire-voie (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Voiture spéciale que l’on fait prendre aux détenus pour les conduire des postes de police au dépôt, ou encore d’une prison préventive à l’instruction ou au tribunal correctionnel.
Hayard, 1907 : Voiture servant à transporter les gens en prévention et les condamnés.
France, 1907 : Voiture cellulaire appelée ainsi parce qu’on y est secoué comme la salade qu’on égoutte dans le panier de ce nom. Ce sont de grands omnibus d’un vert sombre, clos et grillagés à l’extrémité où l’on aperçoit la silhouette d’un garde de Paris ; tombereaux — dit Edmond Lepelletier — où l’on entasse pêle-mêle, détritus de la grande ville, le crime, l’infamie, la honte, la misère, la faiblesse et aussi la vertu.
Le panier à salade se compose d’une allée centrale et de deux rangées de huit ou dix compartiments très exigus dans chacun desquels on enferme un prisonnier.
Dans ces sortes de boîtes formant armoires, on éprouve une sensation de malaise instinctif ; ceux qui ont passé par là, — et ça cube, à Paris — pourraient en témoigner.
Je ne sais quelle crainte vague et indéfinissable vous prend lorsqu’on se sent ainsi calfeutré, ramassé sur soi-même, assis, tassé, resserré, sans pouvoir se remuer… Chaque cahot de la rude guimbarde sans ressorts plaque les « voyageurs » contre les parois en bois et en tôle.
On est assis, bien entendu, dans le sens du cocher. On ne voit personne, puisque le compartiment est entièrement fermé et bouclé. C’est à peine s’il y a, par-ci par-là, quelques petits ajours pour laisser passer l’air.
On sort de ce trou — si l’on n’est pas une frappe et une pratique, ce qui est la majorité des cas, — moulu, brisé, démoralisé, avec des larmes de honte et de désespoir qui vous brûlent les yeux.
(Aristide Bruant, Les Bas-fonds de Paris)
Paul Niquet
France, 1907 : « Eau-de-vie, du nom d’un débit de liqueurs voisin des Halles qui restait ouvert tout la nuit et servait de souricière. »
(Lorédan Larchey)
Rouleur
Larchey, 1865 : « Ses fonctions consistent à présenter les ouvriers aux maîtres qui veulent les embaucher et à consacrer leur engagement. C’est lui qui accompagne les partants jusqu’à la sortie des villes. »
(G. Sand)
De rouler : voyager.
Larchey, 1865 : Trompeur.
Cela ne serait pas bien : nos courtiers passeraient pour des rouleurs.
(Lynol)
De rouler : vaincre.
Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier.
Delvau, 1866 : s. m. Compagnon du tour de France chargé de présenter les ouvriers aux maîtres et de consacrer leur engagement.
Delvau, 1866 : s. m. Vagabond, homme suspect.
Rigaud, 1881 : Vagabond doublé d’un filou. — Parasite effronté. — Individu de mauvaise mine et étranger à la localité, — dans le jargon des paysans de la banlieue de Paris. Le mot a été emprunté au jargon des pâtissiers.
En terme de métier, celui qui ne reste pas longtemps dans la même maison s’appelle rouleur.
(P. Vinçard, Les Ouvriers de Paris)
Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier typographe qui roule d’imprimerie en imprimerie sans rester dans aucune, et qui, par suite de son inconduite et de sa paresse, est plutôt un mendiant qu’un ouvrier. Aucune corporation, croyons-nous, ne possède un type aussi fertile en singularités que celui dont nous allons essayer d’esquisser les principaux traits. Les rouleurs sont les juifs errants de la typographie, ou plutôt ils constituent cet ordre mendiant qui, ennemi juré de tout travail, trouve que vivre aux crochets d’autrui est la chose la plus naturelle du monde. Il en est même qui considèrent comme leur étant due la caristade que leur alloue la commisération. Nous ne leur assimilons pas, bien entendu, les camarades besogneux dont le dénuement ne peut être attribué à leur faute : à ceux-ci, chacun a le devoir de venir en aide, dignes qu’ils sont du plus grand intérêt. Les rouleurs peuvent se diviser en deux catégories : ceux qui travaillent rarement, et ceux qui ne travaillent jamais. Des premiers nous dirons peu de chose : leur tempérament ne saurait leur permettre un long séjour dans la même maison ; mais enfin ils ne cherchent pas de préférence, pour offrir leurs services, les imprimeries où ils sont certains de ne pas être embauchés. Si l’on a besoin de monde là où ils se présentent, c’est une déveine, mais ils subissent la malchance sans trop récriminer. De plus, détail caractéristique, ils ont un saint-jean, ils sont possesseurs d’un peu de linge et comptent jusqu’à deux ou trois mouchoirs de rechange. Afin que leur bagage ne soit pour eux un trop grand embarras dans leurs pérégrinations réitérées, ils le portent sur le dos au moyen de ficelles, quelquefois renfermée dans ce sac de soldat qui, en style imagé, s’appelle azor ou as de carreau. Un des plus industrieux avait imaginé de se servir d’un tabouret qui, retenu aux reins par des bretelles, lui permettait d’accomplir allègrement les itinéraires qu’il s’imposait. Ce tabouret, s’il ne portait pas César, portait du moins sa fortune. Mais passons à la seconde catégorie. Ceux-là ont une horreur telle du travail que les imprimeries où ils soupçonnent qu’ils en trouveront peu ou prou leur font l’effet d’établissements pestilentiels ; aussi s’en éloignent-ils avec effroi, bien à tort souvent ; car le dehors de quelques-uns est de nature à préserver les protes de toute velléité d’embauchage à leur endroit. D’ailleurs, si les premiers ne se présentent pas souvent en toilette de cérémonie, les seconds, en revanche, exposent aux regards l’accoutrement le plus fantaisiste. C’est principalement l’article chaussure qui atteste l’inépuisable fécondité de leur imagination. L’anecdote suivante, qui est de la plus scrupuleuse exactitude, pourra en donner une idée : deux individus, venant s’assurer dans une maison de banlieue que l’ouvrage manquait complètement et toucher l’allocation qu’on accordait aux passagers, étaient, l’un chaussé d’une botte et d’un soulier napolitain, l’autre porteur de souliers de bal dont le satin jadis blanc avait dû contenir les doigts de quelque Berthe aux grands pieds. Des vestiges de rosette s’apercevaient encore sur ces débris souillés d’une élégance disparue. Au physique, le rouleur n’a rien d’absolument rassurant. La paresse perpétuelle dans laquelle il vit l’a stigmatisé. Il pourrait poser pour le lazzarone napolitain, si poser n’était pas une occupation. Sa physionomie offre une particularité remarquable, due à la conversion en spiritueux d’une grande partie des collectes faites en sa faveur : c’est son nez rouge et boursouflé. Lorsque, contre son attente, le rouleur est embauché, il n’est sorte de moyens qu’il n’emploie pour sortir de la souricière dans laquelle il s’est si malencontreusement fourvoyé : le plus souvent, il prétexte une grande fatigue et se retire en promettant de revenir le lendemain. Il serait superflu de dire qu’on ne le revoit plus. Il est un de ces personnages qu’on avait surnommé le roi des rouleurs, et que connaissaient tous les compositeurs de France et de Navarre. Celui-là n’y allait pas par trente-six chemins. Au lieu de perdre son temps à de fastidieuses demandes d’occupation, il s’avançait carrément au milieu de la galerie, et, d’une voix qui ne trahissait aucune émotion, il prononçait ces paroles dignes d’être burinées sur l’airain : « Voyons ! y-a-t-il mèche ici de faire quelque chose pour un confrère nécessiteux ? » Souvent une collecte au chapeau venait récompenser de sa hardiesse ce roi fainéant ; souvent aussi ce cynisme était accueilli par des huées et des injures capables d’exaspérer tout autre qu’un rouleur. Mais cette espèce est peu sensible aux mortifications et n’a jamais fait montre d’un amour-propre exagéré. Pour terminer, disons que le rouleur tend à disparaître et que le typo laborieux, si prompt à soulager les infortunes imméritées, réserve pour elles les deniers de ses caisses de secours, et se détourne avec dégoût du parasite sans pudeur, dont l’existence se passe à mendier quand il devrait produire. (Ul. Delestre.)
France, 1907 : Cheminot, vagabond.
Un vagabond passait par là, mangeant à petites pincées le pain sec qu’il portait sous le bras. Le froid mordait, la forêt était profonde, et le village prochain, avec ses chiens de chasse hargneux et ses paysans avares, accueillait mal, d’habitude, les maraudeurs. Un charbonnier, de bonne humeur, le héla d’une voix engageante :
— Hé ! le rouleur ! si tu vas à la fontaine, l’eau te glacera le sang. Viens donc boire un coup avec nous.
Le vagabond, sans une parole, lui répondit d’un regard en dessous, et poursuivit sa route à travers bois. On entendit son pas indécis qui traînait dans les feuilles sèches. Il ne se retourna plus, n’envoya ni salut, ni merci, et disparut au détour d’un sentier.
(Aug. Marin)
France, 1907 : Trompeur, escroc.
Servir
d’Hautel, 1808 : Cela sert comme une cinquième roue à un carosse ; comme un clou à un soufflet. Pour dire, est inutile, superflu ; ne sert à rien.
Tout sert en ménage, jusqu’au pain de la huche. Pour dire que tout est utile dans la nature.
Vidocq, 1837 : v. a. — Arrêter, s’emploie aussi pour exprimer voler et prendre.
Clémens, 1840 : Tirer.
Halbert, 1849 : Arrêter.
Larchey, 1865 : Prendre, arrêter. — Mot à mot : asservir. — La personne servie n’a plus sa liberté.
Frangin et frangine, je pesigue le pivot pour vous bonnir que mezigue viens d’être servi maron à la lègre de Canelle (Caen).
(Vidocq)
Servir de belle : Dénoncer à faux. — Servir le trèpe : Faire ranger la foule. V. Curieux.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Trahir, dénoncer, — dans l’argot des voleurs. Servir de belle. Dénoncer à faux.
Delvau, 1866 : v. a. Arrêter, prendre, — dans l’argot des faubouriens. Vidocq, lorsqu’il était chef de la police de sûreté, avait l’habitude de dire tranquillement au malfaiteur pris dans une souricière, ou ailleurs : « Monsieur, vous êtes servi !… »
Rigaud, 1881 : Arrêter. — Monsieur est servi.
La Rue, 1894 : Arrêter. Voler. Dénoncer, trahir. Servir de belle, dénoncer à faux.
Rossignol, 1901 : Faire arrêter quelqu’un est le faire servir. Lorsqu’on a reçu des coups on s’est fait servir.
France, 1907 : Arrêter.
— Soyez tranquille. Des hommes à nous ne les quittent pas d’une semelle. Ils sont d’ores et déjà tout aussi bien servis que s’ils l’étaient par la Préfecture.
(Paul Mahalin, Le Megg)
France, 1907 : Voler.
Par contretemps, ma largue
Voulant s’piquer d’honneur,
Craignant que je la nargue,
Moi qui n’suis pas taffeur,
Pour gonfler ses valades
Encasque dans un rade,
Sert des sigues à foison !
(Winter, forçat, 1829)
Souricière
Halbert, 1849 : Dépôt des prévenus.
Larchey, 1865 : « Tout en ayant soin de placer ma giberne ou, comme on dit, ma souricière. »
(Vidal, 1833)
Allusion de forme.
Souricière : Piège tendu par la police :
Tendre une souricière pour le faire pincer par la police.
(E. Sue)
Souricière : Lieu visité souvent par la police.
C’est une vraie souricière que votre tapis-franc. Voilà trois assassins que j’y prends.
(Id.)
Delvau, 1866 : s. f. Cabaret suspect où se réunissent les voleurs et où ils se font arrêter par les agents de police, au courant de leurs habitudes. Tendre une souricière. Surveiller les abords d’un de ces mauvais lieux-là.
Delvau, 1866 : s. f. Crinoline, ou Tournure exagérée, — dans l’argot des petites dames, qui savent combien les hommes se laissent prendre à cela.
Rigaud, 1881 : Dépôt de la préfecture de police. C’est la partie du Palais-de-Justice où se trouvent les prisons affectées aux détenus qui attendent l’heure du jugement.
Je fus conduit dans un cachot, que l’on nomme, je crois, souricière où je passai la nuit.
(Jean Journet, Gris et soupirs, 1840)
Rigaud, 1881 : Lieu où la police opère des râfles. Piège à malfaiteurs. — Débit de vin, garni, sous la dépendance de la police et où les malfaiteurs viennent se faire prendre.
La Rue, 1894 : Piège tendu par la police.
Virmaître, 1894 : Cabaret connu de la police, tenu par un patron qui nonne sur l’orgue de ses clients dont la plupart sont des voleurs. La pêche se fait là sans hameçon (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Dépôt du parquet du procureur de la République, où sont amenés pendant quelques heures les prévenus qui doivent être interrogés par un juge d’instruction ou comparaitre au tribunal correctionnel. Voir Trente-six carreaux.
Hayard, 1907 : Piège tendu par la police.
France, 1907 : Endroit mal famé, cabaret, mauvais lieu, surveillé par la police.
France, 1907 : Giberne d’infanterie du temps des anciennes cartouches.
France, 1907 : Le dépôt à la Préfecture de police.
La voiture, après avoir versé à la Souricière son chargement de détenus…
France, 1907 : Mauvais violon.
Souricière (la)
Virmaître, 1894 : Est une annexe du Dépôt de la Préfecture de Police ; les prévenus passent là avant de comparaître devant les chambres correctionnelles ; ils y repassent après jugement pour monter en panier a salade et être dirigés sur les prisons où ils doivent subir leur peine. La souricière est aussi appelée les trente-six carreaux, parce que chaque fenêtre a ce nombre de vitres. On dit aussi : établir une souricière pour pincer les complices qui viennent au gîte (Argot des voleurs).
Souricières
Delvau, 1866 : s. f. pl. Ce sont, d’après Vidocq, de grandes pièces souterraines dont on peut voir les fenêtres garnies d’énormes barreaux de fer sur le quai de l’Horloge, et dans lesquelles les prévenus extraits des différentes prisons de Paris sont déposés pour attendre le moment de paraître devant le juge d’instruction.
Trente-six carreaux
Rossignol, 1901 : Voir Souricière. Trente-six carreaux, parce que c’est le nombre de vitres de la porte de la cellule.
France, 1907 : Salle d’attente des détenus au palais de justice.
Argot classique, le livre • Telegram