Fustier, 1889 : Lever, soulever, arracher. Argot de malfaiteurs.
France, 1907 : Enlever, arracher ; argot des voleurs.
Baloustiquer
Fustier, 1889 : Lever, soulever, arracher. Argot de malfaiteurs.
France, 1907 : Enlever, arracher ; argot des voleurs.
Chateaubriand
Rigaud, 1881 : Bifteck très épais, bifteck à triple étage, — dans le jargon des restaurants. — Un Chateaubriand aux pommes.
France, 1907 : Transformation du beef-steack sur la note du restaurateur. Une maison qui se respecte ne sert aux clients que des chateaubriands. Le publie bénévole paye le baptême. Pourquoi ce nom célèbre à un morceau de bœuf ? Théodore de Banville raconte qu’il voulut en avoir le cœur net :
Enfin, je n’y tins plus, je voulus absolument le savoir, et j’interrogeai Magny. À ce qu’il m’apprit, le chateaubriand fut baptisé ainsi, parce qu’il avait été inventé sous les auspices de… M. de Chabrillan ! N’est-ce pas là l’origine commune des histoires et des légendes qui, sauf de rares exceptions, sont toutes nées d’une faute de langue ou d’une faute d’orthographe ?
Il est vrai qu’il reste à ce grand écrivain, à ce philosophe morose, la popularité, énorme, permanente, la gloire en billon circulant du bouillon Duval au cabaret du Lyon d’Or, d’avoir servi de patron à un beefsteack renommé — lui qui n’en mangeait jamais et ne se nourrissait que de laitage, d’encens et de souvenirs. Ô ironie ! ô reconnaissance des peuples ! Un beefsteack aux pommes, voilà peut-être tout ce qui restera un jour d’un Atlas de la pensée, d’un Archimède de la philosophie. Il portait un monde dans son vaste cerveau, il rêvait d’en soulever un autre avec sa plume, et le résultat de tout cela : un nom qu’on crayonne sur un menu de restaurant. C’est ça la gloire !
(E. Lepelletier)
On vient d’installer à la Bibliothèque nationale un petit buffet, très commode pour les travailleurs. L’un de ceux-ci y pénètre dernièrement :
Que désire monsieur ?
— Qu’est-ce qu’on peut bien manger dans celte cité des lires ? Donnez-moi un Chateaubriand.
— Voilà, monsieur.
— Grand format, surtout.
Demoiselle de paveur
Virmaître, 1894 : Sorte de pilon en bois garni à sa base d’un fort morceau de fer. Il sert à enfoncer les pavés pour égaliser la rue. Ce pilon a deux anses en forme de bras ; pour le soulever, les paveurs le prennent par les bras. Allusion au bras que l’on donne aux demoiselles. Elles sont généralement moins dures à soulever que la demoiselle du paveur (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Outil à l’usage des paveurs pour enfoncer les pavés. La femme qui tient les bras en cerceau a les bras comme une demoiselle de paveur.
France, 1907 : Pilon en bois dont on se sert pour enfoncer les pavés. Nom que l’on donne à une femme qui met ses poings sur les hanches.
Lièvre (soulever un)
France, 1907 : Découvrir une affaire cachée.
— C’est la sagesse même qui parle par votre bouche, Madame ! Ne soulevons jamais de lièvres !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Opiner du bonnet
France, 1907 : Acquiescer sans mot dire. Cette locution vient de l’ancien usage des assemblées de soulever son bonnet en signe d’assentiment à une résolution prononcée. Dans les établissements religieux où des questions étaient débattues, les anciens opinaient de vive voix, tandis que les novices ne pouvaient approuver qu’en soulevant leur bonnet ou calotte. Les Athéniens opinaient de la main, c’est-à-dire levaient la main dans les assemblées publiques en signe d’acquiescement. Les sénateurs de Rome se plaçaient, pour manifester leur vote, du côté de la personne dont ils partageaient l’opinion.
Pékin, péquin
Rigaud, 1881 : Bourgeois, tout individu qui ne porte pas l’uniforme militaire, — dans le jargon des troupiers. Mot à mot : habitant de Pékin, Chinois, pour exprimer et la distance qui sépare le civil du militaire et le peu de cas qu’on fait du bourgeois au régiment.
Les pékins et les militaires,
Toujours courant, toujours dehors,
Vont et viennent, fiévreuse foule
Comme une frémissante houle.
(A. Pommier, Paris)
France, 1907 : Sobriquet que les militaires donnent aux civils. Depuis l’obligation pour tous du service militaire, ce mot est beaucoup moins en usage qu’autrefois. L’orthographe diffère suivant l’origine qu’on lui donne et en cela les étymologistes ne sont nullement d’accord. Littré était d’abord disposé à ne voir dans pékin que l’étoffe de ce nom que, sous le premier empire, les civils portaient en pantalon comme les militaires le nankin. On distinguait de la sorte à première vue, dit-il, le militaire de celui qui ne l’était pas. Mais, d’après le supplément de son Dictionnaire, pékin daterait de la fête de la Fédération. « À cette fête il y avait des délégués militaires et des délégués des cantons ; la plaisanterie vit dans les cantons la ville de la Chine, et y substitua le nom de la capitale, Pékin. »
Ampère, de son côté, pense que ce mot vient du latin paganus, paysan, villageois, par opposition à soldat ; d’autres lui donnent pour origine l’espagnol pequeno, petit ; d’autres encore en font une altération des vieilles expressions injurieuses piquechien et pissechien. « à moins, dit Charles Royan dans ses Petites Ignorances de la conversation, qu’il ne soit tout simplement une façon de dire chinois, mot qui se prend vulgairement dans un sens dédaigneux et burlesque ».
Mais, ajoute-t-il, mous inclinons à penser que péquin, usité surtout dans l’armée, a pris naissance au milieu des soldats, et c’est pourquoi nous adoptons plus volontiers l’explication du colonel Aubert : « Le père Daniel, dans son Histoire de la milice française, parle des piquenaires, sorte de soldats à pied, qu’il ne faut pas confondre avec les piquichinis, mauvais soldats, sorte de valets d’armée, fort nombreux dans les armées de Charles VI. Les piquichinis ou piquinis, d’origine italienne, méprisés des véritables soldats, firent tant par la maraude que leur nom devint un terme de mépris dans les armées. De vieux dialogues militaires des règnes de Henri III et Henri IV emploient souvent le mot piquini ou péquin pour désigner les adversaires en religion. Ainsi, dans un de ces dialogues, nous voyons un papiste traiter Coligny de pékin ; un autre dialogue est intitulé les pékins de Montauban. »
Élisée Reclus, de son côté, donne une autre explication qu’il a trouvée dans les ouvrages du docteur Louis-Joseph Janvier :
Les Pauvres Haïtiens étaient toujours prêts à se soulever, dans l’espérance constamment déçue d’arriver enfin à cette possession du sol qui pouvait les rendre libres. Haïti eut ses guerres de paysans ou de piquets. Telle serait aussi en France l’origine du mot péquin, changé en pékin, qu’emploient les soldats de métier pour qualifier les civils ou militaires d’occasion, c’est-à-dire des gens simplement munis de pèques ou piques, armes impuissantes contre les fusils et les canons.
Après l’expédition de Chine, le général de Montauban, averti que Napoléon III désirait lui accorder un titre rappelant ses victoires, avait une peur atroce que l’empereur ne le fit duc de Pékin. « Duc de Pékin, disait-il, cela sonnerait bien mal pour un militaire. » On sait qu’il fut fait comte de Palikao.
En vain l’on veut rester pékin,
Quand on a-z-eu la chance
De s’fourrer dans le creux d’la main
Un numéro de partance.
Le sac sur le dos,
En bott’s ou sabots,
N’y a qu’un parti-z-à prendre ;
La loi vous le dit :
En route, conscrit !
Au corps il faut se rendre.
Disons, pour terminer, que dans le patois des Pyrénées, pec, peguin signifient niais, imbécile, idiot. Ne faudrait-il pas aller là pour trouver l’étymologie de pekin ?
Pelle (ramasser une)
Merlin, 1888 : Faire un impair.
Rossignol, 1901 : Faire une chute, tomber. Ce mot veut aussi dire ne pas réussir une entreprise, une chose, y perdre de l’argent.
France, 1907 : Tomber, faire une chute, mais plus particulièrement pour le cas où le corps est projeté obliquement sur le sol, comme si l’on voulait s’y enfoncer, les bras en avant, et en soulever une partie, en somme, faire œuvre de pelle. « Et de même que, dit M. T. Pavot dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, dans : boire un verre de vin, verre est mis pour verrée, le contenant pour le contenu, de même aussi ramasser une pelle devra s’entendre, non de l’outil lui-même, mais de la pelletée. Bien des gens en effet, par vice de langage, emploient un mot pour l’autre, disant : une pelle de terre, une pelle de charbon. »
Toto n’a aucun soin de ses affaires. Il a égaré les objets qui lui servaient à confectionner des pâtés de sable, et il demande au cousin de sa maman, qui revient, en boitant, d’une excursion à bicyclette :
— Tu n’as pas trouvé, par hasard, ma pelle et mon seau ?
— Je n’ai pas vu de seau, répond le cousin, l’oreille basse, mais je suis sûr d’avoir ramassé une pelle.
(Le Journal)
Père François
Rossignol, 1901 : Le coup du père François est de mettre autour du cou d’un passant un foulard ou une courroie au moment où il tourne le dos à l’agresseur. Celui qui a passé le foulard fait aussitôt un demi-tour et, tout en retenant les deux bouts, se courbe en avant ; de ce fait la victime perd pied, et instinctivement prend avec les deux mains l’objet qui l’étrangle, ce qui permet au complice de fouiller les poches tout à son aise. En plaisantant J’ai fait un jour le coup du père François à un de mes amis, un Italien de première force. Je ne l’ai tenu sur mes épaules que le temps de le soulever de terre, ce qui ne l’a pas empêché de tomber inerte ; et il a été un moment avant de reprendre connaissance. Je me suis bien juré de ne jamais recommencer, et je ne conseille à personne de jouer de la sorte.
France, 1907 : Célèbre inventeur du coup fameux qui a gardé son nom. Ce bandit légendaire étranglait encore à soixante ans. Il travaillait en solitaire, sans complice ni recéleur : d’où sa longue impunité. Quand il fut pris, il avait atteint l’âge où la peine de mort n’est plus appliquée.
— Jamais vous ne verrez opérer le « coup du père François » dans les rues de Constantinople. Le lutteur pour la vie, que vous y pouvez rencontrer, vous demande poliment de renoncer à votre bourse à son profit. Si vous lui prouvez que vous n’en avez point, il n’insiste pas, et il ne vous tue que si vous tentez de lui résister, ce qui est bien le moins, n’est-il pas vrai ?
(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)
Pessiguer
Delvau, 1866 : v. a. Ouvrir, soulever, — dans l’argot des voleurs. Pessiguer une lourde. Ouvrir une porte.
Rigaud, 1881 : Soulever ; du provençal pessuguer, pincer, voler habilement.
France, 1907 : Maltraiter ; du provençal pessiguar. Argot des voleurs.
Pessiguier
La Rue, 1894 : Ouvrir. Soulever. Maltraiter.
Petit gôt (le)
France, 1907 : Livre de magie qu’on nomme aussi le Petit Albert. « Les sorciers qui possèdent le Grand Albert, autrement dit le Grand Gôt, sont bien plus puissants que ceux qui n’ont à leur disposition que le Petit. Rien ne leur est impossible. » D’où viennent ces deux noms : Grand Gôt et Petit Gôt ? Jaubert, dans son Glossaire, se demande « s’ils n’auraient pas quelque rapport avec ce roi des Goths qui n’avait qu’à poser son bonnet d’une certaine façon pour soulever un orage, ou bien avec un de ces grimoires traitant de la goétie, espèce de magie » ?
Soulever
Delvau, 1866 : v. a. Dérober adroitement, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Filouter.
Tâter les endosses
France, 1907 : Soulever les jupons.
Le bon curé n’eût pas demandé mieux que de tâter les endosses à la petite, mais la crainte non du Seigneur, mais du gendarme qui est le commencement de la sagesse, le retenait.
(Les Propos du Commandeur)
Argot classique, le livre • Telegram