Vidocq, 1837 : s. f. — Maison.
France, 1907 : Maison ; argot des voleurs.
Un seul sentiment t’animera,
Celui de grinchir gourdement ;
Jorne et sorgue tu poisseras,
Boucart et baite chenument.
(Commandements des voleurs)
Baite
Vidocq, 1837 : s. f. — Maison.
France, 1907 : Maison ; argot des voleurs.
Un seul sentiment t’animera,
Celui de grinchir gourdement ;
Jorne et sorgue tu poisseras,
Boucart et baite chenument.
(Commandements des voleurs)
Baïté
Larchey, 1865 : Maison, équivalent de boîte (?).
Jorne et sorgue, tu poisseras boucart et baïte chenument.
(Vidocq)
Barbotter
Ansiaume, 1821 : Chercher.
J’ai barbotté toute la sorgue sans trouver une bredoche.
un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Fouiller.
Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). — Mot à mot : faire le barbot.
Tous deux en brav’s nous barbottions, D’or et d’billet nous trouvons un million.
(Paillet)
Virmaître, 1894 : Fouiller les poches de quelqu’un. C’est une spécialité qui demande une certaine adresse. La ménagère souvent la nuit, pendant que son mari sommeille, pratique, sans mandat, une visite domiciliaire dans les poches du dormeur (Argot du peuple).
Batouse
Ansiaume, 1821 : Toile.
Il y a un boucard de batouse, où il fera bon à la sorgue.
Larchey, 1865 : Toile (Vidocq). Batouse battante : Toile neuve. — On dit communément battant neuf pour neuf.
Delvau, 1866 : s. f. Toile, — dans l’argot des voleurs. Batouse toute battante. Toile neuve.
Virmaître, 1894 : Toile neuve, de batousier (tisserand).
— J’ai une rouillarde en batouse toute battante (neuve) (Argot des voleurs). V. Rouillarde.
France, 1907 : Toile ; argot des voleurs.
Bille, billemont, billon
Larchey, 1865 : Espèces monnayées. — Billemont et billon sont des diminutifs de bille qui, comme balle, fait allusion à la forme ronde de la monnaie. V. Attache, Flacul.
L’argent au Temple est de la braise, ou de la thune, ou de la bille.
(Mornand)
Nous attendions la sorgue, voulant poisser des bogues, pour faire du billon.
Brème de patelins
Virmaître, 1894 : Cartes de pays. Elles servent aux rabatteurs de sorgues pour se guider (Argot des voleurs).
Cambrioleur
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui dévalise les chambres, principalement les chambres de domestiques, en l’absence de leurs locataires. Cambrioleur à la flan. Voleur de chambre au hasard.
La Rue, 1894 : Dévaliseur de chambres.
Virmaître, 1894 : Vol à la cambriotte. Ce vol fut célébré par B. Maurice :
Travaillant d’ordinaire,
La sorgue dans Pantin,
Pour mainte et mainte affaire,
Faisant très bon chopin.
Ma gente cambriotte,
Rendoublée de camelotte,
De la dalle au flaquet.
Je vivais sans disgrâce,
Sans regout ni morace,
Sans taf et sans regret.
Le quart-d’œil lui jabotte :
Mange sur tes nonneurs ;
Lui tire une carotte.
Lui montrant la couleur.
L’on vient, l’on me ligotte,
Adieu, ma cainbriotte,
Mon beau pieu. mes dardants.
Je monte à la Cigogne.
On me gerbe à la grotte,
Au tap et pour douze ans.
France, 1907 : Voleur dont la spécialité est de faire main basse dans les appartements ou les villas en l’absence des propriétaires. Cambrioleur à la flan, voleur de chambres au hasard.
On estime, à la Sûreté, que sur vingt-cinq mille individus n’ayant à Paris d’autre moyen d’existence que le vol, dix mille au moins sont des cambrioleurs, soit professionnels, soit occasionnels.
(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)
Camouffle
Ansiaume, 1821 : Chandelle.
Il faut surtout ne pas oublier de la camoufle pour cette sorgue.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Chandelle.
Casser sa canne
Chenatre, chenu
Halbert, 1849 : Bon, beau.
Larchey, 1865 : Bon (Vidocq). — Chenu sorgue : Bonsoir.
Chenu sorgue, roupille sans taffe.
(Vidocq)
Chenu reluit : Bonjour. V. Fourgat.
Chenu
d’Hautel, 1808 : Au propre, blanc de vieillesse ; on s’en sert au figuré pour exprimer le haut degré de bonté d’une chose quelconque.
Ce vin est chenu. Pour, est bon, exquis, excellent.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Bon, excellent, admirable.
Larchey, 1865 : Bon, exquis. — Le Dictionnaire de Leroux (1718) l’emploie dans ce sens : Voilà du vin chenu. Selon d’Hautel (1808), chenu, signifiant au propre blanc de vieillesse (Roquefort), est appliqué au vin que la vieillesse améliore, et par extension à toute chose de première qualité.
Goujeon, une prise de tabac. — Oui-da, t’nez en v’là qu’est ben chenu.
(Vadé, 1755)
As-tu fréquenté les marchandes de modes ? c’est là du chenu !
(P. Lacroix, 1832)
Delvau, 1866 : adj. Bon, exquis, parfait, — dans l’argot des ouvriers.
La Rue, 1894 : Bon, beau. Chenu reluit : bonjour. Chenue sorgue, bonsoir. Chenument, très bien.
France, 1907 : Excellent ; une chose vieille blanchie par l’âge. Chenu pivois, un vin excellent ; chenu reluit, bonjour ; chenu sorgue, bonsoir. Argot des voleurs. Antithèse de chenoc.
Je lui jaspine en bigorne :
« Qu’as-tu donc à morfiller ?
— J’ai du chenu pivois sans lance
Et du larton savonné. »
(Vidocq)
anon., 1907 : Bon.
Chenu reluit
Vidocq, 1837 : adv. — Bonjour.
Delvau, 1866 : adv. Bonjour, — dans l’argot des voleurs. Chenu sorgue. Bonsoir.
Chenu sorgue
Vidocq, 1837 : adv. — Bonsoir.
Chenu, chenue
Rigaud, 1881 : Bon, bonne, beau, belle. — Du temps de la bande à Cartouche, le mot chenu était déjà, depuis longtemps, dans le courant argotique. On le trouve dans les Fourberies de Cartouchey pièce de Legrand. — Chenu reluit, bonjour, chenu sorgue, bonsoir, — dans l’ancien argot.
Chopin
anon., 1827 : Objet volés.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Vol, objet volé.
Bras-de-Fer, 1829 : Coup.
Vidocq, 1837 : s. m. — Vol.
M.D., 1844 : Sac d’argent.
Halbert, 1849 : Objet volé.
Larchey, 1865 : Vol.
Quand un voleur fait de la dépense, c’est qu’il a fait un chopin.
(Canler)
Delvau, 1866 : s. m. Objet volé ; coup ; affaire. Bon chopin. Vol heureux et considérable. Mauvais chopin. Vol de peu d’importance, qui ne vaut pas qu’on risque la prison.
Rigaud, 1881 : Profit, réussite, bonne aubaine, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Profit, bonne aubaine. Petit vol. Coup, affaire.
Rossignol, 1901 : Bonne affaire.
France, 1907 : Objet volé, vol. Faire un chopin, commettre un vol.
Travaillant d’ordinaire
La sorgue de Pantin,
Dans mainte et mainte affaire,
Faisant très bon chopin.
(Winter)
— Rarement le pante met sa bougie dans son pardessus… Non ! il y a autre chose… des fois on trouve des papiers, des babillardes, et c’est là le meilleur chopin.
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
J’pourrais m’frusquiner en rupin,
Mais j’ai l’air baluch’ sans patente,
Et pis, va donc faire un chopin
Quand tu veux êt’ pris pour eun’ pante !
(Blédort)
Comète
Delvau, 1866 : s. f. Vagabond, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Individu réputé pour porter la déveine au joueur derrière lequel ou à côté duquel il se place pendant une partie. La comète ne joue pas, elle regarde. Il y a des joueurs qui, voyant à leurs côtés une comète, quittent illico la table.
France, 1907 : Vagabond. Filer la comète ou la sorgue, dormir à la belle étoile.
Dérondiner
Ansiaume, 1821 : Déboutonner.
Pour me dérondiner, ils étoient cinq cognes.
Halbert, 1849 : Payer.
Rigaud, 1881 : Payer, — dans l’ancien argot.
Virmaître, 1894 : Un sou se nommant un rond, de là l’expression pour indiquer que l’on s’en sépare en payant :
— Je me dérondine tous les jours pour sorguer (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Payer. De celui qui est avare, qui ne sort pas ses ronds (sous) de son porte-monnaie on dit qu’il n’est pas facile de le faire dérondiner.
France, 1907 : Payer. Mot à mot : se défaire de ses ronds.
Doubleur
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Larron.
Halbert, 1849 : Voleur.
Delvau, 1866 : s. m. Voleur. Doubleur de sorgue. Voleur de nuit.
Hayard, 1907 : Menteur.
Doubleur de sorgue
Bras-de-Fer, 1829 : Larron de nuit.
Virmaître, 1894 : Voleur de nuit. Il double la journée (Argot des voleurs). V. Attristé.
Hayard, 1907 : Voleur de nuit.
Doubleux
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voleur. Doubleux de sorgue, voleur de nuit.
Doubleux de sorgue
Halbert, 1849 : Larron de nuit.
Doubleux de sorgue ou sorgne
anon., 1827 : Larron de nuit.
Encasque
Ansiaume, 1821 : (Nouveau terme) Église.
À la sorgue je grinchi l’encasque de la blanquette avec mon ingile.
Factionnaires (en relever un)
Virmaître, 1894 : Aux Halles, les porteurs ne peuvent abandonner leur poste tous à la fois pour aller boire chez le marchand de vin, ils laissent le verre de chaque camarade au comptoir, le bistro donne un jeton ; quand le camarade vient boire son verre, il relève le factionnaire. À la fin de la journée le jeton souvent répété devient une contremarque pour la sorgue car la soulographie est complète (Argot du peuple). N.
Fertance ou fertille
Virmaître, 1894 : La paille.
— Dans mon garno à quatre ronds la sorgue, y a des pégoces dans la fertance (Argot des voleurs).
Gafe
Larchey, 1865 : Soldat de service. — Gafe de sorgue : Patrouille. — Gafer : Guetter. — Gafeur : Sentinelle (Vidocq). — Est-ce une acception figurée du vieux mot gafe : crochet ? — Gafer serait mot à mot accrocher (V. ce mot) les malfaiteurs. C’est une image analogue à celle que présente la raclette. V. ce mot.
Gafe de sorgue
Vidocq, 1837 : s. m. — Gardien de marché, patrouille grise.
Gâfe de sorgue
Hayard, 1907 : Garde de nuit.
Gaffe
Clémens, 1840 : Celui qui fait le guet.
Delvau, 1866 : s. f. Bouche, langue, — dans l’argot des ouvriers. Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps. Coup de gaffe. Criaillerie.
Delvau, 1866 : s. f. Les représentants de l’autorité en général, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent probablement leur gaflach (épée, dard). Être en gaffe. Monter une faction ; faire sentinelle ou faire le guet.
Delvau, 1866 : s. m. Gardien de cimetière, — dans l’argot des marbriers.
Delvau, 1866 : s. m. Représentant de l’autorité en particulier. Gaffe à gail. Garde municipal à cheval ; gendarme. Gaffe de sorgue. Gardien de marché ; patrouille grise. On dit aussi Gaffeur.
Rigaud, 1881 : « Cette main est terrible, c’est-à-dire dans l’argot significatif du jeu, une vraie gaffe ! » (A. Cavaillé.) Elle tire tout l’argent des pontes vers le banquier comme ferait une gaffe.
Rigaud, 1881 : Balourdise. Faire gaffe sur gaffe.
Rigaud, 1881 : Patrouille ; gardien, guichetier. — Gaffe des machabées, gardien de cimetière. — Gaffe à gayet, garde municipal à cheval. — Gaffe de sorgue, gardien de nuit dans un marché. — Être en gaffe, être en faction.
La Rue, 1894 : Balourdise. Gardien. Surveillance. Guet. Bouche, langue.
Virmaître, 1894 : Faire le guet pour avertir des complices de l’arrivée de la rousse ou des passants qui pourraient les déranger (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire ou dire une maladresse. Prendre la main de son ami, dessous la table, croyant prendre celle de sa femme, c’est faire une gaffe.
Rossignol, 1901 : Gardien de prison.
Hayard, 1907 : Dire ou faire une bêtise.
France, 1907 : Bouche, langue ; corruption du vieux mot gave. Coup de gaffe, criaillierie. Avaler sa gaffe, mourir.
France, 1907 : Grande fille sèche et maigre. Allusion au harpon appelé gaffe.
… Une grande gaffe chaude, à nez de perroquet, qui n’avait pas trouvé à se marier malgré ses folles envies d’homme, et que les lurons s’amusaient à leurrer de promesses, la pinçant au gras des côtes, toute rouge et les paupières battantes.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
France, 1907 : Maladresse, balourdise, bévue. Faire une gaffe, commettre une maladresse.
Mme Ledouillard. — Mon mari… j’adore mon mari ; c’est extraordinaire, mais c’est comme ça. Et puis, quand par hasard j’ai envie de le tromper, je me dis : Mon Dieu ! si ça allait ne pas être meilleur, ou même moins bien, c’est ça qui serait une gaffe !
(Maurice Donnay, Chère Madame)
La gaffe, ou impair, est certainement une source innocente de rire dont la littérature actuelle a tiré l’effet comique le plus nouveau. Alfred de Musset, que Deschanel n’aime point, doit à l’étude de la gaffe un de ses plus jolis ouvrages, ce délicieux proverbe : On ne saurait songer à tout, que la Comédie-Française ne joue jamais, naturellement.
(Émile Bergerat)
Aux uns et aux autres, la réclame offerte par l’interview ne déplait pourtant pas outre mesure ; mais ils sont gênés par la brusquerie de l’interrogatoire. Les prudents craignent de faire une gaffe et les prophètes se méfient de l’improvisation. Car nous n’avons plus que de faux prophètes, sans délire sacré, des sibylles, pas bien solides sur le trépied.
(François Coppée)
À propos, dis donc à ton frère
De ne pas mettre, en m’écrivant,
Eros, le gosse de Cythère,
Avec un h en commençant.
Alors, pour réparer la gaffe,
Il en met un dans le mot cœur !
Je crois qu’au jeu de l’orthographe
Il ne sort pas souvent vainqueur.
(Jacques Rédelsperger)
Gaffe de sorgue
Virmaître, 1894 : Gardien de marché ou surveillant de maisons en construction. Autrefois, c’étaient des invalides qui remplissaient ces fonctions (Argot des voleurs).
France, 1907 : Gardien de nuit.
Grande-sorgue
Rossignol, 1901 : La mort.
Grinche
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voleur. Grinche de la haute pègre, voleur de distinction qui ne fait que de grands vols.
Clémens, 1840 : Voleur.
un détenu, 1846 : Petit voleur.
Halbert, 1849 : Voleur, escroc.
Delvau, 1866 : s. m. Voleur. On dit aussi Grinchisseur.
Rigaud, 1881 : Filou. C’est le terme générique des voleurs adroits.
La Rue, 1894 : Voleur. Grinchir, voler. La grinche, le monde des voleurs.
Virmaître, 1894 : Voler (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Voleur. Une femme est une grincheuse ; c’est aussi une grincheuse lorsqu’elle a mauvais caractère.
Hayard, 1907 : Voleur.
France, 1907 : Voleur.
Nous étions dix à douze
Tous grinches de renom ;
Nous attendions à la sorgue,
Voulant poisser des bogues
Pour faire du billon.
(Vidocq)
Conséquemment des citoyens peuvent être divisés d’intérêts. Ainsi, le roi des grinches, Rothschild, est un citoyen de Paris. Tandis qu’un compagnon est un bon bougre de prolo, un bon fieu avec qui on partage son pain et ses misères, avec qui on est en communauté d’idées, d’espoirs et de besoins — c’est un copain ! avec qui on marche la main dans la main.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Il sait quels vices fangeux se cachent sous ces fronts domptés, sous ces physionomies immobiles et grises comme l’eau des étangs. « Dis donc, Jules… quand tu auras fait ton temps, qu’est-ce que tu voudrais être ? a-t-il un jour demandé à l’un d’eux, blondin aux yeux clairs, vers qui l’attirait une sympathie. — Grinche, comme papa », a répondu l’autre, avec un rire bref et méchant…
(François Coppée, Le Coupable)
Sans compter que grinchir, bien vite
À risquer plus ça vous invite.
C’est de voler qu’on a dessein ;
Mais un beau jour le volé bouge ;
Il veut se défendre ; on voit rouge ;
Et de grinche on est assassin.
(Jean Richepin)
Grinchir à la détourne
Ansiaume, 1821 : Voler dans une boutique.
Aussitôt la sorgue arrivée, il faut tous travailler à la détourne.
Grinchir de rif
Ansiaume, 1821 : Voler avec violence.
Ils ont grinchi cinq turnes de rif d’une sorgue.
Grinchissage
Ansiaume, 1821 : Vol.
Le grinchissage de la sorgue dernière n’a pas valu 1 bredoche.
Clémens, 1840 : Voler.
Delvau, 1866 : s. m. Vol. (V. Vidocq, p. 205-220, pour les nombreuses variétés de grinchissage : à la limonade, à la desserte, au voisin, aux deux lourdes, etc.)
Rigaud, 1881 : Filouterie. — Art de filouter ; métier du voleur, pratique du vol. — Maronner un grinchissage, manquer un vol. (Colombey)
Jacqueter, jacter
France, 1907 : Parler, bavarder.
Donc, à l’époque, on parlait d’un tas de choses… Turellement, les idées n’étaient pas aussi avancées qu’aujourd’hui. Dans les ateliers, on jacquetait, et pas mal de pauvres bougres traitaient de loufoques les copains qui parlaient de la journée de huit heures.
Faut voir ce qu’on rigolait du zigue qui gobait que huit heures de turbin c’est assez pour un ouvrier, — il était tout au plus bon à foutre à Charenton…
(Le Père Peinard)
La véritable orthographe est jacter, puisque le mot vient du latin jactare, vanter.
Il signifie aussi prier.
Sainte Lariemuche, jacte pour nosorgues !
Sainte daronne du Dabuche,
Daronne très larepoque,
Daronne gironde,
Daronne épatante,
Marmite remplie des thunes de la Sainte-Essence,
Jacte pour nosorgues,
Casserole très bat,
Cafetière rupine de la vraie ratichonnerie,
Turne de toc,
Jacte pour nosorgues,
Lourde de tielcème,
Dabuche des vieux gonzes,
Dabuche des ratichons,
Jacte pour nosorgues !
Morne du grand Dabe qui nettoie les léchés du pé du londemuche, lardonne pème à nosorgues, Dabuche !
(Catulle Mendès, Gog)
Laune
Hayard, 1907 : Agent.
France, 1907 : Gendarme.
— Comme il faut que je me planque et que ça pince trop pour filer la sorgue, je bâche ces temps-ci chez la daronne. Elle a une condition à Aubervilliers, sur le bord de la limonade, d’ous qu’on voit venir de loin les launes.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
Macquart (chair à)
France, 1907 : Viande d’équarrisseur. Voir Bifteck.
Patrons ! tas d’Héliogabales !
D’effroi saisis,
Quand vous tomberez sous nos balles,
Chair à fusils,
Pour que chaque chien, sur vos trognes,
Pisse, à l’écart,
Nous leur laisserons vos charognes,
Chair à Macquart !
(Jules Jouy)
Ça t’étonn’ ?… ben, vrai, tu m’épates ;
C’est la vi’… faut porter l’licou
Tant qu’on tient un peu su’ ses pattes
Et tant qu’on peut en foute un coup,
Et pis après c’est la grand’ sorgue,
Toi, tu t’en iras chez Macquart,
Moi, j’irai p’têt ben à la Morgue,
Ou ben ailleurs… ou ben aut’ part.
(Aristide Bruant)
Maquiller à la sorgue
Bras-de-Fer, 1829 : Voler la nuit.
Morfe
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Repas.
Bras-de-Fer, 1829 : Repas, mangeaille.
Delvau, 1866 : s. f. Repas, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot et ses dérivés à la vieille langue des honnêtes gens.
Rigaud, 1881 : Repas, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 : Repas.
Virmaître, 1894 : Repas. Refaite du matin, déjeuner. Refaite du jorne, dîner. Refaite de sorgue, souper. Refaite exprime bien l’action de se refaire l’estomac. Morfer est ici pour manger (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Repas.
France, 1907 : Repas ; du vieux français morfier, manger. En argot italien, bouche se dit morfia.
— Veux-tu venir prendre de la morfe et piausser avec mezière en une des pioles que tu m’as rouscaillée ?
(Le Jargon de l’argot)
Orphelin
Ansiaume, 1821 : Orfèvre.
À l’arrivée de la sorgue l’orphelin sera le bon.
Bras-de-Fer, 1829 : Orfèvre.
Vidocq, 1837 : s. m. — Orfèvre, bijoutier.
Clémens, 1840 : Horloger, bijoutier, orfèvre.
Larchey, 1865 : Orfèvre (Vidocq). — Corruption du même mot. Les orphelins de muraille sont des factionnaires. v. ce mot. — L’abandon de leurs auteurs leur a fait donner ce nom. — Orphelins.
C’est sous ce nom que l’on veut dire en argot : une bande de voleurs.
(A. Durantin)
Delvau, 1866 : s. m. Orfèvre, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Bout de cigare, bout de cigarette réduite à sa dernière expression.
Rigaud, 1881 : Orfèvre.
La Rue, 1894 : Orfèvre Horloger. Bout de cigare. Mise (au jeu) abandonnée ou oubliée sur le tapis.
Virmaître, 1894 : Bout de cigare ou de cigarette que le fumeur abandonne dédaigneusement. Ils sont aussitôt recueillis par le ramasseur de mégots qui leur fait un sort (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Verre de vin à moitié bu que le buveur abandonne sur le comptoir du mastroquet. Quand un consommateur boit seul sans trinquer, il étouffe un orphelin. Dans les bars, il ne manque pas de Saint-Vincent-de-Paul pour les recueillir (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Voir mégot.
Hayard, 1907 : Bandit.
Hayard, 1907 : Bout de cigare ou bout de cigarette ; mégot.
France, 1907 : Bout de cigare.
France, 1907 : Dans l’argot des joueurs, ce sont les pièces laissées sur le tapis vert et que personne ne réclame. Le fait arrive assez fréquemment sur les tables de roulette. Des joueurs, pontant sur plusieurs chances à la fois, oublient quelquefois où ils ont ponté. La mise reste sur le tapis et le ramasseur d’orphelins s’en empare.
La plupart des décavés attendent patiemment le retour de la fortune. Ils savent qu’un coup heureux suffit et n’abandonnent jamais l’espoir. Ils suivent le précepte espagnol : « Lorsque tu n’as plus d’argent, ne t’éloigne pas de la maison de jeu » et fréquentent assidûment les salles. Le hasard est émaillé de joyeuses surprises. C’est un ami qui survient à point pour vous prêter le louis sauveur ; un orphelin égaré que pieusement on recueille ; une pièce perdue ramassée sous un banc.
(Hector France, Monaco)
On dit aussi orphelin sans refuge.
France, 1907 : Horloger, orfèvre.
France, 1907 : Individu sans profession, généralement voleur ; vieil argot.
Pacquelin
Vidocq, 1837 : s. m. — Pays.
Rigaud, 1881 : Pays. — Brème de pacquelin, carte de géographie. — Pacquelin du raboin, pays du diable, enfer.
Boutmy, 1883 : s. m. Pays natal. Mot emprunté à l’argot des voleurs.
Un suage est à maquiller la sorgue dans la tolle du ratichon du pacquelin… — Un coup est à faire, la nuit dans la maison du curé du pays…
(Lettre d’un assassin à ses complices)
C’est donc à tort que quelques-uns disent patelin.
La Rue, 1894 : Pays. Ville.
France, 1907 : Pays natal ; argot des voleurs. On dit communément et à tort patelin, puisque pacquelin est une dérivation du latin pagus, village. Brême de pacquelin, carte géographique ; le pacquelin du raboin, le pays du diable, l’enfer.
Pétard
Vidocq, 1837 : s. m. — Haricot.
Clémens, 1840 : Éveil, se faire de la bile.
un détenu, 1846 : Un sou.
Delvau, 1866 : s. m. Bruit, esclandre.
N’bats pas l’quart,
Crains l’pétard,
J’suis Bertrand l’pochard !
dit une chanson populaire.
Delvau, 1866 : s. m. Derrière de l’homme ou de la femme. Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.
Rigaud, 1881 : Derrière. — Haricot. Le haricot est tantôt un musicien, tantôt un pétard, tantôt exécutant, tantôt musique. Allusion compréhensible, même pour les enfants.
Fustier, 1889 : Argot des artistes et des gens de lettres. Succès bruyant.
Pourquoi ce qui n’avait pas réussi jusqu’alors, a-t-il été, cette fois, un événement de librairie ? ce qu’on appelle, en argot artistique, un pétard.
(Gazette des Tribunaux, 1882. )
Fustier, 1889 : Sou.
À droite, un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin.
C’est la qu’on verse
Le rhum, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.
(Gaulois, 1882)
La Rue, 1894 : Un sou. Soumet. Haricot. Postérieur. Bagarre.
Virmaître, 1894 : Le derrière.
— Crois-tu qu’elle est bien en viande ? Quel riche pétard ! On en mangerait une tranche.
L’allusion se devine ; souvent il tire des feux d’artifice (Argot du peuple). N.
Virmaître, 1894 : Sou. C’est une corruption du mot patard, expression employée par François Villon. En Suisse, il y a des siècles, patard était une monnaie divisionnaire ; en terme de mépris, on disait : un patard de vache (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Le derrière.
Rossignol, 1901 : Sou.
Rossignol, 1901 : Tapage, bruit.
Avez-vous fini de faire du pétard, on n’entend que vous.
France, 1907 : Bruit, tapage.
Comment, v’là d’jà ménuit qui sonne !
Ej’ croyais pas qu’l’était si tard,
C’est vrai qu’on rencont’ pus personne
Et qu’on n’entend pus grand pétard.
Vrai, si j’étais propriétaire,
J’irais ben m’coucher un moment…
Mais je n’suis mêm’ pas locataire…
(Aristide Bruant)
Faire du pétard, faire du bruit, récriminer, protester vigoureusement, causer du désordre.
Autrefois, elle était fantasque,
Capricieuse, et f’sait du pétard,
Ne r’gardant pas à faire un’ frasque,
Encor moins à faire un cornard.
Mais maintenant on peut sur elle
Se reposer de tout souci,
Comme un pigeon dessous une aile…
(Henri Bachmann, La Femme mûre)
Faire un pétard est, en terme littéraire et artistique, produire une œuvre sensationnelle, qui heurte les idées courantes, choque les préjugés bourgeois, et l’on ne se doute pas du nombre de bourgeois que contient le monde artistique et littéraire. En littérature, Nana, d’Émile Zola, fut un pétard ; en peinture, la Salomée de Henri Regnault en fut un également.
Si je fais du théâtre, ce sera pour être joué, et, tout en le faisant comme je comprends qu’il doit être, — l’image de la vie. Je ne casserai aucune vitre, ne lancerai aucun pétard.
(Émile Zola)
France, 1907 : Le derrière, maître Luc, ce que l’intellectuel Armand Silvestre admire le plus chez la femme.
Le timbré s’est fait une théorie bien à lui sur les différents types de femmes. Il prétend qu’il faut être, et il est, lui, gourmand avec les brunes, gourmet avec les blondes, glouton avec les rousses, et goinfre avec les châtaines bien capitonnées, aux tétons fermes et abondants, aux croupes plantureuses et charnues, car l’adjudant apprécie la quantité au même titre que la qualité.
— J’aurais dû rentrer dans l’artillerie ou le génie, dit-il quelquefois, car j’adore les pétards, moi !
(Le Régiment)
Je les ai vus égayant
La foules ivre d’allégresse :
Chacun d’eux, certe, est bruyant
Étincelant, flamboyant,
Mais, je le confesse,
Rentré chez moi sur le tard,
Je me suis dit à moi-même :
« Ces pétards, nom d’un pétard !
Ne valent pas le pétard
De celle que j’aime ! »
(Gil Blas)
France, 1907 : Pièce d’un sou ; corruption du vieux français patard.
— J’aimerais mieux encore turbiner d’achar du matois à la sorgue pour affurer cinquante pétards par luisant que de goupiner.
(Mémoires de Vidocq)
À droite un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin :
C’est là qu’on verse
Les rhums, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.
(Chanson du Père Lunette)
France, 1907 : Soufflet. Ça claque.
Picter
Ansiaume, 1821 : Boire.
Nous avons piqueté tout le long de la sorgue.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Boire.
Vidocq, 1837 : v. a. — Boire.
Clémens, 1840 / M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Boire.
Larchey, 1865 : Boire. — De piquette : petit vin. V. Pavillonner.
Hayard, 1907 : Boire.
France, 1907 : Boire. Picter des canons, boire des verres de vin. Argot populaire.
Comme moi gagne de la pièce,
Tu pourras picter des canons,
Et sans aller trimer sans cesse,
Te lâcher le fin rigaudon.
Ne crains pas le pré que je brave,
Car de la bride je n’ai pas peur ;
Dans une tôle enquille en brave,
Fais-toi voleur !
(Chanson tirée des Mémoires de Vidocq)
Plan (se mettre au)
Ansiaume, 1821 : Se cacher.
Je me mettois au plan le reluis et je décarrois à la sorgue.
Plan (tirer un)
Ansiaume, 1821 : Faire un projet.
J’ai tiré un plan qu’il faut exécuter à la sorgue tombante.
Planque
Vidocq, 1837 : s. f. — Cachette.
Clémens, 1840 : Cachette.
un détenu, 1846 : Guet. Hommes en planque : hommes qui font le guet.
Halbert, 1849 : Cachette.
Larchey, 1865 : Cachette. V. Bayafe. — Planquer : Cacher. V. Déplanquer, Enplanquer.
Larchey, 1865 : Observation. — On se cache pour bien observer.
J’allai en compagnie de H., et le laissant en planque (en observation), je montai chez Chardon.
(Canler)
Delvau, 1866 : s. f. Cachette, — dans l’argot des voleurs. Être en planque. Être prisonnier. Signifie aussi Être en observation.
Rigaud, 1881 : Lieu, endroit, cachette. — Poste d’observation d’où un agent de police surveille un malfaiteur.
La Rue, 1894 : Cachette. Lieu, endroit, maison. Poste d’observation d’un agent qui guette un malfaiteur. Planquer, abandonner, poster, placer. Se planquer, se mettre à couvert.
Rossignol, 1901 : Un agent de police est en planque lorsqu’il est à un endroit quelconque pour surveiller un individu.
Hayard, 1907 : Cachette.
France, 1907 : Vieux mot pour planche. Logis, endroit quelconque, généralement cachette, lieu de retraite.
Par une chouette sorgue, la rousse est aboulée à la taule. Un macaron avait mangé le morceau sur nouzailles et bonni le truc de la planque ; tous les fanandels avaient été servis.
(Mémoires de Vidocq)
anon., 1907 : Habitation, chambre.
Planquer
Ansiaume, 1821 : Cacher.
Il faut planquer la camelotte jusqu’à sorgue.
Vidocq, 1837 : v. a. — Cacher.
un détenu, 1846 : Faire le guet.
Halbert, 1849 : Cacher.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Engager quelque chose au Mont-de-Piété, mettre au plan. Argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Mettre quelque chose de côté, — dans l’argot des typographes.
Delvau, 1866 : v. a. Cacher. Signifie aussi Emprisonner.
Rigaud, 1881 : Cacher. — Observer. — Mettre de l’argent de côté.
Virmaître, 1894 : Cacher.
— Pour dépister la rousse, je vais me planquer un marqué chez un garnaffier de mes aminches (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire une planque ; veut aussi dire cacher, dissimuler.
en me couchant, je suis obligé de planquer mon porte-monnaie pour que ma femme n’y fasse pas une descente.
France, 1907 : Abandonner, laisser en place.
— Et ta ménesse ? — Laquelle ? — La rouquine ? — Elle trouillottait des aisselles ; il y a beau temps que je l’ai planquée.
France, 1907 : Mettre, placer, cacher.
À c’te piaule je suis si bien planquée que je ne crains ni cognes, ni griviers, ni railles, ni quart-d’œil, ni gerbiers.
(Mémoires de Vidocq)
Planquer le marmot, cacher le produit du vol. Planquer les paccins dans un roulant, mettre les paquets dans une voiture.
Plombe
Ansiaume, 1821 : Heure.
À dix plombes de la sorgue il est temps de travailler.
Ansiaume, 1821 : Mois.
J’ai resté au mitte brun pendant 18 plombes.
Ansiaume, 1821 : Une livre pesant.
J’ai grinchi 4 plombes de rouget à bord de la Jeanne d’Arc (frégate neuve).
Bras-de-Fer, 1829 : Demi-heure.
Vidocq, 1837 : s. f. — Heure, année.
Larchey, 1865 : Heure. — Onomatopée. — Plombe imite le bruit grave d’une sonnerie de grosse horloge. V. Momir, Crosser. — Plomber : Sonner.
Delvau, 1866 : s. f. Heure, — dans l’argot des voleurs. Mèche. Demi-heure. Mèchillon. Quart d’heure.
Rigaud, 1881 : Heure. Dix plombes se décrochent, dix heures sonnent.
La Rue, 1894 : Heure.
Rossignol, 1901 : Heure. Il est 6 plombes et 10 broquilles.
Hayard, 1907 : Heure.
France, 1907 : Heures. Dix plombes se décrochent ou crossent, dix heures sonnent. Luysard estampille huit plombes, il est huit heures au soleil.
— Voilà six plombes et une mèche qui crossent… Tu pionces encore ?
(Mémoires de Vidocq)
Poulette
Delvau, 1866 : s. f. Grisette, femme légère qui se laisse prendre au cocorico des séducteurs bien accrêtés. Lever une poulette. « Jeter le mouchoir » à une femme, dans un bal ou ailleurs.
France, 1907 : Jeune fille, jeune femme.
Vous savez comme on mange aux fêtes de village, et chez l’ami Castagne je vous réponds que personne ne meurt de faim. Nous eûmes un repas qui se faisait dire vous : coquilles d’écrevisses, truites de la Sorgues, rien que des viandes fines et du vin cacheté ; le coup du milieu ; des liqueurs de toutes sortes, et, pour nous servir à table, une poulette de vingt ans qui… je ne vous en dis pas davantage.
(Frédéric Mistral)
Époux d’une aimable poulette,
Beaux discours ne servent à rien,
Croyez-moi, suivez ma recette, ;
Elle est simple et fait toujours bien :
Le jardinier cultive, arrose
Soir et matin la tendre fleur ;
C’est par ce moyen que la rose
Conserve longtemps sa fraîcheur.
(Pigault-Lebrun, L’Esprit follet)
Qui sorgue à la paire
Hayard, 1907 : Sans domicile.
Rabateux de sorgue
France, 1907 : Voleur de nuit ; argot des voleurs.
Rabateux ou doubleux de sorgue
Vidocq, 1837 : s. m. — Ancien voleur de nuit.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Rabateux, doubleur de sorgue
Rigaud, 1881 : Voleur de nuit, à l’époque où les voleurs de nuit formaient une catégorie. Aujourd’hui, ils volent de nuit et de jour, quand ils peuvent.
Rabatteur à la sorgue
France, 1907 : Voleur qui opère la nuit.
Rabatteurs à la sorgue
Virmaître, 1894 : Voleurs qui opèrent la nuit. C’est un redoublement de syllabe ; ils ne rabattent pas, ils s’abattent sur les maisons à dévaliser. Les rabatteurs sont les complices qui nourrissent le poupard (Argot des voleurs).
Raboteux ou doubleux de sorgue
Bras-de-Fer, 1829 : Larron de nuit.
Halbert, 1849 : Voleur de nuit.
Refaire de sorgue (se)
Halbert, 1849 : Souper.
Delvau, 1864 : Se remettre d’une nuit d’orgie : — bien dormir, ou bien déjeuner.
Tout dix, au tapis-franc nous étions réunis,
Chez le père Vit-Dur, ogre de mes amis,
Zig qui ne mange pas ses pratiques sur l’orgue ;
Nous étions venus là nous refaire de sorgue.
(L. Protat) (Serrefesse.)
Refaite
Vidocq, 1837 : s. m. — Repas.
Delvau, 1866 : s. f. Repas, — dans l’argot des voleurs. Refaite du mattois. Déjeuner. Refaite de jorne. Dîner. Refaite de sorgue. Souper. Refaite de coni. Extrême-onction, ou, plus cyniquement, la nourriture que prend le condamné à mort avant son exécution.
Rigaud, 1881 : Repas, réfection. — Refaite du matois, déjeuner ; refaite de jorne, dîner ; refaite de sorgue, souper ; refaite du séchoir, collation prise en sortant du cimetière.
La Rue, 1894 : Repas. Refaite de matois, déjeuner. Refaite de sorgue, dîner.
France, 1907 : Repas. Refaite du matois, déjeuner. Refaite de jorne, dîner. Refaite de sorgue, souper. Refaite de séchoir, croûte cassée chez le marchand de vin au retour du cimetière. Refaite de coni, extrême-onction. Argot des voleurs.
— Lorsque j’ai quitté le tapis, il allait acheter sa refaite de sorgue et venait de donner l’ordre de seller son gaye.
(Mémoires de Vidocq)
Refaite de sorgue
Vidocq, 1837 : s. m. — Souper.
Reluit
Vidocq, 1837 : s. m. — Œil.
Vidocq, 1837 : s. m. — Jour.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Larchey, 1865 : Jour, œil. V. Coquer, Luisant, Chasse.
Delvau, 1866 : s. m. Œil, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Jour.
Rigaud, 1881 : Jour. — Œil. Pisser des reluits, pleurer, — dans le jargon des voyous.
La Rue, 1894 : Jour. Œil.
Virmaître, 1894 : L’œil (Argot des voleurs). V. Abat-reluit.
France, 1907 : Jour ; argot populaire.
Une sorgue j’ai été pomaqué et enflaqué dans une rafle, mais on m’a défourraillé au reluit, j’ai seulement coqué le taf.
(Autobiographie d’un malfaiteur en argot moderne)
France, 1907 : Œil. Chasser des reluits, pleurer. Argot populaire.
Renquiller
Larchey, 1865 : Rentrer. De quille. V. Pavillonner.
Delvau, 1866 : v. n. Rentrer.
La Rue, 1894 : Rentrer. S’enrichir. Se rétablir.
Virmaître, 1894 : Faire fortune, devenir gros et gras (Argot d’imprimerie).
Virmaître, 1894 : Rentrer.
— Je renquille à la piaule.
Renquiller veut dire aussi retourner.
— Je renquille au patelin (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Rentrer.
France, 1907 : Rentrer.
— Tu as donc oublié que le dabe qui est allé ballader sur le trime avec les fanandels renquillera pas cette sorgue ?
(Mémoires de Vidocq)
Par la venterne on te déporte ?
Au claq renquille par la porte.
(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)
Roupiller
d’Hautel, 1808 : Se laisser surprendre par le sommeil, dormir.
Ansiaume, 1821 : Dormir.
Il roupille pendant le reluis et travaille à la sorgue.
Vidocq, 1837 : v. a. — Dormir.
Halbert, 1849 : Dormir.
Larchey, 1865 : Dormir. — V. Paumer, Pieu, Rifle.
Il est bien temps de roupiller.
(1750, Monbron, Henriade travestie)
Delvau, 1866 : v. n. Dormir, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient ce verbe depuis plus d’un siècle. Signifie aussi Avoir continuellement une roupi au nez.
Rigaud, 1881 : Dormir.
Il roupille comme ça toute la journée : le v’là parti.
(H. Monnier, Scènes populaires)
La Rue, 1894 : Dormir.
Virmaître, 1894 : Dormir. Quand on ne dort que quelques instants, on fait un petit roupillon.
— Il est tellement gouapeur qu’il roupille sur son ouvrage (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Dormir.
France, 1907 : Dormir ; de roupille, qui vient de l’espagnol ropilla, manteau dont nos voisins de l’autre côté des Pyrénées s’enveloppent pour dormir.
— Prenez note de mes paroles. Je ne veux plus toucher un verre d’absinthe si je mens. Croyez, mes enfants, que j’ai mieux à faire que trainer ici mon bancal. J’ai, au pays, une bonne petite place qui m’attend, où je n’aurai plus qu’à battre ma flème, boire, briffer et roupiller. Ça vaut bien notre chien de métier !… Ah ! c’est égal. J’y ai passé de bons quarts d’heure !
(Hector France, L’Homme qui tue)
La nuit, on a des rêves doux
Quand on roupille,
On effeuille des fleurs, le jour,
On cause d’oiseaux et d’amour.
(Jane d’Ys)
anon., 1907 : Dormir.
Sautage (faire le)
Ansiaume, 1821 : Voler et sauter à terre.
Ils font le sautage sur le grand trimard pendant la sorgue.
Sorgabon
France, 1907 : Bonne nuit ; irréversion de bonne sorgue ; argot des malfaiteurs.
Sorgue
Ansiaume, 1821 : Nuit.
Il ne faut suivre le grand trimard que de sorgue.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Nuit.
Vidocq, 1837 : s. — Nuit.
Clémens, 1840 : Nuit.
M.D., 1844 / M.D., 1844 : La nuit.
un détenu, 1846 : Nuit.
Halbert, 1849 : La rue.
Larchey, 1865 : Soirée, nuit. — Roquefort donne sorne avec la même signification. V. Baïte, Chenu, Billon.
Sorguer : Passer la nuit.
Content de sorguer sur la dure, va, de la bride (chaîne) je n’ai pas peur.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : s. f. Nuit, — dans l’argot des voleurs. Les Maurice La Châtre de Poissy prétendent qu’il faut écrire Sorgne.
Rigaud, 1881 : Nuit, soir. — Sorgabon, bonsoir, bonne nuit ; qui ne vient pas du tout du basque gabon, bonsoir, comme l’a avancé V. Hugo. Sorgabon, c’est bon sorgue retourné.
La Rue, 1894 : Nuit. Sorguer, dormir.
Virmaître, 1894 : La nuit (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : La nuit.
Hayard, 1907 : Nuit.
Sorgue (la)
M.D., 1844 : La nuit.
Sorgue ou sorgne
anon., 1827 : La nuit.
Sorgue, sorne
France, 1907 : Nuit ; argot des voleurs, de l’argot espagnol sorna.
— Belle fichue vie que d’avoir continuellement le taf des griviers, des coques, des rousses et des gerbiers, que de ne pas savoir le matois si on pioncera la sorgue dans son pieu…
(Mémoires de Vidocq)
La grande sorgue, la mort.
Ça t’étonn’ ?… ben, vrai, tu m’épates !
C’est la vi’… faut porter l’licou
Tant qu’on tient un peu su’ses pattes
Et tant qu’on peut en foute un coup,
Et pis après, c’est la grand sorgue.
Toi, tu t’en iras chez Maquart.
Moi, j’irai p’t’êt’ ben à la morgue,
Ou ben ailleurs… ou ben aut’ part.
(Aristide Bruant, Dans la Rue)
Se refaire de sorgue, souper.
— Si au lieu de pitancher de l’eau d’aff nous allions nous refaire de sorgue au Lapin Blanc ?
(Eugène Sue, Les Mystères de Paris)
Sorguer
Ansiaume, 1821 : Passer la nuit.
J’ai sorgué pour travailler aux roulottes.
Clémens, 1840 : Passer la nuit.
Delvau, 1866 : v. n. Passer la nuit.
Virmaître, 1894 : Dormir. C’est une très vieille expression. D’autres écrivent sorgne ; c’est une erreur (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Dormir.
France, 1907 : Dormir.
Content de sorguer sur la dure,
Va de la bride, je n’ai pas peur.
Ta destinée est trop peu sûre,
Fais-toi gouépeur.
(Mémoires de Vidocq)
Sorguer à la paire, coucher dans un hôtel garni et partir sans payer.
C’est ça qu’c’était ben mon affaire !…
Mais un beau soir a s’a fait faire :
Les mœurs l’ont fourrée au ballon.
Et, depuis qu’alle est disparue,
J’sorgue à la paire et j’fais ballon
Dans la rue.
(Aristide Bruant, Dans la Rue)
Sorguer la paire, dormir en marchant.
Sorguer à la paire
Virmaître, 1894 : Coucher à deux (Argot des voleurs).
Sorgueur
Delvau, 1866 : s. m. Voleur de nuit.
Virmaître, 1894 : Voleur de nuit (Argot des voleurs).
France, 1907 : Voleur de nuit.
Les sorgueurs vont sollicer des gails à la lune.
(Victor Hugo)
Sorne
Halbert, 1849 : Noir.
Rigaud, 1881 : Nuit ; pour sorgue. — Noir.
France, 1907 : Noir, nuit ; de l’argot espagnol sorna.
Taper de l’œil
Ansiaume, 1821 : Dormir.
En entrant au collège, j’ai tapé de l’œil jusqu’à la sorgue.
Larchey, 1865 : Dormir.
Il y avait plus d’une heure que je tapais de l’œil quand je m’entends réveiller.
(œuvres badines de Caylus, 1750)
Taper dans l’œil : Séduire.
Delvau, 1866 : v. n. Dormir. L’expression est plus vieille qu’on ne serait tenté de le croire, car on la trouve dans les Œuvres du comte de Caylus (Histoire de Guillaume Cocher).
Rigaud, 1881 : Dormir.
France, 1907 : Dormir.
Nous étions en train de taper de l’œil dans les bras l’un de l’autre quand survint le mari.
(Charletour)
Tappedur
Ansiaume, 1821 : Forgeron.
Il travaille à la forge le reluis et la sorgue à l’escap.
Tire (faire la tire à la décarade)
Ansiaume, 1821 : Voler à la sortie des lieux de rassemblement.
Demain à la sorgue à la décarade à la fourmillante.
Trimard
Ansiaume, 1821 : Chemin.
Dans la sorgue de la fourmillante sur le trimard.
anon., 1827 : Chemin.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Chemin. Faire suer le chêne sur le grand trimard, assassiner sur la grande route.
Bras-de-Fer, 1829 : Chemin.
Vidocq, 1837 : s. m. — Chemin.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Halbert, 1849 : Chemin.
Virmaître, 1894 : Chemin. Grand trimard : grande route (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Chemin, route. Un ouvrier qui va de ville en ville chercher du travail, va sur le trimard.
Hayard, 1907 : Chemin.
Vingt-deux
Vidocq, 1837 : s. m. — Couteau. Terme des voleurs flamands et hollandais.
Clémens, 1840 : Épée, couteau.
M.D., 1844 : Un poignard.
un détenu, 1846 : Couteau.
Halbert, 1849 : Un couteau.
Delvau, 1866 : s. m. Poignard, — dans l’argot des voleurs. Jouer du vingt deux, Donner des coups de poignard.
Rigaud, 1881 : Poignard, — dans l’ancien argot.
Merlin, 1888 : Couteau, — de l’argot parisien.
La Rue, 1894 : Poignard.
Virmaître, 1894 : Couteau. Jouer la vingt-deux, donner des coups de couteau. Vingt-deux : les deux cocottes. Vingt-deux : quand le compagnon placé le plus près de la porte voit entrer le prote dans l’atelier de composition, il crie :
— Vingt-deux ! Synonyme d’attention. Quand c’est le patron, il crie :
— Quarante-quatre ! En raison de l’importance du singe, le chiffre est doublé (Argot d’imprimerie). N.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Couteau.
France, 1907 : Contremaître ; surveillant. Argot des voleurs.
France, 1907 : Couteau. Jouer du vingt-deux, donner des coups de couteau. Argot des rôdeurs ; allusion aux 22 sous, prix du couteau.
Nous avons voulu maquiller à la sorgue chez un orphelin, mais le pantre était chaud ; j’ai vu le moment où il faudrait jouer du vingt-deux et alors il y aurait eu du raisinet.
(Mémoires de Vidocq)
Moi, j’suis gonzesse d’loucherbème,
Un soir qu’à m’f’ra trop lierchème,
J’y fous mon vingt-deux dans la peau.
(Aristide Bruant)
anon., 1907 : Deux agents (cri d’alerte).
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