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Abracadabrant

Rigaud, 1881 : Étonnant, merveilleux, cocasse. D’abracadabra, mot cabalistique auquel on attribuait des vertus magiques pour guérir la fièvre, en le portant au cou écrit d’une certaine manière.

Je n’avais jamais lu ces pièces qui m’avaient tant réjoui à la scène ; je me figurais, comme bien d’autres, qu’elles avaient besoin du jeu abracadabrant de leurs interprètes.

(E. Augier, Préface du théâtre complet de Labiche, 1878)

France, 1907 : Merveilleux, extraordinaire, stupéfiant. Ce mot burlesque vient d’abracadabra, formule magique du moyen âge que l’on écrivait en triangle renversé et qui passait pour guérir les fièvres et prévenir d’autres maladies. Victor Hugo, dans le « Sabbat » des Odes et Ballades, a fait de ce mot un vers :

Satan vous verra,
De vos mains grossières,
Parmi les poussières
Écrivez, sorcières :
Abracadabra.

Abracadabrant, -e

Delvau, 1866 : adj. Étonnant, extraordinaire, merveilleux, épatant, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l’abracadabra du Romantisme.

Satan vous verra.
De vos mains grossières,
Parmi des poussières,
Écrivez, sorcières,
Abracadabra !

dit Victor Hugo dans la pièce des Odes et Ballades intitulée le Sabbat. Cet abracadabra était en effet assez singulier, et je comprends qu’on l’ait raillé en en faisant un adjectif, — sans se douter que depuis longtemps le peuple en avait fait un adverbe.

Aller au diable de biterne

France, 1907 : Proverbe languedocien, même acception et même sens que le diable de Vauvert à Paris. Duchat donne l’origine de cette expression : « C’était dans le XVe siècle une opinion fort commune parmi le peuple du Languedoc, que certaines sorcières du pays se transportaient la nuit dans une plaine déserte, où elles adoraient le diable sous la figure d’un bouc placé sur la pointe d’un rocher, et baisaient le derrière de cet animal, auquel elles donnaient le nom de diable de Biterne. Le peuple était en outre persuadé que ces femmes se livraient en ce lieu à toutes sortes d’impudicités. C’est surtout par allusion à ce dernier préjugé que Carpatim, dans les faits et gestes du bon Pantagruel, jure par le diable de biterne d’embourrer quelques-unes de ces coureuses d’armées. »

Avoir rôti le balai

Delvau, 1864 : Avoir eu de nombreux amants, savoir ce que la pine en vaut l’aune, avoir fait une vie de chienne, — par allusion aux sorcières qui chevauchaient le balai pour aller au sabbat et qui le rôtissaient à la chaleur de leur cul.

C’est une fille qui a rôti le balai.

(Lemercier)

Course

d’Hautel, 1808 : Prendre sa course. S’esquiver, se sauver en toute hâte

Delvau, 1864 : Coup tiré avec une femme, que l’on fait ainsi voyager à cheval sur un bâton, comme sorcière allant au sabbat.

Argant, de ses nombreuses courses
Tout fatigué, s’échappe enfin,
Hélas ! il emporte ses bourses
L’amante qui supplie en vain.

(B. de Maurice)

Guenaude

Halbert, 1849 : Sorcière.

Haricander

Delvau, 1866 : v. n. Chamailler quelqu’un sur des vétilles ; être de mauvaise composition.

France, 1907 : Chicaner pour des vétilles. « Cette vieille sorcière ne cesse de haricander sa pauvre petite servante. »

Herbe des sorcières

France, 1907 : On appelait ainsi autrefois une sorte de liqueur faite de décoction de plantes soporifiques et aphrodisiaques qui plongeaient ceux qui en buvaient dans le délire érotique et dont se servaient les sorcières, qui s’imaginaient, après en avoir bu, assister aux scènes diaboliques du sabbat. On l’appelait aussi herbe aux magiciens.

Onofrio avait accepté de son étrange amie un petit flacon contenant une liqueur faite avec cette célèbre herbe des sorcières, grâce à laquelle on peut se rendre au sabbat — tout en restant dans son lit — c’est-à-dire que l’on s’y rend en la personne de ce que nos modernes occultistes appellent le « périsprit » ou le « corps astral. »

(Simon Boubée, La Jeunesse de Tartufe)

Male-nuit (donner la)

France, 1907 : Empêcher de dormir. C’était, au moyen âge, un des pourvoir que s’attribuaient les sorciers et les sorcières. Il suffisait de regarder une certaine étoile et de lui dire : « Je te salue, étoile lumineuse, et te conjure d’aller bailler la male-nuit à telle personne, selon mes intentions. » Et le conjurateur terminait en répétant trois fois : « Va, petite ! Va, petite ! Va, petite ! »

Pucière

France, 1907 : Femme sale et de mauvaise vie.

Va donc, vieille sorcière,
Va donc, orde pucière,
Qui te vantes d’avoir
Vu la Vierge vermeille
Dedans une bouteille.

(Raoul Ponchon)

Rôtir le balai

Delvau, 1866 : v. a. Mener une vie obscure et misérable, — dans l’argot du peuple. Avoir rôti le balai. Se dit d’une fille qui a eu de nombreuses aventures galantes, par allusion aux chevauchées sabbatiques des sorcières.

France, 1907 : Mener une existence désordonnée.

Le jeune Gontran, après avoir rôti le balai jusqu’au manche, se décide à épouser sa cousine.
À la sortie de la mairie, la belle-mère s’adresse à son nouveau gendre :
— Eh bien ! beau neveu, c’est fini ; j’espère que vous ne ferez plus de sottises.
— C’est la dernière, chère tante et belle-maman.

(Ange Pitou)

Salue femme barbue, bâton à la main

France, 1907 : Vieux dicton indiquait la terreur qu’avaient nos pères pour les femmes ayant poil aux lèvres ou au menton et qu’ils considéraient comme des sorcières.

Sorcier

d’Hautel, 1808 : C’est un vieux sorcier, une vieille sorcière. Épithètes injurieuses et de mépris que l’on donne à un homme vieux, méchant et radoteur ; à une femme âgée, laide et décrépite, qui a l’humeur acariâtre.
Ce n’est pas un grand sorcier. Pour dire qu’un homme n’est pas très-habile, très-exercé dans son art ou dans sa profession.

Sorcière

Delvau, 1866 : s. f. Femme mal mise ou d’une figure ravagée, — dans l’argot des bourgeoises. Elles disent aussi Vieille sorcière.

Tétines

Delvau, 1866 : s. f. pl. Gorge avachie, — sumen plutôt qu’uber. Argot des faubouriens. Nous sommes loin du

Tétin, qui fait honte à la rose,
Tétin, plus beau que nulle chose,

de Clément Marot.

France, 1907 : Seins avachis.

Les femmes accouraient, se ruaient sur les deux groupes, — des femmes, ces sorcières bariolées, quelques-unes travesties en bébés, les autres vêtues de peignoirs montrant leur peau brune et leurs tétines flasques, toutes fardées, et vieilles, même les jeunes, puantes enfin d’une puanteur d’ail, de linge humide et de parfumerie de bazar.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Toubib

France, 1907 : Médecin. Mot arabe rapporté par les soldats d’Afrique.

Un toubib de l’oasis de Khoufra, qui était mon ami, me sauva en me confiant aux soins de ces deux vieilles négresses, deux sœurs jumelles, qui étaient dépositaires d’une science particulière propre à refaire les muscles. Sorcières et incantatrices, m’affirmait-il. En réalité, masseuses. Mais, quelles masseuses !

(Jean Richepin)

Vieille garde

Rigaud, 1881 : Vieille courtisane. (H. Meilhac) Celle-là se rend et ne meurt pas.

La Rue, 1894 : Femme galante âgée.

France, 1907 : Courtisane vieille, prostituée hors d’âge.

Il pouvait citer tel et tel, des noms, des gentilshommes de sang plus bleu que le sien aujourd’hui collés légitimement et très satisfaits, et pas reniés du tout, avec de vraies roulures, avec des vieilles gardes !

(Jean Richepin, La Glu)

L’allée de droite était appelée : l’Allée du Commerce, celle de gauche, à peine éclairée à cause de la galerie qui surplombait, avait été baptisée : Allée de la Grande Armée ; cette dénomination était admirablement justifiée ; tout ce que Paris comptait de vieilles gardes s’y rencontraient chaque soir. Rien n’était plus horrible à voir que cet assemblage de ruines, paraissant encore quelque chose grâce à des artifices de tous genres, vêtues comme si elles avaient vingt ans, maquillées d’une façon épouvantable, se tenant à peine sur leurs vieilles jambes, souriantes malgré cela, agaçant les jeunes gens. Ah ! c’étaient de rudes travailleuses ! Mais quelle devait être la désillusion des malheureux qui se laissaient entraîner par elles quand ils s éveillaient le lendemain : ils s’étaient couchés avec une jeune fille, ils se réveillaient avec une grand’mère, plus horrible cent fois que la plus horrible des sorcières.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)


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