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Assommoir

Delvau, 1866 : s. m. Nom d’un cabaret de Belleville, qui est devenu celui de tous les cabarets de bas étage, où le peuple boit des liquides frelatés qui le tuent, — sans remarquer l’éloquence sinistre de cette métaphore, que les voleurs russes semblent lui avoir empruntée, en la retournant pour désigner un gourdin sous le nom de vin de Champagne.

Rigaud, 1881 : Débit de liqueurs, comptoir de marchand de vin.

Les assommoirs sont des mines à poivre ou boîtes à poivre.

(Le Sublime)

J’entrerai en face, au petit assommoir.

(Ad. d’Ennery, Les Drames du cabaret, 1864)

Merlin, 1888 : Cabaret où l’on vend de la mauvaise eau-de-vie, ou cette boisson même.

Virmaître, 1894 : Boutique où l’on vend des liqueurs vitriolées qui assomment les buveurs. Le premier assommoir, bien avant celui du fameux Paul Niquet, fut créé vers 1810, rue de la Corderie, près du Temple, par un nommé Montier. Cet empoisonneur charitable avait fait établir dans son arrière-boutique une chambre spéciale pour les assommés ; la paille servait de litière, des pavés servaient d’oreillers. Cette chambre s’appelait la Morgue (Argot du peuple).

France, 1907 : Cabaret. — Voir Abreuvoir.

Blanchisseur

d’Hautel, 1808 : Le peuple a coutume de dire blanchisseux ; ce qui est un barbarisme.

Delvau, 1866 : s. m. Celui qui révise un manuscrit, qui le polit, — dans l’argot des gens de lettres, par allusion à l’action du menuisier, qui, à coups de rabot, fait d’une planche rugueuse une planche lisse. Signifie aussi Avocat.

La Rue, 1894 : Avocat.

Virmaître, 1894 : Avocat. Ce mot date du procès du fameux empoisonneur Couty de Lapommerais. Dans les couloirs du palais, avant l’audience des assises, on discutait la condamnation ou l’acquittement ; la majorité des avocats étaient d’avis qu’il serait acquitté parce que Lachaud blanchit. Lachaud était le défenseur de Lapommerais. Les voleurs se souviennent du calembour (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Avocat.

France, 1907 : Avocat, qui en effet est chargé de rendre l’accusé blanc comme neige ; homme de lettres qui revoit les manuscrits des débutants littéraires et les rend présentables au public.

Boire

d’Hautel, 1808 : C’est un fameux homme, il boit un verre d’eau sans le mâcher.
Phrase baroque et facétieuse, pour dire qu’un homme est médiocre, en toutes choses ; qu’il fait beaucoup de bruit ; qu’il se donne un grand mouvement pour ne rien faire d’étonnant.
Boire un coup à sec. Signifie en terme populaire, aller se promener sans se rafraîchir ; sans boire un coup.
Boire comme un sonneur. Sabler à plein verre ; faire une grande débauche de vin ; par allusion avec les gens de cette profession qui s’enivrent continuellement. On dit dans le même sens, Boire à-tire-larigot.
Ce n’est pas la mer à boire. C’est-à-dire que malgré qu’une chose offre des difficultés, elles ne sont cependant pas insurmontables, et qu’on espère en venir à bout.
À petit manger bien boire. Signifie qu’à défaut de bonne chère, il faut boire dru et long-temps.
Qui fait la faute la boive. Pour dire que chacun doit porter la peine de son étourderie, de ses erreurs.
Boire comme un trou. C’est boire à excès, de manière à s’enivrer.
Il a plus bu que je ne lui en ai versé. Se dit en voyant un homme que le vin fait trébucher ; qui a totalement perdu l’équilibre.
Donner pour boire. C’est donner une petite récompense à celui qui vous a rendu quelque service : cette locution se prend aussi en mauvaise part, et signifie battre, châtier quelqu’un.
Vin versé faut le boire. Signifie au figuré que quand une affaire est commencée, il faut la terminer.
Qui a bu boira. Vieux proverbe qui n’a pas encore trouvé de contradicteurs ; se dit aussi par extension de certain défaut dont on ne se corrige jamais.
Boire le vin de l’étrier. C’est-à-dire, boire bouteille avant de partir et de se séparer d’un ami.
Il a toute honte bue ; il a passé par devant l’huis d’un pâtissier. Se dit d’un homme audacieux et effronté qui a levé le masque.
Boire le petit coup. Caresser la bouteille ; faire une petite ribotte.
On ne sauroit si peu boire qu’on ne s’en sente. Se dit par ironie de ceux à qui il échappe quelqu’indiscrétion après avoir bu.

Hayard, 1907 : Recevoir des coups.

Boire à tire-larigot

France, 1907 : Boire avec excès. L’Académie dit que, selon quelques-uns, il faudrait écrire à tire la Rigaud. Elle se base sur une anecdote qui remonte au XIIIe siècle, d’après laquelle Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, aurait donné une très grosse cloche à la cathédrale de cette ville, qu’on appela Rigaud, du nom du donateur. Or, comme cette cloche était fort lourde, les sonneurs, qui sont des gens fort altérés d’habitude, l’étaient bien davantage après avoir tiré la Rigaud, et buvaient en conséquence. On a étendu le sens de cette expression. On chante, on crie, on joue à tire-larigot.

Boissonneur

Fustier, 1889 : Pilier de cabaret.

Que sa sœur lâchât un boissonneur comme Anatole, rien de plus naturel.

(Huysmans, Les Sœurs Vatard)

France, 1907 : Client de cabaret.

Boîte à cornes

Delvau, 1866 : s. f. Chapeau, coiffure quelconque, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Chapeau d’homme.

Virmaître, 1894 : Chapeau. Allusion aux cocus qui y cachent leurs cornes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chapeau haut de forme ou autres.

Hayard, 1907 : Chapeau.

France, 1907 : Chapeau ou bonnet. Boîte à dominos, bouche, allusion aux dents ; cercueil, allusion aux os ; — à gaz, estomac ; — à surprise, la tête ; — à violon, cercueil ; — à biscuit, pistolet ; — à jaunets, écrin ; — à femmes, brasserie ; — à pastilles, ciboire ; — à pandore, boîte contenant de la cire molle pour prendre l’empreinte des serrures ; — au sel, tête ; — aux cailloux ou aux réflexions, prison ; — aux refroidis, la Morgue ; — d’échantillons, tonneau de vidange ; — au lait, la gorge. Tête à boîte, tête à punitions, figure d’imbécile ou de raisonneur, dans l’argot militaire.

Clouer le bec

Delvau, 1866 : v. a. Imposer silence à un importun, ou à un mauvais raisonneur, — dans l’argot du peuple. On dit aussi River le clou.

France, 1907 : Imposer silence, faire taire. On dit aussi : river de clou, ou le bec.

Crosse, crosseur

Rigaud, 1881 : Ministère public. — Sonneur de cloches.

Hayard, 1907 : Avocat général.

France, 1907 : Avocat général, accusateur public. Crosser, médire, tourmenter.

Crosseur

Vidocq, 1837 : s. m. — Sonneur.

Clémens, 1840 : Celui qui n’approuve pas les mauvaises actions.

un détenu, 1846 : Récalcitrant.

Delvau, 1866 : s. m. Sonneur de cloches.

Virmaître, 1894 : L’avocat général (Argot des voleurs). V. Bêcheur.

Rossignol, 1901 : Avocat général ; ministère public qui crosse sur l’accusé qu’il veut faire condamner.

France, 1907 : Sonneur de cloches.

Empoisonneur

Rigaud, 1881 : Nom d’amitié donné par les ivrognes au marchand de vin. — Débitant de vins et liqueurs de qualité très inférieure. — Gargotier dont la cuisine ne laisse rien à désirer sous le double rapport de la malpropreté et de l’exécrable.

Hayard, 1907 : Marchand de vin, restaurant.

France, 1907 : Cabaretier.

Factoton

Delvau, 1866 : s. m. Valet, homme à tout faire, — (factotum), — dans l’argot du peuple, qui n’emploie jamais cette expression qu’en mauvaise part.

France, 1907 : Domestique à tout faire. Du latin factotum.

Oh ! pour celui-là, on peut avoir en lui toute espèce de confiance ; un liard qui ne serait puis à lui il ne le détournerait pas ; depuis trente ans, en sa qualité de tonnelier, il avait le privilège exclusif de mettre en bouteilles les vins du presbytère, où il s’en buvait d’excellents. Marguillier, sacristain, sommelier, sonneur, factotum de l’église et dévoué à son desservant jusqu’à se relever à toute heure, s’il en était besoin.

(Marc Mario et Louis Launay)

Faire suisse

Virmaître, 1894 : Ouvrier qui boit seul et ne fraternise jamais avec ses camarades (Argot du peuple). V. Ours.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Boire seul.

France, 1907 : Boire ou manger seul, dépenser son argent en égoïste sans inviter un camarade. Ce délit de lèse-camaraderie était sévèrement puni dans l’ancienne armée, — je parle de celle où l’on faisait sept ans de service. Généralement, quand le coupable était surpris, on lui enlevait son verre qu’on vidait à sa santé ; la seconde fois, on lui en jetait le contenu au visage, et, s’il y avait récidive, on faisait sauter le lascar en couverte.

— Ah ! vous n’en savez rien ? continua Hurluret ; eh bien, moi, je m’en vais vous le dire. Ça signifie purement et simplement que vous êtes un goinfre et un porc, qui cachez vos provisions dans un lit qui n’est même pas le vôtre, pour les dévorer sournoisement, à l’insu de vos camarades !
À ces mots, un murmure s’éleva :
— Hou ! Hou ! Il fait suisse !l Il fait suisse !
— Parfaitement, reprit Hurluret, vous vous conduisez d’une façon ignoble, et si vos camarades vous passaient en couverte, ce n’est fichtre pas moi qui les en empêcherais.

(G. Courteline, Les Gaietés de l’escadron)

Dans son Dictionnaire d’argot, Lorédan Larchey fait dériver cette expression de boire avec son suisse. S’appuyant sur une citation extraite de Vidal : « Le soldat a le point d’honneur de ne jamais manger ou boire seul. Cette loi est tellement sacrée que celui qui passerait pour la violer serait rejeté de la société militaire ; on dirait de lui : « Il boit avec son suisse », et le mot est une proscription. Le soldat, dit Lorédan Larchey, ne peut boire avec son suisse (concierge) puisqu’il n’en a pas : donc il boit seul. Ironie inventée pour rappeler quelque engagé d’opulente famille aux règles de la fraternité. » Je ne partage pas l’avis de l’auteur précité quant à l’origine de cette expression. On ne dit pas d’ailleurs boire avec son suisse, mais faire suisse, c’est-à-dire faire comme un Suisse. Il faut se rappeler que les Suisses ont eu de tous temps une réputation de lésinerie et d’avarice que l’avidité de leurs aubergistes n’a pas contribué à détruire : « Il était Suisse de nation, empoisonneur de profession et voleur par habitude. » Cette épigramme du marquis de Grammont dans ses Mémoires a été appliquée bien souvent aux Suisses, et, il faut l’avouer, avec quelque raison.
L’expression viendrait de la coutume des soldats des anciens régiments suisses de tirer chacun de leur côté et d’aller boire seuls.

— Allons, descends, j’aim’ pas fair’ suisse,
T’as l’temps… Y n’est qu’ménuit un quart
Et pis tu m’plais… T’as l’air jocrisse…
Les femm’s faut pas qu’ça soit roublard…

(Fulbert Mayrat)

Fleur

Delvau, 1864 : Pucelage, — que la femme est censée donner à son époux la première nuit des noces.

Qu’au dernier cri de douleur,
Je suis maître de la fleur
Qui pour moi seul est éclose,
Je suppose,
Je suppose,
Irma, je suppose.

(L. Festeau)

Cessez donc de pleurer un sort digne d’envie,
Et ne regrettez plus la plus belle des fleurs ;
Si ne la garder pas, c’est faire une folie,
On goûte en la perdant mille et mille douceurs.

(Bussy-Rabutin)

Te laisser vierge, c’est te faire sentir de la façon la plus cruelle que ta fleur ne vaut pas la peine qu’on se donnerait pour la cueillir.

(Louvet)

Il est bon de garder sa fleur,
Mais pour l’avoir perdue, il ne faut pas se pendre.

(La Fontaine)

Cette fleur, qui avait été réservée pour le beau prince de Massa-Carrera, me fut ravie par le capitaine corsaire.

(Voltaire)

Pour eux ne brille cette fleur,
Qu’amour, diligent moissonneur,
Sait recueillir avant la fête
Que le tardif hymen s’apprête.

(Piron)

Forte téte

France, 1907 : Raisonneur, indiscipliné gouailleur. Dans les régiments, les ouvriers parisiens passent généralement pour de fortes têtes et sont traités comme tels. On les envoie à Biribi.

Il est incorporé aux compagnies de discipline comme forte tête, indiscipliné, brebis galeuse, individu intraitable, donnant le mauvais exemple. Aucun tribunal civil ou militaire ne l’a flétri, les folios de punitions de son livret matricule sont noirs, mais son casier judiciaire est blanc. Pas un malfaiteur, un irrégulier.

(Georges Darien, Biribi)

Gin

Delvau, 1866 : s. m. Genièvre, — dans l’argot des faubouriens, qui s’anglomanisent par moquerie comme les gandins par genre.

France, 1907 : Fausse eau-de-vie de baies de genièvre, que l’on fabrique en Angleterre avec des résidus de la distillation du whisky et aromatisé aux huiles de genièvre et de térébenthine. Le gin est la boisson ordinaire des femmes qui fréquentent les cabarets : c’est avec le gin qu’elles s’enivrent.

… Des pauvresses maigres à longues figures hâves et des gouges enluminées passent la tête et entrent. Elles avalent des potées de gin ou de bière, en silence, puis ressortent s’essuyant la bouche du revers de la main, ou du coin du tablier. Groupées, d’autres bavardent, essuyant des bouts de chansons ou des pas de gigue. Des jeunes de quinze ans et des vieilles de soixante hoquètent au même pot, et saoules de la même ivresse, hébétées, trébuchantes, sortent, se poussant, faisant place à d’autres, et ainsi jusqu’à minuit, l’heure où se vident les tavernes, où le publicain aidé du policeman pousse dans la rue, comme des paquets d’ordure, les clientes ivres-mortes.

(Hector France, Les Va-nu-pieds de Londres)

Fils du genièvre et frère de la bière,
Bacchus du Nord, obscur empoisonneur,
Écoute, ô gin ! un hymne en ton honneur.

(Auguste Barbier)

Laissons à l’Angleterre
Ses brouillards et sa bière !
Laissons-là dans le gin
Boire le spleen !

(Théodore de Banville)

Jargonner

d’Hautel, 1808 : Discourir, faire le raisonneur ; le docteur, sans avoir jamais rien appris ; parler de tout avec suffisance, à la manière des fats et des freluquets.

Delvau, 1866 : v. n. Babiller, bavarder, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Parler, bavarder.

Louffiat

Rigaud, 1881 : Mal appris, grossier personnage.

La Rue, 1894 : Mal appris. Grossier.

France, 1907 : Voyou, crapuleux.

— Voyez-vous, c’est fini, les cloches ! ou plutôt, c’est les sonneurs dont il n’y a plus !… À l’heure qu’il est, ce sont des garçons charbonniers, des couvreurs, des maçons, des louffiats, des gniaffs, ramassés pour un franc sur la place, qui font la manœuvre.

(J.-K. Huysmans)

Ah ! il y en a, il y en a, il y en a,
Que c’est de la fameuse canaille !
Ah ! il y en a, il y en a, il y en a
Qu’ça sont des fameux louffiats !

(Pothey)

Mail-coach

France, 1907 : Voiture attelée à quatre chevaux de piste à grandes guides. Anglicisme.

Les sonneurs du temps n’ayant pas de mail-coachs pour y accrocher ces monuments encombrants, on se préoccupa de les réduire et c’est vers le XVe siècle qu’on eut l’idée de replier les tubes les uns sur les autres de manière à diminuer le volume sans atténuer le son. Les cors d’harmonie, trompettes et clairons étaient nés.

(Jean Frollo)

Et les fouets claquent et les cris redoublent, et s’en vont roulant les berlines et mail-coachs, les coucous, les voitures de déménagement, les omnibus hors d’usage, tout cela sonnant la ferraille et les grelots…

(F. Laffon, Le Monde des courses)

Moissonneur

Virmaître, 1894 : Le commissaire de police. En effet, il moissonne ceux qui sont amenés à son burlingue. Mot à mot : il les fauche comme des blés mûrs… pour la prison (Argot des voleurs). V. Quart d’œil.

Monter le coup (se)

Delvau, 1864 : Être crédule, s’imaginer que toutes les femmes sont vertueuses, ou que l’on peut les baiser sans les payer.

Si tu croit que je suis novice, tu t’ monte le coup.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se faire des illusions à propos de quelqu’un ou de quelque chose ; s’attendre à une félicité improbable ou à une fortune impossible. On dit aussi se monter le baluchon.

France, 1907 : S’illusionner, se créer des chimères.

— Instruisez les gens de fabrique et d’usine, faites-en des petits avocats, des raisonneurs, des blagueurs, qu’est-ce qu’il adviendra ? C’est qu’à force de s’monter de coup, ils se croiront les messieurs, ne voudront plus travailler, et, dans tous les cas, feront du fichu ouvrage.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Bref, on n’est pas de bois. On ne sait pas ce que l’on espère. On attend sans savoir quoi. On se monte le coup.

(Paul Hervieu)

Patron

Rigaud, 1881 : Marchand de vin quand il fait crédit. Lorsqu’il réclame son argent, c’est un empoisonneur, un pétroleur, — dans le vocabulaire des ivrognes.

Fustier, 1889 : Colonel. Argot militaire.

Péter

d’Hautel, 1808 : On dit trivialement, et par raillerie, d’un homme logé au dernier étage d’une maison, qu’Il entend les anges péter.
Pète qui a peur.
Se dit par plaisanterie aux gens poltrons, pour les défier, les narguer ; et pour faire entendre que ceux qui sont peureux ne doivent pas s’engager dans des affaires périlleuses.
Il ne pétera plus. Se dit par ironie d’un homme qui est mort, et pour lequel on n’avoit aucune considération.
Péter comme un roussin. Péter fréquemment.
Péter plus haut que le cul. Voyez Cul.
Péter à la sourdine. Vesser ; lâcher des vents coulis, faire des pets étouffés, qui, sans faire de bruit, se font néanmoins sentir vivement à l’odorat.
Péter dans la main. Ne pas tenir sa parole ; y manquer dans le moment où la personne à laquelle on l’avoit engagée a le plus besoin de secours.

Vidocq, 1837 : v. p. — Se plaindre à la justice.

Larchey, 1865 : Se plaindre en justice (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. n. Se plaindre à la justice. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Se plaindre en justice.

Virmaître, 1894 : Se plaindre.
— Ah ! mon vieil aminche, comme ta frime est toquarde, tu as les douilles savonnées, d’où que tu sors ?
— De la boîte aux cailloux. À cause d’un mec qui a pété au moissonneur, j’ai passé à la planche à pain.
Péter,
mot à mot : faire du pet, se plaindre à la justice (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Dénoncer, se plaindre à un magistrat ; argot des voleurs.

Pousser une selle

France, 1907 : Faire ses besoins. On dit aussi pousser son rond, pousser sa moulure.

Toi qui déjeunes sans vaisselle,
Avec du pain noir pour gâteau,
Bon moissonneur, pousse une selle
Dans la plaine ou sur le coteau.
Ton maître y trouve son affaire :
Ses terrains en sont engraissés !
Jamais tu n’en pourras trop faire,
Tu n’en feras jamais assez !

(Jules Jouy)

Quand le diable devient vieux, il se fait ermite

France, 1907 : Quand on est devenu trop vieux et trop laid pour plaire, quand on a plus de dents pour mordre à la pomme du péché, qu’on n’éprouve plus de plaisirs aux mets succulents, et qu’on ne peut goûter ceux que vous offrent les jolies femmes, l’on se fait dévot et l’on devient marguillier de sa paroisse. Ce dicton s’applique surtout aux vieilles coquettes et aux courtisanes dont même la vieille garde ne veut plus.
Il paraitrait, d’après certains étymologistes, que le diable n’entre pour rien dans ce dicton, car, ne vieillissant pas, il ne peut se faire ermite ; mais qu’il s’agit de Robert le Diable, duc de Normandie, empoisonneur de Richard III, son frère, qui, pris de remords vers la fin de sa vie, alla chercher à Rome le repos de sa conscience. Il faudrait donc dire, au lieu du dicton actuel : « Quand le Diable devint vieux, il se fit ermite. »

Quart d’œil

Larchey, 1865 : Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

(Balzac)

Comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, nous y voyons plutôt une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires dite cardeuil. V. Fr. Michel. — V. Parrain.

Rigaud, 1881 : Surnom attribué autrefois par les voleurs au commissaire de police. Aujourd’hui les voyous et leurs modèles les voleurs donnent indistinctement ce nom aux commissaires de police et aux sergents de ville. Un étymologiste de la petite Roquette que nous avons consulté nous a affirmé que ce sobriquet leur avait été inspiré par les allures de ces agents de l’autorité, qui les guettent en tapinois et ne montrent que le quart de l’œil.

Virmaître, 1894 : Commissaire de police (Argot du peuple). V. Moissonneur.

Rossignol, 1901 : Commissaire de police.

France, 1907 : Commissaire de police. Voici quelle serait, d’après Balzac, l’origine de ce sobriquet :

Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris, comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot, puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

Mais, objecte Lorédan Larchey, comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, on doit y voir plutôt, avec M. Michel, une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires, dite cardeuil.

— C’est pas assez de se voir déshonorer par sa fille… Faut encore être insultée par un goaupeur. Eh bien ! puisque c’est comme ça, je vas m’en aller… mais je vas revenir avec le quart d’œil, c’te fois-ei !… Et c’est lui qui te montrera ce que ça coûte, grand feignant, de vouloir se payer des pucelles de quinze ans moins trois mois… Attends un peu !

(Oscar Méténier)

France, 1907 : Coup d’œil furtif, œillade amoureuse que l’on jette en passant, du coin, du quart de l’œil, à une personne d’un sexe différent que l’on veut aguicher ou qui vous plait. Provincialisme.

Nombre de jeunes pensionnaires à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession sont déjà expertes dans le quart d’œil.

Soce

Fustier, 1889 : Société.

Rossignol, 1901 : Groupe de malfaiteurs. Toute la soce a pris la fuite en voyant un chapeau de gendarme.

France, 1907 : Société, bande, compagnie. Vieux français, de socius.

— Comme lundi dernier, la soce de la rue Saint-Charles, tous les galvaudeux, quoi ! du beau Grenelle et du Javel des usines, a joué du couteau avec ceux de Billancourt dans l’île, et que ç’a été toute la soirée, entre les gars des deux rives, des batteries à n’en plus finir.

(Jean Lorrain)

Patenté comme empoisonneur,
Le mastroquet a de l’honneur,
En cette soce où tout nom force
À feindre, à tromper, à mentir,
Il reste l’homme à rude écorce
Qui ne veut pas s’en départir.

(Paul Paillette, Tablettes d’un lézard)

Sonneur

d’Hautel, 1808 : Boire comme un sonneur. C’est-à-dire, se laisser abrutir par le vin, comme le font les gens de cette condition.

France, 1907 : Musicien.

Les sonneurs, qui sont : un violon, un tambourin, une musette, dite bigniou, un hautbois, s’asseyèrent sur une estrade ainsi que les juges choisis parmi de vieux lutteurs, parmi les notabilités de l’endroit et les puissances temporelles et civiles : le maire, le notaire.

(Henri Rolland)

Ce mot s’employait autrefois pour chanteur. On trouve dans les Sérées de G. Bouchet, 1634 :

Cette liqueur que délivre
Apollon à ses sonneurs.

Sounadou

France, 1907 : Sonneur de cloches.

Sulfate de cuivre

Delvau, 1866 : s. m. Absinthe de cabaret, — dans l’argot des bohèmes, qui n’en sont que plus coupables puisqu’ils boivent obstinément un liquide dont ils connaissent les désastreux effets. J’ai entendu demander par un ivrogne un verre de sulfate de cuivre et j’ai vu le garçon lui apporter un verre d’absinthe. Empoisonneurs et empoisonnés rient de leur poison. C’est parfait !

France, 1907 : Absinthe. « J’ai entendu demander, dit Alfred Delvau, par un ivrogne un verre de sulfate de cuivre, et j’ai vu le garçon lui apporter un verre d’absinthe. Empoisonneurs et empoisonnés riant de leur poison, c’est parfait ! »

Tire-larigot

d’Hautel, 1808 : Boire à tire-larigot. Pour dire à grand trait, excessivement.
Les uns prétendent qu’il faudroit écrire tire la Rigaud, du nom d’un sonneur de Rouen, qui buvoit d’une manière excessive. Les autres font remonter plus haut cette étymologie, et veulent persuader que les Goths, dans une émeute, ayant tué leur roi Alaric, mirent sa tête au haut d’une pique, et, l’ayant plantée au milieu de leur camp, ils se mirent à boire et à danser autour, en proférant ces mots, ti Alaric Got, dont, par la suite, on a fait tire-larigot.

France, 1907 : Boire à tire-larigot. On a déjà donné une explication de cette locution. En voici d’autres. « Un glossaire de Rabelais, dit le comte Jaubert dans son Glossaire du centre de la France, fait dériver ce mot de larynx. Suivant une autre édition du même auteur : « Aucuns tirent ce mot d’Alaric roi des Goths, qui fut défait près de Poitiers par Clovis ; lors les soldats joyeux, lorsqu’ils beuvoient, se disoient les uns aux autres : Je bé à ti, ré Alaric Goth. » — Enfin, il y en a qui, non sans quelque vraisemblance, expliquent cette locution populaire par : Boire jusqu’à tirer l’arigot (l’ergot, équivalent burlesque de la jambe, comme dans cette autre locution familière : se tenir sur ses ergots). Arigot, èrigot, pour ergot, existent dans plusieurs patois notamment en Normandie. »
On dit aussi tourner à tire larigot, pour tourner vite, tourner tant qu’on peut sur ses ergots, ce qui appuierait cette dernière explication.

Accourez en chœur, jeunes filles,
Avec les vieilles du quartier,
Pour esquisser de fous quadrilles
Autour de cet ardent brasier.
Venez sauter, brunes et blondes,
Au-dessus du rouge fagot ;
Vous, jeunes gens, amis des rondes,
Tournez à tire-larigot.

(A. Capdeville, Rouge et Noir)

Enfin, pour donner satisfaction à tous, P. Borel, conseiller et médecin ordinaire du roi, dans le Trésor de recherches et antiquitez gauloises et françaises (Paris, 1655) donne la version suivante aussi plausible que les premières :

Tirelarigot peut venir du mot de Languedoc s’arrigoula, prendre tout son saoul de quelque chose ; Et ce mot ayant esté ouï dire par quelque français, il le retint mal ; et, le travestissant ainsi, lui a donné cours…

Voir la jument

France, 1907 : Faire la sieste : expression des moissonneurs du Centre qui ont l’habitude de se coucher sur le sillon et d’y dormir pendant une heure au milieu du jour. « Quand, dit Jaubert, le roi (le chef des moissonneurs) tarde trop à donner le signal de cette sieste, l’un des moissonneurs se met à contrefaire le hénnissement d’un cheval, aussitôt les autres travailleurs répondent par un cri semblable et tout le monde va voir la jument. »

X

Delvau, 1864 : 23e lettre de l’alphabet. — Sert ordinairement de masque et de pseudonyme aux dames ou demoiselles X…, lorsque MM. les chroniqueurs redoutent les procès ou les coups de canne.

Larchey, 1865 : Secret. — En mathématiques, X représente l’inconnu.

On cherche l’X du cœur.

(Texier)

X : Calcul.

Depuis l’année 1840, le fort en X est en proportion constante.

(Les Institutions de Paris)

Tête d’X : Tête organisée pour le calcul. — Calembour sur la formule (théta X) employée en mathématiques.

L’ancien est évidemment une tête à X.

(La Bédollière)

Un X : Un polytechnicien.

Delvau, 1866 : s. m. Polytechnicien, — dans l’argot des collégiens. Fort en X. Élève qui a des dispositions pour les mathématiques. Tête à X. Tête organisée pour le calcul ; cerveau à qui le Thêta X est familier.

Delvau, 1866 : s. m. Secret, — dans l’argot des gens de lettres.

Virmaître, 1894 : Ce mystérieux X a fait parler de lui pendant six mois à propos de l’affaire du Panama. X, l’inconnu, c’est tout le monde et ce n’est personne (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Inconnu, secret ; sert à désigner un polytechnicien, ou une personne qui a des dispositions pour les mathématiques : Sur l’affreux chevalet des x et des y a dit Victor Hugo (Argot des gens de lettres).

France, 1907 : Caractère algébrique qui désigne à la fois le polytechnicien et l’École polytechnique.

Un X est pour tous les taupins un être en quelque sorte supérieur, pour lequel ils professent le respect et l’admiration… La renommée, la popularité de l’École sont encore si grandes que, dans les collèges et les pensionnats, presque tous les bambins de la classe de huitième déclarent qu’ils se destinent à l’X.

(A. Lévy et G. Pinet)

X est mon nom ; je ne sais quel caprice
Me fit donner un nom si dur, si sec ;
J’eus pour cadet un frère qu’en nourrice
On baptisa du joli nom d’I grec.
Pour compléter cette liste gentille,
Il nous survint un tiers frère puiné,
Qu’on nomma Zed… et voilà la famille
Dont j’ai l’honneur, Messieurs, d’être l’aîné.

(Chanson d’un X, 1834)

France, 1907 : Formule mathématique, signe de l’inconnu. Chercher l’X, chercher l’inconnu, la solution d’un problème.

L’émotion devenait grande,
Du président ou de Félix,
Qui donnerait la réprimande ?
Les diplomates cherchaient l’X.

Fort en X, fort en mathématiques.

Pipe-en-Bois était employé comme dessinateur à l’usine Cail. Fort en X, il avait passé par l’École polytechnique, ce qui l’avait rendu profondément matérialiste et raisonneur.

(Charles Virmaître, Paris oublié)

Faire des X, s’occuper de mathématiques ; chercher la solution de problèmes scientifiques.

En faisant des X et sans quitter presque son cabinet, Leverrier avait annoncé l’apparition d’une planète, et, au jour dit, à l’heure précise, Neptune étincelait au firmament. Pourquoi ne pas admettre qu’un savant de génie, un infaillible observateur de la nature puisse prévoir — mais là, mathématiquement — je ne sais quel cataclysme qui supprimera, dans le temps d’un soupir, ce point dans l’espace, cet imperceptible globe que nous habitons ?

(François Coppée)

Tête à X, tête bourrée de mathématiques.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique