Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Absinthe (l’heure de l’)

Rigaud, 1881 : Avant dîner, entre quatre et cinq heures. Heure à laquelle on se rend au café pour prendre des apéritifs. Tel donne rendez-vous à un ami, à l’heure de l’absinthe, qui n’a jamais pris d’absinthe de sa vie. Dans les cafés littéraires, c’est l’heure où l’on a coutume de se réunir pour prendre langue.

(Elle) est d’éclosion toute récente ; elle date de l’épanouissement et de la splendeur de la petite presse. L’heure de l’absinthe est la résultante logique des échos de Paris et de la chronique.

(J. Guillemot, Le Bohème, 1868)

C’était le temps où le timbre des pendules a commencé à sonner cette heure particulière, qui en dure deux ou trois, et qu’on a appelée l’heure de l’absinthe.

(Maxime Rude)

Affurer

anon., 1827 : Triompher, tromper.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Triompher, tromper, amasser. Il affure d’auber, il amasse de l’argent.

Bras-de-Fer, 1829 : Attraper, tromper.

Vidocq, 1837 : v. a. — Gagner. (Vient probablement de fur, voleur.)

Halbert, 1849 : Triompher, tromper.

Delvau, 1866 : v. a. Tromper, faire un profit illicite.

Rigaud, 1881 : Voler, réaliser un bénéfice, — dans l’ancien argot. Du latin fur, voleur.

Virmaître, 1894 : Tromper, faire un profit illicite. A. D. Cette expression signifie : gagner. L’argent que les croupiers étouffent sur la cagnotte, les sous que l’enfant détourne d’une commission ; le conducteur d’omnibus qui oublie de sonner un voyageur, c’est de l’affure (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Le bénéfice que l’on a dans une affaire est affurer.

France, 1907 : Tromper, faire des profits. Affurer de l’auber, gagner de l’argent.

En goupinant comme ça on n’affure pas d’auber.

(Vidocq)

Alicante

d’Hautel, 1808 : Port d’Espagne duquel on exporte un vin fort estimé et qui en porte ordinairement le nom. Les personnes qui parlent mal ont coutume de ne point faire sonner la syllabe te qui termine ce mot, et de dire du vin d’Alican.

Aligner (s’)

Delvau, 1866 : Se battre en duel, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Avoir affaire à, dans le jargon du régiment. S’emploie surtout dans l’expression : Allez donc vous aligner avec des types pareils ! c’est-à-dire : allez raisonner avec de pareilles brutes !

Merlin, 1888 : Se battre en duel.

Virmaître, 1894 : Les duellistes s’alignent pour se battre. Quand un travail est très soigné l’ouvrier dit avec fierté : Hein ! comme c’est aligné. Quand il s’agit d’argent, aligner est synonyme d’allonger (Argot des voleurs).

Arsonnement

Vidocq, 1837 : s. m. — Masturbation.

Larchey, 1865 : Onanisme (Vidocq). — Du vieux mot arson : incendie. L’analogie est facile à expliquer. — On emploie le verbe s’arsonner.

Arsonner

Rigaud, 1881 : Fouiller, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Fouiller.

Arsonner (s’)

Vidocq, 1837 : v. p. — Se masturber.

Avant hier

d’Hautel, 1808 : L’usage n’a point encore établi de règle fixe pour la prononciation de ce mot : les uns font sonner le t, et prononcent avan tière ; les autres ne le font point sonner et prononcent avan hier ; et les personnes sans éducation, disent d’après le vulgaire, avanzière ; ce qui est un véritable barbarisme.

Berlue

d’Hautel, 1808 : Avoir la berlue. Au propre avoir la vue trouble, être ébloui ; au figuré, raisonner mal de quelque chose, en parler tout de travers ; faire des propositions ou tenir des discours ridicules.

Vidocq, 1837 : s. f. — Couverture.

Larchey, 1865 : Couverture (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. f. Couverture, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Couverture.

France, 1907 : Couverture, dans l’argot des voleurs.

Bloquer

d’Hautel, 1808 : Au propre, terme d’imprimerie qui signifie suppléer à une lettre manquante, par une autre lettre que l’on renverse ; au figuré, oublier quelqu’un dans une distribution où il avoit droit.
On l’a bloqué. Pour, on a pris sa part ; on n’a pas pensé à lui ; on l’a totalement oublié.

Halbert, 1849 : Abandonner.

Larchey, 1865 : Vendre. V. Abloquir.

Delvau, 1866 : v. a. Abandonner, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Jouer à la bloquette, — dans l’argot des enfants.

Delvau, 1866 : v. a. Mettre un soldat au bloc, à la salle de police, — ce qui est le boucler, vieille forme au verbe blouquet.

Rigaud, 1881 : Abandonner, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faire défaut, faillir, dans le jargon des typographes ; allusion au terme d’imprimerie bloquer qui a le sens de mettre provisoirement un caractère au lieu et place d’un autre. (L. Larchey) Bloquer le mastroquet, ne pas payer le marchand de vin.

Rigaud, 1881 : Mettre en prison, au bloc — dans le jargon des troupiers.

Boutmy, 1883 : v. a. Remplacer provisoirement un signe typographique dont on manque par un autre de même force. Par extension, Manquer, faire défaut, faillir. Bloquer le mastroquet, c’est ne pas payer le marchand de vin.

La Rue, 1894 : Mettre en prison. Abandonner.

France, 1907 : Emprisonner, consigner ; se dit aussi pour abandonner. Dans l’argot des typographes, c’est remplacer temporairement une lettre par une autre.

Boissonner

d’Hautel, 1808 : Siroter ; gobelotter ; se laisser abrutir par le vin.

Larchey, 1865 : Boire avec excès (d’Hautel).

Dites donc, voisin, on a un peu boissonné chez vous hier ?

(Gavarni)

Delvau, 1866 : v. n. Boire plus que de raison.

France, 1907 : Boire outre mesure.

Bons de tabac (sonnerie des)

Merlin, 1888 : Sonnerie des consignés. Plaisanterie ironique. On appelle aussi bons de tabac, les médailles commémoratives sans valeur, qu’on distribue à tous, comme les bons de tabac.

Boucler

Ansiaume, 1821 : Fermer quelque chose.

La malouse étoit joliment bouclée, grâce à mon bouton si elle est débridée.

Vidocq, 1837 : v. a. — Enfermer les détenus dans leur cabanon.

un détenu, 1846 : Fermer ; boucler une porte, fermer la porte.

Larchey, 1865 : Enfermer. — Vidocq. — Du vieux mot Bacler. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : v. a. Fermer, — même argot [des voleurs]. Boucler la lourde. Fermer la porte.

Rigaud, 1881 : Arrêter. — Boucler un poivrot, arrêter un ivrogne.

Rigaud, 1881 : Fermer. — Boucler la lourde, fermer la porte. — Boucler la position, fermer la malle.

Merlin, 1888 : Mettre à la salle de police, en prison.

La Rue, 1894 : Fermer. Partir.

Virmaître, 1894 : Enfermer. Dans les prisons, on boucle les prisonniers chaque soir dans leurs cellules. On boucle la lourde (fermer la porte) (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Fermer, enfermer ou boucler sa porte. Un militaire mis à la salle de police est bouclé.

Hayard, 1907 : Fermer, enfermer.

France, 1907 : Fermer, emprisonner. Bouclez la lourde, fermez la porte. Se faire boucler, se faire emprisonner.

Il se jette, en hurlant, à la poursuite du voleur. Mais, je t’en fiche ! L’homme était déjà loin. Les sergots, accourus, ont pu seulement boucler la fille.

(Montfermeil)

Boucler son portemanteau, partir ou mourir. Boucler sans carmer, partir sans payer, de carme, argent ; argot des voleurs.

anon., 1907 : Fermer.

Bouillon

d’Hautel, 1808 : Prendre un bouillon. Signifie se jeter à l’eau dans le dessein de se détruire.
On lui a donné un bouillon de onze heures. Pour, on lui a fait prendre un breuvage empoisonné ; on l’a empoisonné.
Il a bu un fameux bouillon. Manière burlesque de dire qu’un marchand a essuyé une perte considérable ; qu’il s’est blousé dans ses spéculations.
Il va tomber du bouillon. Pour dire une averse ; il va pleuvoir.

Larchey, 1865 : Mauvaise opération. — Allusion aux gorgées d’eau qui asphyxient un noyé.

Il a bu un fameux bouillon : il a fait une perte considérable.

(d’Hautel, 1808)

Prendre un bouillon d’onze heures : Se noyer, s’empoisonner.
Bouillon de canard : Eau.

Jamais mon gosier ne se mouille avec du bouillon de canard.

(Dalès)

Bouillon : Pluie torrentielle.

Il va tomber du bouillon, pour dire une averse.

(d’Hautel, 1808)

Bouillon pointu : Lavement. Double allusion au clystère et à son contenu.

Dieu ! qu’est-ce que je sens ? — L’apothicaire (poussant sa pointe) : C’est le bouillon pointu.

(Parodie de Zaïre. Dix-huitième siècle)

Bouillon pointu : Coup de baïonnette :

Toi, tes Cosaques et tous tes confrères, nous te ferons boire un bouillon pointu.

(Layale, Chansons, 1855)

Delvau, 1866 : s. m. Mauvaise affaire, opération désastreuse. Même argot [des bourgeois]. Boire un bouillon. Perdre de l’argent dans une affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Pluie, — dans l’argot du peuple. Bouillon qui chauffe. Nuage qui va crever.

Rigaud, 1881 : Exemplaires non vendus d’un journal. Dans certains journaux on reprend le bouillon ; dans d’autres il reste au compte du marchand. Rendre le bouillon, rendre les exemplaires non vendus.

Rigaud, 1881 : Restaurant où les portions semblent taillées par un disciple d’Hahnemann, où l’on paye la serviette, où la nappe brille par son absence, mais où les prix ne sont pas plus élevés qu’ailleurs.

La Rue, 1894 : Journaux ou livres invendus. Bouillonner, ne pas vendre ses livres ou journaux.

France, 1907 : Mauvaise affaire, opération funeste ; d’où l’expression boire un bouillon. En termes de librairie, les bouillons sont les exemplaires non vendus d’un livre ou d’un journal.

La plupart des administrations de journaux de Paris ont l’habitude de reprendre aux marchands des kiosques, dans une proportion déterminée, les journaux non vendus. Ce stock de journaux non vendus, constitue ce qu’en terme de métier on appelle les bouillons. Certaines marchandes spéculent sur cet usage et recourent au petit procédé suivant pour augmenter leurs bénéfices : elles louent aux cafetiers et aux marchands de vins, voisins de leurs kiosques, des journaux qu’elles font ensuite passer dans leurs bouillons.

Se dit aussi, dans l’argot du peuple, pour pluie : bouillon qui chauffe, pluie qui menace ; bouillon aveugle, bouillon trop maigre, sans yeux ; bouillon d’onze heures, breuvage empoisonné ; bouillon de canard, eau ; on dit aussi dans le même sens élixir de grenouilles ; bouillon pointu, lavement, coup de baïonnette.

Bouillon d’onze heures

Delvau, 1866 : s. m. Breuvage empoisonné. Prendre un bouillon d’onze heures. Se suicider par le poison.

Rigaud, 1881 : Empoisonnement ; par allusion aux fameux bouillons administrés par la Brinvilliers et qu’elle appelait « un pistolet dans du bouillon. » — Faire boire un bouillon d’onze heures à quelqu’un, empoisonner quelqu’un.

Boussole

d’Hautel, 1808 : Pour le chef, la tête.
Est-ce que tu perds la boussole ? Pour est-ce que tu perds la tête ; se dit à quelqu’un qui fait des propositions ou qui tient des discours étranges.

Ansiaume, 1821 : Teste.

Il lui a fauché la boussole avec une souris.

Vidocq, 1837 : s. m. — Tête.

Larchey, 1865 : Cerveau. — Le cerveau dirige l’homme comme la boussole dirige le navire.

J’ai ça dans la boussole. Ainsi ne m’en parlez plus.

(Vidal, 1833)

Boussolle de refroidi : Fromage de Hollande (Vidocq). — Mot à mot : tête de mort. Allusion à la forme de ce fromage qui est celle d’une boule assez grosse.

Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple, qui sait aussi bien que personne que c’est là que se trouve l’aiguille aimantée appelée la Raison. Perdre la boussole. Devenir fou.

Rigaud, 1881 : Tête, cervelle. — Perdre la boussole, déraisonner, devenir fou.

Au moyen âge les médecins comparaient la tête de l’homme à un vaisseau dont le sinciput était la proue et l’occiput la poupe. La tête représentant un navire, la cervelle fut prise pour la boussole, pour guide.

(Ch. Nisard)

Virmaître, 1894 : Tête. La tête, comme la boussole, dirige (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : La tête.

Tu divagues, tu perds la boussole.

On dit aussi la boule.

Hayard, 1907 : Tête.

France, 1907 : Tête, cerveau. Perdre la boussole, devenir fou.

Comme ils pensaient avoir besoin de leur tête pour un peu plus tard, et que déjà un épais brouillard s’amoncelait sous la voûte osseuse qui couvre le souverain régulateur de leurs actions, afin de ne pas perdre la boussole, ils cessèrent insensiblement de faire de leur bouche un entonnoir, et ne l’ouvrirent plus que pour jaboter.

(Marc Mario et Louis Launay)

Bouton

d’Hautel, 1808 : Cela ne tient qu’à un bouton. Pour, cela ne tient qu’à un fil, ne tient à rien.
On dit aussi d’une chose de peu de valeur, et que l’on méprise, qu’On n’en donneroit pas un bouton.

Ansiaume, 1821 : Passepartout.

Mon bouton débride la lourde on ne peut mieux.

Vidocq, 1837 : s. f. — Pièce de 20 francs. Terme d’argot usité parmi les marchands de chevaux.

Delvau, 1864 : L’extrémité de chaque téton, qui est d’une sensibilité telle, qu’en le pressant un peu des lèvres ou des doigts on en fait sortir un flot de jouissance.

Ce beau sein sur ma bouche,
Qu’il est pur !
Ce bouton que je touche,
Qu’il est dur !

(Gustave Napaud)

Delvau, 1864 : L’extrémité du clitoris, qu’il suffit de toucher de la langue, du doigt ou de la pine pour ouvrir à la femme la porte des félicités divines. — Voir aussi Sonner le bouton.

Laisse mon bouton. mon tit bouton…

(Henry Monnier)

Tout s’ouvre : le bouton des roses,
Et celui des femmes aussi.

(Parnasse satyrique)

Delvau, 1866 : s. m. Louis d’or. Argot des maquignons.

Delvau, 1866 : s. m. Passe-partout. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Passe-partout, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Pièce d’or, — dans le jargon des maquignons.

La Rue, 1894 : Passe-partout.

France, 1907 : Passe-partout ; pièce de vingt francs. Bouton de guêtre, pièce de cinq francs en or ; bouton de pieu, punaise.

Breloque

d’Hautel, 1808 : Battre une breloque. Dire des gaudrioles ; tenir des discours saugrenus ; payer ses dettes en alléguant de mauvaises raisons.

Vidocq, 1837 : s. f. — Pendule.

Larchey, 1865 : Pendule. — Vidocq. — Onomatopée imitant le bruit du balancier.

Delvau, 1866 : s. f. Pendule, — dans l’argot des faubouriens.
D’où est sans doute venue l’expression : Battre la breloque, pour signifier d’abord chez les soldats : « Annoncer à son de tambour l’heure des repas ; » puis au figuré, chez le peuple : « Déraisonner comme une pendule détraquée. »

Rigaud, 1881 : Pendule.

France, 1907 : Pendule. Battre la breloque, déraisonner ; « allusion, dit Lorédan Larchey, aux sons brisés de la batterie de tambour dite breloque, qui est particulièrement saccadée. »

Breloque (battre la)

Rigaud, 1881 : Déraisonner, en parlant d’un malade en proie au délire.

Brimballer

Delvau, 1864 : Vieux mot hors d’usage signifiant sonner les closches, employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Seulement il ne voyoit’ sa femme brimballant.

(Rabelais)

Et que sur le tombeau, où je reposerai,
Neuf fois par neuf matins il brimballe des filles
Et de neuf coups de cul son vit je bénirai.

(Théophile)

Buissonnière

d’Hautel, 1808 : Faire l’école buissonnière. C’est aller jouer, aller polissonner, se divertir au lieu de se rendre à la classe comme le font les écoliers paresseux, et qui n’aiment point l’étude.

Cadet

d’Hautel, 1808 : Un cadet hupé. Le coq du village ; campagnard qui a du foin dans ses bottes ; garçon jeune, robuste et vigoureux.
Le cadet. Pour dire le derrière.
C’est un torche cadet ; ce n’est bon qu’à torcher cadet. Se dit d’un papier inutile, ou pour marquer le mépris que l’on fait d’un mauvais ouvrage.
Cadet de haut appétit. Voy. Appétit.

Ansiaume, 1821 : Pince pour voler.

Il faut un fameux cadet pour débrider la lourde de l’antonne.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pince en fer (Voyez Monseigneur).

Vidocq, 1837 : s. m. — Pince de voleur.

M.D., 1844 : Instrument avec lequel on casse une porte.

un détenu, 1846 : Principal outil pour casser les portes.

Halbert, 1849 : Outil pour forcer les portes.

Larchey, 1865 : Derrière.

Sur un banc elle se met. C’est trop haut pour son cadet.

(Vadé)

Larchey, 1865 : Individu. — Pris souvent en mauvaise part.

Le cadet près de ma particulière s’asseoit sur l’ banc.

(Le Casse-Gueule, chanson, 1841)

Larchey, 1865 : Pince de voleur (Vidocq). — Cadet a ici le sens d’aide, de servant. On sait que le nom de cadet est donné aux apprentis maçons. V. Caroubleur.

Delvau, 1866 : s. m. Les parties basses de l’homme, « la cible aux coups de pied ». Argot du peuple. Baiser Cadet. Faire des actions viles, mesquines, plates. Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à quelqu’un ou pour clore une discussion qui leur déplaît : « Tiens, baise Cadet ! »

Delvau, 1866 : s. m. Outil pour forcer les portes. Même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. m. Synonyme de Quidam ou de Particulier. Tu es un beau cadet ! Phrase ironique qu’on adresse à celui qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.

Rigaud, 1881 : Apprenti maçon.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Baiser cadet, se conduire ignoblement. — Baise cadet, apostrophe injurieuse à l’adresse d’un importun, d’un ennuyeux personnage ; locution autrefois très répandue dans le grand monde des halles où, pour un rien, Cadet était sur le tapis et quelquefois à l’air.

Rigaud, 1881 : Pince à l’usage des voleurs, petite pince.

La Rue, 1894 : Petite pince de voleur. Le postérieur. Paquet d’objets votés ; fargué au cadet, chargé du vol.

Virmaître, 1894 : Le postérieur.
— Viens ici, bibi, que je torche ton petit cadet.
— Tu as une figure qui ressemble à mon cadet (Argot du peuple).

France, 1907 : Individu quelconque ; apostrophe adressée à quelqu’un qui vient de faire une bêtise : Vous êtes un fameux cadet. Se dit aussi pour un paquet d’objets volés. Cadet de mes soucis, chose qui n’importe pas et dont je ne m’inquiète nullement.

Les femmes veulent qu’on obéisse, non à ce qu’elles disent, mais à ce qu’elles pensent. Avec elles, il faut sentir et non pas raisonner. Aussi bien la logique est-elle le cadet de leurs soucis. Un jour, une de mes bonnes amies m’a donné là-dessus une leçon dont j’ai fait mon profit. Je veux que vous en ayez votre part.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Le derrière.

— Monsieur Coquelin cadet ?
Et, debout devant son armoire à glace, en manches de chemise, un bonnet de coton rouge sur la tête, la figure navrée, j’aperçus Cadet !
J’éclatai de rire.
— Pourquoi ce bonnet ? vous êtes malade ?
— J’ai un clou.
— Sur le crâne ?
— Non, plus bas… Ici. Mais ne le dites pas.
— Pourquoi cela ?
— Parce qu’il ne serait pas content… mon homonyme, sur lequel je ne puis plus m’asseoir.

(Lucien Puech, Gil Blas)

Bon pour Cadet, chose de nulle valeur. Baiser Cadet, faire des actions basses, se mettre à plat ventre devant un chef, ce que les faubouriens appellent lécher le cul.

France, 1907 : Pince de voleurs ; paquet d’objets volés.

Carillon

d’Hautel, 1808 : Bruit, tapage, criaillerie, tumulte.
Faire carillon. Pour dire faire vacarme, quereller, crier, gronder, s’emporter en reproches contre quelqu’un.
Sonner à double carillon. C’est-à-dire à coups redoublés à la porte de quelqu’un qui ne veut pas ouvrir, ou qui est absent.

Cervelle

d’Hautel, 1808 : Un sans-cervelle. Étourdi, évaporé ; homme inconséquent et léger dans tout ce qu’il fait ou ce qu’il dit.
Il a une cervelle de lièvre, il la perd en courant. Se dit d’un homme très-distrait et qui a une fort mauvaise mémoire.
Perdre la cervelle. Pour, perdre la tête, déraisonner.
Mettre ou tenir quelqu’un en cervelle. Phrase proverbiale qui signifie le tourmenter ; lui faire espérer long-temps quelque chose dont il attend le résultat ; le tenir en suspens.

Chalumeau

Delvau, 1864 : Le roseau percé d’un trou avec lequel l’homme joue les airs variés de la polissonnerie dans le vagin de la femme.

Mais son doux chalumeau
M’ayant d’amour éprise,
Ce n’est rien de nouveau
Si je fis la sottise.

(La Comédie de chansons)

Chaussonner

Delvau, 1866 : v. a. Donner des coups de pied.

Chicard

Halbert, 1849 : Pas mal.

Larchey, 1865 : Le héros du carnaval de 1830 a 1850. Son costume, bizarre assemblage d’objets hétéroclites, se composait le plus souvent d’un casque à plumet colossal, d’une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses bras à moitié nus s’enfonçaient dans des gants à manchette de buffle. Tel était le fond de la tenue ; quant aux accessoires, ils variaient à l’infini. Celui qui le premier mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs ; son chic le fit nommer Chicard. Il donna des bals et inventa un pas nouveau.

Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l’aristocratie pailletée des marquis, des sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons.

(M. Alhoy)

L’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française.

(T. Delord)

La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d’avoir institué son règne de mardi-gras.

(J. Janin)

Mais qu’aperçois-je au bal du Vieux Chêne ? Paméla dansant le pas chicard.

(Chauvel)

Delvau, 1866 : adj. et s. Superlatif de Chic. Ce mot a lui-même d’autres superlatifs, qui sont Chicandard et Chicocandard.

Delvau, 1866 : s. m. Type de carnaval, qui a été imaginé par un honorable commerçant en cuirs, M. Levesque, et qui est maintenant dans la circulation générale comme synonyme de Farceur, de Roger-Bontemps, de Mauvais sujet.

Rigaud, 1881 : Costume carnavalesque mis à la mode, pendant la période de 1830 à 1850, par une célébrité chorégraphique qui lui donna son nom ou plutôt son surnom. Les chicards ont révolutionné les bals publics et, pendant vingt ans, ils ont imprimé une grande vogue à la descente de la Courtille. — La danse de Chicard, leur maître, n’a jamais été ni bruyante, ni extravagante. Il procédait à pas serrés, mimant, grimaçant, roulant ses gros yeux en boule de loto. Grande fut sa gloire. On a dit le « pas chicard » pour rappeler sa manière, chicarder, danser comme Chicard. On a créé les vocables chicandar, chicocan-dar, pour désigner quelque chose de très chic comme l’inventeur du fameux pas qui, lui-même, a dû son sobriquet au chic qui le caractérisait. Chicard a passé, son pas n’est plus, seul le mot chic, le radical, a survécu.

France, 1907 : Superlatif de chic.

Vrai, c’en était un’ joli fête :
Y avait du punch et du pomard,
On s’piquait l’nez dans son assiette,
C’était un’ noce un peu chicard !
Vrai, c’était chicard !
Ma bell’ mère était tés aimable,
Parait qu’elle ador’ le bon vin,
C’est p’t’êtr’ ben pour ça qu’à la fin
On l’a retrouvé’ sous la table !

(Aristide Bruant)

On dit aussi chicandard et chicocandard.

France, 1907 : Type de carnaval, inventé vers 1830 par un honnête commerçant de Paris. Le costume se composait d’un casque à plumet, d’une blouse, de bottes de gendarme et de gants de grosse cavalerie. Il est tombé en désuétude, après avoir été fort illustré dans les caricatures de Gavarni. Il y avait le pas chicard, qu’on appelle aussi chicarder.

Chicard était un gringalet passionné, silencieux, et dévoré de la manie de la danse obscène. Sa méthode consistait à se trémousser sur place, avec force gestes indécents et une physionomie immuable. Le pince-sans-rire de la polissonnerie. Il ne parlait à personne : au pied d’un arbre d’un jardin public, se tenait son sérail, composé des plus jolies filles, toutes gloires futures de la Cuisse en l’air et de la Jambe en cerceau. Quand le quadrille préludait, ce Vestris de la braguette désignait une d’elles, et, sans mot dire, se rendait à son ouvrage. C’est alors que froidement, l’œil atone et le visage immobile, le danseur commençait ses petites cochonneries devant un public idolâtre formant galerie et plus tard lui faisant cortège.
Pétit, court de jambes, une tête avec des cheveux blancs coupés ras, il portait un veston, un pantalon flottant, des chaussettes en filoselle et des escarpins. Ce Chicard s’appelait de son vrai nom M. Levêque. Notable commerçant de Paris, marchand en gros de cuir brut, sa signature était cotée premier crédit à la Banque.

(Gil Blas)

Chienner

Delvau, 1864 : Se livrer, avec une femme, à toutes sortes de polissonneries cyniques, caninæ nuptiæ.

Delvau, 1866 : v. n. Se dit — dans l’énergique argot du peuple — des femmes qui courent après les hommes, renversant ainsi les chastes habitudes de leur sexe.

France, 1907 : Courir après les hommes ou après les femmes comme chiens et chiennes en rut.

Chiffe

d’Hautel, 1808 : C’est de la chiffe. Se dit par mépris d’une étoffe de mauvaise qualité.
Mou comme chiffe. Se dit d’une personne nonchalante, lâche, paresseuse et sans énergie.

Delvau, 1864 : Se dit d’un membre viril trop mou, — qui n’est plus ou qui n’est pas encore assez viril.

Ah ! vous n’êtes pas un homme, vous êtes une chiffe !

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : s. f. Homme sans énergie, chiffon pour le courage, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Mou comme une chiffe, mais c’est un pléonasme.

Rigaud, 1881 : Langue, — dans le jargon des voyous qui disaient autrefois chiffon rouge. — Faire crosser la chiffe, parler. Mot à mot : faire sonner la langue ; c’était autrefois dans le môme sens : Balancer le chiffon rouge. — Avaler sa chiffe, mourir.

France, 1907 : Homme veule et sans énergie, mou comme un chiffon.

— Oh ! sacrée chiffe, va ! s’il est permis d’être un homme et de s’aplatir comme ça devant un de ces salops qui nous mangent !

(Émile Zola, Germinal)

France, 1907 : Langue. Chiffe, graille et loque, trois sobriquets par lesquels le roi Louis XV désignait ses filles.

Cig

Rigaud, 1881 : Apocope de cigale qui, dans le jargon des voleurs, a la signification de pièce d’or, pièce de vingt francs.

Entends-tu babiller les cig chez le balanceur de braise ? entends-tu sonneries pièces de vingt francs chez le changeur ?

Rossignol, 1901 : Pièce de 20 francs.

Cigale

Vidocq, 1837 : s. f. — Pièce d’or.

Larchey, 1865 : Pièce d’or (Vidocq). — Comparaison du tintement des louis au cri de la cigale.

Delvau, 1866 : s. f. Chanteuse des rues, qui se trouve souvent dépourvue lorsque « la bise est venue ».

Delvau, 1866 : s. f. Cigare, — dans l’argot du peuple, qui frise l’étymologie de plus près que les bourgeois, puisque cigare vient de espagnol cigarro, qui vient lui-même, à tort ou à raison, de cigara, cigale, par une vague analogie de forme.

Delvau, 1866 : s. f. Pièce d’or, — dans l’argot des voleurs, qui aiment à l’entendre sonner dans leur poche. Ils disent aussi cigue, par apocope, et Ciguë, par corruption.

Rigaud, 1881 : Chanteuse ambulante.

France, 1907 : Pièce de vingt francs.
Depuis La Cigale et la Fourmi, de La Fontaine, le mot s’applique aux chanteuses des rues.

France, 1907 : Société artistique et littéraire, fondée à Paris en 1875 par un groupe de poètes, d’écrivains, d’artistes méridionaux. Un dîner, intitulé Dîner de la Cigale, les réunit à certaines époques. La politique est exclue de ces réunions. Paul Arène explique plaisamment le but de cette fondation :

C’est pour ne pas perdre l’ « assent »
Que nous fondâmes la Cigale ;
On parle cent, à la fois, cent !…
C’eat pour ne pas perdre l’ « assent ».
Mais cette Cigale, on le sent,
De rosée à l’ail se régale :
C’est pour ne pas perdre l’ « assent »
Que nous fondâmes la Cigale.

Cloche

d’Hautel, 1808 : On diroit qu’il sort de dessous une cloche. Se dit par ironie d’un hébété, d’un ébaubi qui a toujours l’air de ne pas comprendre ce qu’on lui dit, et d’être embarrassé des choses les plus faciles.
Faire sonner la grosse cloche. Faire parler celui qui a le plus d’autorité dans une maison.
Être sujet à la cloche. Être assujetti se rendre à une heure fixe au lieu de ses occupations.
Gentilhomme de la cloche. Noble-roturier, homme anobli par quelque charge.
Ils sont comme les cloches, on leur fait dire tout ce qu’on veut. Se dit des gens qui n’ont point d’idée certaines, qui tournent à tout vent.
Fondre la cloche. En venir à la conclusion d’une affaire après l’avoir long-temps agitée, déclarer le mauvais état de ses affaires, faillir.
Être penaut comme un fondeur de cloche. Pour être étourdi, confus, ne savoir plus que dire.

Clouer

d’Hautel, 1808 : Il est sage comme une image clouée à la porte d’un savetier. Phrase badine et populaire, qui se dit d’un enfant qui, contre son ordinaire, est doux et tranquille.
On dit aussi d’un homme qui ne démarre pas d’un lieu, qu’Il y est cloué depuis le matin jusqu’au soir.

Larchey, 1865 : De clou dérivent accrocher, clouer, déclouer et surclouer. (Regager, dégager et renouveler au Mont-de-Piété)

Jeune insensé, oublies-tu que nous avons passé le 20 du mois, et qu’à cette époque les habits de ces messieurs sont cloués et surcloués.

(Murger)

France, 1907 : Mettre en gage, emprisonner.

Cochon vendu

France, 1907 : Sobriquet qu’on donnait aux remplaçants militaires, qui faisaient cependant le plus souvent d’excellents soldats.

Descendras-tu,
Cochon vendu !
T’avais d’l’argent,
Tu n’en as plus !

(Sonnerie des consignés sous l’Empire)

Coffre

d’Hautel, 1808 : Coffres à avoine. Au propre, se dit des chevaux ; et, au figuré, des hommes qui mangent d’une manière extraordinaire.
Si elle n’est pas jolie, elle est belle au coffre. Se dit d’une fille qui n’a que la richesse pour tout apanage.
Raisonner comme un coffre. Faire preuve de peu de jugement.
Rire comme un coffre. Rire à gorge déployée.
Piquer le coffre. Attendre long-temps dans l’antichambre d’un prince, d’un grand ; c’est ce que l’on appelle plus communément planter le piquet.
Il s’y entend comme à faire un coffre. Pour, il n’en a aucune teinture ; il ne connoit rien à ce qu’il entreprend.
Coffre. Pour dire le ventre.
Il a un bon coffre. Pour, il a un ventre à la maître d’hôtel.

Delvau, 1866 : s. m. La poitrine, — dans l’argot du peuple, qui a l’honneur de se rencontrer pour ce mot avec Saint-Simon. Avoir le coffre bon. Se bien porter physiquement.

France, 1907 : Corps, estomac. Avoir bon coffre, être fort, avoir un bon estomac.

Coffrer

d’Hautel, 1808 : Pour, incarcérer, emprisonner.
On l’a coffré. Pour, il a été saisi et emprisonné.

Delvau, 1866 : v. a. Emprisonner, — dans l’argot du peuple, qui s’est rencontré pour ce mot avec Voltaire. Se faire coffrer. Se faire arrêter.

Rossignol, 1901 : Mettre en prison. Se faire arrêter, c’est se faire coffrer.

Hayard, 1907 : Emprisonner.

France, 1907 : Emprisonner ; argot populaire.

À Paris, la nuit, dès que vous vous arrêtez quelque part, même si vous n’en pouvez plus, on vous coffre. D’un autre côté, marcher tout le temps ? C’est pas amusant, dans les rues… tous les beaux magasins sont fermés ! Et puis, on vous coffre tout de même. Il n’y a pas moyen de s’en tirer. Tandis qu’à la campagne ! hors Paris… ah ! c’est bien différent ! Voilà donc ce que j’ai imaginé, il y a plus de dix ans. Quand j’ai fait une trop longue saison de Paris, que je suis à bout d’être sans domicile et d’attraper par-ci par-là des bribes de sommeil sur un coin de trottoir ou un bi du bout de banc… je prends mes cliques un beau jour, et je me fais chemineau. Droit devant moi, sans but, sans autre idée que d’avaler des kilomètres.

(Henri Lavedan)

Des couvents ; quand nous en sortons,
Ce n’est pas de notre village
Que nous arrivons, j’en réponds !

Aussi, pour peu que ma déveine
M’affuble d’un enfant plus tard,
Au grand jamais, sois-en certaine,
Je ne cofferrai mon moutard.

(Jacques Redelsperger)

Coquer

Vidocq, 1837 : v. a. — Dénoncer.

un détenu, 1846 : Donner, être révêlé, enseigner, indiquer.

Halbert, 1849 : Embrasser.

Larchey, 1865 : Dénoncer. — Mot à mot : cuisiner, apporter tout préparé. — Du vieux mot coc : cuisinier (coquus). V. Raynouard. — On retrouve la même allusion dans les mots cuisinier et casserole.

En province, il avait coqué quelqu’un de leur bande.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : v. a. Dénoncer, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté à l’argot lyonnais ce mot qui signifie embrasser, comme fit Judas Iscariote pour Jésus.

Delvau, 1866 : v. a. Donner, — dans le même argot [des voleurs]. Coquer la camouffle. Présenter la chandelle. Coquer la loffitude. Donner l’absolution. Coquer le poivre. Empoisonner. Coquer le taf. Faire peur.

Rigaud, 1881 : Dénoncer. C’est le mot croquer moins l’R. En argot manger le morceau aie même sens.

Rigaud, 1881 : Donner. Coquer le poivre, donner du poison.

Rigaud, 1881 : Mettre. Coquer le rifle, mettre le feu.

La Rue, 1894 : Dénoncer. Donner. Mettre. Embrasser. Coquer son centre, donner, son nom. Coquez ! Enlevez ! Volez ! Il est temps.

Virmaître, 1894 : Dénoncer (Argot des voleurs). V. Mouton.

Rossignol, 1901 : Dénoncer quelqu’un.

Hayard, 1907 : Vendre, dénoncer.

France, 1907 : Dénoncer ; du mot coq, cuisinier, qui, en argot, signifie dénonciateur.

Quand on en aura refroidi quatre ou cinq dans les préaux, les autres tourneront leur langue deux fois avant de coquer la pègre.

(Eugène Sue, Les Mystères de Paris)

France, 1907 : Donner. Coquer son centre, donner son nom. Coquer la loffitude, donner l’absolution.

France, 1907 : Embrasser.

— Tandis que, très allumé, j’étais en train de coquer la grosse cantinière en lui fourrageant l’arrière-train, v’là que rapplique le cornard de mari.

(Les Joyeusetés du régiment)

Coquer le poivre

Vidocq, 1837 : v. a. — Empoisonner.

Larchey, 1865 : Empoisonner. — Coquer le rifle : Mettre le feu.

Girofle largue, depuis le reluit où j’ai gambillé avec tezigue et remouché tes chasses et ta frime d’altèque, le dardant a coqué le rifle dans mon palpitant qui n’aquige plus que pour tezigue.

(Vidocq)

Coquer : Donner. V. Ravignolé.

France, 1907 : Empoisonner.

Cornard

Delvau, 1864 : Cocu, porteur de cornes.

Ça fait toujours plaisir, lorsque l’on est cornard,
D’avoir des compagnons d’infortune…

(Louis Protat)

Larchey, 1865 : Cocu. — Mot à mot : porte-cornes. — Cornard : À l’École de Saint-Cyr, on ne mange que du pain sec au premier déjeuner et au goûter, et les élèves prennent sur leur dîner de quoi faire un cornard

Faire hommage de votre viande à l’ancien pour son cornard.

(De la Barre)

Delvau, 1866 : s. m. Galant homme qui a épousé une femme galante, — dans l’argot du peuple, impitoyable pour les malheurs ridicules et pour les martyrs grotesques.

Rigaud, 1881 : Mari infortuné qui est coiffé d’une paire de cornes. Pour donner une idée de la hauteur de certaines cornes, on dit de celui qui en est orné : Il ne passerait pas sous la porte Saint-Denis.

Sans pitié, sans regret me ferais-tu cornard ?

(Belle-Isle. Mariage de la reine de Monome)

Cornard fait allusion aux cornes du bouc, animal qui ne se formalise jamais des assiduités d’un autre bouc auprès d’une chèvre commune. Les Grecs désignaient sous le nom de fils de chèvre les enfants illégitimes. Le Videanus corneus es Latins n’était autre que notre cornard.

Virmaître, 1894 : Vient de cornette, de la cornette des femmes. Autrefois, un mari qui se laissait tromper par sa femme était appelé porteur de cornette (Argot du peuple).

France, 1907 : Mari trompé, comparé à une bête à cornes, par conséquent un sot. C’était la signification première du mot qui est vieux, car on le trouve dans une pièce, à la suite du Roman de la Rose :

Est-il cornart et deceu
Qui de tail créance est meu !

demande l’auteur, parlant de ceux qui croient aux conjurations et à la magie noire.

Et il vous daubait sur les pauvres cornards comme s’il eût espéré abattre des noix en leur secouant les cornes.

(Armand Silvestre)

Ceux qui voudront blasmer les femmes aimables
Qui font secrètement leurs bons marys cornards,
Les blasment à grand tort, et ne sont que bavardd ;
Car elles font l’aumosne et sont fort charitables,
En gardant bien la loy à l’aumosne donner,
Ne faut en hypocrit la trompette sonner !

Criarde

Rigaud, 1881 : Lime, scie. — Sonnette. — Tirer la criarde, sonner.

France, 1907 : Poule

Crocher

Halbert, 1849 / France, 1907 : Sonner.

France, 1907 : Syncope de crocheter. Crocher une serrure.

Crocher, crosser

Rigaud, 1881 : Sonner. — Faire crosser sa braise, faire sonner son argent. — Se crocher, se battre, pour se crocheter.

Crosser

d’Hautel, 1808 : Au figuré, maltraiter quelqu’un de paroles ; lui dire des choses injurieuses et outrageantes.
On dit aussi d’un homme impertinent, vil et méprisable : c’est un homme à crosser à coups de pied.

Bras-de-Fer, 1829 : Sonner.

Vidocq, 1837 : v. a. — Sonner.

Larchey, 1865 : Sonner. — Mot à mot : frapper sur l’airain.

Quand douze plombes crossent, les pègres s’en retournent au tapis de Montron.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. n. Sonner, — dans le même argot [des voleurs]. Douze plombes crossent : il est midi ou minuit.

La Rue, 1894 : Sonner. Médire. Se crosser, se battre.

Rossignol, 1901 : Abîmer, vilipender, dire du mal de quelqu’un.

France, 1907 : Recéler.

France, 1907 : Sonner, jaser.

Quand douze plombes crossent,
Les pègres s’en retournent
Au tapis de Montron.

(Vidocq)

Dandiller

Halbert, 1849 : Sonner.

Delvau, 1866 : v. n. Sonner, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Sonner. — Le carme dandille dans la fouilleuse, l’argent sonne dans la poche.

La Rue, 1894 : Sonner. Dandillon, cloche.

Virmaître, 1894 : Sonner. Les faubouriens en ont fait dardiller de dard.
— Je dardille pour une belle fille (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Sonner. Le carme dandille dans sa fouillouse, l’argent sonne dans sa poche.

Dandillon

Halbert, 1849 : Cloche.

Delvau, 1866 : s. m. Cloche.

Rigaud, 1881 : Sonnette. Taquiner le dandillon, pincer le dandillon, tirer la sonnette.

France, 1907 : Cloche. Pincer le dandillon, sonner la cloche.

De (se pousser du)

Rigaud, 1881 : Faire sonner avec ostentation la particule nobiliaire qu’on tient de ses aïeux ou qu’on s’est octroyée à soi-même.

France, 1907 : Placer cette particule devant son nom pour se faire passer pour noble.

Décrocher

Larchey, 1865 : Faire tomber d’un coup de fusil.

Larchey, 1865 : Retirer du Mont-de-Piété. V. Clou — On dit aussi Déclouer.

Les révolutions m’ont réduite à mettre au clou les diamants de ma famille… faudra que tu me décroches ça, mon chéri.

(Lefils)

M. Auguste s’habille au décroche moi cela ce qui veut dire en français chez le fripier.

(Privat d’Anglemont)

Au Temple, un Décrochez-moi ça est un chapeau de femme d’occasion. — J’ai vu au carré du Palais-Royal (du Temple) des Décrochez-moi ça qu’on eût pu facilement accrocher au passage du Saumon.

(Mornand)

Delvau, 1866 : v. a. Dégager un objet du mont-de-piété, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer d’un coup de fusil, — dans l’argot des troupiers. Ils disent aussi Descendre.

France, 1907 : Sonner, voler à la tire. Abattre d’un coup de fusil. Se dit aussi pour retirer un objet du mont-de-piété, c’est-à-dire décrocher ce qui est au clou.

Dedans (mettre)

Larchey, 1865 : mettre en prison (d’Hautel, 1808).

Rigaud, 1881 : Tromper. — Emprisonner.

France, 1907 : Tromper ; griser ; mettre en prison.

Déménager

d’Hautel, 1808 : On dit d’un homme qui a le cerveau foible, qui faits des extravagances, des folies, que as tête déménage.
Déménager.
Signifie aussi devenir vieux, foible et débile ; incliner vers sa dernière demeure.

Larchey, 1865 : Faire des extravagances, agoniser. — Ces deux sens étaient connus de d’Hautel.

Delvau, 1866 : v. n. Perdre la raison, le bon sens, le sang-froid, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi : Être vieux, être sur le point de partir pour l’autre monde.

Rigaud, 1881 : Déraisonner.

Je craignais que dans le changement de domicile sa tête n’eût déménagé la première.

(E. Pelletan, La Nouvelle Babylone)

France, 1907 : Faire des folies, perdre la tête et aussi mourir.

Dessus du panier

France, 1907 : Ce qu’il y a de mieux. Allusion aux maraîchères qui étalent, au dessus de leurs paniers, leurs fruits les plus beaux ou leurs plus fraiches marchandises.

Trop pressé de signer un livre,
Pauvres vers, éclos en rêvant,
Sans raisonner, quand je vous livre
À tous les caprices du vent ;
Lorsque durant toute ma vie,
Ne vous mirant qu’à mon miroir,
J’aurais, sans peur et sans envie,
Pu vous garder dans mon tiroir,
Peut-être vainement j’enroule
Vos fleurs d’un ruban printanier ;
Ceci, me répondra la foule,
N’est pas le dessus du panier.

(Léon Rossignol, Lettres d’un mauvais jeune homme à sa Nini)

Dinguer

Vidocq, 1837 : v. a. — Tomber.

Larchey, 1865 : Tomber. — Envoyer dinguer : Jeter à terre.

Delvau, 1866 : v. n. Flâner, se promener, — dans l’argot des faubouriens. Envoyer quelqu’un dinguer. Le congédier brusquement, s’en débarrasser en le mettant à la porte.

Delvau, 1866 : v. n. N’être pas d’aplomb, — dans l’argot des coulisses, — où l’on emploie ce verbe à propos des décors et des machinistes.

Rigaud, 1881 : Lancer, frapper, laisser tomber, onomatopée du bruit d’un objet qui tombe à terre. — Envoyer dinguer, envoyer promener. — En terme de théâtre un objet qui dingue est un objet mal équilibré, qui menace de tomber.

Virmaître, 1894 : Envoyer dinguer quelqu’un, c’est l’envoyer promener. Quand deux hommes se battent et que l’un tombe sur le pavé, sa tête dingue. Synonyme de sonner (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Jeter, renvoyer. Une chose qui ne plait pas ou plus, on l’envoie dinguer. Un patron envoie dinguer un ouvrier qui ne fait pas son affaire.

France, 1907 : Chanceler, flâner ; du provençal dingue-dangue, oscillation. « Qu’en ba dingue-dangue », il marche en se dandinant.

Douilles savonnées

Virmaître, 1894 : Cheveux blancs. Lorsque les cheveux commencent à grisonner, la chevelure est poivre et sel (Argot du peuple). N.

Duo sans musique

Delvau, 1864 : L’acte vénérien, qu’on accomplit à deux sans faire aucun bruit, sans sonner un seul mot, en se contentant de soupirer.

Écosseur

d’Hautel, 1808 : Le peuple ne fait pas sonner l’r final, et dit écosseux.
Fier comme un écosseux de pois. Se dit d’un homme haut, altier, grossier, impertinent.

Delvau, 1866 : s. m. Secrétaire, homme chargé d’ouvrir les dépêches, — dans l’argot des employés.

Rigaud, 1881 : Employé chargé d’ouvrir les lettres dans une administration.

France, 1907 : Secrétaire dont les fonctions consistent à ouvrir les dépêches. La Préfecture de police emploie douze écosseurs.

Écraser des tomates

Delvau, 1864 : Avoir ses menstrues, dont la couleur est cousine germaine de celle de la pomme d’amour.

— Eh bien, va coucher avec Mélie… — Peux pas : elle écrase des tomates, depuis deux jours, que ça en est dégoûtant.

(Seigneurgens)

Delvau, 1866 : v. a. Avoir ses menses, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Avoir ses menstrues. Et la variante : Faire la sauce tomate.

France, 1907 : Avoir ses menstrues.

La petite me bottait joliment : seize ans et le diable au corps, cela va sans dire à cet âge. Depuis huit jours elle répondait à mes œillades, si bien que je pensais : « Ça y est ! » Mais va te faire fiche, comme je la suivis un soir dans sa chambre, batifolant et essayant de la prendre au bon endroit, elle se mit à crier comme une pintade, si bien que je rengainais mon compliment et m’esquivais lestement sans sonner aux clairons. Trois jours elle me bouda, puis finalement me fit risette.
— Eh bien, quoi ? lui demandai-je… C’est donc passé cette lubie de l’autre soir ?
— Gros serin ! riposta-t-elle. Ce n’est pas la lubie qui est passée. Vous n’avez donc pas compris que j’écrasais des tomates ?

(Les Joyeusetés du régiment)

Effets de poche

Delvau, 1866 : s. m. pl. Étalage de pièces d’or et de billets de banque. Faire des effets de poche. Payer.

Rigaud, 1881 : Faire sonner son argent, le compter en public, sortir deux cents francs en or pour acheter un cigare d’un sou, tout cela : effets de poche. C’est un des plus sûrs moyens de se faire voler. — Les jours de paye les ouvriers font volontiers des effets de poche. Celui qui n’est pas habitué à avoir de l’argent se livre généralement à des effets de poche.

Emballer (s’)

Rigaud, 1881 : S’emporter, se fâcher. On dit d’un cheval qui s’emporte, qu’il « s’emballe » ; d’où s’emballer en parlant des personnes.

Hayard, 1907 : Se mettre vite en colère, s’enthousiasmer, emprisonner.

France, 1907 : S’emporter, perdre son sang-froid. Allusion au cheval qui prend le mors aux dents. Se prendre d’une affection irraisonnée pour quelqu’un.

Le peintre, très emballé, perdait à plaisir, ne s’occupait qu’à faire du genou sous la table à la femme de chambre et la dardait de regards prometteurs auxquels elle répondait de la façon la plus effrontée.

(René Maizeroy)

D’une tenue toujours irréprochable, bel homme plutôt que joli garçon, et d’une tournure conquérante, il a passé pour avoir fait des ravages dans le cœur de Parisiennes du meilleur monde, quelque peu névrosées et toujours prêtes à s’emballer pour un excentrique ou l’homme que la mode a mis en vedette.

(Maurice de Kérouan)

Nous nous rappelions le beau temps de fièvre et de mirage où dans le monde, toutes ou presque toutes, emballées à fond de train, nous avions pour ce soldat piaffeur des veux de Chimène, nous attendions le grand jour, nous faisions des vœux à plein cœur pour que cet aventureux gagnât la partie, nous nous accrochions à lui, nous le traitions comme quelque César providentiel.

(Colombine, Gil Blas)

Empoisonner

d’Hautel, 1808 : Il empoisonne. Pour il répand une odeur détestable, il sent très-mauvais ; se dit à tout individu sujet à lâcher de mauvais vents.

Encager

Delvau, 1866 : v. a. Emprisonner, — dans l’argot du peuple. Il dit aussi Encoffrer.

France, 1907 : Emprisonner.

Enflacquer

Rigaud, 1881 : Emprisonner.

La Rue, 1894 : Emprisonner. Condamner. Mettre, revêtir. Emm…der. Dénoncer un complice. Empaqueter.

Enflaquer

Bras-de-Fer, 1829 : Faire arrêter.

un détenu, 1846 : Embarrasser.

Halbert, 1849 : Se perdre.

Delvau, 1866 : v. a. Em… nuyer, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : v. a. Mettre, revêtir, endosser, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi : Arrêter, emprisonner.

France, 1907 : Dénoncer un complice, Empaqueter.

Enfourailler

Larchey, 1865 : Arrêter. — Mot à mot : fourrer dedans.

Va-t’en dire à ma largue que je suis enfouraillé.

(Vidocq)

Rigaud, 1881 : Arrêter, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Enprisonner ; argot des voleurs.

Épicer

Larchey, 1865 : Railler (Vidocq). — On dit de même saler pour gronder.

Delvau, 1866 : v. a. Médire, railler, et même calomnier, — dans l’argot des faubouriens, à qui le poivre ne coûte rien quand il s’agit d’assaisonner une réputation.

France, 1907 : Railler, calomnier, se moquer. « Vous m’avez joliment épicé dans vos propos. »

Esballonner

La Rue, 1894 : Arrêter, mettre en prison.

France, 1907 : Arrêter, emprisonner.

France, 1907 : S’esquiver ; s’évader.

Faire du genou, faire du pied

Rigaud, 1881 : Frotter son genou, frotter son pied, contre le genou, contre le pied d’une femme. Petite polissonnerie innocente, quelque chose comme les bagatelles de la porte en espérant le lever du rideau.

Ferraille

Rigaud, 1881 : Monnaie de cuivre. — Faire crosser sa ferraille, faire sonner un régiment de gros sous. — Le peuple désigne encore sous ce nom quelques petites pièces d’argent perdues au milieu d’un tas de sous.

Flême

Delvau, 1866 : s. f. Lassitude d’esprit et de corps, — dans l’argot des faubouriens, qui, sans s’en douter, emploient là un des plus vieux mots de notre langue. Qu’est-ce en effet que la flême, si ce n’est une exagération du flegme, sa conséquence même, comme la rêverie celle d’un tempérament lymphatique ? Or, dès le XIIe siècle, flegme s’écrivait flemme. Avoir la flême. Être plus en train de flâner que de travailler. Jour de flême. Où l’on déserte l’atelier pour le cabaret.

Merlin, 1888 : Paresse, ennui. — C’est aussi la sonnerie annonçant le repos pendant la journée, en été.

Foisonner

Rigaud, 1881 : Répandre une odeur infecte soit personnellement, soit impersonnellement, — dans le jargon des voyous. Ce doit être quelque fioriture du mot foiré, faire, ou encore une déformation du mot « empoisonner » par le retranchement des deux premières lettres et la substitution de l’F au P.

Frais (mettre au)

Rigaud, 1881 : Emprisonner.

Fustier, 1889 : Emprisonner. On dit aussi Mettre à l’ombre.

Fripe

Delvau, 1866 : s. f. Action de manger ou de cuisiner, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Dépense, écot de chacun.

Rigaud, 1881 : Cuisine. — Pique-nique. — Fripe sauce, marmiton. — Faire la fripe, faire la cuisine ; c’est cuisiner dans une poêle ou dans un poêlon.

Boutmy, 1883 : s. f. Nourriture. Ce mot est aussi employé dans le langage populaire.

La Rue, 1894 : Cuisine. Pique-nique. Mauvais vêtement.

Virmaître, 1894 : Nourriture.
— L’heure de la fripe va sonner (Argot d’imprimerie).

Rossignol, 1901 : Mauvais sujet.

Hayard, 1907 : Nourriture.

France, 1907 : Repas ; du vieux français fripper, manger. Faire la fripe, cuire, cuisiner.

Ganelon

France, 1907 : Traître, conseiller de Charlemagne, celui qui livra l’arrière-garde dans les défilés de Roncevaux et causa le désastre.

Roncevaux… Roncevaux… toute l’épopée de Charlemagne, empereur à la barbe fleurie, de Roland s’essoufflant à sonner éperdument du cor dans la gorge fameuse, les Sarrasins massés aux crêtes des rochers, au-dessus du ravin, et la traitrise de Ganelon, et les adieux d’Olivier à Roland, et les suprêmes paroles de l’archevêque Turpin ; toute la poésie du moyen âge chevaleresque et chrétien.

(Jean Lorrain)

Gerber

Ansiaume, 1821 : Condamner.

Ils vont le gerber à dix longes, il a des parains,

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Emprisonner.

Vidocq, 1837 : v. a. — Juger, condamner.

un détenu, 1846 : Condamner, être gerbé, être condamné.

Halbert, 1849 : Condamner.

Larchey, 1865 : Juger (Vidocq). — Mot à mot : réunir tous les actes de la vie passée, en faire une gerbe, un faisceau pour l’accusation. — Gerbement : Jugement. V. Manger. — Gerberie : Tribunal. — Gerbier : Juge.

Delvau, 1866 : v. a. Condamner. Gerber à vioc. Condamner aux travaux forcés à perpétuité. Gerber à la passe ou à conir. Condamner à mort.

La Rue, 1894 : Juger, condamner.

France, 1907 : Juger, condamner. On réunit en gerbe tous les chefs d’accusation.

— Te voilà pris avec cinq vols qualifiés, trois assassinats, dont le plus récent concerne deux riches bourgeois… tu seras gerbé à la passe.

(Balzac)

Gouille

France, 1907 : Mare, bourbe. Envoyer à la gouille, envoyer au diable.

France, 1907 : Volée de cloches. Sonner la gouille, sonner la volée.

— Les six cloches que vous avez vues, ici, marchaient. Nous étions attelés à seize dessus. Eh bien, c’était une pitié : ces gens-là, ils brimballaient comme des propres à rien, ils ruaient à contretemps, ils sonnaient la gouille !

(J.-K. Huysmans)

Grand jeu (le)

Delvau, 1864 : Toutes les polissonneries qui sont la ressource des filles savantes pour faire jouir les débauchés usés.

J’veux que mes cinq sens soient satisfaits : c’est c’que j’appelle le grand jeu, moi ! Le toucher ? tu m’as branlé. L’odorat ? tu m’as fait une langue à l’absinthe. La vue ? j’ai contemplé ces ordures, et toi. Il ne ne manqué plus que les satisfactions de l’ouïe et du goût.

(Lemercier de Neuville)

Greluchonner

Delvau, 1864 : Synonyme de Paillassonner. Appliqué à un homme, signifierait : faire le greluchon. — Ce verbe s’applique plus logiquement à une femme galante, qui, lorsqu’elle ne travaille pas avec le miché sérieux, s’amuse avec un ami : elle greluchonne.

Delvau, 1866 : v. n. Se conduire en greluchon, comme se conduisent beaucoup de jeunes gens à qui leur famille a coupé les vivres et qui font de petits articles de petite littérature dans de petits journaux.

Rigaud, 1881 : Faire le métier de greluchon.

France, 1907 : Se conduire en greluchon.

Grosse nonnerie (la)

France, 1907 : Le sacrifice à Vénus. Cette expression était fort usitée an dernier siècle. On la trouve, entre autres du même genre, dans les Illustres Françaises de l’aventurier Chasles :

J’observois devant le monde une manière toute retenue ; j’aurois fait scrupule de lui toucher le bout du doigt : je ne lui disois pas une seule parole libre, ni à double sens ; mais lorsque nous étions seul à seul, il n’y a rien d’effronté que je ne fisse ; et enfin, excepté la grosse sonnerie, j’avois eu tout le reste du service.

Horloge

d’Hautel, 1808 : Il demande quelle heure il est, quand l’horloge commence à sonner. Se dit d’un impatient, pour lequel le temps est toujours trop long.
Il n’est jamais tard à son horloge. Se dit d’un homme lent et paresseux qui vit dans l’indolence et l’oisiveté.
C’est l’horloge du palais, elle va comme il lui plaît. Facétie, pour dire qu’une horloge n’est pas réglée.

Hurf

Fustier, 1889 : Beau, joli. On écrit aussi urph.

La Rue, 1894 : Beau. Joli. Élégant.

France, 1907 : Beau, excellent.

Ce sera tout de même bougrement hurf, quand sonnera le glas de la vieille société !

(Le Père Peinard)

Infirme

Delvau, 1866 : s. et adj. Imbécile, — dans l’argot du peuple et des gens de lettres. Jouer comme un infirme. Jouer très mal.

Rigaud, 1881 : Maladroit. Ouvrier qui gâche l’ouvrage, qui ne fait rien qui vaille.

Ils sonnèrent tant bien que mal, ces infirmes, et les gens accoururent au tapage.

(L. Cladel, Ompdrailles)

France, 1907 : Imbécile, faible de cervelle.

Jouer des mains

Delvau, 1864 : Peloter les tétons et le cul d’une femme — qui ne hait pas ce jeu, même lorsqu’elle en a le plus l’air offensé.

Je me souviens… qu’il hasarda sur cela des manières et des tons de polissonneries, qu’il s’exposait déjà à jouer des mains.

(La Popelinière)

Jouer du Napoléon

Delvau, 1864 : Faire sonner son gousset en passant devant une femme que l’on suppose aimer cette musique-là.

Delvau, 1866 : v. a. Payer ; dépenser sans compter, — dans l’argot des bohèmes, à qui ce jeu-là est interdit.

France, 1907 : Payer.

Lafarger

Delvau, 1866 : v. a. Se débarrasser de son mari en l’empoisonnant ou de tout autre façon, — dans l’argot du peuple, plus cruel que la justice, puisqu’il fait survivre le châtiment au coupable.

France, 1907 : Empoisonner. Allusion à la célèbre Mme Lafarge qui, sous le règne de Louis-Philippe, fut condamnée aux travaux forcés à perpétuité pour avoir empoisonné son mari. Peu usité.

Lapin (étouffer un)

Rigaud, 1881 : Ne pas sonner une place, — dans le jargon des conducteurs d’omnibus, lorsqu’il leur arrive de frustrer leur administration de trente centimes.

Lapineur

Virmaître, 1894 : Genre de vol accompli par le conducteur d’omnibus qui oublie de sonner les voyageurs. Lapineur vient sans doute du nom du voyageur, qu’on désignait jadis sous le nom de lapin (Argot des voleurs).

France, 1907 : Conducteur d’ommibus qui vole l’administration en ne sonnant pas tous les voyageurs.

Libre (être)

Rigaud, 1881 : Dans le jargon des filles, c’est n’avoir contracté aucun engagement pour la soirée et au-delà. Liberté ! que de polissonneries on commet en ton nom !

Loup (avoir vu le)

Rigaud, 1881 : Signifiait au XVIIe siècle avoir couru bien des dangers ; signifie aujourd’hui avoir couru bien des aventures galantes, en parlant d’une femme. Ces femmes-là n’ont pas besoin de parler du loup pour en voir la queue, et elles courent bien des dangers en s’abandonnant au premier venu.

France, 1907 : Se dit d’une fille qui a eu, comme disaient nos pères, commerce avec un homme. Toute femme qui a entendu sonner l’heure du berger a vu de loup.
On disait autrefois que la vue du loup coupait la parole ou tout au moins provoquait l’enrouement. « N’est-il pas vray que la venue du loup fait perdre ou pour le moins enrouer la voix à celuy qui le regarde, car il me semble que c’est pour cela qu’on dit, quand un homme est enroué, qu’il a veu de loup », dit Fleury de Bellingen.
L’origine de cette vieille légende vient de l’étonnement, du mouvement de stupéfaction que cause la vue subite d’un loup. De là on dit d’une fille qui a perdu sa virginité : « Elle a vu le loup », c’est-à-dire à été surprise, étonnée, et est restée muette.
Dans une idylle de Théocrite, L’Amour de Cynisea, on trouve, il est vrai, une autre origine. L’amant préféré de cette bergère s’appelle Lycos (le loup). Toute la plaisanterie porterait sur l’équivoque ; mais la première explication donnée par nos pères me semble tout aussi rationnelle.
On dit aussi dans le même sens voir la lune.
Le spirituel caricaturiste Caran d’Ache, dans une soirée composée exclusivement d’artistes des deux sexes, fit passer une série d’ombres chinoises. Comme les sujets de ces « ombres chinoises » auraient pu paraître un peu légers à des âmes timorées, Caran d’Ache crut devoir faire précéder son spectacle de l’apparition d’un petit loup. Quelques personnes ayant manifesté leur étonnement à la vue de cette exhibition dépourvue d’intérêt :
— Ceci, Mesdames, dit le satirique dessinateur, est pour m’assurer, avant de procéder à d’autres exercices, que chacune de vous a vu le loup.

Il ne faut pas, quand on est si liées ensemble, que l’une possède ce que l’autre à perdu, que celle-ci ait vu le loup, des bandes de loups, tandis que celle-là en est encore à se demander quel est cet animal et comment il a la queue faite.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Les petites filles de douze ans, de quinze ans, en leur immense majorité, sont mises en demeure de gagner leur vie comme elles pourront. Elles partent, comme le petit Chaperon rouge, avec des tartines dans leur panier, et elles rencontrent le loup, qui me fait qu’une bouchée des tartines et du petit Chaperon.
Ce loup, agile et peu altruiste, c’est l’homme, si ardent à proclamer la liberté pour tous, pour les faibles comme pour les forts.

(Gustave Geffroy)

Machiavélisme

France, 1907 : Mot employé pour exprimer la mauvaise foi, l’astuce, la théorie du crime politique et de la tyrannie.
Cette opinion a été basée sur la réputation que des traditions contemporaines avaient faite à l’œuvre de Machiavel. En effet., dans son traité du Prince, l’illustre Florentin, en examinant ce qu’est une principauté, combien il y en a d’espèces, comment on les conserve et comment on les perd, enseigne que les mots de bonne foi, de justice, de clémence et d’humanité doivent être constamment dans la bouche des princes, mais qu’ils ne sont tenus de ne faire que ce qu’ils jugent nécessaire à la conservation de leur pouvoir.
Le prince a donc le droit de tromper, d’empoisonner, d’égorger, pourvu que tout se fasse habilement. Mais une lecture attentive montre que le livre de Machiavel est un avertissement pour les peuples. « J’ai, dit-il, enseigné aux princes à être tyrans, mais j’ai aussi enseigné aux peuples à détruire les tyrans. »

Maladroits (sonner aux)

Rigaud, 1881 : « Quand on sonne pour l’exercice à pied, les cavaliers disent qu’on sonne aux maladroits, parce que ce travail n’est imposé qu’aux conscrits. » (Fr. de Reiffenberg, La Vie de garnison)

Maladroits (sonnerie des)

France, 1907 : Sonnerie qui appelle les soldats à l’exercice.

Marche à terre

Larchey, 1865 : Fantassin.

Quand tu étais dans la cavalerie, tu n’étais pas dans les marche à terre.

(Vidal, 1833)

France, 1907 : Sobriquet donné par les cavaliers aux fantassins, et par les artilleurs à cheval aux artilleurs à pied, les conducteurs aux servants.

Le conducteur, qui comprend l’importance de sa position et apprécie ses vingt sous de paye à leur juste valeur, sait résonner fièrement ses éperons devant le servant, qu’il traite avec dédain de grivier, de marche à terre et de carapata. Le servant, mortifié dans sa dignité d’homme, répond au conducteur en l’appelant crottin. Et l’honneur sauf, chacun demeure dans ses limites respectives.

(A. Foubert, Le 39e d’artillerie)

Marche oblique

Rigaud, 1881 : Sonnerie qui appelle les cavaliers punis au corps de garde. Ainsi nommée, parce qu’on ne s’y rend pas le cœur léger, mais d’un air piteux, en rasant les murs, en s’effaçant, obliquement.

Marque

d’Hautel, 1808 : Marque de cela. Pour preuve de cela.
Faire porter de ses marques à quelqu’un. Le maltraiter, lui donner des coups, dont il reste marqué.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Fille.

Vidocq, 1837 : s. f. — Fille.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Fille.

Delvau, 1866 : s. f. Femme, — dans le même argot [des voleurs]. Marque de cé. Femme légitime d’un voleur. Marque franche. Concubine.

Rigaud, 1881 : Fille publique.

Fustier, 1889 : Femme qui a deux cordes à son arc : la prostitution et le vol.

La Rue, 1894 : Fille publique. Marque de cé, marquecé, femme légitime du voleur. Marque franche, maîtresse du voleur.

France, 1907 : Fille, femme prostituée. Une marque de cé, une femme légitime de voleur. Marque franche, maîtresse et associée de voleur. On dit aussi marquise, dans le même sens.
Ce mot marque dérive de l’espagnol, car on trouve dans l’ancienne Germania espagnole marca, marquida et marquisa dans le sens de femme publique.

France, 1907 : Mois ; argot des voleurs, de l’italien marchese, « Il a été messiadieu à six marques pour pegrasse », il a été condamné à six mois pour vol. Quart de marque, semaine. Tirer six marques, être emprisonner pour six mois.

Il ne saurait être douteux, dit Francisque Michel, que ce nom ne soit venu à cette division de l’année de l’infirmité périodique qu’ont les marques ou femmes, lorsque la Lune, pour tenir sa diète et vaquer à ses purifications menstruelles, fait marquer les logis féminins par son fourrier, lequel pour écusson n’a que son impression rouge.

Mazarot

France, 1907 : Salle de police, mais plus spécialement la prison, et particulièrement la prison militaire de la rue du Cherche-Midi.

Les hôtes habituels de Mazarot sont : les bibassiers, les enflammés et les malastiqués.
Ces derniers, que la négligence dans l’entretien de leurs effets rend tributaires de la sonnerie des consignes, sont les moins nombreux.
Les bibassiers ou gais compaings en fait de haute beuverie, très souvent attardés par leur belle vaillantise à humer le piot et à se gargariser à l’aide de la purée septembrale, tiennent la corde dans le steeple-chase qui aboutit à Mazarot.
Pourtant, ils ne distancent que de bien peu les enflammés, à qui leur passion pour le beau sexe fait souvent oublier le chemin de la caserne, ou tout au moins l’heure inexorable de l’appel.

(Ch. Dubois de Gennes, Le Troupier tel qu’il est… à cheval)

On l’écrit aussi mazaro.

Quand il punit, même guitare ;
On connait bien son numéro ;
C’est un gaillard qu’est pas avare
Des jours de clou, de mazaro,
Avec lui la dose est meilleure,
Et quand les autres, sans discours,
Aligneraient quarante-huit heures…
Le doubl’ vous colle quatre jours.

(Griglet)

Médeciner

d’Hautel, 1808 : Se médeciner. Terme ironique qui signifie prendre continuellement, sans nécessité, des médicamens.

La Rue, 1894 : Empoisonner.

France, 1907 : Traitement des maladies, surtout par les empiriques de campagne.
Les façons de médeciner sont aussi grotesques qu’amusantes… pour ceux qu’on ne médecine pas. En voici quelques échantillons : tel empirique charge la poitrine d’un malade atteint de pleurésie d’un gros matou tout chaud qu’on vient d’exécuter ; tel autre place sur l’épigastre une planchette et la serre de toutes ses forces à l’aide d’une corde jusqu’à ce que le patient sente craquer ses côtes : c’est pour relever le crochet de l’estomac ! lisez : guérir la gastrite. Avez-vous des coliques ? Buvez un verre d’urine. Si ce sont des rhumatismes, il faut de la graisse de chrétien. Cette drogue ne se trouve pas dans les pharmacies, mais le guérisseux en conserve un petit pot, qu’il fait payer fort cher. Mais les plus habiles et les plus appréciés des bonnes femmes, ce sont ceux qui les médecinent à l’aide de paroles cabalistiques. Il en est pour toute espèce de maux. Ajoutons qu’un pâté de rats est souverain contre les fièvres tenaces. Peut-être pensez-vous que nous parlons de la façon de médeciner au moyen âge ? Erreur, nous parlons de la fin du XIXe siècle.

Mendiant à la lettre

France, 1907 : Tout de mendiants se disent journalistes qu’on ne saurait être étonné qu’un journaliste ait la fantaisie de se dire mendiant. Toutefois, ce n’est pas pour se donner les émotions neuves de la mendicité que notre élégant confrère Hugues Le Roux, coiffé pour la circonstance d’un feutre roussi, vêtu d’un long paletot dit « cache-misère », découvrant du linge douteux, la barbe inculte, la moustache tombante, est allé sonner aux portes dans diverses maisons du quartier Marbeuf. L’ingénieux chroniqueur voulait savoir, par expérience personnelle, combien peut recueillir dans sa matinée un mendiant à la lettre, c’est-à-dire un mendiant qui, muni d’une lettre de demande et de quelques recommandations plus ou moins authentiques, vient solliciter la charité à domicile.
Hugues Le Roux (nous dit Paul Foucher à qui nous empruntons l’amusant récit de cette odyssée) a gravi quelques étages et a rapporté de son expédition douze francs et un vieux pantalon. Inutile d’ajouter qu’il a envoyé l’argent à une bonne œuvre (celle de l’Enfance abandonnée) et qu’il est néanmoins prêt à le rendre de sa poche aux donataires, si ceux-ci en manifestaient le désir. Quant au pantalon, il paraît qu’il a trouvé un locataire.

Cette expérience démontre que le métier de mendiant à la lettre peut rapporter à celui qui l’exerce habilement les vingt-cinq francs par jour d’un député. Elle démontre aussi que nous ouvrons notre bourse avec trop de facilité et que c’est un peu notre faute si les mendiants volent les pauvres.

(Les Annales politiques et littéraires)

Métiver

France, 1907 : Moissonner.

Mettre

d’Hautel, 1808 : Mettre les petits plats dans les grands. Se dit pour exprimer l’empressement que l’on met à recevoir quelqu’un.
Mets ça dans ta poche. Locution ironique qui se dit à quelqu’un qui s’est attiré des paroles pi quantes ou quelque mauvais traitement.
Mettre la charrue devant les bœufs. V. Bœuf.
Mettre son nez partout. Se mêler mal-à-propos, et par indiscrétion, de ce qui ne vous concerne pas, comme font ordinairement les curieux et les indiscrets.
Mettre le cœur au ventre, ou le feu sous le ventre. Voyez Feu.
Se mettre sur la friperie de quelqu’un. Signifie se mettre sur le compte de quelqu’un ; le maltraiter en actions et en paroles.
Se mettre sur son propre. S’endimancher, s’approprier.
Il a mis le doigt dessus. Pour, il a deviné juste.
Mettre tout en capilotade. N’épargner personne dans ses médisances, dans ses bavardages ; mettre tout en pièces.
Se mettre sur son quant à moi. Faire entendre par des paroles vaniteuses qu’on est au-dessus des gens qui vous entourent.
Se mettre en quatre pour quelqu’un. Lui rendre des services importans ; faire tout au monde pour l’obliger.
Mettre le pied clans la vigne du Seigneur. Pour, boire à excès, s’enivrer.
Mettre quelqu’un ou quelque chose au rang des oublis. Pour, perdre absolument le souvenir d’une promesse que l’on a faite à quelqu’un ; oublier totalement ce dont on s’étoit chargé.
Il ressemble aux chaudronniers, il met la pièce à côté du trou. Se dit de quelqu’un qui applique un remède à côté du mal, qui se méprend sur l’emploi de quelque chose.
Se mettre à la gueule du loup. Courir un grand danger, en voulant en éviter un petit ; se fier à un fourbe, à un hypocrite.
Mettre la main à la pâte. Mettre la main à l’œuvre ; se mêler des plus petits détails d’un ouvrage.
Mettre en presse. Emprunter, mettre en gage.
Mettre à quia. Pousser à bout, mettre à l’extrémité, réduire une personne à ne savoir que devenir.
Mettre in pace. Mettre en terre, inhumer ; emprisonner, enfermer.
Mettre les voiles au vent. Pour dire, se décharger le ventre ; faire ses besoins naturels.
Mettre quelqu’un en jeu. Le citer, le mêler sans son aveu dans une affaire.
Mettre les pieds dans tous les souliers. Essayer de tout ; se mêler dans toutes les affaires.

Mettre dedans

Larchey, 1865 : Tromper.

Il met les gabelous joliment dedans. On a descendu plus de vingt fois dans sa cassine, jamais on n’a rien trouvé.

(E. Sue)

Serais-je pris pour dupe ! — Eh ben ! conv’nez que vous êtes d’dans.

(Vadé, 1756)

Delvau, 1866 : v. a. Mettre en prison. Signifie aussi Tromper.

Rigaud, 1881 : Tromper. — Mettre en prison. — Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des voyous.

La Rue, 1894 : Tromper. Emprisonner.

Rossignol, 1901 : Voir Mettre à l’ombre.

France, 1907 : Tromper, duper, induire en erreur ; se dit aussi pour emprisonner.

Que pensez-vous donc de la politique ? C’est l’art de mettre le peuple dedans… c’est l’art de mettre ses collègues dedans ; c’est l’art de mettre ses ennemis dedans, c’est l’art de mettre ses amis dedans. La politique, c’est l’art de rouler tout le monde. Il n’y a rien qui soit moins franc, il n’y a pas de duplicité, de mensonge, de fausseté comparable à la politique.

(Edgar Monteil, Le Monde officiel)

Le prévenu, très chic, monocle à l’œil.
— Enfin, Monsieur le juge, que peut-on bien me reprocher ?
— On vous reproche d’avoir abusé de votre situation pour ruiner un certain nombre de malheureux.
— Allons donc !
— Tous ceux qui ont affaire à vous, vous les mettez dedans…
— Vous aussi, Monsieur le juge !

(Tribunaux comiques)

Les yeux baissés et la jou’ rose,
C’matin, j’pris l’costum’ de ma sœur ;
L’mair’ ne s’aperçut pas d’la chose,
Et dam’, je profitai d’l’erreur !
Mais quand j’eus r’çu l’prix d’l’innocence,
Je m’disais en riant à plein’s dents :
C’que c’est tout d’mêm’ que la r’ssemblance,
Comme on peut mettr’ son mond’ dedans !

(Villemer-Delormel)

Mettre une homme en état

Delvau, 1864 : Le préparer, par un pelotage savant, à l’accomplissement de son devoir d’homme.

C’est dans ce moment-là, pour le mettre en état
Et pouvoir arriver à quelque résultat,
Qu’il faut de son métier connaître les roueries
Et n’être pas novice en polissonneries.

(Louis Protat)

Minzingue

Rigaud, 1881 : Marchand de vin. Et les variantes minzingo, mind-zingue, manzinguin, qu’on prononce en faisant sonner fortement le premier N.

La philosophie, vil mindzingue, quand ça ne servirait qu’à trouver ton vin bon.

(Grévin)

Pauvre Dupuis manzinguin, malheureux.

(Privat d’Anglemont)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique