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À user le soleil

M.D., 1844 : À vie.

Absorption

Larchey, 1865 : Repas offert chaque année aux anciens de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. On y absorbe assez de choses pour justifier le nom de la solennité.

Lorsque le taupin a été admis, il devient conscrit et comme tel tangent à l’Absorption. Cette cérémonie annuelle a été imaginée pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement.

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : s. f. Cérémonie annuelle qui a lieu à l’École polytechnique, et « qui a été imaginée, dit Émile de La Bédollière, pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement ». Le nom a été donné à cette fête de réception, parce qu’elle précède ordinairement l’absorption réelle qui se fait dans un restaurant du Palais-Royal, aux dépens des taupins admis.

France, 1907 : On appelle ainsi un repas annuel offert à la promotion ancienne de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. Elle a lieu dans un restaurant du Palais-Royal, le jour de la rentrée des anciens.

Affoler

Delvau, 1866 : v. a. Accabler de coups, blesser, endommager, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (à et fouler) et à la tradition : « Vous nous affolerez de coups, monsieur, cela est sûr » dit Rabelais. « Ce qui me console, / C’est que la pauvreté comme moi les affole » dit Mathurin Régnier.

France, 1907 : Blesser, accabler de coups ; dérivé de l’italien affolare, qui a la même signification.

Ah ! Le bon billet qu’a La Châtre !

France, 1907 : Le jeune marquis de La Châtre aimait éperdument la fameuse Ninon de Lenclos. Il reçut l’ordre de rejoindre son régiment et ne pouvait se consoler d’être obligé de quitter sa maîtresse. Ce qui le désolait le plus était la pensée qu’elle pouvait lui être infidèle : elle avait beau lui jurer une éternelle constance, ses serments ne le rassuraient que peu, lorsque enfin une idée lumineuse lui vint en l’esprit, ce fut d’exiger de Ninon qu’elle s’engageât par écrit à lui rester fidèle. Peut-être avait-il connaissance du vieux proverbe latin : « Verba volant, scripta manent. »
Ninon consentit bien vite à donner par écrit tous les serments imaginables et jura sur le papier ce qu’elle avait juré par paroles. Le marquis mis le billet comme un talisman sur son cœur et s’en alla tranquillisé.
Deux jours après son départ ou peut-être le soir même, Ninon qui se trouvait dans les bras d’un nouvel amant se mit tout à coup à rire, et comme l’heureux successeur du naïf marquis lui en demandait l’explication, elle redoubla de gaité, s’écriant à plusieurs reprises : Ah ! le bon billet qu’a La Châtre ! Ah ! le bon billet qu’a La Châtre !
Cette saillie de la célèbre courtisane est devenue proverbiale et il n’est peut-être pas de mot qui ait été cité davantage pour exprimer le peu de solidité de certaines promesses sur lesquelles on compte sans aucune raison.

Allumette ronde (attraper une)

Rigaud, 1881 : Ressentir les premiers effets de l’ivresse ; une des nombreuses métaphores pour désigner la manière d’être d’un homme soûl. À des degrés divers, on dit : Avoir sa cocarde, avoir son plumet, être dans les vignes, dans les brindezingues, avoir son compte, son affaire, sa pointe, un coup de soleil, un coup de jus, un coup de sirop, être tout chose, éméché, parti, lancé, paf, pochard, soûlot, soulard, gavé, poivre, poivrot, raide comme balle, raide comme la justice. Voici, d’après M. Denis Poulot (le Sublime), les marches de l’échelle alcoolique, dans l’argot des ouvriers mécaniciens : 1o Attraper une allumette ronde : il est tout chose ; 2o Avoir son allumette-de marchand de vin : il est bavard et expansif ; 3o Prendre son allumette de campagne, ce bois de chanvre soufré des deux bouts : il envoie des postillons et donne la chanson bachique ; 4o Il a son poteau kilométrique : son aiguille est affolée, mais il retrouvera son chemin ; 5o Enfin le poteau télégraphique, le pinacle : soulographie complète, les roues patinent, pas moyen de démarrer ; le bourdonnement occasionné par le vent dans les faïences est cause du choix.

Antony

Larchey, 1865 : « En 1831, après les succès d’Antony, les salons parisiens furent tout à coup inondés de jeunes hommes pâles et blêmes, aux longs cheveux noirs, à la charpente osseuse, aux sourcils épais, à la parole caverneuse, à la physionomie hagarde et désolée… de bonnes âmes, s’inquiétant de leur air quasi cadavéreux, leur posaient cette question bourgeoisement affectueuse : « Qu’avez-vous donc ? » À quoi ils répondaient en passant la main sur leur front : « J’ai la fièvre. » — Ces jeunes hommes étaient des Antonys. »

(Ed. Lemoine)

Delvau, 1866 : s. m. Un nom d’homme qui est devenu un type, celui des faux poitrinaires et des poètes incompris.

Araignée

d’Hautel, 1808 : Main d’araignée ; Pate d’araignée ; Doigts d’araignée. Main sèche, étique et décharnée ; doigts longs, fluets et maigres.

Delvau, 1864 : Faire patte d’araignée. Action de prendre les couilles et le vit de l’homme de manière à chatouiller le tout à la fois en allant de la tête du vit au périnée et au trou du cul, de haut en bas, à droite et à gauche et retour, en y joignant des coups de langue au filet du vit décalotté, le tout jusqu’à jouissance complète. — Voir patte d’araignée.

Rigaud, 1881 : Voiture montée sur roues très-hautes et pourvue seulement d’un siège. Elle a des airs de faucheux ; d’où son nom. Elle sert spécialement aux maquignons pour essayer les chevaux.

Fustier, 1889 : Vélocipède à deux roues dont l’une, celle de devant, est très grande, et l’autre, celle de derrière, d’un diamètre très petit.

France, 1907 : Femme maigre et mal bâtie, Araignée de comptoir. Signifie aussi prostituée, Araignée de bastringue, de trottoir :

Elle attend les flâneurs qui passent, l’Araignée ;
Qu’il fasse ou non soleil, qu’il fasse chaud ou froid,
Elle est à la fenêtre ; en regardant, on voit
Aux rideaux entr’ouverts sa tête mal peignée.

(Jérôme Monti, Le Traquenard)

Avoir une araignée dans le plafond, avoir une idée fixe, ou un grain de folie.

Argent de menestrier

France, 1907 : Vieux dicton. Argent dépensé aussitôt que gagné. Antoine Robert, curé de la Chapelle, s’exprime ainsi dans son Antibaladin (1611) :

Vous devriez reconnoytre la faute que vous faites de voir que l’argent de vostre journée s’évanouit d’entre vos mains ainsi que la neige se fond aux rayons du soleil, Dieu ne permettant pas que ce que vous acquérez aux jours de festes que vous violez vous fasse grand profit.
Pardonnez-moi si je dis que de là est venu le proverbe argent de menestrier.

Arnaque

Halbert, 1849 : Agent de sûreté.

Virmaître, 1894 : Nom d’un jeu qui se joue sur la voie publique et sur les boulevards extérieurs ; il est connu également sous le nom de tourne-vire. Ce jeu consiste en une roue posée à plat sur un pivot, la table est composée de trois planches mobiles, supportées par deux tréteaux ; ces planches sont recouvertes d’une toile cirée ; cette toile est divisée en carrés qui forment cases, ces cases se distinguent par des emblèmes différents, les quatre rois : trèfle, cœur, pique et carreau, une ancre, un cœur, un dé et un soleil. Les joueurs misent sur une case, la roue tourne et celui qui gagne reçoit dix fois sa mise. En évidence, sur la table, il y a des paquets de tabac, des cigares, des pipes et autres objets, mais c’est pour la frime, le tenancier du jeu paie le gagnant en monnaie. Ce jeu est un vol. Autour de la table, il y a toujours deux ou trois engayeurs, ils sont de préférence à chaque bout (la table est un carré long) ; au moment ou la plume va s’arrêter sur une case, par un mouvement imperceptible, un des engayeurs s’appuie sur la planche mobile du milieu, la plume dévie et le tour est joué ; si c’est un engayeur qui gagne, il partage avec ses complices (Argot des camelots). N.

Rossignol, 1901 : Veut dire truc. Les jeux de hasard tels que : La boule Orientale, le billard à cheminée, le billard américain, la jarretière, la ratière, le malo ou mal au ventre, sont arnaqués parce qu’il y a des trucs qui empêchent de gagner.

Arpionner

France, 1907 : Marcher. Voir Arpions.

Un jour, il en a assez d’arpionner les grandes routes, de manger du cheval crevé dans les cantines, de boire d’ignobles mixtures qui le grisent sans le désaltérer, de porter des vêtements qui fondent à la pluie et se racornissent au soleil, de vivre seul et sans le sou, guetté par le lit d’hôpital et la fosse commune.

(Lucien Descaves, Le Chemineau)

Attendre l’omnibus

France, 1907 : Lorsqu’un voleur fait le guet à une heure indue et dans quelque endroit isolé, il répond aux agents qui l’ont surpris et lui demandent ce qu’il fait là, qu’il attend l’omnibus. Tout le monde sent la justesse et l’ironie de cette expression. Rien ne rappelle, en effet, l’attitude du voleur qui se tient aux écoutes, pendant que ses complices font leur main, comme celle du bourgeois ou de la bourgeoise qui attend l’omnibus.

Le président. — Vous êtes accusés d’avoir assassiné un invalide qui rentrait à l’hôtel.
Boulard. — De quoi ?… C’est pas vrai… Ah !
Le président. — Que faisiez-vous sur l’esplanade des invalides à une heure du matin ?
Boulard. — De quoi ?… J’attendais l’omnibus… Ah !

(Alph. Karr, Les Guêpes)

Et en attendant l’omnibus, cet honnête coquin tuait l’invalide… pour lui voler son nez d’argent ! Il paya ce nez de sa tête.

Les voleurs ainsi surpris s’excusaient autrefois en disant qu’ils cherchaient leur chien. On les appelait chercheurs de barbet.

(Oudin, Curiositez françoises)

Toute invention nouvelle est la source de quantité d’expressions qui passent bientôt du sens propre dans le sens figuré, et donnent lieu à une foule de métaphores. C’est par là que les langues s’enrichissent, que les idées s’étendent et deviennent plus claires, parce qu’on a plus de mots pour les exprimer. C’est au goût à faire le choix de ces mots et à les appliquer.

(Ch. Nisard)

Avoir des sens

Delvau, 1864 : Être ardent en amour ; jouir sous l’homme quand on est femme, jouir avec la femme lorsqu’on est homme.

Et d’ailleurs, Marotte a des sens
Récompensants
Les insolents
Qui montrent des talents.

(Collé)

Avoir du beurre sur la tête

Vidocq, 1837 : v. p. — Être couvert de crimes ; proverbe argotique des voleurs juifs ; ils disent en hébreu  : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil : il fond et tache. »

Delvau, 1866 : v. a. Avoir commis quelques méfaits plus ou moins graves, — dans l’argot des voleurs, qui ont certainement entendu citer le proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil : il fond et tache. »

Avoir un coup de soleil

Larchey, 1865 : Avoir une pointe de vin (d’Hautel, 1808). — Le vin et le soleil ont également la vertu d’empourprer Le visage.

Bain qui chauffe

Delvau, 1866 : s. m. Nuage qui menace de crever quand il fait beau temps et que le soleil est ardent.

Rigaud, 1881 : Soleil ardent qui sera suivi de pluie.

France, 1907 : Nuage qui menace de fondre en pluie, tandis que le soleil est ardent.

Bal (aller au)

Merlin, 1888 : Le peloton de punition est peut-être, entre toutes, la peine la plus redoutée du troupier. Cela n’a, en effet, rien d’agréable de manœuvrer deux ou trois heures, sans arrêt aucun, en ayant la figure en plein vent ou en plein soleil, ou bien encore le nez cloué au mur ! Quand un homme puni se rend à cet exercice si cordialement détesté, — dérision amère ! — il va au bal.

Bandiste

Fustier, 1889 : « On appelle ainsi les tâcherons qui sont employés à rédiger les adresses pour circulaires, prospectus, manifestes électoraux. »

(Soleil, 16 nov. 1888)

Baquet

Delvau, 1864 : La nature de la femme dans laquelle l’homme décharge ses ordures liquides :

… Dans le baquet desquelles il eût volontiers lavé son vit.

(Contes de la reine de Navarre)

Delvau, 1866 : s. m. Blanchisseuse, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi : Baquet insolent, et l’on a raison, — car je ne connais pas de créatures plus « fortes en gueule » que les lavandières : il semble qu’il leur reste aux lèvres quelques éclaboussures des ordures humaines avec lesquelles elles sont en contact permanent.

Virmaître, 1894 : Blanchisseuse. On dit aussi : Baquet insolent. On sait que ces dames ne mâchent pas leurs paroles. Quand une ménagère, par économie, va laver son linge au lavoir, les professionnelles l’appellent : graillonneuse ou noyeuse d’étrons. Ce sont les plus mignonnes de leurs déjections (Argot du peuple).

France, 1907 : « Les forçats se forment pour dîner par groupes de quatre ou six individus. La gamelle où chacun d’eux plonge alternativement sa cuillère s’appelle baquet. » (A. Dauvin)

Baquet (insolent, à deux pattes)

Hayard, 1907 : Blanchisseuse.

Baquet insolent

Rigaud, 1881 : Baquet de blanchisseuse. — La blanchisseuse elle-même. — Habituées à voir tant de saletés, ces dames ne se privent pas d’en dire, et leurs insolences sont capitonnées de grossièretés ordurières.

Rossignol, 1901 : Laveuse qui n’a généralement pas des mots recherchés lorsqu’elle se dispute.

Baquet insolent ou insolpé

La Rue, 1894 : Blanchisseuse.

Baquet-insolent

Halbert, 1849 : Blanchisseuse.

Bas-bleu

Delvau, 1866 : s. m. Femme de lettres, — dans l’argot des hommes de lettres, qui ont emprunté ce mot (blue stocking) à nos voisins d’outre-Manche.
Alphonse Esquiros (Revue des Deux Mondes, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D’un autre côté, M. Barbey d’Aurevilly (Nain jaune du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre ?

France, 1907 : Nom donné aux femmes de lettres, traduction littérale de l’anglais Blue stocking. Alphonse Esquiros raconte que cette expression prit naissance dans le club littéraire de la célèbre lady Montague qui vivait au commencement du XVIIIe siècle. Dans sa résidence de Twickenham, près de Londres, elle réunit toutes les célébrités littéraires du temps, Pope, Addison, Steele, Young, etc., et dans le nombre se trouva un certain Stillingfleet, auteur ignoré aujourd’hui, qui avait l’habitude de porter des bas bleus. Quantité de femmes de lettres ou aspirant à le devenir fréquentaient le salon de lady Montague, et le public railleur appela ces réunions le club des Bas bleus, nom qui fut bientôt donné à chacune des habituées.
D’après Barbey d’Aurevilly, ce serait Addison qui aurait baptisé le club.
Mills, dans son History of Chivalry, raconte d’autre part qu’il se forma à Venise, en 1400, une société littéraire sous le nom de Société du Bas (Società della Calza) et dont tous les membres devaient, comme signe distinctif, chausser des bas bleus. Cette société fut connue plus tard en Angleterre, et c’est sans doute à elle qu’Addison fit allusion en baptisant de ce nom celle de Lady Montague. Quoi qu’il en soit, la provenance est bien anglaise, et c’est en Angleterre que pullule, plus qu’en aucun pays du monde, cette variété excentrique de la race humaine.
Dans tous les temps et dans toutes les nations, les femmes savantes ont excité les railleries, et, les hommes s’étant attribué l’universelle toute-puissance, nombreux sont les proverbes à l’adresse de celles qui essayent de se tailler une part de la masculine souveraineté.
Nos pères surtout se sont égayés à ce sujet :

La femme qui parle latin,
Enfant qui est nourri de vin,
Soleil qui luisarne au matin,
Ne viennent pas à bonne fin.
C’est une chose qui moult me déplait,
Quand poule parle et coq se tait.

(Jean de Meun)

« Femme qui parle comme homme, geline qui chante comme coq, ne sont bonnes à tenir. »

Ne souffre à ta femme pour rien
De mettre son pied sur le tien,
Car lendemain la pute beste
Le vouloit mettre sur ta teste.

(G. Meurier, Trésor des sentences)

Qui n’a qu’une muse pour femme faict des enfans perennels.

(Adages français, XVIe siècle)

Napoléon Ier qui ne se piquait pas de galanterie et qui avait des idées particulières sur les femmes au point de vue de leur rôle social, avait coutume de dire :
« Une femme a assez fait quand elle a allaité son fils, ravaudé les chaussettes de son mari et fait bouillir son pot-au-feu. »
Aussi aimait-il peu les bas-bleus ; les femmes s’occupant de littérature lui paraissaient des monstres.
À une soirée des Tuileries, Mme de Staël demandait à l’empereur :
— Quelles femmes préférez-vous, sire ?
— Celles qui ont beaucoup d’enfants, répondit brutalement Napoléon.
Oui, mais elles ruinent leur mari.
En aucun pays du monde on aime les bas-bleus, que ce soit en France, en Chine ou au Japon.
Lorsque la poule chante, dit un proverbe japonais, la maison marche à sa ruine. Je suppose que chanter signifie, en ce cas, écrire des poèmes.
Si vous êtes coq, disent les Persans, chantez ; si vous êtes poule, pondez.
Et les Russes : Ça ne va jamais bien quand la poule chante.
Les Chinois : Une femme bruyante et une poule qui chante ne sont bonnes ni pour les Dieux ni pour les hommes.
Terminons par ce verset tiré du Talmud, et saluons, car c’est le meilleur :

Dieu n’a pas tiré la femme de la tête de l’homme, afin qu’elle le régisse ; ni de ses pieds afin qu’elle soit son esclave ; mais de son côté, afin qu’elle soit plus près du cœur.

Mais le dernier mot et le plus féroce sur les bas-bleus a été dit par Barbey d’Aurevilly, dans la Revue critique :

Ces bas-bleus ne le sont plus jusqu’aux jarretières. Ils le sont par-dessus la tête ! Leurs bas sont devenus une gaine. Les femmes maintenant sont bleues de partout et de pied en cap ; égales de l’homme, férocement égales, et toutes prêtes à dévorer l’homme demain… Vomissantes gargouilles de déclarations bêtes ou atroces, elles sont bleues jusqu’aux lèvres, qu’elles sont bleues comme de vieilles négresses !

Albert Cim a écrit un volume très documenté sur les bas-bleus.

Beau blond

Delvau, 1866 : s. m. Le soleil, — dans l’argot des voleurs, qui ne se doutent pas qu’ils font là de la mythologie grecque.

France, 1907 : Soleil ; argot des voleurs.

Berceau

Delvau, 1866 : s. m. Entourage de tombe, — dans l’argot des marbriers de cimetière, qui croient que les morts ont besoin d’être abrités du soleil.

Bête à concours

France, 1907 : Élève d’un lycée ou d’une pension que l’on prépare exclusivement pour remporter des prix aux concours généraux, afin de faire honneur à l’établissement.

Durant toute l’année, nous avons tous vu le professeur s’adonner aux élèves de choix, aux bêtes à concours, pour le plus grand dommage du reste de la classe. J’ai passé toute une année en rhétorique latine, sans que le cuistre solennel et assommant qui menait la classe m’ait une seule fois adressé la parole.

(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)

Beuglant

Larchey, 1865 : Café chantant.

Nous allâmes au beuglant, c’est-à-dire au café chantant… Vous devez juger par le nom donné à cet établissement que les chants des artistes sont fort peu mélodieux.

(Les Étudiants, 1860)

Rigaud, 1881 : Café-concert. Le premier café-concert auquel on a infligé ce surnom fut le café des Folies-Dauphine, fréquenté par les étudiants.

Nous voici au café beuglant, ainsi nommé dans le quartier parce que, dans le principe, les artistes beuglaient leurs chansons.

(Marc Constantin, Hist. des cafés-concerts)

La Rue, 1894 : Café-concert de dernier ordre. Beuglante, chanteuse de café-concert.

Virmaître, 1894 : Café chantant où les spectateurs chantent en chœur avec les artistes. Les deux plus célèbres furent le Beuglant de la rue Contrescarpe et le Divan japonais de Jehan Sarrazin (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Concert où il y a de mauvais artistes et où les spectateurs chantent avec eux.

Hayard, 1907 : Café-concert.

France, 1907 : Café chantant du dernier ordre.

Une place lui fut offerte dans l’orchestre d’un café chantant du Gros-Caillou, un de ces Alcazars de dernier ordre que l’ouvrier parisien qualifie de beuglants ou de bouibouis.

(Albert Cim, La Petite Fée)

Jadis l’homme seul travaillait. N’ayant ni le café, ni l’assommoir, ni les « beuglants », ni l’hôtel garni, ni le restaurant à faux bon marché, il était forcé de se constituer un intérieur, et se mariait. La femme le soignait, l’habillait, le nourrissait, élevait les enfants. Ceci n’existe presque plus. L’ouvrier agricole a toujours besoin d’une ménagère. Mais l’ouvrier des villes s’en passe, vit au jour le jour, et l’isolement où, de son côté, la femme est tenue, lui livre des filles en assez grand nombre pour tromper au moins son besoin d’aimer.

(Colombine, Gil Blas)

Bullier, les beuglants, les soupers de la rôtisseuse ne les tentaient pas. Ils aimaient bien mieux rester chez Malmus, parler patois, boulotter entre le café, l’école et la table d’hôte.

(A. Daudet, Numa Roumestan)

Certes, il y a loin de nos beuglants à ces Music-halls anglais où, au hasard de l’actualité, on sert tout chaud au public le couplet du jour.

(Séverine)

anon., 1907 : Café-concert.

Beurre

d’Hautel, 1808 : C’est entré là-dedans comme dans du beurre. Pour dire tout de go, librement, sans aucun effort.
Il est gros comme deux liards de beurre, et on n’entend que lui. Se dit par mépris d’un marmouset, d’un fort petit homme, qui se mêle dans toutes les affaires et dont la voix se fait entendre par-dessus celle des autres.
Promettre plus de beurre que de pain. Abuser de la crédulité, de la bonne-foi de quelqu’un ; lui promettre des avantages qu’on ne peut tenir.
Des yeux pochés au beurre noir. Yeux meurtris par l’effet d’une chute, d’un coup, ou d’une contusion quelconque.
C’est bien son beurre. Pour, cela fait bien son affaire ; c’est réellement ce qui lui convient.

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Larchey, 1865 : Argent. — V. Graisse.

Nous v’là dans le cabaret
À boire du vin clairet,
À ct’heure
Que j’ons du beurre.

(Chansons, Avignon, 1813)

Mettre du beurre dans ses épinards : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre.
Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq. Beurrier : Banquier (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Argent monnayé ; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. Faire son beurre. Gagner beaucoup d’argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque. Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.

Rigaud, 1881 : Argent.

La Rue, 1894 : Argent (monnaie). Synonymes : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carle, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, auber, etc. Milled, 1.000 fr. Demi-sac, 500 fr. Pile, mètre, tas, livre, 100 fr. Demi-jetée, 50 fr. Signe, cigale, brillard, œil-de-perdrix, nap, 20 fr. Demi-signe, 10 fr. Tune, palet, dringue, gourdoche, 5 fr. Escole, escaletta, 3 fr. Lévanqué, arantequé, larante, 2 fr. Linvé, bertelo, 1 fr. Grain, blanchisseuse, crotte de pie, lisdré, 50 cent. Lincé, 25 cent. Lasqué, 20 cent. Loité, 15 cent. Lédé, 10 cent. (Voir largonji). Fléchard, rotin, dirling, broque, rond, pétard, 5 cent. Bidoche, 1 cent.

Rossignol, 1901 : Bénéfice. Une bonne qui fait danser l’anse du panier fait son beurre. Un commerçant qui fait ses affaires fait son beurre. Un domestique qui vole ses maîtres sur le prix des achats fait son beurre. Le domestique, né à Lisieux, qui n’est pas arrive après vingt ans de Service à se faire des rentes parce que son maître, né à Falaise, est plus Normand que lui, n’a pas fait son beurre.

France, 1907 : Argent monnayé, profit de quelque façon qu’il vienne ; argot des faubouriens. Les synonymes sont : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carte, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, etc.
Faire son beurre, prélever des bénéfices plus ou moins considérables, honnêtes ou non ; y aller de son beurre, ne pas hésiter à faire des frais dans une entreprise ; c’est un beurre, c’est excellent ; au prix où est le beurre, aux prix élevés où sont toutes les denrées, argot des portières.

Il faut entendre un restaurateur crier : « L’addition de M. le comte ! » pour s’apercevoir que la noblesse, de nos jours, pas plus que du temps de Dangeau, n’est une chimère. Pour une jeune fille dont le père s’appelle Chanteaud, pouvoir signer « comtesse » les billets aux bonnes amies qui ont épousé des Dupont et des Durand, c’est tout ! Remplacer le pilon ou le mortier, armes dérisoires de la rue des Lombards, par un tortil élégant surmontant des pals, des fasces, des croix ou des écus semés sur des champs de sinople, quel charmant conte de fées ! Et ça ne coûte que trois cent mille francs ; c’est pour rien, au prix où est le beurre.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Avoir du beurre sur la tête, être fautif, avoir commis quelque méfait qui vous oblige à vous cacher. Cette expression vient évidemment d’un proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache. »
Mettre du beurre dans ses épinards, se bien traiter, car, suivant les ménagères, les épinards sont la mort au beurre. Les politiciens ne visent qu’à une chose : à mettre du beurre dans leurs épinards.

Je pense que c’est à la politique des groupes que l’on doit la médiocrité presque universelle qui a éclaté dans la crise actuelle. Le député entre à la Chambre par son groupe, vote avec son groupe, a l’assiette au beurre avec lui, la perd de même. Il s’habitue à je ne sais quelle discipline qui satisfait, à la fois, sa paresse et son ambition. Il vit par une ou deux individualités qui le remorquent.

(Germinal)

Beurre sur la tête (avoir du)

Rigaud, 1881 : Avoir la conscience chargée de crimes. — Les voleurs juifs disent en hébreu :

Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache.

(Vidocq)

La Rue, 1894 : Avoir la conscience chargée de méfaits.

Blanc d’Espagne

Fustier, 1889 : Sous le nom du parti des Blancs d’Espagne, on. désigne ainsi, dans le jargon politique et dans le langage de la presse, l’ensemble des légitimistes qui, après la mort du comte de Chambord, se sont ralliés à la cause du fils aîné de don Carlos, don Jayme. A cette dénomination plaisante, mise en circulation par un journaliste toulousain, les Blancs d’Espagne répondirent par cet autre sobriquet à l’adresse de leurs adversaires, partisans du comte de Paris : Blancs d’Eu.

Le parti des Blancs d’Espagne ne sera jamais sérieux.

(Ed. Hervé : Soleil, juillet 1884)

Mr. E. Veuillot est un Blanc d’Espagne encore un peu honteux de proposer à la France de se soumettre à un étranger.

(Matin, juillet 1884)

Bleu (être)

Rigaud, 1881 : Éprouver une grande surprise. — Elle est bleue celle-là ! cette nouvelle est difficile à croire. — Faire des bleus, pincer de manière à laisser la signature des doigts sur la chair. — Passer au bleu, avoir perdu un objet, se consoler d’une perte. — En faire voir des bleues, causer des contrariétés. — Colère bleue, violente colère.

Bondieusardisme

France, 1907 : Cagotisme, hypocrisie religieuse.

On demandait à une fille en pleine maturité, atteinte, comme beaucoup, de bondieusardisme, pourquoi elle déployait pour aller à la messe un si grand luxe de jupons blancs ornés de dentelles et des bas de soie bien tirés sur le mollet…
— Que voulez-vous, répondit la dévote, par ce temps de perdition, ces précautions sont indispensables… On peut rencontrer un… insolent. Il trouverait le tout propre, le dessous comme le dessus.

Bourgeois

d’Hautel, 1808 : Il se promène la canne à la main comme un bourgeois de Paris. Se dit d’un marchand qui a fait fortune et qui est retiré du commerce. On se sert aussi de cette locution et dans un sens ironique en parlant d’un ouvrier sans emploi, sans ouvrage et qui bat le pavé toute la journée.
Cela est bien bourgeois. Pour dire vulgaire, sot, simple et bas : manière de parler, usitée parmi les gens de qualité, à dessein de rabaisser ce qui vient d’une condition au-dessous de la leur.
Mon Bourgeois. Nom que les ouvriers donnent au maître qui les emploie.

Halbert, 1849 : Bourg.

Larchey, 1865 : Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture.

Chez les artistes, le mot Bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier.

 

Le Bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme.

(H. Monnier)

Delvau, 1866 : s. m. Expression de mépris que croyaient avoir inventée les Romantiques pour désigner un homme vulgaire, sans esprit, sans délicatesse et sans goût, et qui se trouve tout au long dans l’Histoire comique de Francion : « Alors lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m’appeler bourgeois, car c’est l’injure que ceste canaille donne à ceux qu’elle estime niais. »

Delvau, 1866 : s. m. Patron, — dans l’argot des ouvriers ; Maître, — dans l’argot des domestiques. On dit dans le même sens, au féminin : Bourgeoise.

Delvau, 1866 : s. m. Toute personne qui monte dans une voiture de place ou de remise, — à quelque classe de la société qu’elle appartienne. Le cocher ne connaît que deux catégories de citoyens ; les cochers et ceux oui les payent, — et ceux qui les payent ne peuvent être que des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Anti-artistique, — dans le jargon des artistes. Ameublement bourgeois.

Rigaud, 1881 : Imbécile, homme sans goût, — dans le jargon des peintres qui sont restés des rapins, — Voyageur, — dans le jargon des cochers. — Individu dans la maison duquel un ouvrier travaille. — Maître de la maison dans laquelle est placé un domestique.

France, 1907 : Terme de mépris pour désigner un homme vulgaire, sans délicatesse, sans goût, sans connaissances artistiques ou littéraires. Certains fabricants de romans ou de tableaux ont souvent des idées plus bourgeoises que beaucoup d’épiciers. Mener une vie bourgeoise, c’est couler une existence tranquille, monotone, sans incidents. Le mot n’est pas neuf, Alfred Delvau l’a relevé dans l’Histoire comique de Francion : « Alors, lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m’appeler bourgeois, car c’est l’injure que ceste canaille donne à ceux qu’elle estime niais. »
Ce nom, depuis si longtemps en discrédit chez les amis de l’art pour l’art, a reçu une très bonne définition de Théophile Gautier : « Bourgeois, dit-il, ne veut nullement dire un citoyen ayant droit de bourgeoisie. Un duc peut être bourgeois dans le sens détourné où s’accepte ce vocable. Bourgeois, en France, a la même valeur ou à peu près que philistin en Allemagne, et désigne tout être, quelle que soit sa position, qui n’est pas initié aux arts, ou ne les comprend pas. Celui qui passe devant Raphaël et se mire aux casseroles de Drolling, est un bourgeois. Vous préférez Paul de Kock à lord Byron ; bourgeois ; les flonflons du Vaudeville aux symphonies de Beethoven : bourgeois. Vous décorez votre cheminée de chiens de verre filé : bourgeois. Jadis même, lorsque les rapins échevelés et barbus, coiffés d’un feutre à la Diavolo et vêtus d’un paletot de velours, se rendaient par bandes aux grandes représentations romantiques, il suffisait d’avoir le teint fleuri, le poil rasé, un col de chemise en équerre et un chapeau tuyau de poêle pour être apostrophé de cette qualification injurieuse par les Mistigris et les Holophernes d’atelier. Quelquefois le bourgeois se pique de poésie et s’en va dans la banlieue entendre pépier le moineau sur les arbres gris de poussière, et il s’étonne de voir comment tout cela brille romantiquement au soleil.
Maintenant il est bien entendu que le bourgeois peut posséder toutes les vertus possibles, toutes, les qualités imaginables, et même avoir beaucoup de talent dans sa partie : on lui fait cette concession ; mais, pour Dieu, qu’il n’aille pas prendre, en face d’un portrait, l’ombre portée du nez pour une tache de tabac, il serait poursuivi des moqueries les plus impitoyables, des sarcasmes les plus incisifs, on lui refuserait presque le titre d’homme ! »

Nous, les poètes faméliques
Que bourgeois, crétins et pieds-plats
Lorgnent avec des yeux obliques…

(Paul Roinard, Nos Plaies)

Henri Monnier, en 1840, a expliqué complètement les différentes significations de ce mot : « Les grands seigneurs, si toutefois vous voulez bien en reconnaître, comprennent dans cette qualification de bourgeois toutes les petites gens qui ne sont pas nés. Le bourgeois du campagnard, c’est l’habitant des villes. L’ouvrier qui habite la ville n’en connaît qu’un seul : le bourgeois de l’atelier, son maître, son patron. Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture. Chez les artistes, le mot bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier. Le bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme. Quant au bourgeois proprement dit, il se traduit par un homme qui possède trois ou quatre bonnes mille livres de rente. »
Ajoutons qu’à l’heure actuelle, pour certains ouvriers obtus, bourgeois est un terme de mépris ou de haine à l’égard de tout individu qui porte redingote et chapeau et ne vit pas d’un travail manuel, ne se rendant pas compte que nombre de ces prétendus bourgeois, employés de bureaux, commis de magasins, gagnent moins qu’eux, et sont plus à plaindre, ayant à garder un décorum dont l’ouvrier est exempt.
Mon bourgeois, dans l’argot populaire, se dit pour : mon mari. Se mettre en bourgeois se dit d’un militaire qui quitte l’uniforme. Se retirer bourgeois, ambition légitime des ouvriers et paysans, ce qui a fait dire à l’auteur du Prêtre de Némi : « Un bourgeois est un anarchiste repentant. »

Quand un bourgeois est cocu.
Mon cœur, triste d’ordinaire,
Est heureux d’avoir vécu
Et ce fait le régénère.

(A. Glatigny)

Bourguignon

d’Hautel, 1808 : Bourguignon salé. Se dit de ceux qui mettent beaucoup de sel dans ce qu’ils mangent.

Ansiaume, 1821 : Soleil.

Le bourguignon a été chaud, le picton sera mâte celte année.

Delvau, 1866 : s. m. Le soleil, dans l’argot du peuple, qui croit que cet astre n’a été créé par Dieu que pour faire mûrir les vignes de la Côte-d’Or.

Virmaître, 1894 : Le soleil. Il fait mûrir les bons vins de Bourgogne (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Le soleil.

France, 1907 : Le soleil, qui réchauffe comme le vin de Bourgogne.

V’là le Bourguignon qui baisse ; il est temps de bloquir.

(Vidocq)

Bourguignon (le)

Hayard, 1907 : Le soleil.

Bourreau

d’Hautel, 1808 : Insolent comme le valet du bourreau. C’est-à-dire grossier, dédaigneux et brutal.
Brave comme un bourreau qui fait ses Pâques. Se dit d’un homme mal vêtu et dont la mine n’inspire point de confiance.
Un bourreau d’argent. Voyez Argent.

Boussole

d’Hautel, 1808 : Pour le chef, la tête.
Est-ce que tu perds la boussole ? Pour est-ce que tu perds la tête ; se dit à quelqu’un qui fait des propositions ou qui tient des discours étranges.

Ansiaume, 1821 : Teste.

Il lui a fauché la boussole avec une souris.

Vidocq, 1837 : s. m. — Tête.

Larchey, 1865 : Cerveau. — Le cerveau dirige l’homme comme la boussole dirige le navire.

J’ai ça dans la boussole. Ainsi ne m’en parlez plus.

(Vidal, 1833)

Boussolle de refroidi : Fromage de Hollande (Vidocq). — Mot à mot : tête de mort. Allusion à la forme de ce fromage qui est celle d’une boule assez grosse.

Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple, qui sait aussi bien que personne que c’est là que se trouve l’aiguille aimantée appelée la Raison. Perdre la boussole. Devenir fou.

Rigaud, 1881 : Tête, cervelle. — Perdre la boussole, déraisonner, devenir fou.

Au moyen âge les médecins comparaient la tête de l’homme à un vaisseau dont le sinciput était la proue et l’occiput la poupe. La tête représentant un navire, la cervelle fut prise pour la boussole, pour guide.

(Ch. Nisard)

Virmaître, 1894 : Tête. La tête, comme la boussole, dirige (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : La tête.

Tu divagues, tu perds la boussole.

On dit aussi la boule.

Hayard, 1907 : Tête.

France, 1907 : Tête, cerveau. Perdre la boussole, devenir fou.

Comme ils pensaient avoir besoin de leur tête pour un peu plus tard, et que déjà un épais brouillard s’amoncelait sous la voûte osseuse qui couvre le souverain régulateur de leurs actions, afin de ne pas perdre la boussole, ils cessèrent insensiblement de faire de leur bouche un entonnoir, et ne l’ouvrirent plus que pour jaboter.

(Marc Mario et Louis Launay)

Boussole de refroidi, de singe

France, 1907 : Fromage de Hollande, appelé aussi tête de mort.

Boussole de singe

Delvau, 1866 : s. f. Fromage de Hollande, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent aussi Boussole de refroidi.

Rigaud, 1881 : Pain de fromage de Hollande. On dit aussi boussole de refroidi, tête de mort.

Boussole de singe, de refroidi

Vidocq, 1837 : s. m. — Fromage de Hollande.

Bric-à-brac (Littérature de)

France, 1907 : Littérature faite de toutes pièces, ne tenant pas debout, composée de vieux clichés puisés de droite et de gauche. « Donc, M. Pierre Loti qui nous a donné dans ses livres une Océanie de convention, une bataille tonkinoise faite de chic… qui nous a servi un Sahara de bric-à-brac, un spahi en caramel fondant au soleil et un matelot en pain d’épices s’amollissant dans les temps doux, peut fort bien se distraire et récréer ses convives en leur offrant un moyen âge de fantaisie et un Louis XI de théâtre forain »

(Edmond Lepelletier)

Brûler

d’Hautel, 1808 : Brûler le jour. Signifie faire usage de lumière en plein midi.
Faire brûler quelqu’un à petit feu. Le tourmenter, l’inquiéter, lui faire endurer toutes sortes de mauvais traitemens.
Il leur a brûlé le cul. Se dit de quelqu’un qui a abandonné sans mot dire la-société où, il se trouvoit ; de celui qui s’est esquivé d’un lieu où il étoit retenu malgré lui.
Se brûler. Signifie se méprendre, se tromper, s’abuser dans ses spéculations.
Se brûler à la chandelle. Découvrir soi-même, sans le vouloir, les fautes dont on s’est rendu coupable ; se laisser entraîner malgré soi dans un piège que l’on avoit d’abord évité.
Le tapis brûle. Signifie, il n’y a pas de temps à perdre ; se dit pour exciter des joueurs à doubler leur jeu.

Delvau, 1866 : v. a. Dépasser une voiture, — dans l’argot des cochers qui se plaisent à ce jeu dangereux, malgré les conseils de la prudence et les règlements de la police.

Delvau, 1866 : v. n. Approcher du but, être sur le point de découvrir une chose, — dans l’argot des enfants et des grandes personnes, qui devinent, les uns qui savent à quoi on s’expose en s’approchant du feu.

Rigaud, 1881 : Retirer de la main en les jetant au panier, après en avoir annoncé le nombre, une ou plusieurs cartes avant de commencer une partie de baccarat en banque. Ce droit du banquier ne s’exerce plus que dans les cercles de bas étage.

France, 1907 : Dénoncer, vendre.

La République est un régime de lumière et de loyauté qui n’a que faire d’une police secrète. Rappelons-nous toujours que la police secrète a été instituée par Louis XIV et développée outre mesure par les deux Bonaparte. Louis XIV et les Bonaparte ne sont certainement pas des modèles à suivre pour nous. Je ne puis me désoler, quant à moi, parce qu’un mouchard vient de brûler ses patrons.

(Germinal)

Les filles qui dénoncent les malfaiteurs se fiant à elles sont plus rares qu’on ne le pense. Gloria est une exception ; c’est pourquoi je ne tiens pas à la brûler (faire connaître).

(G. Macé, Un Joli monde)

Brûler, approcher du but, être sur le point de deviner une chose, dépasser une voiture.
Brûler les planches, jouer avec beaucoup de feu et d’art ; argot des coulisses. Brûler la politesse, s’esquiver sans rien dire ; — le pégriot, faire disparaître la trace d’un vol ; — à la rampe, jouer comme si l’on était seul pour attirer sur soi l’attention, sans avoir égard au jeu de ses camarades ; argot des coulisses ; — du sucre, recevoir des applaudissements ; — sa chandelle par les deux bouts, dissiper sa fortune, sa santé ou son cerveau de toutes les façons ; argot des bourgeois.

Cabache

France, 1907 : Maître vigneron. (auvergnat).

Dès que les raisins sont jaunes comme des grappes d’or, ou noirs ainsi que les larmes d’encre, on sort des caves cuves et bachottes, qu’on lave avec soin. Puis, à la pointe du jour solennel, le maître vigneron, le cabache, s’en va à la loue quérir des vendangeurs et des vendangeuses.

(Jacques d’Aurélle)

Camisole

La Rue, 1894 : Gilet.

France, 1907 : Gilet. Tocante faite à la camisole, montre volée dans un gilet.

Camplouse ou campluche

France, 1907 : Campagne, corruption de campos.

Floréal pomponne la campluche ; tout y est à la joie : les fleurs font risette au soleil, qui maintenant à l’haleine tiède. Les oiseaux cherchent femmes, faisant des mamours aux femelles et se fichant en ménage, sans bénédiction du maire ou du curé.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Carline

Bras-de-Fer, 1829 : Mort.

Vidocq, 1837 : s. f. — Mort (la).

Larchey, 1865 : La mort (Vidocq). — Allusion au masque noir de Carlin et à son nez camus. Jadis on appelait la mort camarde, parce qu’une tête de mort n’a pour nez qu’un os de très-faible saillie.

Delvau, 1866 : s. f. La Mort, — dans l’argot des bagnes. La carline (carlina vulgaris) est une plante qui, au dire d’Olivier de Serres, prend son nom du roi Charlemagne, qui en fut guéri de la peste. La vie étant aussi une maladie contagieuse, ne serait-ce pas parce que la mort nous en guérit, grands et petits, rois et manants, qu’on lui a donné ce nom ? Ou bien est-ce parce qu’elle nous apparaît hideuse, comme Carlin avec son masque noir ?

Rigaud, 1881 : La mort, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : La mort.

Rossignol, 1901 : La mort. Ancien mot dont on ne se sert guère.

France, 1907 : La mort.

Sa femme, restée libre, allait chaque jour lui porter les provisions et le consoler.
— Écoute, lui dit-elle, un matin qu’il paraissait plus sombre qu’à l’ordinaire, écoute, Joseph, on dirait que la carline te fait peur… Ne va pas faire la sinve au moins quand tu seras sur la placarde… Les garçons de campagne se moqueraient joliment de toi.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Cartes transparentes

Delvau, 1864 : Cartes à jouer qui, au premier abord, ressemblent à d’innocentes cartes, mais qui, lorsqu’on les regarde avec attention, entre le soleil et les yeux, sont autant de conpulsamenti à fouterie.

Elle fait défiler devant ses yeux une foule de cartes transparentes, qui sont autant des outrages au bon goût qu’aux bonnes mœurs.

(Lemercier de Neuville)

Cascades

d’Hautel, 1808 : Faire ses cascades. Faire des fredaines ; mener une vie irrégulière et libertine, faire des siennes.

Larchey, 1865 : Vicissitudes, folies.

Sur la terre j’ai fait mes cascades.

(Robert Macaire, chanson, 1836)

Delvau, 1866 : s. f. pl. Fantaisies bouffonnes, inégalités grotesques, improvisations fantasques, — dans l’argot des coulisses.

France, 1907 : Farces, folies de femmes légères, et aussi les fantaisies que se permettent certains acteurs en scène.

Ce galant monarque dont les cascades amoureuses auraient rendu jaloux Lovelace lui-même, tout en cultivant le terrain d’autrui, m’avait pas trop négligé celui de sa femme, car, à son lit de mort, il était entouré d’une demi-douzaine de grands-ducs, tous plus solides les uns que les autres.

(Serge Nossoff, La Russie galante)

M. Prudhomme marie son fils.
Naturellement, toute la noce va faire le traditionnel tour du lac.
Arrivé à la cascade, le beau-père rassemble solennellement tous les invités autour de lui, et, s’adressant à sa bru, lui dit en lui montrant le rocher :
— Vous voyez lien cette cascade, madame… Tâchez de n’en jamais connaître, ni commettre d’autres.

Cassolette

d’Hautel, 1808 : On donne figurément, et par plaisanterie, ce nom aux boîtes des gadouards, lorsqu’ils viennent de vider quelques fosses.

Delvau, 1866 : s. f. Bouche, — dans l’argot des faubouriens. Plomber de la cassolette. Fetidum halitum emittere.

Delvau, 1866 : s. f. La matula de Plaute, et le « Pot qu’en chambre on demande » de Lancelot, — dans l’argot du peuple, qui va chercher ses phrases dans un autre Jardin que celui des Racines grecques. Se dit aussi du Tombereau des boueux, quand il est plein d’immondices et qu’il s’en va vers les champs voisins de Paris fumer les violettes et les fraises.

France, 1907 : Bouche. Plomber de la cassolette, avoir mauvaise haleine. Se dit aussi pour pot le chambre et tombereau d’ordures.

Cassolette (ouvrir la)

Rigaud, 1881 : Parler avec la contre-partie de la bouche.

Catir (se)

France, 1907 : Se vêtir ; s’envelopper.

En sa mignonne poitrine de vierge, son cœur dormait comme une rose de Noël sous la neige. Sa seule joie était de savourer au printemps le réveil de la forêt, de se plonger dans la fraicheur des cépées reverdies, de se griser de l’odeur des muguets et de s’épanouir au grand soleil. Durant l’hiver, ou les jours pluvieux, elle se catissait dans vue limousine, tête basse, et se recroquevillait frileusement près des fourneaux à charbon. La lumière la dégourdissait et elle allait joyeusement vers le soleil levant, comme on va à la fête.

(André Theuriet)

Chameau

Delvau, 1864 : Fille de mauvaises mœurs, nommée ainsi par antiphrase sans doute, le chameau étant l’emblème de la sobriété et de la docilité, et la gourgandine, l’emblème de l’indiscipline et de la gourmandise.

L’autre dit que sa gorge a l’air d’un mou de veau,
Et toutes sont d’accord que ce n’est qu’un chameau.

(Louis Protat)

Suivre la folie
Au sein des plaisirs et des ris,
Oui, voilà la vie
Des chameaux chéris
À Paris.

(Justin Cabassoc)

Larchey, 1865 : Femme de mauvaise vie. — On dit aussi : Chameau d’Égypte, chameau à deux bosses, ce qui paraît une allusion a la mise en évidence de certains appas.

Qu’est-ce que tu dis là, concubinage ? coquine, c’est bon pour toi. A-t-on vu ce chameau d’Égypte !

(Vidal, 1833)

Cette vie n’est qu’un désert, avec un chameau pour faire le voyage et du vin de Champagne pour se désaltérer.

(F. Deriège, 1842)

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon rusé, qui tire toujours à lui la couverture, et s’arrange toujours de façon à ne jamais payer son écot dans un repas ni de sa personne dans une bagarre.

Delvau, 1866 : s. m. Fille ou femme qui a renoncé depuis longtemps au respect des hommes. Le mot a une cinquantaine d’années de bouteille.

Rigaud, 1881 : Homme sans délicatesse. — Terme de mépris à l’adresse d’une femme. — Femme de mauvaise vie qui roule sa bosse comme le chameau la sienne. « La femme est un chameau qui nous aide à traverser le désert de la vie » a dit un insolent dont le nom m’échappe.

France, 1907 : Sale individu, homme sur lequel on ne peut compter, plus disposé à exploiter qu’à aider ses camarades. Encore une bizarrerie de langage à laisser étudier aux étymologistes, car le chameau est un animal utile et fort exploité et sur la sobriété duquel repose le salut des caravanes.

M’est avis que d’entrer en relations avec les pestailles, lez jugeurs et les piliers de prison, ça vous donne le dégoût de ces chameaux, et ça augmente votre haine contre les horreurs sociales.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Substantif masculin employé au féminin pour désigner une vieille ou jeune personne de morale relâchée. D’où peut venir cette expression ? Ce n’est certainement pas des protubérances naturelles au beau sexe. Faut-il voir dans cette singulière appellation une comparaison avec la docilité qu’a le chameau de se coucher pour recevoir sa charge, et celle de la fille qui subit le client ?

Mais ce déballage de honte, cette exhibition de crève-la-faim, cela soulève le cœur des catins de la haute, des salopes bourgeoises, les rivales, ces chameaux vêtues de soie et de fourrures, qui ont des amants dans tous leurs tiroirs, sans avoir, comme toi, l’excuse, la suprême excuse de la faim.

(La Révolte)

Un certain soir, des biches de la haute
Festoyaient dans un restaurant ;
De nous griser ne faisons pas La faute,
Dit l’une, et tenons notre rang !
Alors que nous sommes en noces,
Ne luttons que de gais propos,
Car, si nous nous faisions des bosses…
On nous prendrait pour des chameaux.

Chauffer à la cheminée du roi René (se)

France, 1907 : Se chauffer au soleil, prendre un bain de lézard, ainsi que le faisait René d’Anjou, roi de Sicile et comte de Provence, que les habitants de Marseille, où il passait ordinairement l’hiver, voyaient venir s’asseoir sur le port, comme un simple bourgeois, et se chauffer au soleil. Cette locution populaire date du XVe siècle.

Chauffeurs (les)

France, 1907 : Nom donné à des bandes de brigands qui se formèrent pendant la Révolution, dans certaines provinces de l’ouest et du midi de la France, spécialement le Perche, le Maine, l’Île-de-France, le Languedoc. Bien armés, bien disciplinés, à cheval la plupart du temps, ils attaquaient les fermes et les maisons de maître isolées et chauffaient, c’est-à-dire brûlaient les pieds des victimes qui refusaient d’indiquer l’endroit où étaient cachés l’argent ou les bijoux. Ils se couvrirent, par la suite, d’une couleur politique et se confondirent avec les derniers chouans dans l’Ouest, et dans le Midi avec les Verdets, les Trestaillons, les Compagnons de Jéhu. Ils avaient un argot spécial dont Lorédan Larchey a reproduit le glossaire publié en l’an VIII, par P. Leclair, à la suite de son Histoire des Chauffeurs d’Orgères.
C’est à Fouché, ministre de la police, que l’on doit la disparition des chauffeurs.

Chie-dans-l’eau

Merlin, 1888 : Pseudonyme pittoresque donné au marin, qui s’en console en songeant que lui, au moins, n’est pas astreint à la corvée de chichstrac, et pour cause.

France, 1907 : Marin.

Chien (du)

Rigaud, 1881 : Du soigné. — Du dur, des coups.

Voilà du chien, attends ! apprête ton linge sale !

(É. Zola)

Rigaud, 1881 : Verve endiablée, élégance originale.

Eh bien, ma chère, nous leurs ferons tourner la tête… toi avec ton insolente beauté, moi avec mes petites facultés, avec ce je ne sais quoi qui m’estpropre, et qu’on appelle communément — du « chien. »

(Oct. Feuillet, Le journal d’une femme, 1878)

Rossignol, 1901 : Travail payé d’avance à un ouvrier. Lorsqu’il le fait, c’est du chien, parce qu’il ne lui revient rien.

Cire

d’Hautel, 1808 : On dit facétieusement d’un homme qui a les yeux chassieux, remplis d’humeurs, qu’il fait de la cire.
Il est jaune comme de la cire.
Pour, il a le teint bilieux et safrané.
Il est mou comme de la cire. Se dit d’un homme pusillanime, sans vigueur, sans caractère et sans énergie.
C’est une cire molle. C’est-à-dire, il reçoit toutes les impressions qu’on veut lui donner.
Il fond comme la cire au soleil. Pour, il maigrit, il change sensiblement.
Un nez de cire. Pour un nez bien formé.
Cela lui vient comme de cire. Fort à propos.

Cocarde

Delvau, 1864 : Blanche ou rouge… affaire d’opinion. C’est le foutre qu’on lance, ou le sang que l’on fait répandre, au con d’une pucelle.

Heureuse qui mettra la cocarde
Au bonnet de Mimi-Pinson.

(Alfred de Musset)

Larchey, 1865 : Tête. — En prenant la coiffure pour la tête, on a dit taper sur la cocarde ou sur le pompon, pour : frapper sur la tête de quelqu’un.

Delvau, 1866 : s. f. La tête, — dans l’argot du peuple. Taper sur la cocarde. Se dit d’un vin trop généreux qui produit l’ivresse. Avoir sa cocarde. Être en état d’ivresse.

Rigaud, 1881 : Tête. — Excès de boisson. Avoir sa cocarde, être ivre. L’homme qui a sa cocarde en est à la gaieté bachique. Se pousser une cocarde soignée.

France, 1907 : Tête. Taper sur la cocarde de quelqu’un, donner un coup de poing sur la tête. Se dit aussi d’un vin qui grise : « Voila un petit bleu qui tape joliment sur la cocarde. »

Prenant le temps comme il viendra, ils éviteront les grands arbres quand il y aura de l’orage à la clé, ils se tasseront sous les buissons lorsqu’il pleuvra, et se foutront le ventre à l’ombre quand le soleil tapera trop dur sur les cocardes.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Connais (je la)

Rigaud, 1881 : Mot à mot : je connais ce que vous me racontez. Cherche-t-on à en imposer à quelqu’un qui est au courant des manœuvres parisiennes, il ne manquera pas de répondre : Celle-là je la connais, il ne faut pas me la faire, c’est moi qui l’ai inventée.

France, 1907 : Expression populaire signifiant : Inutile de me conter vos histoires ou de faire vos simagrées, je les sais par cœur.

Un clerc des ordres sacrés, James Reading, ayant, sans doute pour imiter Noé, fêté la dive bouteille, se trompe de chambre et se met dans le lit de la fille de son hôtesse, gamine de quatorze ans. Celle-ci ne souffle mot, et probablement terrifiée par cette visite nocturne, feint un profond sommeil. Mais la mère, qui ne dormait que d’un œil, entend un bruit insolite, se lève, accourt et surprend l’apprenti clergyman dans une posture qui ne laissait aucun doute sur la nature de ses intentions.
— Misérable ! s’exclame-t-elle, que faites-vous là ?
Question au moins superflue.
— Rien, dit l’autre, je me prépare à dormir.
— Dans le lit de ma fille !
— Vraiment ! est-ce possible ? Serait-ce effectivement le lit d’Elisabeth ?
Il ne lui est plus permis d’en douter, car Elisabeth juge le moment opportun de s’éveiller en sursaut et de pousser des cris de paon.
— Ah ! je suis désolé ! dit avec un bel aplomb le jeune apôtre.
— Oui, je la connais ! riposte la mère irritée.

(Hector France, Lettres d’Angleterre)

Consolation

Larchey, 1865 : Eau-de-vie. — Ce mot dit avec une éloquence navrante ce que le pauvre cherche souvent dans un petit verre ; — L’oubli momentané de ses maux, et souvent de sa faim.

Bon, il entre dans le débit de consolation.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : s. f. eau-de-vie, — dans l’argot du peuple, qui se console à peu de frais. Débit de consolation. Liquoriste, cabaret.

Rigaud, 1881 : Débit de liqueurs. — L’eau-de-vie est la consolation des ivrognes.

Fustier, 1889 : Jeu de hasard à l’usage des filous.

Au lieu du rendez-vous, on jouait la consolation, partie qui consiste à diviser un tapis vert en cases, au moyen de lignes tracées à la craie, à numéroter chaque compartiment depuis un jusqu’au chiffre maximum que peuvent produire un certain nombre de dés et à payer enfin à chaque individu le montant de la mise qui se trouve dans la case que désigne la somme des points amenés par le coup de dés.

(La Loi, 1882)

La Rue, 1894 : Partie de cartes ou de dés proposée par les bonneteurs en wagon.

Virmaître, 1894 : Jeu qui se joue dans les wagons de chemins de fer au retour des courses. Les bonneteurs offrent la consolation aux joueurs malheureux, qui ont celle de se voir encore dépouillés (Argot des camelots).

Rossignol, 1901 : C’est un jeu de hasard que l’on appelait dans le temps la parfaite égalité, et, comme disait le teneur, « un petit jeu franc et loyal qui ne craint ni la rousse ni le municipal, c’est le petit jeu de la bobinette ; celui qui a peur de perdre, faut pas qu’il y mette. » Le mot consolation date de 1876 ; l’auteur est un nomme Loustelet, marchand de bijoux en chambre, qui importa ce jeu aux courses. Il se jouait en chemin de fer, à l’aller et au retour des courses, puis on s’arrêtait chez un marchand de vin pour y continuer la partie. Lorsque les joueurs étaient décavés, Loustelet faisait tirer gratuitement un bijou entre les perdants, ce qui était la consolation. Voyant que son métier prospérait, Loustelet avait pris plusieurs commis qui tenaient ce jeu séparément et pour lui ; mais ce petit truc fut vite connu et les chemins de fer infestés de teneurs de consolation. À cette époque c’était le petit jeu franc et loyal, les dés à jouer étaient dans un cornet ; depuis, ils se mettent dans une boîte en bois où il y a un avantage pour le teneur et toujours escroquerie (la boîte est arnaquée).

France, 1907 : Eau-de-vie.

France, 1907 : Jeu de filous qui se joue dans les wagons, au retour des courses, appelé ainsi pour soi-disant consoler ceux qui ont perdu. Il se joue avec trois dés et un tableau divisé en six cases. Quelques marchands de vins du voisinage de la gare Saint-Lazare sont connus pour offrir leur bar aux consolateurs.

Après le tirage du gros lot, on a recommencé la partie pour les vice-présidents ; c’est ce que, dans je monde des bonneteurs, on appelle le jeu de la consolation.

(Grosclaude, Gil Blas)

Console

France, 1907 : Abréviation de consolation. Jeu de bonneteurs.

Consoler son café

Delvau, 1866 : Mettre de l’eau-de-vie dedans. Habitude normande, — très parisienne.

France, 1907 : Y mettre de l’eau-de-vie.

Consolette

France, 1907 : Abréviation de consolation.

Mais la cueillette est meilleure dans les trains de banlieue où les bonneteurs offrent aux victimes du turf la petite partie dite la consolette. Cette escroquerie a été expliquée cent fois, ce qui n’empêche pas les naïfs de s’y laisser perpétuellement prendre. On connaît la combinaison. Étant données trois coquilles de noix dont l’une recouvre un pois, où trois cartes dont l’une est gagnante, le bonneteur mélange avec une feinte gaucherie coquilles ou cartes, et offre à mises égales de deviner la bonne. Un spectateur essaye et réussit à tout coup. C’est un compère, un comte, en argot professionnel. Encouragés par ce résultat, d’autres voyageurs parient et perdent. Ce sont les pantes.

(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)

Cordon bleu

Delvau, 1866 : s. m. Cuisinière émérite. Argot des bourgeois.

France, 1907 : On appelle ainsi les bonnes cuisinières. L’ordre du Cordon Bleu ou du Saint Esprit, créé par Henri III en 1578, aboli en 1791, rétabli en 1816, et bien qu’il n’ait pas été supprimé en 1830, cesse d’être conféré à partir de cette époque. Il n’était donné qu’aux grands seigneurs, aux princes, aux généraux, aux prélats, tous amis de la bonne chère, ou, du moins, obligés par état d’avoir une table bien servie. On disait donc d’un excellent cuisinier : « Il est digne d’entrer chez un cordon bleu », puis, par abréviation, on finit par désigner le cuisinier lui-même ou la cuisinière du nom de cordon bleu.

Les jeunes filles de notre pays devraient bien prendre exemple sur celles du Nord et ne pas dédaigner de s’initier à l’art des fourneaux. Elles y trouveraient profit, une fois mariées. Une bonne table, en effet, est souvent la meilleure garantie de la paix et du bonheur du ménage, et l’on ne s’y trompe pas dans les foyers in partibus. Que de maris ne déserteraient pas la salle à manger conjugale pour celle du cercle, si leurs femmes s’entendaient mieux à garnir leur assiette, à leur offrir des plats choisis flattant leurs goûts et leurs manies ! Que de maîtresses de maison ne passeraient point leur vie à crier après leurs cuisinières et à réclamer les tabliers d’icelles, si elles savaient mettre la main à la pâte et, au besoin, apprendre à leur cordon bleu la façon de préparer le plat dont la mauvaise conception les désole et les exaspère !…

(Santillane, Gil Blas)

Couchant

d’Hautel, 1808 : Faire le chien couchant. Se porter à des soumissions honteuses, pour gagner les faveurs de quelqu’un.
On adore plutôt le soleil levant que le soleil couchant. Signifie que l’on se prosterne plutôt devant une autorité naissante que devant celle qui est sur son déclin.

Couleur

d’Hautel, 1808 : Il en juge comme un aveugle des couleurs. Se dit d’un homme qui décide dans une matière qu’il ne connoît pas.
Cette affaire commence à prendre couleur. Pour, commence à prendre un caractère, une tournure satisfaisante.
Des goûts et des couleurs il ne faut disputer. Signifie qu’on doit se garder de fronder les, goûts et les caprices, les fantaisies particulières, parce chacun a les siens.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mensonge. Monter des couleurs, dire des mensonges.

Larchey, 1865 : Soufflet. — Il colore la joue.

J’bouscule l’usurpateur, Qui m’applique sur la face, Comm’on dit, une couleur.

(Le Gamin de Paris, chanson, 184…)

Delvau, 1866 : s. f. Menterie, conte en l’air, — dans l’argot du peuple, qui s’est probablement aperçu que, chaque fois que quelqu’un ment, il rougit, à moins qu’il n’ait l’habitude du mensonge. Monter une couleur. Mentir.
Au XVIIe siècle on disait : Sous couleur de, pour Sous prétexte de. Or, tout prétexte étant un mensonge, il est naturel que tout mensonge soit devenu une couleur.

Delvau, 1866 : s. f. Opinion politique. Même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Ruse, mensonge.

Laissez donc, ça fait comme ça la sainte n’y touche, pour s’ faire r’garder ; on connaît ces couleurs-là.

(Mars et Raban, Les Cuisinières)

Être à la couleur, ne pas se laisser tromper ; deviner un mensonge. C’est-à-dire savoir quelle est la couleur qui retourne.

Rigaud, 1881 : Soufflet, coup de poing sur le visage. Appliquer une couleur, donner un soufflet. — Passer à la couleur, se faire administrer des claques.

La Rue, 1894 : Mensonge.

France, 1907 : Mensonge. Du couvre la vérité d’une couleur. Monter une couleur, mentir.

Au XVIIe siècle, on disait : « sous couleur de », pour « sous prétexte de ». Or, tout prétexte étant un mensonge, il est naturel que tout mensonge soit devenu une couler.

(Alfred Delvau)

Commerson t’a refusé dix-sept francs, et il a bien fait. Tu les aurais croqués évidemment avec le cabotin dont je te parlais tout à l’heure. Si le soleil mange les couleurs, ma chère Nini, mon rédacteur en chef les avale difficilement.

(Léon Rossignol, Lettres d’un mauvais jeune homme à sa Nini)

France, 1907 : Opinion politique. « Combien de de fois, dans leur carrière, les politiciens ne changent-ils pas de couleurs ? »

France, 1907 : Soufflet, parce qu’il donne des couleurs aux joues.

Coup de la bascule

France, 1907 : Genre de vol très usité chez les rôdeurs qui travaillent isolément. Dans le Bas du Pavé parisien, Guy Tomel en donne l’explication :

D’une main ils saisissent au collet le passant, qui, surpris par la brusquerie de l’attaque, se rejette instinctivement en arrière. À ce moment, il trébuche, car l’assaillant lui a lié la jambe par un croc-en-jambe qui constitue le truc essentiel du coup. La victime, sentant qu’elle perd l’équilibre, étend ses bras en croix et bat l’air, au lieu de prendre à son tour l’agresseur au collet. Pendant ces oscillations, le voleur, de sa main libre, fouille rapidement les poches ou arrache la montre, avec la chaîne, cette fois. L’opération est faite, il ne reste plus qu’à imprimer une dernière poussée au bonhomme, au besoin à l’envoyer rouler dans le ruisseau par un coup de pied de zouave appliqué au creux de l’estomac et à prendre la fuite. La bascule exige beaucoup de rapidité et de précision ; c’est un coup qui rate souvent et qui n’est pas très recommandé sur les boulevards extérieurs.
On lui préfère avec raison le coup de la petite chaise, qui exige un copain.

Coup de pistolet

Larchey, 1865 : « Alléché par l’exemple et la perspective de quelques bénéfices énormes, un novice vient de tirer un coup de pistolet à la Bourse (c’est l’expression pour désigner une opération isolée et sans suite, un coup de main). »

(Mornand)

Delvau, 1866 : s. m. Opération isolée et sans suite, mais destinée cependant à faire un peu de bruit. Coup de pistolet dans l’eau. Affaire ratée.

Rigaud, 1881 : Engagement à coups irréguliers d’une forte somme d’argent, — en terme de joueur.

Rigaud, 1881 : Pièce, acte ou scène d’un caractère très hardi, — en terme de théâtre. — Œuvre d’art dont l’originalité voisine de l’extravagance n’a d’autre but que de forcer l’attention publique.

Coup de soleil

d’Hautel, 1808 : Avoir un coup de soleil. Être étourdi, à demi gris, avoir une pointe de vin, être en gaieté.
On dit aussi dans le même sens : Avoir son coup de feu.

Delvau, 1866 : s. m. Demi-ébriété, — dans l’argot des faubouriens, que le vin allume et dont il éclaire le visage.

Rigaud, 1881 : Ivresse ; illumination faciale causée par un excès de boisson.

Virmaître, 1894 : Avoir trop bu du petit bourguignon. On dit aussi un coup de sirop (Argot du peuple).

France, 1907 : Même sens que ci-dessus [s’envirer].

Il y a deux manières d’avoir un coup de soleil : en buvant quelques demi-setiers de trop à la cantine, ou en se toquant d’une jolie petite femme.
De l’un comme de l’autre méfiez-vous.

Coup du moineau

Virmaître, 1894 : Un pégriot a un pierrot apprivoisé ; il avise une boutique et lache son oiseau ; celui-ci se sauve derrière les sacs ; il entre, pleure, se désole :

— Mon pierrot, mon pierrot.

Les garçons, le patron, la patronne, tout le monde est après le pierrot. Le pégriot profite de cette chasse improvisée pour fouiller dans le comptoir et prendre une poignée de monnaie.
Le pierrot est pris, le gamin se sauve en remerciant, le tour est joué (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : C’est un nouveau truc inventé par l’esprit fécond des voleurs. Un gamin lâche un moineau apprivoisé dans une boutique, et, tandis que celui-ci voltige à droite et à gauche et que chacun court pour l’attraper, le petit garçon fait main basse sur tout ce qu’il peut trouver, argent où marchandise.

Courtisane

Delvau, 1864 : Professeur femelle de philosophie horizontale.

Aussi, j’aime tes courtisanes
Et tes nymphes, ô Titien,
Roi des tons chauds et diaphanes,
Soleil du ciel vénitien.

(Th. Gautier)

Les petites paysannes
Qu’on patine au coin d’un mur,
Ont, plus que les courtisanes,
Fesse ferme et téton dur.

(La Fizelière)

Crever la paillasse

Rigaud, 1881 : Assommer de coups, donner des coups de pied au ventre. La paillasse, c’est le ventre.

France, 1907 : « À force d’entendre toute la journée des phrases comme celles-ci :

Crever la paillasse ;
Mettre les tripes au soleils ;
Taillader les côtes ;
Brûler les gueules ;
Ouvrir la panse,

je m’y étais habitué et j’avais fini par les trouver toutes naturelles. »

(Hector France, L’Homme qui tue)

Au moment de l’assassinat de l’archevêque de Paris, Mgr Sibour, par l’abbé Verger, dans l’église de Sainte-Geneviève, on chanta une complainte dont voici le refrain :
  Verger, il creva la paillasse
  À monseigneur l’archevêque de Paris.

Cristalliser

Larchey, 1865 : Paresser au soleil. — Terme de chimie.

Permis à tous de se promener dans les cours, de fumer leur pipe, de cristalliser au soleil.

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : v. n. Flâner, se reposer, — dans l’argot des Polytechniciens.

Cristalliser (se)

Rigaud, 1881 : Ne rien faire, — dans le jargon des troupiers.

France, 1907 : Fainéanter, s’étendre au soleil. Argot des étudiants.

Cuite

Delvau, 1866 : s. f. Ivresse, — dans l’argot du peuple. Avoir sa cuite ou une cuite. Être saoul.

Rigaud, 1881 : Forte ivresse.

Ces bonnes cuites sans façon qu’elle se donnait avec Anatole.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

Cuite sénatoriale, très forte ivresse, cuite présidentielle, le nec plus ultra de l’ivresse, tout ce qu’il y a de mieux dans le genre. — Attraper une cuite, se soûler. Cuver une cuite, chercher dans un sommeil réparateur à dissiper les fumées de l’alcool et les ressentiments d’une nourriture trop copieuse.

Boutmy, 1883 : s. f. Ivresse complète. D’où peut venir ce mot ? Rappelons-nous que Chauffer le four, c’est boire beaucoup, s’enivrer. La cuite ne serait-elle pas tout naturellement le résultat du four chauffé et surchauffé. V. TUITE.

Rossignol, 1901 : Celui qui est saoul a une cuite.

Hayard, 1907 : Ivresse.

France, 1907 : Correction.

France, 1907 : Ivresse. Avoir sa cuite, prendre une cuite.

…C’est drôle, disait le père Trinquefort, quand la rivière a trop d’eau, où appelle ça une crue ; et quand un homme a trop de vin, on appelle ça une cuite.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Subitement, une ombre flottante anima, à moins de vingt pas en avant d’eux, la solitude morne d’une ruelle noyée dans le clair-obscur violâtre du matin ; une silhouette de pochard attardé et regagnant péniblement ses pénates. Le brave homme battait le pavé que c’en était un vrai plaisir, lâché dans de fantastiques diagonales, éperdument lancé et relancé, en travers de l’étroite chaussée, de tribord à bâbord et réciproquement.
Ce fut comme un rayon de soleil dans leur détresse, ils s’arrêtèrent pour rire a l’aise.
— Quelle cuite, bon sang !
— Non, pige-moi l’coup !

(Georges Courteline, La Vie de caserne)

Dandinette

Delvau, 1866 : s. f. Correction, — dans l’argot du peuple, qui corrige ses enfants en les faisant danser.

Virmaître, 1894 : Diminutif de danse, battre légèrement. Dandinette est une correction infligée à un enfant désobéissant (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Petit poisson en étain garni d’un hameçon double que l’on descend et remonte du fond de l’eau pour prendre des perches ou brochets.

France, 1907 : Correction.

Furieux de l’insolence de cette petite maritorne, le capitaine n’en fit ni une ni deux : il se leva d’un bond, empoigna la donzelle et, la troussant jusqu’aux hanches, lui administra, devant l’assemblée ébahie, une forte dandinette.

(Les Propos du Commandeur)

Dardant

anon., 1827 : L’Amour.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Amour.

Bras-de-Fer, 1829 : L’amour.

Vidocq, 1837 : s. m. — Amour.

Halbert, 1849 : L’amour.

Larchey, 1865 : L’amour. — C’est l’archerot de nos anciens poètes, c’est Cupidon dardant son trait. — V. Coquer.

Icicaille est le théâtre Du petit Dardant ; Fonçons à ce mion folâtre Notre palpitant.

(Grandval, 1723)

Delvau, 1866 : s. m. L’amour, — dans l’argot des voleurs, qui aiment la femme avec excès.

La Rue, 1894 : L’amour. Liaison amoureuse.

Rossignol, 1901 : Soleil.

France, 1907 : L’Amour.

Ici-caille est le théâtre
Du petit dardant ;
onçons à ce mien folâtre
Notre palpitant.

(Grandval, 1725)

Le mot s’emploie aussi au pluriel dans le sens de « mes amours ».

L’on vient, l’on me ligotte,
Adieu ma cambriole,
Mon beau pieu, mes dardants !

(Winter, forçat, 1829)

Décaniller

Larchey, 1865 : Décamper. — Mot à mot : sortir du chenil (canil). V. Roquefort.

Ils ont tous décanillé dès le patron-jacquette.

(Balzac)

Delvau, 1866 : v. n. Déguerpir, partir comme un chien, — dans le même argot [du peuple]. On demande pourquoi, ayant sous la main une étymologie si simple et si rationnelle (canis), M. Francisque Michel a été jusqu’en Picardie chercher une chenille.

Rigaud, 1881 : Partir.

Décanillons et presto !

(G. Marot, l’Enfant de la Morgue 1880)

Virmaître, 1894 : Se lever de sa chaise ou de son lit.
— Allons, paresseux, décanille plus vite que ça (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Quitter sa chaise ou son lit.

France, 1907 : Partir, s’en aller ; quitter le chenil (canil).

— C’est fait, monsieur, me dit le garde, j’ai mis l’hospitalisés en chemin de fer… Je l’ai trouvé sur la porte de la cabane, en train de se chauffer au soleil… Si vous aviez vu son trou !… Il n’y a pas de baraque à cochons qui ne soit plus logeable… Le toit est percé comme une poêle à châtaignes ; l’eau dégouline des murs, et la pluie a transformé la litière en une purée de paille et de boue… Un vrai fumier, quoi !… Eh bien ! monsieur, croiriez-vous que le vieux était tout chagrin de quitter son chenil ?… Pendant un bon quart d’heure, il s’est mis à tourner tout autour de la hutte, en poussant des soupirs ; et quand il s’est enfin décidé à décaniller, ma parole ! Il pleurait, monsieur, il pleurait comme un gosse !

(André Theuriet)

L’un des hommes, haussé sur la pointe des pieds, chercha alors à regarder à travers les carreaux dépolis ; et comme il déclarait ne rien voir, les autres un à un décanillèrent.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Décavage

Rigaud, 1881 : Misère, ruine.

France, 1907 : État du joueur qui a perdu.

Vous connaissez le célèbre baron Rapineau. Le voici près du croupier, étalant sa face mafflue, son nez d’oiseau de proie et son ventre de silène. Une rosette raccrochée dans de véreuses affaires s’épanouit, insolente et énorme, sur son veston anglais. Un officier, en la voyant, met la sienne dans sa poche.
Il joue gros jeu, le maltôtier. De combien de larmes et de sueurs furent arrosés les billets volés qu’il entasse et les rouleaux d’or qu’il éventre sur le tapis ! Il perd, il gagne, il reperd. Hier, il a ramassé cent mille francs ; aujourd’hui, c’est la revanche de la banque, c’est le décavage !

(Hector France, Monaco)

Décrotté

France, 1907 : Sorti des basses classes, parvenu. Les décrottés sont d’ordinaire les plus insolents et les plus outrecuidants des bourgeois.

Les Grecs s’efforçaient d’excuser l’esclavage des uns en montrant qu’il était la condition du développement intégral des autres. Ils ne s’étaient pas avisés de prêcher l’esclavage des masses, dans le seul but d’élever au rang d’« éminents filateurs », de « grands banquiers », d’« illustres marchands de cirage perfectionné », quelques parvenus grossiers ou à demi décrottés. La bosse de la charité chrétienne leur manquait.

(Karl Marx)

Déjeuner de soleil

Rigaud, 1881 : Objet de peu de durée : s’emploie surtout en parlant d’une étoffe mauvais teint.

C’est un déjeuner de soleil.

Delirium tremens

France, 1907 : Folie furieuse ; latinisme.

L’ivresse est héréditaire dans sa famille : sa mère est morte à Sainte-Anne, à la suite d’un delirium tremens ; son père, après une tentative de suicide, a fini ses jours récemment à l’hôpital ; elle-même est maintenant près de sa fin ; l’alcool accomplit son œuvre néfaste ; bientôt la mort aura raison de ce corps saturé.

(G. Macé, Un Joli monde)

Trouver un rapport quelconque entre la très sublime et très sainte idée du socialisme et ces cas de delirium tremens pour lesquels Chartenton tresse ses camisoles de force et capte tes eaux courantes, ô fleuve séquanien, en ses réservoirs à douches, c’est mériter soi-même ces douches et ces camisoles, car, pas plus que les autres philosophies, le socialisme n’est responsable des idiots ou des canailles qui, au nom de n’importe quelle théorie de progrès ou de réaction, incendient les temples de Delphes ou les bibliothèques d’Alexandrie.

(Émile Bergerat)

Dernier

d’Hautel, 1808 : Il n’aura pas le dernier. Espèce de menace que l’on fait à un homme entêté qui répond insolemment à toutes les représentations qu’on lui fait, et qui ne veut jamais convenir de ses torts ; pour dire qu’on est bien décidé à lui tenir tête, à ne lui point céder.
On dit aussi, il veut toujours avoir le dernier. Pour il est d’une obstination, d’un entêtement sans égal ; il faut que tout lui cède.

Descendre de La Courtille

France, 1907 : La Courtille était située au haut du faubourg du Temple, après la barrière de Belleville. Les matins de carnaval, après avoir passé la nuit à danser et à boire, les masques sortaient des bals et des guinguettes de la Courtille et rentraient en masse, ivres, bruyants, crottés dans Paris par la grande rue. C’est ce qui s’appelait la descente de La Courtille.

Une chose très importante, selon nous, dont il faut, en finissant, féliciter Chicard, c’est d’avoir tué pour jamais la descente de la Courtille. Si quelque chose sentait le vulgaire, l’épicier, le rétrospectif, c’est sans contredit cette solennité, qui n’était en définitive qu’une débauche de Debureau, une orgie de farine.

(Taxile Delort)

Désoler

Halbert, 1849 / France, 1907 : Jeter.

Désoler un saint

Halbert, 1849 : Jeter quelqu’un à l’eau.

Dessaler, désoler

La Rue, 1894 : Noyer. Dessaler le client à la faux. Noyer l’homme que l’on a volé.

Dessous

d’Hautel, 1808 : Savoir le dessous des cartes. Connoitre les intrigues, les ressorts cachés d’une affaire.

Halbert, 1849 : Amant supplémentaire.

France, 1907 : Amant de cœur d’une fille. Celui qu’on cache quand se présente l’amant payant, le miché sérieux.

France, 1907 : La chemise, les jupons et le pantalon d’une femme.
Nini Patte-en-l’air affirme que ses dessous lui coûtent trois cents francs. Puisqu’ils sont destinés à être exhibés, ce luxe n’a rien de surprenant ; mais que penser de cette prude dévote à qui une amie demandait pourquoi, au moment de partir en voyage, elle soignait tant ses dessous. — « Ah ! Répliqua-t-elle, on ne sait avec qui l’on se trouve dans les trains et l’on peut rencontrer un insolent. »

Les jambes en question, les demi-nus suspects, les dessous prévenus, il me semble qu’on serait juste, qu’on ferait preuve de bonne grâce en reconnaissant la part qu’ils ont souvent dans la naissance du sentiment et dans la conservation de l’amour.

(Fernand Vandérem, Le Journal)

Dévisager

Delvau, 1866 : v. a. Égratigner le visage, le meurtrir de coups, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi : Regarder quelqu’un avec attention.

France, 1907 : Égratigner ou meurtrir le visage.

France, 1907 : Regarder quelqu’un attentivement ou insolemment.

Diable

d’Hautel, 1808 : Que le diable te ramasse ! Se dit en plaisantant à quelqu’un qui se baisse pour ramasser ce qu’il a laissé tomber.
Quand un homme bat sa femme, le diable s’en rit. Manière plaisante d’excuser les brutalités que certains hommes exercent sur leurs femmes.
On dit vulgairement, lorsqu’il pleut pendant que le soleil luit sur l’horizon, que c’est le diable qui bat sa femme.
Il a le diable au corps.
Se dit d’un homme qui fait des choses extravagantes et nuisibles à ses propres intérêts.
Que le diable m’emporte, si je lui cède ! Espèce de jurement pour affirmer qu’on est résolu de tenir tête à quelqu’un.
Le diable ne sera pas toujours à ma porte. Pour dire que l’on espère n’être pas éternellement malheureux.
Tirer le diable par la queue. Vivre péniblement, et avec une grande économie.
Il n’est pas si diable qu’il est noir. Pour, il, est meilleur qu’il ne le paroit.
On dit de quelqu’un qui n’a aucune succession à attendre, et auquel on ne fait jamais de don, que si le diable mouroit, il n’hériteroit pas même de ses cornes.
Diable ! comme il y’va !
Interjection qui marque la surprise et le mécontentement.
Je crois que le diable s’en mêle. Se dit d’une affaire dans laquelle on éprouve continuellement de nouveaux obstacles.
Se donner à tous les diables. S’impatienter, se dépiter, se dégoûter de quelque chose.
Cela s’en est allé à tous les diables. C’est-à dire, s’est dispersé, sans qu’on sache ce que c’est devenu.
Faire le diable à quatre. Faire du bruit, du tintamare ; mettre tout en désordre ; se déchaîner contre quelqu’un ; lui faire tout le mal possible.
En diable. Il a de l’argent en diable ; des dettes en diable. Pour dire, extraordinairement.
Que le diable t’emporte ! Imprécation que l’on fait contre quelqu’un, dans un mouvement d’humeur.
Qu’il s’en aille au diable ! Qu’il aille où il voudra, pourvu qu’il ne m’importune plus.
C’est un bon diable. Pour, un bon enfant, un bon vivant.
On dit aussi ironiquement, un pauvre diable, pour un misérable ; un homme de néant.
Un méchant diable ; un diable incarné ; un diable d’homme. Pour dire, un homme à craindre, et dont il faut se méfier.
Quand il dort, le diable le berce. Se dit d’un chicaneur, d’un méchant qui se plaît perpétuellement à troubler le repos des autres.
C’est un grand diable. Pour, c’est un homme d’une grande stature ; mal fait, mal bâti.
Un valet du diable. Celui qui fait plus qu’on ne lui commande.
Crever l’œil au diable. Faire le bien pour le mal ; se tirer d’affaire malgré l’envie.
Il est vaillant en diable ; il est savant en diable. Pour, il est très-courageux, très-savant.
Le diable n’y entend rien ; y perd son latin. Pour exprimer qu’une affaire est fort embrouillée ; que l’on ne peut s’y reconnoître.
Le diable étoit beau, quand il étoit jeune. Signifie que les agrémens de la jeunesse donnent des charmes à la laideur même.
Il vaut mieux tuer le diable que le diable ne vous tue. Pour, il vaut mieux tuer son ennemi que de s’en laisser tuer.
Le diable n’est pas toujours à la porte d’un pauvre homme. Pour dire que la mauvaise fortune a ses instans de relâche.
C’est là le diable ! Pour, voilà le point embarrassant ; le difficile de l’affaire.
Un ouvrage fait à la diable. C’est-à-dire à la hâte ; grossièrement ; sans goût ; sans intelligence.

Delvau, 1866 : s. m. Agent provocateur, — dans l’argot des voleurs, qui sont tentes devant lui du péché de colère.

Delvau, 1866 : s. m. L’attelabe, — dans l’argot des enfants, qui ont été frappés de la couleur noire de cet insecte et de ses deux mandibules cornées.

Rigaud, 1881 : Agent provocateur. (Moreau-Christophe.)

La Rue, 1894 : Agent provocateur. Coffre-fort.

Virmaître, 1894 : Agent provocateur. Malgré que ce mot fasse partie du vocabulaire des voleurs, il n’est pas d’usage que les agents de la sûreté provoquent les voleurs à commettre un vol ; ils n’ont pas besoin d’être stimulés pour cela. En politique c’est un fait constant, car, sous l’Empire, jamais il n’y a eu un complot sans que, parmi les pseudo-conspirateurs, il n’y se soient trouvés plusieurs agents de la préfecture de police. Il y en eut même un du service du fameux Lagrange dans l’affaire des bombes d’Orsini. Dans le peuple on dit simplement mouchard (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Agent qui provoque le vol ou l’assassinat.

France, 1907 : Agent provocateur.

France, 1907 : Coffre-fort.

Diable au vert (aller au)

France, 1907 : Aller très loin. C’est au diable au vert, c’est une course fort longue à faire. Diable au vert est une corruption de diable de Vauvert, lequel diable, dit la légende, s’était emparé du château de Vauvert, sous le règne du roi Robert, et y faisait grand tapage. Ce château, alors isolé et relativement éloigné de Paris, puisqu’il se trouvant sur l’emplacement actuel de la rue d’Enfer, inspirait une grande terreur, et l’on disait, en parlant d’une course ennuyeuse et longue : « C’est au diable de Vauvert », d’où, par abréviation, diable au vert, ou, plus simplement, au diable.
Voir, d’ailleurs, ce qu’en écrivait Le Roux de Rincy dans son Livre des Proverbes français :

Vauvert était une habitation fort déserte, située non loin de Paris, vers l’endroit où se trouve l’entrée du Luxembourg, du côté de l’Observatoire. Des diables qui y séjournaient y faisaient, dit-on, un bruit épouvantable, jusqu’au moment où Saint Louis, en 1258, sollicité par le grand prieur des chartreux de Grenoble, donna cette maison de Vauvert à la communauté, qui y établit une maison et en chassa bientôt le démon.

Cette donation explique le sabbat de Vauvert : les moines, convoitant depuis longtemps cette magnifique propriété, s’étaient arrangés de façon à la rendre inhabitable, et propageaient la légende qu’elle était hantée du diable.

Diable bat sa femme et marie sa fille (le)

Delvau, 1866 : Il pleut et fait soleil tout à la fois, — même argot [du peuple].

France, 1907 : Il pleut et fait du soleil.

Dignus est intrare

France, 1907 : « Il est digne d’entrer », latinisme tiré du Malade imaginaire de Molière, où, dans une cérémonie burlesque, huit porte-seringues, six apothicaires, vingt-deux docteurs et huit chirurgiens reçoivent Argan dans la docte compagnie en chantant après chacune de ses réponses :

  Bene, bene, bene, bene respondere,
  Dignus, dignus est intrare
  La nostro docto copore.

— L’Épatant est le nom d’un cercle de la rue Boissy-d’Anglas, qui avait, jusque dans ces derniers temps, la réputation d’être des plus fermés. Nous savons maintenant à quoi nous en tenir : si le talent — on y refusait l’entrée aux maitres du journalisme — n’était pas capable d’en ouvrir les portes, le toupet et aussi, il faut bien le reconnaître, la réputation d’être beau joueur, c’est-à-dire joueur malheureux, étaient suffisants pour faire prononcer en faveur d’un aigrefin le solennel dignus est intrare.

(Pierre Domerc, La Nation)

Donner le romarin

France, 1907 : Consoler quelqu’un d’un chagrin d’amour. Le romarin à la vertu de cicatriser les plaies.

Drôlichon, drôlichonne

France, 1907 : Amusant, drôle.

— Ah ! vous voulez parler de la petite Adèle ? Elle était si gentille, toute rose, toute blonde, toute gaie, toute drôlichonne ; toujours les yeux ensoleillés de joie, elle riait et chantait de l’aube au crépuscule… Mais il y a deux ans de cela. Maintenant, elle ne rit ni ne chante plus.

(Les Propos du Commandeur)

Éclipse

d’Hautel, 1808 : Obscurcissement ; évasion, fuite, retraite.
Faire une éclipse. S’esquiver, disparoître à l’échappée.
Le peuple de Paris, qui fait éclair féminin, fait le mot éclipse masculin, et dit un éclipse de lune, de soleil. Ce mot est toujours féminin.

Effronté

d’Hautel, 1808 : Effronté comme un page. Impudent, insolent, hardi, impertinent au de-là de toute expression.

En avoir dans la caboche

France, 1907 : Être entêté, obstinément stupide, avoir le cerveau fêlé.

Le proverbe vient d’un nominé Caboche, boucher de Paris, qui fut un des principaux chefs de tous les autres bouchers qui se mutinèrent sous le règne de Charles VI. Pendant la démence de ce prince, ceste canaille tenoit le party de Jean de Bourgogne, pour lequel ils estoient si zélés, et leur insolence alla si loin qu’ils forcèrent Charles, Dauphin de France, de prendre le chaperon blanc, qui estoit la marque et la livrée de leur faction, et tuèrent et firent périr plusieurs personnes de distinction qui estoient du party contraire au duc de Bourgogne. De la folie et de l’entestement de Caboche est venu ce proverbe, que l’on a appliqué à ceux qui ont la teste blessée.

(Histoire de France, par Duhaillan)

En remonte (aller)

France, 1907 : Se dit des teneuses de maisons de tolérance ou de leurs agents en quête de filles, pour alimenter leur établissement.

Ces matrones se trouvaient là en remonte, guettant quelque malheureuse fille, isolée, sans appui, sans espoir à sa sortie de Saint-Lazare, à laquelle on offrirait asile, nourriture et honoraires, à condition de se montrer complaisante et de faire tout ce qu’on lui demanderait.

(Edmond Lepelletier)

En-tout-cas

Delvau, 1866 : s. m. Parapluie à deux fins, trop grand pour le soleil, trop petit pour la pluie, — dans l’argot des bourgeoises, qui font toujours les choses à moitié.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique