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Chambard

Fustier, 1889 : Bruit, tapage. « Il est de tradition à l’École (Polytechnique) que, à la rentrée, les anciens démolissent les meubles des nouveaux, jettent leurs oreillers et leurs matelas par les fenêtres et dispersent leurs affaires. C’est ce qu’on appelle faire le chambard. »

(Temps, 1881)

Rossignol, 1901 : Bruit.

Mes voisins ont fait tellement de chambard la nuit passée, que je n’ai pas fermé l’œil.

Hayard, 1907 : Bruit, tapage.

France, 1907 : Acte de briser, de bousculer, de mettre en désordre les effets ou les objets d’un nouveau venu à l’École Polytechnique ; argot des écoles miliaires. Il signifie dans l’argot populaire : tumulte, bruit.

En réalité, le chambard que les socialos rêvent se borne à changer les étiquettes, à recrépir la façade et autres fumisteries du même blot. Avec eux, au lieu d’être exploités par le patron, on le serait par l’État… au lieu de toucher notre paye en pièces de cent sous, on nous la cracherait en billets de banque baptisés : « bons de travail. »

(Almanach du Père Peinard, 1895)

Coco

d’Hautel, 1808 : Nom d’amitié que l’on donne aux petits garçons.
C’est aussi un terme mignard et cajoleur dont les femmes gratifient leurs maris ou leurs bien aimés, pour en obtenir ce qu’elles désirent.

d’Hautel, 1808 : Tisanne rafraîchissante, faite de chiendent, de réglisse et de citron, que l’on vend à Paris dans les promenades publiques. Boire un verre de coco.
Coco
signifie aussi eau-de-vie, rogome, brande-vin.
Boire le coco. C’est boire l’eau-de-vie le matin à jeun, suivant l’usage des journaliers de Paris.

Larchey, 1865 : Cheval.

Ce grossier animal qu’on nomme vulgairement coco.

(Aubryet)

Larchey, 1865 : Homme peu digne de considération.

Joli Coco pour vouloir me faire aller.

(Balzac)

Larchey, 1865 : Nom d’amitié.

J’vais te donner un petit becquau. Viens, mon coco.

(Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836)

Delvau, 1866 : s. m. Boisson rafraîchissante composée d’un peu de bois de réglisse et de beaucoup d’eau. Cela ne coûtait autrefois qu’un liard le verre et les verres étaient grands ; aujourd’hui cela coûte deux centimes, mais les verres sont plus petits. O progrès !

Delvau, 1866 : s. m. Cheval, — dans l’argot du peuple. Il a graissé la patte à coco. Se dit ironiquement d’un homme qui s’est mal tiré d’une affaire, qui a mal rempli une commission.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans le même argot [des faubouriens]. Se passer par le coco. Avaler, boire, manger.

Delvau, 1866 : s. m. Homme singulier, original, — dans le même argot [des faubouriens]. Joli coco. Se dit ironiquement de quelqu’un qui se trouve dans une position ennuyeuse, ou qui fait une farce, désagréable. Drôle de coco. Homme qui ne fait rien comme un autre.

Delvau, 1866 : s. m. Œuf, — dans l’argot des enfants, pour qui les poules sont des cocottes.

Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent l’homme pour un Coco nucifera. Coco déplumé. Tête sans cheveux. Redresser le coco. Porter la tête haute. Monter le coco. Exciter le désir, échauffer l’imagination.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Se passer quelque chose par le coco, manger, boire.

Rigaud, 1881 : Individu, particulier. Ne s’emploie guère qu’accolé au mot joli, dans un sens ironique : C’est un joli coco.

Rigaud, 1881 : Pour eau-de-vie, avait déjà cours au siècle dernier.

Elle lui fit payer du coco.

(Cabinet satirique)

Aujourd’hui on entend par coco, de la mauvaise eau-de-vie, de l’eau-de-vie fortement additionnée d’eau. — Marchand de coco, marchand de vin. Allusion à l’eau que le débitant met dans le vin et les liqueurs.

Rigaud, 1881 : Tête ; allusion de forme. Se monter le coco, s’illusionner, se monter la tête.

France, 1907 : Cheval. Ce mot est employé surtout dans la langue du troupier.

Pour faire un vrai soldat, et devenir par la suite un bon officier, il faut avoir tiré toutes les ficelles du métier et savoir : balayer la chambrée ; cirer la planche à pain ; bichonner Coco…

(Hector France, L’Homme qui tue)

France, 1907 : Gosier ; argot populaire. Colle-toi ça ou passe-toi ça dans le coco.

France, 1907 : Mauvais vin on mauvaise eau-de-vie. Allusion à la fade boisson que vendent les marchands de coco.

France, 1907 : Tête. Avoir de coco déplumé, être chauve ; avoir le coco fêlé, être fou. Dévisser le coco, étrangler. Se monter de coco, s’exciter.
Jean Richepin, dans ses compliments de nouvelle année, souhaite, entre autres :

À Barbier, de trouver l’écho
De la voix qui cria les lambes,
Et, pour lui monter le coco,
Du poil à gratter dans les jambes.

Graisser la patte à Coco, gagner quelqu’un en lui donnant de l’argent. S’emploie aussi dans un mauvais sens, précédé de vilain ou de joli : Vilain coco ! joli chien ! ou bien il signifie simplement un individu.

Parmi les socialos politicards, il peut y avoir des cocos qui ont de l’honnêteté, mais qué que ça prouve ? Rien, sinon qu’ils manquent de flair.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

France, 1907 : Triste sire, homme méprisable ou, tout simplement, dont on n’est pas satisfait. Le mot est généralement précédé des adjectifs joli, fameux, ou vilain.

— Ah ! vous êtes un fameux gaillard ! un joli coco ! Vous arrivez comme le marquis de Chose-verte, trois heures après la bataille. Vous pouvez bien tourner les talons, et remporter votre lard pourri. Avez-vous du liquide, au moins ?

(Hector France, Sous le Burnous)

— Et v’là qu’elle est lâchée salement par un vilain coco Il est vrai que des filles qui n’ont pas le sou et qui ne savent même pas éplucher une salade, ne sont pas d’un placement avantageux, ni facile, par conséquent !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

C’est aussi un nom d’amitié :

J’vais te donner un p’tit bécot,
Viens, mon coco !

Manque (à la)

Vidocq, 1837 : adv. — À gauche.

Delvau, 1866 : adv. À gauche, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Endommagé et Malade.

Rigaud, 1881 : À gauche. Mauvais, laid, défectueux. Indiscret. Incertain. Avoir à la manque, ne pas avoir.

Rigaud, 1881 : Absent, sorti ! — dans le jargon des ouvriers. — Être à la manque, être absent. — Ne pas être franc ; trahir.

La Rue, 1894 : Mauvais, laid, défectueux. — Tronche à la manque, mauvaise mine, physionomie qui ne dénote rien de bon, — dans le jargon des voleurs, pour qui tous les agents de la police ont des tronches à la manque.

France, 1907 : À gauche. Qui n’est pas dans le vrai sens ; de l’italien alla manca.

Les gardes-chiourmes sont au nombre de deux. De l’un, rien à dire : c’est un sac à mistoufles, aussi rossard que ses pareils. Quant à l’autre, il n’est pas banal : c’est un collecto qui a été candidat au conseil cipal et a accouché d’un caneton.
Il est frais le socialo à la manque !
Mon de Dieu, s’il amène jamais un prolo de son bagne à penser comme lui, je veux bien qu’on me la coupe. Et ça se comprend. On ne juge pas les hommes d’après ce qu’ils pensent, mais bien d’après ce qu’ils font.
Or, comme le birbe ne fait rien de chouette, y a pas de danger que ses esclaves soient attirés vers lui.

(Le Père Peinard)

Affaire à la manque, mauvaise affaire. Gonse à la manque, individu sur lequel on ne peut compter. Fafiots à la manque, faux billets de banque. Balle à la manque, visage de borgne.

Mouscaille

Vidocq, 1837 : s. f. — Matière fécale.

Clémens, 1840 : Excréments.

Delvau, 1866 : s. f. Le résultat de la digestion, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Gadoue. Excréments.

Virmaître, 1894 : La marchandise que l’on abandonne avec satisfaction dans les châlets de nécessité. Mouscailler : faire ses besoins (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Déjections.

France, 1907 : Excréments ; argot des prisons.

Cette semaine on vient de découvrir deux superbes pots aux roses — où les roses sont remplacées par de la fine fleur de mouscaille — qui prouvent surabondamment que si on veut trouver de la justice quelque part, c’est pas dans la turne où règnent les enjuponnés qu’il faut s’égarer.

(Le Père Peinard)

Foutre, non ! Parmi les socialos politicards, il peut y avoir des cocos qui ont de l’honnêteté, mais qué que ça prouve ? Rien, sinon qu’ils manquent de flair. Y a des types qui pourraient écraser 36.000 étrons, pétrir la mouscaille de leurs dix doigts… parce qu’ils ne sentiront rien, c’est-y une preuve que ça ne pue pas ?

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Peau (la) !

France, 1907 : Exclamation faubourienne signifiant rien ; synonyme de du flan ! des nèfles !

Y a-t-il espoir d’arriver à quelque chose en changeant encore la couleur du député ?
La peau ! On peut en coller d’aussi radicaux, d’aussi socialos, d’aussi fulminants qu’on voudra, — ce sera toujours la même ritournelle !

(Le Père Peinard)

Hier, je m’suis dit : De la peau !
Non, je n’sors pas mon drapeau
Sur l’ordre du père La Famine
Et ce que je pense en d’dans
Y’ l’dirait même à Lépine…
Moi, j’aime pas les présidents.
C’est un tas de vieux gâteux
Qu’ont toujours la mite aux yeux
Et qui vous font d’la morale.
Y sont grincheux et pédants,
Ou faut qu’on leur rince la dalle…
Moi, j’aime pas les présidents.

(La Petite République)

Faire quelque chose pour la peau, c’est-à-dire pour rien, équivalent de « travailler pour le roi de Prusse ».

Pisse-froid

d’Hautel, 1808 : Mot injurieux et satirique, qui se dit d’un homme flegmatique, sombre et sournois, sans vigueur du tempérament.

Delvau, 1864 : Bande-à-l’aise.

Où diable Valère a-t-il raccroché ce pisse-froid-là ?

(Comte de Caylus)

Delvau, 1866 : s. m. Homme lymphatique, tranquille qui ne se livre pas volontiers, — dans l’argot du peuple, ennemi des flegmatiques.

France, 1907 : Individu qui manque d’ardeur, de chaleur dans ses opinions, un pusillanime. S’emploie dans le Centre dans le sens de méticuleux. On dit aussi pisse-froid dans la canicule et pisse-verglas.

La question n’est pas de travailler tant d’heures, de toucher tant… mais plutôt de ne pas être exploités ! C’est ce qu’ont tout à fait perdu de vue les pisse-froids : ils ne parlent plus de faire rendre gorge aux capitalos, c’est passé de mode.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Y a pas à tortiller, si on veut que le populo gobe les idées révolutionnaires, les gas d’attaque doivent s’aligner de façon pour que leurs manières de vivre soient en concordance avec leurs opinions.
Et c’est pourquoi les anarchos ne doivent pas suivre l’exemple de ce triste socialo pisse-froid qui, à l’atelier, est un infect contre-coup et qui, dans la rue, parle d’émancipation.

(Le Père Peinard)

Politicard

France, 1907 : Individu vivant de la politique comme rat en fromage, ou espérant en vivre.

Comment, les politicards socialos qui, presque tous, sont des renégats de la révolution opérée par le peuple et qui, précédemment, avaient affirmé et démontré que le populo doit faire ses affaires lui-même et ne compter sur personne, sont-ils parvenus à embistrouiller à leur tour le pauvre monde ?

(Le Père Peinard)

On dit aussi, mais plus rarement, politiculard.

Y a pas… C’est un rude homme tout de même que l’Bismarck qui vient de gueuler comme un tonnerre au Reichstag… En v’là z’un qui leur z’y parle comme y méritent, à ce troupeau de politiculards allemands, presque aussi tocs que les nôtres, au fond, je m’imagine.

(Le Cri du Peuple, janvier 1887)

Socialisse

France, 1907 : Autre forme de socialo.

J’ suis républicain socialisse,
Compagnon, radical ultra,
Révolutionnaire, anarchisse,
Eq’ cœtera… Eq’ cœtera…

(Aristide Bruant)

Socialo

France, 1907 : Socialiste.

Espérons et souhaitons que, malgré tous les mic-macs de ces socialos assiette-beurriers, le populo ne se laissera pas embobiner.
Sans quoi y aurait plus de limite !
Un de ces quatre matins, messieurs les élus se déculotteraient et présenteraient leur postérieur aux nigaudins électoraux, leur ordonnant d’embrasser, sous prétexte que — mieux que la bague de l’évêque — ça porte bonheur.
Et, aux soupçonneux qui ne marcheraient pus, les birbes prouveraient que de pareilles baisades sont nécessaires pour l’émancipation humaine.
Ce courant de crétinisme n’est pas nouveau c’est le résidu de la masturbation autoritaire dont, depuis des siècles, nous sommes — de père en fils — les malheureuses victimes.

(Le Père Peinard)

Qu’on enterre un socialo,
Il sabre le populo
Et s’y montre fort habile,
L’sergent d’ville.
Puis, l’soir, aux autres, dans l’poste,
Il va dire, s’rengorgeant,
Comment au Peuple riposte
Le parfait agent (bis).

(É. Blédort)

Socialo à la manque

France, 1907 : Faux socialiste.

L’antisémitisme est, au point de vue économique, un dérivatif de la question sociale — tout comme l’est, au point de vue gouverne mental, le socialisme politicard.
Les socialos à la mangue nous jacassent : « Foutez-nous au timon gouvernemental et on fera votre bonheur. »
Les antisémites nous bavent : « Serrez le kiki aux richards juifs et c’en sera fait de l’exploitation. »
Ces deux boniments sont — autant l’un que l’autre — deux couleuvres.

(Le Père Peinard)

Soupe (en avoir)

France, 1907 : En avoir assez, en être dégoûté, las.

Le populo en a radicalement soupé d’être exploité, de même qu’il ne veut plus être gouverné — pas plus par des opportunards, des radicaux que des socialos.
De même il n’en pince plus pour être exploité — pas plus par les richards chrétiens que par les capitalos juifs.

(Le Père Peinard)

On dit dans le même sens : souper de la fiole de quelqu’un.

Mais j’ai mon plan, ej’ suis mariolle :
Quand les jug’ auront assez d’moi
Et qu’i’s auront soupé d’ma fiole,
Faudra ben qu’i’s m’appliqu’nt la loi ;
Vous savez ben, la loi nouvell’
Qui condamne l’gouvernement
À m’envoyer à la Nouvelle…

(Aristide Bruant)

Cette expression n’est pas récente, on la trouve dans un couplet de Désaugiers :

Mais c’est quand nous quittons la ville
Qu’il faut voir l’effet des adieux…
Et toutes les femm’s à la file
Se lamenter à qui mieux mieux.
C’est un’ rivière que leurs yeux :
« Reviens donc bien vite…
— Oui-da, ma petite. »
Le plus souvent !
J’ai soupé pour le sentiment.

Volière cipale

France, 1907 : La municipalité, le conseil municipal de Paris ; argot faubourien.

Le conseil cipal a gaspillé quinze cents balles en feux d’artifices et illuminations.
N’y avait-il donc pas un meilleur emploi à trouver pour ces quinze cents francs ?
Foutre si !
À Carmaux y a encore des pauvres prolos qui claquent du bec ; y en a qui vont le cul nu.
Si les birbes de la volière cipale avaient été — ce qui est impossible à une collection d’élus — des socialos francs du collier, ils auraient arboré le drapeau noir à l’Hôtel de Ville et auraient acheté pour quinze cents balles de frusques et de miches…
Pour éclairer et chauffer pendant les jours gras la volière cipale, ça a coûté environ 48.000 francs ; on a dépensé autant en boustifaille, vinasse et liqueurs, puis y a une douzaine de mille francs pour le personnel, 3.600 francs pour les frais d’invitation et 3.400 francs pour payer les violons et les trombones à coulisse. En ajoutant à ça quelques billets de mille, gaspillés en frais divers, ou arrive au chiffre rondelet de 118.000 francs.
Vive la République, nom de dieu !

(Le Père Peinard, 1897)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique