Virmaître, 1894 : L’ancien théâtre Bobino. Les étudiants disaient Bobinsky (Argot des étudiants).
Bobinche
Gin
Delvau, 1866 : s. m. Genièvre, — dans l’argot des faubouriens, qui s’anglomanisent par moquerie comme les gandins par genre.
France, 1907 : Fausse eau-de-vie de baies de genièvre, que l’on fabrique en Angleterre avec des résidus de la distillation du whisky et aromatisé aux huiles de genièvre et de térébenthine. Le gin est la boisson ordinaire des femmes qui fréquentent les cabarets : c’est avec le gin qu’elles s’enivrent.
… Des pauvresses maigres à longues figures hâves et des gouges enluminées passent la tête et entrent. Elles avalent des potées de gin ou de bière, en silence, puis ressortent s’essuyant la bouche du revers de la main, ou du coin du tablier. Groupées, d’autres bavardent, essuyant des bouts de chansons ou des pas de gigue. Des jeunes de quinze ans et des vieilles de soixante hoquètent au même pot, et saoules de la même ivresse, hébétées, trébuchantes, sortent, se poussant, faisant place à d’autres, et ainsi jusqu’à minuit, l’heure où se vident les tavernes, où le publicain aidé du policeman pousse dans la rue, comme des paquets d’ordure, les clientes ivres-mortes.
(Hector France, Les Va-nu-pieds de Londres)
Fils du genièvre et frère de la bière,
Bacchus du Nord, obscur empoisonneur,
Écoute, ô gin ! un hymne en ton honneur.
(Auguste Barbier)
Laissons à l’Angleterre
Ses brouillards et sa bière !
Laissons-là dans le gin
Boire le spleen !
(Théodore de Banville)
Pile
d’Hautel, 1808 : N’avoir ni croix ni pile. Être dépourvu, dénué d’argent.
Delvau, 1866 : s. f. Correction méritée ou non, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Volée de coups de poing et de coups de pied. — Pile sterling, forte pile, tout ce qu’il y a de mieux en fait de pile. — Flanquer une pile que le diable en prendrait les armes, battre avec acharnement.
La Rue, 1894 : Correction, volée de coups. Valeur de 100 francs.
France, 1907 : Cent francs ; allusion au rouleau d’écus.
France, 1907 : Volée de coups. Flanquer une pile à sa femme.
— Après la pose de la première pierre du pont-Alexandre III par le tsar, pose de la première pierre du pont Troïtsky par le président de la République…
— Et l’on peut dire des piles de ces ponts-là que ce sont les seules que deux grandes nations devrait jamais échanger !
(Est républicain)
Piper
d’Hautel, 1808 : Pour tromper, filouter, escroquer.
Larchey, 1865 : Fumer la pipe.
Il me semble qu’on a pipé ici.
(Gavarni)
Delvau, 1866 : v. n. Fumer la pipe ou le cigare.
Rigaud, 1881 : Fumer la pipe, le cigare ou la cigarette. — Piper, comme un Turc, fumer beaucoup.
Rossignol, 1901 : Fumer.
France, 1907 : Boire à l’aide d’un tuyau de paille.
On pipait là des cock-tails, on sablait du dry, on se coulait des whisky, des gin et des gingember bier. Des femmes nanties d’une rencontre sirotaient des limonades en faisant les accords, subtilisaient des grogs ou s’empiffraient de sandwichs arrosés d’ale et de stout.
(Camille Lemonnier)
France, 1907 : Fumer ; argot populaire.
— Il me semble qu’on a pipé ici.
(Gavarni)
Aussitôt que la ténèbre
Vient dédorer nos coteaux,
Ce gouvernement funèbre
S’occupe de nos complots.
Certes, personne ne pipe
Non plus que s’il était mort
Ou que s’il funait sa pipe.
(Raoul Ponchon)
France, 1907 : Prendre, emprisonner, attraper. Piper un pègre, attraper un voleur. Les synonymes sont nombreux et montrent quelle importance l’action de piper joue dans le monde des coquins : accrocher, agrafer, boucler, coquer, colliger, coltiner, enflaquer, enfourailler, empoigner, emballer, empiauler, encoffrer, encager, enchtiber, enfourner, fourrer dedans, faire tomber malade, fabriquer, grincer, grappiner, gripper ; mettre dedans, à l’ombre, au violon ; mettre le grappin, poisser, poser un gluau, ramasser, souffler, etc.
France, 1907 : Souffler. Ne s’emploie que dans cette expression : ne pas piper mot.
Seulement, tandis que les Orientaux ont réglementé et endigué la polygamie, — cette excellente polygamie qui a l’avantage de substituer l’émulation à la jalousie, — nous, plus hypocrites et en même temps plus roublards, nous n’en avons pipé mot et lui avons laissé carte blanche.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Ces individualités, prisonnières elles-mêmes du groupe qu’elles dirigent, s’habituent, en un rien de temps, à ne voir dans la vie nationale que le conflit organisé de groupes arbitrairement constitués, sur des programmes où il n’est souvent pas pipé mot de ce qui touche le plus aux intérêts de la nation.
(Nestor, Gil Blas)
France, 1907 : Tromper, attirer dans un piège, allusion au pipeau à l’aide duquel l’oiseleur attire ses victimes dans ses gluaux.
Tipster
France, 1907 : Individu qui renseigne les parieurs aux courses sur la valeur des chevaux appelés à courir. Anglicisme.
Des renseignements s’échangent, des tuyaux se murmurent dans le bruit des rauques clameurs et des gros rires : car la majesté du lieu est en ce jour oubliée.
Seul, le tipster demeure silencieux et attentif. Le tipster, c’est le cornac, le pilote dans Paris-bar, et même ailleurs, des étrangers accourus. Pour lui, la grande semaine est aussi la semaine des grandes aubaines : il a besoin de tous ses moyens, de tout son sang-froid ; il a donc fait vœu de sobriété pour quelques jours ; le wisky se retrouvera plus tard…
(Le Journal)
Whiskey, whisky
France, 1907 : Eau-de-vie anglaise, faite d’orge, de sucre ou de différents grains.
Wiski
France, 1907 : Voiture légère importée de l’Angleterre ; l’orthographe est whisky.
Plus loin,
Près du discret cousin,
En modeste sapin,
Rentre la financière ;
Quand sa couturière
Sort de Tivoli
Dans le galant wiski
Que prêta son mari.
(Scribe et Poirson)
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