Ansiaume, 1821 : Tuer.
J’ai abatu un messière, il y avoit des parains, je serai butté.
Abatre
Ansiaume, 1821 : Tuer.
J’ai abatu un messière, il y avoit des parains, je serai butté.
Abloquer
Ansiaume, 1821 : Vendre.
J’ai abloqué pour 200 balles de camelotte.
Virmaître, 1894 : Acheter en tas, en bloc. Les brocanteurs bloquent un tas de marchandises les plus disparates (Argot des camelots). V. revidage.
Accent
Accent (faire l’)
Ansiaume, 1821 : Avertir.
Ta larque est franche, elle nous fera l’accent.
Vidocq, 1837 : v. p. — Voir Arçon (faire l’)..
Affranchir
Ansiaume, 1821 : Gagner quelqu’un, corrompre.
Nous ne craignons plus le lubin, je l’ai affranchi.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Initier.
Vidocq, 1837 : v. a. — Corrompre, apprendre à quelqu’un les ruses du métier de fripon ; ainsi l’on dira : Affranchir un sinve avec de l’auber, corrompre un honnête homme avec de l’argent, l’engager à taire la vérité ; affranchir un sinve pour grinchir, faire un fripon d’un honnête homme.
Larchey, 1865 : Pervertir, c’est-à-dire affranchir des règles sociales.
Affranchir un sinve pour grinchir : pousser un honnête homme à voler.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : v. a. Châtrer, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Couper.
Delvau, 1866 : v. a. Initier un homme aux mystères du métier de voleur, faire d’un voyou un grinche.
Rigaud, 1881 : Donner des leçons de vol à un novice. Pousser quelqu’un au vol, corrompre un témoin.
Fustier, 1889 : Terme de joueur : On dit qu’une carte est affranchie lorsqu’elle n’est plus exposée à être prise. J’ai fait prendre mon roi pour affranchir ma dame. — Mettre au courant des ruses des grecs. Il y a des professeurs d’affranchissement.
Virmaître, 1894 : Châtrer, faire ablation des parties génitales à un animal quelconque. Le tondeur de chiens est l’affranchisseur des chats, comme le chanoine Fulbert le fut pour Abélard (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Exciter un individu mâle ou femelle au vice ou au vol. S’affranchir d’une tutelle gênante (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire connaître à un complice les êtres d’une maison où l’on veut commettre un vol est l’affranchir.
Hayard, 1907 : Débaucher.
France, 1907 : Initié un adepte. Le débarrasser de ses derniers scrupules. Se dit également pour châtrer. La châtré est en effet affranchi de certaines passions.
Affure
Ansiaume, 1821 : bénéfice.
Je n’ai eu que 12 balles d’affure sur la camelotte de Guillaume.
Rigaud, 1881 : Avance d’argent sur un ouvrage, — dans le jargon des ouvriers. — La variante est : Avoir du poulet.
Rossignol, 1901 : Gain, bénéfice. Dans une partie de cartes, celui qui gagne affure.
Hayard, 1907 : Profit, bénéfice, gain, licite ou non.
anon., 1907 : Bénéfice. Affurer sur Tési : avoir du bénéfice sur toi.
Antonne (petite)
Ansiaume, 1821 : Chapelle.
Il a grinchi toute la blanquette de la petite antonne.
Arbalêtre
Ansiaume, 1821 : Croix.
L’arbalêtre vaut 45 balles au moins.
Arpions
Ansiaume, 1821 : Les mains.
Ils lui ont ligotté les arpions et rifaudé les paturons.
Vidocq, 1837 : s. m. — Pieds.
Delvau, 1866 : s. m. pl. Les pieds de l’homme, considérés — dans l’argot des faubouriens — comme griffes d’oiseau, à cause de leurs ongles que les gens malpropres ne coupent pas souvent.
Virmaître, 1894 : Vieille expression qui veut dire : pieds. Jean Hiroux disait au président des assises :
— Je demande qu’on fasse sortir le gendarme, il plombe des arpions.
— Gendarme, répondit le président, remuez vos pieds dans vos bottes d’ordonnance. Prévenu, la punition commence (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Les pieds.
France, 1907 : Les pieds, argot populaire ; du vieux français Harpions, griffes, appelés ainsi, dit Alfred Delvau, à cause de leurs ongles que les gens malpropres ne coupent pas et ne nettoient jamais.
Près des théâtres, dans les gares,
Entre les arpions des sergots,
C’est moi que j’ceuill’ les bouts d’cigares,
Les culots d’pipe et les mégots.
(Jean Richepin)
Attaches
Ansiaume, 1821 : Boucles.
T’amuses-tu à grinchir les attaches, toi ?
anon., 1827 : Boucles.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Boucle. Attaches d’huile, boucles d’argent.
Bras-de-Fer, 1829 : Boucles.
Attaches d’Orient
Ansiaume, 1821 : Boucles d’or.
On croit en grinchir qui soient d’orient, c’est du tartre.
Bras-de-Fer, 1829 : Boucles d’or.
Attaches de cé
Ansiaume, 1821 : Boucles d’argent.
Les attaches de cé, le fourga en donne six balles.
Auversin
Ansiaume, 1821 : Auvergnat.
J’ai grinchi un flaqu de carle à un auversin.
Avaler le luron
Ansiaume, 1821 : Communier.
Le ratichon fait avaler le luron à toutes les gouzesses d’ici.
Vidocq, 1837 : v. a. — Communier.
Delvau, 1866 : v. a. Communier, — dans l’argot des voleurs, qui appellent la sainte hostie le luron, sans doute après l’avoir appelée le Rond.
Virmaître, 1894 : Communier. On dit aussi : avaler l’Auvergnat, parce que sans doute, comme lui, Dieu n’est ni homme ni femme (Argot des voleurs).
France, 1907 : Communier ; argot des voleurs. Le luron, c’est le bon Dieu. Dans l’argot populaire, on dit : Avaler l’Auvergnat.
Avergot
Ansiaume, 1821 : Œuf.
Trouves-toi au tapis franc, nous ferons ripaille d’avergots.
Clémens, 1840 : Œuf.
M.D., 1844 : Un œuf.
Delvau, 1866 : s. m. Œuf, — dans l’argot des voleurs.
La Rue, 1894 : Œuf.
France, 1907 : Œuf ; argot des voleurs.
Avoir dans le nez
Ansiaume, 1821 : En vouloir à quelqu’un.
J’ai beau faire, le cardeuil m’a dans le nez.
M.D., 1844 : Détesté.
Larchey, 1865 : Détester quelqu’un. — Mot à mot : être infecté par ses actes, par ses manières. — C’est ainsi qu’on appelle puant un homme qu’on ne peut supporter. V. Macaron.
Delvau, 1866 : v. a. Ne pas pouvoir sentir quelqu’un ou quelque chose.
Babillard
d’Hautel, 1808 : Un babillard. Pour dire un livre, une lettre, un papier manuscrit ; en un mot, tout ce qui peut fournir à la lecture.
Ansiaume, 1821 : Livre de lecture.
J’ai passé la soirée avec un babillard qui est bien brodé.
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Livre.
Vidocq, 1837 : s. m. — Confesseur.
Vidocq, 1837 : s. m. — Livre.
Clémens, 1840 : Livre.
M.D., 1844 : Du papier.
Halbert, 1849 : Livre.
Delvau, 1866 : s. m. Confesseur, — dans l’argot des voleurs. Ils donnent aussi ce nom à tout livre imprimé.
Rigaud, 1881 : Journal. — Griffonneur de babillards, journaliste.
La Rue, 1894 : Journal, Livre, Confesseur. Avocat. Placet. Lettre délibération. Griffonneur de babillards, journaliste.
Virmaître, 1894 : Aumônier de prison. Allusion à ce qu’il babillarde sans cesse sans que son interloculeur lui réponde (Argot des voleurs). N.
Virmaître, 1894 : Livre imprimé. On dit aussi : bavard (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Papier (à écrire).
France, 1907 : Confesseur, avocat ; argot des voleurs. Livre, journal, placet.
Ma largue part pour Versailles ;
Aux pieds de sa Majesté,
Ell’ lui fonce un babillard
Pour me faire défourailler.
(Victor Hugo)
Aumonier de prison.
La maçonnerie était épaisse ; il ne pouvait saisir aucun bruit. Mais il ne parlait plus jamais de ses deux amis ; et une fois que Sautreuil les avait nommés devant lui, il répondait d’un air gêné : — Le babillard veut que je leur pardonne… ne me causez plus d’eux.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
Griffonneur de babillard, journaliste.
Babillarde
Ansiaume, 1821 : Lettre.
J’ai fait broder une babillarde à mon daron pour lui demander du carle.
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Lettre, épître.
Bras-de-Fer, 1829 / Clémens, 1840 : Lettre.
Halbert, 1849 : Lettre, épître.
Delvau, 1866 : s. f. Montre.
Rigaud, 1881 : Lettre.
Rigaud, 1881 : Montre, pendule.
La Rue, 1894 : Lettre. Montre.
Virmaître, 1894 : Lettre.
— T’en fais du chi-chi dans la menteuse de babillarde (Argot des voleurs).
Virmaître, 1894 : Montre. Allusion à son tic-tac qui malgré sa monotonie babille et égaie la solitude (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Lettre.
Dans le courrier de ce matin, j’avais douze babillardes.
Hayard, 1907 : Lettre.
France, 1907 : Lettre, montre. Babillarde volante, télégramme.
Il y a à craindre que la petite ne s’y prenne maladroitement en trouvant la babillarde… qu’elle n’ai attiré l’attention soit des surveillantes, soit de ses voisines en déployant le fafiot.
(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Bachasse
Ansiaume, 1821 : Galère.
Gerbé à vioc, si tu rejoins la bachasse, tu es marron.
Vidocq, 1837 : s. — Travaux forcés, galères.
Halbert, 1849 : Galère.
Larchey, 1865 : Galère. — Augmentatif de bac : bateau.
En bachasse tu pégrenneras jusqu’au jour du décarement.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : s. f. Travaux forcés. Même argot [des voleurs].
Rigaud, 1881 : Travaux forcés, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 : Travaux forcés.
France, 1907 : Travaux forcés. Abréviation de basses-chasses, allusion aux châssis bas desquels sortaient les avirons des anciens rameurs de galères. (Lorédan Larchey)
Balancer
Ansiaume, 1821 : Abattre.
Il faut balancer la lourde pour arriver à la malouse.
Bras-de-Fer, 1829 : Remuer.
Vidocq, 1837 : v. a. — Jeter.
Clémens, 1840 : Jeter, refuser.
M.D., 1844 : Jeter.
M.D., 1844 : Renvoyer.
un détenu, 1846 : Chasser, renvoyer d’un emploi.
Larchey, 1865 : Jeter au loin. On sait que l’action de balancer imprime plus de force à une projection. V. Litrer. Balancer, envoyer à la balançoire : Congédier, renvoyer.
Elle m’a traité de mufle. — Alors il faut la balancer.
(Monselet)
Je l’envoie à la balançoire.
(id.)
On dit aussi exbalancer :
Je vais les payer et les exbalancer à la porte.
(Vidal, 1833)
Balancer son chiffon rouge : Parler, remuer la langue. — Balancer sa canne : Devenir voleur. — C’est-à-dire jeter la canne de l’homme qui marche dans l’unique but de se promener. — Balancer ses halènes : Cesser de voler, jeter ses outils de voleur. — Balancer une lazagne : Adresser une lettre. — Balancer ses chasses : Regarder à droite et à gauche. Balancement :
Le conducteur appelle son renvoi de l’administration un balancement.
(Hilpert)
Balançoire : mensonge, conte en l’air.
Non, monsieur ! je n’avais pas fait un accroc. — C’est une balançoire.
(P. de Kock)
Delvau, 1866 : v. a. Donner congé à quelqu’un, renvoyer un employé, un domestique, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’il emploie là, et presque dans son sens originel, un des plus vieux mots de notre langue.
On dit aussi Envoyer à la balançoire.
Rigaud, 1881 : Jeter au loin, renvoyer, envoyer promener.
Quand votre femme vous ennuie… Toc ! on la balance.
(E. Grangé et Lambert-Thiboust. La Mariée du Mardi-Gras)
Rossignol, 1901 : Voir balanstiquer.
France, 1907 : Balancer quelqu’un, le renvoyer, lui donner son congé. Se dit aussi pour se moquer de lui, le berner.
Mais surtout tu te garderas
De l’amour d’un étudiant.
Toujours d’avance tu exigeras
Qu’il fasse tinter son argent,
Sinon tu le balanceras…
On ne vit pas de l’air du temps.
(Règles de la chasse aux hommes)
Balançon
Ansiaume, 1821 : Barreau de fer.
Il faut deux plombes pour faucher les balançons.
Delvau, 1866 : s. m. Marteau de fer, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Marteau de fer, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Marteau de fer.
Virmaître, 1894 : Marteau. Pour frapper vigoureusement il faut balancer son marteau par le manche (Argot des voleurs). N.
Hayard, 1907 : Marteau.
France, 1907 : Marteau de fer.
Balle (une)
Ansiaume, 1821 : 1 livre ou 1 franc.
J’ai affranchi le gaff avec 5 balles et je suis entré en vergue.
Baluchon
Ansiaume, 1821 : Paquet.
J’ai porté au fourga un bon baluchon de pigousse.
Vidocq, 1837 : s. m. — Paquet.
M.D., 1844 / M.D., 1844 : Paquet.
Larchey, 1865 : Paquet (Vidocq). — Diminutif de Ballot.
Delvau, 1866 : s. m. Paquet, petit ballot. Argot des ouvriers.
Rigaud, 1881 : Petit paquet. — Enlever le baluchon.
Voyons, laisse là ton baluchon.
(Huysmans, Marthe)
Virmaître, 1894 : Petit paquet que les compagnons portaient jadis au bout d’un bâton sur l’épaule, en faisant leur tour de France. Ce baluchon contenait leurs vêtements. La coutume s’est perpétuée dans le peuple : des outils et la blouse de travail en paquet composent un baluchon (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Paquet de hardes.
Prends ton baluchon et décanille d’ici.
Hayard, 1907 : Paquet de peu d’importance.
France, 1907 : Petit paquet ; argot des ouvriers. Se dit aussi pour derrière. Je vais vous enlever le baluchon.
Barbotins
Ansiaume, 1821 : Canards.
Les barbottins du tapissier étoient lomben.
Barbotte
Ansiaume, 1821 : Fouille.
Puisque j’ai fait la barbotte de toute la turne.
Barbotter
Ansiaume, 1821 : Chercher.
J’ai barbotté toute la sorgue sans trouver une bredoche.
un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Fouiller.
Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). — Mot à mot : faire le barbot.
Tous deux en brav’s nous barbottions, D’or et d’billet nous trouvons un million.
(Paillet)
Virmaître, 1894 : Fouiller les poches de quelqu’un. C’est une spécialité qui demande une certaine adresse. La ménagère souvent la nuit, pendant que son mari sommeille, pratique, sans mandat, une visite domiciliaire dans les poches du dormeur (Argot du peuple).
Bastringue
d’Hautel, 1808 : Nom donné primitivement à une contredanse qui a été long-temps on vogue à Paris ; ce mot a reçu depuis une grande extension : le peuple, à qui il a plu, s’en est emparé, et l’a appliqué à des choses de nature différente.
Un bastringue signifie tantôt un bal mal composé ; tantôt un mauvais joueur de violon ; puis une maison en désordre ; un mauvais lieu.
Un bastringue est aussi une petite mesure qui équivaut à peu-près à ce que les buveurs appeloient autrefois un canon, dont la capacite répondoit à celle d’un verre moyen.
Boire un bastringue signifie donc vulgairement, boire un verre de vin.
Ansiaume, 1821 : Lime fine.
N’oublie pas la bastringue pour faucher les balançons.
Vidocq, 1837 : s. m. — Étui de fer-blanc, d’ivoire, d’argent, et quelquefois même d’or, de quatre pouces de long sur environ douze lignes de diamètre, qui peut contenir des pièces de vingt francs, un passe-port, des scies et une monture, que les voleurs cachent dans l’anus. La facilité qu’ils trouvaient à dérober cet étui à tous les yeux, et la promptitude avec laquelle ils coupaient les plus forts barreaux et se débarrassaient de leurs chaînes, a long-temps fait croire qu’ils connaissaient une herbe ayant la propriété de couper le fer ; l’herbe n’était autre chose qu’un ressort de montre dentelé, et parfaitement trempé.
Halbert, 1849 : Scie pour scier le fer.
Larchey, 1865 : Étui conique en fer d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, contenant un passe-port, de l’argent, des ressorts de montres assez dentelés pour scier un barreau de fer, un passe-port, de l’argent, etc. — Vidocq — Les malfaiteurs, sur le point d’être pris, cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, mais il doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un prisonnier périt il y a quelques années de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.
Delvau, 1866 : s. m. Bruit, vacarme, — comme on en fait dans les cabarets et dans les bals des barrières.
Delvau, 1866 : s. m. Guinguette de barrière, où le populaire va boire et danser les dimanches et les lundis.
Delvau, 1866 : s. m. Scie à scier les fers, — dans l’argot des prisons, où l’on joue volontiers du violon sur les barreaux.
Rigaud, 1881 : Lime, scie. — Étui dans lequel les récidivistes serrent les outils nécessaires à leur évasion, tels que lime, scie, ressort de montre. De là l’habitude qu’on a dans les prisons, lors de la visite, au moment de l’arrivée du prévenu ou du condamné, de le faire complètement déshabiller et de lui administrer une forte claque sur le ventre, dans le but de s’assurer s’il a un bastringue sous lui.
Rigaud, 1881 : Vacarme. — Faire du bastringue.
La Rue, 1894 : Lime, scie, outils d’évasion renfermés dans un étui. Guinguette et bal de barrière.
Virmaître, 1894 : Bal de bas étage où se donne rendez-vous la canaille du quartier dans lequel il est situé. Bastringue, faire du bruit, du tapage. Quand l’homme rentre au logis, un peu humecté et qu’il casse la vaisselle, la ménagère, furieuse, lui dit :
— T’as pas bientôt fini ton bastringue, sale chameau ? (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Bal de bas étage.
Rossignol, 1901 : Étui en ivoire ou en argent que les voleurs tiennent constamment caché dans leurs intestins et qui peut contenir jusqu’a 800 francs en or ; ainsi, lors qu’ils se trouvent arrêtés, ils ne sont jamais sans argent. Il y a des bastringues qui contiennent tournevis, scies et monture. Avec une scie semblable, votre serviteur a scié un barreau de la grosseur de ceux des prisons en trente-six heures. Cet étui est bien connu dans les prisons centrales, mais il est difficile de le trouver, le voleur le retire le soir de sa cachette pour le remettre le matin où il reste toute la journée. Il y a une chanson sur les prisons centrales où il est dit :
Un surveillant vous fait regarder à terre En vous disant : Baissez-vous à moitié ; Il vous palpe et regarde le derrière, Dans la maison, c’est l’usage de fouiller.
Hayard, 1907 : Bal de bas étage.
France, 1907 : Bal de barrière.
Mademoiselle, voulez-vous danser ?
V’là le bastringue.
V’là le bastringue !
Mademoiselle, voulez-vous danser ?
Le bastringue va commencer.
(Vieille chanson)
On appelle aussi bastringue, dans l’argot des prisons, une scie à scier le fer ; c’est également un étui conique, d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, qui sert à renfermer cette scie et d’autres objets utiles aux prisonniers.
Les malfaiteurs arrêtés cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, qui doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un détenu périt, il y a quelques années, de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.
(Lorédan Larchey.)
Bat-contre
Ansiaume, 1821 : Incube.
Batouse
Ansiaume, 1821 : Toile.
Il y a un boucard de batouse, où il fera bon à la sorgue.
Larchey, 1865 : Toile (Vidocq). Batouse battante : Toile neuve. — On dit communément battant neuf pour neuf.
Delvau, 1866 : s. f. Toile, — dans l’argot des voleurs. Batouse toute battante. Toile neuve.
Virmaître, 1894 : Toile neuve, de batousier (tisserand).
— J’ai une rouillarde en batouse toute battante (neuve) (Argot des voleurs). V. Rouillarde.
France, 1907 : Toile ; argot des voleurs.
Bayaffe
Ansiaume, 1821 : Pistolet.
Le messière a des bayaffes, il faut l’ébobir de rif.
Bayaffe à deux jetées
Ansiaume, 1821 : Pistolet à deux coups.
J’ay une paire de bayaffes à deux jettées, que j’ai grimé à un messière.
Bayoffes
Ansiaume, 1821 : Armes sur soi.
Prens toutes tes baioffes, car il pourra bien y avoir du marron.
Belle (sa)
Ansiaume, 1821 : Occasion favorable.
S’il trouve sa belle, tu le verras cavaler.
Béquille
d’Hautel, 1808 : C’est une vieille béquille. Terme de mépris ; pour dire un vieux radotteur, un vieillard infirme qui a peine à se trainer.
Ansiaume, 1821 : Potence.
En approchant de la béquille, il a mangé le morceau à l’engueuseur.
Halbert, 1849 : Potence.
Larchey, 1865 : Potence (Vidocq). — La potence ressemble à une béquille. — Béquiller : Pendre. V. Farre.
Delvau, 1866 : s. f. Potence. — dans l’argot des voleurs, dont les pères ont eu l’occasion de remarquer de près l’analogie qui existe entre ces deux choses.
Béquiller
Ansiaume, 1821 : Pendre.
J’ai vu béquiller un auverpin qui avoit fait suer un chesne tout seul.
Vidocq, 1837 : v. a. — Pendre.
Clémens, 1840 : Manger.
un détenu, 1846 : Manger sans besoin.
Halbert, 1849 : Manger.
Larchey, 1865 : Manger. Même étymologie que Becqueter.
C’est égal, je lui ai envoyé un coup de tampon sur le mufle qu’il ne pourra ni béquiller, ni licher de quinze jours.
(Th. Gautier)
Delvau, 1866 : v. a. et n. Manger, — dans l’argot des faubouriens.
La Rue, 1894 : Pendre. Manger. Béquillard, bourreau. Béquillarde, potence, guillotine.
Virmaître, 1894 : Manger (Argot des voleurs). V. Becqueter.
Rossignol, 1901 : Voir bèqueter.
France, 1907 : Boiter.
France, 1907 : Pendre.
Crompe, crompe, mercandière,
Car nous serions béquillés ;
Sur la placarde de vergne,
Lonfa malura dondaine !
Il nous faudrait gambiller,
Lonfa malu a dondé !
(Vidocq)
Berlu
Ansiaume, 1821 : Tronc d’indigence.
1l a grinchi le berlu de S. Étienne, où il y avoit cent dix jacques.
Halbert, 1849 : Aveugle.
Delvau, 1866 : s. m. Aveugle, homme qui a naturellement la berlue. Même argot [des voleurs].
Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 / France, 1907 : Aveugle.
Beurre (faire son)
Ansiaume, 1821 : S’enrichir.
Il a fait son bourre à deux affaires, il ne grinchit pas.
Rigaud, 1881 : Tirer profit de ; gagner. — Pour l’employé, c’est une bonne place qui lui permet de prélever un bénéfice plus ou moins licite ; pour l’administrateur d’une grande compagnie, ce sont « les tours de bâton », c’est le « pot de vin » ; pour la cuisinière, c’est le résultat de la danse du panier ; pour la fille entretenue, c’est le fruit de la générosité de « Monsieur ».
Bief (être au)
Ansiaume, 1821 : Être aux abois.
Il est au bief parce qu’il ne veut plus travailler.
Billement
Ansiaume, 1821 : Faux billets.
Il a des billemonts en rompant dans son lucque pour laigue de Caen.
Blanquette
Ansiaume, 1821 : Argenterie.
Il a au moins 30 plombes de blanquette dans une marmotte.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Argenterie.
Vidocq, 1837 : s. f. — Argenterie.
Larchey, 1865 : Argenterie (Vidocq). — Allusion à la blancheur de son éclat.
Delvau, 1866 : s. f. Argenterie, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Argenterie, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Argenterie.
Virmaître, 1894 : Argenterie (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : Argent.
Hayard, 1907 : Argenterie.
France, 1907 : Pièce d’argent, ou plat d’argent.
Elle ne fourgue que de la blanquette, des bogues et des broquilles. C’est dommage, car c’est une bonne bougresse.
(Vidocq)
Blard
Ansiaume, 1821 : Mouchoir.
J’ai grinchi un blard, que je viens d’abloquir 15 balles.
Blard de 4/4
Ansiaume, 1821 : Schall de femme.
Si elle planque son blard, je lui pésille de rif et te le recoque.
Bloquir
Ansiaume, 1821 : Vendre.
J’ai bloqui ma camelotte au fourgat, il n’y avoit point de carle à son boucard.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Vendre.
Vidocq, 1837 : v. a. — Vendre des objets volés.
Clémens, 1840 : Vendre.
Delvau, 1866 : v. a. Vendre des objets volés, ordinairement en bloc. (V. Abloquer.)
Rigaud, 1881 : Vendre. — Bloquisseur, bloquisseuse, marchand, marchande, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Vendre. Acheter.
France, 1907 : Vendre.
Il est entendu que c’est toi qui va bloquir, puisque tu connais le fourgat.
(Marc Mario et Louis Launay.)
Boccaux
Ansiaume, 1821 : Carreaux de vitre.
Il est tombé dans un tapis pour y avoir cassé des boccaux.
Bogue
Ansiaume, 1821 : Montre.
J’ai abloquit 3 bogues pour 18 balles.
Bras-de-Fer, 1829 : Montre.
Vidocq, 1837 : s. f. — Montre. Terme des voleurs parisiens et Floueurs.
un détenu, 1846 : Montre.
Delvau, 1866 : s. f. Montre, — dans l’argot des voleurs. Bogue en jonc. Montre en or. Bogue en plâtre. Montre en argent.
Bogue à repotel
Ansiaume, 1821 : Montre à répétition.
Il prend celles d’orient à repotel pour cinq cigues.
Bogue d’Orient
Ansiaume, 1821 : Montre d’or.
Le fourgat prend celles d’orient pour trois cigues.
Bras-de-Fer, 1829 : Montre d’or.
France, 1907 : Montre d’or.
En faisant nos gambades,
Un grand messière franc
Voulant faire parade
Serre un bogue d’Orient.
(Chanson de forçats)
On dit aussi bogue en jonc.
Bogue de cé
Ansiaume, 1821 : Montre d’argent.
Ces bogues en cé ne valent pas le grinchissage.
Boguiste
Ansiaume, 1821 : Horloger.
Le boguiste est le bon, il quimpe pour la camelotte.
Vidocq, 1837 : s. m. — Horloger.
Delvau, 1866 : s. m. Horloger.
Rigaud, 1881 : Horloger, — dans le jargon des voleurs. — Ma toquante a le trac, faudrait la mettre en pension chez le boguiste, ma montre est détraquée, il faudrait la confier à l’horloger.
France, 1907 : Horloger.
Bon (être le)
Ansiaume, 1821 : Être la dupe.
Le boucardier ne se gâte pas, il est le bon.
Bonnir (ou bounir)
Ansiaume, 1821 : Jaser.
Je l’ai fait bounir… oui, il est le bon…
Boucard
Ansiaume, 1821 : Boutique.
Tu crois le bouchard mâte, mais niberg.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Boutique. Écorner les boucards, enfoncer les boutiques.
Bras-de-Fer, 1829 : Boutique.
Vidocq, 1837 : s. f. — Boutique.
Delvau, 1866 : s. m. Boutique, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Boutogue.
Rigaud, 1881 : Boutique. Les voleurs disent aussi boutogue.
Virmaître, 1894 : Boutique (Argot des voleurs). V. Boutanche. N.
France, 1907 : Boutique ; argot des voleurs.
Boucardier
Ansiaume, 1821 : Magasinier.
J’ai picté avec le boucardier, il quimpe à la couleur.
Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur de nuit dans les boutiques.
Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui dévalise les boutiques.
Rigaud, 1881 : Marchand. — Boucardier gambilleur, marchand ambulant.
Rigaud, 1881 : Voleur qui exploite les boutiques. Le boucardier opère la nuit avec le concours du pégriot. Le pégriot est un gamin ou un voleur de petite taille qui s’est primitivement introduit dans la boutique, et qui, à l’heure convenue, vient ouvrir au boucardier.
Virmaître, 1894 : Le petit pégriot qui s’introduit dans la boutique pour aider son complice à voler (Argot des voleurs). V. Raton.
Boucler
Ansiaume, 1821 : Fermer quelque chose.
La malouse étoit joliment bouclée, grâce à mon bouton si elle est débridée.
Vidocq, 1837 : v. a. — Enfermer les détenus dans leur cabanon.
un détenu, 1846 : Fermer ; boucler une porte, fermer la porte.
Larchey, 1865 : Enfermer. — Vidocq. — Du vieux mot Bacler. V. Roquefort.
Delvau, 1866 : v. a. Fermer, — même argot [des voleurs]. Boucler la lourde. Fermer la porte.
Rigaud, 1881 : Arrêter. — Boucler un poivrot, arrêter un ivrogne.
Rigaud, 1881 : Fermer. — Boucler la lourde, fermer la porte. — Boucler la position, fermer la malle.
Merlin, 1888 : Mettre à la salle de police, en prison.
La Rue, 1894 : Fermer. Partir.
Virmaître, 1894 : Enfermer. Dans les prisons, on boucle les prisonniers chaque soir dans leurs cellules. On boucle la lourde (fermer la porte) (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Fermer, enfermer ou boucler sa porte. Un militaire mis à la salle de police est bouclé.
Hayard, 1907 : Fermer, enfermer.
France, 1907 : Fermer, emprisonner. Bouclez la lourde, fermez la porte. Se faire boucler, se faire emprisonner.
Il se jette, en hurlant, à la poursuite du voleur. Mais, je t’en fiche ! L’homme était déjà loin. Les sergots, accourus, ont pu seulement boucler la fille.
(Montfermeil)
Boucler son portemanteau, partir ou mourir. Boucler sans carmer, partir sans payer, de carme, argent ; argot des voleurs.
anon., 1907 : Fermer.
Bouffarde
Ansiaume, 1821 : Pipe.
Je vais rifauder le trèfle et bouffarder.
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Pipe.
Vidocq, 1837 : s. f. — Pipe.
Clémens, 1840 : Pipe.
M.D., 1844 : Une pipe.
Halbert, 1849 : Pipe.
Larchey, 1865 : Pipe. — Allusion aux bouffées de fumée qui s’en échappent.
Bouffardière : Cheminée (Vidocq). — Id.
Delvau, 1866 : s. f. Pipe.
Rigaud, 1881 : Pipe.
Un peintre dit volontiers ma bouffarde en parlant de sa pipe.
(Paris-fumeur)
Merlin, 1888 / La Rue, 1894 : Pipe.
Virmaître, 1894 : Pipe. Allusion à la bouffée de fumée que le fumeur tire par intervalles de sa pipe et lance dans le vide (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Pipe.
France, 1907 : Pipe ; d’où bouffarder, fumer.
anon., 1907 : Pipe.
Bouffarder
Ansiaume, 1821 : Fumer.
Il faut se dérondiner, rifauder le trèfle et bouffarder comme un messière.
Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Fumer.
Delvau, 1866 : v. n. Fumer.
Rigaud, 1881 : Fumer la pipe.
Boulin
Ansiaume, 1821 : Trou.
Nous sommes marrons, le boulin est rebridé.
Vidocq, 1837 : s. m. — Trou fait dans une muraille.
Clémens, 1840 : Trou.
Virmaître, 1894 : Perche de sapin qui sert au maçon pour construire ses échafaudages (Argot du peuple).
France, 1907 : Trou fait dans une muraille ou une porte à l’aide d’un vilebrequin.
Bouliner
d’Hautel, 1808 : Filouter, dérober furtivement.
On lui a bouliné tous ses effets. Pour, on lui a tout emporté.
Ansiaume, 1821 : Faire un trou.
Il a fallu décarrer après avoir bouliné deux heures.
anon., 1827 : Voler.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voler. (Voyez Grincher, Sauter, Rincer, Effaroucher.)
Vidocq, 1837 : v. a. — Trouer la muraille.
Halbert, 1849 : Voler.
Larchey, 1865 : Faire un trou ou boulin à la muraille (Vidocq). — C’est pour la même raison qu’on appelle un villebrequin une boulinoire, à cause du mouvement circulaire imprimé à cet instrument.
Delvau, 1866 : v. a. Voler, — quand cela exige qu’on fasse des boulins (ou trous) aux murs d’une maison ou aux volets d’une boutique. Les escrocs des siècles passés disaient bouler.
Rigaud, 1881 : Feindre une quête pour entraîner le public, — dans le jargon des saltimbanques.
Rigaud, 1881 : Voler en pratiquant un trou à l’aide du vilebrequin, boulinoire, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Percer, voler en pratiquant un trou à l’aide du vilebrequin ou boulinoire.
France, 1907 : Caler des boulins aux lourdes, faire des trous dans une porte ; argot des voleurs.
Bouliner la duraille
Ansiaume, 1821 : Faire un trou dans un mur.
Le messière a rebridé le boulin de la duraille, décarrons.
Bouquet
d’Hautel, 1808 : On dit d’un vin qui a un goût agréable, qu’il a un joli bouquet.
Vous n’êtes pas encore au bouquet. Se dit par ironie d’une affaire désagréable-dont le résultat doit être pis encore que les commencemens.
Voilà le bouquet. Pour dire la fin, la conclusion.
Elle a le bouquet sur l’oreille. Se dit d’une demoiselle qui est à marier, ou qui montre de bonne heure des dispositions à l’œuvre du mariage.
Faire porter le bouquet. C’est-à-dire, être infidèle à la foi conjugale.
Donner le bouquet à quelqu’un, équivaut à donner le bal. C’est-à-dire, lui faire de vives réprimandes, le tancer vertement.
Ansiaume, 1821 : Don.
Il faut un bouquet au vadoult pour qu’il donne l’affaire.
Delvau, 1866 : s. m. Accident heureux ou malheureux. C’est le bouquet ! Cela complète mon malheur.
Delvau, 1866 : s. m. Boni, prime de 25 pour cent accordée à L’homme de peine qui a voulu s’abstenir ; chopin de la première affaire. Argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. m. Cadeau, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Gratification de voleur à voleur.
Rigaud, 1881 : La fin d’un événement important, d’une conversation. — C’est le bouquet, c’est le plus beau, le plus surprenant de l’affaire ; par allusion au bouquet final d’un feu d’artifice.
Virmaître, 1894 : Quand un nourrisseur de poupard a bien préparé une affaire, et que le vol a été fructueux, il reçoit une prime de ses complices, quelquefois quarante pour cent ; cela se nomme recevoir un bouquet (Argot des voleurs).
France, 1907 : Cadavre, à cause sans doute de l’odeur ; argot des faubourgs. « Mince ! il y a cinq bouquets à la Morgue. » Cadeau. C’est le bouquet, c’est le comble, ce qui termine le désastre ou la fête ; allusion au bouquet des feux d’artifices.
Bouquet (faire un)
Ansiaume, 1821 : Faire un cadeau.
Je lui ai fait plusieurs bouquets, il ne veut pas s’affranchir.
Bourasque
Ansiaume, 1821 : Fouille générale.
La raille fait la bourasque, il faut planter notre camelotte.
Bourguignon
d’Hautel, 1808 : Bourguignon salé. Se dit de ceux qui mettent beaucoup de sel dans ce qu’ils mangent.
Ansiaume, 1821 : Soleil.
Le bourguignon a été chaud, le picton sera mâte celte année.
Delvau, 1866 : s. m. Le soleil, dans l’argot du peuple, qui croit que cet astre n’a été créé par Dieu que pour faire mûrir les vignes de la Côte-d’Or.
Virmaître, 1894 : Le soleil. Il fait mûrir les bons vins de Bourgogne (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Le soleil.
France, 1907 : Le soleil, qui réchauffe comme le vin de Bourgogne.
V’là le Bourguignon qui baisse ; il est temps de bloquir.
(Vidocq)
Boussole
d’Hautel, 1808 : Pour le chef, la tête.
Est-ce que tu perds la boussole ? Pour est-ce que tu perds la tête ; se dit à quelqu’un qui fait des propositions ou qui tient des discours étranges.
Ansiaume, 1821 : Teste.
Il lui a fauché la boussole avec une souris.
Vidocq, 1837 : s. m. — Tête.
Larchey, 1865 : Cerveau. — Le cerveau dirige l’homme comme la boussole dirige le navire.
J’ai ça dans la boussole. Ainsi ne m’en parlez plus.
(Vidal, 1833)
Boussolle de refroidi : Fromage de Hollande (Vidocq). — Mot à mot : tête de mort. Allusion à la forme de ce fromage qui est celle d’une boule assez grosse.
Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple, qui sait aussi bien que personne que c’est là que se trouve l’aiguille aimantée appelée la Raison. Perdre la boussole. Devenir fou.
Rigaud, 1881 : Tête, cervelle. — Perdre la boussole, déraisonner, devenir fou.
Au moyen âge les médecins comparaient la tête de l’homme à un vaisseau dont le sinciput était la proue et l’occiput la poupe. La tête représentant un navire, la cervelle fut prise pour la boussole, pour guide.
(Ch. Nisard)
Virmaître, 1894 : Tête. La tête, comme la boussole, dirige (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : La tête.
Tu divagues, tu perds la boussole.
On dit aussi la boule.
Hayard, 1907 : Tête.
France, 1907 : Tête, cerveau. Perdre la boussole, devenir fou.
Comme ils pensaient avoir besoin de leur tête pour un peu plus tard, et que déjà un épais brouillard s’amoncelait sous la voûte osseuse qui couvre le souverain régulateur de leurs actions, afin de ne pas perdre la boussole, ils cessèrent insensiblement de faire de leur bouche un entonnoir, et ne l’ouvrirent plus que pour jaboter.
(Marc Mario et Louis Launay)
Bouton
d’Hautel, 1808 : Cela ne tient qu’à un bouton. Pour, cela ne tient qu’à un fil, ne tient à rien.
On dit aussi d’une chose de peu de valeur, et que l’on méprise, qu’On n’en donneroit pas un bouton.
Ansiaume, 1821 : Passepartout.
Mon bouton débride la lourde on ne peut mieux.
Vidocq, 1837 : s. f. — Pièce de 20 francs. Terme d’argot usité parmi les marchands de chevaux.
Delvau, 1864 : L’extrémité de chaque téton, qui est d’une sensibilité telle, qu’en le pressant un peu des lèvres ou des doigts on en fait sortir un flot de jouissance.
Ce beau sein sur ma bouche,
Qu’il est pur !
Ce bouton que je touche,
Qu’il est dur !
(Gustave Napaud)
Delvau, 1864 : L’extrémité du clitoris, qu’il suffit de toucher de la langue, du doigt ou de la pine pour ouvrir à la femme la porte des félicités divines. — Voir aussi Sonner le bouton.
Laisse mon bouton. mon tit bouton…
(Henry Monnier)
Tout s’ouvre : le bouton des roses,
Et celui des femmes aussi.
(Parnasse satyrique)
Delvau, 1866 : s. m. Louis d’or. Argot des maquignons.
Delvau, 1866 : s. m. Passe-partout. Argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Passe-partout, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Pièce d’or, — dans le jargon des maquignons.
La Rue, 1894 : Passe-partout.
France, 1907 : Passe-partout ; pièce de vingt francs. Bouton de guêtre, pièce de cinq francs en or ; bouton de pieu, punaise.
Bredoche
Ansiaume, 1821 : Liard.
J’ai perdu 12 cigues au flouan, il me reste 3 bredoches.
Delvau, 1866 : s. f. Liard, — dans l’argot des voyous. Ils disent aussi brobèche et broque.
Brêmes
Ansiaume, 1821 : cartes à jouer.
Veux-lu me prêter tes brêmes pour flouer ?
anon., 1827 : Cartes.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Cartes. Maquiller les brêmes, jouer aux cartes.
Bras-de-Fer, 1829 : Cartes.
Delvau, 1866 : s. f. pl. Cartes à jouer, dans l’argot des voleurs et des petites dames. Brême de paclin. Carte géographique. Maquiller les brêmes. Se servir, pour jouer, de cartes biseautées.
Rossignol, 1901 : Cartes. Les faiseurs sont des maquilleurs de brêmes. La fille publique est en brême parce qu’elle a une carte délivrée par la préfecture de police sur laquelle est mis un visa lorsqu’elle se présente à ses visites sanitaires. L’agent de la sûreté qui a une carte de réquisition est aussi en brême.
Hayard, 1907 : Cartes à jouer ; (être en) fille inscrite à la préfecture.
anon., 1907 : Cartes à jouer.
Bride
d’Hautel, 1808 : Mener quelqu’un par la bride. Signifie posséder la confiance de quelqu’un au point de lui faire faire tout ce que l’on désire.
Secouer la bride. S’esquiver de la dépendance de quelqu’un.
Brides à veaux. Vains argumens dont on persuade les gens pusillanimes et d’un esprit borné.
Tenir la bride haute. Pour tenir quelqu’un en respect, ne lui permettre aucune familiarité. On dit dans le sens contraire :
Tenir la bride lâche. Pour abandonner quelqu’un à ses volontés.
Avoir la bride sur le cou. Expression contradictoire, qui signifie à-la-fois, être en liberté, et travailler paisiblement.
Ansiaume, 1821 : Chaîne de montre.
Pour trois brides de bogues le fourga m’a recoqué 6 balles.
Bras-de-Fer, 1829 : Chaîne.
Vidocq, 1837 : s. f. — Chaîne de forçat.
un détenu, 1846 : Chaîne.
Halbert, 1849 : Chaîne de montre.
Delvau, 1866 : s. f. Chaîne de montre, — dans le même argot [des voleurs].
Rigaud, 1881 : Chaîne de montre, — dans le jargon des voyous. — Si j’avais seulement une bride pour attacher mon oignon.
La Rue, 1894 : Chaîne de montre. Menotte. Homme de rebut.
Virmaître, 1894 : Chaîne de montre. Elle bride le gilet (Argot des voleurs). V. Cordelettes.
Rossignol, 1901 : Chaine de montre. Lorsqu’elle est en or c’est du jonc ; en argent, du platre ; en faux, du toc.
France, 1907 : Chaîne ; se dit aussi pour menottes. Vieille bride, homme de rien ; bride d’Orient, chaîne d’or.
Bride en orient
Ansiaume, 1821 : Chaîne de montre en or.
Pour la tire à la décarade, des brides d’orient, c’est mon phlanchet.
Brider
d’Hautel, 1808 : Brider la lourde. En terme d’argot signifie, fermer la porte.
Un oison bridé. Homme ignorant et d’une extrême stupidité.
Cette affaire est scellée et bridée. Pour elle est conclue, terminée.
Brider la figure à quelqu’un. C’est lui appliquer un coup de bâton sur le visage.
Brider l’oie. Tromper soigneusement quelqu’un, abuser de sa bonne foi, de sa simplicité.
Brider. S’opposer, mettre obstacle, contrecarrer.
Brider les volontés, les désirs de quelqu’un.
La bécasse est bridée. Se dit par raillerie d’un sot que l’on engage dans une mauvaise affaire, que l’on a pris pouf dupe. Voyez Âne.
Ansiaume, 1821 : Fermer.
Il faut débrider la marmotte, il a dix plombs de rouget.
anon., 1827 : Fermer.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Fermer. Le boucard est bien bridé, la boutique est solidement fermée.
Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Fermer.
Delvau, 1866 : v. a. Fermer, — dans le même argot [des voleurs]. Brider la lourde. Fermer la porte.
Fustier, 1889 : Interdire, défendre. Argot des marchands forains.
Il m’a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses, un divertissement qui, après avoir été bridé, vient d’être débridé depuis qu’on a constaté l’impossibilité de harnaquer.
(Temps, avril 1887)
La Rue, 1894 : Interdire, défendre.
Rossignol, 1901 : Retirer une autorisation. Retirer l’autorisation à un camelot ou marchand quelconque de stationner sur la voie publique pour y débiter sa marchandise, c’est le brider. Un établissement fermé par ordre de la préfecture est bridé.
France, 1907 : Fermer ; argot des voleurs. Brider la lourde, fermer la porte. Se dit aussi pour ferrer un forçat.
Brider la lourde
Ansiaume, 1821 : Fermer la porte.
En débridant la lourde, il n’y a qu’à pésiller la camelotte.
Brider un houzard
Ansiaume, 1821 : Fermer un trou.
Il faut bouliner un houzard pour arriver à la malouse.
Bringballe
Ansiaume, 1821 : Sonnette.
Le cardeuil a tiré sa bringballe et me fit river les fertouses.
Bripe en cé
Ansiaume, 1821 : Chaîne de montre en argent.
J’ai fait 3 brides en cé, rien en orient, vive la décarade.
Brodage
Ansiaume, 1821 : Écriture.
Quand il n’a plus de mornif, il brode des billemonts.
Fustier, 1889 : Écriture.
France, 1907 : Mise en circulation de billets de complaisance. Écriture.
Broder le mince
Ansiaume, 1821 : Écrire.
Il brode bien le mince, mais il picte encore mieux.
Brodeur sur mince
Ansiaume, 1821 : Écrivain.
Aubri, les brodeurs sur mince sont les plus heureux.
Broquilles
Ansiaume, 1821 : Boucles d’oreilles.
J’ai fait deux paires de broquilles à l’orphelin à la carre.
M.D., 1844 : Bague.
anon., 1907 : Minutes.
Bruge
Ansiaume, 1821 : Serrurier.
Il faudroit affranchir le bruge pour qu’il fasse une carrouble.
Vidocq, 1837 : s. m. — Serrurier. Ce terme appartient à la haute pègre.
Larchey, 1865 : Serrurier. — Vidocq. — Du vieux mot bruger : pousser, heurter. V. Roquefort.
Brugerie : Serrurerie. — Id.
Delvau, 1866 : s. m. Serrurier. — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Serrurier, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 / France, 1907 : Serrurier.
Brutal
d’Hautel, 1808 : Le brutal. Nom burlesque que l’on donne à une pièce de canon.
As-tu entendu ronfler le brutal. Pour as-tu entendu ronfler ou tirer le canon.
Ansiaume, 1821 : Canon.
Entends-tu le brutal qui annonce que nous cavalons ?
Larchey, 1865 : Canon. — Allusion au bruit de son tir.
As-tu entendu ronfler le brutal ?
(d’Hautel, 1808)
Une détonation sourde se fit entendre. — Tiens, dit Pierre, voilà déjà le brutal qui chante.
(Ricard)
Delvau, 1866 : s. m. Canon, — dans l’argot du peuple, qui a quelquefois à se plaindre de cet ultima ratio regum.
Rigaud, 1881 : Canon, — dans le jargon des troupiers.
Panel : Le canon ! — Duriveau, (avec joie) : Le brutal !… c’est donc vrai que l’Empereur marche sur Troyes ?
(Alph. Arnault et L. Judicis, Les Cosaques, 1853)
Merlin, 1888 : Canon.
La Rue, 1894 : Canon. Locomotive.
France, 1907 : Le canon.
Les chasseurs à pied s’éparpillent dans la plaine, voilant d’une banderole de fumée d’argent la troupe qu’ils couvrent. Cela veut dire que le brutal n’est pas loin et qu’il va gronder.
(E. Billaudel, Les Hommes d’épée)
Se dit aussi d’une locomotive.
Bucher (se)
Ansiaume, 1821 : Se battre.
Il est au mitte brun pour s’être buché avec un argousin.
Butte
d’Hautel, 1808 : La mère la butte. Nom. Badin, gaillard et familier que l’on donne à une femme enceinte dont la grossesse est avancée.
Ansiaume, 1821 : Massacre.
Je ne veux plus travailler à l’escap, çà ne conduit qu’à la butte.
un détenu, 1846 : Échafaud.
Larchey, 1865 : Guillotine. Mot à mot, c’est l’action de tomber à la renverse, de butter, c’est la dernière culbute.
Tu n’es qu’un lâche. Avec toi, on va tout droit à la butte.
(Canler)
France, 1907 : La guillotine. Monter à la butte.
Cette expression ne peut plus s’employer, puisque les échafauds sont de plain-pied au lieu d’avoir quinze marches comme autrefois.
Butter
Ansiaume, 1821 : Massacrer.
Il a été butté pour avoir fait suer un chesne.
un détenu, 1846 : Tuer quelqu’un, occire.
Larchey, 1865 : Assassiner. — Du vieux mot buter : frapper, renverser, qui a fait Culbuter. V. Roquefort.
Voilà donc une classe d’individus réduite à la dure extrémité de travailler sur le grand trimar, de goupiner, de faire le bog et le blavin, de butter même s’il en était besoin.
(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830)
Voilà pour butter le premier rousse, dit-il en montrant un couteau.
(Canler)
Virmaître, 1894 : Tuer (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Tuer.
France, 1907 : Assassiner, guillotiner.
Et, comm’ leur fallait c’pendant
Pour s’mett’ quèqu’ chos’ sous la dent
Qu’i’ s’procur’nt de la galette,
I’ buttèr’nt un pétrousquin
Et lui tir’nt son saint-frusquin.
(Blédort)
Cabot
Ansiaume, 1821 : Chien.
Pésille son cabot, tu en auras 20 balles.
Vidocq, 1837 : s. m. — Chien.
M.D., 1844 / un détenu, 1846 : Chien.
Boutmy, 1883 : s. m. Chien, et surtout Chien de petite taille. Ce mot n’est pas particulier à l’argot typographique.
Fustier, 1889 : Argot militaire. Élève-cabot, élève caporal. Cabot pris absolument dans le sens de caporal est inusité. (Ginisty, Manuel du réserviste)
La Rue, 1894 : Chien. Caporal. Cabot du quart, secrétaire (chien) du commissaire. Cabot ferré, gendarme.
Virmaître, 1894 : Chien (Argot du peuple). V. Alarmiste.
Virmaître, 1894 : Chien du commissaire de police. Par abréviation on dit simplement le cabot du quart (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Caporal.
Hayard, 1907 : Chien.
France, 1907 : Acteur : apocope de cabotin.
Je n’ai jamais couché avec un cabot, jamais je ne coucherai avec un cabot.
(Henry Bauër, Une Comédienne)
France, 1907 : Poisson, chien de mer, chien.
Avec des ciseaux, je l’confesse,
J’arriv’ derrièr’ chaque beau toutou
Qu’un brave bourgeois retient en laisse,
Et j’surin’ la cord’ d’un seul coup,
Avec le cabot j’carapatte,
Et pour me r’piger pas moyen,
Ah ! c’métier-là est vraiment batte !
Pour la fourrièr’ j’ramasse les chiens.
(S. Martel)
Cadennes
Ansiaume, 1821 : Chaînes.
Si je trouvois ma belle, j’aurais bientôt fait de mes cadennes.
Cadet
d’Hautel, 1808 : Un cadet hupé. Le coq du village ; campagnard qui a du foin dans ses bottes ; garçon jeune, robuste et vigoureux.
Le cadet. Pour dire le derrière.
C’est un torche cadet ; ce n’est bon qu’à torcher cadet. Se dit d’un papier inutile, ou pour marquer le mépris que l’on fait d’un mauvais ouvrage.
Cadet de haut appétit. Voy. Appétit.
Ansiaume, 1821 : Pince pour voler.
Il faut un fameux cadet pour débrider la lourde de l’antonne.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pince en fer (Voyez Monseigneur).
Vidocq, 1837 : s. m. — Pince de voleur.
M.D., 1844 : Instrument avec lequel on casse une porte.
un détenu, 1846 : Principal outil pour casser les portes.
Halbert, 1849 : Outil pour forcer les portes.
Larchey, 1865 : Derrière.
Sur un banc elle se met. C’est trop haut pour son cadet.
(Vadé)
Larchey, 1865 : Individu. — Pris souvent en mauvaise part.
Le cadet près de ma particulière s’asseoit sur l’ banc.
(Le Casse-Gueule, chanson, 1841)
Larchey, 1865 : Pince de voleur (Vidocq). — Cadet a ici le sens d’aide, de servant. On sait que le nom de cadet est donné aux apprentis maçons. V. Caroubleur.
Delvau, 1866 : s. m. Les parties basses de l’homme, « la cible aux coups de pied ». Argot du peuple. Baiser Cadet. Faire des actions viles, mesquines, plates. Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à quelqu’un ou pour clore une discussion qui leur déplaît : « Tiens, baise Cadet ! »
Delvau, 1866 : s. m. Outil pour forcer les portes. Même argot [des voleurs].
Delvau, 1866 : s. m. Synonyme de Quidam ou de Particulier. Tu es un beau cadet ! Phrase ironique qu’on adresse à celui qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.
Rigaud, 1881 : Apprenti maçon.
Rigaud, 1881 : Derrière. — Baiser cadet, se conduire ignoblement. — Baise cadet, apostrophe injurieuse à l’adresse d’un importun, d’un ennuyeux personnage ; locution autrefois très répandue dans le grand monde des halles où, pour un rien, Cadet était sur le tapis et quelquefois à l’air.
Rigaud, 1881 : Pince à l’usage des voleurs, petite pince.
La Rue, 1894 : Petite pince de voleur. Le postérieur. Paquet d’objets votés ; fargué au cadet, chargé du vol.
Virmaître, 1894 : Le postérieur.
— Viens ici, bibi, que je torche ton petit cadet.
— Tu as une figure qui ressemble à mon cadet (Argot du peuple).
France, 1907 : Individu quelconque ; apostrophe adressée à quelqu’un qui vient de faire une bêtise : Vous êtes un fameux cadet. Se dit aussi pour un paquet d’objets volés. Cadet de mes soucis, chose qui n’importe pas et dont je ne m’inquiète nullement.
Les femmes veulent qu’on obéisse, non à ce qu’elles disent, mais à ce qu’elles pensent. Avec elles, il faut sentir et non pas raisonner. Aussi bien la logique est-elle le cadet de leurs soucis. Un jour, une de mes bonnes amies m’a donné là-dessus une leçon dont j’ai fait mon profit. Je veux que vous en ayez votre part.
(Hugues Le Roux)
France, 1907 : Le derrière.
— Monsieur Coquelin cadet ?
Et, debout devant son armoire à glace, en manches de chemise, un bonnet de coton rouge sur la tête, la figure navrée, j’aperçus Cadet !
J’éclatai de rire.
— Pourquoi ce bonnet ? vous êtes malade ?
— J’ai un clou.
— Sur le crâne ?
— Non, plus bas… Ici. Mais ne le dites pas.
— Pourquoi cela ?
— Parce qu’il ne serait pas content… mon homonyme, sur lequel je ne puis plus m’asseoir.
(Lucien Puech, Gil Blas)
Bon pour Cadet, chose de nulle valeur. Baiser Cadet, faire des actions basses, se mettre à plat ventre devant un chef, ce que les faubouriens appellent lécher le cul.
France, 1907 : Pince de voleurs ; paquet d’objets volés.
Cambriole
d’Hautel, 1808 : Pour dire petite chambre.
La cambriole du milord. Signifie, en terme d’argot, la chambre d’une personne riche et fortunée.
Ansiaume, 1821 : Chambre.
Tandis qu’elle est à la fourmillante, il faut faire la cambriole de la girofle madame.
Ansiaume, 1821 : Vol.
Huet et Lozai ne faisoient que la cambriole, ce sont de mauvais pègres.
Bras-de-Fer, 1829 : Chambre.
M.D., 1844 : Une chambre.
Halbert, 1849 : Chambre.
Delvau, 1866 : s. f. Chambre, — dans l’argot des voleurs. Cambriole de Milord. Appartement somptueux. Rincer une cambriole. Dévaliser une chambre.
Fustier, 1889 : Boutique. (Richepin)
La Rue, 1894 : Chambre.
Rossignol, 1901 : Logement.
Hayard, 1907 : Domicile.
France, 1907 : Chambre, boutique ; argot des voleurs. Être maître d’une cambriole, c’est la connaître et savoir comment s’y prendre pour la dévaliser. Rincer une cambriole, enlever les meubles et tout ce qui s’y trouve.
— On voit que pour le quart d’heure tu n’es pas heureux.
— Oh ! oui ; j’ai fièrement besoin de me recaler.
— En ce cas, viens avec moi, je suis maître d’une cambriole que je rincerai ce soir.
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Cambriole avec bayaffes
Ansiaume, 1821 : Vol avec armes sur soi.
Je n’porte plus de bayaffes, ça mène à la butte.
Cambriole avec bouton
Ansiaume, 1821 : Vol avec passepartout.
Il façonnoit les boutons.
Cambriole avec carroubles
Ansiaume, 1821 : Vol avec fausses clefs.
Il est merveilleux pour imiter les carroubles dans son rôle.
Camelot
d’Hautel, 1808 : Il est comme le camelot, il a pris son pli. Signifie qu’une personne a contracté des vices ou de mauvaises inclinations dont il ne peut se corriger.
Ansiaume, 1821 : Marchand.
Le camelot est marloux, et puis il a deux gros cabots.
Vidocq, 1837 : s. m. — Marchand.
M.D., 1844 : Marchands des rues.
un détenu, 1846 : Marchand ambulant ou marchand de contre-marques.
Larchey, 1865 : « C’est-à-dire marchand de bimbeloteries dans les foires et fêtes publiques. »
(Privat d’Anglemont)
Delvau, 1866 : s. m. Marchand ambulant, — dans l’argot des faubouriens, qui s’aperçoivent qu’on ne vend plus aujourd’hui que de la camelotte.
Rigaud, 1881 : Marchand ambulant, porte-balle, étalagiste sur la voie publique. Le soir, le camelot ouvre les portières, ramasse les bouts de cigares, mendie des contre-marques, donne du feu, fait le mouchoir et même la montre s’il a de la chance.
La Rue, 1894 : Petit marchand dans les rues. Crieur de journaux. Signifie aussi voleur.
France, 1907 : Marchand d’objets de peu de valeur qui vend dans les villages ou expose sur la voie publique. Le terme vient du grec camelos, chameau, par allusion au sac qu’il porte sur le dos et qui contient sa camelotte.
Depuis quelque temps, une véritable révolution s’accomplit dans les mœurs publiques. Dans les luttes politiques, un facteur nouveau s’est introduit et les procédés de polémique, les moyens de propagande et de conviction sont transformés du tout au tout.
Le camelot a pris dans l’ordre social qui lui est sinon due, au moins payée. L’ère du camelot est venue et les temps sont proches où le revolver sera l’agent le plus actif d’une propagande bien menée.
Le camelot n’a qu’un inconvénient ; il coûte cher. Dans les premiers temps de son accession à la vie publique, c’était à six francs par soirée qu’il débordait d’enthousiasme et fabriquait de la manifestation. Depuis les prix ont un peu baissé, vu l’abondance des sujets. Lors du dernier banquet, c’était à quatre francs la soirée mais on fournissait le revolver.
(La Lanterne, 1888)
Au-dessus de tout le bruit, du roulement des voitures, des grincements des essieux, des galopades des beaux chevaux rués dans le travail comme des ouvriers courageux, — au-dessus de tout, retentissaient les cris des camelots du crépuscule, l’annonce vociférée des crimes de la basse pègre, des vols de la haute, l’essor des derniers scandales.
(Gustave Geffroy)
Le camelot, c’est le Parisien pur sang… c’est lui qui vend les questions, les jouets nouveaux, les drapeaux aux jours de fête, les immortelles aux jours de deuil, les verres noircis aux jours d’éclipse… des cartes obscènes transparentes sur le boulevard et des images pieuses sur la place du Panthéon.
(Jean Richepin, Le Pavé)
Il faisait un peu de tout… c’était un camelot, bricolant aujourd’hui des journaux illustrés, demain des plans de Paris, un autre jour offrant aux amateurs des cartes qualifiées de transparentes, débitant ensuite, coiffé d’un fez, des confiseries dites arabes ou des olives dans les cafés…
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Camelotte
d’Hautel, 1808 : C’est de la camelotte ; ce n’est que de la camelotte. Se dit par mépris et pour rabaisser la valeur d’une marchandise quelconque, et pour faire entendre que la qualité en est au-dessous du médiocre.
Ansiaume, 1821 : Marchandise.
J’ai de la camelotte en rompant, mais pour du carle, niberg.
Vidocq, 1837 : s. m. — Sperme.
Vidocq, 1837 : s. f. — Toute espèce de marchandises.
M.D., 1844 : Marchandise.
un détenu, 1846 : Mauvaise marchandise.
Delvau, 1866 : s. f. « Femme galante de dix-septième ordre, » — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise marchandise ; besogne mal faite, — dans l’argot des ouvriers ; Livre mal écrit, dans l’argot des gens de lettres. Les frères Cogniard, en collaboration avec M. Boudois, ont adjectivé ce substantif ; ils ont dit : Un mariage camelotte.
Rigaud, 1881 : Le contenu en bloc de la hotte, — dans le jargon des chiffonniers. Au moment du triquage, du triage, chaque objet est classé sous sa dénomination. Ainsi, les os gras sont des chocottes ; les os destinés à la fabrication, des os de travail ; le cuivre, du rouget, le plomb, du mastar ; le gros papier jaune, du papier goudron ; le papier imprimé, du bouquin ; la laine, du mérinos ; les rognures de drap, les rognures de velours, des économies ; les croûtes de pain, des roumies ; les têtes de volaille, des têtes de titi ; les cheveux, des douilles ou des plumes ; les tissus laine et coton, des gros ; les toiles à bâche et les toiles à torchon, des gros-durs ; les rebuts de chiffons de laine, des gros de laine ou engrais.
Rigaud, 1881 : Mauvaise marchandise, objet sans valeur. Le camelot est une étoffe très mince et d’un mauvais usage, faite de poils de chèvre, de laine, de soie et de coton de rebut, d’où camelotte. — Tout l’article-Paris qui se fabrique vite, mal, à très bas prix, est de la camelotte.
Ah ! ce n’est pas de la camelotte, du colifichet, du papillotage, de la soie qui se déchire quand on la regarde.
(Balzac, L’Illustre Gaudissart)
Rigaud, 1881 : Prostituée de bas étage.
Rigaud, 1881 : Toute espèce de marchandise, — dans le jargon des voleurs. — Camelotte savonnée, marchandise volée. — Balancer la camelotte en se débinant, jeter un objet volé quand on est poursuivi. — Les revendeurs, les truqueurs, les petits étalagistes, désignent également leur marchandise sous le nom de camelotte. — J’ai de la bonne camelotte, j’ai de la bonne marchandise.
Virmaître, 1894 : Marchandise. Pour qualifier quelque chose d’inférieur on dit : c’est de la camelotte (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Marchandise.
France, 1907 : Objet de nulle valeur ou marchandise volée.
— Si elle ne veut pas de la camelotte, une autre en voudra.
— Si j’en étais sûr !…
— Viens avec moi chez ma fourgate.
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Camelotte en pogne, être pris en flagrant délit de vol. On dit aussi camelotte dans le pied. Prostituée de bas étage.
Camouffelet
Ansiaume, 1821 : Soufflet.
Pour un rien, il recoque des camoufflets à sa larque et à ses mosmes.
Camouffle
Ansiaume, 1821 : Chandelle.
Il faut surtout ne pas oublier de la camoufle pour cette sorgue.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Chandelle.
Camoufflier
Ansiaume, 1821 : Chandelier.
Il s’est amusé à grincher des camoufliers de rouget.
Carante
Ansiaume, 1821 : Table.
Nous étions déjà à la carante, il y avoit à tortiller pour quatre.
Vidocq, 1837 : s. f. — Table.
Halbert, 1849 : Table.
Larchey, 1865 : Table (Vidocq). — Diminutif de carrée (?). — Allusion de forme.
Delvau, 1866 : s. f. Table.
Rigaud, 1881 : Table, — dans l’argot des voleurs.
La Rue, 1894 : Table.
Cardeuil (le)
Ansiaume, 1821 : Le commissaire.
Le cardeuil lui a fait donner 30 coups de bastonnade sur les endos.
Carle
Ansiaume, 1821 : Argent.
Oui, c’est lui qui a déplanqué mon carle, je l’ébobis aujourd’hui.
Bras-de-Fer, 1829 : Argent.
Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.
Larchey, 1865 : Argent (Vidocq). — De Carolus, ancienne monnaie de Charles VIII. V. Bayafe.
Le cidre ne vaut plus qu’un carolus.
(Ol. Basselin)
Carrouble
Ansiaume, 1821 : Clef.
J’ai une carrouble qui débride la lourde de sa turne.
Clémens, 1840 : Clef.
Cassant
Ansiaume, 1821 : Biscuit de mer.
Nous voilà parés à tortiller du cassant et de la mouyse aux gourgannes.
Halbert, 1849 : Noyer.
Delvau, 1866 : s. m. Noyer, arbre, — dans l’argot des voleurs ; biscuit de mer, — dans l’argot des matelots.
France, 1907 : Noyer ; argot des voleurs qui appellent aussi cassant le biscuit de mer.
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