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Brûlé (être)

Delvau, 1866 : Être déjoué par la police, dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : N’inspirer plus aucune confiance dans les endroits où l’on était bien reçu, où l’on avait crédit sur sa mine. Argot des bohèmes et des escrocs.

France, 1907 : N’inspirer plus de confiance dans les endroits où l’on était bien reçu ; avoir perdu tout crédit. « Il est brûlé chez ses fournisseurs. » Un politicien brûlé est un homme qui a perdu toute influence ; un auteur ou un acteur brûlé est celui qui a perdu la faveur du public. Se dit aussi pour être démasqué, mis à jour.

Voyez-vous cet inspecteur obligé de rester dix heures en surveillance dans une rue de la Villette ou des Batignolles et ayant pour toutes ses dépenses trente-cinq centimes dans sa poche, juste deux sous de plus que le Juif errant ! il lui faut arpenter le pavé de long en large comme une sentinelle. Au bout d’une heure, tout le quartier l’a remarqué et se le montre. Comme on dit, en termes du métier, « il est brûlé ».

(Hogier-Grison, La Police)

Cachalot

Virmaître, 1894 : Femme qui a des aptitudes spéciales. Elle rend par le nez ce qu’elle a avalé par la bouche (Argot des filles). N.

France, 1907 : « Femme qui a des aptitudes spéciales. Elle rend par le nez ce qu’elle a avalé par la bouche. Argot des filles. »

(Ch. Virmaître, Dictionnaire fin de siècle)

France, 1907 : Vieux marin.

Pour atteindre le bateau américain qui a bien voulu me prendre et me tirer de cet enfer, j’ai dû nager pendant près de deux heures, entre deux eaux, afin d’éviter d’être aperçu des sentinelles et des barques de l’administration ; il m’a fallu aussi plonger tout à coup pour échapper aux requins, qui venaient flairer en moi un déjeuner… Tu comprends que pour un vieux cachalot comme moi, me jeter dans ce canal, un simple ruisseau, c’était une plaisanterie.

(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Chaud (être)

Rigaud, 1881 : Se tenir sur ses gardes.

Rossignol, 1901 : Malin. Ce mot me rappelle un beau nègre, nomme Barca, qui était soldat aux zouaves de la garde. Étant en faction dans l’intérieur des Tuileries, l’Empereur passa près de lui et lui causa. Barca ne répondit pas, et Napoléon III demanda à l’officier de Service si ce nègre ne comprenait pas le français. Lorsque Barca fut relevé de faction, on lui demanda pourquoi il n’avait pas répondu à l’empereur.

Lui chaud, dit Barca, mais moi je brûle ; le Kibir voulait me faire parler étant de faction pour me f… iche dedans.

Il est vrai que la consigne interdit aux sentinelles de causer. J’ai rencontré en Kabylie, en 1871, lors de l’insurrection, Barca qui regrettait les madames la France et la barrière Zobi : barrière de l’École, ainsi nommée par les Arabes ayant tenu garnison à Paris, en raison d’un grand nombre de maisons à grand numéro qui y existaient avant 1870.

France, 1907 : Avoir l’œil au guet, se tenir sur ses gardes.

Colombin

Rossignol, 1901 : Sentinelle qui se trouve généralement le long d’un mur et qui, paraît-il, porte bonheur lorsqu’on marche dessus.

Escofier

Larchey, 1865 : Tuer sur le coup. — Usité dès 1808. — Escofion voulait dire autrefois ou Bonnet de femme ou Mauvais coup. Calotte à un degré beaucoup plus faible présente encore ce double sens.

Trois sentinelles ont déjà été escofiées

(Cogniard, 1831)

Hayard, 1907 : Tuer, assassiner.

Gafe

Larchey, 1865 : Soldat de service. — Gafe de sorgue : Patrouille. — Gafer : Guetter. — Gafeur : Sentinelle (Vidocq). — Est-ce une acception figurée du vieux mot gafe : crochet ? — Gafer serait mot à mot accrocher (V. ce mot) les malfaiteurs. C’est une image analogue à celle que présente la raclette. V. ce mot.

Gafeur

Vidocq, 1837 : s. f. — Sentinelle, guetteur.

Gaff

Ansiaume, 1821 : Sentinelle.

En entrant en vergue le gaff m’a fait tomber.

un détenu, 1846 : Gardien, surveillant, vedette.

Fustier, 1889 : Gardien de la paix en bourgeois. V. plus bas Guignol.

Gaffe

Clémens, 1840 : Celui qui fait le guet.

Delvau, 1866 : s. f. Bouche, langue, — dans l’argot des ouvriers. Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps. Coup de gaffe. Criaillerie.

Delvau, 1866 : s. f. Les représentants de l’autorité en général, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent probablement leur gaflach (épée, dard). Être en gaffe. Monter une faction ; faire sentinelle ou faire le guet.

Delvau, 1866 : s. m. Gardien de cimetière, — dans l’argot des marbriers.

Delvau, 1866 : s. m. Représentant de l’autorité en particulier. Gaffe à gail. Garde municipal à cheval ; gendarme. Gaffe de sorgue. Gardien de marché ; patrouille grise. On dit aussi Gaffeur.

Rigaud, 1881 : « Cette main est terrible, c’est-à-dire dans l’argot significatif du jeu, une vraie gaffe ! » (A. Cavaillé.) Elle tire tout l’argent des pontes vers le banquier comme ferait une gaffe.

Rigaud, 1881 : Balourdise. Faire gaffe sur gaffe.

Rigaud, 1881 : Patrouille ; gardien, guichetier. — Gaffe des machabées, gardien de cimetière. — Gaffe à gayet, garde municipal à cheval. — Gaffe de sorgue, gardien de nuit dans un marché. — Être en gaffe, être en faction.

La Rue, 1894 : Balourdise. Gardien. Surveillance. Guet. Bouche, langue.

Virmaître, 1894 : Faire le guet pour avertir des complices de l’arrivée de la rousse ou des passants qui pourraient les déranger (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Faire ou dire une maladresse. Prendre la main de son ami, dessous la table, croyant prendre celle de sa femme, c’est faire une gaffe.

Rossignol, 1901 : Gardien de prison.

Hayard, 1907 : Dire ou faire une bêtise.

France, 1907 : Bouche, langue ; corruption du vieux mot gave. Coup de gaffe, criaillierie. Avaler sa gaffe, mourir.

France, 1907 : Grande fille sèche et maigre. Allusion au harpon appelé gaffe.

… Une grande gaffe chaude, à nez de perroquet, qui n’avait pas trouvé à se marier malgré ses folles envies d’homme, et que les lurons s’amusaient à leurrer de promesses, la pinçant au gras des côtes, toute rouge et les paupières battantes.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Maladresse, balourdise, bévue. Faire une gaffe, commettre une maladresse.

Mme Ledouillard. — Mon mari… j’adore mon mari ; c’est extraordinaire, mais c’est comme ça. Et puis, quand par hasard j’ai envie de le tromper, je me dis : Mon Dieu ! si ça allait ne pas être meilleur, ou même moins bien, c’est ça qui serait une gaffe !

(Maurice Donnay, Chère Madame)

La gaffe, ou impair, est certainement une source innocente de rire dont la littérature actuelle a tiré l’effet comique le plus nouveau. Alfred de Musset, que Deschanel n’aime point, doit à l’étude de la gaffe un de ses plus jolis ouvrages, ce délicieux proverbe : On ne saurait songer à tout, que la Comédie-Française ne joue jamais, naturellement.

(Émile Bergerat)

Aux uns et aux autres, la réclame offerte par l’interview ne déplait pourtant pas outre mesure ; mais ils sont gênés par la brusquerie de l’interrogatoire. Les prudents craignent de faire une gaffe et les prophètes se méfient de l’improvisation. Car nous n’avons plus que de faux prophètes, sans délire sacré, des sibylles, pas bien solides sur le trépied.

(François Coppée)

À propos, dis donc à ton frère
De ne pas mettre, en m’écrivant,
Eros, le gosse de Cythère,
Avec un h en commençant.
Alors, pour réparer la gaffe,
Il en met un dans le mot cœur !
Je crois qu’au jeu de l’orthographe
Il ne sort pas souvent vainqueur.

(Jacques Rédelsperger)

Gardien

Delvau, 1866 : s. m. Variété de Sentinelle ou de Factionnaire. (V. Insurgé de Romilly.)

France, 1907 : Excrément ; même plaisanterie que sentinelle et factionnaire.

Garni de tolérance

France, 1907 : Maison de passe.

Dans les villes de province, surtout dans les villes maritimes, il est une classe de filles isolées que la police oblige à loger dans un quartier affecté à la prostitution de bas étage.
Elles habitent des maisons garnies, appelées garnis de tolérance, pour un loyer de 1 à 2 francs par jour. Ce sont de simples chambres au rez-de-chaussée, prenant jour sur la voix publique par une fenêtre et une porte. Les filles se tiennent tout le jour et souvent la nuit, jusque vers le matin, assises ou debout, sur le seuil de leur porte, pour appeler les passants. Elles forment ainsi, dans toute la longueur des rues, un double rang de sentinelles, échangeant des interpellations rauques ou aiguës, des injures ou des lazzis ; allant, venant d’une maison à l’autre ; coiffées de fleurs fanées ou de madras à carreaux ; chaussées de savates ou de sabots, débraillées, fardées, avinées, faisant aux passants des signes et des appels, elles donnent à tout le quartier un aspect étrange et repoussant.

(Dr Jeannel)

Grivier

Ansiaume, 1821 : Soldat.

C’est un grivier qui de sa chandelle à bout sur le nez me fit tomber.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Soldat.

Vidocq, 1837 : s. m. — Soldat.

un détenu, 1846 : Soldat municipal.

Halbert, 1849 : Soldat.

Delvau, 1866 : s. m. Soldat.

Rigaud, 1881 : Soldat. — Grivier de gaffe, sentinelle, soldat en faction.

Virmaître, 1894 : Soldat de la ligne (Argot du peuple). V. Lignard.

Rossignol, 1901 : Soldat d’infanterie.

France, 1907 : Soldat d’infanterie de ligne ; corruption de grivois, sobriquet donné autrefois aux soldats des régiments étrangers au service de la France.

Guet

d’Hautel, 1808 : Fonction d’un soldat qui est en sentinelle.
Ce mot est toujours masculin ; mais une habitude vicieuse et presque généralement consacrée, fait dire en parlant d’un chien : Ce chien est d’une bonne guette, au lieu de, est d’un bon guet.

Insurgé de Romilly

Delvau, 1866 : s. m. Résultat probant de toute bonne digestion. Synonyme de factionnaire, sentinelle, etc. Cette expression date de 1848 et est due à une historiette grasse rapportée par le Corsaire de cette époque.

France, 1907 : Étron. « Cette expression — dit Alfred Delvau — date de 1848. Les Insurgés de Romilly, écrit le Corsaire, traversent tous les matins un bois voisin du canal qu’ils creusent près de Conflans (Marne). Non contents d’user du bénéfice que leur accorde le propriétaire du bois, pour abréger leur chemin, ils aiment à s’égarer dans les allées sinueuses tracées pour la méditation, et ils y déposent des marques nombreuses de leur passage. Donc, le maître du bois, se promenant un jour et découvrant à chaque pas ces faits inusités, ne put s’empêcher de s’écrier : « Dieu ! que d’insurgés ! » Le mot fut entendu, recueilli il est resté et il restera, au moins à Romilly. Il remplit d’ailleurs une fonction utile dans la langue : il remplace avantageusement le mot sentinelle, qui attendait impatiemment, depuis des siècles, qu’on le relevât. »
Je ne sais si le mot est resté à Romilly, en tout cas il m’est pas passé dans la langue malgré le vœu du Corsaire, et il n’y avait nulle nécessité qu’il remplaçât celui de sentinelle.

Marcher dedans

Delvau, 1866 : Rencontrer sous son pied un insurgé de Romilly, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Mettre les pieds sur une sentinelle. Marcher dans la merde, suivant un dicton populaire, cela porte bonheur. On dit d’un homme heureux en toutes choses, à qui tout réussit :
— C’est pas possible, il a marché dans la merde.
On dit également :
— Il a écrasé un colombin (Argot du peuple), N.

Mégo, mégot

France, 1907 : Bout de cigare.

… Les ramasseurs de bouts de cigares et de cigarettes, un des mille petits métiers des dessous parisiens. Dans le langage argotique, on les appelle les ramasseurs de mégos. Ces individus que l’on voit marcher le long des terrasses des cafés, le regard fixé à terre, forment une sorte de corporation assez étendue, dont le rendez-vous est à l’ancien « Drapeau Rouge ». C’est là que se fait la cote, la hausse et la baisse de la marchandise, selon que la récolte a été plus ou moins fructueuse.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Près des théâtres, dans les gares,
Entre les arpions des sergots,
C’est moi que j’cueill’ les bouts d’cigares,
Les culots d’pipe et les mégots.

(Jean Richepin)

Un colonel d’artillerie visite une poudrière. Il arrive devant la grille en fumant un superbe panatellas à peine entamé.
— On ne fume pas ! crie la sentinelle.
— Mais…
— On ne fume pas ! c’est la consigne !
— C’est bon, mon garçon, je vous félicite de votre zèle….
Le colonel jette le cigare et rentre.
Aussitôt, la sentinelle ramasse le mégot et le fume avec délices.

(La Nation)

Y a plus moyen d’écrire un mot
Sans voir rappliquer un sergot
Qui vous ramass’ comme un mégot,
C’est la consigne !

(Aristide Bruant)

Membre (le)

Delvau, 1864 : Sous-entendu viril. Le grand outil générateur, que nous faisons travailler comme un cheval et que les femmes adorent comme un dieu.

Jouis-tu, cochon ? Ah ! le beau membre !

(Lemercier de Neuville)

On voit, sous les feuilles de vignes
Que leur impose la pudeur,
S’agiter de gros membres dignes
d’admiration — ou d’horreur.

(Anonyme)

Monseigneur le vit, ou madame la pine — Outre ces deux noms, ce noble personnage, qui veut chaque jour être fêté, possède plus de prénoms qu’il n’en faudrait pour refaire le calendrier… républicain. Je cite les principaux :

L’acteur, l’affaire, les agréments naturels, l’aiguille, l’aiguillon, l’aiguillette, l’andouille, l’arbalète, l’ardillon, l’aspergès, l’asticot, la baguette, le balancier, le bâton à un bout, le bâton de sucre de pomme, le bâton pastoral, le battant de cloche, la béquille du père Barnaba, le berlingot, la bibite, le bidet, le bijou, le bistouri, la bite, le bogue, le bonhomme, le bouchon, le boudin blanc, le bougeoir, la bougie, le bout de viande, le boute-feu, le boutejoie, la boutique, le boyau, la braguette, le bracquemard, le bras, la briche, la broche, le broque, la burette, le canon à pisser, la carotte, le cas, le carafon d’orgeat, le cavesson, cela, ce qu’on porte, la chair, le chalumeau, le champignon, la chandelle, la chanterelle, la charrue, la chenille, la cheville d’Adam, la cheville ouvrière, le chibre, le chiffe, le Chinois, le chose, le cierge, la cigarette, la clé, le clou, la cognée, le cognoir, le coin, la colonne, le compagnon fidèle, la corde sensible, le cordon de saint François, le cornichon, la couenne, la courte, le criquet, le dard, le dardillon, le degré de longitude, le devant, le doigt du milieu, le doigt qui n’a pas d’ongle, dom ou frère Frappart, le dressoir, le drôle, l’écoutillon, l’engin, l’épée, l’étendard d’amour, le fils, le flacon d’eau-de-vie, le flageolet, la flèche, la flûte à un trou, le fourrier de nature, la gogotte, la grosse corde, le goujon, le goupillon, la guigui, la guiguitte, la haire, le hanneton, l’herbe qui croit dans la main, l’histoire, le honteux, Jacques, la jambe, Jean Jeudi, Jean Chouart, la laboureur de nature, la lance, la lancette, le lard, la lavette, la limace, le machin, le Mahomet, le manche du gigot, la marchandise, le mirliton, le mistigouri, le moineau, le moineau, la navette, le nerf, le nœud, l’obélisque, le onzième doigt, l’os à moelle, l’outil, l’ouvrier de nature, le paf, le panais, le pénis, le pondiloche, le perroquet, la petite flûte, le petit frère, le petit voltigeur, la pierre à casser les œufs, la pierre de touche, le pieu, le pignon, le pis, la pissottière, le poinçon, la pointe, le poireau, la potence, le poupignon, Priape, la quéquette, la queue, le robinet de l’âme, Rubis-Cabochon, la sangsue, saint Agathon, saint Pierre, le salsifis, la sentinelle, la seringue, le sifflet, le sous-préfet, le sucre d’orge, le trépignoir, la triquebille, la troisième jambe, le tube, la verge, la viande crue, etc. etc.

Mouscailler

Vidocq, 1837 : v. a. — Aller à la selle.

Larchey, 1865 : Aller à la garde-robe (Vidocq). — De mousse.

Delvau, 1866 : v. a. Alvum deponere.

Rigaud, 1881 : Se défaire de la matière fécale.

France, 1907 : Faire ses besoins. L’esprit gaulois, vivement porté vers la scatologie, s’est exercé à plaisir sur les fonctions naturelles de l’humaine nature, et les périphrases exprimant l’acte de mouscailler sont des plus nombreuses. Voici les principales : aller à la selle, aller faire une ballade à la lune, aller au numéro cent, aller quelque part, aller à ses affaires, aller où le roi va seul, aller chez Jules, aller où le roi n’envoie pour lui personne, aller voir Bernard, aller au buen-retiro, cracher de la fesse, déponer, déposer une pêche, une médaille de papier volant ; débourrer une pipe, defalquer, enterrer son colonel, écrire à un juif, envoyer une dépêche à Bismarck, fogner, flaquer, flasquer, faire des cordes, faire le grand, faire une commission, faire une moulure, filer, flaquader, fuser, filer le câble de proue, faire un pruneau, un pêche ; faire ronfler le bourrelet, la chaise percée, faire corps neuf ; gazonner, gâcher le gros, galipoter ; mousser, mouler un sénateur, une Vénus ; poser un pépin, un factionnaire, une sentinelle ; mettre une lettre à la poste ; pousser son rond, tarter.

Pied de grue (faire le)

France, 1907 : Attendre longtemps sur ses pieds. Lorsque les grues sont réunies, l’une d’elles se détache de la troupe et, perchée sur un pied, se met en sentinelle, prête à donner l’alarme au moindre danger. Racine, dans les Plaideurs, a employé cette expression :

Est-ce qu’il faut toujours faire le pied de grue ?

Les Anglais disent : to dance attendance.

Il suffit d’une taille accorte,
De longs cils autour d’un œil noir,
D’une arrière-main un peu forte,
D’un corsage rempli d’espoir ;
De quelques boucles ondulées
Sous les plumes d’un grand chapeau,
Ou de dentelles étalées
Sur de blancs petits coins de peau,
Pour qu’au détour de chaque rue
Surgisse, à quatre heures du soir,
Un pontife de pied de grue,
Chevalier errant du trottoir.

(Jacques Rédelsperger)

Faire le pied de grue,
Le soir, sous le balcon,
C’est chercher l’inconnue
Dans une équation.

(L’Argot de l’X)

Pisteur

Rigaud, 1881 : Homme qui suit les femmes à la piste. Il ne faut pas confondre le pisteur avec le suiveur. Le suiveur est un fantaisiste qui opère à l’aventure. Il emboîte le pas à toutes les femmes qui lui plaisent, ou, mieux, à toutes les jolies jambes. Parmi cent autres, il reconnaîtra un mollet qu’il aura déjà ! chassé. Il va, vient, s’arrête, tourne, retourne, marche devant, derrière, croise, coupe l’objet de sa poursuite, qu’il perd souvent au détour d’une rue. Plus méthodique, le pisteur surveille d’un trottoir à l’autre son gibier. Il suit à une distance respectueuse, pose devant les magasins, sous les fenêtres, se cache derrière une porte, retient le numéro de la maison, fait sentinelle et ne donne de la voix que lorsqu’il est sur du succès. Le pisteur est, ou un tout jeune homme timide, plein d’illusions, ou un homme mûr, plein d’expérience. — Le pisteur d’omnibus est un désœuvré qui suit les femmes en omnibus, leur fait du pied, du genou, du coude, risque un bout de conversation, et n’a d’autre sérieuse occupation que celle de se faire voiturer de la Bastille à la Madeleine et vice versa. Cet amateur du beau sexe est ordinairement un quinquagénaire dont le ventre a, depuis longtemps, tourné au majestueux. Il offre à tout hasard aux ouvrières le classique mobilier en acajou ; les plus entreprenants vont jusqu’au palissandre. Les paroles s’envolent, et acajou et palissandre restent… chez le marchand de meubles. Peut-être est-ce un pisteur qui a trouvé le proverbe : « Promettre et tenir font deux ».

France, 1907 : Admirateur du beau sexe dont la principale occupation est de suivre les femmes.

Il ne faut pas confondre le pisteur avec le suiveur. Le suiveur est un fantaisiste qui opère à l’aventure. Il emboîte le pas à toutes les femmes qui lui plaisent, ou, miëux, à toutes les jolies jambes. Parmi cent autres, il reconnaîtra un imollet qu’il a déjà chassé. Il va, vient, s’arrête, tourne, retourne, marche devant, derrière, croise, coupe l’objet de sa poursuite qu’il perd sonvent au détour d’une rue. Plus méthodique le pisleur surveille d’un trottour à l’autre son gibier. Il suit à une distante respectueuse, pose devant les magasins, sous les fenétres, se cache derrière une porte, retient le numéro de la maison, fait sentinelle et ne donne de la voix que lorsqu’il est sûr du succès. Le pisteur est, ou un tout jeune homme timide, plein d’illusions, ou un homme mûr, plein d’expérience. Le pisteur d’omnibus est un désœuvré qui suit les femmes en omnibus, leur fait du pied, du genou, du coude, risque un bout de conversation, et n’a d’autre sérieuse occupation que celle de se faire voiturer de la Bastille à la Madeleine et vice versa. Cet amateur du beau sexe est ordinairement un quinquagénaire dont le ventre a, depuis longtemps, tourné au majestueux. Il offre à tout hasard aux ouvrières le classique mobilier en acajou ; les plus entreprenants vont jusqu’au palissandre. Les paroles s’envolent, et acajou et palissandre restent… chez le marchand de meubles. Peut-être est-ce un pisteur qui a trouvé le proverbe : « Promettre et tenir fount deux. »

(Lucien Rigaud)

France, 1907 : En terme de turf, le pisteur est un individu décoré d’une pancarte jaune qui s’élance vers la portière de toute voiture s’arrêtant à la porte du pesage. Il prend le numéro de la voiture si l’on accepte ses offres, et, montant sur le siège du cocher, place le véhicule à un endroit déterminé. C’est lui qui est chargé de retrouver et de faire revenir la voiture quand le client sort des courses. Ces pisteurs appartiennent à une corporation.

France, 1907 : Guy Tomel, dans le Bas du pavé parisien, donne l’explication de pisteur ou bagotier :

— Vous avez certainement trop d’instruction pour ne pas savoir ce que c’est qu’un bagotier ou un pisteur, comme disent les agents de police. C’est un pauvre diable qui court derrière les voitures des gares, afin d’aider les voyageurs à monter leurs bagages à domicile. Je veux que vous en ayez pour vos cent sous, et je vais vous détailler le métier.
Nous sommes environ 2.000 bagotiers à Paris, toute une corporation, mais il n’y en a guère que 500 qui s’exercent d’un bout de l’année à l’autre. Le restant de l’effectif est constitué par des ouvriers réduits au chômage, principalement des maçons sans travail.

Quart (battre son, faire son)

Rigaud, 1881 : Aller et venir d’un trottoir à l’autre, à l’exemple de Diogène qui cherchait un homme. Les filles de maison font à tour de rôle, pendant quinze minutes, le quart devant leur porte, comme des sentinelles. Mot à mot : faire le quart d’heure.

Relever

d’Hautel, 1808 : Je l’ai joliment relevé. Pour exprimer que l’on a fait de fortes remontrances à quel qu’un qui avoit commis quelqu’indiscrétion en parlant.
Relever quelqu’un du péché de paresse. User de son autorité pour remettre quelqu’un dans son devoir.
On le relèvera bien de sentinelle. Pour dire, on prendra garde à ses actions ; on le traitera sévèrement

Delvau, 1866 : v. n. Sortir d’un état de gêne, — dans l’argot des faubouriens, à qui il coûte sans doute de dire Se relever de la misère. On dit aussi Être à la relève.

Rococo

Larchey, 1865 : Suranné.

Ce mot nouveau est celui de rococo, et me semble être appliqué, par la jeunesse innovatrice, à tout ce qui porte l’empreinte du goût, des principes ou des sentiments des temps passés.

(Trollope, 1835)

Delvau, 1866 : adj. Suranné, arriéré, démodé, grotesque à cause de cela, — comme si le goût d’autrefois ne valait pas bien le goût d’aujourd’hui ! Se prend aussi en bonne part.
Pendule rococo. Pendule Louis XV ou faite sur le modèle de cette époque. Tentures rococo. Étoffes en vieille perse à ramages.

Rigaud, 1881 : Démodé ; terme employé par les artistes peintres de 1830.

France, 1907 : Vieux, suranné, quelque peu ridicule, genre rococo, style rococo ; de rocaille, à cause de ce genre fort à la mode au XVIIIe siècle, consistant à faire dans les jardins des constructions baroques avec des pierres, des morceaux de roc.

Il n’y a que la France, la bonne France, qui s’en tienne à la lettre et à l’esprit du vieux pacte rococo de l’équilibre et qui en gobe religieusement la mystification immense — et amère. Tous les peuples autour d’elle se pillent, se volent, s’agrandissent et poussent leurs bornes, les uns sur les autres ; et elle continue, sentinelle innocente du droit, à nier le retour de la force.

(Émile Bergerat)

Sentinelle

Larchey, 1865 : Excrément isolé aux abords d’un édifice. V. Factionnaire.

Delvau, 1866 : s. f. Résultat de la digestion. Stercus. Poser une sentinelle. Alvum deponere.

Rossignol, 1901 : Voir colombin.

Hayard, 1907 : Étron.

France, 1907 : Étron dépose le long d’un mur ou au bord d’un chemin.

Il est un vieux dicton, que je réprouve,
Qui dit qu’au pied du mur on voit le maçon,
C’est pas le maçon bien souvent qu’on y trouve,
Mais plus souvent des sentinelles… en faction.

France, 1907 : Verre de vin, d’absinthe ou d’eau-de-vie qu’un camarade a fait verser et paye pour un absent et qui attend celui-ci sur le comptoir. Dès qu’il pourra s’esquiver de l’atelier, il viendra relever la sentinelle.

Sentinelle (poser une)

Merlin, 1888 : Cacare.

Sentinelle, factionnaire

La Rue, 1894 : Excrément au pied d’un mur.

Sentinelle, sentinelle perdue

Rigaud, 1881 : Excrément humain, vagabond sans papiers égaré sur la voie publique, dans une allée de maison.

Sentinelles

Boutmy, 1883 : s. f. pl. Lettres qui tombent d’une forme quand on la lève et qui se tiennent debout sur le marbre. Dans un autre sens, on appelle sentinelle le verre de vin que viendra boire un peu plus tard un compagnon qui ne peut actuellement sortir. Aussitôt que cela sera possible, celui-ci relèvera la sentinelle posée et payée par son camarade.

Virmaître, 1894 : Étrons déposés le long des murs par des passants pressés (Argot du peuple).

France, 1907 : Lettres qui tombent d’une forme et se tiennent debout sur le marbre.

Sonnettes

d’Hautel, 1808 : Pour pécune, écus, argent monnoyé.

Larchey, 1865 : Pièces d’argent. — Connu dès 1808.

Et les sonnett’s en poche, J’accours à l’Opéra.

(Désaugiers)

Sonnette : Jeune sodomite (Vidocq)

Delvau, 1866 : s. f. pl. Gringuenaudes de boue qui pendent aux poils des chiens. Argot des chasseurs.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Pièces d’or ou d’argent, d’une musique supérieure à celle de Rossini — pour les oreilles des petites dames.

Rigaud, 1881 : Argent, argent qui sonne dans la poche.

T’as donc pincé des sonnettes ?

(J. Arago)

Sur les bords du canal, il est dangereux de courir passé minuit, quand on a des sonnettes en poches.

(Paris à vol de canard)

Boutmy, 1883 : s. f. pl. Lettres ou mots mal justifiés qui tombent d’une forme qu’on lève de dessus le marbre. Les sonnettes diffèrent des sentinelles en ce qu’elles ne restent pas debout comme ces dernières.

Virmaître, 1894 : Grignenaudes de boue qui pendent aux poils des chiens. A. D. Sonnette s’applique à toutes les grignenaudes qu’elles soient de boue ou d’autres matières. Inutile d’insister (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Pièce de cent sous. Allusion au tintement que produisent en se heurtant les pièces, dans la poche du pantalon (Argot du peuple).

France, 1907 : En terme de typographie, ce sont des lettres qui tombent d’une forme qu’on lève de dessus le marbre. Les sonnettes différent des sentinelles, dit Eugène Boutmy, en ce qu’elles ne restent pas debout comme ces dernières.

France, 1907 : Gringuenaudes.

France, 1907 : Pièces d’argent.

L’autre hier, priai
De danser deux fillettes.
— Je ne say qui vous êtes
Je lui réponds : Madame,
J’ay argent !
Alors dit la mignonne
Au corps gent :
« Dansons, puisqu’avons
Des sonnettes. »

(Chanson populaire du XVIe siècle)

France, 1907 : Testicules ; on les appelle aussi grelots ; argot populaire.

Je ne voudrais pas être
La femme d’un châtré ;
Ils ont le menton tout pelé
Et n’ont point de sonnettes.

(Parnasse des Muses)

Surse (faire la)

Rigaud, 1881 : « Quand on s’amuse (au magasin), un des commis fait la surse. Faire la surse, c’est faire sentinelle. La sentinelle veille et observe, et dès que le patron apparaît, un cri de convention, qui ne peut éveiller aucune défiance, retentit dans le magasin et se répète d’un rayon à l’autre. Comme par exemple 8.50 ! ou 9.50 ! » (Commis et demoiselles de magasin, 1868.) Longtemps le mot d’ordre fut sur seize ! L’hiver dernier, aux magasins du Printemps, c’était : « Voyez gants Suède no 1 », ou « voyez Suède 1 ». — Nous laissons à de plus savants que nous le soin d’éclaircir l’étymologie et d’affirmer si le surse de MM. les calicots vient du latin sursum. Pourquoi pas ? Il doit y avoir de bons latinistes parmi ces gentlemen. Il y a bien un ancien prix d’honneur de rhétorique actuellement cocher de fiacre, et un docteur ès-lettres, chiffonnier.

Tirer ses guêtres

Delvau, 1866 : v. a. S’en aller de quelque part, s’enfuir, — dans l’argot du peuple. On disait autrefois Tirer ses grègues.

France, 1907 : S’esquiver, s’enfuir. Expression militaire.

Beaucoup découchaient, se faufilant entre les sentinelles trop espacées sur l’immense front de bandière, ou se tirant des guêtres par les fossés.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Toison

Delvau, 1864 : Les poils qui garnissent l’entrée du con.

Pour garder certaine toison,
On a beau faire sentinelle.
C’est temps perdu lorsqu’une belle
Y sent grande démangeaison.

(La Fontaine)

Au soleil tirant sans vergogne
Le drap de la blonde qui dort,
comme Philippe de Bourgogne
Vous trouveriez la toison d’or.

(Th. Gautier)

Va sur Acomat au poil raide,
Sur Fatime, à la toison d’or.

(H. De Maurice)

Delvau, 1866 : s. f. Chevelure opulente, absalonienne, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais : « Comme tomba la rousée sus la toison de Gédéon, » dit Panurge effrayé des paroles dégelées qui planent au dessus de sa tête (Liv. IV, ch. LV.). Signifie aussi Pudenda mulieris.

Triperie (boutique de)

France, 1907 : Corset. Il n’est peut-être pas d’instruments de torture que la mode impose périodiquement aux femmes qui ait été plus justement attaqué que le corset, et qui ait mieux résisté à toutes les attaques, ce qui prouve que chez la femme la coquetterie l’emporte sur l’hygiène et la santé.
M. Charles Bonheur a donné, dans l’Écho du Public, quelques définitions critiques et humoristiques du corset, qui trouvent ici leur place :

Niche pour deux seins. — Case-pomme. — Garde-fous. — Un écrin ou un écrou. — Petite écluse. — Appareil à l’aide duquel on soutient les faibles, contient les forts, et ramène les égarés. — Comme quoi il n’y a pas que Jonas qui ait été victime de la baleine. — Le cornet qui contient les deux sous de colle de pâte le ces dames. — Prétentieux qui doit savoir soutenir ce qu’il avance. — La camisole de force des femmes. — Tirelire contenant les gros sous de l’amour. — Plus une femme est tétonnante, plus elle en a besoin. — C’est là où la femme place ses meilleures saillies dans la conversation des mains. — L’Æs triplex du cœur de la femme. — Prison réservée aux vagabonds. — Abri pour deux sentinelles avancées. — Nid pour deux tourterelles ou deux… corbeaux. — Panier à pommes ou à poires. — Retranchement d’où ne doivent pas sortir les soldats pour aller à la découverte. — Balle de coton. — Boutique de triperie. — Urne évitant les scrutins de ballottage. — Un champ de manœuvre. — Parachute. — Filet pour ballons captifs. — Une montagne qui accouche de deux souris. — Poste de secours pour pendus. — Témoin du duel de deux teutons. — Écrin qui promet monts et merveilles. — Engin de torture servant à comprimer la taille des femmes qu’il lasse énormement et qu’elles délacent toujours avec joie.

Trou de loup

France, 1907 : Excavation creusée dans le sol pour y cacher en temps de guerre les sentinelles avancées ; terme militaire.

En avant, à une distance d’une centaine de mètres, des trous, où un homme pouvait se cacher entièrement, avaient été pratiqués. On les appelait des trous de loups et l’on y mettait une sentinelle. Dans les tranchées, il était défendu de faire du feu, de dormir, de s’éloigner et même de fumer. Mais ces prescriptions n’étaient pas rigoureusement observées.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique