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À la corde (logement)

France, 1907 : Abri de nuit où les clients n’ont pour tout oreiller qu’une corde tendue que l’on détend au matin.

Dans Paris qui dort, Louis Bloch et Sagari donnent des détails fort intéressants sur les pauvres diables qui n’ont pas de gite :
Parmi les vagabonds, les uns couchent en plein air, les autres sous un toit hospitalier. Suivons d’abord ces derniers : les garnis ne leur manquent pas à Paris ; la rue des Vertus, près de la rue Réaumur, leur en offre un certain nombre, parmi lesquels il faut citer : Au perchoir sans pareil, À l’arche de Noé, À l’Assurance contre la pluie, Au Parot salutaire, Au Lit, dors (au lit d’or), Au Temple du sommeil, Au Dieu Morphée, Au Matelas épatant. Ce dernier garni est ainsi appelé parce que les matelas étaient garnis de paille de maïs, et qu’un matelas, mais un seul, était véritablement bourré de laine. Il est vrai qu’il n’avait pas été cardé depuis le règne de Louis XIII.
Ces garnis sont aristocratiques à côté de ceux à la corde que l’on trouve rue Brisemiche, Pierre-au-Lard, Maubuée, Beaubourg, et, sur la rive gauche, dans les quartiers Maubert et Mouffetard. Il y a là des grabats à six sous sur lesquels on peut rester couché toute la nuit, des grabats à quatre sous sur lesquels on ne peut dormir que jusqu’à quatre heures du matin ; enfin la dernière catégorie de clients paye deux sous et même un sou avec le droit de dormir une heure ou deux.
Des garnis, il y en a de toute espèce et de tout genre ; les auteurs de Paris qui dort nous disent qu’il en existe dix mille dans la capitale. Mais tout le monde ne peut, hélas ! se payer le luxe de coucher à couvert. Aussi les fours à plâtre, les carrières, les quais de la Seine sous les ponts, les bancs des promenades publiques, les arbres mêmes sont transformés en dortoirs. Il n’y a pas d’accident de terrain, de tranchées ouvertes, de constructions délaissées, de cavités abandonnées qui ne deviennent pas un asile improvisé : on a souvent trouvé des vagabonds dans les énormes tuyaux en fer bitumé posés sur la voie publique pendant l’exécution des travaux d’égout. Les pauvres diables se couchent là sur de la paille trouvée ou volée et passent tranquillement la nuit sans souci des courants d’air.
Mais c’est encore les carrières qui reçoivent le plus grand nombre de clients.

(Mot d’Ordre)

Bernard (aller voir)

Rigaud, 1881 : Aller aux lieux d’aisance. Allusion irrévérencieuse à saint Bernard, représenté ordinairement avec des tablettes à la main. Parti du séminaires le mot s’est répandu dans le monde de la bourgeoisie. Par altération, les personnes du sexe faible disent volontiers : « Aller voir madame Bernard, aller voir comment se porte madame Bernard. »

Chandelle

d’Hautel, 1808 : Trente-six, chandelles et le nez dessus, il n’y verroit pas plus clair. Se dit par exagération d’un homme sans intelligence, sans perspicacité, pour lequel les choses les plus claires et les plus simples deviennent obscures et embrouillées.
Il a passé comme une chandelle. Pour exprimer qu’une personne est morte sans crises, qu’elle a terminé doucement sa carrière ; ou qu’un malade a expiré au moment où l’on s’y attendoit le moins.
Ses cheveux frisent comme des chandelles. Se dit figurément d’une personne dont les cheveux sont plats, roides, et ne bouclent pas naturellement.
C’est un bon enfant qui ne mange pas de chandelle. Locution basse et triviale, pour faire entendre qu’un homme n’a pas l’humeur facile ; qu’il n’est pas aisé à mener ; qu’il ne se laisse pas marcher sur le pied.
Ses yeux brillent comme des chandelles. C’est-à-dire sont vifs, sémillans, pleins de feu.
Donner une chandelle à Dieu et une autre au diable. Ménager les deux partis, profiter de la mésintelligence qui règne entre plusieurs personnes.
À chaque Saint sa chandelle. Signifie qu’il faut faire des présens à chacun de ceux dont on peut avoir besoin dans une affaire.
Le jeu ne vaut pas la chandelle. Pour dire qu’une chose ne vaut pas la dépense, les frais qu’elle occasionne.
Il doit une belle chandelle au bon Dieu. Se dit de celui qui a échappé à un péril imminent, qui est revenu d’une dangereuse maladie.
On lui a fait voir mille chandelles. Se dit de quelqu’un à qui l’on a causé un grand éblouissement en le frappant rudement proche les yeux.
Cacher la chandelle sous le boisseau. Dissimuler ses opinions ; cacher son savoir faire.
Il a toujours deux chandelles qui lui pendent au nez. Se dit d’un enfant morveux ; d’un homme malpropre qui n’ayant pas soin de se moucher a continuellement des roupies au nez.
La chandelle se brûle. Se dit pour avertir quel qu’un qui perd inutilement un temps précieux.
La chandelle s’éteint. Manière figurée de dire qu’un homme approche du terme de sa carrière, qu’il s’en va mourant.
La chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière. Se dit de ces égoïstes : qui ne font aucun bien pendant leur vie, et se contentent seulement de faire espérer quelque chose après leur mort.
Il est bariolé comme la chandelle des rois. Voyez Barioler.

Ansiaume, 1821 : Mousquet, fusil.

Les griviers s’ont ébobis à grands coups de leurs chandelles.

Delvau, 1864 : Le membre viril, qui fond et coule trop souvent — au feu du vagin de la femme.

Voici maître curé qui vient pour allumer sa chandelle, ou pour mieux dire l’éteindre.

(Les Cent Nouvelles nouvelles)

De femmes qui montrent leurs seins,
Leurs tétins, leurs poitrines froides,
On doit présumer que tels saincts
Ne demandent que chandelles roides.

(G Coquillart)

Delvau, 1866 : s. f. Mucosité qui forme stalactite au-dessous u nez, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : s. f. Soldat en faction. Même argot [des faubouriens]. Être entre quatre chandelles. Être conduit au poste entre quatre fusiliers.

Rigaud, 1881 : Baïonnette. — Se ballader entre quatre chandelles, marcher entre quatre soldats qui vous mènent au poste.

Rigaud, 1881 : Litre de vin, bouteille. Elle est chargée d’allumer l’ivrogne.

Rigaud, 1881 : Mucosité nasale trop indépendante embrouillée avec le mouchoir. Souffler sa chandelle, se moucher avec les doigts, après reniflement.

La Rue, 1894 : Agent de police. Bouteille.

France, 1907 : Bouteille de vin. Faire fondre une chandelle, boire une bouteille de vin.

France, 1907 : Factionnaire. Soldat qui conduit quelqu’un au poste. « Être mené entre deux ou quatre chandelles. »

Le poste était à deux pas. Les soldats accoururent.
Pour la deuxième fois de la journée, voici Jean-Louis et Lapierre placés entre deux rangées de ces chandelles de Maubeuge, dont la mèche sent la poudre à canon.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Se dit aussi de l’agent de police.

France, 1907 : Le membre viril.

Allez donc, on vous appelle,
Votre ami tient la chandelle
Dont il veut vous éclairer.

(Gavette)

On dit éteindre sa chandelle, image parlante.

France, 1907 : Mucosité que les enfants laissent sortir de leur nez.

Copurchic

Fustier, 1889 : Elégant, homme qui donne le ton à la mode. Ce mot, un des derniers mis en circulation, vient de « pur » et de « chic », le premier indiquante perfection absolue du second. La syllabe co ne vient là que pour l’euphonie.

Le copurchic ne parle plus argot ; il se contente de parler doucement, lentement…

(Figaro, 1886)

Le petit vicomte de X, un de nos plus sémillants copurchics…

(Gil Blas, juillet 1886)

De copurchic est dérivé copurchisme qui désigne l’ensemble des gens asservis à la mode.

Les élégantes de copurchisme veulent, elles aussi, donner une fête au profit des inondés

(Illustration, janvier 1887.)

La Rue, 1894 : L’un des nombreux noms dont on a baptisé les oisifs élégants. On a dit successivement : gommeux, crevé, boudiné, vlan, pschutteux, etc.

France, 1907 : Élégant, à la dernière mode.

Le bal des canotiers de Bougival promet d’être très brillant ce soir, car une bande de copurchics doit l’envahir dans la soirée, en compagnie de quelques horizontales haut cotées sur le turf de la galanterie

(Gil Blas)

Cuisinier

d’Hautel, 1808 : Un cuisinier Jacques. Un gâte-sauce, un gargot. Sobriquet que l’on donne à un mauvais ouvrier en cuisine, soit traiteur ou pâtissier.
Le bon appétit fait le bon cuisinier. Signifie qu’avec un bon appétit, les mets les plus grossiers semblent agréables et succulens.
Un cuisinier de malheur. Un cuisinier du diable. Pour dire un cuisinier détestable.

Vidocq, 1837 : s. m. — Employé de la préfecture de police.

Halbert, 1849 : Avocat.

Delvau, 1866 : s. m. Avocat, — dans l’argot des voleurs, qui ont eu de fréquentes occasions de constater l’habileté avec laquelle leurs défenseurs savent arranger leur vie avariée, de façon à la rendre présentable à leurs juges.

Delvau, 1866 : s. m. Dénonciateur, — dans l’argot des prisons. (V. Coqueur et Mouton.) Signifie aussi Agent de police.

Rigaud, 1881 : Espion, agent de la police secrète. — Rédacteur chargé de la cuisine d’un journal.

Hayard, 1907 / France, 1907 : Avocat.

France, 1907 : Journaliste chargé de couper et de classer les faits divers, les entrefilets, etc.

C’était là que les cuisiniers du journal, ces bons garçons qui démontent, morcellent, assaisonnent, et servent toute chaude au public la gibelotte dans laquelle le beau premier Paris ou la sémillante chronique ne représentent guère que le lapin tout cru, — c’était là que les cuisiniers assoiffés, cramoisis, descendaient, en bras de chemise, siffler un bock, debout, pour retourner ensuite, tout courants, à leur ingrate tâche.

(Séverine, Le Journal)

France, 1907 : Mouchard.

— À propos de railles, vous n’êtes pas sans avoir entendu parler d’un fameux coquin qui s’est fait cuisinier, Vidocq ; le connaissez-vous, vous autres ?

(Marc Mario et Louis Lansay)

Défalquer

anon., 1827 : Ch.

Bras-de-Fer, 1829 : Ch….

Halbert, 1849 : Ch…. Déponner. Id.

Rigaud, 1881 : Faire ses nécessités, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Faire ses besoins ; éliminer.

— Ah ! le maudit animal ! Il dévastait les plates-bandes, déterrait les semis, détruisait les jeunes pousses, grimpait dans les chambres, arrachait les rideaux, aiguisait ses griffes sur les meubles, déchirait la tapisserie, cassait la vaisselle, crevait le paravent, et, de temps à autre, pour varier la série de ses méfaits, défalquait sous le lit de M. le curé !

(Hector France, Les Cent curés paillards)

Déguismar

Rigaud, 1881 : Déguisement. Variantes : Déguis, déguisemuche, déguisemince.

Frisé

Vidocq, 1837 : s. m. — Juif.

Larchey, 1865 : Juif (Vidocq). — Allusion à un signe de race.

Delvau, 1866 : s. m. Juif, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Juif, — dans l’ancien argot. Allusion aux cheveux de la race hébraïque qui frisent naturellement.

Virmaître, 1894 : Juif (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Juif.

France, 1907 : Juif. C’est un des caractères des sémites d’avoir les cheveux frisés.

Goye, goym

France, 1907 : Niais, dupe. Hébraïsme ; sobriquet donné par les juifs aux chrétiens.

— Kadosch, Kadosch, Kadosch, Adonai Zebaoth (Saint, Saint, trois fois Saint est l’Éternel Zebaoth), gronda Esther. Voilà un catholique, un goye bien audacieux ! Il a du talent, du courage, ce Drumont ! Il frappe les grands juifs, des grands « ioutes », mais il a moins faim que moi : je voudrais manger tous les antisémites, tous les catholiques, les grands et les petits, tous les goyes !

(Dubut de Laforest, La Femme d’affaires)

Grisette

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.

Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.

France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :

Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.

(Joconde)

Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.

(Ibid.)

Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :

De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.

 

Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.

(Joseph Caraguel)

— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »

(H. de Latouche, Grangeneuve)

Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?

— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !

(A. Glatigny)

Kaiserlik

France, 1907 : Autrichien ; germanisme, Kaiserlich, en allemand, signifie impérial.

Il se forgea un baragouin semi-tudesque, semi-français, que l’on entendait à merveille.
L’illusion était si complète, que la veuve ne soupçonnait pas le moins du monde que le soi-disant kaiserlik était un de ses amis d’enfance.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Lampas

Rigaud, 1881 : Gosier, gosier d’ivrogne dont la vocation est de lamper.

France, 1907 : Gosier : de lamper, boire. « S’arroser le lampas. »

À bout de salive, les musiciens s’étaient disséminés dans les cafés d’alentour et s’y humectaient largement le lampas pour se donner des forces nouvelles, tandis que des connaissances entrées avec eux embouchaient leurs instruments et s’efforçaient d’en tirer des notes.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Landwehr

France, 1907 : Nom donné en Allemagne à une partie de la population appelée à servir d’auxiliaire aux troupes en cas de guerre ; de land, pays, et wehr, défense.

Alors que nous n’avions que l’armée active, — car je ne compte pas la mobile qui n’était à ce moment qu’une fantaisie, et la garde nationale qui n’existait que pour rire — la Prusse ayant, elle, sa landwehr sérieuse, sa landsturm prête à entrer en ligne.
Landwehr et Landsturm étaient disséminées un peu partout… Le capitaine Fitreman était bottier rue de la Paix, à Paris ; le lieutenant Sanfans était marchand de vins à Belleville ; le caporal Shobig était balayeur municipal ; le sergent Sudelkock était cuisinier dans un grand restaurant du boulevard.

(Hogier-Grison, La Police)

Léproserie

France, 1907 : Sobriquet donné par les antisémites aux salons des riches Israélites.

Liqueur seminale

Delvau, 1864 : Le sperme, qui est la semence fécondante par excellence, « liqueur blanche et épaisse comme bouillie, que les amants rendent tous deux l’un dans l’antre, avec un délice qui ne se peut exprimer. »

Litholâtrie

France, 1907 : Culte de la pierre. On en retrouve des traces en Afrique, en Égypte, en Sibérie, en Chaldée et chez tous les sémites.

La litholâtrie était dans toute sa force, elle régnait en Europe comme en Asie, lorsque les Grecs, les Latins, les Germains et les Gaulois vinrent se fixer dans leurs nouvelles patries. L’adoration, soit directe, soit animiste, des pierres, des rochers et des montagnes était notamment répandue le long de la chaîne du Pinde, en Thessalie, en Béotie, en Épire, en Arcadie et jusqu’au Taygète et à l’Eurotas.

(André Lefèvre, La Religion)

Maquerelle

d’Hautel, 1808 : Féminin de maquereau, dont il a toutes les significations et dans un sens plus étendu encore.

Delvau, 1864 : Grosse dame qui se charge de procurer de l’ouvrage aux petites dames, et qui pousse parfois la complaisance jusqu’à les aller chercher dans leurs famille.

Le troisième privilège des châtrés, c’est qu’ils sont fort renommés en leur fidélité en fait de maquerellage.

(Variétés hist. et litt)

Tenant par acte misérable
Le maquerellage honorable.

(Cabinet Satyrique)

Tant qu’elle conte sa querelle
À une vieille maquerelle.

(Mathéolin)

Et puis dites que les moustiers
Ne servent point aux amoureux,
Bonne maquerelle pour eux
Est ombre de dévotion.

(Cl. Marot)

Aussi n’épargne-t-il pas les mères qui sont maquerelles de leurs propres filles.

(H. Estienne)

Car l’honneur d’une femme souffre beaucoup quand elle est vue avec une maquerelle.

(P. De Larivet)

Delvau, 1866 : s. f. Femme qui trafique des filles. Au XVIIIe siècle on disait Maqua.

Virmaître, 1894 : Maîtresse de maisons de tolérance ou de maisons de rendez-vous, femme qui vit du travail des filles (Argot du peuple), V. Maman-Maca.

Rossignol, 1901 : Tenancière d’une maison de tolérance ou de rendez-vous. Une proxénète est aussi une maquerelle.

France, 1907 : Tenancière de lupanar : femme qui en procure une autre aux hommes ou qui entraîne les jeunes filles à la débauche.

Lorsqu’elles sont ainsi devenues riches, les maquerelles se retirent généralement à la campagne, dans leurs terres. Elles cachent avec soin leur origine, deviennent dames patronnes, dames quêteuses, font des œuvres de piété. Comme presque toutes ces femmes sont dévotes, elles tombent entre les mains des prêtres, pour qui, comme on sait, l’argent n’a pas d’odeur, et qui, tenant par la confession le secret de leur passé, leur soutirent une bonne partie de la richesse qu’elles ont ramassée dans la boue de la prostitution. Il n’est personne qui ignore à Paris la fin édifiante de la fameuse Farcy, maquerelle devenue plusieurs fois millionnaire, qui accaparée par le clergé, fait construire quantité de chapelles, qui fonde dans les séminaires des bourses pour l’instruction des jeunes abbés pauvres, et qui sera peut-être canonisée quelque jour.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

— Va, si je faisions un chapelet de maquerelles, tu ferais bien le pater.

(Vadé)

Et puis, dites que les moustiers
Ne servent point aux amoureux,
Bonne maquerelle pour eux
Est ombre de dévotion.

(C. Marot)

Môme noir

Rigaud, 1881 : Séminariste, dans le jargon des voleurs. Variante : Canneur du mec des mecs : c’est-à-dire qui a peur de Dieu.

Monsignori

France, 1907 : Pluriel de monsignore.

Il y a dans l’Église, des hommes — on n’ose pas dire des prêtres — cousus de violet, galonnés d’or et de vert, que les naïfs prennent pour des évêques, et que les experts appellent, avec un ironique sourire, des monsignori. Quant au clergé sérieux, il ne fait pas plus attention à ces hommes que s’ils n’existaient pas ; car il les voit ayant sous les oripeaux de la prélature la même physionomie d’excommuniés qu’ils eurent toujours depuis le séminaire.
La moitié de ces monsignori vient de Rome avec des titres achetés.

(Jean de Bonnefond, Le Journal)

Nid de noirs ou de corbeaux

France, 1907 : Séminaire.

Piquer une romance

Merlin, 1888 : Dormir, renfler.

Fustier, 1889 : Dormir. Argot militaire.

Virmaître, 1894 : Dormir. Allusion au ronflement du dormeur qui est une sorte de chanson en faux-bourdon (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Dormir.

France, 1907 : Dormir : c’est, au figuré, un sommeil accompagné d’un ronflement.

On a prétendu que Meyerbeer, pour se venger des épigrammes de Rossini, entretenait une troupe de spectateurs bénévoles qui, de temps à autre, allaient piquer une romance à Otello et à Il Barbiere. Un soir, Meyerbeer, assistant dans une loge d’avant-scène à la seconde représentation de Semiramide, se renverse dans son fauteuil, à la fin du premier acte, ferme les yeux et semble plongé dans le plus délicieux sommeil. On le regarde de tous les coins de la salle, on chuchote, ou se le montre scandalisé.
— Ne faites pas attention, dit Jules Sandeau, c’est Meyerbeer ; il économise un dormeur.

(Émile Gouget)

Pistonner

Delvau, 1866 : v. a. et n. Diriger, protéger, aider.

Delvau, 1866 : v. a. Ennuyer, tracasser, tourmenter.

France, 1907 : Aider, favoriser quelqu’un, le faire valoir. « Pistonner, dit Léon Daudet, dans l’argot morticole signifie pousser ses élèves aux examens, en dépit de toute justice. » Ce n’est pas seulement aux examens de médecine, c’est partout, dans toutes les carrières, les administrations, l’armée et la magistrature que l’on pistonne et que des incapables passent sur le dos de méritants. Il en fut toujours ainsi, et rien n’indique, la chose étant très humaine, que cet abus aura une fin.

Le marchand de vin sera toujours ménagé tant qu’il restera le grand électeur, tant qu’à son comptoir, au moment des élections, des crédits lui seront ouverts à l’aile des fonds secrets pour faire boire à pleins verres les citoyens sans argent, disposés à voter pour les candidats patronnés et pistonnés par ce courtier en révolution, qui se charge d’apporter l’unique solution du problème social : la réforme de la société… en la supprimant en détail par l’abus et la fraude.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Pour remplacer Mme Wasly, le service du personnel fit choix d’une fraîche et sémillante veuve, une Juive, nommée Mme Forbach, qui passait pour une des commises les plus hautement protégées, les plus fortement pistonnées de toute l’administration.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Planque à corbeaux

France, 1907 : Couvent, séminaire.

Poussinière

France, 1907 : Séminaire ; argot des voleurs.

Préliminaires de l’amour (les)

Delvau, 1864 : Toutes les menues friandises qui mettent les amants en appétit de foutre : baisers, langues, patinage mutuels, branlage, suçage, etc., — le meilleur de l’amour, enfin, en ce que cela dure aussi longtemps que le veulent les raffinés.

Quand vous me promîtes, un jour.
D’abjurer vos séminaires
Je vous accordai de l’amour
Tous les préliminaires.
Vous auriez eu tout le surplus,
Sans cette robe affreuse.

(Collé)

Ratichonnière

Vidocq, 1837 : s. — Abbaye.

Delvau, 1866 : s. f. Église.

Rigaud, 1881 : Communauté religieuse.

France, 1907 : Séminaire, couvent, monastère, église.

Il sortait comme moi de la grande ratichonnière, comme disent les faubouriens, et pas plus que moi n’avait à se louer des hauts mandarins de Saint Sulpice.

(Les Confessions de l’abbé Ledru)

Récurer (se faire)

Delvau, 1864 : Prendre des médicaments, mercuriels, ou autres, pour guérir des véroles gagnées au doux jeu d’amour.

Voyez, là-bas, le sémillant Mercure
Et ses fuseaux qui’tricotent gratis,
Représentant le dieu qui nous récure
Et la maison Giraudeau père et fils.

(Gustave Nadaud)

Redingoteux

France, 1907 : Fashionable à longue redingote ; synonyme de crevé, gommeux, etc.

Un peuple ne vit pas seulement de pain de farine, mais de toute parole qui tombe, comme la manne des nuages, de la bouche melliflue de ses poètes. L’échange du verbe est sacré, même contre espèces, et la France a droit à ses calembours inimitables. Respect aux produits intellectuels dont s’alimente, dans la Haute, le baccalauréat rentre des redingoteux et, dans la Basse, la semi-instruction obligratuite et républicâtre des pauvres gens.

(É. Bergerat)

Rutière

Vidocq, 1837 : — Les Rutières sont des filles publiques d’un genre tout particulier, que la police appelle Filles isolées. Elles sont toutes voleuses, et exercent dans les rues qui avoisinent le Palais-Royal, et les rues désertes.
La mise des Rutières, qui marchent toujours deux de compagnie, est semi-bourgeoise. Elles ne font pas ce qu’en terme du métier on nomme miché, mais elles accostent sur la voie publique l’individu sur lequel elles ont jeté leur dévolu, et savent en un clin-d’œil lui enlever sa bourse, son portefeuille ou sa montre.
Les Rutières ont quelquefois commis des vols très-considérables. Dans le courant de l’année 1813, deux de ces femmes, Pauline la Vache et Louise la Blagueuse, enlevèrent 50,000 francs de billets de banque à un officier payeur qui devint presque fou de désespoir. Une autre fois, la belle Lise et Julie Petit-Jean volèrent à un marchand de blé de la Beauce une bourse contenant 8,500 francs en or.
Les amans des Rutières sont presque toujours derrière elles, et dès qu’elles ont fait un chopin (un vol), si elles sont coiffées d’un bonnet et sans châle, elles sont aussitôt affublées d’un chapeau et couvertes d’un châle que leur amant tient en réserve. Elles ne craignent donc pas d’être reconnues par la personne qu’elles ont volé, si par hasard elles rencontrent cette personne avant que le chopin soit déposé en lieu de sûreté.
Les Rutières volent rarement ailleurs que sur la voie publique, car elles connaissent l’article du Code Pénal qui punit de la réclusion les vols commis dans l’intérieur d’une maison habitée. À l’approche des grandes fêtes toutes les Rutières que l’on pouvait attraper étaient arrêtées, et on les envoyait passer quelques mois à Saint-Lazare.
Le récit d’une aventure assez comique qui arriva à un agent secret de la police de sûreté de la ville de Paris, en 1815, trouve sa place naturelle à la suite de cet article sur les Rutières.
Cet agent suivait depuis déjà long-temps deux Rutières très-adroites, nommées Agathe Flot, dite la Comtesse, et Émélie Nanjou. Rue Saint Honoré, à la hauteur de l’hôtel d’Angleterre, ces deux femmes abordèrent un vieux monsieur auquel elles enlevèrent une bourse verte, après une conversation de quelques instans. Lorsque le vol fut commis, l’agent s’approcha des deux Rutières qui ne connaissaient pas sa qualité, et qui lui apprirent que la bourse qu’elles venaient d’enlever contenait cinquante Napoléons. L’agent, qui n’avait pas perdu de vue le vieux monsieur, quitta les Rutières après leur avoir donné rendez-vous, et alla rejoindre leur victime au café qui, à cette époque, occupait le coin des rues Richelieu et Saint-Honoré.
« Monsieur, dit-il au vieillard, lorsque vous êtes sorti de chez vous vous aviez une bourse de soie verte? — Oui, Monsieur. — Cette bourse contenait cinquante Napoléons. — Oui Monsieur. — On vient de vous la voler. — C’est vrai, Monsieur, répondit le vieillard, après avoir fouillé dans toutes ses poches. — Eh bien ! Monsieur, si vous voulez me suivre, vous retrouverez votre bourse, et les deux femmes qui vous l’ont volée seront arrêtées. — Vous êtes mouchard, à ce qu’il paraît, dit alors le vieillard. — Je suis agent de la police de sûreté, répondit son interlocuteur. — Eh bien ! monsieur-le Mouchard, je ne veux pas aller avec vous. Je veux être volé, moi ; cela me convient ; qu’avez-vous à dire à cela ? » L’agent, qui ne s’attendait pas à une pareille réception, se retira honteux comme un renard qu’une poule aurait pris.

Delvau, 1866 : s. f. Fille publique d’une catégorie à part décrite par Vidocq (p. 73).

Rigaud, 1881 : Fille et voleuse de joie.

La Rue, 1894 : Fille publique et voleuse.

Virmaître, 1894 : Voleuse ou fille publique, souvent les deux à la fois (Argot des voleurs).

France, 1907 : Fille publique qui raccroche dans les rues et qui vole à l’occasion.

Sac-au-dos

France, 1907 : Séminariste. Cette expression date de l’époque où les élèves des séminaires durent subir la loi militaire.

Le Capitaine. — Pourquoi tu ne sors jamais le dimanche ?
Varon. — Parce que… mon…
Le Capitaine. — C’est un vœu ?
Varon. — Non, mon cap…
Le Capitaine. — Alors ? T’as donc pas une Jeannette en ville ?
Varon. — Non, non cap’taine…
Le Capitaine — Non ? T’es une emplâtre, un navet ! Je te fais pas mes compliments. Et pourquoi ça t’as pas de bonne amie ?
Varon, — Parce que, mon cap…
Le Capitaine. — Hé ?
Varon. — Ça m’est défendu !
Le Capitaine. — Défendu ? T’es pas malade ?
Varon. — Non, mon capitaine. C’est pas pour ça.
Le Capitaine. — Pourquoi ? Allons ! Avoue. Je sens qu’il y a une saleté là-dessous.
Varon, fermement. — Je suis séminariste, mon capitaine.
Le Capitaine, abasourdi. — Ah… tu… oh !… Ah ! tu es sémina… Tiens… tiens… (Un silence.) Ainsi, vous êtes un sac-au-dos ?…
Varon. — Oui, mon capitaine.

(Henri Lavedan)

Saint Antoine (compagnon de)

France, 1907 : Cochon.

Sous les superbes harnais
Au bois ballade la diva
Peinturlurée ;
Elle rit à ce frais décor ;
Hier pourtant elle était encor
Dans la purée.
Mais il s’est enfui le guignon,
Et, grâce à certain compagnon
De saint Antoine
Qui l’idolâtre sans lapin,
Elle gagne aisément son pain
Et ton avoine.

(Semiane)

Faire comme de pourceau de saint Antoine, se fourrer partout. Dicton appliqué aux parasites et pique-assiettes et qui fait allusion aux cochons d’une grande abbaye du Dauphiné, l’abbaye de Saint-Antoine de Viennois, qui, une clochette au cou pour les faire reconnaitre, allaient vagabonder dans les villages voisins, entraient dans chaque maison pour y manger sans qu’on osât les chasser par respect du saint auquel ils étaient voués. On dit, dans le Midi, d’un individu qui va de tous côtés, par monts et par vaux : coureur comme le porc de saint Antoine. Voir Mal Saint-Antoine.

Séminaire

Rigaud, 1881 : Bagne, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Bagne ; Argot des malfaiteurs qui font allusion à l’absence de femmes.

France, 1907 : Cage où l’on met les poulets à l’engrais ; ils y sont séparés des autres, privés des plaisirs de la basse-cour.

Socialo à la manque

France, 1907 : Faux socialiste.

L’antisémitisme est, au point de vue économique, un dérivatif de la question sociale — tout comme l’est, au point de vue gouverne mental, le socialisme politicard.
Les socialos à la mangue nous jacassent : « Foutez-nous au timon gouvernemental et on fera votre bonheur. »
Les antisémites nous bavent : « Serrez le kiki aux richards juifs et c’en sera fait de l’exploitation. »
Ces deux boniments sont — autant l’un que l’autre — deux couleuvres.

(Le Père Peinard)

Soupes (marchand de)

France, 1907 : Maître de pension.

C’est dans un minimum variant de trois mois à trois ans que d’habiles marchands de soupes se chargent de transformer les jeunes cancres qui leur arrivent des quatre points cardinaux, fruits secs du petit séminaire de Pont-à-Mousson ou du collège de Saint-Germain en candidats à peu près présentables aux surnumérariats de l’enregistrement, des contributions indirectes ou au premier grade universitaire.

(Hector France, Les Va-nu-pieds de Londres)

Style-joujou

France, 1907 : Style semi-gothique dit de la reine Anne.

Baudelaire, qui n’aimait ni la Belgique ni les Belges, ainsi que ses œuvres posthumes l’attestent, range un peu dédaigneusement tout cela dans ce qu’il baptise le style-joujou. L’expression est d’un maître et fait image. Va pour style-joujou ! Mais le style-joujou ne me semble pas si déplaisant, et je le préfère à tout prendre au style-caisse d’emballage — maisons carrées toutes pareilles — qui attristent le Paris moderne.

(Paul Arène, Routes blanches et bleues)

Tacher une femme

Delvau, 1864 : Répandre à son intention — et quelquefois à son profit — un peu de liqueur séminale, en se branlant devant elle ou en la baisant en robe.

Mais d’là que j’ vous tache, mam’selle,
C’est la faute de vot’ bretelle :
Plus qu’ mon amour elle tenait.

(Béranger)

Taupière

France, 1907 : Séminaire, maison d’éducation religieuse ; allusion au travail occulte des cléricaux.

Train des équipages

France, 1907 : Tout ce qui suit.

Quand on est du séminaire, N. de D., on va à la messe, et puis à vêpres, et tout le train des équipages ! Pourquoi vous ne me demandez pas de permission pour faire vos histoires ?

(Henri Lavedan)

Trou

d’Hautel, 1808 : Boucher un trou. Acquitter, éteindre une créance.
Faire en deux coups six trous. Aller grand train ; aller vite en besogne.
Il met des chevilles à chaque trou. Se dit d’un homme qui a la riposte vive ; qui répond adroitement, et d’une manière improvisée, à tout ce qu’on peut lui dire.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, ou l’anus.

Les grands trous leur sont odieux, déplaisants et désagréables.

(Variétés hist. et litt.)

Nenni, non. Et pourquoi ? Pour ce
Que six sous sauvés m’avez,
Qui sont aussi bien dans ma bourse
Que dans le trou que vous savez.

(Collé)

Le bout était trop gros, ou le trou trop petit.

(Piron)

Il fallut donc recourir aux verges… dont je vis bientôt les effets, par la croissance de l’allumelle de mon homme, qui, profitant du moment, commença à jouer au trou-madame.

(Mémoires de miss Fanny.)

Je m’y pris avec tant d’adresse
Qu’elle me dit, plein’ de tendresse ;
Je t’accord’ le droit marital.
Puis elle ajouta, pour final.
Tu sais le côté gui me blesse,
Ah ! ne va pas dans le trou d’ bal !

(Chanson anonyme.)

Au séminaire de Montrouge…
Chacun, en amateur de cul,
Loin de jouer au trou-madame,
Jouait toujours au trou du cul,

(Chanson anonyme moderne)

La langue française
Est encore aujourd’hui si pauvre et si niaise,
Qu’elle n’a vraiment pas deux termes pour nommer
Cs petit trou mignon qui sait si bien charmer.

(L. Protat)

Il se couche comme cela sur le ventre de la fille, et lui fourre, dans le trou par où elle pisse, ce long engin, avec le plus grand plaisir du monde.

(Mililot)

Bernis chanta de Pompadour
Les trous qu’avait formés l’amour
Sur sa peau blanche et liste ;
N’en déplaise à l’auteur galant,
Moi, j’aurais chanté seulement
Le joli trou
Dont je suis fou,
Le joli trou qui pisse.

(J. Cabassol)

Delvau, 1866 : s. m. Chambre insalubre, logis incommode, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Emploi, position sociale. Faire son trou. Réussir dans la vie ; asseoir sa réputation, sa fortune, son bonheur.

Delvau, 1866 : s. m. Entr’acte d’un long déjeuner ou d’un long dîner pendant lequel on sert le cognac ou le madère. Faire un trou. Boire un verre de cognac ou de madère au milieu d’un repas, afin de pouvoir le continuer avec plus d’appétit.

Delvau, 1866 : s. m. Logis, habitation, — dans l’argot des bourgeois, qui disent souvent cela, par fausse modestie, d’une fort jolie maison de campagne.

Rigaud, 1881 : Prison. Mot à mot : trou de la réflexion, — dans le jargon des troupiers.

France, 1907 : Salle de police ; prison.

Au 13e on donne à la salle de police les noms familiers de clou, de bloc ou de trou. On dit encore l’ours ou l’ousteau… On peut y être condamné pour des fautes moins graves que l’assassinat de son père.

(Émile Gaboriau, Le 13e hussards)

Vive le vin ! Vive la bonne chère !
Vive la grinche ! Vive les Margotons !
Vive les cigs ! Vive la bonne bière !
Amis, buvons à tous les vrais garçons !
Le temps heureux a fini bien trop vite,
Car aujourd’hui nous v’là tous dans l’trou.

(Clément, Voleur à effraction)

France, 1907 : Village, bourgade, petite ville.

Ceux qui n’iront aux bains de mer, ni aux stations thermales, vont tout prosaïquement chez papa, à la campagne, tous les ans, à cette époque, le Parisien est pris de la nostalgie du purin. Il a besoin d’aller respirer le fumier paternel et de manger le foin des aïeux. Il fait sa malle, dit adieu à la compagnie avec quelque fracas et file vers un trou de province, assommant, monotone, où les mâchoires qui résistent au bâillement peuvent se vanter de la solidité de leurs charnières.

(Georges Montorgueil)

Oui, Madame, il faut qu’on s’en aille
Dans quelque petit trou normand,
Pour la santé de la marmaille
Et le repos de votre amant.

(Jacques Rédelsperger)

Viande à macquart

France, 1907 : Vieux cheval bon pour l’abattoir. Voir Macquart.

Tu supportes sur ton garrot,
Maintenant, l’affreux tombereau,
Puant l’ordure ;
Galeux, tu traverses Paris.
Sous les coups et sous les mépris
Ton corps frissonne ;
Soudain sur les genoux, vanné,
Tu tombes, roi trop couronné,
Ton heure sonne,
C’est la fin ; tour y passe, car
Voici la botte,
Voici le trou… Voici Macquart,
Meurs, Cocotte.

(Sémiane)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique