Delvau, 1866 : s. m. Maladie morale introduite dans nos mœurs par Alexandre Dumas, vers 1831, époque de la première représentation d’Antony, et qui consistait à se poser en homme fatal, en poitrinaire, en victime du sort, le tout avec de longs cheveux et la face blême. Cette maladie, combattue avec vigueur par le ridicule, ne fait presque plus de ravages aujourd’hui. Cependant il y a encore des voltigeurs du Romantisme comme il y a eu des voltigeurs de la Charte.
Antonisme
Cléricafard
France, 1907 : Réunion des mots clérical et cafard ; sorte de pléonasme, car tout clérical est cafard par grâce d’état, et le cafard est généralement un clérical, qu’il soit catholique, anglican, calviniste ou luthérien.
Les cléricafards, au lieu de se poser en victimes, devraient avoir la pudeur de se taire et de se faire oublier, afin qu’on ne leur rappelle pas les innombrables crimes qu’ils ont commis pendant tant de siècles.
(Louis Tranier, Le Souverain)
Gigot
d’Hautel, 1808 : Pour jambes.
Étendre ses gigots. Pour étendre ses jambes, les allonger d’une manière peu décente.
Rigaud, 1881 : Jambe humaine.
Elle n’allait plus que d’un gigot.
(Scarron, Gigantomachie)
La Rue, 1894 : Oui ! Compris ! Bravo ! Signifie aussi cuisse et main large.
Rossignol, 1901 : Oui. Gigots, les cuisses.
France, 1907 : Cuisse, main large.
— Vous avez vu ses gigots ? Ah ! elle en a des gigots ! C’est les plus beaux gigots du monde officiel, on peut le dire. Et il lui en faut de la place pour s’asseoir ! Ainsi, à votre fête, vous aviez des petites chaises dorées que vous aviez louées chez Belloir, à ce qu’on m’a dit… eh bien ! il lui en fallait deux pour se poser.
(Edgar Monteil, Le Monde officiel)
Un cordelier exploitait gente nonne
Qui paraissait du cas se soucier :
Presto ! presto ! disait le cordelier,
Haut le gigot, le coup de vêpres sonne,
— Ne vous troublez, lui répartit la bonne,
Ami, ce n’est encor que le premier.
(L’Abbé de Grécourt)
France, 1907 : Oui, entendu.
Glaci, glacis
France, 1907 : Verre de vin. Se poser un glacis dans le cornet, boire.
Glacis
Ansiaume, 1821 : Verre à boire.
Prêtes-moi tes glacis, nous allons picter une rouillarde.
Vidocq, 1837 : s. m. — Verre à boire.
Clémens, 1840 : Carreau en verre.
M.D., 1844 : Un verre.
Delvau, 1866 : s. m. Ton léger et transparent, — dans l’argot des artistes. Se poser un glacis. Boire, — ce qui amène la transpiration sur le visage et le fait reluire en le colorant.
Delvau, 1866 : s. m. Verre, — dans l’argot des voleurs, qui parlent anglais (glass) sans le savoir. Un glacis de lance. Un verre d’eau.
La Rue, 1894 : Verre à boire. Vitre.
Golgother (se)
France, 1907 : Se poser en martyr, en victime. Imiter Jésus sur le Golgotha.
Olibrius (faire l’)
France, 1907 : Faire le méchant, se poser en homme terrible et n’être que ridicule. C’est un souvenir du rôle effrayant que l’on faisait jouer dans quelques mystères, notamment dans celui de Sainte Reine, à Anicius Olibrius, époux de Placidie, fille de Valentinien III, et qui fut gouverneur des Gaules vers 472, sous Léon III. Suivant la légende, devenu amoureux de sainte Reine et ne pouvant arriver à ses fins, il la fit mettre à mort, sous prétexte qu’elle refusait de sacrifier aux dieux. On la suspendit à un chevalet, on la fouetta de verges et on lui déchira les chairs avec des griffes de fer. « Et, raconte Anatole France, qui redit cette légende semblable à toutes les légendes de saints et de martyrs, le sang coula du corps de la vierge comme d’une source pure. » Les assistants pleuraient et Olibrius, pour ne pas voir ce sang, se couvrit le visage de son manteau. Le martyre de sainte Reine, d’autres disent sainte Marguerite, fut le sujet de grand nombre de mystères et de chansons où Olibrius était représenté comme un fanfaron, un glorieux, un faux brave, un occiseur d’innocents.
Dans l’Étourdi Molière fait dire à Mascarille :
Courage, mon garçon, tout heur nous accompagne,
Mettons flamberge au vent et bravoure en campagne ;
Faisons l’olibrius, l’occiseur d’innocents.
On trouve dans un conte de Bonaventure Desperriers : « Mon mary, passez votre colère, et au lieu de faire ainsy l’olibrius, remerciez maître Itace. »
L’histoire cite un autre Olibrius, sénateur romain, proclamé empereur par surprise en 462 et que son incapacité fit, après trois mois, descendre du trône ; mais, comme l’a fort biem remarqué Ed. Thierry, « quand un nom se répand parmi les bonnes gens, ce n’est pas de l’histoire qu’il vient, c’est du théâtre ». C’est donc plutôt du gouverneur des Gaules que de l’empereur éphémère que nous vient le dicton.
Poser
Delvau, 1864 : Faire valoir habilement, aux yeux des femmes, les avantages qu’on possède dans son pantalon, par exemple eu se cambrant et en se présentant de profil.
Larchey, 1865 : Chercher à paraître ce qu’on n’est pas.
Que cherches-tu sous les meubles ? — Le naïf pour qui tu poses.
(E. Augier)
Pose et Poser sont donc substantif et verbe d’un sens vif et prompt, mais d’acceptation nouvelle, laquelle nous vient des arts et a bientôt passé dans le torrent du discours. Poser, c’est ne point vouloir être soi. Pendant le sombre procès de Tulle, toutes les femmes ont posé Mme Lafarge. Hélas ! des êtres sans méchanceté pour deux liards avaient posé Lacenaire quelque temps auparavant, etc., etc.
(Luchet)
L’homme qui pose se place généralement dans la situation qu’il sait la plus favorable, aux avantages physiques que lui a ou que ne lui a pas donné la nature.
(Ed. Lemoine)
Larchey, 1865 : Mettre en évidence.
Voilà un ménage qui pose une femme.
(Balzac)
C’est une manière ingénieuse… ça pose un homme.
(L. Reybaud)
Larchey, 1865 : Se laisser mystifier.
Il croyait toujours qu’on allait ce qui s’appelle le faire poser et se moquer de lui.
(Méry)
Delvau, 1866 : v. a. Mettre en évidence. Se poser. Faire parler de soi.
Delvau, 1866 : v. n. Afficher des sentiments ou des vices qu’on n’a pas ; se vanter de succès et de richesses imaginaires. Signifie aussi Tirer avantage de qualités morales ou physiques qu’on a ou qu’on croit avoir. Poser pour le torse. Passer pour un garçon bâti comme l’Antinoüs. Poser pour la finesse. Se croire très fin, très malin.
Rigaud, 1881 : Attendre depuis longtemps. — Être mystifié. — Se donner de l’importance. — Chercher à faire valoir ses avantages, soit physiquement, soit moralement, en prenant une attitude étudiée.
La Rue, 1894 : Attendre longtemps. Faire valoir les avantages que l’on croit posséder. Se vanter. Afficher des sentiments ou des vices que l’on n’a pas. Poser un lapin. V. Lapin.
Poser (se)
France, 1907 : Se faire valoir. « Se poser en matador quand on n’est qu’un capon. »
Ils sont de lui ces mots publics, tant colportés dont chacun faisait dans sa femme un trou plus mortel qu’une balle.
Un jour, comme il jouait aux cartes, il entendit qu’un jeune homme se vantait dans son dos d’avoir passé par l’alcôve d’Hélène.
C’était un fat qui cherchait une affaire pour se poser ; mon cousin le toisa et lui dit avec un détachement parfait :
— Monsieur, nous l’avons eue avant vous.
(Hugues Le Roux)
Tenir l’affiche
France, 1907 : Se dit d’un auteur dont la pièce a du succès : Il tient longtemps l’affiche.
Ce serait le cas peut-être de recourir à l’équation fameuse du barbier de Beaumarchais, et de se poser ce problème : À la valeur littéraire de la plupart de ceux qui détiennent l’affiche à Paris, combien y en a-t-il qui pourraient être de simples journalistes de talent ?
(Émile Bergerat)
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