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Décrocher

Larchey, 1865 : Faire tomber d’un coup de fusil.

Larchey, 1865 : Retirer du Mont-de-Piété. V. Clou — On dit aussi Déclouer.

Les révolutions m’ont réduite à mettre au clou les diamants de ma famille… faudra que tu me décroches ça, mon chéri.

(Lefils)

M. Auguste s’habille au décroche moi cela ce qui veut dire en français chez le fripier.

(Privat d’Anglemont)

Au Temple, un Décrochez-moi ça est un chapeau de femme d’occasion. — J’ai vu au carré du Palais-Royal (du Temple) des Décrochez-moi ça qu’on eût pu facilement accrocher au passage du Saumon.

(Mornand)

Delvau, 1866 : v. a. Dégager un objet du mont-de-piété, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer d’un coup de fusil, — dans l’argot des troupiers. Ils disent aussi Descendre.

France, 1907 : Sonner, voler à la tire. Abattre d’un coup de fusil. Se dit aussi pour retirer un objet du mont-de-piété, c’est-à-dire décrocher ce qui est au clou.

Pays de cocagne

France, 1907 : Pays où tout abonde, où l’on fait grande chère, où l’on vit bien sans travailler.
On n’est pas d’accord sur l’étymologie de ce nom. Le savant évêque Daniel Huet, qui fut adjoint à Bossuet pour l’éducation du Dauphin, prétend que c’est une corruption de gogaille, gogue, goguette. La Monnoye, l’auteur de la célèbre chanson de M. de la Palisse, philologue érudit, le fait venir de Merlin Coccaio, qui, dans sa manière macaronée, décrit une contrée qui serait un paradis pour les gastrolâtres. Mais bien avant le moine Théophile Falengo, caché pendant la première moitié du XVIe siècle sous le pseudonyme de Merlin Coccaie, on trouve le mot cocagne dans les vieux fabliaux. Un d’eux, écrit au XIIIe siècle, a même pour titre : C’est li fabliou de Coquaigne. Il est fort curieux et débute ainsi :

Li païs a nom Coquaigne,
Qui plus y dort, plus y gaaigne ;
Cil qui dort jusqu’a miedi,
Gaaigne cinc sols et demi,
De bars, de saumons et d’aloses
Sont toutes les maisons encloses ;
Li chevrons y sont d’esturgeons,
Les couvertures de bacons (jambons)
Et les lates sont de saucisses…
Par les rues vont rostissant
Les crasses oes (les grasses oies) et tornant
Tout par elles (d’elles-mêmes) et tout ades
Les suit la blanche aillie (sauce à l’ail) après.

C’est ce qui a fait croire à Geruzez et à Littré après lui que cocagne venait de coquina (cuisine) ou de coquere (cuire) en passant par le catalan coca.
Voilà bien de l’érudition et c’est remonter à bien des sources quand l’étymologie se trouvait, c’est le cas de le dire, sous la main.
Cocagne vient de coquaigne, justement comme on le trouve écrit dans de fabliau du recueil de Méon, et coquaigne est un pain de pastel du Languedoc. Comme la vie y était facile, la terre fertile, les fruits en abondance et le climat charmant, on appelait ce pays, pays de Coquaigne, c’est-à-dire où les habitants mangeaient d’excellents petits gâteaux à très bon marché, buvaient de bon vin à peu de frais, enfin ne travaillaient guère.
Legrand, dans le Roi de Cocagne, a donné de ce merveilleux pays un tableau qui est loin de valoir celui du fabliau du XIIIe siècle :

Veut-on manger, les mets sont épars dans les plaines ;
Les vins les plus exquis coulent de nos fontaines ;
Les fruits naissent confits dans toutes les saisons ;
Les chevaux tout sellés entrent dans les maisons ;
Le pigeonneau farci, l’alouette rôtie,
Vous tombent ici-bas du ciel comme la pluie.

Terminons par cette fin de la satire de Boileau :

Paris est pour le riche un pays de Cocagne ;
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ;
Il peut, dans son jardin tout peuplé d’arbres verts,
Recéler le printemps au milieu des hivers ;
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
Aller entretenir ses douces rêveries,
Mais moi, grâce au destin, qui n’ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu.

Saumon

Rigaud, 1881 : Personne riche décédée, — dans le jargon des croque-morts qui appellent merlans les trépassés de peu d’importance.

Virmaître, 1894 : Homme riche.
— Emballons le saumon avec précaution ; il y a du pèze (Argot des croquemorts).

Hayard, 1907 : Personne riche.

France, 1907 : Richard qu’on enterre ; croque-mort. « Heureux comme le saumon dans la gave », dicton des Landes indiquant qu’on jouit de la fortune et du bien-être.

Sterlet

France, 1907 : Poisson que l’on pêche dans le Volga, le Dnieper et quelques fleuves sibériens. Sa chair est fort estimée des Russes.

Le petit verre de fine sera remplacé par un petit verre de kummel ou d’eau-de-vie de grain : il n’y aura pas moyen de l’éviter. Et au prochain vernissage je vois déjà poindre, au déjeuner, un sterlet sauce tartare, qui remplacera le saumon sauce verte.

(Gil Blas)

Tripier

France, 1907 : Employé d’abattoir chargé spécialement des parties intestinales des animaux tués.

Ailleurs, les tripiers traversent la tuerie en portant à bout de bras d’énormes choses molles et violettes, ou d’une sanguinolence saumonée.

(Maurice Talmeyr, La Cité de Sang)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique