Halbert, 1849 : Sasser.
Aboudier
Abour
Halbert, 1849 : Sas ou tamis.
France, 1907 : Crible ; argot des voleurs.
Affaire
d’Hautel, 1808 : Monsieur tant affaire. Sobriquet qui signifie positivement un faiseur d’embarras, un charlatan.
Son affaire est dans le sac. Son affaire est faite. La première de ces locutions signifie qu’une affaire est conclue, terminée ; la seconde se dit d’une personne perdue, ruinée ; d’un criminel qui a subi sa sentence.
Faire ses affaires. Pour satisfaire à ses besoins naturels.
Les affaires font les hommes. Veut dire qu’un homme quelqu’inapte qu’il soit, devient habile dans un haut emploi.
Vous avez fait là une belle affaire. Se dit par ironie et par reproche à quelqu’un qui a commis quelqu’indiscrétion qui petit lui être nuisible.
À demain les affaires. Pour, nous verrons cela demain ; aujourd’hui ne pensons qu’à nous divertir.
Ceux qui n’ont point d’affaires s’en font. Signifie qu’il est dans la nature de l’homme de s’inquiéter, de se tourmenter, d’agir continuellement d’une manière ou d’autre.
Il entend ou il sait les affaires. Pour dire qu’un homme est habile et exercé dans les négociations ; qu’il se conduit avec prudence et selon les conjonctures.
Avoir affaire à la veuve et aux héritiers. Avoir de l’occupation par-dessus les yeux ; ne savoir auquel entendre ; être obligé de répondre à plusieurs personnes, à plusieurs parties divisées d’intérêts.
Bras-de-Fer, 1829 : Vol.
Delvau, 1864 : L’acte vénérien, le membre viril de l’homme, ou le con de la femme.
Le grand cordelier ayant achevé son affaire.
(Moyen de parvenir)
Macette, on ne voit point en l’amoureuse affaire
Femme qui vous surpasse en traite d’agilité.
(Cabinet satyrique)
Pense que peut en cela faire
Qui se plait à l’affaire.
(Jodelle)
Elle disait qu’il n’y avait si grand plaisir en cette affaire que quand elle était à demi forcée et abattue.
(Brantôme)
Dites-vous que l’amour parfait
Consiste en l’amoureuse affaire.
(Théophile)
Le jeune homme puceau l’appelle son affaire.
(Protat)
Mon cher ami, j’ai l’habitude
De me couvrir, en me baignant,
D’un sac qui me cache et me serre
Des pieds jusques à l’estomac…
Parbleu ! c’est prudent, dit Voltaire,
Et votre affaire est dans le sac.
(C. Fournier)
Que voulez-vous que je vous donne pour me permettre d’arracher un poil de votre affaire ?
(D’Ouville)
Delvau, 1866 : s. f. Vol à commettre. Argot des prisons.
Rigaud, 1881 : Vol en perspective. — Affaire à la manque, procès.
La Rue, 1894 : Vol ou assassinat. Affaire juteuse, affaire fructueuse.
Virmaître, 1894 : Pour les voleurs, tous genres de vols sont des affaires (Argot des voleurs).
Aller à la retape
Delvau, 1866 : v. n. Attendre quelqu’un sur une route pour l’assassiner. Argot des prisons.
France, 1907 : Aller attendre quelqu’un sur la route pour le tuer ou le voler ; argot des voleurs. Dans l’argot des filles, c’est aller à la recherche d’un client.
Allumeuse
Delvau, 1866 : s. f. Marcheuse, dans l’argot des filles.
Rigaud, 1881 : Femme payée par l’administration d’un bal public pour danser et avoir l’air de beaucoup s’amuser. — Femme dont le métier consiste à attirer l’attention des hommes, à faire de l’œil, sur la voie publique, dans les théâtres, en chemin de fer et ailleurs. Elle cherche à allumer sa victime, à l’incendier de son regard.
La Rue, 1894 : Femme payée pour donner l’entrain dans un bal ou pour attirer les hommes.
France, 1907 : Femme chargée par les dames des maisons de prostitution de recruter des clients.
Nous trouvons justement à la porte de l’hôtel une gitana aux yeux flamboyants qui guettait notre sortie. Bien qu’elle fut maigre comme une bonne jument du Haymour, elle était encore assez jeune et passable pour battre pour son compte les buissons de Cythère ; mais, veuve et chargée de famille, elle ne travaillait que pour autrui.
Retirant de son doigt une bague, comme dans les vieux romans espagnols, elle nous la présenta, non pour nous l’offrir de la part d’une señora prise subitement du mal d’amour, mais pour nous la vendre.
Ce commerce de l’unique bijou qu’elle possédat ne servait qu’à en couvrir un autre, car, continuant à tenir sa bague du bout des doigts, elle nous raconta confidentiellement qu’elle connaissait deux señoritas muy hermosas et muy jovenes (très belles et très jeunes) qui raffolaient des seigneurs français.
C’était une allumeuse.
(Hector France, Sac au dos à travers l’Espagne)
Amoureux
d’Hautel, 1808 : Amoureux des onze mille vierges. Terme de dérision. Homme volage et inconstant ; cœur banal qui s’enflamme également pour toutes les femmes.
Amoureux transi. Homme indifférent et flegmatique, qui n’aime que par calcul et intérêt.
France, 1907 : Bossu, dans l’argot populaire.
(Une bande de bambins poursuivant un enfant bossu.) — Hue ! l’amoureux, hue !
L’enfant. — Laissez-moi, vous me faites du mal !
La bande. — Hue ! l’amoureux, hue ! (Ils le frappent et le renversent.)
L’enfant. — Vous êtes méchants, vraiment… brigands, assassins, voleurs ! Ne me battez pas tous à la fois aujourd’hui, vous me battrez demain.
La bande. — Hue ! l’amoureux, hue !
L’enfant. — Oh ! si j’étais fort !
Tous. — Fort à quoi, l’amoureux, fort à quoi ?
L’enfant. — Fort, fort à casser le ciel, je vous écraserai tous.
La bande. — Hue ! l’amoureux, hue !…
Le bourgeois, attendri. — Chers enfants ! C’est l’espoir de la France, oui, monsieur, l’espoir de la France ; oui, monsieur, l’espoir de la France.
(Jules Noriac)
Amusette (faire l’)
Delvau, 1864 : Se peloter mutuellement en attendant le moment de baiser, ou après avoir baisé ; plus spécialement, se branler avec l’extrémité d’un membre viril, quand on est femme.
Lorsque nous avions couru quelques postes et que j’avais quelque peine à remonter sur ma bête, elle, qui n’était ni fatiguée ni rassasiée, s’emparait avec autorité de ma lavette et faisait l’amusette.
(A. François)
Apache
France, 1907 : Voleur, souteneur et, au besoin, assassin. Ce néologisme est de date récente ; il a été donné aux bandits de Paris et de la banlieue, en souvenir de la férocité de la tribu des Peaux-Rouges de ce nom.
Sans être lâche outre mesure,
Les apaches, je vous assure,
Qui, sous l’œil du gouvernement,
Empoisonnent la Métropole,
Me causent une terreur folle,
Rien que d’y penser seulement.
(Raoul Ponchon)
anon., 1907 : Nom dont s’affublent certains bandits de la capitale, qui vivent d’attaques nocturnes.
Apaiser
La Rue, 1894 : Assassiner.
France, 1907 : Assassiner ; la meilleure manière, en effet, d’obtenir le silence.
Arçon (faire l’)
Vidocq, 1837 : v. p. — Faire le signal qui sert aux voleurs, et plus particulièrement aux assassins de profession, pour se reconnaître entre eux. Ce signal se fait de cette manière : le bruit d’un crachement et simuler un C sur la joue droite et près du menton, avec le pouce de la main droite. On fait aussi l’arçon pour avertir celui qui se dispose à travailler (à voler), de ne pas commencer, attendu qu’il est observé ou en danger d’être saisi.
Arnau
Halbert, 1849 : Mauvaise humeur.
Delvau, 1866 : s. m. Mauvaise humeur, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. C’est une contraction de Renauder.
Rigaud, 1881 : Braillard, individu qui se répand en criailleries, dès qu’il s’aperçoit qu’on veut lui faire du tort, qui renaude, dans le jargon des voyous. C’était, autrefois, le pante arnau, la dupe braillarde et récalcitrante. — Pourquoi avez-vous assassiné cet homme ? — Dame ! mon président, il était aussi par trop arnau.
Arrondir
d’Hautel, 1808 : Commencer à s’arrondir. Locution gourmande qui signifie en venir à être las de manger ; avoir la bedaine bien remplie ; être presque rassasié.
On dit aussi d’un homme qui de jour en jour augmente ses économies et son bien-être, qu’Il commence à s’arrondir.
Assassin
d’Hautel, 1808 : Le peuple dit Assassineur. Si un littérateur distingué, avance dans une Néologie dont il est l’auteur, que l’on doit dire assassinateur, assassinement, pourquoi ne seroit-il pas permis au peuple, privé des ressources de l’étude et de l’instruction, de dire tout simplement assassineur ?
Un assassineur de morts. Terme de dérision, pour dire un bravache, un fanfaron, un enfonceur de portes ouvertes.
France, 1907 : Adversaire politique ou religieux ; homme qui ne pense pas comme vous.
L’abbé Grégoire, le conventionnel, écrivait un jour à l’un de des collègues :
— Venez donc dîner demain chez moi. Hier, à la tribune, vous m’avez appelé assassin. Mais, en politique, on sait qu’un assassin est un homme qui n’a pas les mêmes opinions que vous.
Attendre l’omnibus
France, 1907 : Lorsqu’un voleur fait le guet à une heure indue et dans quelque endroit isolé, il répond aux agents qui l’ont surpris et lui demandent ce qu’il fait là, qu’il attend l’omnibus. Tout le monde sent la justesse et l’ironie de cette expression. Rien ne rappelle, en effet, l’attitude du voleur qui se tient aux écoutes, pendant que ses complices font leur main, comme celle du bourgeois ou de la bourgeoise qui attend l’omnibus.
Le président. — Vous êtes accusés d’avoir assassiné un invalide qui rentrait à l’hôtel.
Boulard. — De quoi ?… C’est pas vrai… Ah !
Le président. — Que faisiez-vous sur l’esplanade des invalides à une heure du matin ?
Boulard. — De quoi ?… J’attendais l’omnibus… Ah !
(Alph. Karr, Les Guêpes)
Et en attendant l’omnibus, cet honnête coquin tuait l’invalide… pour lui voler son nez d’argent ! Il paya ce nez de sa tête.
Les voleurs ainsi surpris s’excusaient autrefois en disant qu’ils cherchaient leur chien. On les appelait chercheurs de barbet.
(Oudin, Curiositez françoises)
Toute invention nouvelle est la source de quantité d’expressions qui passent bientôt du sens propre dans le sens figuré, et donnent lieu à une foule de métaphores. C’est par là que les langues s’enrichissent, que les idées s’étendent et deviennent plus claires, parce qu’on a plus de mots pour les exprimer. C’est au goût à faire le choix de ces mots et à les appliquer.
(Ch. Nisard)
Balancer ses alênes
Delvau, 1866 : v. a. Quitter le métier de voleur pour celui d’honnête homme, à moins que ce ne soit pour celui d’assassin.
Virmaître, 1894 : Quitter le métier de voleur. Deux escarpes sont embusquées au coin d’une rue ; de loin, ils voient passer un garçon de recettes, une lourde sacoche sur l’épaule. — Quel dommage, dit l’un, que l’on ne puisse effaroucher son pognon. Je balancerai mes alênes et j’irai vivre honnête dans mon patelin (Argot des voleurs).
Balinstringuer
France, 1907 : Jeter de haut en bas, d’une fenêtre ou d’un mur. Assassiner. Réunion fantaisiste des deux verbes balancer et dinguer.
Balinstriquer
Fustier, 1889 : Argot des malfaiteurs. Tuer, assassiner.
Tu sais, lui avait-il dit, j’ai fait un sale coup, j’ai balinstriqué une femme dans les fortifications. Si jamais tu le dis, c’est ma tête qui est à couper.
(Gazette des Tribunaux, septembre 1884)
La Rue, 1894 : Assassiner. Jeter de haut.
Bataille
d’Hautel, 1808 : C’est son grand cheval de bataille. Pour dire, c’est là son renfort, ce sont les argumens auxquels il a habituellement recours pour se tirer d’embarras.
Sauver quelque chose de la bataille. Sauver ce que l’on peut d’une ruine totale.
Delvau, 1864 : Sous-entendu amoureuse. L’acte vénérien, d’où nous sortons lassés, mais non rassasiés ; vaincus faute de munitions, mais non dégoûtés. — On dit aussi : Jouer à la bataille.
La lance au poing il lui présente la bataille.
(Les Cent Nouvelles nouvelles)
Lors s’écrie en riant : Je vois en ce réduit
Un lit,
Qui servira toute la nuit
De champ à sanglante bataille.
(La Fontaine)
Batterie
Vidocq, 1837 : s. m. ab. — Mensonge, patelinage.
Larchey, 1865 : Mensonge (Vidocq). — Allusion aux batteries d’artillerie dont le jeu est souvent caché. On dit de même usuellement démasquer ses batteries — Un faiseur de batteries s’appelle un batteur. Battre : Contrefaire, mot à mot : faire une batterie. — Ce verbe a un peu le même sens dans l’expression actuelle : battre froid. Battre job, battre comtois : Faire le niais (Vidocq). — V. Job, comtois. — Battre morasse : Crier à l’aide, mot à mot : crier à la mort, à l’assassin. — Battre a un autre sens dans Battre son quart (V. Quart), et Battre sa flème : Ne rien faire. — Il a ironiquement le sens actif.
Delvau, 1866 : s. f. Coups échangés, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Batture.
Delvau, 1866 : s. f. Menterie, — dans le même argot [des faubouriens]. Batterie douce. Plaisanterie aimable.
France, 1907 : Mensonge, même sens que battage : du vieux mot baster, tromper. Batterie de cuisine, les dents, la langue, le palais, le gosier, enfin tout l’attirail qui sert à déguster les mets.
Bibine
Delvau, 1866 : s. m. Cabaret de barrière, — dans l’argot des chiffonniers.
Rigaud, 1881 : Bière, — dans le jargon des voyous.
Rigaud, 1881 : Cabaret. Espèce de taverne où vont manger et boire les pauvres diables qui n’ont que trois ou quatre sous à dépenser par jour. Bibine signifie débine.
On en compte plusieurs sur la rive gauche, aux environs de la place Maubert… Il est des bibines aristocratiques. Rue de Bièvre, à la Taverne anglaise : la canette y coûte 10 centimes.
(Imbert, À travers Paris inconnu)
Rigaud, 1881 : Sœur de charité, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Sœur de charité. Bière de basse qualité. Mauvais petit cabaret.
Virmaître, 1894 : Assommoir de bas étage, où tous les liquides les plus étranges, connue jadis à la bibine du Lapin blanc chez le père Mauras, sont servis aux consommateurs (Argot du peuple). V. Assommoir.
Rossignol, 1901 : Un liquide de mauvaise qualité ou pas frais, c’est de la bibine.
Hayard, 1907 : Assommoir, mauvaise bière.
France, 1907 : Cabaret de bas étage ; du latin bibere, boire, espagnol beber. On trouve dans Un Joli monde, de l’ancien chef de la sûreté, G. Macé, une intéressante description de bibine.
Ces gens-là mangent peu, l’acool les nourrit ; mais quand la fin les talonne par trop, ils vont dans un restaurant à bon marché. Chaque quartier a les siens. L’un des plus curieux est celui de la Moc-aux-beaux, situé rue de Bièvre, à côté de la place Maubert. L’entrée se trouve au bout d’un long couloir, précédant une cour boueuse et sombre. Sur une porte, garnie de petites vitres recouvertes d’un rideau transparent aux couleurs indécises, au tissu rongé par le temps, on lit le mot Bibine. La porte poussée, on se trouve dans l’unique pièce servant de cuisine et de salle à manger. Bien que vaste, cette salle, au plafond bas, a plutôt l’aspect d’une cave, que d’un restaurant. Une quinzaine de tables permettent de recevoir à la fois un assez grand nombre d’affamés.
Outre les ivrognes du quartier, cette gargote est fréquentée par des mendiants, manchots, aveugles, culs-de-jatte, tondeurs de chiens, ramasseurs de bouts de cigares, ouvreur de portières, et les joueurs de serinette aux sons nasillards et sans force qui n’empêcheraient plus Fualdès d’être assassiné.
Là, point de filles de débauche, ni de voleurs ; aussi ne s’y passe-t-il jamais rien d’anormal.
Depuis le potage jusqu’au dessert, tous les mets sont à dix centimes. La nourriture est saine et la boisson potable. Naturellement on paie comptant. Le restaurateur ne s’enrichit pas ; mais il gagne sa vie, et cela lui suffit.
Bibine signifie aussi sœur de charité, ou petite bière dans certains département de l’Est.
Binette à la désastre
Rigaud, 1881 : Tête du créancier impayé. (Almanack des débiteurs, cité par L. Larchey)
Bouillon
d’Hautel, 1808 : Prendre un bouillon. Signifie se jeter à l’eau dans le dessein de se détruire.
On lui a donné un bouillon de onze heures. Pour, on lui a fait prendre un breuvage empoisonné ; on l’a empoisonné.
Il a bu un fameux bouillon. Manière burlesque de dire qu’un marchand a essuyé une perte considérable ; qu’il s’est blousé dans ses spéculations.
Il va tomber du bouillon. Pour dire une averse ; il va pleuvoir.
Larchey, 1865 : Mauvaise opération. — Allusion aux gorgées d’eau qui asphyxient un noyé.
Il a bu un fameux bouillon : il a fait une perte considérable.
(d’Hautel, 1808)
Prendre un bouillon d’onze heures : Se noyer, s’empoisonner.
Bouillon de canard : Eau.
Jamais mon gosier ne se mouille avec du bouillon de canard.
(Dalès)
Bouillon : Pluie torrentielle.
Il va tomber du bouillon, pour dire une averse.
(d’Hautel, 1808)
Bouillon pointu : Lavement. Double allusion au clystère et à son contenu.
Dieu ! qu’est-ce que je sens ? — L’apothicaire (poussant sa pointe) : C’est le bouillon pointu.
(Parodie de Zaïre. Dix-huitième siècle)
Bouillon pointu : Coup de baïonnette :
Toi, tes Cosaques et tous tes confrères, nous te ferons boire un bouillon pointu.
(Layale, Chansons, 1855)
Delvau, 1866 : s. m. Mauvaise affaire, opération désastreuse. Même argot [des bourgeois]. Boire un bouillon. Perdre de l’argent dans une affaire.
Delvau, 1866 : s. m. Pluie, — dans l’argot du peuple. Bouillon qui chauffe. Nuage qui va crever.
Rigaud, 1881 : Exemplaires non vendus d’un journal. Dans certains journaux on reprend le bouillon ; dans d’autres il reste au compte du marchand. Rendre le bouillon, rendre les exemplaires non vendus.
Rigaud, 1881 : Restaurant où les portions semblent taillées par un disciple d’Hahnemann, où l’on paye la serviette, où la nappe brille par son absence, mais où les prix ne sont pas plus élevés qu’ailleurs.
La Rue, 1894 : Journaux ou livres invendus. Bouillonner, ne pas vendre ses livres ou journaux.
France, 1907 : Mauvaise affaire, opération funeste ; d’où l’expression boire un bouillon. En termes de librairie, les bouillons sont les exemplaires non vendus d’un livre ou d’un journal.
La plupart des administrations de journaux de Paris ont l’habitude de reprendre aux marchands des kiosques, dans une proportion déterminée, les journaux non vendus. Ce stock de journaux non vendus, constitue ce qu’en terme de métier on appelle les bouillons. Certaines marchandes spéculent sur cet usage et recourent au petit procédé suivant pour augmenter leurs bénéfices : elles louent aux cafetiers et aux marchands de vins, voisins de leurs kiosques, des journaux qu’elles font ensuite passer dans leurs bouillons.
Se dit aussi, dans l’argot du peuple, pour pluie : bouillon qui chauffe, pluie qui menace ; bouillon aveugle, bouillon trop maigre, sans yeux ; bouillon d’onze heures, breuvage empoisonné ; bouillon de canard, eau ; on dit aussi dans le même sens élixir de grenouilles ; bouillon pointu, lavement, coup de baïonnette.
Bouquet
d’Hautel, 1808 : On dit d’un vin qui a un goût agréable, qu’il a un joli bouquet.
Vous n’êtes pas encore au bouquet. Se dit par ironie d’une affaire désagréable-dont le résultat doit être pis encore que les commencemens.
Voilà le bouquet. Pour dire la fin, la conclusion.
Elle a le bouquet sur l’oreille. Se dit d’une demoiselle qui est à marier, ou qui montre de bonne heure des dispositions à l’œuvre du mariage.
Faire porter le bouquet. C’est-à-dire, être infidèle à la foi conjugale.
Donner le bouquet à quelqu’un, équivaut à donner le bal. C’est-à-dire, lui faire de vives réprimandes, le tancer vertement.
Ansiaume, 1821 : Don.
Il faut un bouquet au vadoult pour qu’il donne l’affaire.
Delvau, 1866 : s. m. Accident heureux ou malheureux. C’est le bouquet ! Cela complète mon malheur.
Delvau, 1866 : s. m. Boni, prime de 25 pour cent accordée à L’homme de peine qui a voulu s’abstenir ; chopin de la première affaire. Argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. m. Cadeau, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Gratification de voleur à voleur.
Rigaud, 1881 : La fin d’un événement important, d’une conversation. — C’est le bouquet, c’est le plus beau, le plus surprenant de l’affaire ; par allusion au bouquet final d’un feu d’artifice.
Virmaître, 1894 : Quand un nourrisseur de poupard a bien préparé une affaire, et que le vol a été fructueux, il reçoit une prime de ses complices, quelquefois quarante pour cent ; cela se nomme recevoir un bouquet (Argot des voleurs).
France, 1907 : Cadavre, à cause sans doute de l’odeur ; argot des faubourgs. « Mince ! il y a cinq bouquets à la Morgue. » Cadeau. C’est le bouquet, c’est le comble, ce qui termine le désastre ou la fête ; allusion au bouquet des feux d’artifices.
Brutium
Fustier, 1889 : Le Prytanée militaire de La Flèche.
Tout le monde connaît le Prytanée militaire de La Flèche ; la règle y est grave et la discipline aussi sévère qu’au régiment même. Les classiques d’il y a cinquante ans imaginèrent que c’était là une éducation à la Brutus, d’où le terme Brutium pour caractériser l’école, d’où celui de Brutions pour qualifier les privilégiés soumis à cette éducation.
(Le siècle, 1880)
France, 1907 : Prytanée militaire de la Flèche, appelé ainsi à cause de la discipline sévère qui régnait autrefois dans cet établissement, où les élèves étaient traités en soldats. De Brutus, rigide républicain, assassin de son père César, ou peut-être encore de brutus, signifiant stupide, abruti par les punitions.
Je n’ai pas revu le Brutium depuis ma sortie, il y a de cela belle lurette. Des camarades qui y revivent en leurs fils m’écrivent que tout est bien changé ; le régime est plus doux, les punitions sont moins sévères et moins prodigalement distribuées.
On ne condamne plus un bataillon entier au piquet en des matinées glacées d’hiver, parce que quelques mutins ont murmuré, quelques turbulents ont parlé dans les rangs.
(Hector France)
Bute, bute à regret
Rigaud, 1881 : Guillotine. Buter, guillotiner, tuer, assassiner ; du vieux mot : buter, frapper, renverser ; d’où culbuter, dans la langue officielle.
Buter
Bras-de-Fer, 1829 : Guillotiner.
Vidocq, 1837 : v. a. — Tuer.
Clémens, 1840 / M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Tuer.
Delvau, 1866 : v. a. Assassiner, — dans l’argot des voleurs, qui ont un salutaire effroi de la bute.
La Rue, 1894 : Tuer. Assassiner. Guillotiner.
Hayard, 1907 : Tuer.
Butté (être)
anon., 1827 : Être guillotiné.
France, 1907 : Être guillotiné, être assassiné.
Il suppute les heures, maintenant, comme il comptait les jours sur ses doigts, calculant qu’il cause de l’exécution d’Albi, les « bois » n’arriveraient qu’à telle date et que ce serait pour tel matin. Alors à sa mère, à son avocat, il disait : « Je serai butté ; soyez donc calmes ! et laissez-moi me préparer à sauter le pas sans trop me faire de bile ! »
(Le Voltaire)
Le patron de l’hôtel accourut, furieux, gesticulant.
— Encore un homme buté chez moi ! cria-t-il. Qui a fait le coup ? On fermera l’hôtel, sûr !
(Félix Pyat)
Butter
Ansiaume, 1821 : Massacrer.
Il a été butté pour avoir fait suer un chesne.
un détenu, 1846 : Tuer quelqu’un, occire.
Larchey, 1865 : Assassiner. — Du vieux mot buter : frapper, renverser, qui a fait Culbuter. V. Roquefort.
Voilà donc une classe d’individus réduite à la dure extrémité de travailler sur le grand trimar, de goupiner, de faire le bog et le blavin, de butter même s’il en était besoin.
(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830)
Voilà pour butter le premier rousse, dit-il en montrant un couteau.
(Canler)
Virmaître, 1894 : Tuer (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Tuer.
France, 1907 : Assassiner, guillotiner.
Et, comm’ leur fallait c’pendant
Pour s’mett’ quèqu’ chos’ sous la dent
Qu’i’ s’procur’nt de la galette,
I’ buttèr’nt un pétrousquin
Et lui tir’nt son saint-frusquin.
(Blédort)
Caillou
Delvau, 1866 : s. m. Figure grotesque, — dans l’argot des voyous. Signifie aussi Nez.
Rigaud, 1881 : Figure. — Se sucer le caillou, s’embrasser. — Avez-vous fini de vous sucer le caillou ?
Rigaud, 1881 : Nez, — dans le jargon des voyous. (A. Delvau) — Avoir son caillou, être légèrement pris de vin.
La Rue, 1894 : Bonne tête, Naïf. Crâne. Nez.
Virmaître, 1894 : Tête. Il a rien un sale caillou (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Tête.
Hayard, 1907 : Tête chauve.
France, 1907 : Figure, crâne. Caillou déplumé, tête chauve. On dit aussi dans le même sens : n’avoir plus de mousse sur le caillou.
Un affreux rôdeur de barrière comparaît en cour d’assises ; il a assassiné un malheureux vieillard sans défense.
— Votre profession ?
— Casseur de cailloux.
Et il jette un regard menaçant et féroce sur le crâne chauve du président !
Se dit aussi simplement pour tête.
Si l’bigornot barr’ ton trimin,
Sur le caillou mets-lui un pain.
(Hogier-Grison)
Le mot caillou désigne également un naïf qui, dans les salles de vente, se laisse entraîner et se voit adjuger l’objet beaucoup plus cher qu’il ne vaut.
Cambuse
Halbert, 1849 : Maison.
Delvau, 1866 : s. f. Cabaret, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi logis quelconque, taudis.
Rigaud, 1881 : Petite chambre mal meublée.
Virmaître, 1894 : Maison qui ne tient pas debout, bâtie avec de la boue et du crachat. Cambuse : cabaret où l’on sert mal et de mauvaise marchandise (Argot du peuple).
France, 1907 : Cabaret, maison mal famée ; argot populaire.
L’assassin regarda froidement le cadavre :
— C’est joliment turbiné… Ça n’est pas si coriace qu’on croit, un usurier ! Dit-il cyniquement… Voyons ! à présent, il s’agit de s’orienter et de ne pas moisir dans cette cambuse.
(Vidocq)
Cantine, terme de marine.
Canapé
Vidocq, 1837 : s. m. — On trouve dans le langage des voleurs, dix, vingt mots même, pour exprimer telle action répréhensible, ou tel vice honteux ; on n’en trouve pas un seul pour remplacer ceux de la langue usuelle, qui expriment des idées d’ordre ou de vertu ; aussi doit-on s’attendre à trouver, dans un livre destiné à faire connaître leurs mœurs et leur langage, des récits peu édifians. J’ai réfléchi long-temps avant de me déterminer à leur donner place dans cet ouvrage ; je craignais que quelques censeurs sévères ne m’accusassent d’avoir outragé la pudeur, mais après j’ai pensé que le vice n’était dangereux que lorsqu’on le peignait revêtu d’un élégant habit, mais que, nu, sa laideur devait faire reculer les moins délicats ; voilà pourquoi cet article et quelques autres semblables se trouveront sous les yeux du lecteur ; voilà pourquoi je n’ai pas employé des périphrases pour exprimer ma pensée ; voilà pourquoi le mot propre est toujours celui qui se trouve sous ma plume. Je laisse au lecteur le soin de m’apprendre si la méthode que j’ai adoptée est la meilleure.
Le Canapé est le rendez-vous ordinaire des pédérastes ; les Tantes (voir ce mot), s’y réunissent pour procurer à ces libertins blasés, qui appartiennent presque tous aux classes éminentes de la société, les objets qu’ils convoitent ; les quais, depuis le Louvre jusqu’au Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, le boulevard entre les rues Neuve-du-Luxembourg et Duphot, sont des Canapés très-dangereux. On conçoit, jusques à un certain point, que la surveillance de la police ne s’exerce sur ces lieux que d’une manière imparfaite ; mais ce que l’on ne comprend pas, c’est que l’existence de certaines maisons, entièrement dévolues aux descendans des Gomorrhéens, soient tolérées ; parmi ces maisons, je dois signaler celle que tient le nommé, ou plutôt (pour conserver à cet être amphibie la qualification qu’il ou elle se donne), la nommée Cottin, rue de Grenelle Saint-Honoré, no 3 ; la police a déjà plusieurs fois fait fermer cette maison, réceptacle immonde de tout ce que Paris renferme de fangeux, et toujours elle a été rouverte ; pourquoi ? je m’adresse cette interrogation, sans pouvoir y trouver une réponse convenable ; est-ce parce que quelquefois on a pu y saisir quelques individus brouillés avec la justice ; je ne puis croire que ce soit cette considération qui ait arrêté l’autorité, on sait maintenant apprécier l’utilité de ces établissemens où les gens vicieux se rassemblent pour corrompre les honnêtes gens qu’un hasard malheureux y amène.
Larchey, 1865 : Lieu public fréquenté par les pédérastes (Vidocq). — Ironique, car les parapets des quais et les bancs de certains boulevards sont de tristes canapés.
Delvau, 1866 : s. m. Lieu où Bathylle aurait reçu Anacréon, — dans l’argot des voleurs, qui ont toutes les corruptions.
Rigaud, 1881 : Lieu de promenade ordinaire, sorte de petite Bourse des émigrés de Gomorrhe et des Éphestions de trottoir. — Sous la Restauration et sous le gouvernement de Juillet, les quais, depuis le Louvre jusqu’au Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, le boulevard entre les rues Neuve-du-Luxembourg et Duphot étaient, d’après Vidocq, des canapés très dangereux. Aujourd’hui le passage Jouffroy et les Champs-Élysées sont devenus les lieux de prédilection de ces misérables dévoyés.
La Rue, 1894 : Lieu où se réunissent les individus de mœurs innommables.
Virmaître, 1894 : Femme copieusement douée du côté des fesses. Le mot est en usage chez les pédérastes qui ne recherchent pas cet avantage du côté féminin (Argot des voleurs).
France, 1907 : Femme copieusement douée du côté des fesses.
Canarder
Larchey, 1865 : Faire feu d’une embuscade comme si on était à l’affût des canards sauvages. — Canarder : tromper.
On a trop canardé les paroissiens… avec la philanthropie.
(Gavarni)
Delvau, 1866 : v. a. Fusiller, — dans l’argot des troupiers, pour qui les hommes ne comptent pas plus que des palmipèdes.
Delvau, 1866 : v. a. Tromper.
Rigaud, 1881 : Tromper. — Plaisanter. (L. Larchey)
France, 1907 : Tromper, plaisanter. Se dit aussi pour fusiller.
Presque aussitôt une tête se montra et un spahi fit feu. Les détonations se succédèrent, et une demi-douzaine d’indigènes demis-nus bondirent dans les buissons, courant comme des gens affolés.
— Mais, cirais-je à Préval, ils ne sont pas armés…
— Bah !
— Aucun ne riposte…
— C’est une tactique. Ils vont riposter tout à l’heure. Tire donc !
On en canarda ainsi une demi-douzaine.
— C’est égal, dis-je, voilà ce qui s’appelle assassiner les gens.
(Hector France, L’Homme qui tue)
Capahut (voler à la)
France, 1907 : Assassiner un complice pour s’emparer de sa part de butin. On dit aussi capahuter. Capahut était un assassin qui usait de ce procédé.
Capahuter
Vidocq, 1837 : v. a. — Assassiner son complice pour s’approprier sa part de butin.
Larchey, 1865 : Assassiner son complice pour s’approprier sa part (Vidocq). — Du nom de Capahut, un malfaiteur coutumier du fait.
Delvau, 1866 : v. a. Assassiner un complice pour s’approprier sa part du vol.
Rigaud, 1881 : Assassiner son complice et l’alléger de sa part de butin. C’est, paraît-il, un nommé Capahut qui a mis, autrefois, ce procédé violent à la mode. À part quelques escarpes érudits, qui connaît aujourd’hui Capahut ? La gloire n’est qu’un mot !
Carcan à crinoline
Delvau, 1864 : Nom que les voyous donnent aux drôlesses du quartier Breda, qui font de l’embarras avec leurs crinolines à vaste envergure sous lesquelles il y a souvent des maigreurs désastreuses.
C’est pas un de ces carcans à crinoline.
(Charles Monselet)
Cassement
France, 1907 : Acte d’entrer dans une maison par effraction.
…Il était arrangé entre nous qu’on barbotterait chez le baron ce qui pourrait s’emporter… mais non pas qu’on tuerait… du pégrage, j’en suis tant qu’on voudra, du cassement ça va encore, mais du buttage (assassinat), jamais de la vie !
(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
France, 1907 : Genre de punition en usage dans certains établissements religieux et qui consiste en une diète qui se dose suivant la gravité de la faute commise. L’enfant puni reste cinq, six, huit jours sans recevoir autre chose à manger que du pain sec et de l’eau.
Ça lui casse, en effet, bras et jambes, sans compter l’estomac.
Casser
d’Hautel, 1808 : Se casser le ventre. Terme badin et militaire ; se passer de dîner, ou de manger aux heures accoutumées.
Casser les vitres. Signifie ne plus garder de mesures dans une affaire ; en venir aux gros mots, aux termes injurieux.
Je t’en casse, Minette. Manière badine et plaisante de parler, qui signifie, ce n’est pas pour toi ; tu n’auras rien de ce que tu demandes.
Il est cassé aux gages. Pour, il est tombé en défaveur en disgrace. Se dit aussi d’un domestique que l’on a congédié.
Se casser le cou ou le nez. Se blouser dans des spéculations, dans une affaire ; faire un faux calcul.
Qui casse les verres les paye. Vieille maxime, fort peu mise à exécution ; car la plupart du temps ceux qui cassent les verres ne sont pas ceux qui les payent.
Elle a cassé ses œufs. Manière basse et triviale de dire qu’une femme a fait une fausse couche.
Vidocq, 1837 : v. a. — Couper.
un détenu, 1846 : Rompre. Casser sa canne : rompre son ban. Casser sur quelqu’un : révéler.
Delvau, 1866 : v. a. Couper, — dans l’argot des voyous.
Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Chiffonner un sac de bonbons en le préparant, — dans le jargon des confiseurs.
Rigaud, 1881 : Dire du mal, par abréviation de casser du sucre.
Rigaud, 1881 : Frapper, battre. — Je te vas casser. — Casser la gueule, casser la margoulette, casser la figure.
Rigaud, 1881 : Manger. Le mot date du XVIIIe siècle. On dit, dans le langage courant : « Casser une croûte », pour manger un morceau. — Casser le cou à un lapin, manger un lapin.
La Rue, 1894 : Mourir. Dénoncer. Manger. Se la casser, se sauver.
Rossignol, 1901 : Dire, avouer. Un détenu qui a fait des aveux a cassé. Dire une chose est casser.
Il me l’a dit, il me l’a cassé.
France, 1907 : Le verbe a de nombreuses significations : manger, dénoncer, avouer, couper, mourir.
— Voyons, Nib, pas tant de magnes !… On vous dit qu’on n’est pas des assassins… si vous faites du mal à la petite môme…. tant pis pour vous, nous casserons…
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Champ de navets
Rigaud, 1881 : Cimetière des suppliciés, cimetière d’Ivry.
France, 1907 : Cimetière.
Quand la mère du jeune assassin Vodable vint après l’exécution réclamer les hardes de son fils, on lui remit avec diverses guenilles une vieille paire de souliers usés et avachis.
— Qu’est-ce que ces saletés ? s’écria-t-elle. Quand il a passé en jugement, je lui ai apporté une belle paire de bottines presque neuves, où sont-elles ?
— À ses pieds, répondit le geôlier.
— Ah ! la rosse, le salaud, le sans-cœur ! Des bottines de quinze francs, monsieur, si ça ne fait pas frémir ! Des bottines de quinze francs pour aller au Champ de navets.
Chancre
d’Hautel, 1808 : Espèce d’ulcère qui ronge la partie du corps où il s’est formé.
Manger comme un chancre. Locution grossière, pour dire manger avec excès, comme un glouton ; être difficile à rassasier.
Delvau, 1864 : Petit ulcère cancéreux qui se déclare ordinairement sur le membre viril à la suite d’un contact malsain et qui, s’il n’est pas soigné, finit par infecter l’économie.
Jamais du moins on ne m’a vu
Foutre des chaudes-pisses ;
Pleins de chancres et de morpions.
(Parnasse satyrique)
Delvau, 1866 : s. m. Grand mangeur, homme qui dévore tout, — dans le même argot [du peuple].
France, 1907 : Personne d’un large appétit. Pour les paysans, « les vieux », c’est-à-dire le père et la mère, qui ne produisent plus, sont toujours des chancres.
Chantage au saute-dessus
France, 1907 : Industrie particulière à certains gredins faisant profession de pédérastie. On saute sur la victime, d’ailleurs peu intéressante, on l’effraye et on la dépouille.
Il est démontré, il est constaté d’une façon irréfutable que tout prostitué du sexe masculin est en même temps un bandit de la pire espèce ; pour lui, la pédérastie est un moyen de chantage, de vol, souvent même d’assassinat.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
Charlemagne (faire)
Larchey, 1865 : Se retirer du jeu sans plus de façon qu’un roi, et sans laisser au perdant la faculté de prendre sa revanche.
Si je gagne par impossible, je ferai Charlemagne sans pudeur.
(About)
Rigaud, 1881 : Quitter une partie de cartes au moment où l’on vient de réaliser un bénéfice.
La comtesse fait Charlemagne à la bouillotte.
(Victor Ducange, Léonide ou la vieille de Suresnes, 1830)
Si je gagne par impossible, je ferai Charlemagne-sans pudeur, et je ne me reprocherai point d’emporter dans ma poche le pain d’une famille.
(Ed. About, Trente et quarante)
Les étymologistes ont voulu faire remonter l’origine du mot jusqu’à l’empereur Charlemagne, parce que cet empereur a quitté la vie en laissant de grands biens. Comme tous les noms propres familiers aux joueurs, le nom de Charlemagne a été, sans doute, celui d’un joueur appelé Charles. On a dit : faire comme Charles, faire Charles et ensuite faire Charlemagne. On appelle bien, dans les cercles de Paris, la dame de pique : « la veuve Chapelle », du nom d’un joueur. On a bien donné au second coup de la main au baccarat en banque, le nom de « coup Giraud », nom d’un officier ministériel, d’un notaire. Les joueurs ne connaissent rien que le jeu, rien que les joueurs et leurs procédés. La vie pour eux est toute autour du tapis vert. S’ils ont appris quelque chose, ils l’ont bientôt oublié, et ils professent le plus grand mépris pour tout ce qui ne se rattache pas directement au jeu. Ils se moquent bien de l’empereur Charlemagne et de tous les autres empereurs ! En fait de-monarque, ils ne connaissent que les monarques de carton.
Virmaître, 1894 : Se mettre au jeu avec peu d’argent, gagner une certaine somme et se retirer de la partie sans donner de revanche (Argot des joueurs).
France, 1907 : Se retirer du jeu, lorsqu’on est en gain, suivant un ancien privilège des rois. « Ce terme, dit Lorédan Larchey, contient en même temps un jeu de mots sur le roi de carreau, le seul dont le nom soit français. »
Mais rien ne doit étonner en cette terre des fééries. Tout y arrive, les gains les plus fantastiques, comme les désastres les plus complets.
Les prudents, entre les favorisés, partent pour ne plus revenir. Sans nulle vergogne, on peut faire charlemagne. Mais, ces sages, combien sont-ils ?
(Hector France, Monaco et la Côte d’azur)
Chêne (faire suer le)
un détenu, 1846 : Assassiner.
Chourineur
Halbert, 1849 : Tueur de chevaux.
Delvau, 1866 : s. m. Assassin, — par allusion au personnage des Mystères de Paris, qui porte ce nom, lequel avait, à ce qu’il paraît, grand plaisir à tuer. L’étymologie voudrait que l’on dit Surineur ; mais l’euphonie veut que l’on prononce Chourineur.
Rigaud, 1881 : Tueur de chevaux — dans l’ancien argot. Celui qui se sert du chourin. Type d’un des principaux personnages des Mystères de Paris.
Ainsi ce boucanier, ainsi ce chourineur
A fait d’un jour d’orgueil un jour de déshonneur.
(V. Hugo, Châtiments)
France, 1907 : Donneur de coups de couteau ; tiré du type célèbre des Mystères de Paris.
Par le meurtre de la rue Trévise, la loge de Pipelet se colore d’un reflet sanglant. Les Parisiens ne dormiront plus leur franche nuitée sur les deux oreilles si leur ennemi familier, qui était aussi leur gardien, s’imagine de faire sa partie dans le chœur des escarpes, malandrins, chourineurs et autres pernicieux visiteurs nocturnes.
(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)
Claquer
d’Hautel, 1808 : Donner une claque, un soufflet, ou tout autre coup avec la main.
Faire claquer son fouet. Se prévaloir hautement de quelqu’avantage ; faire le glorieux, le vaniteux.
Halbert, 1849 : Manger.
Larchey, 1865 : Manger — Allusion au bruit des mâchoires.
Il faut claquer, vaille que vaille : De par la loi l’on te nourrit.
(Wado, Chanson)
On dit au figuré Claquer : dissiper.
Larchey, 1865 : Mourir. Terme figuré. Ce qui claque, dans le sens ordinaire, est hors de service.
C’est là que j’ai appris, entre autres bizarreries, les dix ou douze manières d’annoncer la mort de quelqu’un : Il a cassé sa pipe, — il a claqué, — il a fui, — il a perdu le goût du pain, — il a avalé sa langue, — il s’est habillé de sapin, — il a glissé, — il a décollé le billard, — il a craché son âme, etc., etc.
(Delvau)
Delvau, 1866 : v. a. Donner des soufflets.
Delvau, 1866 : v. a. Vendre une chose, s’en débarrasser, — dans le même argot [du peuple]. Claquer ses meubles. Vendre son mobilier.
Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot des voyous, qui font allusion au bruit de la mâchoire pendant la mastication.
Delvau, 1866 : v. n. Mourir. — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Dépenser. — Avoir tout claqué, avoir tout dépensé.
Rigaud, 1881 : Manger ; et claquer des bajouettes, — dans le jargon des blanchisseuses.
Rigaud, 1881 : Mourir.
Boutmy, 1883 : v. intr. Mourir. Ce mot n’est pas particulier aux typographes. Alfred Delvau, dans son Dictionnaire, l’attribue aux faubouriens. Il est aussi bien compris dans le centre de la ville qu’aux faubourgs.
La Rue, 1894 : Mourir.
La Rue, 1894 : Vendre.
Virmaître, 1894 : Donner une claque sur la figure ou sur le contraire. Synonyme de gifle. Allusion au bruit que produit la main (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Mourir. Allusion à un objet qui claque, qui casse (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Mourir. Il est bien malade : il va claquer.
Hayard, 1907 : Mourir.
France, 1907 : Faire retentir.
L’œuvre de Corneille est grande, sévère, admirable en certaines de ses parties où passe un souffle ardent de passion. Le fameux « Qu’il mourut ! » peut trouver son application dans nos récentes épreuves, et certains vers claquent encore sur Bazaine à travers l’histoire. Mais enfin c’est du vieux jeu, c’est du poncif tragique, c’est de l’antinaturel, de l’antivivant poussé à la dernière expression. Et n’est-il pas dans le répertoire moderne de pièce d’une portée aussi haute et dans laquelle on sente vibrer la conscience moderne ?
(Le Mot d’Ordre)
France, 1907 : Manger. Se dit aussi au figuré pour dissiper : « J’ai claqué tout mon argent. »
Quand on est de ceux qui prétendent représenter une nation, élus par la moitié des citoyens, et que de cette moitié on acheta les trois quarts, on reste à boire, au cabaret, le fond des caisses électorales, mais on a la pudeur de se taire.
Quand on chourine, pour les voler, d’humbles épargnistes, on claque leur galette en compagnie de femmes au chignon jaune, mais on ne parle pas d’honnêteté.
(Jean Grave, La Révolte)
Claquer du bec, jeûner ; imitation des cigognes, qui font claquer leur bec.
France, 1907 : Mourir.
— Elle peut traîner un mois, six semaines, comme elle peut s’en aller cette nuit, claquer ce soir, subito, sans même que tu t’en aperçoives.
(Albert Cim)
Léda la laissa débiter son boniment, puis, pressée de questions par tous, dit qu’elle ne savait rien, sinon que la femme assassinée n’était pas morte et que seul l’English était claqué.
(Édouard Ducret, Paris canaille)
— L’hospice ! Non ! non ! je ne veux pas ! J’y ai été, quand j’ai eu la cuisse cassée. Y a des sœurs qui vous font dire des prières… On voit des camarades à côté de vous qui claquent… Les carabins avec leurs tabliers blancs… Non ! non ! je veux pas…
(Oscar Méténier)
France, 1907 : Vendre.
Cliché
Larchey, 1865 : Invariable. — Synon. de Stéréotypé et emprunté comme lui à certains procédés d’impression.
Tel est le discours cliché que le vénérable baron Taylor a en réserve pour toutes les circonstances.
(Figaro)
Delvau, 1866 : s. m. Phrase toute faite, métaphore banale, plaisanterie usée, — dans l’argot des gens de lettres.
Rigaud, 1881 : Diarrhée. — Avoir la cliché. Le petit vin d’Argenteuil donne la cliché.
Boutmy, 1883 : s. m. Réplique ou propos qui est toujours le même. Tirer son cliché, c’est avoir toujours la même raison à objecter ou dire constamment la même chose.
France, 1907 : Banalité ressassée à la tribune ou dans la presse. Tirer son cliché, répéter toujours la mème chose.
Un paquet tout fait, que chacun se repasse de confiance, sans avoir jamais eu l’indiscrétion de l’ouvrir. C’est le paletot, l’écaille du lieu commun.
(Dr Grégoire, Turlutaines)
Qu’est-ce qui a jamais su ce que c’était, au fond, qu’un honnête homme ? On condamne, tous les jours, en police correctionnelle, des gens arrivés à la limite de la vie et qui, la veille encore de l’arrêt, passaient pour « d’honnêtes gens ! » Ainsi des « femmes fidéles » dont la vertu n’attend que la découverte de l’adultère : ainsi des « amies dévouées » dont une trahison ferait déchirer le masque demain ; ainsi des « politiques habiles » qui sont toujours à la veille de faire quelque abominable sottise. Autant de clichés qui ne demandent qu’à être démentis par les événements. Feuilles mortes, feuilles mortes que le vent emporte sur les allées humides du bois, vous êtes l’image de toutes ces choses, dans le fragile néant où nous sommes nous mêmes emportés.
(Armand Silvestre)
Colas
d’Hautel, 1808 : Un grand Colas. Terme de raillerie qui a la même signification que grand dadais, nigaud, badaud, homme d’une extrême simplicité d’esprit.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Le cou. Faire suer le colas, égorger, couper le cou.
Halbert, 1849 : Le cou.
Delvau, 1866 : s. m. Cou, — dans le même argot [des voleurs]. Faucher le colas. Couper le cou. On dit aussi le colin.
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, ou seulement homme timide, — dans l’argot du peuple, qui aime les gens dégourdis. Grand Colas. Nigaud, qui a laissé échapper une bonne fortune.
France, 1907 : Niais, benêt de village. Faire bailler le colas, couper la gorge. Allusion soit au cou, soit au mot Colas, la victime étant, aux yeux de l’assassin, toujours un niais, c’est-à-dire un pante.
Colignon
Rossignol, 1901 : On appelle ainsi les cochers de fiacre. Colignon est le nom d’un cocher condamné pour assassinat à une époque assez éloignée.
Colis
Virmaître, 1894 : Les courtiers ou placeurs qui racolent les femmes sur la voie publique pour les expédier dans les maisons de tolérance ; nomment les femmes des colis :
— J’ai à vous expédier un colis de 50 kilos (Argot des souteneurs). N.
Rossignol, 1901 : Chose embarrassante. Votre belle-mère est parfois un colis qu’il faut emmener promener. Un placeur pour pensionnaires de maisons de tolérance, lorsqu’il expédie une femme, l’appelle un colis. Un agent de la sûreté qui arrête un assassin en province télégraphie à son chef : colis en gare ; s’il mettait« assassin arrêté » la dépêche serait interceptée, envoyée au ministère de l’intérieur, de là au préfet de police et ensuite au chef de la sureté qui, devant être le premier avisé, serait le dernier.
France, 1907 : « Les courtiers ou placeurs qui racolent les Femmes sur la voie publique, pour les expédier dans les maisons de tolérances, nomment les femmes des colis :
— J’ai à vous expédier un colis de 50 kilos. »
(Ch. Virmaître)
Collignon
Virmaître, 1894 : Cocher de fiacre. Cette expression date de l’assassinat de M. Juge par un cocher de fiacre nommé Collignon, qui fut arrêté par Proudhon, rue de l’Ouest. Collignon fut exécuté. Ce nom est resté un terme de mépris (Argot du peuple).
France, 1907 : Cocher de fiacre ; du nom d’un cocher qui assassina son voyageur sous le second Empire.
J’étais furibond, car la veille,
Un collignon, un vrai frondeur,
M’avait dit : « Monte à l’œil, ma vieille,
Pour l’instant, je suis maraudeur. »
(Henri Bugult)
Et c’troisième, on dirait qu’i’ sacre,
Tell’ment il prend un air grognon.
J’parie un litr’ que c’est saint Fiacre,
Sors donc d’ton siège, eh ! Collignon !
(Jules Jouy)
anon., 1907 : Cocher.
Conter fleurette
France, 1907 : Débiter des riens aimables, faire des compliments aux jeunes femmes et aux jeunes filles.
On sent, Claudine, en te contant fleurette,
Qu’il est plus doux, plus piquant pour l’amour
De chiffonner ta simple collerette,
Que les clinquants d’une riche toilette
Dont sont chargés tous nos tétons de cour.
Cette locution est fort ancienne : en voici l’origine :
Les jardiniers faisaient le commerce des roses qu’ils vendaient fort cher à la cour de Philippe Le Bel et de Louis le Hutin, ainsi qu’aux couples qui fréquentaient leurs treilles ombragées de rosiers. La locution conter fleurette trouve là son origine, parce que de hautes dames, des damoiselles et des damoiseaux de la Cité venaient au milieu des roses danser de belles caroles et se chuchotaient à l’oreille.
Cette explication est, en effet, conforme à Bescherelle, Littré et quelques autres savants, qui pensent que c’est par une métaphore facile à saisir que des propos galants ont été assimilés à une petite et jolie fleur. Littré ajoute que nous avions le mot fleureter, babiller, dire des riens, que les académiciens out supprimé, et dont les Anglais ont fait flirt (prononcer fleurt), verbe que les jeunés misses aiment tant à conjuguer. Ce qui confirmerait dans cette opinion, c’est que les Latins se servaient de la même expression : rosas loqui, — dire des roses, — qu’ils tenaient eux-mêmes des Grecs, lesquels l’avaient prise des Persans, qui, peut-être, l’avaient empruntée aux Babyloniens, etc. ; l’on pourrait remonter ainsi jusqu’aux flirtations de notre mère Eve.
Cependant, je suis d’avis que Bescherelle, Littré et les autres se trompent, et voici pourquoi :
Conter fleurette s’écrivait, au XIIIe siècle, cunter des flurettes, c’est-à-dire compter de petites pièces de monnaie d’argent appelées ainsi à cause d’une fleur marquée an revers. Comment est-on arrivé à changer le sens primitif de cette expression ? Est-ce parce que ces pièces ayant, à la suite d’une refonte ou de faux monnayages si communs alors, perdu de leur valeur, l’on disait des gens à parole dorée, des hâbleurs, des gascons : « Ils comptent des fleurettes » — ils veulent faire passer pour de bon aloi des pièces qui ne valent rien ? Ou bien compter des fleurettes à une jeune fille, c’est-à-dire lui glisser dans la main de petites pièces d’argent, était-il, en ces siècles cyniques et grossiers, un moyen immoral de fondre sa vertu ?
Je suis assez disposé pour cette seconde version, laissant à un plus érudit le soin de la certifier.
Correcteur
Fustier, 1889 : Argot des établissements pénitentiaires. Détenu qui est chargé d’exercer une surveillance sur ses camarades.
France, 1907 : Condamné chargé d’appliquer le fouet aux condamnés, où détenu charge de surveiller les prisonniers.
Le correcteur était un grand diable d’Arabe, à la poigne solide, nerveux et méchant, nommé Mohammed-ben-Chéli. Sa jouissance était excessive à frapper les chiens de chrétiens. Il avait été condamné pour assassinat et viol. Sa force et sa férocité l’avaient désigné comme correcteur au choix de la chiourme.
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Crever la paillasse
Rigaud, 1881 : Assommer de coups, donner des coups de pied au ventre. La paillasse, c’est le ventre.
France, 1907 : « À force d’entendre toute la journée des phrases comme celles-ci :
Crever la paillasse ;
Mettre les tripes au soleils ;
Taillader les côtes ;
Brûler les gueules ;
Ouvrir la panse,
je m’y étais habitué et j’avais fini par les trouver toutes naturelles. »
(Hector France, L’Homme qui tue)
Au moment de l’assassinat de l’archevêque de Paris, Mgr Sibour, par l’abbé Verger, dans l’église de Sainte-Geneviève, on chanta une complainte dont voici le refrain :
Verger, il creva la paillasse
À monseigneur l’archevêque de Paris.
Dattes (comme des)
France, 1907 : Expression indiquant l’absence d’une chose.
— Ah ! madame, j’ai connu des artistes, moi… J’ai eu le plaisir de trinquer avec André Gill, le grand dessinateur, au cabaret des Assassins, sur la Butte, et j’ai fréquenté tous ces charmants garçons de Montmartre, Willette, Forain, Steinlen, Somm, Rivière… Par ici, on a moins de goût pour les arts… Je l’ai dit au patron, dans une bibine comme celle-ci, la peinture c’est comme des dattes.
(Edmond Lepelletier)
Dégeler
d’Hautel, 1808 : Mourir, expirer, s’en aller dans l’autre monde.
Il est dégelé. Pour, il est mort, il est expiré.
Cette locution se prend toujours en mauvaise part, et ne se dit que d’une personne pour laquelle on n’avoit ni respect, ni estime, ni considération.
Delvau, 1866 : v. n. Se déniaiser, se remettre de son émotion, — dans le même argot [des faubouriens]. Signifie aussi : Mourir.
Rossignol, 1901 : Mourir.
Hayard, 1907 : Assassiner.
Dégoter, dégotter
France, 1907 : Surpasser.
L’émulation, ce puissant moteur du bien, existe aussi pour le mal. Les jeunes rôdeurs se montent mutuellement la tête. Ils veulent faire parler d’eux, devenir célèbres, dégotter tel ou tel cabot du crime dont le public s’entretient. Ils vont au mal, parce que la route du mal s’ouvre devant eux. Peut-être iraient-ils au bien si la société se préoccupait avec plus d’intelligence de leur en montrer le chemin.
(Paul Foucher)
Bien à tort, le public s’exclame
Sur la finesse de Prado ;
Cet assassin, je le proclame,
N’est qu’un maladroit, un lourdaud.
Sans me faire de la réclame,
Je puis dire, sans vanité,
Que, par mon habileté,
Je l’ai vraiment dégoté !
(Jules Joly)
— Sieds-toi, monsieur ; regarde comme je suis belle ! Et prends-moi, si ça te plaît !
Il s’étendit à plat le ventre sur le divan aux couleurs tapageuses qui, rehaussant cet humble boudoir, lui prêtait, à la clarté molle de deux lampes d’albâtre, une certaine apparence de luxe, et, s’étant étiré les quatre membres, il bâilla, puis il la contempla nonchalamment de cet œil connaisseur avec lequel maquignons et gentilshommes étudient la structure des pur sang.
— Hé ! hé ! bourdonna-t-il, tu dégotes la Médicis et la Milo !
(Léon Cladel, Une Maudite)
Dégringolade
Delvau, 1866 : s. f. Ruine, débâcle de fortune, — dans l’argot des bourgeois, témoins des croulements fréquents des parvenus d’aujourd’hui.
Rigaud, 1881 : Vol. — Dégringolade à la flûte, vol commis par une fille publique sur la personne d’un client.
La Rue, 1894 : Vol ou assassinat. Mort.
Virmaître, 1894 : V. Dégringoler.
Rossignol, 1901 : Lorsque les affaires vont en périclitant, c’est de la dégringolade.
France, 1907 : Chute ; vol ; assassinat ; mort.
Nous qui, jadis, montrions tant d’ardeur et d’enthousiasme, et à qui les autres peuples prêtaient tant d’esprit, — pourquoi dit-on qu’ils nous prêtaient de l’esprit ? ils en avaient donc ? — je nous regarde aujourd’hui veules, avachis, et nous laissant aller à une véritable dégringolade, effet désastreux de j’ignore quelle cause et qui nous abîmera au fond de je ne sais quoi.
(Louis Davyl)
Démolir
Larchey, 1865 : Maltraiter quelqu’un en actes, en paroles, en écrits.
Deux champions prononçant la phrase sacramentelle : Numérote tes os que je les démolisse.
(Th. Gautier, 1845)
Ruffard la dansera, c’est un raille à démolir.
(Balzac)
On démolissait Voltaire, on enfonçait Racine.
(L. Reybaud)
Delvau, 1866 : v. a. Critiquer âprement et injustement, — dans l’argot des gens de lettres, qui oublient trop qu’il faut quelquefois dix ans pour bâtir un livre.
Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des faubouriens, qui oublient trop qu’il faut vingt ans pour construire un homme.
Hayard, 1907 : Assassiner.
France, 1907 : Destituer. Démolir un fonctionnaire.
France, 1907 : Maltraiter quelqu’un, soit par des voies de fait, des injures on des écrits.
Certains journalistes se donnent la tâche de démolir la réputation de leurs confrères.
Descendre
d’Hautel, 1808 : Descendre la garde. Expression plaisante et figurée, qui signifie, parmi le peuple, tomber d’un lieu élevé ; s’en aller dans l’autre monde ; laisser ses os dans une affaire, dans une batterie quelconque.
Descendez, on vous demande en bas. V. Bas.
On dit vulgairement descendre en bas, et monter en haut.
Le génie de la langue allemande et de la langue anglaise peut tolérer ces locutions ; mais la langue française les rejette absolument ; il faut dire simplement sans régime, monter et descendre.
Delvau, 1864 : Aller faire la rue, dans l’argot des filles de bordel, qui descendent le plus souvent qu’elles peuvent, afin d’être montées d’autant.
Va t’êt’ onze heures, j’ descends pus… Nous allons nous coucher, dis, veux-tu ?
(Henry Monnier)
Larchey, 1865 : Tuer, faire tomber.
J’ajuste le Prussien et je le descends.
(M. Saint-Hilaire)
Delvau, 1866 : v. a. Tuer, abattre d’un coup de fusil, — dans l’argot des soldats et des chasseurs.
Rigaud, 1881 : Faire tomber ; tuer d’un coup de fusil. — Descendre la garde, mourir.
Fustier, 1889 : Expression théâtrale en usage dans les répétitions. C’est aller dans la direction de la rampe. — Terme de turf ; quand un cheval appelé à courir acquiert une plus value, on dit qu’il descend, parce qu’en effet la proportion dans laquelle on pariait contre lui tombe. Ainsi, un cheval qui hier était coté à 7 contre — 1, et qui est aujourd’hui à 5 contre — 1 est un cheval qui descend (Littré.)
La Rue, 1894 : Mourir. Mettre hors de combat. Tuer.
Hayard, 1907 : Assassiner.
France, 1907 : Tuer.
— Prends le reste des spahis et va explorer le sommet des mamelons sur notre gauche, jusqu’à la plaine. Si tu rencontres des Kabyles, descends-les.
— Oui, mon colonel.
(Hector France, L’Homme qui tue)
Descente de gosier
Virmaître, 1894 : Avoir une soif perpétuelle. Pochard jamais rassasié (Argot du peuple).
France, 1907 : Soif perpétuelle.
Dessaleurs
Virmaître, 1894 : C’était une compagnie d’assassins qui attendaient sur les quais déserts du canal Saint-Martin les passants attardés. Ils les dépouillaient d’abord et les jetaient ensuite à l’eau. Le lendemain matin ils arrivaient comme par, hasard sur la berge, armés d’un croc et repêchaient le dessalé pour avoir la prime. L’opération était doublement fructueuse. La bande fut arrêtée et condamnée. L’expression est restée dans le peuple ; tout noyé pour lui est un dessalé (Argot du peuple). N.
France, 1907 : « C’était une compagnie d’assassins qui attendaient sur les quais déserts du canal Saint-Martin les passants attardés. Ils les dépouillaient d’abord et les jetaient ensuite à l’eau. Le lendemain matin, ils arrivaient comme par hasard sur la herse, armés d’un croc, et repêchaient le dessalé pour avoir la prime. L’opération était doublement fructueuse. La bande fut arrêtée et condamnée. »
(Ch. Virmaître)
Diable
d’Hautel, 1808 : Que le diable te ramasse ! Se dit en plaisantant à quelqu’un qui se baisse pour ramasser ce qu’il a laissé tomber.
Quand un homme bat sa femme, le diable s’en rit. Manière plaisante d’excuser les brutalités que certains hommes exercent sur leurs femmes.
On dit vulgairement, lorsqu’il pleut pendant que le soleil luit sur l’horizon, que c’est le diable qui bat sa femme.
Il a le diable au corps. Se dit d’un homme qui fait des choses extravagantes et nuisibles à ses propres intérêts.
Que le diable m’emporte, si je lui cède ! Espèce de jurement pour affirmer qu’on est résolu de tenir tête à quelqu’un.
Le diable ne sera pas toujours à ma porte. Pour dire que l’on espère n’être pas éternellement malheureux.
Tirer le diable par la queue. Vivre péniblement, et avec une grande économie.
Il n’est pas si diable qu’il est noir. Pour, il, est meilleur qu’il ne le paroit.
On dit de quelqu’un qui n’a aucune succession à attendre, et auquel on ne fait jamais de don, que si le diable mouroit, il n’hériteroit pas même de ses cornes.
Diable ! comme il y’va ! Interjection qui marque la surprise et le mécontentement.
Je crois que le diable s’en mêle. Se dit d’une affaire dans laquelle on éprouve continuellement de nouveaux obstacles.
Se donner à tous les diables. S’impatienter, se dépiter, se dégoûter de quelque chose.
Cela s’en est allé à tous les diables. C’est-à dire, s’est dispersé, sans qu’on sache ce que c’est devenu.
Faire le diable à quatre. Faire du bruit, du tintamare ; mettre tout en désordre ; se déchaîner contre quelqu’un ; lui faire tout le mal possible.
En diable. Il a de l’argent en diable ; des dettes en diable. Pour dire, extraordinairement.
Que le diable t’emporte ! Imprécation que l’on fait contre quelqu’un, dans un mouvement d’humeur.
Qu’il s’en aille au diable ! Qu’il aille où il voudra, pourvu qu’il ne m’importune plus.
C’est un bon diable. Pour, un bon enfant, un bon vivant.
On dit aussi ironiquement, un pauvre diable, pour un misérable ; un homme de néant.
Un méchant diable ; un diable incarné ; un diable d’homme. Pour dire, un homme à craindre, et dont il faut se méfier.
Quand il dort, le diable le berce. Se dit d’un chicaneur, d’un méchant qui se plaît perpétuellement à troubler le repos des autres.
C’est un grand diable. Pour, c’est un homme d’une grande stature ; mal fait, mal bâti.
Un valet du diable. Celui qui fait plus qu’on ne lui commande.
Crever l’œil au diable. Faire le bien pour le mal ; se tirer d’affaire malgré l’envie.
Il est vaillant en diable ; il est savant en diable. Pour, il est très-courageux, très-savant.
Le diable n’y entend rien ; y perd son latin. Pour exprimer qu’une affaire est fort embrouillée ; que l’on ne peut s’y reconnoître.
Le diable étoit beau, quand il étoit jeune. Signifie que les agrémens de la jeunesse donnent des charmes à la laideur même.
Il vaut mieux tuer le diable que le diable ne vous tue. Pour, il vaut mieux tuer son ennemi que de s’en laisser tuer.
Le diable n’est pas toujours à la porte d’un pauvre homme. Pour dire que la mauvaise fortune a ses instans de relâche.
C’est là le diable ! Pour, voilà le point embarrassant ; le difficile de l’affaire.
Un ouvrage fait à la diable. C’est-à-dire à la hâte ; grossièrement ; sans goût ; sans intelligence.
Delvau, 1866 : s. m. Agent provocateur, — dans l’argot des voleurs, qui sont tentes devant lui du péché de colère.
Delvau, 1866 : s. m. L’attelabe, — dans l’argot des enfants, qui ont été frappés de la couleur noire de cet insecte et de ses deux mandibules cornées.
Rigaud, 1881 : Agent provocateur. (Moreau-Christophe.)
La Rue, 1894 : Agent provocateur. Coffre-fort.
Virmaître, 1894 : Agent provocateur. Malgré que ce mot fasse partie du vocabulaire des voleurs, il n’est pas d’usage que les agents de la sûreté provoquent les voleurs à commettre un vol ; ils n’ont pas besoin d’être stimulés pour cela. En politique c’est un fait constant, car, sous l’Empire, jamais il n’y a eu un complot sans que, parmi les pseudo-conspirateurs, il n’y se soient trouvés plusieurs agents de la préfecture de police. Il y en eut même un du service du fameux Lagrange dans l’affaire des bombes d’Orsini. Dans le peuple on dit simplement mouchard (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Agent qui provoque le vol ou l’assassinat.
France, 1907 : Agent provocateur.
France, 1907 : Coffre-fort.
Divette
France, 1907 : Petite étoile de café-concert.
Pendant que de très longues femmes,
Divettes de café-concert,
Nous font voir leurs portraits-réclames…
Ce n’est pas beau, mais cela sert.
(Jacques Redelsperger, Nos Ingénues au salon)
Rien que des femmes. Des divettes
En train de faire leur chemin,
Pas mal de futures Yvettes,
Quelques Théresas de demain,
Des Anglaises, des Espagnoles
Se tortilleront devant vous,
Et des Turques des Batignolles
Vous rendront plus ou moins fous.
Donner
d’Hautel, 1808 : Se donner du pied au cul. S’émanciper ; faire des siennes ; prendre de grandes libertés.
S’en donner à tire-larigot ; s’en donner à cœur-joie. Se rassasier de plaisir ; en prendre tout son soul.
Donner un pois pour avoir une fève ; un œuf pour avoir un bœuf. Semer pour recueillir ; faire un présent peu considérable dans le dessein d’en retirer un grand profit.
En donner de dures, de belles. Craquer, hâbler, exagérer.
À cheval donné, on ne regarde point à la bride. Voyez Cheval.
Se faire donner sur les doigts. Se faire corriger ; trouver son maître.
S’en donner de garde. Éviter de faire une chose.
On ne donne rien pour rien.
Il n’en donne pas sa part aux chiens. Voyez Chiens.
Se donner à tous les diables. Se dépiter, se dégoûter de quelque chose quand on y trouve de grands obstacles ; se mettre en colère.
Donner de la gabatine. Tenir des propos ambigus ; faire des promesses que l’on ne veut point tenir.
Qui donne au commun ne donne pas à un. Signifie que personne ne vous tient compte de ce que vous donnez au public.
Donner de la tablature. C’est donner de la peine, du fil à retordre à quelqu’un dans une affaire ; mettre de grands obstacles à son succès.
Donner des verges pour se fouetter. Procurer à un ennemi les moyens de vous nuire.
Donner de cul et de tête dans une affaire. Pour dire y employer toute son industrie, tout son savoir.
Se donner du menu. Signifie prendre ses aises ; se divertir ; ne rien ménager à ses plaisirs.
Le peuple dit à l’impératif de ce verbe, donne moi-zen, il faut dire : donne-m’en, ou donne moi de cela.
Il donneroit jusqu’à sa chemise. Se dit d’un homme généreux et libéral à l’excès.
À donner donner ; à vendre vendre. Signifie qu’il ne faut pas faire acheter ce que l’on veut donner, ni user d’une libéralité mal entendue lorsqu’on veut vendre.
Donnant, donnant. Pour dire de la main à la main ; ne livrer la marchandise qu’en en recevant l’argent.
Qui donne tôt, donne deux fois. Proverbe qui signifie que la manière de donner vaut souvent plus que ce que l’on donne.
Il ne faut pas se donner au diable pour deviner cela. Veut dire qu’une chose n’a rien de difficile, qu’on peut aisément la deviner.
Vous nous la donnez belle ! et plus communément encore : vous nous la baillez belle. Voyez Bailler.
Je donnerois ma tête à couper. Serment extravagant pour exprimer que l’on est très-sûr de ce que l’on dit.
Donner du nez en terre. Être ruiné dans ses espérances et dans ses entreprises.
Donner un coup de collier. Voyez Coup.
Delvau, 1866 : v. a. Dénoncer, — dans l’argot des voleurs. Être donné. Être dénoncé.
Rigaud, 1881 : Pour donner dans le piège ; abonder, — dans le jargon des filles.
Vous les retrouverez, si les hommes ne donnent pas, arpentant le terrain jusqu’à deux heures du matin.
(F. d’Urville, Les Ordures de Paris, 1874)
La Rue, 1894 : Dénoncer.
Virmaître, 1894 : Dénoncer. Les nonneurs en dénonçant, mot à mot : donnent (livrent) leurs complices à la justice (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Dénoncer.
Dure (travailler à la)
France, 1907 : Assassiner. Voler à la dure, voler après avoir étourdi sa victime d’un coup de poing ou d’un coup de bâton.
Un jour, l’hercule avait voulu travailler à la dure, Cola s’y était refusé.
— Je ne sais pas le pourquoi, dit-il, mais ça ne m’allait pas de jouer du surin.
(Marc Mario et Louis Launay)
Ébasir
Delvau, 1866 : v. a. Assassiner, — dans l’argot des prisons.
La Rue, 1894 / France, 1907 : Assommer.
Embauder
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Prendre de force.
Delvau, 1866 : v. a. Prendre de force, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Violenter, prendre de force, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Violenter, prendre de force.
Virmaître, 1894 : Voler de force, d’autorité. Il est évident que personne ne se laisse voler de bonne volonté, mais il est les voleurs qui reculent levant l’emploi de la force. Embauder : signifie voleur que rien n’arrête, pas même la police et qui assassine à l’occasion (Argot des voleurs).
France, 1907 : Prendre de force. Être prêt à tout pour voler, même à l’assassinat. Corruption du vieux français emblauder, voler.
En avoir plein l’dos
Rossignol, 1901 : (R.) son pied, ou plein son sac, c’est être fatigué, rassasié d’une chose et ne plus en vouloir.
Esbasir
Vidocq, 1837 : v. a. — Assassiner.
France, 1907 : Tuer.
Esbrouffe
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Air important.
Vidocq, 1837 : s. m. — Embarras, plus de bruit que de besogne.
un détenu, 1846 : Avis vantards, air de grand seigneur.
Larchey, 1865 : Fanfaronnades, étalage de grands airs.
Pas d’esbrouffe ou je repasse du tabac.
(P. Borel, 1833)
Faut pas faire ton esbrouffe, vois-tu ! ça ne prendrait pas.
(Cogniard, 1831)
Vol à l’esbrouffe : V. Caroubleur.
Delvau, 1866 : s. f. Embarras, manières, vantardises. Faire de l’esbrouffe. Faire plus de bruit que de besogne.
Rigaud, 1881 : Embarras, jactance. Faire de l’esbrouffe, des esbrouffes, son esbrouffe, faire des es, faire des embarras.
Ce Prussien était donc là, le nez en l’air, lorgnant les bombes lumineuses et faisant son esbrouffe.
(É. de La Bédollière)
La Rue, 1894 : Embarras. Vol à l’esbrouffe, vol à la bousculade. Estourbir à l’esbrouffe, assassiner dans la rue.
Hayard, 1907 : Embarras.
Escap
Ansiaume, 1821 : Assassin.
Il faut que j’escap un messière pour me mettre en carle.
Escaper
Ansiaume, 1821 : Assassiner.
Tu vois ce messière hautocher sur son gaillet, je vais l’escaper dans le satou.
Vidocq, 1837 : v. a. — Assassiner.
Escaper, escapoucher
France, 1907 : Assassiner.
Escapouche
Ansiaume, 1821 : Assassinat.
Nous sommes gerbés pour une escapouche sur le grand trimard.
Escapouche, escapoucheur
Vidocq, 1837 : s. m. — Assassin. Terme des voleurs du midi.
Escapoucher
Vidocq, 1837 : v. a. — Assassinat. Terme des voleurs du midi.
Escarpe
Bras-de-Fer, 1829 : Assassinat.
M.D., 1844 : Assassin.
un détenu, 1846 : Assassin pour voler.
Halbert, 1849 : Assassin.
Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui va jusqu’à l’assassinat pour en arriver à ses fins. — Argot des prisons.
C’était ici, pour MM. les étymologistes, une magnifique occasion d’exercer leur verve… singulière. Eh bien, non ! tous ont gardé de Conrart le silence prudent. Me permettra-t-on, à défaut de la leur, de risquer ma petite étymologie ? Je ne dirai pas : Escarpe, parce que le voleur qui tient absolument à voler, escalade la muraille qui sépare le délit du crime et la prison de l’échafaud ; mais seulement parce qu’il emploie un instrument tranchant aigu, — scarp en allemand. Pourquoi pas ? escarbot vient bien de scarabæus, en vertu d’une épenthèse fréquente dans notre langue. À moins cependant qu’escarpe ne vienne du couteau d’escalpe (du scalp) des sauvages… (V. Les Natchez).
Escarpe-Zézigue. Suicide.
Rigaud, 1881 : Voleur doublé d’un assassin qui travaille en plein air et va en ville. — Nom générique de tous ceux qui assassinent pour voler. Les variantes sont : Escape, escapouche, escapouchon, mais escarpe est plus classique.
La Rue, 1894 : L’homme qui assassine pour voler.
Virmaître, 1894 : Voleur, assassin. A. Delvau pense que cette expression vient de scarp mot allemand qui signifie instrument tranchant et aigu ou bien du couteau d’escalpe (du scalp des sauvages). C’est aller chercher bien loin une étymologie bien simple. Les voleurs et les assassins travaillent dans des endroits isolés, escarpés (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Assassin.
France, 1907 : Voleur et assassin.
Tous les mondes de l’avenir étaient là, depuis l’escarpe qui échouera sur les bancs de la septième chambre, jusqu’au substitut qui requerra la peine et au juge qui l’appliquera ; je les ai connus tous et de telle façon que souvent, je l’avouerai, il m’eût été difficile de trier dans le tas et de pronostiquer entre jugés et juges qui seraient les uns ou qui deviendraient les autres.
(Louis Davyl, 13, rue Magloire)
Depuis que les meurtriers
Prenn’ le nom d’escarpe,
On augmente les loyers
Dans la ru’ Contrescarpe !
(Clairville)
Escarpe, escarpe-sezigue
Vidocq, 1837 : s. m. — Assassin, suicide.
Escarpe, scionneur
Larchey, 1865 : « Voleur détournant après minuit sur la voie publique, par violence et quelquefois par assassinat. »
(Canler)
Escarper
Bras-de-Fer, 1829 : Assassiner.
Vidocq, 1837 : v. a. — Assassiner.
M.D., 1844 : Assassiner.
Larchey, 1865 : Assassiner. — Du vieux mot escharper : mutiler, couper en morceaux (Roquefort). — V. Criblage.
Mais tu veux donc que je t’escarpe (que je te tue).
(E. Sue)
Delvau, 1866 : v. a. Tuer, écharper un homme. On disait autrefois Escaper. Escarper un zigue à la capahut. Assassiner un camarade pour lui voler sa part de butin.
Rigaud, 1881 : Assassiner pour voler. D’escharper, mettre en pièces.
Rossignol, 1901 / France, 1907 : Tuer.
Escarper un zigue à la capahut
Virmaître, 1894 : Assassiner un complice pour lui voler sa part de butin. Sur les deux mots il y en a un de trop, capahut comme escarpe voulant dire assassin (Argot des voleurs). N.
Escoffier
d’Hautel, 1808 : Ce mot a plusieurs significations dans le langage populaire. On l’emploie pour dérober, voler, et souvent aussi pour perdre, tuer, assommer.
C’est autant d’escofié. Pour c’est autant de pris, de volé, de perdu.
On dit d’un homme qui est mort, assommé de coups, qu’il a été escoffié.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Tuer, assassiner.
Vidocq, 1837 : v. a. — Tuer, assassiner. Ce terme est devenu populaire.
Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot au provençal escofir.
Rigaud, 1881 : Tuer au moyen d’une arme à feu.
La Rue, 1894 : Tuer d’un coup de feu.
Virmaître, 1894 : Blesser ou tuer quelqu’un. Se dit également au point vue moral.
— Je l’ai rudement escoffié dans l’estime de ses amis (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Tuer.
France, 1907 : Tuer.
Deux Marseillais se promènent dans les environs de la capitale de la Provence.
— Et il est sain, ce village ? demande l’un.
— Je te crois, mon bon. L’an dernier, il a fallu escoffier un habitant pour pouvoir inaugurer le cimetière. Zuze un peu !…
Escofier
Larchey, 1865 : Tuer sur le coup. — Usité dès 1808. — Escofion voulait dire autrefois ou Bonnet de femme ou Mauvais coup. Calotte à un degré beaucoup plus faible présente encore ce double sens.
Trois sentinelles ont déjà été escofiées
(Cogniard, 1831)
Hayard, 1907 : Tuer, assassiner.
Estourbir
Larchey, 1865 : Tuer. — Mot à mot : mettre hors de combat. — Du vieux mot estor : choc, mêlée, duel (Roquefort).
En goupinant de cette sorte, les parains seront estourbis ; il sera donc impossible de jamais être marons.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des faubouriens et des voleurs. Le vieux français avait esturbillon, tourbillon, et le latin exturbatio. L’homme que l’on tue au moment où il s’y attend le moins doit être en effet estourbillormé. Signifie aussi Mourir.
Rigaud, 1881 : Étourdir ; assommer à coups de poing, à coups de bâton.
La Rue, 1894 : Tuer.
Virmaître, 1894 : Tuer un individu par surprise (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Tuer.
France, 1907 : Tuer, éteindre une vie ou une chandelle.
Nuitamment, il s’était introduit chez elle sous prétexte de lui procurer la Liste officielle et complète des numéros gagnants des Bons de l’Exposition — et v’lan ! il l’avait estourbie avec un os de gigot.
(George Auriol)
— Allons, amis ! courage ! Empoignez-le, estourbissez-le et qu’il n’en soit plus parlé.
(Marc Mario et Louis Launay)
— Accusé, dit le président, avez-vous quelque chose à ajouter pour votre défense ?
L’accusé, qui a assassiné, à la fois, sa femme, sa belle-mère et sa belle-sœur : Une seule, mon juge, c’est que c’est la première fois que ça m’arrive d’estourbir des femelles : j’espère que vous m’en tiendrez compte et que vous m’appliquerez la loi Bérenger.
Éternuer dans le panier
France, 1907 : Être guillotiné.
Nous ne voulons pas retracer une fois de plus le lugubre tableau d’une place publique un matin d’exécution. On sait que la majeure partie des assistants est composée d’ignobles personnages, souteneurs, récidivistes, filles publiques, habitués de restaurants de nuit tous venus par rigolade, histoire de voir un copain éternuer dans le panier.
(André Tessier, La Nation)
On dit aussi : éternuer dans le son.
En chemin, il cause avec le prêtre, lui donne de l’estomac, lui remonte le cœur :
— C’est rien du tout, m’sieu l’aumônier ! Faut pas vous rendre malade. J’ai vu Kaps, moi, place de la Roquette.
Et il raconte l’exécution de l’ « autre » au curé effaré !… Puis, en descendant, comme il se cogne la tête : « Allons, bon ! voilà qu’on se bosselle la cafetière ! » Et, sitôt à bas : « Qusqu’est l’truc ? »
Le truc, c’est la guillotine, la machine à exemple, l’épouvantail des assassins passés, présents et à venir !
On le lui indique. Il l’examine en connaisseur. Mais, comme il s’y attendait, le public ne lui va point : « Tas de poires ! » grommelle-t-il.
Il se retourne, embrasse l’aumônier — et éternue dans le son !
(Séverine)
Expédier
Delvau, 1864 : Faire jouir rapidement, en quelques coups de cul.
Les beaux pères n’expédiaient
Que les fringantes et les belles.
(La Fontaine)
Larchey, 1865 : Tuer. — Mot à mot : expédier en l’autre monde.
Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Tuer. C’est, mot à mot : expédier pour l’autre monde. — En terme de gastronomie, c’est ne rien laisser dans un plat, c’est nettoyer un plat.
Ensuite il n’a aucun scrupule, même après qu’on a servi fromage et fruits, de garder sur la table un morceau de viande jusqu’à ce qu’il l’ait, comme on dit, expédié.
(L. Dépret, La Cuisinière poétique.)
La Rue, 1894 : Tuer.
Hayard, 1907 : Renvoyer (dans l’autre monde), assassiner.
France, 1907 : Envoyer quelqu’un dans un monde qu’un dit meilleur.
Le prêtre s’introduit :
— Vous êtes monsieur un tel ?
— Oui, monsieur.
— Vous avez deux fils ; où sont-ils ?
— L’un est à X…, l’autre a eu des malheurs : il est à la Grande-Roquette.
— C’est de sa part que je viens vous voir… Une circonstance a voulu que je le voie ce matin.
— Ce matin. Est-ce donc vrai ce qu’on me disait à l’instant, qu’on les a expédiés tous les deux ?
— Mon ami, si vous voulez dire par là que votre enfant a payé ce matin sa dette à la justice humaine, c’est vrai.
(Simon Levral)
Ils sont là des milliers dans leurs laboratoires,
Couverts par des brevets de chimistes notoires,
Qui cherchent au grand jour, hommes intelligents,
Le moyen le plus sûr d’expédier les gens.
(Paul Nagour)
Faire
d’Hautel, 1808 : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.
Larchey, 1865 : Faire la place, commercialement parlant.
De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.
(Balzac)
Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.
(Id.)
Larchey, 1865 : Nouer une intrigue galante.
Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?
(Ed. Lemoine)
Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce.
Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?
(Balzac)
Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.
(id.)
Larchey, 1865 : Risquer au jeu.
Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.
(Noriac)
Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. ; Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.
Larchey, 1865 : Voler.
Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.
(Bertall)
Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.
(Commerson)
Delvau, 1866 : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.
Delvau, 1866 : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.
Delvau, 1866 : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.
Delvau, 1866 : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.
Delvau, 1866 : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.
Delvau, 1866 : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.
Delvau, 1866 : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.
Rigaud, 1881 : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.
Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)
Rigaud, 1881 : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.
Rigaud, 1881 : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.
Rigaud, 1881 : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.
M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.
(Imbert.)
Rigaud, 1881 : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Élysées, comme les placières font la place.
Rigaud, 1881 : Séduire.
La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.
(Balzac, La Cousine Bette)
L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.
(Idem)
Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.
Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.
(Jean Rousseau, Paris-Dansant)
Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.
Rigaud, 1881 : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.
Rigaud, 1881 : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.
Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.
(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)
Fustier, 1889 : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.
Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.
(Gil Blas, juin, 1886.)
La Rue, 1894 : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.
Virmaître, 1894 : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).
France, 1907 : Exploiter.
Elles faisaient les bains de mer et les villes d’eaux, émigrant suivant la saison, comme les bohémiens, comme les hirondelles, des falaises grises de la Manche qu’un gazon plat encapuchonne aux côtes méditerranéennes où la blancheur luit dans l’azur.
(Paul Arène)
France, 1907 : Voler.
Deux filous causent de la future Exposition :
— C’est une bonne affaire pour nous… Ça fournit des occupations…
— Qu’est-ce que tu y faisais en 1869 ?
— Les montres.
(Le Journal)
Il lançait de vastes affaires sur le marché, comme la Caisse d’Algérie, et il ne dédaignait pas de vulgaires filouteries. Ses opérations se trouvèrent ainsi embrasser tous les cercles de la vie de Paris. Il ne dédaignait aucun coup à tenter. Il faisait le million aux riches gogos et le porte-monnaie aux passants.
(Edmond Lepelletier)
Un monsieur, très pressé, court dans la rue.
Un quidam le rejoint, lui frappe sur l’épaule et lui demande impérieusement :
— Où allez-vous ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? répond le monsieur furieux.
— Ça me fait beaucoup… on vient de me voler !
— Et vous m’accusez ?
— Oui.
— C’est trop fort !
— N’essayez pas de m’en imposer.
— Mais fouillez-moi, espèce de crétin !
Le quidam fouille le monsieur, et se retire en présentant de plates excuses.
Quand Le monsieur se fouille à son tour, il s’aperçoit qu’on lui a fait sa montre et son porte-monnaie.
(Gil Blas)
À la correctionnelle :
— Alors, dit familièrement le président au prévenu, vous vous vantez de faire la montre aves une remarquable dextérité ?
— Aussi bien que personne ici !
Puis il ajoute courtoisement :
— Soit dit sans vous offenser.
Faire la grande soulasse
Bras-de-Fer, 1829 : Assassiner.
Delvau, 1866 : v. a. Assassiner, — dans l’argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Assassiner tous les habitants d’une maison (Argot des voleurs).
Faire la grande soûlasse
Rigaud, 1881 : Assassiner par profession.
Faire la grande soulasse sur le trimard
France, 1907 : Assassiner sur les grandes routes.
Faire ripaille
France, 1907 : Mener joyeuse vie. Boire et manger outre mesure, s’adonner aux plaisirs de la table.
On raconte au sujet de cette expression une histoire du dernier et huitième comte et premier duc de Savoie, Amédée le Pacifique, connu comme antipape sous le nom de Félix V. Il prit le monde en dégoût à la mort de sa femme et céda ses États à son fils aîné (1439), pour se retirer, à l’âge de 56 ans, sur les bords du lac de Genève, dans le Chablais, en un château dépendant d’un prieuré de l’ordre de Saint-Maurice, fondé par l’un de ses prédécesseurs, et qu’il avait fait remettre à neuf. Le château se nommant Ripaglia.
Amédée prit l’habit de moine, ainsi que quelques seigneurs qui l’avaient suivi dans sa retraite pour renoncer, comme lui, au monde, aux pompes et aux œuvres de Satan. Mais ils n’avaient, parait-il, nullement renoncé à la bonne chère, car l’ermitage de Ripaglia devient le théâtre d’agapes homériques. On dit bientôt : faire grande chère comme à Ripaglia, par contraction Ripaille, et enfin faire ripaille. Les Italiens disent : audare a Ripaglia.
Dans une de ses épîtres, Voltaire s’exprime ainsi :
Ripaille, je te vois ! Ô bizarre Amédée !
Est-il vrai que dans ces beaux lieux,
Des soins et des grandeurs écartant toute idée,
Tu vécus en vrai sage, en vrai voluptueux,
Et que, lassé bientôt de ton doux ermitage,
Tu voulus être pape et cessas d’être sage !
Lieux sacrés du repos, je n’en ferais pas tant ;
Et malgré les deux clefs dons la vertu nous frappe,
Si j’étais ainsi pénitent,
Je ne voudrais point être pape.
Dans l’épître 64, il dit au roi de Prusse :
Lorsque deux rois s’entendent bien,
Quand chacun d’eux défend son bien
Et du bien d’autrui font ripaille…
Mais en dépit de Voltaire et des étymologistes qui ont trouvé cette fable, elle est controuvée. Ripaille vient tout simplement du vieux français ripuaille, dérivé lui-même de ripue, bonne chère.
Si bien que vers minuit, on cause, on fait ripaille,
Puis la discussion dégénère en bataille ;
Lors, laissant au défunt l’un d’eux pour le veiller,
Les autres titubants regagnent leur foyer.
(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)
Faire suer le chêne
Bras-de-Fer, 1829 : Assassiner.
Virmaître, 1894 : Tuer un homme (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Tuer quelqu’un.
Faire suer un chêne
Clémens, 1840 / M.D., 1844 : Assassiner un homme.
France, 1907 : Tuer un homme.
Faire une maison entière
Rigaud, 1881 : Assassiner tous les habitants d’une maison, et faire main basse sur tout ce qui s’y trouve, — dans le jargon des voleurs.
Faraud
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Monsieur comme il faut.
Halbert, 1849 : Monsieur.
Delvau, 1864 : Amant de cœur, maquereau.
Monsieur, il faut vous déclarer
Que c’est une femme effrontée.
Qui fit assassiner son homme
Par son faraud…
dit l’auteur de la chanson sur le supplice de la Lescombat.
Delvau, 1866 : s. m. Monsieur, — dans l’argot des voleurs et du peuple, qui ont remarqué que les messieurs avaient assez ordinairement l’air fiérot. A signifié aussi, à l’origine, souteneur de filles, comme le prouvent ces vers cités par Francisque Michel :
Monsieur, faut vous déclarer
Que c’est une femme effrontée
Qui fit son homme assassiner
Par son faraud…
Faire son faraud. Se donner des airs de gandin quand on est simple garçon tailleur, ou s’endimancher en bourgeois quand on est ouvrier.
Rigaud, 1881 : Monsieur, — dans l’ancien argot. — En patois provençal, faraud désigne un homme bien mis. — Faraude, faraudesse, madame. — Faraudette, mademoiselle.
La Rue, 1894 : Monsieur. Faraudec, mademoiselle. Faraudène, madame.
France, 1907 : Gommeux, petit jeune homme, qui fait ses embarras.
Le calicot, rêveur, pour m’admirer, s’arrête,
Tandis que je vais, crâne et redressant la crête,
Et sonnant du talon, et faisant mon faraud,
Grâce à lui, je suis un jeune homme comme il faut ;
Un jonc en main, un gros partagas à la bouche,
Je m’épanouis sur les trottoirs de Lyon ;
Je suis gommeux, pschutteux, très v’lan, un vrai lion.
(George Bois, Cœur au vent)
Signifiait autrefois amant :
… C’est une femme effrontée
Qui fit son homme assassiner
Par son faraud.
On écrivait aussi fareau :
Tout allait bien, quand des fareaux,
Sur l’oreille ayant leurs chapeaux,
Canne en main, cheveux en béquilles,
Entrent sans façon, et les drilles
Dansent sans en être priés.
(J.-J. Vadé)
Feuille de chou
Larchey, 1865 : Guêtre militaire, mauvais journal, titre non valable.
Delvau, 1866 : s. f. Guêtre de cuir, — dans l’argot des troupiers.
Delvau, 1866 : s. f. Journal littéraire sans autorité, — dans l’argot des gens de lettres. On dit aussi Carré de papier.
Rigaud, 1881 : Guêtre, — dans le jargon des troupiers.
Rigaud, 1881 : Méchant petit journal, journal sans importance.
Rigaud, 1881 : Oreille, — dans l’argot des rôdeurs de barrière. — Je l’ai pris par ses feuilles de chou et je l’ai sonné.
Rigaud, 1881 : Surnom donné au marin, par les soldats des autres armes. Allusion aux grands cols des marins.
Boutmy, 1883 : s. f. Petit journal de peu d’importance.
Virmaître, 1894 : Mauvais journal qui ne se vend qu’au poids (Argot d’imprimerie).
Rossignol, 1901 : Journal de petit format. On dit aussi, de celui qui a de grandes oreilles, qu’il a des feuilles de choux.
France, 1907 : Guêtre militaire.
France, 1907 : Journal sans valeur et sans autorité, rédigé par des écrivains sans talent. Par extension, tout journal.
Il faut donc que le journaliste qui prétend donner à sa production hâtive et spontanée la pérennité du livre ait une forme. C’est le style qui fera de sa feuille de chou une lame d’airain. Il lui est indispensable par conséquent d’être doué exceptionnellement ou de réviser avec un soin scrupuleux son premier jet, quant aux négligences, aux répétitions, aux incorrections qui ont pu lui échapper ou qu’on laisse passer, dans le journalisme courant.
(Edmond Lepelletier, Chronique des Livres)
Il y a aussi des fripouilles qui l’écrivent dans des feuilles de chou pourries du boulevard extérieur, ou qui le hurlent dans les réunions publiques où quelques douzaines de pitoyables drôles ont pris la douce habitude de m’appeler assassin.
(A. Maujan, Germinal)
Bien des individus se décernent pompeusement le titre d’auteur, parce qu’ils ont écrit quelques lignes dans quelque méchante feuille de chou.
(Décembre-Alonnier, Typographes et gens de lettres)
Fièvre cérébrale
Vidocq, 1837 : s. f. — Accusation dont le résultat, si elle est prouvée, doit être l’application de la peine de mort.
Larchey, 1865 : Accusation entraînant la perte de la tête (Vidocq). — Jeu de mots.
Delvau, 1866 : s. f. Condamnation à mort, — dans l’argot des assassins, à qui cela doit donner en effet le transport au cerveau, et même le delirium tremens.
Rigaud, 1881 : Accusation capitale, — dans l’ancien argot. — Aujourd’hui dans le monde des voleurs, fièvre typhoïde et vérole noire ont le même sens. — Redoublement de fièvre cérébrale, nouveau témoignage très grave à la charge de l’accusé.
La Rue, 1894 : Accusation entraînant la peine capitale.
Virmaître, 1894 : Condamné à mort. Il meurt en effet subitement (Argot des voleurs).
France, 1907 : Condamnation à mort.
Four chaud
Vidocq, 1837 : La question. Une des maximes de l’ancienne magistrature était de ne condamner un accusé à la mort que sur ses propres aveux, qui devaient, dans tous les cas, venir corroborer les déclarations des témoins. Mais pour lui arracher ces aveux, qui devaient tranquilliser leur conscience, les juges ne reculaient devant aucuns moyens, et presque toujours la question ordinaire et extraordinaire était appliquée à l’accusé contre lequel s’élevaient quelques présomptions. Louis XVI signala son avènement au trône par plusieurs actes de haute justice dont l’histoire lui tiendra compte, et notamment par l’abolition de cette mesure cruelle.
Il ne fit en cela que céder aux cris de l’indignation publique qui, depuis déjà long-temps, s’était élevé contre cet usage barbare.
L’expérience, au reste, avait démontré l’inefficacité et l’inutilité de la question ; on avait acquis la certitude que des innocens, vaincus par les tourmens, avaient avoué des crimes qu’ils n’avaient pas commis, et que des coupables, au contraire, grâce à la force de leur constitution, avaient été acquittés après avoir supporté la question ordinaire et extraordinaire. Il ne faut, pour acquérir la preuve de ce que j’avance ici, que feuilleter le recueil des Causes Célèbres.
La question était venue remplacer en France les duels judiciaires, qui eux-mêmes avaient été précédés par les épreuves que l’on nommait jugemens de Dieu. Ceux de mes lecteurs qui ne connaissent pas parfaitement les anciens usages de la France, ne seront peut-être pas fâchés de trouver ici quelques détails sur la manière dont se rendait autrefois la justice.
Les ecclésiastiques qui tenaient des fiefs à titres féodaux, et qui, par conséquent, possédaient sur leurs terres, comme tous les tenanciers du roi, le droit de haute et basse justice, mirent les premiers les épreuves en usage. L’accusé qui n’avait pas cessé de protester de son innocence y était soumis sur sa demande. Il y en avait de plusieurs sortes, mais les plus usitées étaient les épreuves de l’eau et du feu. Dans le premier cas, on liait l’accusé de manière à ne point lui laisser la liberté de faire un seul mouvement, et dans cet état il était jeté dans une vaste cuve pleine d’eau, s’il allait au fond il était déclaré coupable, si, au contraire, il surnageait, personne ne songeait à douter de son innocence. Dans le second, il devait, pour donner la preuve de son innocence, tenir entre ses mains, durant un certain temps, et sans en être brûlé, une barre de fer rougie au feu. On conçoit tout ce que ces épreuves avaient d’incertain, aussi elles ne furent pas long-temps en usage et furent remplacées par les duels judiciaires. Celui qui accusait ou qui était accusé pouvait demander à prouver par le combat la vérité de son accusation ou de sa défense. L’histoire fait mention d’un grand nombre de combats de ce genre, parmi lesquels on cite celui de Jarnac contre La Chataigneraye, qui a donné naissance à un proverbe, et celui du chien d’Aubry de Montdidier contre le chevalier Macaire.
Je me suis un peu éloigné du sujet principal de cet article, auquel je me hâte de revenir. J’ai dit que lorsque la question fut abolie, l’expérience avait prouvé depuis long-temps son inutilité et son inefficacité, et que pour acquérir la preuve de ce que j’avançais, il ne fallait que feuilleter le recueil des Causes Célèbres, on y verrait en effet que la question n’arracha pas un aveu à la plupart des grands criminels qui y furent soumis, et que des accidens imprévus amenèrent seuls leur condamnation. Que l’on me permette de citer à l’appui de ce que j’avance, un fait encore récent, et dont j’ai été témoin oculaire et auriculaire.
En l’an V de la république, il y avait au bagne de Brest, salle Saint-Antoine, un Breton surnommé le Rifodé, qui avait été condamné aux travaux forcés à perpétuité par la cour de justice de Nantes ; cet homme avait fait partie d’une troupe de voleurs et d’assassins de grande route, et si ses aveux étaient venus corroborer les charges qui s’élevaient contre lui, il aurait été rompu vif ; mais il avait supporté avec une constance inaltérable la question ordinaire et extraordinaire, de sorte que les magistrats, quoique bien convaincus de sa culpabilité (que du reste il ne cherchait pas à mettre en doute lorsque je le vis, puisqu’il montrait avec une sorte d’orgueil ses membres mutilés et brûlés, et sa poitrine que l’eau, en tombant d’une grande hauteur, avait creusée) n’avaient pu le condamner au supplice de la roue ainsi que ses complices. Le Rifodé assurait que deux personnes compromises dans son affaire, et qui, moins vigoureuses que lui, avaient avoué tout ce qu’on avait voulu pour échapper aux tourmens, avaient subi, quoique très-innocentes du crime dont elles étaient accusées, cet horrible supplice.
Après la promulgation du Code de 1791, et vingt-quatre années de séjour au bagne, le Rifodé recouvra sa liberté, et quitta Brest très-bien portant.
Fourbi
Vidocq, 1837 : s. m. — Toute espèce de jeu qui cache un piège.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Clémens, 1840 : Poste, emploi ; on le dit assez aussi quand on a un mauvais jeu : Quel mauvais fourbi !
Delvau, 1866 : s. m. Piège ; malice, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pourtant pas que le fourby (le Trompé) était un des 214 jeux de Gargantua. Connaître le fourbi. Être malin. Connaître son fourbi. Être aguerri contre les malices des hommes et des choses.
Rigaud, 1881 : Petite filouterie ; peccadille ; maraudage ; pour fourberie. — Connaître le fourbi, connaître une foule de petites ficelles, de trucs à l’usage des militaires peu scrupuleux, — en terme de troupiers.
Merlin, 1888 : Du vieux mot français fourby, espèce de jeu. Fourbi a deux acceptions : tantôt il veut dire : détournement, gain illicite ; tantôt : choses, travaux, matériel, etc.
La Rue, 1894 : Piège, malice. Métier. Jeu. Ficelle. Truc. Petit bénéfice plus ou moins licite.
Virmaître, 1894 : Piège, malice. A. D. C’est une erreur. Cette expression très usitée vient du régiment, où le caporal chargé de l’ordinaire gratte sur la nourriture des hommes. Fourbi signifie bénéfice (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Ce que l’on possède.
J’ai mis tout mon fourbi dans une malle.
Hayard, 1907 : Voir flambeau et flanche.
France, 1907 : Affaire, travail. Connaître le fourbi, être malin, habile.
Oui, ça prouve, nom de Dieu ! que quoi qu’on dise, les idées ont marché. Le populo en a plein le cul, de turbiner pour les richards, il voudrait à son tour flânocher un brin. Seulement il s’y prend mal ; sale fourbi que celui de huit heures.
Comprends-moi bien, petit : je ne suis pas contre. Foutre non ! moins les pauvres bougres bûcheront, plus il leur restera de temps pour ruminer sur leur sort.
(Père Peinard)
Y en a qui font la mauvais’ tête,
Au régiment ;
I’s tir’ au cul, i’s font la bête
Inutil’ment ;
Quand i’s veul’nt pus fair’ l’exercice
Et tout l’fourbi,
On les envoi’ fair’ leur service
À Biribi.
(Aristide Bruant)
France, 1907 : Petit larcin, volerie, rapine : mot rapporté par les soldats d’Afrique.
— Dans les hospices ils s’entendent bien pour faire du fourbi aux dépens des malades ! dit Peau-de-Zébi sentencieusement, renversant en arrière sa chéchia comme pour accentuer son opinion.
(Edmond Lepelletier)
Les fourriers qui, en faisant la distribution de vin ou d’eau-de-vie, mettent leur pouce dans le quart distributeur, commettent un petit fourbi.
Mais il en est de gros et ils ont des conséquences graves. Je pourrai citer l’exemple des godillots à semelles de carton qu’on donna à plusieurs régiments pendant la malheureuse guerre de 1870 ; mais ces temps sont encore trop proches ; qu’il me suffise de raconter celui que rapporte le Mémorial de Sainte-Hélène pendant la campagne d’Égypte.
C’était l’apothicaire en chef de l’armée. On lui avait accordé cinq chameaux pour apporter du Caire les médicaments nécessaires pendant l’expédition de Syrie. Cet infâme eut la scélératesse de les charger de vin, de sucre, de café, de comestibles qu’il vendit dans le désert à des prix très élevés. Quand le général Bonaparte sut la fraude, il devint furieux, et le misérable fut condamné à être fusillé. C’était beaucoup trop d’honneur, il devait mourir sous la bastonnade pour assassinats prémédités, car il avait spéculé sur la vie des malades. Des centaines d’entre eux ont péri faute de médicaments. On leur donnait une boisson nauséabonde, faite avec des feuilles, pour leur faire croire qu’ils prenaient quelque remède…
(A. Longuet, Méditations de caserne)
Fourline
Clémens, 1840 : Coupeur de bourses.
un détenu, 1846 : Voleur qui fouille dans les poches.
Halbert, 1849 : Filou, fouille-poche.
Larchey, 1865 : Filou. — Fourliner : Voler (Vidocq). — Du vieux mot fourloignier : écarter. V. Litrer. — Fourlineur : Tireur volant dans les foules (Bailly).
Delvau, 1866 : s. f. Association de meurtriers, on seulement de voleurs.
Rigaud, 1881 : Voleur habile. — Association de malfaiteurs.
La Rue, 1894 : Voleur habile. Meurtrier.
Virmaître, 1894 : Vient de fourloureur. Ce mot signifie à la fois voleur et assassin (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Voleuse.
Fourloure
Larchey, 1865 : Malade. — Fourloureur : Assassin (Vidocq).
France, 1907 : Malade.
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