Delvau, 1866 : v. a. Se dit de toute personne qui non potest excernere, ou difficillime excernit, ou excernit sanguinem.
Chier des carottes
Coupe-jarret
d’Hautel, 1808 : Brigand, bretteur, homme qui ne cherche que dispute. Nom donné dans la révolution aux Septembriseurs et aux exécuteurs d’ordres sanguinaires.
Ducasse
France, 1907 : Fête de village dans les départements du Nord et dans le Brabant. Ce qu’on nomme assemblée dans le centre, pardon en Bretagne, vogue dans le Dauphiné, festin en Provence et kermesse en Belgique.
Les galants en appétit de sa chair sanguine et drue ne lui manquaient pas. Aux ducasses, les mains qui la chatouillaient aux aisselles lui avaient révélé le sournois désir des drilles, ses danseurs…
On était à la veille de la ducasse. Depuis une semaine, les gens du village échaudaient leurs maisons, peinturluraient leurs portes, éherbaient sur la haie les linges de fête.
(Camille Lemonnier)
Nez (avoir du)
Rigaud, 1881 : Pressentir les bonnes occasions, arriver aux bons moments. On dit également : Avoir le nez creux.
France, 1907 : Être habile, avoir de l’intuition, de la prévoyance. On dit aussi : avoir bon nez. « Avoir bon nez, dit l’auteur anonyme des lestres proverbes, parus à Lyon en 1654, c’est être prévoyant, prudent, judicieux, ou doué de quelque autre vertu… Les physionomistes qui jugent des passions et affections de l’âme par l’apparence des traits extérieurs, tirent de grands indices de la forme du nez. Ils disent que ceux que ont le bout du nez grêle sont prompts et colères ; ceux qui l’ont plein et retroussé comme les lions et les dogues sont forts et présomptueux ; ceux qui ont le nez long, grêle et aigu, de même ; ceux qui l’ont gros et plat sont réputés méchants ; les nez penchants sont indice d’honnêteté ; les droits, de basserie et de babil ; les aigus, de colère ; les gros, de volupté ; les camus, de paillardise et d’impudence ; les courts, de dol et de rapine ; les ronds et estoupés, de stupidité, de bêtise et de fureur ; les tortus de confusion, de trouble d’esprit ; les aquilins, de magnificence et d’une nature excellente, etc. Par allégorie, tons ceux qui par prudence prévoyent les choses et y pourvoient sagement soit dits avoir bon nez par comparaison avec les chiens qui conjecturent et connaissent par le moyen de l’odorat où ils doivent tirer. »
Il faut avoir du nez pour estre pape, dit un proverbe du XVIe siècle.
Lavater a depuis longtemps apporté de nouvelles éclaircies et condensé ce fatras. « Un beau nez ne s’associe jamais avec un visage difforme, dit-il : on peut être laid et avoir de beaux yeux, mais un nez régulier exige une heureuse analogie des autres traits. Aussi voit-on mille beaux yeux contre un seul nez parfait. Un beau nez suppose toujours un caractère excellent et distingué. » Aquilin, en bec d’aigle, il dénote la force et le courage ; évasé, refrogné au bout, l’ironie et l’hilarité.
Le gros nez est très répandu parmi les épiciers, les bourgeois, les boursiers et les maquignons.
Le gros nez finissant en poire appartient aux marchands heureux et aux hommes en place.
Le gros nez boursouflé, aux limonadiers, aux maitres d’hôtel et aux valets de chambre.
Le gros nez bourgeonné, aux campagnards et aux ivrognes.
Le nez mince, sec, difforme, dénote la peur ou la lâcheté.
La narine étroite, nacrée, diaphane indique a volupté.
Chez les femmes, cette narine accompagne une tête mutine, un minois provocant.
La narine large dénonce le travail acharné dès l’enfance.
Celui qui a des excroissances de chair sur le nez est de caractère sanguin ou lymphatique, mais, dans les deux cas, s’emporte facilement.
Enfin, celui dont le nez s’attache au front par une ligne très courbe est presque toujours excentrique et tant soit peu disposé à la folie.
Pandore
d’Hautel, 1808 : C’est la boîte à Pandore. Se dit d’une femme, qui, sous des dehors séduisans, cache une ame noire et atroce, par allusion à la boîte que Jupiter donna à la femme d’Épiméthée, et où tous les maux imaginables étoient renfermés.
France, 1907 : Gendarme. Ce sobriquet vient de la fameuse chanson de Gustave Nadaud, Les Deux Gendarmes, où chaque couplet se termine par ce refrain :
Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison.
À ce propos, disons comme simple renseignement historique que c’est le 15 janvier 1797 quis le conseil des Cinq-Cents vota le projet présenté par Richard, qui décidait la formation du corps de la gendarmerie actuelle.
Les soldats turcs n’ont pas été plus féroces que les soldats versaillais foutant., en 1871, Paris à feu et à sang, que, plus récemment, les troufions de France, au Tonkin, au Dahomey et à Madagascar.
Les conquérants, les envahisseurs sont partout identiques : l’homme s’efface — la bête humaine reparait avec tous les instincts féroces et sanguinaires des anciens âges.
Sur la route de Paris à Versailles, les pandores attachaient les communards à la queue de leurs chevaux ; aux Buttes-Chaumont, un colonel célèbre faisait arroser de pétrole et griller vivants ses prisonniers.
Au Tonkin, les pousse-cailloux violaient et pillaient à cœur joie.
Au Dahomey, un ratichon distribuait des cigares aux troufions qui lui rapportaient des tètes de moricauds.
(Le Père Peinard)
Plein (battre son)
France, 1907 : Être dans tout son éclat.
La vie battait son plein dans cette grande artère parisienne. Sur les trottoirs, une cohue prolétaire ambulait, effarée ; les employés gagnaient leur bureau, les ouvriers se rendaient au travail, les ménagères, le panier à la main, s’approvisionnaient, allant des boutiques, dont l’étalage mangeait la moitié de la chaussée, aux voitures des marchands de quatre-saisons, rangées le long du ruisseau, et pleines, celles-ci de légumes, celles-là de poissons, ces autres de volailles ou de lapins tout dépouillés, dont la chair sanguinolente évoquait des idées de carnage. De leurs voix enrouées, les petits marchands appelaient la clientèle :
— Voyez, Madame, voyez, pas cher !…
(Daniel Riche, L’Agonie d’une jeunesse)
Sanguin
France, 1907 : Homme de peine employé aux abattoirs pour ramasser le sang.
Les ramasseurs de sang qu’aux abattoirs on a baptisés les sanguins sont de bons fieux chargés, après chaque tuée, de ramasser le sang des bêtes sacrifiées et de le coller dans des tonneaux. Ils sont quatre-vingts.
(Le Père Peinard)
Tripier
France, 1907 : Employé d’abattoir chargé spécialement des parties intestinales des animaux tués.
Ailleurs, les tripiers traversent la tuerie en portant à bout de bras d’énormes choses molles et violettes, ou d’une sanguinolence saumonée.
(Maurice Talmeyr, La Cité de Sang)
Veau
d’Hautel, 1808 : Des brides à veau. Coq à l’âne ; absurdités, raisons impertinentes et ridicules dont on amuse les sots.
Tuer le veau gras. Faire un régal extraordinaire pour témoigner la joie qu’on éprouve de revoir quelqu’un.
Un veau d’or. Un Midas ; un riche sans lettres ; un parvenu.
S’étendre comme un veau. S’étaler d’une manière incivile et souvent incommode aux autres.
Delvau, 1864 : Gourgandine, fille de la dernière catégorie, — sans doute par allusion à sa chair fadasse, plus adipeuse que musculée, plus lymphatique que sanguine, qui ne donne pas le moindre appétit.
Un soir, à la barrière,
Un veau
Tortillait son derrière
Bien beau.
(Vachette)
O vous, jeunes étudiants,
De veaux si vous êtes amants,
Craignez, craignez fort la vérole.
(A. Watripon)
Larchey, 1865 : Jeune fille de joie, condamnée au rôle futur de Vache. V. ce mot.
Je rencontre à la barrière Un veau (bis).
(Chanson populaire)
Delvau, 1866 : adj. Paresseux, nonchalant, — dans l’argot du peuple. Il ne fout pas croire l’expression nouvelle. Galli socordes et stultos vituli nomine designare soliti sunt, dit Arnoult de Féron dans son Histoire de France. Et Régnier, dans sa satire à Mottin, dit de même :
Ce malheur est venu de quelques jeunes veaux
Qui mettent à l’encan l’honneur dans les bordeaux.
Delvau, 1866 : s. m. Jeune fille qui a des dispositions pour le rôle de fille. Argot des faubouriens.
Merlin, 1888 : Voir Azor.
Virmaître, 1894 : Femme de barrière, rôdeuse de caserne (Argot des voyous).
Virmaître, 1894 : Toute jeune fille qui n’a pas grand chemin à faire pour devenir vache. Il existe à ce sujet une vieille chanson qu’il serait impossible de citer en entier :
Un jour, à la barrière,
Un veau,
Un veau,
Tortillant du derrière.
Fort beau,
Fort beau.
Je la … sur parole.
Neuf jours plus tard, le camarade était au Midi (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Femme publique.
France, 1907 : Imbécile, niais, balourd. L’expression est vieille ; on la trouve dans un dicton du XVIe siècle : Celuy se monstre estre bien veau, qui par la poincte rend le couteau.
L’autre soir, on parlait métempsycose.
Le jeune vicomte des Étoupettes, pour se rendre intéressant, soutenait avec un aplomb imperturbable qu’il se souvenait fort bien d’avoir été le veau d’or des anciens Hébreux.
— Pardon, demanda en s’approchant une jeune personne, mais l’or, qu’en avez-vous fait ?
Cependant, j’avais soif encor ;
J’allais dans un autre décor
Boire un verre de vulnéraire,
Eh bien, croyez-vous qu’à nouveau
Devant moi je trouve mon veau
Qui me ressemblait comme un frère !
(Raoul Ponchon)
France, 1907 : Jeune fille de mœurs légères : destinée à devenir vache.
L’ami. — Ne blaguez pas les dessous de bras, mon cher ! Je connais une petite bonne femme qui doit sa fortune à ses aisselles. Uniquement ! Elle n’a que ça, cette enfant, mais elle l’a ! Oh ! la mâtine, elle l’a bien ! Savez-vous ce qu’elles sentent, ses aisselles ?
M. de Grangel. — Non ! moi, j’ai connu une princesse polonaise, très ordinaire comme tête, mais qui embaumait les chrysanthèmes. Quand elle levait les bras, c’était délicieux.
L’ami. — Ma petite camarade, dont je vous parle, sent le foin coupé. Mais vous savez, tout à fait le foin coupé. On se croirait dans une prairie.
Claude. — Avec un veau.
(J. Marni)
France, 1907 : Paresseux, débauché. Le mot est vieux dans ce sens, on le trouve dans Mathurin Régnier.
Ce malheur est venu de quelques jeunes veaux
Qui mettent à l’encan l’honneur dans les bordeaux.
(Satire à Moltin)
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