d’Hautel, 1808 : Être sur sa bouche. Signifie faire un dieu de son ventre ; employer tous ses revenus à la table.
Il a la bouche cousue. Se dit d’un homme dont on a acheté le secret.
Il est comme Baba la bouche ouverte. Se dit par raillerie d’un niais ; d’un Colas ; d’un sot, qui a toujours la bouche béante, et qui s’extasie sur les choses les plus frivoles et les moins dignes d’attention.
Être à bouche que veux-tu. Nager dans l’abondance : avoir tout ce que l’on peut désirer. On dit dans un sens à-peu-près semblable, Traiter quelqu’un à bouche que veux-tu, pour le servir à souhait.
Avoir bouche à cour. Avoir son couvert mis dans une grosse maison.
Il dit cela de bouche, mais le cœur n’y touche. Se dit de quelqu’un qui parle contre sa façon de penser ; qui s’épuise en vaines protestations.
Faire bonne bouche. Garder le meilleur pour la fin.
Faire bonne bouche à quelqu’un. Le flatter par ce que l’on sait qu’il aime à entendre ; amuser son imagination par des chimères agréables.
Faire la petite bouche. Faire des façons, des simagrées ; faire mal à propos le petit mangeur, le discret.
Manger de broc en bouche. C’est-à-dire, brûlant, à la manière des goulus.
Il n’a ni bouche ni éperons. Se dit d’un homme qui manque de tête, d’esprit et de cœur.
Un homme fort en bouche. Manant, homme grossier, qui a la repartie vive et injurieuse.
Un Saint Jean bouche d’or. Bavard ; homme faux, inconséquent, indiscret.
Faire venir l’eau à la bouche. Mettre en appétit ; faire désirer quelque chose à quelqu’un, l’induire en tentations.
Il a toujours la parole à la bouche. Se dit d’un homme qui est toujours prêt à parler.
Entre la bouche et le verre il arrive beaucoup de choses. Pour dire qu’il ne faut qu’un moment pour faire manquer une affaire qui paroissoit très-assurée.
S’ôter les morceaux de la bouche pour quelqu’un. Manière exagérée de dire que l’on épargne, que l’on économise beaucoup pour fournir aux dépenses de quelqu’un.
Laisser quelqu’un sur la bonne bouche. Le laisser dans l’attente de quelque chose qui touche fortement ses interêts.
Bouche
Cierge est éteint à Saint-Jean de Belleville (le)
Rigaud, 1881 : Les ouvriers qui habitent Belleville se servent de cette expression lorsqu’en jouant aux cartes ils n’ont pas d’as dans leur jeu. — Pour en avoir, il faut faire brûler un cierge à saint Jean-Baptiste.
(Le Sublime)
Eau bénite de cave
Delvau, 1866 : s. f. Vin, — dans l’argot du peuple, qui sait que tous les cabaretiers font concurrence à saint Jean-Baptiste.
France, 1907 : Vin.
— Écoutez, mes enfants, disait à ses vicaires le vieux curé d’Albestroff, quand vous avez aspergé de votre goupillon le gentil essaim de dévotes, rien de tel pour vous mettre d’aplomb que l’eau bénite de cave.
(Les Propos du Commandeur)
Être de la paroisse de saint Jean le rond
France, 1907 : Être ivre.
Faire le saint Jean
France, 1907 : Tousser et cracher pour donner un signal convenu. Se dit aussi pour jouer à l’imbécile.
L’invitation acceptée, l’amorceur fait le saint Jean, c’est-à-dire qu’atteint d’une toux subite, il se détourne pour expectorer bruyamment. À ce signal, deux complices se hâtent de se rendre à l’endroit convenu d’avance.
(Pierre Delcourt, Paris voleur)
Je l’ai connu poirier
France, 1907 : Se dit d’un parvenu élevé à une haute position, soit financière, soit sociale, et que l’on a connu dans une position infime. Combien de gros pontifes qui se prélassent aujourd’hui au Sénat et dans les ministères et que l’on a connus poiriers ! L’origine que l’on donne à cette expression, que l’on trouve dans les Mémoires du duc de Saint-Simon, est assez amusante : Un curé de village avait dans son église un saint Jean en bois qui excitait la vénération de ses ouailles et attirait les pèlerins de dix lieues à la ronde. On lui attribuait toutes sortes de merveilleuses guérisons. Mais le saint était vieux, le bois vermoulu tombait en poussière. Le bon curé jugea utile de le remplacer. À cet effet, il fit couper le plus beau poirier de son jardin et confia à un artiste de la ville voisine le soin de lui confectionner un saint nouveau sur le modèle de l’ancien ; et bientôt l’église de village eut son saint Jean tout neuf et tout brillant de dorures et de fraîches couleurs. Mais les paysans n’y allèrent plus porter leurs offrandes, les pèlerins cessèrent de venir le prier. Le curé, désolé autant que stupéfait, interrogea l’un des plus zélés dévots d’autrefois, lui demandant raison de sa froideur à l’égard du grand saint Jean : « Un saint, ça ? répondit dédaigneusement le paysan. Allons donc ! Je l’ai connu poirier ! »
Jean
d’Hautel, 1808 : Il n’est que de la saint Jean. Se dit pour abaisser le mérite de quelqu’un et pour faire entendre qu’un autre lui est bien supérieur.
Un Saint Jean bouche d’or. Homme qui ne peut garder un secret ; bélitre, dissipateur.
On y a appliqué toutes les herbes de la Saint Jean. Voyez Herbe.
Jean fesse. Mot injurieux que l’on adresse à quelqu’un dans un mouvement de colère, et qui équivaut à poltron, homme sans honneur.
Jean de Nivelle. Voyez Chien.
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile ; mari que sa femme trompe sans qu’il s’en aperçoive. On disait autrefois Janin.
France, 1907 : Niais, imbécile, mari dupé.
Jean ? Que dire sur Jean ? C’est un terrible nom
Que jamais n’accompagne une épithète honnête.
Jean des Vignes, Jean Lorgne…. Ou vais-je ? Trouvez bon
Qu’en si beau chemin je m’arrête.
(Mme Desroulières)
— Pourquoi nommer Catin votre charmante fille ?
Appelez-la Catau, disait-on à Lubin.
— Non pas, dit-il ; en vain on en babille ;
Chez nous le mâle est Jean, la femelle Catin ;
C’est l’usage dans la famille.
(Pons de Verdun)
Jeune-France
Delvau, 1866 : s. m. Variété de Romantique, d’étudiant ou de commis — en pourpoint de velours, en barbe fourchue, en cheveux en broussailles, avec le feutre mou campé sur l’oreille.
Rigaud, 1881 : Variété du bousingot. — C’était un bousingot fatal, à tout poil, à tout crin. Il y eut des subdivisions et des variétés du Jeune-France à l’infini ; depuis le Jeune-France blasé, jusqu’au Jeune-France étique, le saint Jean-Baptiste précurseur du petit-crevé de nos jours.
France, 1907 : On désignait ainsi, à l’éclosion du romantisme, vers 1830, une catégorie de jeunes gens portant longs cheveux, barbe fourchue, pourpoint de velours et feutre mou.
Les romantiques se divisèrent en Bousingots et en Jeune-France. Les Jeune-France conservèrent longtemps leurs pourpoints, leurs barbes fourchues, leurs cheveux buissonneux.
(Privat d’Anglemont)
Théophile Gautier a écrit un charmant volume sous le titre : Les Jeune-France.
Actuellement, on se sert de cette expression par plaisanterie pour désigner les jeunes gens.
Noli me tangere
France, 1907 : « Ne me touchez pas. » Expression tirée de l’Évangile de saint Jean, signifiant que tout homme, comme certaines plantes, à sa fibre sensible.
Nu comme un petit saint-Jean
France, 1907 : Allusion au petit enfant habillé seulement d’une peau de mouton que l’on voyait aux processions de la Fête-Dieu et qui était censé représenter saint Jean dans le désert.
Si on apporte des cartes pour ceux qui aiment à faire une petite partie, qu’ils regardent bien si elles ne viennent pas du Café-Divan, dont Constans était l’heureux tenancier, parce qu’alors ils sortiraient nus comme des petits Saint Jean.
(Henri Rochefort)
Oiseau de saint Luc
France, 1907 : Le bœuf. On sait que les quatre évangélistes ont chacun leur emblème : saint Marc a le lion, saint Matthieu, l’ange, saint Jean, l’aigle, et saint Luc, le bœuf. Le bœuf passant pour le plus lourd et le plus stupide des animaux, on appelait par dérision les gens stupides et grossiers oiseau de saint Luc, d’autant mieux que le bœuf de l’évangéliste est orné d’une paire d’ailes.
Léger comme l’oiseau de saint Luc, lourd, pesant, stupide comme un bœuf.
Petit saint Jean (nu comme un)
France, 1907 : Cette expression vient de l’usage que l’on avait autrefois de faire figurer dans la procession un petit enfant presque nu, simplement revêtu d’une peau de mouton, à l’instar de saint Jean-Baptiste, dont le costume était des plus primitifs.
Le gendarme, il ôte ses hottes,
Et sa tunique et ses culottes,
Même sa chemise, en songeant
Qu’il en doit couvrir l’indigent.
Aux mains, il se met les menottes,
Puis, nu comme un petit saint Jean,
Dans l’aire du soir il va nageant ;
Et son sabre pour tout insigne,
Son parfum pour feuille de vigne,
En prison, selon la consigne,
Il se conduit lui-même, digne.
(Jean Richepin)
Précurseur (le)
Delvau, 1864 : Le médium, qui est le saint Jean-Baptiste de la jouissance, dont le vit est le Christ.
Il emploie avant cela,
Là, là, là,
Le précurseur que voilà !
Ce doigt, toujours honnête.
Qui prépare tout ça,
Va, va, va,
Avant que l’on entre là !
(Collé)
Prière
Delvau, 1864 : L’acte vénérien.
Tout propre à faire la prière,
Qu’on trouve ès heures de Cythère.
(Piron)
Voici, extraite de l’Anti-Justine, la prière à la Vierge Marie ; c’est la page la plus originale du volume de Rétif :
Sainte et jolie Vierge Marie ; que Panthère branlait, gamahuchait, enculait, entétonnait, embouchait, et qu’il enconna enfin, une nuit, à côté du cornard endormi, le bon Saint Joseph ; duquel cocufiage provint le doux Jésus, ce bon fouteur de la putain publique, la belle Madeleine, marquise de Béthanie, dont le vagabond Jésus était en outre le souteneur, autrement le maquereau, lequel, au grand regret de la sainte garce, enculait encore Saint Jean, son giton. Sainte et jolie Marie, vierge comme moi, nous vous remercions de cette heureuse journée de fouterie. Faites-nous la grâce, par les mérites de votre fils, d’en avoir une pareille dimanche prochain !… Et vous, Sainte Madeleine, que foutait l’abbé Jésus, ainsi que Jean l’enculé, obtenez-moi la grâce de foutre autant que vous, soit en con, soit en cul, 15 ou 20 fois par jour, sans être épuisée, mais toujours déchargeant… Vous foutiez avec des Pharisiens, avec Hérode, et même avec Ponce-Pilate, pour avoir de quoi nourrir le gourgandin Jésus, votre greluchon, et les vagabonds qui lui servaient de Chouans. Obtenez-moi de votre maquereau Jésus, qui, étant dieu, a sans doute quelque pouvoir, d’avoir, sous peu, ce riche entreteneur, qui est un jour descendu de carrosse bandant à mon intention, comme je revenais de chez mon amie Mme Congrêlé ; à celle fin qu’au moyen de l’argent que je gagnerai, à votre imitation, avec mon con, mon cul, mes tétons et ma langue dardée, je puisse soulager mon digne père dans sa vieillesse ; non seulement en foutant avec lui, pour lui donner le plaisir, mais en me laissant vendre, comme la pieuse fille d’Eresichton le famélique, ou la pieuse Ocyrhoé, fille du centaure Chiron, qui toutes deux devinrent cavales, c’est-à-dire montures d’hommes ou saintes putains !… Modèle des maquereaux, doux Jésus ! fouteur acharné, greluchon complaisant de la brûlante et exemplaire putain Madeleine, qui était si amoureuse de votre vit divin et de vos sacrées couilles, maintenez, par votre toute puissance, mon connin toujours étroit et satiné, mes tétons toujours fermes, ma peau, mon cul, mes fesses, mes bras, mes mains, mon cou, mes épaules, mon dos ou mes arrière-tétons, toujours blancs, mes reins toujours élastiques ; les vits de mes amants, celui de mon père compris, toujours roides, leurs couilles toujours pleines ; car vous teniez en cela du saint roi David, si fort suivant le cœur de Dieu, parce qu’il était le premier fouteur de son temps !… Faites, ô Jésus ! que mes hauts talons, qui me prêtent tant de grâces, et font bander tant de monde, ne me donnent jamais de cors aux pieds, mais que ces pieds tentatifs restent toujours foutatifs, comme ils le sont !… Amen !
Rouspétance
Rigaud, 1881 : Agent des mœurs, — dans le jargon des filles. C’est une variante de rousse.
Rigaud, 1881 : Mauvaise humeur. — Rouspéter, être de mauvaise humeur, — dans le jargon des ouvriers.
La Rue, 1894 : Agent des mœurs. Mauvaise humeur.
Rossignol, 1901 : L’individu qui fait rébellion lorsqu’on l’arrête fait de la rouspétance.
Hayard, 1907 : Rebellion.
France, 1907 : Résistance.
Un Anglais inoffensif arrêté dans une bagarre est traîné au poste par deux agents avec la douceur et l’aménité qu’on leur connait.
Un mot, surtout, le terrifiait :
— Pas de rouspétance ! Votre montre ? disait l’agent de droite.
— Pas de rouspétance ! Votre portefeuille ? disait l’agent de gauche.
Et, le fouillant, ils le laissèrent presque aussi dénudé qu’un petit saint Jean, au beau milieu d’une allée, répétant ahuri :
— Aôh ! que volé dire ces gens à moâ, avec leur rouspétance ?
(Séverine)
Saint Jean (être de la)
France, 1907 : Être de mauvaise qualité. C’est de la saint Jean, ça ne vaut rien ; allusion à l’état lamentable dans lequel se trouvait saint Jean-Baptiste.
Saint Jean Bouche-d’or
Delvau, 1866 : s. m. Bavard qui, pour le plaisir de parler, ne craint pas de commettre des indiscrétions.
Saint Jean le Rond
Delvau, 1866 : s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.
Saint Jean-Baptiste
Delvau, 1866 : s. m. Cabaretier, — dans l’argot du peuple, qui fait allusion à l’eau baptismale que l’on ajoute au vin pour le rendre digne d’être bu par des chrétiens.
Saint Jean-bouche d’or
France, 1907 : Homme éloquent, insinuant, flatteur, doreur de pilules ; allusion à saint Jean Chrysostome, en grec Bouche d’or.
Saint-Jean (faire son petit)
France, 1907 : Faire l’innocent. Allusion au petit enfant qui figurait et figure encore en certains pays catholiques dans les processions de la Fête-Dieu. Faire le saint Jean,
Vox clamantis in deserto
France, 1907 : Voix qui parle dans le désert. Allusion à saint Jean-Baptiste qui prêchait dans les solitudes de la Judée.
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