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Boire

d’Hautel, 1808 : C’est un fameux homme, il boit un verre d’eau sans le mâcher.
Phrase baroque et facétieuse, pour dire qu’un homme est médiocre, en toutes choses ; qu’il fait beaucoup de bruit ; qu’il se donne un grand mouvement pour ne rien faire d’étonnant.
Boire un coup à sec. Signifie en terme populaire, aller se promener sans se rafraîchir ; sans boire un coup.
Boire comme un sonneur. Sabler à plein verre ; faire une grande débauche de vin ; par allusion avec les gens de cette profession qui s’enivrent continuellement. On dit dans le même sens, Boire à-tire-larigot.
Ce n’est pas la mer à boire. C’est-à-dire que malgré qu’une chose offre des difficultés, elles ne sont cependant pas insurmontables, et qu’on espère en venir à bout.
À petit manger bien boire. Signifie qu’à défaut de bonne chère, il faut boire dru et long-temps.
Qui fait la faute la boive. Pour dire que chacun doit porter la peine de son étourderie, de ses erreurs.
Boire comme un trou. C’est boire à excès, de manière à s’enivrer.
Il a plus bu que je ne lui en ai versé. Se dit en voyant un homme que le vin fait trébucher ; qui a totalement perdu l’équilibre.
Donner pour boire. C’est donner une petite récompense à celui qui vous a rendu quelque service : cette locution se prend aussi en mauvaise part, et signifie battre, châtier quelqu’un.
Vin versé faut le boire. Signifie au figuré que quand une affaire est commencée, il faut la terminer.
Qui a bu boira. Vieux proverbe qui n’a pas encore trouvé de contradicteurs ; se dit aussi par extension de certain défaut dont on ne se corrige jamais.
Boire le vin de l’étrier. C’est-à-dire, boire bouteille avant de partir et de se séparer d’un ami.
Il a toute honte bue ; il a passé par devant l’huis d’un pâtissier. Se dit d’un homme audacieux et effronté qui a levé le masque.
Boire le petit coup. Caresser la bouteille ; faire une petite ribotte.
On ne sauroit si peu boire qu’on ne s’en sente. Se dit par ironie de ceux à qui il échappe quelqu’indiscrétion après avoir bu.

Hayard, 1907 : Recevoir des coups.

Coude

d’Hautel, 1808 : Lever le coude. Expression métaphorico-bachique, qui signifie être fort adonné au vin ; sabler d’importance.

Halbert, 1849 : Permission.

Delvau, 1866 : s. m. Permission, — dans l’argot des voyous. Prendre sa permission sous son coude. Se passer de permission.

Jabot

d’Hautel, 1808 : Faire jabot. Pour se glorifier, faire le vaniteux, l’orgueilleux.
Il a un bon jabot. Se dit d’un homme qui babille beaucoup.
Il a bien rempli son jabot. Pour, il a bien mangé ; il s’en est mis jusqu’au nœud de la gorge.

Delvau, 1866 : s. m. Estomac, — dans l’argot des faubouriens, qui savent pourtant bien que l’homme n’est pas un granivore. S’arroser le jabot. Boire. Faire son jabot. Manger. On dit aussi Remplir son jabot. L’expression est vieille :

De ce vin champenois dont j’emplis mon jabot
On ne me voit jamais sabler que le goulot !

dit le grand prêtre Impias de la tragédie-parade le Tempérament (1755).

Delvau, 1866 : s. m. Gorge de femme. Chouette jabot. Poitrine plantureuse.

Rigaud, 1881 : Estomac. — Se remplir le jabot, manger.

La Rue, 1894 : Estomac.

Virmaître, 1894 : La gorge. Allusion au jabot du dindon. Dans l’argot des voleurs, on dit aussi étal, sans doute par analogie avec l’étal du boucher, sur lequel il passe toutes sortes de viandes (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Estomac.

De ce vin champenois dont j’emplis mon jabot,
On ne me voit jamais sabler que le goulot !

(Tragédie-parade de 1755)

Se disait autrefois pour cœur.

L’amour qui dans mon cœur chante ville gaignée,
Excite en mon jabot exhalaison ignée.

(Scarron)

Se dit aussi pour poitrine de femme :

La commère avait du jabot, et si dodu et si ferme que toute la garnison en louchait.

(Les Joyeusetés du régiment)

Lamper

d’Hautel, 1808 : Boire à grands coups, sabler, avaler tout d’un trait les verres de vin.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Boire abondamment. On disait, il y a deux siècles : Mettre de l’huile dans la lampe pour emplir un verre de vin.

France, 1907 : Boire à longs traits.

— Il lampa coup sur coup deux verres d’eau-de-vie et, se levant brusquement, se précipita sur moi, laissa tomber sa face empourprée dans ma chevelure, y mit d’ardents baisers, et comme je rejetais cette tendresse trop violente, il s’affala à mes pieds on m’enlaçant la taille.

(Louis de Caters, L’Amour brutal)

Il avait soif d’avoir bavardé tout le jour, toute la soirée, et il s’arrêta devant sa commode, se versa un verre d’eau que, d’un trait, il lampa.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Il fallut en passer par une tournée générale, et comme j’avais déjà fortement lampé au déjeuner, ma tête était très échauffée en sortant du mastroquet.

(Sutter-Laumann)

Sable

d’Hautel, 1808 : Avoir du sable dans les yeux. Métaphore qui signifie avoir les paupières lourdes et pesantes ; avoir envie de dormir.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Misère. Être sur le sable, être dans la misère.

Vidocq, 1837 : s. m. — Bois à brûler.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Estomac.

France, 1907 : Bois à brûler.

France, 1907 : Estomac ; vieux français, d’où sabler, boire. Jeter en sable un verre de vin, le boire d’un trait.

France, 1907 : Sucre.

Sabler

d’Hautel, 1808 : Sabler un verre de vin. Pour dire, boire avec avidité ; avaler à grands traits.

Vidocq, 1837 : v. — Ce terme n’est employé que par les assassins du midi de la France, qui ont l’habitude de remplir de sable une peau d’anguille avec laquelle ils assomment les voyageurs. Ce moyen les dispense de porter des armes capables de les compromettre ; sitôt le crime commis, la peau est détachée, le sable répandu, et tout disparaît ; ils frappent aussi de cet instrument, les traîtres, s’il s’en trouve parmi eux. Les voleurs bordelais se sont long-temps servi de la peau d’anguille remplie de sable, avec laquelle ils ont assommé plusieurs agens de police.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer avec une peau remplie de sable, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Tuer, étourdir au moyen d’une peau d’anguille remplie de sable ; procédé employé, paraît-il, du temps de Vidocq. Aujourd’hui MM. les voleurs aveuglent quelquefois leurs victimes en les sablant au tabac, avant de les dépouiller.

La Rue, 1894 : Assommer avec une peau d’anguille remplie de sable.

Virmaître, 1894 : Il est des voleurs qui se servent d’un os de mouton, arme dangereuse, pour estourbir le pante. Cela laisse des traces très faciles à constater. Un autre moyen a été imaginé. On remplit de sable fin, ou de grès pulvérisé, un sac en peau, et on assomme le client avec. Quand on le relève, on le déclare mort d’une congestion ou d’une attaque d’apoplexie (Argot des voleurs).

France, 1907 : Assommer avec une peau pleine de sable.

Watriner

Fustier, 1889 : Tuer, assassiner et, par extension, détruire, renverser par force. Allusion au meurtre que commirent, au mois de février 1886, les mineurs de Decazeville sur la personne de leur sous-directeur, M. Watrin, dont ils prétendaient avoir à se plaindre.

Il ne manque dans ma boutique
Que le tonnerre et les éclairs
Pour watriner toute la clique
Des exploiteurs de l’univers.

(Galette anecdotique, février 1887)

En avant ! et watrinez les obstacles qui entravent votre mouvement.

(Grève sociale, février 1886)

De watriner on a fait watrinade qui, pour les révolutionnaires, est synonyme de vengeance, de représailles et qui, pour les honnêtes gens, signifie tout simplement crime, meurtre, assassinat.

Hier encore, un ouvrier jugeait à propos de tirer sur son patron. Le Cri du Peuple, naturellement, exalte le courage de l’assassin et qualifie de watrinade ce qui est un crime.

(Parti national, mars 1887)

France, 1907 : Assassiner le contremaitre ou le patron ; néologisme créé depuis l’assassinat de l’ingénieur Watrin par ses propres ouvriers aux troubles de Decazeville en 1886. C’est une expression très caractéristique et spéciale à ajouter à celles indiquant l’acte de tuer son prochain et dont voici les principales : abasourdir, buter, capahuter, cônir, couper le sifflet, crever la paillasse, chouriner, décrocher, dégringoler, démolir, descendre, dévisser le trognon, écharper, endormir, entailler, envoyer ad patres, érailler, esbasir, escarper, escoffier, estourbir, estrangouiller, expédier, faire banque, faire flotter, faire passer le goût du pain, faire un macchabée, faire suer un chêne, faire la grande soulasse, faire le pante, foutre à l’ombre, laver son linge dans la saignante, lingrer, moucher le quinquet, rebâtir, rebouisser, refroidir, sabler, saigner, scionner, suager, sonner, suriner, terrer, tortiller le gaviot, tourner la vis, tourlourer, watiner.

J’ai ce qu’il faut dans ma boutique,
J’ai le tonnerre et les éclairs,
Pour watriner toute la clique
Des affameurs de l’univers.

(Chanson anarchique.)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique