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Aller en remonte

France, 1907 : Terme des dames de maisons, alias maquerelles, pour indiquer qu’elles renouvellent leur personnel.

— Je vais vous dire ce que, dans notre profession, signifie aller en remonte. Les mêmes personnes ne peuvent pas toujours rester dans la même maison ; au bout de quelque temps on les a trop vues, et ce que le client demande avant tout, c’est du nouveau. Alors on fait des échanges avec les confrères. Par exemple, je vois une dame qui me plaît chez Mme Séraphin : eh bien ! je paie sa dette, et je la prend chez moi, contre une autre que je donne à mon tour, me faisant payer, moi aussi, bien entendu. Nous agissons de même avec la province. Toujours une femme a contracté des dettes dans l’établissement qu’elle quitte, c’est très rare autrement, je ne sais même pas si le contraire s’est jamais vu.

(Louis Davyl, 13, rue Magloire)

Cadran solaire

Rigaud, 1881 : Derrière. — Endommager le cadran solaire, donner du pied dans le derrière.

Virmaître, 1894 : Le derrière. Allusion à sa forme ronde. Cette expression vient du Pont cassé, pièce représentée au théâtre Séraphin, au Palais-Royal. Nicolas, le comique de la troupe de marionnettes, répondait à l’officier, le jeune premier, qui lui demandait l’heure, en lui montrant son derrière. En même temps il lui chantait : Voilà le cadran solaire. Tire lire, lire… (Argot du peuple).

Gonce, gonse, gonze

France, 1907 : Homme, en général. On l’écrit de ces trois différentes façons, mais la véritable orthographe serait gonse, puisque ce mot vient de l’italien gonso, niais, dupe. Cependant les voleurs et les souteneurs se désignent entre eux par ce nom.

— Il me semble que vous ne comprenez mot au langage des gonses que nous visitons.
— Des gonses ?
— Sans doute, des gonses et des gonsesses. Les habitués des établissements que nous fréquentons se désignent eux-mêmes par ces noms harmonieux.

(Louis Barron, Paris étrange)

Et pis j’sens la sueur qui m’coule,
A fait rigol’ dans l’creux d’mon dos ;
J’vas crever, j’ai la chair de poule,
C’est fini… tirez les rideaux,
Bonsoir la soc’… mon vieux Alphonse,
I’ vaut p’têt’ mieux qu’ça soy’ la fin ;
Ici-bas, quoi qu’j’étais ? un gonce…
Là-haut j’s’rai p’têt’ un séraphin.

(Aristide Bruant)

On l’emploie aussi dans sa vraie signification de niais, d’imbécile.

— Vous êtes un gonse, Monsieur, murmura le chef à l’agent porteur du bijou qu’il lui arracha aussitôt.

(Mémoires de M. Claude)

— Sapergué, dame ! moi qui suis jaloux, vouloir me souffler ma parsonnière, c’est me lécher mon beurre et me prendre pour un gonse.

(Vadé)

Louchon

Delvau, 1866 : s. m. Individu affligé de strabisme, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Personne affectée de strabisme.

Cet autre aux moustaches cirées, an masque austère d’honnête homme, a été préfet et il aime avec un emportement de collégien qui en serait à sa première passionnette une essayeuse de chez Stout, un louchon qui s’appelle Séraphine et a un nez retroussé comme par une chiquenaude. Il l’aime bêtement, bestialement.

(René Maizeroy)

Ombres chinoises

Delvau, 1866 : s. f. pl. Revue de l’année, jouée à la façon de Séraphin, par les élèves de l’École polytechnique, le jeudi qui précède Noël, et dans laquelle on n’épargne pas plus le sel aux professeurs, et même au général commandant l’École, qu’Aristophane ne l’épargnait à Socrate dans ses Nuées.

Pic (à)

Delvau, 1866 : adv. A point nommé, à propos, heureusement. Venir ou Tomber à pic. Arriver au moment le plus opportun.

France, 1907 : À point nommé, au moment opportun.

— J’étais en train de m’étirer dans mon lit et de bayer aux corneilles lorsque la petite Séraphine, la fille de la concierge, est montée. On peut dire qu’elle arrivait à pic.

(Les Propos du Commandeur)

Rue Michel (faire la)

France, 1907 : Régler le compte. Être quitte. Du nom de la rue Michel-le-Comte.

— Grâce à Séraphin qui voit du monde chic, j’ai connu un vieux très bien, qui m’aide quand j’ai besoin… N’y a que lui, par exemple ; car Séraphin voudrait pas que je soye une traînée, n’est-ce pas ?… Alors, quand j’ai besoin de galette, je lui demande… Avec ce qui me donne, ça m’aidera à m’établir ; et, en attendant, quand il me faut une petite avance, il marche et ça fait la rue Michel.

(Serge Passet)

Séraphin

France, 1907 : Élève malade ; argot des saint-cyriens.

Tourte

Rigaud, 1881 : Tête. — Écrevisse dans la tourte, grain de folie, grande excentricité. Variantes : Obus dans la casemate, chauve-souris dans la mansarde.

Rigaud, 1881 : Vieille femme ridicule. — Chapeau mal fait, grotesque, — dans le jargon des modistes.

La Rue, 1894 : Vieille ridicule, Imbécile.

Hayard, 1907 : Bête, imbécile.

France, 1907 : Imbécile.

La fille se sentit un froid dans le dos — et positivement elle trembla, lorsque son vieux vint se camper devant le poêle et commença d’un air soupçonneux :
— Ah çà ! vous autres, qu’est-ce que c’est que cette histoire-là ?…
Connais pas Séraphin, moi ! Es-tu mariée avec lui, Mélie, par hasard ! Toi, vieille, tu m’as donc caché quelque chose ? Eh bien ! quoi, vous restez là, comme des tourtes ; faudrait voir à parler, hein ? et un peu vite.

(Serge Basset)

Rigoler comme une tourte, rire niaisement.

— Oh ! lui, il a rigolé comme une tourte. D’abord, tous les amants sont des tourtes, d’infâmes tourtes. Il s’est foutu de moi.

(Hook, Fin-de-Siècle)

France, 1907 : Tête. Avoir une écrevisse dans la tourte, être détraqué.

France, 1907 : Vieille coquette.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique