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Canuler

Delvau, 1866 : v. a. Ennuyer, obséder.

Rigaud, 1881 : Obséder, ennuyer, tanner.

Boutmy, 1883 : v. a. Ennuyer, fatiguer.

France, 1907 : Ennuyer, importuner.

Le truffard, même intelligent, se plie sans trop de rouspétances aux exercices, gardes, travaux de propreté… Ça le canule dur, bondieu ! Mais enfin ça lui parait la conséquence inévitable du métier…

(Almanach du Père Peinard)

Conduite (acheter une)

Rigaud, 1881 : Mener une conduite plus régulière.

France, 1907 : Se ranger, devenir sage ou sobre, de débauché ou d’ivrogne qu’on était.

Un coup qu’on est là-bas on fait l’peinard tout d’suite ;
On fait pus d’rouspétance, on s’tient clos, on s’tient coi,
Y en a mêm’ qui finiss’nt par ach’ter une conduite
Et qui d’vienn’nt honnête homm’ sans trop savoir pourquoi

(Aristide Bruant)

Légumard

France, 1907 : Gros fonctionnaire, officier supérieur, homme haut placé.

L’autre samedi, pendant que Bibi pestait à travers champs contre les garces de giboulées de mars et que les frangins des villasses moisissaient dans leurs ateliers, savez-vous de quoi s’occupaient les porcs de la Chambre ? Ne sachant à quoi tuer le temps, ils s’étaient foutus à jaboter de la mévente des autres porcs, — de ceux à quatre pattes.
La mévente… un diable de mot qui a fait son chemin depuis qu’il y a trois ans et demi les vignerons du Bas-Languedoc et du Roussillon firent de la rouspétance et engueulèrent gentiment préfets et autres légumards à cause de la mévente de leurs picolos.
Et c’est contagieux ces sacrées méventes. À celle du piéton succède celle du blé ; les Bretons se plaignent de la mévente des beurres et les gas du Sud-Ouest de la mévente du bétail.

(Le Père Peinard)

Passer à tabac

Virmaître, 1894 : Cette expression est toute récente. Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste de police, il est souvent frappé par la police, de là : passer à tabac (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Recevoir ou donner des coups. Passer à tabac veut aussi dire être réprimandé.

Hayard, 1907 : Occupation ordinaire des agents envers ceux qu’ils arrêtent ; assommade à coups de botte et de casse-tête.

France, 1907 : Être assommé par la police, mais spécialement à huis clos dans le poste.

Un mot d’un individu en uniforme suffit. On vous saisit, on vous bouscule, on vous assomme, on vous traîne au poste, et si vous résistez !
— Ah%#8239;! tu fais de la rouspétance, mon bonhomme !… Attends un peu !
Et sans tambour ni trompette on passe le « bonhomme » à tabac.

(Hector France, La Vierge russe)

Ce que je pense des sergots, je ne le mâche pas assez pour qu’on l’ignore ! et voilà quinze jours qu’ici même je blaguais leurs bottes, leur coupe-choux, et leur omnipotence en matière de témoignage judiciaire.
Mon nom, prononcé dans un poste par un innocent arrêté, suffit pour le faire immédiatement passer à tabac ; et ma carte, dans un commissariat, déposée de main en main avec d’infinies précautions, tournée, retournée, consultée, auscultée, manque d’être envoyée, comme engin suspect, au Laboratoire municipal.

(Séverine, Le Journal)

Pousser de la ballade (se)

France, 1907 : Se promener, flâner.

Va, mon vieux, pouss’ toi d’la ballade
En attendant l’jour d’aujord’hui,
Va donc, ya qu’quand on est malade
Qu’on a besoin d’pioncer la nuit ;
Tu t’portes ben, toi, t’as d’la chance,
Tu t’fous d’la chaud, tu t’fous d’la froid,
Va, mon vieux, fais pas d’rouspétance,
T’es dans la ru’, va, t’es chez toi.

(Aristide Bruant)

Rapapilloter

Virmaître, 1894 : Un ménage désuni se rapapillotte. Mot à mot : se raccommode. La chanson populaire dit : Je me rapapillote Avec Charlotte. (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Réconcilier.

Bougrement d’eau a coulé sous les ponts depuis que les républicains français, pour détourner les prolos de la Sociale, bouffaient du calotin à chaque repas et faisaient un battage des cinq cents diables avec l’anticléricalisme.
Oui, foutre, nous sommes loin de l’apostrophe de Gambetta à Romans : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » de la laïcisation à outrance, de l’article 7, du simulacre d’expulsion des jésuites qui, chassés par la porte, rentraient subito par la fenêtre, et de toutes les autres couillonnades gambettistes et ferrystes.
Aujourd’hui, ces beaux merles, curés et républicains à la flan, sont cul et chemise. La républicanaille qui a pris du ventre à exploiter jusqu’à la gauche le populo, et lui voyant — par-ci, par-là — des velléités de rouspétance, s’est rapapillotée avec les sacs à charbon qui, aucun bon bougre ne l’ignore, sont les maîtres abrutisseurs.

(Le Père Peinard, 1897)

Rouspétance

Rigaud, 1881 : Agent des mœurs, — dans le jargon des filles. C’est une variante de rousse.

Rigaud, 1881 : Mauvaise humeur. — Rouspéter, être de mauvaise humeur, — dans le jargon des ouvriers.

La Rue, 1894 : Agent des mœurs. Mauvaise humeur.

Rossignol, 1901 : L’individu qui fait rébellion lorsqu’on l’arrête fait de la rouspétance.

Hayard, 1907 : Rebellion.

France, 1907 : Résistance.

Un Anglais inoffensif arrêté dans une bagarre est traîné au poste par deux agents avec la douceur et l’aménité qu’on leur connait.
Un mot, surtout, le terrifiait :
— Pas de rouspétance ! Votre montre ? disait l’agent de droite.
— Pas de rouspétance ! Votre portefeuille ? disait l’agent de gauche.
Et, le fouillant, ils le laissèrent presque aussi dénudé qu’un petit saint Jean, au beau milieu d’une allée, répétant ahuri :
— Aôh ! que volé dire ces gens à moâ, avec leur rouspétance ?

(Séverine)

Rouspétance (faire de la)

Virmaître, 1894 : V. Rouspéter.

Rouspéter

Virmaître, 1894 : Récriminer, faire du pet, du bruit (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Voir rouspétance.

France, 1907 : Résister, gronder, grogner, se plaindre ; argot populaire. Dans celui des agents, c’est manifester de la mauvaise humeur quand ils vous assomment.

Il faut qu’il soit, comme Jean, Paul ou Pierre,
Cocu par devant, cocu par derrière.
Et s’il rouspète, on lui dira : Mon vieux,
C’est bien ton tour ; tant mieux ! tant mieux ! tant mieux !

(Paul Paillette, Tablettes d’un lézard)

anon., 1907 : Réclamer.

Schpromme

France, 1907 : Bruit, fracas ; argot des voleurs. Pousser des schprommes, manifester bruyamment son admiration.

Et c’est du schpromme… et d’la jactance
Et du chambard… et du potin…
Ah ! la salope !… ah ! la putain !…
J’y en foutrai, moi, d’la rouspétance !

(Aristide Bruant)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique