Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Loup

d’Hautel, 1808 : Faire un loup ou des loups. Jargon typographique, qui signifie faire des dettes criardes, devoir au marchand de vin, au boucher, au boulanger, à la fruitière, etc. C’est surtout pour les marchands de vin que les loups sont le plus redoutables.
La faim chasse le loup hors du bois. Pour dire que la nécessité contraint à faire ce à quoi on répugne.
Cette chose est sacrée comme la patte d’un loup. Pour faire entendre qu’il ne faut pas s’y fier.
Il ou elle a vu le loup. Se dit d’une personne qui a beaucoup voyagé, qui a une grande expérience ; et d’une jeune fille qui a eu plusieurs enfans.
Aller à la queue loup loup. Aller les uns après les autres.
Il est comme le loup, il n’a jamais vu père. Se dit d’un enfant naturel ; parce que, dit-on, le loup déchire par jalousie celui qui a couvert la louve.
Marcher à pas de loup. Doucement, dans le dessein d’attraper quelqu’un.
Quand on parle du loup, on en voit la queue. Se dit quand quelqu’un arrive dans le moment où on parloit de lui.
Manger comme un loup. Pour, manger avec excès.
Être enrhumé comme un loup. Avoir un très gros rhume. Voy. Brebis, Bergerie, Chien.

Larchey, 1865 : Dette criarde, créancier. V. d’Hautel, 1808. — Au théâtre, c’est une scène manquée. on dit faim de loup et froid de loup ! pour dire grande faim et grand froid. — ces deux causes font en effet sortir les loups du bois.

Delvau, 1866 : s. m. Absence de texte, solution de continuité dans la copie. Même argot [des typographes].

Delvau, 1866 : s. m. Créancier, — dans l’argot des typographes. Faire un loup. Faire une dette, — et ne pas la payer.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui se plaît dans la solitude et qui n’en sort que lorsqu’il ne peut pas faire autrement. Argot du peuple. Malgré le væ soli ! de l’Écriture et l’opinion de Diderot : « Il n’y a que le méchant qui vit seul, » les loups-hommes sont plus honorables que les hommes-moutons : la forêt vaut mieux que l’abattoir.

Delvau, 1866 : s. m. Pièce manquée ou mal faite, — dans l’argot des tailleurs. On dit aussi Bête ou Loup qui peut marcher tout seul.

Rigaud, 1881 : Dette criarde. Créancier nécessiteux que la faim fait souvent sortir des bornes de la modération.

Rigaud, 1881 : Solution de continuité dans un manuscrit envoyé à l’imprimerie.

Boutmy, 1883 : s. m. Créancier, et aussi la dette elle-même. Faire un loup, c’est prendre à crédit, principalement chez le marchand de vin. Le jour de la banque, le créancier ou loup vient quelquefois guetter son débiteur (nous allions dire sa proie) à la sortie de l’atelier pour réclamer ce qui lui est dû. Quand la réclamation a lieu à l’atelier, ce qui est devenu très rare, les compositeurs donnent à leur camarade et au créancier une roulance, accompagnée des cris : Au loup ! au loup !

Fustier, 1889 : Dans l’argot théâtral, défaut que produit un vide dans l’enchaînement des scènes.

Les auteurs ont fort bien senti qu’il y avait là un loup comme on dit en style de coulisse, et ils ont essayé de le faire disparaître…

(A. Daudet)

Virmaître, 1894 : V. Contre-coup.

France, 1907 : Créancier et aussi la créance. Faire un loup, prendre à crédit, principalement chez le marchand de vin.

Le samedi de banque donc, à la porte de l’imprimerie sont embusqués des individus prêts à se jeter sur le passage de l’imprévoyant débiteur. C’est le tailleur, le chapelier, le bottier, le gargotier. Ils sont désignés sous la dénomination pittoresque de loups. Alors on entend crier il toutes parts : Gare aux loups !

(Jules Ladimir, Le Compositeur-typographe)

Quand la réclamation a lieu à l’atelier, ce qui est devenu très rare, les compositeurs donnent à leur camarade et au créancier une roulance, accompagnée des cris : Au loup ! au loup !

(Eug. Boutmy, Argot des typographes)

Faire un loup signifie aussi, dans l’argot des typographes, remplacer un camarade qui désire quitter un moment son travail. Un jeune margeur voulant s’absenter quelques minutes appelle un apprenti : « Viens, Aristide, fais-moi un loup, que je m’esbigne. »

France, 1907 : En architecture, le loup est une erreur commise par l’architecte dans certaine partie d’une construction. Dans l’argot des théâtres, c’est le défaut qui produit un vide dans l’enchainemenut des scènes.

Il me parut que ce silence faisait, comme on dit au théâtre, un loup — c’est un synonyme assez pittoresque de jeter un froid.

(Hugues Le Roux)

Roulance

d’Hautel, 1808 : Terme particulier au jargon typographique ; c’est un bruit que les compositeurs font sur les casses avec leurs composteurs, et les imprimeurs avec leurs broyons, pour annoncer qu’ils ont eu l’intention de se jouer de quelqu’un, et qu’ils y ont réussi. Une roulance exécutée dans une imprimerie nombreuse, produit un charivari, un tintamarre dont on ne peut se faire une juste idée.

Larchey, 1865 : « Roulement général que font les ouvriers typographes à coups de composteurs sur leurs casses, à la rentrée d’un confrère qu’ils viennent de mystifier. »

(Ladimir)

Delvau, 1866 : s. f. Bruit de pieds, ou de marteaux, ou de composteurs, que font entendre les typographes pour accueillir quelqu’un à son entrée dans l’atelier. Donner une roulance. Faire ce bruit, qui est tantôt une moquerie, tantôt une marque de sympathie.

Rigaud, 1881 : Roulement produit à l’aide des pieds et des composteurs, lorsque, dans une imprimerie, les typographes éprouvent le besoin d’égayer la situation. C’est une manière de battre aux champs à l’entrée de quelqu’un qu’on veut fêter ou de quelqu’un dont on veut se moquer.

Boutmy, 1883 : s. f. Tapage assourdissant que les ouvriers d’un atelier font tous ensemble en frappant avec leurs composteurs sur leur galée ou sur les compartiments qui divisent les casses en cassetins, sur les taquoirs avec les marteaux, en même temps qu’ils frappent le sol avec les pieds. Quand un sarrasin pénètre dans une galerie, quand un compositeur est vu d’un mauvais œil, qu’il est ridicule, ou ivre, qu’il a émis une idée baroque et inacceptable, en un mot quand quelqu’un ou quelque chose leur déplaît, MM. les typographes le manifestent bruyamment par une roulance. Les roulances ne respectent rien : les protes, les patrons eux-mêmes, n’en sont pas à l’abri.

Virmaître, 1894 : Quand une équipe de compositeurs typographes est mécontente, ses membres le manifestent en frappant tous à la fois la casse avec un outil quelconque ; le bruit produit une sorte de roulement, de là, roulance (Argot d’imprimerie).

France, 1907 : Roulement que font sur leurs casses avec leur composteur les ouvriers typographes à la rentrée à l’atelier d’un camarade qu’ils ont mystifié.

D’autres fois on fait descendre un camarade sous prétexte qu’il est demandé dehors. À son retour, il est accueilli par une roulante générale, ce qui signifie que chaque ouvrier frappe en mesure de son composteur sur sa casse à peu près comme les représentants d’une petite partie de la nation frappent leurs pupitres de leurs couteaux à papier, quand certains orateurs du centre jugent à propos de donner un échantillon de leur éloquence.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Rouler

d’Hautel, 1808 : Si l’argent est rond, c’est pour mieux rouler. Manière d’excuser de folles dépenses, des prodigalités.
Rouler dur. Pour dire travailler fort, avec ardeur, avec zèle.
Rouler quelqu’un. Lui donner une roulance, se moquer de lui ; terme typographique.
Si cela continue il roulera bientôt voiture. Se dit d’une personne dont la fortune augmente chaque jour ; et souvent dans un sens tout à fait opposé.
Rouler carosse. Pour dire être fort riche, avoir un équipage, des chevaux à ses ordres.
Rouler sur l’or, sur l’argent. Pour dire être très-fortuné, avoir des coffres inépuisables.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Aller d’un lieu à un autre, se promener.

Larchey, 1865 : Battre, vaincre. — Mot à mot : rouler à terre.

Enfin je suis seul contre le gouvernement avec son tas de tribunaux et je les roule.

(Balzac)

Roulée : Vigoureuse correction.

Larchey, 1865 : Voyager. — Roulier est classique.

Delvau, 1866 : v. a. Battre quelqu’un. Signifie aussi : Tromper, agir malignement.

Delvau, 1866 : v. a. Se moquer, lutter d’esprit et d’impertinences, — dans l’argot des gens de lettres. Se faire rouler. Avoir le dessous dans une affaire, dans une discussion.

Delvau, 1866 : v. n. Aller bien comme santé ou comme commerce. Ne s’emploie guère qu’à la troisième personne de l’indicatif présent : cela roule. C’est l’équivalent de : Cela boulotte.

Delvau, 1866 : v. n. Vagabonder, voyager, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Rouler sa bosse.

Rigaud, 1881 : Vagabonder. — Tromper grossièrement.

On ne le roule plus aujourd’hui ; il n’est plus votre dupe, vous êtes sa victime.

(J. Vallès, Le Dimanche d’un jeune homme pauvre)

Boutmy, 1883 : v. intr. Aller d’imprimerie en imprimerie.

La Rue, 1894 : Battre. Vagabonder. Se bien porter. Tromper, voler.

Rossignol, 1901 : Son adversaire à un jeu quelconque est le gagner.

Rossignol, 1901 : Tromper, induire en erreur.

Je l’ai trompé, je l’ai roulé.

France, 1907 : Tromper, duper.

Au 18 mars 1871, les bons bougres qui s’opposérent à la prise des canons et les soldats qui levèrent la crosse en l’air n’étaient pas, eux non plus, des gas farcis de socialisme. C’était des gas d’attaque, agissant sans trop savoir pourquoi ; parce que le gouvernement de Versailles les dégoûtait, parce qu’ils étaient furieux d’avoir enduré le siège et de s’être vus roulés par les généraux.
À ce moment-là, c’était des inconscients qui se révoltaient d’instinct.

(Le Père Peinard)

Voler. Se faire rouler, se faire voler.

Vous verrez à cette heure des parties fort animées dont les victimes ordinaires sont d’honnêtes commerçants, des pères de famille, des gens très raides et très circonspects dans les affaires ordinaires et qui, une fois assis à la table verte, perdent toutes leurs qualités de finesse, de prudence, de défiance même et se laissent rouler comme des enfants.

(Edmond Lepelletier)

Quand un naïf dans leurs mains tombe,
Il est plumé dans les grands prix,
Il faut qu’il casque, qu’il succombe,
Pour la bell’ dont il est épris ;
Par un habile maquillage,
Aux bons s’rins ell’s font avaler
Qu’ell’s possèd’nt encor leur… corsage…
Croyant l’avoir, ils s’font rouler.

(G. Chavanne)

Taquer

Halbert, 1849 : Hausser.

Delvau, 1866 : v. a. Hausser, — dans l’argot des voleurs.

Boutmy, 1883 : v. intr. Frapper avec le marteau sur un morceau de bois nommé taquoir, pour égaliser le niveau des lettres d’une forme en baissant celles qui pourraient remonter. Par ext. et au fig., frapper quelques coups légers avec le composteur sur le bord de la casse, quand un compositeur conte une piau. C’est une façon de protester contre ce qu’il dit ; c’est un diminutif de roulance.

France, 1907 : Hausser.

France, 1907 : Interrompre par un roulement le composteurs le récit d’un bavard ; argot des typographes.

— Ne dis pas de mal du théâtre Montmartre, interrompit le père Polastron ; de très grands artistes y ont débuté. Moi qui vous parle, j’y ai vu jouer M. Mélingue ; c’était en 1883. Figurez-vous que ce jour-là…
À ce moment un roulement sec, mais bien nourri, retentit dans l’atelier. Tous les typos frappaient de leur composteur sur leur casier avec un entrain et un ensemble des plus remarquables.
Ce petit exercice est de tradition dans les ateliers de compositions cela s’appelle taquer et sert de protestation, souvent préventive, contre un récit trop long, une redite, où quelque mensonge évident.
Nul n’y échappe, Gutenberg lui-même reviendrait en ce monde qu’on le taquerait s’il menaçait de devenir raseur.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique