France, 1907 : Feuille que l’on délivre au forçant à sa libération. Elle est jaune et roulée dans un étui de fer-blanc.
Cartouche jaune
Chahutoir
France, 1907 : Bastringue, lieu public où l’on danse le chahut.
Le chahut et les chahutoirs, ces immenses rendez-vous d’ennuyés et de filles, la Goulue en est l’étoile : l’étoile de Montmartre levée au chair de lune du Pierrot de Willette au-dessus des buttes du Sacré-Cœur, et des ailes fantômes des défunts moulins, gloire cynique faite à la lois de caprice et de boue, fleur de cuvette prise dans un jet de lumière électrique et tout à coup adoptée par la mode ; et la vogue, la vogue, cette aveugle quelquefois guérie, qui pendant dix ans a passé, sans rien voir, devant les affiches de Chéret et ne découvre une femme qu’une fois roulée dans les vagues de la prostitution.
(Écho de Paris)
Fidibus
Larchey, 1865 : Longue bande de papier pliée ou roulée tout exprès pour allumer la pipe. Jeu de mots basé sur le pluriel de fides. — Un fidibus sert à plusieurs fois ; il est assez long pour allumer plusieurs pipes.
Un roman de G. Sand dont il fera un fidibus après l’avoir lu.
(Ch. Rouget)
France, 1907 : Bande de papier roulé ou plié pour allumer la pipe. Ce mot vient des universités allemandes où les étudiants allument généralement leurs pipes avec les papiers où sont écrites les admonestations officielles qui commencent invariablement par les mots : Fidibus discipulis universitatis.
Filer
d’Hautel, 1808 : Filer le parfait amour. Rechercher une personne dans le dessein de l’épouser ; l’aimer de bonne foi.
Filer sa corde. Commettre des actions contraires à l’honneur et à la probité.
Filer doux. Devenir souple, se soumettre sans murmurer à des ordres rigoureux.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Suivre, préparer. Filer une affaire, faire les dispositions d’un vol.
Vidocq, 1837 : v. a. — Aller à la salle.
Clémens, 1840 : Suivre, espionner.
Halbert, 1849 : Suivre un individu.
Larchey, 1865 : Suivre.
Un voleur se charge de filer la personne.
(Vidocq)
Être filé signifie, dans le langage des débiteurs, que le recors vous suit à la piste.
(Montépin)
Dans le même vocabulaire, Être fumé signifie être arrêté.
Delvau, 1866 : v. a. Suivre un malfaiteur, — dans l’argot des agents de police. Suivre un débiteur, — dans l’argot des gardes du commerce.
Delvau, 1866 : v. a. Voler, — dans l’argot des voyous. Filer une pelure. Voler un paletot.
Delvau, 1866 : v. n. Levare ventris onus, — dans le même argot [des faubouriens].
Delvau, 1866 : v. n. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Faire l’école buissonnière, — dans le jargon des collégiens.
Les élèves de Louis-le-Grand filent, soit aux Ours, (le jardin des Plantes) soit au Luxembourg.
(Albanès, Mystères du collège)
Rigaud, 1881 : Ne pas engager le jeu, — dans le jargon des joueurs de bouillotte. Faire filer, intimider son adversaire qui, alors, n’engage pas le jeu, ou qui paye son premier engagement.
Rigaud, 1881 : Sacrifier à la compagnie Lesage.
Rigaud, 1881 : Suivre à la piste. La police file à pied, en voiture et en chemin de fer.
Virmaître, 1894 : Suivre. Pour organiser une filature, les agents se mettent deux, l’un devant le filé, l’autre derrière, de façon à ce qu’il ne puisse échapper. Il y a des filatures qui sont extrêmement mouvementées, c’est une véritable chasse où toutes les ruses sont mises en œuvre. Le gibier cherche toutes les occasions de se dérober pour éviter le sapement (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Suivre. Pour suivre un malfaiteur, il y a toujours deux agents de la sûreté, l’un suit le filé et l’autre son collègue. Lorsque le premier agent croit avoir été remarqué par le filé, il change de rôle avec son collègue. Un bon agent, qui fait le service dit de la voie publique, avait dans le temps toujours une blouse enroulée autour du corps, en guise de ceinture et une casquette dessous son gilet. Lorsque le premier agent croyait avoir été remarqué, et qu’il prenait la place de son collègue, il mettait tout en marchant sa blouse par-dessus son vêtement et sa casquette ; dans cette tenue, il pouvait reprendre sa place primitive, sans être reconnu. À une époque, j’avais un binocle sur lequel se trouvait collée une toute petite glace sur chaque verre, ce qui me permettait de voir quelqu’un eh lui tournant le dos.
Hayard, 1907 : Suivre.
France, 1907 : Partir, se sauver, échapper aux gendarmes.
Le jeune Crétinard passe ses examens.
— Pourriez-vous me citer, monsieur, lui demande l’examinateur, le nom d’une des femmes les plus fidèles de l’antiquité ?
— ???…
— Voyons, monsieur… Et Pénélope ?
Le jeune Crétinard, ouvrant de grands yeux :
— Pénélope !… Mais on m’a assure qu’elle filait tout le temps !…
(Gil Blas)
À la Bourse.
— Savez-vous la nouvelle ? Rapinard qu’on disait si solide !
— Filé en Belgique.
— Je n’en reviens pas.
— Lui von plus.
On dit aussi filer à l’anglaise pour s’esquiver, s’en aller sans rien dire. Les Anglais nous rendent le compliment en disant dans le même sens : to take a French leave, prendre congé à la française.
Facile à l’emballage, mais féroce, redoutable quand il tient une série. Précipitant les coups de pistolet, — non ! de revolver — puis, le résultat obtenu, et c’est toujours un résultat très sérieux, ramassant à pleines mains les jetons, l’or et les billets pêle-mêle dans la grande sébile, il réalise à la caisse et file à l’anglaise.
(Paul Alexis)
Au restaurant.
— Garçon, je vois sur la carte : Macaroni à l’anglaise ; pourquoi à l’anglaise ?
— Parce qu’il file, monsieur.
Galette
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme maladroit, dépourvu d’intelligence.
Larchey, 1865 : Homme nul et plat ; contre-épaulette portée autrefois par les soldats du centre.
Pour revêtir l’uniforme et les galettes de pousse-cailloux.
(La Bédollière)
Aux écoles militaires, une sortie galette est une sortie dont tous les élèves profitent, même ceux qui sont punis.
Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Matelas d’hôtel garni.
Rigaud, 1881 : Argent. Boulotter sa galette, manger son argent, — dans le jargon des voyous.
Rigaud, 1881 : Grand, complet, — dans le jargon des Saint-Cyriens.
Rigaud, 1881 : Individu sans intelligence.
Rigaud, 1881 : Mauvais petit matelas aplati comme une galette.
Fustier, 1889 : Petit pain rond et plat qu’on sert dans certains restaurants.
La Rue, 1894 : Matelas. Imbécile. Mauvais soulier. Monnaie.
Virmaître, 1894 : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.
France, 1907 : Argent.
—Les femmes, ça sert à quelque chose ou ça sert à rien. Si ça sert à rien, fourrez-les dedans, mais ne vous en servez pas. Non ! ces Messieurs veulent bien rigoler ; puis, quand ils ont casqué, qu’ils en ont eu pour leur argent, ils se plaignent… On dirait qu’ils regrettent leur galette. Faudrait peut-être les prendre à l’œil ! Ça serait pas à faire !… Et le commerce donc !
(Oscar Méténier)
Ô sainte Galette dorée
Devant qui l’on est à genoux,
Par toute la terre adorée,
Bonne sainte, priez pour nous !
Telle est votre toute-puissance
Aux yeux avides des mortels,
Que même en pâte on vous encense
Et qu’on vous dresse des autels.
(Jacques Rédelsperger)
Le lendemain de la fête des Rois, un marmot demande à un autre :
Y avait-il un bébé, hier, dans ta galette ?…
L’autre répond :
— Ah ! ouiche, rien du tout, et j’ai même entendu la nuit, papa qui disait à maman : « Avant d’avoir le bébé, faudrait avoir la galette ! »
(Le Charivari)
Embrassons-nous, ma gigolette,
Adieu, sois sage et travaill’ bien,
Tâch’ de gagner un peu d’galette
Pour l’envoyer à ton pauv’ chien ;
Nous r’tourn’rons su’ l’bord de la Seine,
À Meudon, cueillir du lilas,
Après qu’j’aurai fini ma peine
À Mazas.
(Aristide Bruant)
Bouffer la galette de quelqu’un, manger son argent, le ruiner.
Solange avait à elle environ quatre cents francs d’économies couchés sur un livret de la Caisse d’épargne postale ; de son côté, Camille, pour ne pas être en reste, ni accusé un jour de lui avoir bouffée sa galette, s’ingénia, parvint à tirer une carotte de cinq cents francs à sa famille, peu aisée pourtant et souvent déjà tapée dans les grands prix.
(Paul Alexis)
On dit aussi bonne galette.
Angèle se tenait derrière sa porte. Vous la voyez d’ici : des bas à fleurs, un peigne rose, ouvert du haut en bas, sur des chairs écroulées, et qui se gonflait au courant d’air. Une âcre odeur de musc flottait autour de ses aisselles ; ses cheveux étaient rougis par le fer, et la ligne blanche du maquillage, arrêtée à son cou, faisait paraitre sa graisse plus jaune.
— C’est vrai, me dit-elle, mon mignon, que tu veux m’apporter ta bonne galette ?
(Hugues Le Roux)
France, 1907 : Fête, dans l’argot des saint-cyriens. Sortie galette, sortie générale, sortie de fête.
France, 1907 : Homme sans valeur, caractère plat comme une galette.
France, 1907 : Matelas très mince et dur.
France, 1907 : Mauvais acteur.
… Il est donc très avantageux pour le correspondant de traiter avec des galettes semblables, qui, sans cesse à l’affut de nouveaux engagements, sont obligés d’avoir recours à son entremise.
(Charles Friès, Le Correspondant dramatique)
France, 1907 : Mauvais soulier.
France, 1907 : Nom donné par les saint-cyriens à la contre-épaulette de sous-lieutenant. Il y a une chanson intitulée : La Galette, dont voici une strophe qui donnera l’idée du reste.
Notre galette que ton nom
Soit immortel en notre histoire,
Qu’il soit embelli par la gloire
D’une brillante promotion !
On dit aussi : fine galette.
Autrefois les soldats du centre portaient tous des galettes en guise d’épaulettes.
Limousinier
Virmaître, 1894 : Voleur de tuyaux de plomb dans les maisons en construction. Il se nomme également voleur de gras double, parce que les feuilles de plomb ou de zinc roulées ressemblent aux rouleaux de tripes que l’ou voit à l’étalage des tripiers (Argot du peuple).
France, 1907 : Entrepreneur de maçonnerie, appelé ainsi des maçons, presque tous Limousins.
Nettoyer
d’Hautel, 1808 : Nettoyer un homme sans vergette. Le rosser, le battre avec un bâton ; le maltraiter, l’étriller d’importance.
M.D., 1844 : Donner une roulée.
un détenu, 1846 : Voler de fond en comble, dévaliser quelqu’un.
Halbert, 1849 : Voler ou achever quelqu’un.
Larchey, 1865 : Ruiner, voler. V. Lavage.
Delvau, 1866 : v. a. Voler ; ruiner, gagner au jeu ; dépenser ; battre, et même tuer, — dans l’argot des faubouriens. Se faire nettoyer. Perdre au jeu ; se laisser voler, battre ou tuer.
Rigaud, 1881 : Battre, renverser à coups de poing. Prendre de force la place de quelqu’un, le chasser d’un endroit. — Ruiner. Nettoyer un établissement, faire faire faillite à son propriétaire. Nettoyer la monnaie, manger l’argent de la paye, — dans le jargon des ouvriers. — Nettoyer les plats, ne rien laisser dans les plats. — Nettoyer ses écuries, se curer le nez.
La Rue, 1894 : Voler. Ruiner. Gagner au jeu. Dépenser. Battre. Tuer.
France, 1907 : Dépenser, dissiper.
— De la jolie fripouille, les ouvriers ! Toujours en noce… se fichant de l’ouvrage, vous lâchant au beau milieu d’une commande, reparaissant quand leur monnaie est nettoyée.
(Émile Zola, L’Assommoir)
France, 1907 : Vider, rendre net. Nettoyer une poche, voler tout ce qu’elle contient ; nettoyer un plat, manger entièrement ce qui y était servi. Faire plat net.
Pigeon (ailes de)
France, 1907 : Genre de coiffure qui fut à la mode autrefois et qui figurait au moyen de la frisure d’une touffe de cheveux une aile de chaque côté de la figure.
Adieu ma gloire ! Adieu mes honoraires !
Tout est perdu. Nos indignes enfants
Ont méconnus les leçons de leurs pères
Et de notre art sapé les fondements,
La cacatois s’est hélas ! écroulée,
On a coupé les ailes de pigeons,
Et du boudoir la pommade exilée
Se réfugie au dos des postillons.
(Scribe, Le Coiffeur et le Perruquier)
Ponce
France, 1907 : Roulée, raclée ; argot des voleurs et des voyous. « Refiler une ponce à sa marmité », battre sa femme.
Queue de rat
Delvau, 1866 : s. f. Bougie roulée en corde, — dans l’argot des bourgeois.
Delvau, 1866 : s. f. Tabatière en écorce d’arbre s’ouvrant au moyen d’une longue et étroite lanière.
Merlin, 1888 : Crinière de casque dont les crins deviennent rares.
France, 1907 : Bougie mince roulée en corde
France, 1907 : Tabatière de bois dont on tire le couvercle au moyen d’un petit cordon de cuir.
Au dîner (c’que l’vin vous fait faire !
Voyez un peu si j’suis distrait !)
Mathieu m’demand’ la poivrière,
Au lieu d’y passer c’qui voulait,
J’y tends ma queue d’rat qu’était pleine ;
Aussi distrait qu’moi, v’là Mathieu
Qui met l’tabac dans sa julienne.
(E. Carré)
Couper une queue de rat, voler une bourse.
Roulée
Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot des faubouriens. Éreintement, — dans l’argot des gens de lettres.
France, 1907 : Correction bien administrée.
Rouler
d’Hautel, 1808 : Si l’argent est rond, c’est pour mieux rouler. Manière d’excuser de folles dépenses, des prodigalités.
Rouler dur. Pour dire travailler fort, avec ardeur, avec zèle.
Rouler quelqu’un. Lui donner une roulance, se moquer de lui ; terme typographique.
Si cela continue il roulera bientôt voiture. Se dit d’une personne dont la fortune augmente chaque jour ; et souvent dans un sens tout à fait opposé.
Rouler carosse. Pour dire être fort riche, avoir un équipage, des chevaux à ses ordres.
Rouler sur l’or, sur l’argent. Pour dire être très-fortuné, avoir des coffres inépuisables.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Aller d’un lieu à un autre, se promener.
Larchey, 1865 : Battre, vaincre. — Mot à mot : rouler à terre.
Enfin je suis seul contre le gouvernement avec son tas de tribunaux et je les roule.
(Balzac)
Roulée : Vigoureuse correction.
Larchey, 1865 : Voyager. — Roulier est classique.
Delvau, 1866 : v. a. Battre quelqu’un. Signifie aussi : Tromper, agir malignement.
Delvau, 1866 : v. a. Se moquer, lutter d’esprit et d’impertinences, — dans l’argot des gens de lettres. Se faire rouler. Avoir le dessous dans une affaire, dans une discussion.
Delvau, 1866 : v. n. Aller bien comme santé ou comme commerce. Ne s’emploie guère qu’à la troisième personne de l’indicatif présent : cela roule. C’est l’équivalent de : Cela boulotte.
Delvau, 1866 : v. n. Vagabonder, voyager, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Rouler sa bosse.
Rigaud, 1881 : Vagabonder. — Tromper grossièrement.
On ne le roule plus aujourd’hui ; il n’est plus votre dupe, vous êtes sa victime.
(J. Vallès, Le Dimanche d’un jeune homme pauvre)
Boutmy, 1883 : v. intr. Aller d’imprimerie en imprimerie.
La Rue, 1894 : Battre. Vagabonder. Se bien porter. Tromper, voler.
Rossignol, 1901 : Son adversaire à un jeu quelconque est le gagner.
Rossignol, 1901 : Tromper, induire en erreur.
Je l’ai trompé, je l’ai roulé.
France, 1907 : Tromper, duper.
Au 18 mars 1871, les bons bougres qui s’opposérent à la prise des canons et les soldats qui levèrent la crosse en l’air n’étaient pas, eux non plus, des gas farcis de socialisme. C’était des gas d’attaque, agissant sans trop savoir pourquoi ; parce que le gouvernement de Versailles les dégoûtait, parce qu’ils étaient furieux d’avoir enduré le siège et de s’être vus roulés par les généraux.
À ce moment-là, c’était des inconscients qui se révoltaient d’instinct.
(Le Père Peinard)
Voler. Se faire rouler, se faire voler.
Vous verrez à cette heure des parties fort animées dont les victimes ordinaires sont d’honnêtes commerçants, des pères de famille, des gens très raides et très circonspects dans les affaires ordinaires et qui, une fois assis à la table verte, perdent toutes leurs qualités de finesse, de prudence, de défiance même et se laissent rouler comme des enfants.
(Edmond Lepelletier)
Quand un naïf dans leurs mains tombe,
Il est plumé dans les grands prix,
Il faut qu’il casque, qu’il succombe,
Pour la bell’ dont il est épris ;
Par un habile maquillage,
Aux bons s’rins ell’s font avaler
Qu’ell’s possèd’nt encor leur… corsage…
Croyant l’avoir, ils s’font rouler.
(G. Chavanne)
Sucre de giroflée
France, 1907 : Soufflet.
Une bonne roulée la remettrait au nord. Ah ! c’est la vieille qui devrait se charger de ça, lui tricoter les joues, lui flanquer une double ration de sucre de giroflées.
(Jean Richepin)
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