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À priori

France, 1907 : D’abord, en premier lieu. Latinisme.

La tentative de faire rentrer dans l’histoire, d’arracher aux brouillards de la théologie une personnalité qui, jusqu’à l’âge de trente ans, est absolument inconnue et qui, à partir de cet âge, apparaît au milieu des miracles, tantôt absurdes et tantôt ridicules, est une tentative si difficile qu’on peut à priori la déclarer impossible.

(Auguste Dide, La Fin des religions)

Assigner

d’Hautel, 1808 : Ses rentes sont assignées sur les brouillards de la Seine. Se dit plaisamment et par raillerie d’un homme qui n’ayant ni bien ni patrimoine, veut par le faste et la dépense en imposer à des créanciers soupçonneux et importuns.
Assigner, Signer. Les personnes qui parlent bien mouillent le g en prononçant ces deux mots, comme dans magnifique ; le peuple en retranche tout-à-fait cette consonne et dit, Assiner, Siner.

Avoir sa pointe, son grain

La Rue, 1894 : Premier degré de l’ivresse. Les autres degrés sont : Être monté, en train, poussé, tancé, en patrouille, attendri, gai, éméché, teinté, allumé, pavois, poivre, pompette. Avoir le net piqué, son plumet, sa cocarde. Être raide, dans les vignes, dans les brouillards, dans les brindezingues, chargé, gavé, plein, complet, rond, pochard, bu. Avoir sa culotte, son casque, son sac, sa cuite, son compte, saoul comme trente-six mille hommes, etc.

Batouse

Ansiaume, 1821 : Toile.

Il y a un boucard de batouse, où il fera bon à la sorgue.

Larchey, 1865 : Toile (Vidocq). Batouse battante : Toile neuve. — On dit communément battant neuf pour neuf.

Delvau, 1866 : s. f. Toile, — dans l’argot des voleurs. Batouse toute battante. Toile neuve.

Virmaître, 1894 : Toile neuve, de batousier (tisserand).
— J’ai une rouillarde en batouse toute battante (neuve) (Argot des voleurs). V. Rouillarde.

France, 1907 : Toile ; argot des voleurs.

Baudrouillard

Rigaud, 1881 : Fuyard. — Baudrouiller, fuir.

France, 1907 : Fugitif ; argot des voleurs.

Biche, cocotte, grue, horizontale, persilleuse, bergeronnette, Louis XV

La Rue, 1894 : Fille galante, maîtresse. Les prostituées de basse catégorie ont reçu beaucoup de noms : crevette, bourdon, passade, fesse, galupe, catau, catin, gerse, gaupe, ruttière, gouge, gouine, baleine, chausson, roubion, grognasse, gourgandine, truqueuse, asticot, morue, brancard, autel ou outil de besoin, dossiers, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, traînée, trouillarde, camelotte, volaille, carogne, blanchisseuse de tuyaux de pipes, pouffiasse, moellonneuse, pontonnière, pilasse, ponante, ponifle, pierreuse, vadrouille, chiasse, avale-tout, taupe, paillasse, cambrouse, wagon à bestiaux, voirie, rouchie, gadoue, etc.

Boussole

d’Hautel, 1808 : Pour le chef, la tête.
Est-ce que tu perds la boussole ? Pour est-ce que tu perds la tête ; se dit à quelqu’un qui fait des propositions ou qui tient des discours étranges.

Ansiaume, 1821 : Teste.

Il lui a fauché la boussole avec une souris.

Vidocq, 1837 : s. m. — Tête.

Larchey, 1865 : Cerveau. — Le cerveau dirige l’homme comme la boussole dirige le navire.

J’ai ça dans la boussole. Ainsi ne m’en parlez plus.

(Vidal, 1833)

Boussolle de refroidi : Fromage de Hollande (Vidocq). — Mot à mot : tête de mort. Allusion à la forme de ce fromage qui est celle d’une boule assez grosse.

Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple, qui sait aussi bien que personne que c’est là que se trouve l’aiguille aimantée appelée la Raison. Perdre la boussole. Devenir fou.

Rigaud, 1881 : Tête, cervelle. — Perdre la boussole, déraisonner, devenir fou.

Au moyen âge les médecins comparaient la tête de l’homme à un vaisseau dont le sinciput était la proue et l’occiput la poupe. La tête représentant un navire, la cervelle fut prise pour la boussole, pour guide.

(Ch. Nisard)

Virmaître, 1894 : Tête. La tête, comme la boussole, dirige (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : La tête.

Tu divagues, tu perds la boussole.

On dit aussi la boule.

Hayard, 1907 : Tête.

France, 1907 : Tête, cerveau. Perdre la boussole, devenir fou.

Comme ils pensaient avoir besoin de leur tête pour un peu plus tard, et que déjà un épais brouillard s’amoncelait sous la voûte osseuse qui couvre le souverain régulateur de leurs actions, afin de ne pas perdre la boussole, ils cessèrent insensiblement de faire de leur bouche un entonnoir, et ne l’ouvrirent plus que pour jaboter.

(Marc Mario et Louis Launay)

Brouillamini

d’Hautel, 1808 : Obscurité, embarras ; fourberie ; confusion ; on dit communément Embrouillamini.

France, 1907 : Désordre, confusion. Il est curieux de noter que ce mot est une corruption populaire de bol d’Arménie, nom d’un ancien remède qui mettait le ventre en confusion, c’est-à-dire qui purgeait.

Brouillard

d’Hautel, 1808 : C’est du papier brouillard. Se dit de quelque chose de peu de valeur ; d’un habit dont le drap est léger et de mauvaise qualité.
Ce brouillard est si épais qu’on le couperoit avec un couteau. Se dit d’un brouillard très-épais.
Son bien est hypothéqué sur les brouillards de la Seine. Se dit par raillerie d’un hâbleur, d’un gascon, qui vante sans cesse les biens et les terres qu’il ne possède pas.

Brouillard (être dans le)

Larchey, 1865 : Être absorbé par l’ivresse.
Chasser le brouillard : Boire un verre d’eau-de-vie dont la chaleur combat, dit-on, les mauvais effets de l’humidité. — On dit tuer le ver par un motif analogue ; — l’alcool pris à jeun passe pour causer de vives contrariétés aux helminthes et aux ascarides vermiculaires. — Ces deux termes peuvent être considérés comme une allusion ironique aux prétextes hygiéniques des buveurs d’alcool.

France, 1907 : Être gris, commencer à y voir trouble. Chasser le brouillard, boire un verre d’eau-de-vie ; faire du brouillard, fumer.

Il n’était pas de semaine que quelques-uns ne se fissent prendre et ne payassent chèrement le court plaisir qu’ils avaient goûté à faire du brouillard.

(Alphonse Humbert, Mon bagne)

Brouillard (faire du)

Fustier, 1889 : Fumer.

Il n’était. pas de semaine que quelques-uns ne se fissent prendre et ne payassent chèrement le court plaisir qu’ils avaient goûté à faire du brouillard.

(A. Humbert, Mon bagne)

Brouillards (être dans les)

Delvau, 1866 : Être gris à n’y voir plus clair pour se conduire.

Rigaud, 1881 : Être en état d’ivresse. — Chasser le brouillard, inaugurer la journée par un verre de n’importe quoi. — Au XVIIIe siècle l’expression : Être dans le brouillard équivalait, en style de gens de lettres, à être dans le malheur.

Broussailles (être dans les)

Delvau, 1866 : Être en état d’ivresse, à en perdre son chemin et à en donner du nez contre les haies, au lieu de suivre le pavé du roi ou de la république.

France, 1907 : Même sens qu’être dans les brouillards.

Bruiner

d’Hautel, 1808 : Il bruine. C’est-à-dire, il tombe une pluie très-fine, et non pas il brouillasse, comme on a coutume de le dire.

Chantage

un détenu, 1846 : Vol par pédérastie.

Larchey, 1865 : Extorsion d’argent sous menace de révélations scandaleuses.

Le chantage, c’est la bourse ou l’honneur…

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Industrie qui consiste à soutirer de l’argent à des personnes riches et vicieuses, en les menaçant de divulguer leurs turpitudes ; ou seulement à des artistes dramatiques qui jouent plus ou moins bien, en les menaçant de les éreinter dans le journal dont on dispose.

Rigaud, 1881 : Mise en demeure d’avoir à donner de l’argent sous peine de révélation.

Le chantage est un vol pratiqué non plus à l’aide du poignard ou du pistolet, mais d’une terreur morale, que l’on met sur la gorge de la victime qui se laisse ainsi dépouiller sans résistance.

(A. Karr, les Guêpes, 1845)

L’inventeur du chantage est Farétin, un très grand homme d’Italie, qui imposait les rois, comme de nos jours tel journal impose tels acteurs.

(Balzac, Un grand homme de province à Paris)

France, 1907 : Extorsion d’argent sous menaces de révélations qui peuvent perdre la réputation où l’honneur. Au lieu d’être la bourse ou la vie, c’est, comme disait Balzac, la bourse où l’honneur. Le chantage a existé de tout temps et partout, mais c’est surtout en Angleterre, en raison de l’hypocrisie des mœurs, qu’il a été et est encore le plus florissant. Reculant devant un scandale qui, même l’innocence prouvée, les eût perdus dans l’estime publique, où leur eût occasionné au moins de nombreux désagréments, des gens des plus honorables se sont laissé exploiter par d’affreux gredins.

De sorte qu’avec le système de chantage, qui est ici des plus prospères, outre qu’il n’est pas de Police Court (tribunal correctionnel) où l’on ne puisse se procurer autant de faux témoins qu’on en désire à raison de deux à cinq shillings par tête, la réputation, la fortune, la liberté, l’avenir du citoyen le plus honorable se trouvent à la merci des deux premières petites drôlesses venues.

(Hector France, Préface de Au Pays des brouillards)

Cette lâche industrie du chantage s’adresse surtout aux faibles, aux timides. aux innocents. Elle a ceci de terrible qu’elle bénéficie neuf fois sur dix de l’impunité, les victimes ayant un intérêt plus grand à payer en silence qu’à porter plainte, le châtiment des coupables ayant pour répercussion l’écrasement, la honte, la disqualification, la déchéance et la ruine des victimes.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Chasse-brouillard

France, 1907 : Verre d’eau-de-vie ; argot populaire.

Chasser le brouillard

Delvau, 1866 : v. a. Boire le vin blanc ou le petit verre du matin, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Chasser l’humidité.

France, 1907 : Boire le petit verre matinal. On dit aussi : chasser l’humidité, tuer le ver.

Citrouillard

Rigaud, 1881 : Dragon, par allusion à la couleur de la tunique.

France, 1907 : Dragon, à cause du casque en cuivre qu’il portait autrefois. On disait aussi citrouille.

Crever la faim

France, 1907 : Expression bizarre autant que ridicule qui n’est ni de l’argot ni du français, mais du simple baragouin et dont abusent certains écrivains des plus à la mode. On crève de faim, on ne crève pas la faim.

Autour du billard et à travers la fumée de cent fourneaux de pipes, on distinguait, grouillant, braillant et gesticulant, un tas de fainéants, de crève-la-faim, et aussi de petits bourgeois venant régulièrement là chaque soir pour y tenter la chance.

(Louis Davyl)

Nous croyons que le monde est mal fait, qui permet à tel fils de raffineur d’avoir 3000 fr. à dépenser par jour ; qui permettait à feu le général Maltzeff de posséder vingt-neuf mines, d’occuper cinquante-cinq mille ouvriers — alors que les peuples crèvent la faim.
Nous ne sommes pas cruels… puisque, même devant ces contrastes, nous ne souhaitons pas la réciproque, mais seulement une plus juste répartition des biens.

(Séverine)

Débrouillard

Rigaud, 1881 : Celui que rien n’embarrasse, qui sait toujours se tirer d’affaire.

Un grand garçon, ancien militaire, excuirassier de Reischoffen, très honnête et très débrouillard, comme on dit au régiment.

(Figaro du 17 juillet 1877)

Ils étaient jeunes, bien tournés, débrouillards.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)

Virmaître, 1894 : Individu qui sait se débrouiller au milieu des ennuis de la vie et qui en sort victorieux. On emploie, dans les ateliers, cette image caractéristique, mais peu parfumée :
— Il sortirait de cent pieds de merde (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui sait se débrouiller pour sortir des mauvaises passes de la vie.

Hayard, 1907 : Arriviste.

France, 1907 : Homme actif, entreprenant, qui a de l’initiative et sait tirer parti de tout.

J’en sais qui, par traité, sont forcés de livrer deux romans par an à un éditeur, moyennant quoi l’autre leur fournit les moyens de dîner ; deux romans, vous entendez, sept cents pages, avec des descriptions, de la psychologie, de la pensée, le meilleur d’eux-mêmes.
Et ce sont les favorisés, les débrouillards, au-dessous desquels s’agitent ceux qui sont sans éditeur, sans journal, sans rien que leur papier blanc, leurs idées et leur obscurité, dont personne ne veut…

(F. Vandérem)

M. Bourgeois est un jeune dans toute l’acception du mot, puisqu’il n’a encore que quarante ans, et la chose parait à peine croyable quand on considère son brillant passé administratif. En même temps, c’est un débrouillard, possédant au service d’une intelligence hors ligne une faculté de travail infatigable.

(Écho de Paris)

Un jeune Anglais, établi depuis peu à Paris, se présente dans les bureaux d’un grand journal pour demander à faire du reportage.
Le directeur lui pose les questions d’usage :
— Avez-vous déjà écrit ?… Et, enfin, êtes-vous débrouillard ?
— Oh ! oui, monsieur, des brouillards… de la Tamise.

Drouillasse

France, 1907 : Diarrhée.

Après avoir boustifaillé et liché pendant une heure d’horloge sans arrêter, le bon curé se leva soudain de table, pris d’une drouillasse carabinée.

(Les Propos du Commandeur)

Eau d’aff

Ansiaume, 1821 : Eau-de-vie.

Capitaine, donnes-moi une rouillade d’eau d’aff avant d’aller travailler.

Virmaître, 1894 : Eau-de-vie (Argot du peuple).

France, 1907 : Eau-de-vie. Eau d’aff chaune, bonne ; tartre, mauvaise.

Un mâle y en a pas un en France
Pus malin, pus intelligent,
Et comme y vous pouss’ la romance,
Et les guiboll’s : un vif-argent !
D’un r’gard y fascine un’ panturne ;
Dommage qu’y lich’ par trop d’eau d’aff,
Et quand y rapplique à la turne,
Y soit les trois quarts du temps paf,
Après tout, moi, j’suis pas frileuse,
Y peut cogner tant qu’y voudra :
C’est vraiment chouett’, pour un’ pierreuse,
D’avoir un mec comm’ celui-là.

(André Gill, L’Éponge à Polyte)

anon., 1907 : Eau-de-vie.

Ébobisseur

Ansiaume, 1821 : Exterminateur.

Toi qui es un ébobisseur, paie une rouillade, je te vais donner une affaire.

Embrouillamini

Delvau, 1866 : s. m. Confusion de choses ou de mots, — embrouillement. Voilà un des mots de notre langue qui ont le plus perdu en grandissant et se sont le plus corrompus en vieillissant. L’auteur du Code orthographique, — fort bon livre d’ailleurs, — prétend qu’il ne faut pas dire embrouillamini, parce que ce mot n’est pas français, mais bien brouillamini, — qui n’est pas plus français, j’ai le regret de le déclarer à M. Hétrel et à l’Académie, son autorité. On a commencé par dire Bol d’Arménie, et le bol d’Arménie était un remède de cheval fort compliqué, fort embrouillé ; de Bol d’Arménie on a fait Brouillamini, puis Embrouillamini : Molière a employé le premier dans son Bourgeois Gentilhomme, et Voltaire s’est servi du second dans sa Lettre à d’Argental. Maintenant, Voltaire et Molière écartés, comment le peuple dit-il, lui, — puisque c’est le Dictionnaire du peuple que je fais ici ? Le peuple prononce Embrouillamini. Cela me suffit.
Embrouillamini du diable. Confusion extrême, embarras dont on ne peut sortir.

France, 1907 : Voir Brouillamini.

Embrouillarder (s’)

Rigaud, 1881 : Sentir les premières vapeurs alcooliques monter au cerveau.

France, 1907 : S’enivrer.

Embrouiller (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. Commencer à ressentir les atteintes de l’ivresse, — dans l’argot des ouvriers. Ils disent aussi S’embrouillarder.

France, 1907 : Même sens que s’embrouillarder.

Empoté

Delvau, 1866 : s. et adj. Paresseux, maladroit, — dans l’argot du peuple, qui trouve volontiers têtes comme des pots tous les gens qui n’ont pas ses biceps et ses reins infatigables.

France, 1907 : Paresseux, maladroit.

Le massier était parti, après deux semaines de traitement, réconforté par les bouillons et le claret séveux des deux sœurs, une grosse fille de cinquante-six ans, sœur Angélina, ragote, empotée dans une graisse pâle et boulante de vieille vierge.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Et s’adressant à moi, cet ivrogne, qui avait trouvé de l’eau-de-vie on ne savait où et s’en était largement gargarisé, écumant de colère me dit :
— Je te croyais plus débrouillard que ça ! bougre d’empoté !

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Il ne s’agit pas d’être empotée de rester là comme une grosse mère, les pieds sur une chaufferette, devant le guichet d’abonnements, et de s’exclamer à chaque malheur nouveau qu’on signale. On n’a pas le temps de s’attendrir, de disserter — il faut se mouvoir !
La mort gratte à la porte de tous les taudis sans feu ; on dirait qu’un troupeau de loups dévorants a envahi nos faubourgs…

(Séverine)

Enculeur

Delvau, 1864 : Sodomite ou pédéraste, selon que sa pine s’adresse à un cul féminin ou à un cul masculin, ce qui, en somme, est toujours la même chose — et la même merde.

C’était comme un immense et splendide bazar
Dans lequel enculeurs, enculés, maquerelles,
Maquereaux et putains, tous grouillaient pêle-mêle.

(L. Protat)

Épastrouillant

Virmaître, 1894 : Extraordinaire (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Drôle, amusant.

Épée

d’Hautel, 1808 : Pousser une épée de longueur. Donner indirectement des atteintes de quelque chose qu’on ne veut pas dire ouvertement ; sonder la façon de penser de quelqu’un, tâcher de lui arracher finement son secret.
Un nœud d’épée. Le peuple appelle ainsi les paquets de couenne que vendent les charcutiers.
Jouer l’épée à deux talons. Reculer, montrer le dos, s’enfuir.
Mettre quelque chose du côté de l’épée. Signifie détourner secrètement quelque chose, se l’approprier.
Il est brave comme l’épée qu’il porte. Se dit souvent en dérision d’un homme qui ne porte point d’épée, et qui est très-poltron.
Il a couché dans son fourreau comme l’épée du roi. Pour il a couché tout habillé.
Il se fait blanc de son épée. Signifie il compte sur son crédit, sur sa force, pour réussir dans une affaire.
Il s’est passé son épée au travers du corps. Se dit en plaisantant d’un soldat qui a vendu son épée pour boire.
À vaillant homme courte épée. Se dit d’un homme fort brave qui ne fait pas parade de son épée.
Se débattre de l’épée qui est chez le fourbisseur. Voyez Débattre.
On appelle aussi trivialement une épée une rouillarde.

Éponge

d’Hautel, 1808 : Boire comme une éponge. Boire avec excès ; s’enivrer.
Passer l’éponge sur quelque chose. Pardonner ; oublier noblement une mauvaise action ; une offense.
Presser l’éponge. C’est faire rendre à quel qu’un ce qu’il a pris ; le faire regorger.

Delvau, 1864 : Femme. Épouse ou maîtresse qui vous éponge, en manœuvrant au cul, le trop plein de vos couilles.

Delvau, 1866 : s. f. Ivrogne, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des voyous, qui révèlent ainsi d’un mot tout un détail de mœurs. Autrefois (il n’y a pas longtemps) les filles et leurs souteneurs hantaient certains cabarets borgnes connus de la police. Ces messieurs consommaient, en inscrivait sur l’ardoise, ces dames payaient, et le cabaretier acquittait la note d’un coup d’éponge.

Rigaud, 1881 : Maîtresse d’un souteneur.

Mais, pardon, tiens, que je te fasse voir mon éponge, poursuivit-il, en tirant à lui Céline.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

La Rue, 1894 : Femme de souteneur. Éponge d’or, avoué.

France, 1907 : Ivrogne. La périphrase s’explique de soi.

France, 1907 : Maîtresse ; argot des souteneurs.

Me v’là, Laur’, l’éponge à Polyte,
C’est un beurr’ comm’ nous nous aimons,
Mon homme et moi, nous somm’s l’élite,
La fleur, la crèm’ des butt’s Chaumont,
C’est dimanch’ dernier, au bastringue,
Qui m’a plu Polyte, et qu’j’y plus ;
La grande Irma, c’t’espèc’ de bringue,
Était sa marmite, ell’ l’est pus,
Dès qu’j’en suis d’venue amoureuse,
Y m’a dit : Toc, ça t’va, ça m’va !
C’est vraiment chouett’ pour un’ pierreuse
D’avoir un mec comm’ celui-là.

(André Gill, L’Éponge à Polyte)

Voici en bloc les noms donnés aux prostituées de basse catégorie : asticot, autel du besoin, avale-tout, baleine, blanchisseuse de tuyau de pipe, bourdon, brancard, cambrouse, camelotte, carogne, catau, catin, chausson, chiasse, dossière, fesse, gadoue, galupe, gaupe, gerse, gouge, gouine, gourgandine, grognasse, moellonneuse, morue, outil de nécessité, paillasse, passade, pétasse, pierreuse, ponante, ponifle, pontonnière, pouffiasse, punaise, roubion, rouchie, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, rullière, taupe, trainée, trouillarde, truqueuse, vadrouille, voirie, volaille, wagon à bestiaux.

Espatrouillant

Virmaître, 1894 : Cette expression est employée pour exprimer le comble de l’admiration. C’est le mot épaté allongé (Argot du peuple).

Espatrouiller

France, 1907 : Étonner, surprendre.

Ça semble espatrouillant, y a pourtant rien de bien malin : tout le monde sait qu’en vue des anicroches il suffit de poser des pétards pour que le train s’arrête…

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Flûter

d’Hautel, 1808 : Boire, s’adonner à la bouteille, ivrogner.
C’est un gaillard qui flûte joliment. C’est-à dire, un buveur intrépide.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Boire beaucoup.

Delvau, 1866 : v. n. Parler inutilement. Le peuple n’emploie ordinairement ce verbe que dans cette phrase, qui est une formule de refus : C’est comme si tu flûtais !

France, 1907 : Boire.
La fréquence des équivalents, a-t-on dit — et rien de plus vrai — indique mieux que toutes les statistiques morales la place tenue par certains goûts, certains besoins, certaines passions. On peut juger de la soif chronique de l’ouvrier et surtout de l’ouvrier parisien par le nombre de verbes dont il se secrt pour exprimer le boire :
Étouffer, siffler, flûter, renifler, lamper, pitancher, pomper, siroter, licher, biturer, se rincer d’avaloire, la dalle, le cornet, la corne, s’arroser de lampas, se pousser dans le battant, s’humecter, pictonner, tuer le ver, chasser le brouillard,
etc.

Gambillement

Ansiaume, 1821 : Danse.

Je préfère une rouillarde de Bordeaux à tous vos gambillements.

Gigots

Delvau, 1866 : s. m. pl. Cuisses de l’homme, — dans l’argot des faubouriens, toujours contempteurs de l’humanité.

Rigaud, 1881 : Cuisses. — Mains larges, épaisses et rouges. On dit également pour désigner ce genre de mains : « Des épaules de mouton ».

Virmaître, 1894 : Les cuisses.
— Mon cher elle a des gigots épastrouillants, c’est de la bidoche première catégorie (Argot du peuple). V. Boudinots.

Gin

Delvau, 1866 : s. m. Genièvre, — dans l’argot des faubouriens, qui s’anglomanisent par moquerie comme les gandins par genre.

France, 1907 : Fausse eau-de-vie de baies de genièvre, que l’on fabrique en Angleterre avec des résidus de la distillation du whisky et aromatisé aux huiles de genièvre et de térébenthine. Le gin est la boisson ordinaire des femmes qui fréquentent les cabarets : c’est avec le gin qu’elles s’enivrent.

… Des pauvresses maigres à longues figures hâves et des gouges enluminées passent la tête et entrent. Elles avalent des potées de gin ou de bière, en silence, puis ressortent s’essuyant la bouche du revers de la main, ou du coin du tablier. Groupées, d’autres bavardent, essuyant des bouts de chansons ou des pas de gigue. Des jeunes de quinze ans et des vieilles de soixante hoquètent au même pot, et saoules de la même ivresse, hébétées, trébuchantes, sortent, se poussant, faisant place à d’autres, et ainsi jusqu’à minuit, l’heure où se vident les tavernes, où le publicain aidé du policeman pousse dans la rue, comme des paquets d’ordure, les clientes ivres-mortes.

(Hector France, Les Va-nu-pieds de Londres)

Fils du genièvre et frère de la bière,
Bacchus du Nord, obscur empoisonneur,
Écoute, ô gin ! un hymne en ton honneur.

(Auguste Barbier)

Laissons à l’Angleterre
Ses brouillards et sa bière !
Laissons-là dans le gin
Boire le spleen !

(Théodore de Banville)

Glacis

Ansiaume, 1821 : Verre à boire.

Prêtes-moi tes glacis, nous allons picter une rouillarde.

Vidocq, 1837 : s. m. — Verre à boire.

Clémens, 1840 : Carreau en verre.

M.D., 1844 : Un verre.

Delvau, 1866 : s. m. Ton léger et transparent, — dans l’argot des artistes. Se poser un glacis. Boire, — ce qui amène la transpiration sur le visage et le fait reluire en le colorant.

Delvau, 1866 : s. m. Verre, — dans l’argot des voleurs, qui parlent anglais (glass) sans le savoir. Un glacis de lance. Un verre d’eau.

La Rue, 1894 : Verre à boire. Vitre.

Gouaper

M.D., 1844 : Coucher dehors.

Delvau, 1866 : v. a. Flâner, chercher aventure.

France, 1907 : Vagabonder, mener une vie dissolue.

— J’ai comme un brouillard de souvenir d’avoir gouapé dans mon enfance avec un vieux chiffonnier qui m’assommait de coups de croc.

(Eug. Sue, Les Mystères de Paris)

Gouêper

Larchey, 1865 : « J’ai comme un brouillard d’avoir gouêpé (vagabondé) dans mon enfance avec un vieux chiffonnier. » — E. Sue.

Grouiller

d’Hautel, 1808 : Se mouvoir, se remuer, fourmiller.
Il a six enfans tout grouillans. C’est-à-dire, vivans. Cette locution ne s’emploie ordinairement qu’en parlant d’un homme indigent, et pour faire entendre qu’il ne peut suffire aux besoins de sa famille.
Il est tout grouillant de vers. Se dit d’un fromage, d’un morceau de viande dans lequel les vers fourmillent.
Que je te voie grouiller de-là. Se dit par menace à un enfant, pour, que je te voie remuer, broncher de-là.
La tête lui grouille. Pour, la tête lui remue, lui tremble.
Tout grouillant de vermine. Pour dire rempli, rongé de vermine.

Delvau, 1866 : v. n. Remuer, s’agiter, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : S’agiter, remuer, du vieux français crouler, même sens.

C’était, derrière le semeur rose,
Sous un ciel pâle au teint de chlorose,
Des cœurs flétris, spongieux et verts,
En champignons où grouillaient les vers.

(Jean Richepin)

Avec lui dans nos prairies
Tu t’en vas batifoler ;
Vous jasez comme deux pies
Et moi je n’ose parler.
Il t’embrasse, il te chatouille,
Il te caresse l’grouin ;
Et moi d’abord que je grouille,
Tu me flanque un coup de poing.

Gueulard

d’Hautel, 1808 : Sobriquet fort incivil qui équivaut à gourmand, glouton, homme qui est fort sur sa bouche. On le donne aussi à celui qui se plaint continuellement, qui crie pour les plus petites choses.

anon., 1827 : Bissac.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Sac.

Bras-de-Fer, 1829 : Bissac.

Vidocq, 1837 : s. m. — Bissac.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Vidocq, 1837 : s. m. — Poële.

M.D., 1844 : Un sac.

Larchey, 1865 : Braillard. — Gueulard : Gourmand.

La gourmandise a aussi une place d’honneur dans le cœur de l’écolier ; mais comme c’est un vice réclamé par les moutards, la honte de paraître gueulard comme eux en arrête la manifestation.

(H. Rolland)

Gueulardise : Friandise. — Gueulard : poêle (Vidocq). V. Goulu. — Gueulard : Sac (id.). — Du vieux mot gueulle : gibecière, bourse (Roquefort). — Ce dernier sens confirme encore ce que nous avançons pour chanter. V. ce mot. L’homme qui chante ouvre sa gueule.

Delvau, 1866 : s. m. Gourmand. Signifie aussi Homme qui parle trop haut, ou qui gronde toujours à propos de rien.

Delvau, 1866 : s. m. Poêle, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Bissac.

Rigaud, 1881 : Poêle. — Bissac.

Fustier, 1889 : Argot du peuple, de celui surtout oui, par métier, fréquente les Halles. Le gueulard est un individu à la voix claire et forte que louent certains marchands des quatre-saisons pour annoncer le contenu de leurs petites voitures. Ce n’est point une profession à dédaigner que celle de gueulard, et je sais de ces industriels qui gagnent plus de trois francs par jour. Ce sont, il est vrai, les forts ténors de la partie !

… Les autres s’emploient comme gueulards, profession non classée dans le Bottin…

(Français, nov. 1884)

La Rue, 1894 : Poêle. Bissac. Poche.

France, 1907 : Bissac, poêle, poche. « Ils trollent généralement à leur côté un gueulard avec une rouillade pour mettre le pavois. »

France, 1907 : Gourmand.

France, 1907 : Ton tranché, violent, criard, dans l’argot des peintres.

On dit que la Bretagne est grise !!! Si la lumière y est douce, tamisée, en revanche il y a de la couleur à revendre. Éclairez-moi tout cela d’un grand soleil et ce serait gueulard en diable.

(A. Verchin, Sept jours en torpilleur)

Guzla

France, 1907 : Sorte de guitare arabe.

Là, dans la rue étroite, grouillante, au seuil des portes basses, sur la chaussée, jusqu’au milieu de la rue, auprès des quinquets fumeux posés sur le pavé, le café lourd de poudre et le tabac de Perse à portée de leur nonchalante main, allongés et recroquevillés sur des tapis, les vieux Turcs en cafetan écoutent, les yeux aux étoiles, de roulement d’un tambourin ou la plainte d’une guzla de Tunis ; et, par les fenêtres ouvertes d’un bouge imbibé d’alcool, dans lequel tempête la joie des matelots du port, s’échappe le cri bizarre, le cri lugubre, dont s’excite, sur une estrade décorée de pavillons et d’oripeaux, la danse du ventre.

(Alexandre Hepp)

Hypothéquer

d’Hautel, 1808 : Son bien est hypothéqué sur les brouillards de la Seine. Voy. Brouillard.
On dit d’une personne dont la santé est très affoiblie, ou qui a une grande infirmité, qu’elle est bien hypothéquée.

Lance

d’Hautel, 1808 : Baisser sa lance. Rabattre de ses prétentions ; devenir humble et souple, de haut et fier que l’on étoit.
Être à beau pied sans lance. Être démonté, désarmé ; n’avoir plus d’équipages.

Ansiaume, 1821 : Eau.

J’ai bu son picton et rempli sa rouillarde de lance.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Eau.

Vidocq, 1837 : s. f. — Eau.

Clémens, 1840 : Eau, larme.

un détenu, 1846 : Eau pour boire.

Larchey, 1865 : Eau (Vidocq). — Pour désigner l’eau, on a fait allusion à son extrême fluidité ; on a dit la chose qui se lance. Dans Roquefort, on trouve lancière : endroit par où s’écoule l’eau surabondante d’un moulin. V. Mourir, Trembler.

Delvau, 1866 : s. f. Balai, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : s. f. Pluie, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. À qui qu’il appartienne, il fait image.

Rigaud, 1881 : Eau. — Balai. Lancier du préfet, balayeur, cantonnier.

Merlin, 1888 : Pluie. — Il tombe des lances, il pleut. Expression empruntée à l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Eau. Pluie. Balai. Lanciers du préfet, Balayeurs.

Virmaître, 1894 : Eau, pluie.
— Il tombe de la lance à ne pas mettre un chien dehors.
Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.

Rossignol, 1901 : Eau.

Hayard, 1907 : Eau, pluie.

France, 1907 : Balai, à cause de son long manche.

France, 1907 : Eau.

— Je l’ai porté placidement sous la fontaine de la Maubert et je lui ai fait couler un petit filet de lance sur la tête, histoire de lui rafraîchir la coloquinte, en lui disant : Tiens, bois un coup de ça, pour te remettre ; mais, au lieu de boire, il a demandé du vin. Regardez-le gesticuler en montrant le poing à la fontaine.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Le richard, qui bourre d’avoine ses canassons quand ils ont quelques kilomètres de plus à faire, se fout comme d’une guigne que ses nègres tirent la langue et s’ingurgitent la lance bourbeuses des mares.

(Le Père Peinard)

Voici comment ils croûtent : le matin, ils bouffent un quignon et sirotent une infusion de chicorée ; à 1 heure, ils s’empiffrent de patates ; le soir, ils s’enfilent de la soupe et graissent leur pain d’un bout de lard gros comme une noisette. Si les pauvres gas ne sont pas trops à la côte, ils s’appuient une fricassée de pommes de terre dans une sauce au saindoux et à l’oignon.
Pour boisson, de la lance qui a passé sur l’infusion de chicorée dénommée café. Très rarement de la bière ou du cidre.

(Le Père Peinard)

Pivois sans lance, vin sans eau.

France, 1907 : Le pénis. Ce mot n’est plus guère employé dans ce sens.

France, 1907 : Pluie.

Profitant de l’expérience acquise par son aîné, le débutant aurait trouvé tout de suite, à la Villette ou à la Chapelle, une jeune personne qui lui aurait fait connaître les ivresses de l’amour, tout en lui permettant de passer des jours tissés de la plus douce fainéantise. Et le soir, au fond de l’assommoir, à l’abri des averses il aurait joué des « champoreaux » et des saladiers de vin chaud au zanzibar, pendant que l’innocente enfant aurait turbiné sous la lance.

(Laerte, Le Radical)

France, 1907 : Urine.

À été aussi ordonné que les argotiers toutime qui bieront demander la tune, soit aux lourdes ou dans les entiffes, ne se départiront qu’ils n’aient été refusés neuf mois, sous peine d’être bouillis en bran, et plongés en lance jusqu’au cou.

(Règlements des états généraux du Grande-Coëre)

Lomben

Ansiaume, 1821 : Oui-non.

Le picton est lomben aujourd’hui, j’en voudrois deux rouillardes.

Loquèle

France, 1907 : Facilité d’élocution, bagout ; de l’italien loquela, langage, corruption du latin loquentia.

Il y avait là Cornette, le droguiste, un gros garçon empâté dans sa graisse ; Morillon, maître clerc du notaire Robillart, une longue face jaune défigurée par un tic qui lui fronçait le nez comme sous le picotement taquin d’une mouche ; Chamerot, qu’on appelait Chaman, à cause d’une bosse qui lui remontait légèrement l’épaule ; Béchu, le voyageur de commerce, un débrouillard, un homme round en manières et réputé pour sa loquèle.

(Camille Lemonnier)

Madrouillage

France, 1907 : Faute, bévue ; argot des voleurs.

Margouillis

d’Hautel, 1808 : Gâchis, embarras, désordre, embrouillamini ; ordures, lavure d’écuelles.
Mettre quelqu’un dans le margouillis. Pour dire, dans l’embarras, dans la peine.

Delvau, 1866 : s. m. Gâchis, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot au propre et au figuré.

France, 1907 : Embarras, gâchis.

… Est-il point un homme là-dedans,
Qui porte un habit rouge, une perruque noire ?
Messieurs, dans cette chambre il est, dit-il, à boire :
Montez ; et lui soudain de happer le taillis,
Laissant le pauvre sot dedans le margouillis.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Mastroquet

Larchey, 1865 : Marchand de vins. Mot à mot : l’homme du demi-setier. — Vient de demi-stroc : demi-setier.

Delvau, 1866 : s. m. Marchand de vin, — dans l’argot des faubouriens. Ne serait-ce pas une corruption de mastoquet, homme mastoc, le marchand de vin étant ordinairement d’une forte corpulence ?

Virmaître, 1894 : Marchand de vin. Dernière transformation du mot mannezingue. Mann, homme, zinc, par corruption zingue, comptoir (Argot du peuple). V. Bistro.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Marchand de vin.

France, 1907 : Cabaretier, marchand de vin au détail. On attribue à Louis Veuillot, le célèbre rédacteur en chef de l’Univers, la paternité de ce mot bizarre.

Celles qui se trainent depuis la chute du jour jusques au milieu de la nuit, s’usant les jambes jusques aux genoux en arpentant les distances, se morfondant sur les trottoirs, aux coins des rues, toujours à l’affût, se portant sans cesse d’un point à un autre, et quêteuses poussives du rentrant attardé, toujours inquiètes de la rousse, fuyant l’argousin et marchant de longues heures, trempées d’humidité, transies de froid à travers les ténèbres et les brouillards, et n’ayant pour tout refuge, après la petite pièce si péniblement gagnée, que le comptoir du mastroquet où l’on boit ce qui met le vert-de-gris dans le ventre et oxyde l’estomac.

(Louis Davyl)

Les scènes scandaleuses, renouvelées de Lesbos, dont on peut être témoin dans ces maisons tolérées jusqu’à 3 heures du matin, alors qu’on fait contravention au mastroquet du coin s’il dépasse minuit…

(La Nation)

Les ouvriers ont toujours eu un faible pour les farceurs qui les grugent, et quand ces farceurs sont par-dessus le marché des mastroquets, ils les adorent.

(L’Avenir de Calais)

Au tribunal.
— Accusé, vous avez eu un passé quelque peu orageux ?
— C’est vrai, mon président.
— Cependant, vous paraissiez avoir mis un peu d’eau dans votre vin ?
— Fallait bien, mon président, j’étais devenu mastroquet.

(L’Écho de Paris)

Comme un nigaud, j’ai cherché noise
Aux patrons, à l’autorité :
Aujourd’hui, je n’ai qu’une ardoise
Chez le mastroquet d’à côté.

(Alfred Capus)

Merlan

d’Hautel, 1808 : Un merlan à frire. Sobriquet que l’on donne à un perruquier, à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits.

Larchey, 1865 : « Sobriquet donné à un perruquier à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits. » — d’Hautel, 1808.

La Peyronie est chef de perruquiers qu’on appelle merlans parce qu’ils sont blancs.

(Journal de Barbier, 1744)

Delvau, 1866 : s. m. Coiffeur, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l’invention de la poudre à poudrer, parce qu’alors les perruquiers étaient toujours enfarinés comme prêts à mettre en la poêle à frire. Le Journal de Barbier en fait mention, ce qui lui donne plus d’un siècle de circulation.

Rigaud, 1881 : Surnom donné autrefois à celui qui s’appelle aujourd’hui « artiste en cheveux ».

La Rue, 1894 : Perruquier.

Virmaître, 1894 : Coiffeur perruquier. Quand le perruquier met de la poudre de riz à son client, il l’enfarine comme le merlan avant d’être mis dans la poêle à frire (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Perruquier, coiffeur.

Hayard, 1907 : Coiffeur.

France, 1907 : Coiffeur, perruquier. Ce sobriquet date de l’époque où la mode était de porter des perruques poudrées. Les perruquiers, constamment occupés à poudrer les têtes, se trouvaient enfarinés comme des merlans que l’on va frire.

M. Edmond, le coiffeur de Madame, sollicitait chaque matin l’honneur de renouveler les raies de Mademoiselle : Madeleine acceptait volontiers. Alors, le perfide merlan crêpait, embrouillait, démêlait et remêlait à plaisir l’épaisse chevelure de la jeune fille, afin d’avoir tout le temps possible de lui débuter des sornettes…

(Jules Noriac, Le Grain de sable)

Et donc, je tire mon chapeau
À ces bonnes têtes de canne,
Mais auparavant, dans leur peau,
Que l’immortalité boucane,
Un dernier coup de sarbacane !
À ces bribes, dont le merlan,
Quand ils se font coiffer, ricane,
Je veux offrir leur jour de l’An.

Minstrel

France, 1907 : Chanteur déguisé en nègre qui s’accompagne sur un banjo. C’est notre vieux mot ménestrel revenu déformé par son passage en Angleterre.

Boulogne et le Havre enfin, leurs bars, les music-halls et les minstrels aidant, ont-ils besoin d’un ciel gris, d’une mer embrouillardée pour « entraîner » leurs hôtes de passage à la vie anglo-saxonne ?…

(Paul Bonnetain)

Pantrouillard

France, 1907 : Synonyme de pantre, gonce, chêne, type, etc.

Paré (être)

Ansiaume, 1821 : Être prêt.

Est-tu paré à piqueter une rouillarde d’eau d’aff ?

Delvau, 1866 : Avoir subi la « fatale toilette » et être prêt pour la guillotine, — dans l’argot des prisons. Les bouchers emploient la même expression lorsqu’ils viennent de faire un mouton.

Rigaud, 1881 : Avoir été coiffé et attifé par ce terrible perruquier-barbier qui répond au nom du bourreau ; c’est être préparé pour l’échafaud.

France, 1907 : Être prêt pour l’exécution. On sait que le condamné est soumis à une sorte de préparation qu’on appelle la toilette.

Patrouillage

d’Hautel, 1808 : Saleté, malpropreté qu’on fait en barbottant, en patrouillant.

Patrouillard

France, 1907 : Patriote.

Ces bougres d’arbis aiment leur indépendance et veulent rester maîtres chez eux.
Les bons patrouillards français qui ont toujours la larme à l’œil, à propos de l’Alsace et de la Lorraine, ne comprennent rien à cela.

(Le Père Peinard)

Pitonner

France, 1907 : Bivouaquer sur une hauteur. Néologisme créé pendant la guerre du Tonkin. De piton, sommet d’une montagne élevée.

Cet incident donne la note générale et fait voir, dans une faible mesure, l’abnégation de nos soldats, parmi lesquels on n’entend pas formuler la moindre plainte ; ils marchent, traversent l’eau dix fois par jour, se battent, bivouaquent sur les mamelons (on appelle cela pitonner !), dans l’humidité, le froid et le brouillard, heureux d’avoir gagné du terrain et d’avoir bien servi le drapeau.

(Dick de Lonlay, Au Tonkin)

Pompette (être)

France, 1907 : Être dans un état de gaieté occasionné par un commencement d’ivresse ; argot populaire. Cette expression vient du vieux mot pompette, pompon, à cause du nez rouge des buveurs. On trouve dans les Adages françoises du XVIe siècle : « Beau nez à pompette » pour ivrogne.

Il évite dans les familles
Habituell’ment d’en causer,
Surtout devant les jeunes filles :
Ça pourrait les faire jaser.
Mais un soir qu’il était pompette,
Dans un dîner des plus rupins,
Il les a mis’s sur une assiette…

(Répertoire de Gavrochinette)

Les expressions synonymes sont : avoir son plumet, sa cocarde, son casque, une culotte, son jeune homme, son pompon, son poteau, sa cuite, sa pointe, son allumette, sa pistache, son loquet, un grain, un coup de bouteille, de sirop, de soleil, de gaz, de feu, son compte, son plein, sa pente ; être en train, bien lancé, éméché, ému, en ribote, dans les vignes, les brindezingues, les brouillards, la paroisse de Saint-Jean-le-Rond, en patrouille, parti, allumé, pavois, bu, paf, raide comme la justice, poivre, casquette, dans un état voisin, etc., etc.

Queue

d’Hautel, 1808 : Faire la queue. Duper, fripponner sur un marché ; signifie aussi railler, persiffler quelqu’un, l’entraîner à de fausses démarches.
Il n’est pas cause si les grenouilles manquent de queue. Se dit d’un homme dénue de finesse, et dont la bonhomie approche de la bêtise.
Il est adroit de ses mains comme un cochon de sa queue. Se dit par raillerie d’un homme qui est d’une gaucherie, d’une maladresse extrêmes dans tout ce qu’il fait.
Faire des queues aux zéros. C’est-à-dire friponner dans un compte, donner une grande valeur aux chiffres qui n’en ont qu’une médiocre.
Aller à la queue loup loup. Se dit en parlant des enfans qui vont pour s’amuser à la file l’un de l’autre.
Cela viendra, la queue de notre moineau est bien venu. Dicton très-usité, et qui a pour but d’encourager une personne dans une entreprise qui offre de grandes difficultés.
Tirer le diable par la queue. Vivre misérablement, avoir bien de la peine à gagner son existence.
S’en retourner la queue entre les jambes. C’est-à-dire, être honteux, confus de n’avoir pas réussi dans une affaire.
Quand on parle du loup, on en voit la queue. Se dit de quelqu’un qui arrive dans le moment où l’on parle de lui.
À la queue gît le venin. Se dit lorsqu’on redoute la fin d’une affaire, quoiqu’elle se soit montrée sous des auspices favorables.
Il n’y a rien de plus difficile que la queue. C’est-à-dire qu’en toute chose, la fin semble le plus difficile.
On l’a pris par la tête et par la queue. Pour dire on l’a examiné de tous les côtés.
Commencer le roman par la queue. Ne pas suivre l’ordre naturel dans un récit.
Vous n’en verrez ni queue ni oreille. Se dit des choses qui sont absolument perdues.
Se fouetter avec une queue de renard. Vivre délicatement, et feindre de se mortifier.
Il a la queue roide. Locution usitée parmi les marchandes de macreaux ; pour dire, que leur poisson est frais.
Il n’en est pas resté la queue d’un ou d’une. Pour exprimer qu’il n’est rien resté, d’une chose quelconque.
On dit aussi en refusant quelque chose à quelqu’un. Tu n’en auras pas seulement la queue d’une.

Delvau, 1864 : Un des noms du membre viril, fréquemment employé — sans qu’il soit besoin d’expliquer pourquoi, tant le mot est imagé.

Mademoiselle, ma queue est assez levée pour votre service.

(D’Ouville)

Je suis comme les poireaux, j’ai la tête blanche et la queue verte.

(Tallemant des Réaux)

Messire Jean, je n’y veux point de queue !
Vous l’attachez trop bas, messire Jean.

(La Fontaine)

L’académicien dit : mon vit. Le médecin : Ma verge. Le curé : mon membre. Une putain : La queue…

(L. Protat)

Je viens revoir l’asile où, dans les jours mauvais,
J’exerçais librement les fiertés de ma queue.

(A. Glatigny)

Delvau, 1866 : s. f. Escroquerie, farce de mauvais goût, carotte. Argot des soldats. Faire sa queue. Tromper.

Delvau, 1866 : s. f. Infidélité faite à une femme par son amant, ou a un homme par sa maîtresse Faire une queue à sa femme. La tromper en faveur d’une autre femme.

Delvau, 1866 : s. f. Reliquat de compte, — dans l’argot des débiteurs. Faire une queue. Redevoir quelque chose sur une note, qui arrive ainsi à ne jamais être payée, parce que, de report en report, cette queue s’allonge, s’allonge, s’allonge, et finit par devenir elle-même une note formidable.

Rigaud, 1881 : La suite d’un parti politique, les figurants exaltés d’un parti, ceux qui le compromettent.

La Rue, 1894 : Infidélité faite par un homme à sa femme, ou par une maîtresse à son amant, et réciproquement. Escroquerie. Carotte.

Virmaître, 1894 : Faire une queue à sa femme : la tromper avec une autre et réciproquement. On fait également une queue à un fournisseur, en achetant chez son concurrent. Laisser une queue : ne donner qu’un acompte sur une dette. Se tirer la queue, se… battre (Argot du peuple).

France, 1907 : Infidélité en amour. Faire une queue, c’est tromper son mari ou sa femme, son amant ou sa maîtresse. On dit plus généralement faire des queues. « Tourne-toi, Monsieur, que je vous fasse une queue », dit une Belge à son protecteur.

— Si tu t’imagines qu’il se gêne pour flanquer des coups de sabre dans le contrat !… Tiens, pas plus tard que cette nuit, il me mitonne une queue plus longue que celle de la Porte-Saint-Martin, depuis qu’on y joue les Chevaliers du brouillard…

(Paul Mahalin, Le Megg)

On appelle aussi, dans l’argot musical, faire une queue, une note ou un accord qu’un choriste ou un instrumentiste maladroit fait entendre après tout le monde à la fin de l’exécution d’un morceau d’ensemble.
Couper la queue à son chien, se faire remarquer par des excentricités ; allusion à Alcibiade, le menin du sage Socrate, qui, pour faire parler de lui dans Athènes, employa se procedé.
Faire la queue, attendre à la porte d’un théâtre. Fouiller les poches de ceux qui attendent l’ouverture.

France, 1907 : Journal qui contient les mêmes matières qu’un autre avec un titre différent.

À Bruxelles, plus d’un journal quotidien compte de quatre à cinq queues, c’est-à-dire qu’il transforme son titre en conservant la même matière de texte on à peu près, er sert ainsi plusieurs catégories d’abonnés.

(Le Figaro)

France, 1907 : Membre viril.

En commençant le récit de ces aventures, plus d’un a dit : « L’auteur prend le roman par la queue. » Quand cela serait, je n’aurais fait que ce que font tous les jours vos dames…

(Louis Randal, Un pot sans couvercle)

En la queue et en la fin
Gist de coutume le venin.

(Trésor des sentences)

France, 1907 : Reliquat de compte. Laisser une queue, partir sans régler entièrement ce que l’on doit à un fournisseur.

Registres de la voix

France, 1907 : Terme musical servant à classer les divisions de l’étendue de la voix. Il y a trois registres : celui de poitrine, celui de médium et celui de tête, ou fausset, que, dit Émile Gouget dans ses Curiosités anecdotiques et philologiques, l’on devrait écrire faucet, comme le voulait J.-J. Rousseau, ce mot venant du latin faux, faucis, la gorge… « Au point de vue commercial la voix de poitrine est le grand livre du chanteur, sa voix de médium est son registre de caisse et sa voix de tête peut être considéré comme son brouillard. »

(Émile Gouget)

Retourner (savoir se)

Virmaître, 1894 : Se tirer d’embarras. L. L. S’en retourner, c’est vieillir. Dans le peuple, cette expression n’est pas prise dans ce sens ; ceux qui font métier de se retourner, ont pour atelier les Champs-Élysées. On les appelle plus communément des ramasseurs de marrons (Argot du peuple).

France, 1907 : Être habile, débrouillard. Savoir de quoi il retourne, être au courant d’une affaire.

Rouillarde

Ansiaume, 1821 : Bouteille.

Donnez-nous une rouillarde de picton.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Clémens, 1840 / Halbert, 1849 : Bouteille.

Larchey, 1865 : Bouteille (Vidocq). — Mot à mot : chose qui se roule.

Delvau, 1866 : s. f. Bouteille, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Blouse, — dans le jargon des voyous.

La Rue, 1894 : Bouteille de vieux vin. Blouse.

Virmaître, 1894 : Blouse. On sait que la blouse est le vêtement favori des rouliers, de là l’expression rouillarde. Les voleurs disent souillaude (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Argent. On nomme aussi rouillarde une blouse bleue garnie de boutons et piqûres blanches sur les épaules, que portaient dans le temps les rouliers.

Hayard, 1907 : Bouteille de bon vin.

France, 1907 : Blouse.

France, 1907 : Bouteille de vieux vin. Picter des rouillardes, boire des bouteilles de vieux vin. Argot des forçats.

— Qui est là ? — Un gail de retour. — Que désirez-vous ? — Des fagots. — Ils pictent des rouillardes en cible dans la tapisserie.

(Ed. Ladoucette)

Rouillarde d’eau d’aff

Ansiaume, 1821 : Bouteille d’eau-de-vie.

Nous avons & picté 3 rouillardes d’eau d’aff.

Rouillarde de coulante

Ansiaume, 1821 : Bouteille d’huile.

Apportez-moi pour 8 jacques de coulante.

Rouillarde de lance

Ansiaume, 1821 : Bouteille d’eau.

J’ai été obligé de picter de la lance.

Rouillarde de picton

Ansiaume, 1821 : Bouteille de vin.

Le picton d’aujourd’hui est mâte.

Rouillarde ou rouille

Vidocq, 1837 : s. — Bouteille, flacon.

Rouillarde, rouille

Rigaud, 1881 : Bouteille de vin cacheté ; bouteille de derrière les fagots.

Rue barrée

Delvau, 1866 : s. f. Rue où demeure un créancier, — dans l’argot des débiteurs. On dit aussi Rue où l’on pave. A en croire Léo Lespès, cette dernière expression serait due au duc d’Abrantès, fils de la duchesse d’Abrantès, et viveur célèbre.

France, 1907 : Rue où demeure un créancier et où, par conséquent, l’on évite de passer, à moins qu’il ne fasse du brouillard.

Soulographie

Vidocq, 1837 : s. f. — Ivrognerie.

Delvau, 1866 : s. m. Ivrognerie dégoûtante.

Rigaud, 1881 : Ivrognerie constitutionnelle.

France, 1907 : Ivresse.

S’agit-il, par exemple, de suivre tous les degrés de la soulographie, remarquez la progression parfaite indiquée par les quarante-six termes qui suivent, dont nous avons justifié l’existence par de nombreux exemples. Sans rentrer l’un dans l’autre, ils ont leur signification propre. — Chacun indique, dans l’état, une nuance.
Au début, nous rencontrons les neuf verbes : être bien, avoir sa pointe, avoir un grain, être monté, en train, poussé, parti, lancé, en patrouille.
Un peu plus loin, nous voyons l’homme légèrement ému ; — il sera tout à l’heure attendri, il verra en dedans, et se tiendra des conversations mystérieuses. Cet autre est éméché ; il aura certainement demain mal aux cheveux.
Pour dépeindre les tons empourprés par lesquels va passer cette trogne de Silène, vous n’avez que la liberté du choix entre : teinté, allumé, pavois, poivre, pompette, ayant son coup de soleil, ayant son coup de sirop, son coup de bouteille, son plumet, sa cocarde, se piquant ou se rougissant le nez.
De la figure passons à la marche. — L’homme ivre a quatre genres de port qui sont également bien saisis. Ou il est raide comme la justice et lasse trop voir par son attitude forcée combien il lui en coûte de commander à la matière ;
Ou il a sa pente (ce qui arrive souvent quand on est dans les vignes), et il marche comme si le terrain lui manquait ;
Ou il festonne, brodant de zigzags capricieux la ligne droite de son chemin ;
Ou il est dans les brouillards… tâtonnant en plein soleil, comme s’il était perdu dans la brume.
Attendons dix minutes encore ; laissons notre sujet descendre au plus bas, et vous pourrez dires indifféremment : Il est chargé, gavé, plein, complet, pion, rond comme une balle, mouillé, humecté, bu, pochard, casquette, il a sa culotte, son casque, son toquet, son sac, sa cuite, son affaire, son compte, il est soûl comme trente mille hommes, il en a jusqu’à la troisième capucine. — Ce n’est plus un homme, c’est un canon chargé jusqu’à la bouche.

(Lorédan Larchey)

Terreuse

La Rue, 1894 : Bouteille. On dit aussi rouille, rouillarde.

France, 1907 : Bouteille. Respirer une terreuse, boire une bouteille.

France, 1907 : Prostituée qui se livre à son métier dans les terrains vagues, les endroits déserts.

Torche-croupion

France, 1907 : Serviette de postérieur.

J’affirme sans craindre le démenti de personne que si Gargantua eût connu les bulletins de vote, il les aurait adoptés illico et les aurait tenus pour les plus espatrouillants des torche-croupions.

(Père Peinard)

Tournée des grands-ducs

France, 1907 : Visite que font dans les cabarets borgnes, les centres de misère et de vice, les personnages de marque en les hôtes princiers de la France, accompagnés d’agents de la Sûreté.

Cette tournée dans Les enfers parisiens, dit l’ancien chef de sureté Goron, est devenue presque classique. Combien de fois ai-je accompagné, dans ces promenades nocturnes, de hautes personnalités parisiennes !
Ils débouchaient cependant sans encombre dans le caveau où grouillait à cette heure matinale une étrange population plus que mêlée. Autour de tables en bois grossièrement équarri, inondées de liqueurs poisseuses, buvaient d’honnêtes maraichers et des souteneurs, des marchandes des quatre-saisons et des filles, des mendiants et des ivrognes des deux sexes.
Les uniformes de deux gardiens de la paix sommeillant sur leur chaise rassuraient dès l’entrée les mondains curieux de visiter cet endroit autrefois dangereux, compris maintenant dans la tournée des grands-ducs et surveillé en conséquence d’une façon moins apparente, mais plus efficace par de nombreux agents en bourgeois.

(Gorton-Busset, Croquis parisiens)

Tripatrouillage

Virmaître, 1894 : Tripoter dans les poches de quelqu’un. Tripoter dans une caisse ou un tiroir.
— Vous n’allez pas bientôt finir de me tripatrouiller, vous allez me chiffonner (Argot du peuple). N.

Tripoter la couleur

Delvau, 1866 : v. a. Peindre, — dans l’argot des artistes.

France, 1907 : Peindre avec maitrise. Une peinture tripotée. Un tableau de maître.

Comme c’est tripoté !… Quel beurre ! Il est impossible d’être plus chaud et plus grouillant !

(Théophile Gautier, Les Jeunes-France)

Trouillarde

Delvau, 1866 : s. f. Femme de mauvaise vie, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Dévergondée.

France, 1907 : Fille malpropre au physique et au moral, souillon ; prostituée. Argot populaire.

Vadrouillant, vadrouillard

France, 1907 : Flâneur allant de cabaret en cabaret, de taverne en lupanar.

Certainement, en quittant le service, vous ne serez pas embarrassés pour gagner votre pain, si votre père ou un oncle d’Amérique ne vous en a pas mis déjà sur la planche ; mais que de fois, plus tard, les chemineaux, les rouleurs, les loupeurs, les vadrouillards, tous ceux qui se seront enquillés dans la grande armée des mendigots et des greffeurs — et il y en aura plus de quatre parmi vous, quelle que soit leur condition sociale actuelle en dehors de la caserne — que de fois tous ces vagabonds, tous ces miséreux regretteront, sainte Gamelle ! ton parfum et ta clémente température, qui réchauffe les mains en hiver et les sentiments en été !

(Marc Mario, La Vie au régiment)

Vadrouillard, vadrouilleur, vadrouilleux

Rigaud, 1881 : Noceur, bambocheur, crapuleux.

Vadrouille, vadrouilleuse, vadrouillarde

Rigaud, 1881 : Prostituée de bas étage : sale femme. C’est la sœur de la gadoue, de la gousse, — dans le jargon des voyous. Allusion à la vadrouille dont on se sert pour nettoyer l’intérieur d’un canot ; c’est un chiffon de laine emmanché au bout d’un bâton.

Les autres ne s’acharnent pas après leur proie avec l’âpreté de ces vadrouilleuses dégoûtantes.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris)

Vadrouilleur

France, 1907 : Qui aime à vadrouiller. Même sens que vadrouillard.

Que les étudiants émergent de milieux disparates, qu’ils aient subi des entraînements différents, qu’ils se proposent des fins diverses et que, d’ailleurs, un tout jeune homme puisse retenir la symphonie des passions humaines, l’actualité s’embarrasse peu de ces complications, qui se prêtent mal à l’information rapide. Simpliste, il lui suffit de la rencontre d’un vadrouilleur gris pour conclure à l’ivrognerie de toute une génération, quand ce n’est pas à l’alcoolisme du siècle.

(Joseph Caraguel)

Ventrouillard

France, 1907 : Ventru.

Ver (tuer le)

Larchey, 1865 : « Boire de l’eau-de-vie ou du vin blanc ; libation matinale, désignée par le dicton tuer le ver. »

(Murger)

V. Brouillard. — Ver rongeur : Voiture prise à l’heure pour faire des visites qu’on abrège dans le but d’avoir moins à payer au cocher.

La lorette arrive en cabriolet et dit en entrant : Docteur, prêtez-moi donc de quoi renvoyer mon ver rongeur.

(M. Alhoy, 1840)

Vergue (entrer en)

Ansiaume, 1821 : Entrer en ville.

En entrant en vergue nous avons tortillé un piqu’en terre avec deux rouillards de picton.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique