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Boum !

France, 1907 : Exclamation lancée par les garçons de café pour accentuer la commande du consommateur.

Jadis, les garçons de cafés,
Serviette au bras et bien coiffés,
Lorsque les clients assoiffés.
Frappant sur le marbre des tables,
Commandaient un bock sans faux-col
Ou quelque absinthe ou quelque alcool
Ils répondaient, en ut, en sol,
Avec des voix épouvantables :
Boum !

(Blédort)

Des esprits qui furent peut-être hardis, ne sont pas sortis, pendant des années, du cercle tracé par la serviette du garçon. Il leur fallait le boum du verseur, même au moment où grondait le boum de l’artillerie de Montmartre.

(Jules Vallès)

Cette singulière exclamation viendrait d’un garçon de café de la Rotonde, au Palais-Royal, dont la voix de stentor fit la fortune de l’établissement.

Chanteur

Vidocq, 1837 : s. m. — Celui qui fait contribuer un individu en le menaçant de mettre le public ou l’autorité dans la confidence de sa turpitude. Ce serait une entreprise pour ainsi dire inexécutable que dévoiler tous les chantages, et seulement esquisser la physiologie de tous les Chanteurs. Après avoir parlé des journalistes qui exploitent les artistes dramatiques, auxquels ils accordent ou refusent des talens suivant que le chiffre de leurs abonnemens est plus ou moins élevé ; ceux qui vous menacent, si vous ne leur donnez pas une certaine somme, d’imprimer dans leur feuille une notice biographique sur vous, votre père, votre mère ou votre sœur, qui vous offrent à un prix raisonnable l’oraison funèbre de celui de vos grands parens qui vient de rendre l’ame ; du vaudevilliste qui a des flons-flons pour tous les anniversaires ; du poète qui a des dithyrambes pour toutes les naissances et des élégies pour les les morts, il en resterait encore beaucoup d’autres, Chanteurs par occasion sinon par métier ; et parmi ces derniers il faudrait ranger ceux qui vendent leur silence ou leur témoignage, l’honneur de la femme qu’ils ont séduite, une lettre tombée par hasard entre leurs mains et mille autres encore ; mais comme il n’y a pas de loi qui punisse le fourbe adroit, le calomniateur, le violateur de la foi jurée ; comme tous ceux dont je viens de parler sont de très-honnêtes gens, je ne veux pas m’occuper d’eux.
Les bornes de cet ouvrage ne me permettent de parler que des individus que les articles du Code Pénal atteignent ; si jamais, ce qu’à Dieu ne plaise, je me détermine à écrire le recueil des ruses de tous les fripons qui pullulent dans le monde, fripons auxquels le procureur du roi donne la main, et qui sont salués par le commissaire de police, il faudra que je me résolve à écrire un ouvrage plus volumineux que la Biographie des frères Michaud.
Si quelquefois de très-braves gens n’étaient pas les victimes des Chanteurs, on pourrait, sans qu’il en résultât un grand mal, laisser ces derniers exercer paisiblement leur industrie ; car ceux qu’ils exploitent ne valent guère plus qu’eux ; ce sont de ces hommes que les lois du moyen âge, lois impitoyables il est vrai, condamnaient au dernier supplice ; de ces hommes dont toutes les actions, toutes les pensées, sont un outrage aux lois imprescriptibles de la nature ; de ces hommes que l’on est forcé de regarder comme des anomalies, si l’on ne veut pas concevoir une bien triste idée de la pauvre humanité.
Les Chanteurs ont à leur disposition de jeunes garçons doués d’une jolie physionomie, qui s’en vont tourner autour de tel financier, de tel noble personnage, et même de tel magistrat qui ne se rappelle de ses études classiques que les odes d’Anacréon à Bathylle, et les passages des Bucoliques de Virgile adressés à Alexis ; si le pantre mord à l’hameçon, le Jésus le mène dans un lieu propice, et lorsque le délit est bien constaté, quelquefois même lorsqu’il a déjà reçu un commencement d’exécution, arrive un agent de police d’une taille et d’une corpulence respectable : « Ah ! je vous y prends, dit-il ; suivez-moi chez le commissaire de police. » Le Jésus pleure, le pécheur supplie ; larmes et prières sont inutiles. Le pécheur offre de l’argent, le faux sergent de ville est incorruptible, mais le commissaire de police supposé n’est pas inexorable : tout s’arrange, moyennant finance, et le procès-verbal est jeté au feu.
Ce n’est point toujours de cette manière que procèdent les Chanteurs, c’est quelquefois le frère du jeune homme qui remplace le sergent de ville, et son père qui joue le rôle du commissaire de police ; cette dernière manière de procéder est même la plus usitée.
Beaucoup de gens, bien certains qu’ils avaient affaire à des fripons, ont cependant financé ; s’ils s’étaient plaint, les Chanteurs, il est vrai, auraient été punis, mais la turpitude des plaignans aurait été connue : ils se turent et firent bien.
Un individu bien connu, le sieur L…, exerce depuis très-long-temps, à Paris, le métier de Chanteur, sans que jamais la police ait trouvé l’occasion de lui chercher noise ; ses confrères, admirateurs enthousiastes de son audace et de son adresse, l’ont surnommé le soprano des Chanteurs. Je ne pense pas cependant qu’il lui manque ce que ne possèdent pas les sopranos de la chapelle sixtine.

Clémens, 1840 : Celui qui fait contribuer les rivettes.

un détenu, 1846 : Voleur pédéraste.

Halbert, 1849 : Voleur spéculant sur la bienfaisance.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sans moralité qui prend en main la cause de la morale quand elle est outragée par des gens riches.

Rigaud, 1881 : Misérable gredin qui exerce l’art du chantage. Le prototype du chanteur est celui qui exploite les passions honteuses des émigrés de Gomorrhe, qu’il sait faire financer sous menace de révéler leurs turpitudes. Quelquefois des compères interviennent sous les espèces de faux agents des mœurs. — Le nombre des chanteurs est infini, et le chantage s’exerce sur toutes les classes de la société.

France, 1907 : Individu qui prend en main la cause de la morale quand il croit, qu’il peut en résulter un avantage pour lui. On dit aussi maître chanteur.

Michelet souhaitait un art qui sût toucher et anoblir les simples. Nos ministres m’ont de goût que pour la musique du baron de Reinach. C’est qu’ils confondent le chant et le chantage. Ils tiennent pour le meilleur des musiciens le plus fameux des maîtres chanteurs.

(Maurice Barrés, Le Journal)

Couyon comme la lune

Rigaud, 1881 : Énormément stupide ; hébété par la stupéfaction. La lune jouit d’une réputation de bêtise qu’elle doit, peut-être, à sa rotondité.

Crème du gratin

France, 1907 : Société de choix.

Une salle de première représentation au Théâtre-Français, c’est plus que la crème de gratin ou du gratin de crème, messeigneurs, et l’on y voit des types et des prototypes de toutes les aristocraties, même des intellectuelles, avec, au parterre, des rois du génie humain, s’il en traine. Mais on y voit surtout des femmes, attendu que le théâtre, étant l’art de l’amour, est leur art, et qu’elles y raffinent.

(Émile Bergerat, Le Journal)

Demoiselles (ces)

Rigaud, 1881 : Nom générique donné à toutes les femmes qui, de près ou de loin, touchent au métier ou à l’art de la prostitution. « Ces demoiselles ont été successivement appelées : Lorettes, Filles de marbre, Dames aux camélias, Biches, Cocottes, autant de mots que l’on chercherait en vain dans le dictionnaire de l’Académie. » (G. Claudin, Paris et l’Exposition.) Le succès de la Dame aux camélias, pièce de M. A. Dumas fils, valut à ces demoiselles l’honneur d’un nouveau baptême. En souvenir de l’héroïne de la pièce — qui méritait mieux — elles furent sacrées : dames aux camélias. Le prototype a existé sous le nom de Marie Duplessis « Remarquablement jolie, grande, médiocrement faite, ignorante, sans esprit, mais riche d’instinct. Ex-paysanne normande, elle s’était composé une généalogie nobiliaire, et, de son autorité, rapprochait d’un nom historique son nom légèrement modifié. » (N. Roqueplan, Purisme.)

Fignoler

Larchey, 1865 : Exécuter avec fion.

C’est qu’vous fignolait (la contredanse). Dame, il y allait de tête et de queue.

(Rétif, 1783)

Quel style ! comme c’est fignolé.

(Labiche)

C’est un fignoleux, mais il fait trop le fendant à cause qu’il a du bec.

(Vadé, 1788)

Delvau, 1866 : v. a. Achever avec soin, finir avec amour, — dans l’argot des ouvriers et des artistes. Certain étymologiste veut que ce mot signifie : « Exécuter avec fions. » C’est possible, mais j’ai entendu souvent prononcer Finioler : or, la première personne du verbe finire n’est-elle pas finio ? — V. aussi Fionner.

Virmaître, 1894 : Polir une pièce d’ouvrage, l’achever avec un soin tout particulier (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Un travail fait avec soin est fignolé.

France, 1907 : Faire quelque chose avec recherche, avec soin ; s’attacher aux détails.

— Eh ! dit la portière, vous n’êtes pas dégoûté ! Tous les empereurs et les rois des Turcs en voudraient aussi, s’ils savaient comme c’est fignolé ! Seulement, c’est moi qui le mangerai. Et pourquoi auriez-vous de mon miroton ?

(Théodore de Banville, Gil Blas)

Ce qu’on cherche chez nous, c’est à fignoler le client. Polissez-la sans cesse — la peau — et la repolissez, semble être la devise du barbier occupé à rendre nette la joue du patient qu’il travaille « jusqu’à l’ongle » pour ainsi dire.

(Le Record du rasoir)

Fureur utérine

Delvau, 1864 : « Outre le terme de nymphomanie que nous adoptons pour exprimer cette maladie, on lui donne encore différentes dénominations. Mosohio, médecin grec, l’appelle satyriasis, d’autres métromanie, d’autres érotomanie, qui signifie manie d’amour ; mais tous ces noms étant arbitraires, nous nous en tiendrons à celui de nymphomanie, toutes les fois qu’il sera question de la fureur utérine. »

(Dr De Bienville)

Voir Nymphomanie.

Giberne

Delvau, 1864 : Le fessier, d’une femme, qui est, si on le veut, une boîte à cartouches. Allusion à la place ordinaire de la giberne.

Elle a une crâne giberne, ton adorée, faut lui rendre justice. Tout est-il à elle, dis ?

(Charles Monselet)

Delvau, 1866 : s. f. La partie du corps dont les femmes augmentent encore le volume à grand renfort de jupons et de crinolines. Ce mot, — de l’argot des faubouriens, s’explique par la position que les soldats donnaient autrefois à leur cartouchière.

France, 1907 : Derrière, fesses.

La grosse dondon qui nous servait à table était agrémenté de rotondités antérieures et postérieures qui faisaient loucher les jeunes lieutenants ; on n’entendait que ces exclamations : « Pristi ! quelles avant-scènes ! Nom de Dieu ! Belle giberne ! »

(Les Gaietés du régiment)

Giberne (avoir, une belle)

Merlin, 1888 : Avoir les rotondités postérieures proéminentes.

Introuvable

Rigaud, 1881 : Urinoir public en forme de rotonde et dont l’accès n’est pas précisément facile à découvrir. On les a également appelés les « tourne-autour ». L’introuvable est le successeur direct du rambuteau.

Menton (s’en mettre ou s’en fourrer jusqu’au)

France, 1907 :

Que ce soit poule ou caneton,
Perdreaux truffés ou miroton,
Barbue ou hachis de mouton,
Pâté de veau froid ou de thon,
Nids d’hirondelles de Canton,
Ou gousse d’ail sur un croûton,
Pain bis, galette ou panaton,
Fromage à la pie ou stilton,
Cidre ou pale-ale de Burton,
Vin de Brie ou branne-mouton,
Pedro-jimenès ou corton,
Chez Lucullus ou chez Caton,
Avalant tout comme un glouton,
Je m’en mettrai jusqu’au menton,
Sans laisser un seul rogaton
Pour la desserte au marmiton.

(Th. Gautier, Épître à Garnier)

Mirliflor, mirliflore

France, 1907 : Prédécesseur du gommeux ; de mirer et de fleur.
Francisque Michel voit dans mirliflore une altération de mille-fleurs, bouquet de plusieurs leurs odorantes dont se paraient les élégants du siècle dernier, tandis que Littré pense que c’est une altération de mirlifique, altération elle-même de mirifique, mirificus, merveilleux. Le mirliflor florissait vers 1820.

Ces favoris de la mode appelés roués sous la Régence, merveilleux sous Louis XV, mirliflores sous Louis XVI, incroyables sous le Directoire, agréables sous l’empire, étaient-ils inférieurs aux lions de nos jours ?

(Sophie Gay)

Avec des bouquets comme celui-là, ou des œillets rouges flambants comme braise, et résistants dans les bagarres, on s’en allait, les demi-soldes, les « brigands de la Loire », au café Lamblin, à la Rotonde. Les mirliflores nous y attendaient, avec des œillets blancs au revers de leur habit de drap fin.
Ce n’était pas long. Un mot, une gifle ! « Vive le roi ! — Vive l’empereur ! » Et ce qu’on se battait !

(Sévérine)

Miroton

France, 1907 : Tranches de bœuf bouilli accommodé aux oignons.

C’est que pour pouvoir, savoir et vouloir faire un miroton, la première condition est d’être portière. Et si je n’étais plus portière, je ne saurais plus faire les mirotons.

(Théodore de Banville)

Oignons, Oignes (aux petits)

Rigaud, 1881 : Excellent, supérieur. L’oignon joue un grand rôle dans la casserole du peuple de Paris pour qui le miroton est un plat fondamental et patriotique.

Eh ben, sergent, trouvez-vous que je lui aie arrangé ça aux petits oignons ?

(Alph. Arnault et L. Judicis, Les Cosaques)

Patron-minet

France, 1907 : De très grand matin. Même sens que patron-jaquet ; ce serait une corruption de dès le paître minet, c’est-à-dire aussitôt que le chat se lève pour chercher sa pâture. D’autres expliquent ainsi cette expression en disant que le patron et le chat étant d’ordinaire les deux premiers levés de la maison, le patron-minet est devenu de la sorte le prototype de la diligence matinale. À cette explication un peu fantaisiste je préfère celle qu’offre naturellement le parler normand : dès le paître minet.

Dès le patron-minet, installé derrière le rideau de sa fenêtre, il guettait avec une patience de vieux matou le lever de sa voisine. Quand il apercevait un bout de chair blanche, ne fût-ce que l’espace d’une demi-seconde et la largeur de deux centimètres, il écarquillait les yeux comme s’il voulait les faire jaillir de l’orbite.

(Les Propos du Commandeur)

On dit aussi patron-minette.

Père la Pudeur

France, 1907 : Pudibond, grotesque. Le père La Pudeur appartient généralement à l’une des nombreuses sectes protestantes où l’on s’effarouche du mot et où l’on se délecte en secret de la chose. C’est un fâcheux hypocrite et grotesque, un empêcheur de danser en rond. Le prototype du père La Pudeur est de nos jours le sénateur Bérenger. Il s’appelait autrefois Tartufe.

Tous ces dépravés de la Ligue contre la licence des rues, que Séverine appelle avec juste raison de « vieux dégoûtants piqués de cantharides », ces pères La Pudeur n’ont assurément nulle goutte de sang gaulois dans les veines et, si l’on remontait aux origines, on y reconnaitrait de copieuses infusions saxonnes, suisses ou belges, à moins que le pesant marteau du huguenotisme n’ait aplati un coin de leur cervelet. Pas de notre race, Gaulois et Francs, tous ces gens-là ont besoin d’être recuits !

Planche

d’Hautel, 1808 : Compter sur lui, c’est se fier sur une planche pourrie. Pour dire, qu’une personne ne mérite aucune confiance, qu’on ne doit faire aucun fonds sur ses promesses.
Faire la planche. Donner l’exemple, montrer le chemin, encourager un autre en faisant une chose le premier. Cette expression est aussi reçue parmi les nageurs, et signifie nager étant couché sur le dos.

Rigaud, 1881 : Femme très maigre. — Femme qui n’a pas que l’apparence de la froideur.

Rigaud, 1881 : Sabre, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Tableau noir servant aux démonstrations mathématiques, — dans le jargon du collège. — Passer à la planche, passer au tableau.

France, 1907 : Femme ou fille d’une excessive maigreur, privée de ces séduisantes rotondités qui manquent à la poupée de Jeanneton ; argot populaire.

France, 1907 : Sabre ; argot les voleurs.

France, 1907 : Tableau noir des classes de mathématiques. Passer à la planche, aller au tableau ; argot des écoles.

Potiron

d’Hautel, 1808 : Ce mot est en butte à plus d’un barbarisme : les uns disent paturon, et les autres poturon ; c’est potiron qu’il faut dire pour bien parler.

Rigaud, 1881 : Derrière et poturon par altération. Allusion de rotondité.

L’ pied m’ glisse, et sur l’ poturon j’ tombe.

(Le Parfait catéchisme poissard)

Fustier, 1889 : Argot des élèves de l’École de Saint-Cyr. Ils appellent ainsi les jeunes gens qui, bien que de nationalité étrangère, sont admis à suivre les cours de l’École.

Shérif-Bey vient de recevoir sa nomination d’élève de Saint-Cyr, à titre d’étranger. Les élèves de cette catégorie sont appelés à l’École des Potirons.

(Paris, octobre 1885)

France, 1907 : Grosse femme, fessière et mamelue ; argot populaire.

Elles y viennent, les chéries,
En beaux atours, en falbalas,
Les jeunes et les défraîchies,
Les poitrons, les échalas.

(Jacques Rédelsperger, Nos Ingénues au salon)

France, 1907 : Le derrière ; argot populaire.

— Eh ! la grosse mère, quand on porte avec soi un pareil potiron, on doit payer deux places dans les omnibus !

(Les Gaietés du régiment)

Puce travailleuse

Delvau, 1866 : s. f. Lesbienne, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Femme qui en impose matériellement à son sexe.

Virmaître, 1894 : C’est l’ancienne expression pour désigner les femmes pour femme. C’est dans les maisons de rendez-vous, où il y a des voyeurs (voyez ce mot), que ce travail s’accomplit, à la grande satisfaction des vieux érotomanes qui viennent là, chercher par les yeux un spectacle écœurant pour émoustiller ce qui leur reste de sens. Les femmes qui opèrent dans ces maisons sont payées à la séance (Argot du peuple).

France, 1907 : Lesbienne.

Rotondité

d’Hautel, 1808 : Une bonne rotondité. Se dit par plaisanterie d’un homme qui a beaucoup d’embonpoint ; qui a un ventre bien conditionné, une bonne panse.

Rototo

Delvau, 1866 : s. m. Coups de bâton, de rotin, — dans l’argot des faubouriens. Coller du rototo. Battre quelqu’un.

Rototo !

Delvau, 1866 : Exclamation de refus ou de mépris.

Talentueux

France, 1907 : Individu qui a du talent ou désigné comme tel dans l’argot des journalistes.

Les gens de lettres se hiérarchisent et déjà les règles solennelles d’un tacite, mass formel protocole, classent les mérites et déterminent les avancements. Tout le monde sait que la mention : le jeune et talentueux écrivain est le galon de la littérature, quelque chose comme la situation ambiguë d’adjudant. L’auteur remarqué de — ici le nom d’un volume inconnu — correspond avec assez de précision au grade de lieutenant, comme distingué et très distingué à ceux de capitaine et de colonel, mais à éminent nous atteignons au généralat et illustre vaut bien maréchal.

(La Palférine, Écho de Paris)

Que nous importe que Virgile ait eu des familiarités avec son beau domestique, puisqu’il a laissé les Églogues et les Géorgiques ? — Pour le public égoïste et indifférent, un compositeur très vertueux, mais sans talent, ne vaudra jamais un musicien vicieux, mais talentueux.

(Edmond Lepelletier)

Tube

Halbert, 1849 : Fusil.

Delvau, 1866 : s. m. Le gosier, — dans l’argot des faubouriens. Se rincer le tube. Boire. Se coller quelque chose dans le tube. Manger. Signifie aussi Voix.

Delvau, 1866 : s. m. Nez, — dans l’argot des marbriers de cimetière. Se flanquer du terreau dans le tube. Priser.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Nez. Se piquer le tube, se griser.

La Rue, 1894 : Gosier. Nez. Fusil. Chapeau.

Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. On dit aussi : tuyau de poêle (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Le gosier. Dans le peuple, on dit deo celui qui a le ventre creux :
— Il n’a rien à se mettre dans le tube.
Boire un bon coup, c’est se rincer le tube.
— Il est quatre heures, je vais me coller un peu de fripe dans le tube.
Mot à mot : je vais manger (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Chapeau haut-de-forme, nez.

France, 1907 : Gosier. Se coller quelque chose dans le tube, boire ou manger. Argot populaire.

La gamelle a du bon, mes fistons, et la preuve c’est que le prince d’Orléans, qui a pourtant mieux que ça à se coller dans le tube, est venu réclamer la sienne quand il a eu l’âge d’en boulotter.

(Monthabor, La Vie au régiment)

France, 1907 : Même sens que tubard ; le digue pendant de l’ignoble habit à queue de morue.

— Mon horreur pour le chapeau noir surpasse de 69 coudées 7 dixièmes la haine que Jules Lemaître professe à l’égard du même objet. Je demande pour le ridicule couvre-chef une nouvelle Saint Barthélémy !
— Parfait !
— Ce que je n’admets surtout pas, c’est la consécration tyrannique du tube par le protocole de la snoberie moderne. Certaines gens ne peuvent récupérer leur pain quotidien que si, malgré le délabrement de leur costume, ils sont coiffés de ce monstrueux cylindre !

(George Auriol)

Son successeur est un tub très à la mode,
Digne d’être chanté sur le rythme d’une ode,
Au dernier goût du jour et d’un chic élégant ;
Il luit plus qu’un miroir, il me va comme un gant.

(George Bois, Cœur au vent)

Vernis (petits)

France, 1907 : Ce qu’on appelait autrefois petits-maîtres, lions, gandins, et aujourd’hui gommeux, pshutteux, etc. les petits jeunes gens enfin dont la grande préoccupation est la toilette.

Voyons, ça s’rait-y qu’ça s’décolle
Ou ben c’est-y qu’y a pus d’amour ?
I’s s’figur’nt qu’ils sont à la cour,
Les p’tits vernis du protocole.
I’s sont charmants… y à pas d’erreur.
I’s ont surtout des bell’s cravates,
Mais, vraiment, i’s font trop d’épates,
C’était bon du temps d’l’Empereur.

(Aristide Bruant, Sur la Route)

Zinc

Delvau, 1866 : s. m. Chic, — dans le même argot [des faubouriens]. Avoir du zinc. Avoir une brillante désinvolture.

Delvau, 1866 : s. m. Maladie vénérienne, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Voix métallique et solide, — dans l’argot des coulisses. Avoir du zinc. Avoir une voix sonore. On dit aussi Être zingué.

Rigaud, 1881 : Argent. — Comptoir de marchand de vin. — Prendre un canon sur zinc.

Des poivrots, le coude sur le zinc, riaient au nez des petites.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

La Rue, 1894 : Argent. Comptoir de marchand de vin. Syphilis.

Virmaître, 1894 : Argent monnayé.
— J’ai du zinc dans ma profonde, nous pouvons aller de l’avant (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Le comptoir du mastroquet. Allusion au plomb qui couvre le comptoir. Boire sur le zinc, c’est boire debout.
— Viens-tu licher un glacis sur le zinc, j’ai dix ronds d’affure (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Comptoir de marchand de vins.

Je n’ai pas le temps, je veux bien accepter quelque chose, mais nous prendrons ça sur le zinc.

Hayard, 1907 : Comptoir de marchand de vin.

France, 1907 : Argent, monnaie.

France, 1907 : Comptoir de marchand de vin.

Près des Halles centrales, dans un sous-sol, aux faibles lueurs des becs de gaz, entre le zinc du tenancier et un orchestre composé d’un piano, d’un violon et d’une basse, on voit des enfants s’agiter, polker, valser, et autour d’eux rôde une immonde clientèle d’érotomanes et de gagas. Les mères ou leurs remplaçantes absorbent des saladiers de vin chaud, de punch au rhum, et, le long du Marché-aux-Anges, on heurte des mégères ivres, titubantes ou étendues sur le plancher, cuvant leur vin.
Mignonnes ouvrières, trottins, petits abandonnés des deux sexes, vagabonds et vagabondes, tous les oiseaux sans nid, autant de numéros de parisiens ; et les matrones des départements et de l’étranger y amènent de la marchandise, comme d’autres des animaux sur le marché de la Villette.

(Dubut de Laforest, La Traite des blanches)

Le comptoir, à l’intérieur, donnait le sentiment de la proximité des faubourgs. C’était le zinc traditionnel, avec sa fontaine à eau couverte, ses bouteilles multicolores alignées derrière le patron qui, debout dès l’aube, en gilet à manches, hiver comme été, versait le marc, l’absinthe et le vin blanc aux ouvriers se rendant au travail.

(É. Zola, La Conquête de Plassans)

Zinc des ratichons, Maître autel.

France, 1907 : Costume de gymnastique à l’École polytechnique, appelé ainsi dans l’argot des élèves parce que la toile en est de couleur grisâtre.

France, 1907 : Élégance, chic.

— Je joue le rôle d’un pigeon du Jockey-Club qui se croit aimé pour lui-même… Il faut que j’aie du zinc ce soir.

(Philippe Auderbrand)

France, 1907 : Uniforme chamarré de haut fonctionnaire.

La soirée du ministre était fort brillante et les ambassadeurs, les ministres plénipotentiaires, les attachés militaires étaient là dans leurs costumes chamarrés. Les préfets mêmes avaient sorti leur frac, avec joie, car le préfet de la Seine s’était pavané depuis le matin dans le sien et on l’avait entendu s’écrier plusieurs fois :
— Enfin, j’ai donc sorti mon zinc ! Il ne sera pas dit que mes administrés ne m’auront pas admiré dans mon zinc.

(Edgar Monteil, Le Monde officiel)

France, 1907 : Voix métallique dans l’argot des chanteurs. Avoir du zinc, c’est avoir un organe vocal bien timbré.

Peut-être a-t-on choisi le zinc de préférence à tout autre métal, à cause de son rapprochement avec les verbe anglais to sing, chanter.

(Émile Gouget, L’Argot musical)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique