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Chevalier de l’aune

Larchey, 1865 : Commis en nouveautés.

Il n’y a que ces chevaliers de l’aune pour aimer la boue au bas d’une robe.

(Balzac)

De la rosette : Sodomiste. — Du printemps : Niais portant un œillet rouge à la boutonnière pour singer une décoration.

Chevalier de la rosette

Delvau, 1864 : Pédéraste actif ou passif.

Virmaître, 1894 : Homme qui aime son sexe (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Pédéraste.

Décavage

Rigaud, 1881 : Misère, ruine.

France, 1907 : État du joueur qui a perdu.

Vous connaissez le célèbre baron Rapineau. Le voici près du croupier, étalant sa face mafflue, son nez d’oiseau de proie et son ventre de silène. Une rosette raccrochée dans de véreuses affaires s’épanouit, insolente et énorme, sur son veston anglais. Un officier, en la voyant, met la sienne dans sa poche.
Il joue gros jeu, le maltôtier. De combien de larmes et de sueurs furent arrosés les billets volés qu’il entasse et les rouleaux d’or qu’il éventre sur le tapis ! Il perd, il gagne, il reperd. Hier, il a ramassé cent mille francs ; aujourd’hui, c’est la revanche de la banque, c’est le décavage !

(Hector France, Monaco)

Être de la manchette

Delvau, 1864 : Préférer le cul au con. — L’ordre de la manchette a précédé celui de la rosette… affaire de mode.

Et mille gens m’ont dit qu’il n’aimait pas le con ;
Au contraire, on m’a dit qu’il est de la manchette,
Et que faisant semblait de le mettre en levrette,
Le drôle en vous parlant toujours du grand chemin,
Comme s’il se trompait, enfilait le voisin.

(Bussy-Rabutin)

Major de table d’hôte

Delvau, 1866 : s. m. Escroc à moustaches grises et même blanches, à cheveux ras, à redingote boutonnée, à col carcan, à linge douteux, qui sert de protecteur aux tripots de la banlieue.

Rigaud, 1881 : Pseudo-militaire retraité dont l’emploi consiste à découper la volaille, dans une table d’hôte, et à tricher au jeu après dîner, quelquefois en attendant le dîner, quand les dupes abondent.

La Rue, 1894 : Escroc, ayant l’apparence d’un militaire retraité, qui pérore aux tables d’hôte et triche aux cartes après le dîner.

Virmaître, 1894 : Individu à tout faire, qui est maquereau à l’occasion. Le major a toutes les apparences d’un militaire en retraite ; il porte à la boutonnière une rosette multicolore d’ordres exotiques. Le major de table d’hôte est un rastaquouère de premier ordre (Argot du peuple et des filles).

France, 1907 : Ancien on pseudo-militaire qui préside aux tables d’hôte des tripots auxquelles son extérieur donne un certain air de respectabilité.

Un grand homme ne demeure pas toujours un grand homme, ni un événement un grand événement. Certain jour arrive où les forces que cet homme ou cet événement représentait à notre imagination, et par lesquelles il dominait notre existence, sont épuisées, de telle sorte que sa domination et son prestige cessent d’être réels. Dans l’ordre des faits, dans l’ordre intellectuel aussi, la Révolution française a cessé de nous faire sentir son impulsion, et, pareille à ces vieux héros polonais qui, après avoir étonné le pan-slavisme, ne furent plus, en changeant de milieu, que des majors de table d’hôte, elle doit se contenter d’occuper la place d’honneur dans les toasts des comices agricoles.

(Maurice Barbès)

Manier

d’Hautel, 1808 : Quand on manie le beurre, on a les mains grasses. Pour dire, que quand il passe beaucoup d’argent par les mains, on en ressent toujours quelque bénéfice.
Le peuple fait entrer un g dans la terminaison de ce verbe, et le conjugue ainsi : je magne, tu magnes, il magne, etc. Je magnois, je magnerai ; magner, etc. Au lieu de, je manie, tu manies, etc. ; je maniois, je manierai ; manier, etc.

Delvau, 1864 : Peloter une femme — où un homme.

Mais, Monsieur, vous, baisez mes fesses à tout moment ; vous me maniez partout !

(La Popelinière)

On ne peut donc sans scandale manier un peu les breloques du monde ? — Sacrebleu ! quelles breloques ! c’est bien aussi la montre, ma foi.

(A. de Nerciat, Les Aphrodites)

Ma bonne, disait Rosette, il veut toujours me faire manier sa sottise et prendra la mienne.

(La Popelinière)

C’est des marlous, n’y prends pas garde ;
Viens, que j’ te magne ton outil.

(H. Monnier)

Marque mal

France, 1907 : Personne laide et de vilaine tournure.
Dans l’argot des typographes, c’est celui qui reçoit les feuilles de la machine à imprimer. On a fait le verbe marquer mal.

La vie en liberté ne semblait pas avoir beaucoup perfectionné l’ancien « jeune détenu ». Avec sa veste en lambeaux et sa casquette de marinier à visière plate, Mahurel marquait mal, comme on dit au faubourg : et sa tête de bélier, au nez busqué et aux yeux ronds, était surtout remarquable par un teint terreux, qui aurait été plus convenable pour une pomme de terre en robe de chambre que pour un jeune homme faisant ses débuts dans le monde.

(François Coppée, Le Coupable)

Du moment qu’on marche, on a réponse à tout. « Où allez-vous ?— À Vernecourt. — D’où venez-vous ? — De la Garenne-sous-Bois. » On vient toujours de quelque part pour aller quelque part. La police n’en demande pas davantage, et même si on marque mal, elle pense en elle-même : « C’est bon. Qu’ils aillent se faire pendre dans le département d’à côté. »

(H. Lavedan)

Au temps des compteurs, deux femmes cherchent un fiacre.
— Pourquoi ne pas prendre celui-ci qui a un compteur ? Nous n’aurons pas de discussion, le compteur marque bien.
— Oui, mais c’est le cocher qui marque mal !

(Le Journal)

Comme on dit marquer mal, on dit marquer bien.

Vers 11 heures arrive un monsieur qui marquait bien, oh ! par exemple, impossible de mieux marquer. Favoris mousseux et grisonnants ; redingote avec une belle rosette multicolore ; monocle ; bref, l’aspect cossu d’un attaché d’ambassade sous l’empire, au temps où nous avions encore une diplomatie cossue.

(Edgar Monteil, Le Monde officiel)

Ne plus marquer, se dit d’une femme arrivée à la grande maturité et qui ne peut plus plaire, expression tirée de l’hippologie. On ne peut plus reconnaître à ses dents l’âge certain d’un vieux cheval. « Il ne marque plus. » De même la susdite femme ne marque plus son linge.

Rachevage

Rigaud, 1881 : Individu dépravé ; celui qui fait une besogne malpropre ; celui qui fait, dit ou écrit des obscénités.

La Rue, 1894 : Individu de mœurs innommables. On dit aussi chevalier de la rosette, encloué, enfigneur.

France, 1907 : Pédéraste. Homme sale et méprisable.

Rosette

Delvau, 1864 : Petite rose de chair qui se trouve à l’entrée de l’anus et qui en est pour ainsi dire le pucelage, car les pédérastes passifs ne l’ont plus (d’où les pédérastes actifs sont appelés chevaliers de la rosette).

Travaille bien, prend ta lichette,
La lichette donne du cœur ;
Et s’il le faut, tends ta rosette,
Cela te portera bonheur.

(A. Dumoulin)

France, 1907 : Rien de commun avec celle de la Légion d’honneur, mais fort prisée jadis dans la légion thébaine. Aimer La rosette, être porté pour la rosette, avoir des passions hors nature. Le sage Socrate, le sage Sénèque, les poètes Horace et Virgile et autres grands hommes de l’antiquité classique étaient portés pour la rosette. On dit aussi chevalier de la rosette, pour désigner les partisans de l’amour socratique. Rosette a dans ce sens une signification trop claire pour qu’il soit nécessaire d’insister.

Rouleur

Larchey, 1865 : « Ses fonctions consistent à présenter les ouvriers aux maîtres qui veulent les embaucher et à consacrer leur engagement. C’est lui qui accompagne les partants jusqu’à la sortie des villes. »

(G. Sand)

De rouler : voyager.

Larchey, 1865 : Trompeur.

Cela ne serait pas bien : nos courtiers passeraient pour des rouleurs.

(Lynol)

De rouler : vaincre.

Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier.

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon du tour de France chargé de présenter les ouvriers aux maîtres et de consacrer leur engagement.

Delvau, 1866 : s. m. Vagabond, homme suspect.

Rigaud, 1881 : Vagabond doublé d’un filou. — Parasite effronté. — Individu de mauvaise mine et étranger à la localité, — dans le jargon des paysans de la banlieue de Paris. Le mot a été emprunté au jargon des pâtissiers.

En terme de métier, celui qui ne reste pas longtemps dans la même maison s’appelle rouleur.

(P. Vinçard, Les Ouvriers de Paris)

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier typographe qui roule d’imprimerie en imprimerie sans rester dans aucune, et qui, par suite de son inconduite et de sa paresse, est plutôt un mendiant qu’un ouvrier. Aucune corporation, croyons-nous, ne possède un type aussi fertile en singularités que celui dont nous allons essayer d’esquisser les principaux traits. Les rouleurs sont les juifs errants de la typographie, ou plutôt ils constituent cet ordre mendiant qui, ennemi juré de tout travail, trouve que vivre aux crochets d’autrui est la chose la plus naturelle du monde. Il en est même qui considèrent comme leur étant due la caristade que leur alloue la commisération. Nous ne leur assimilons pas, bien entendu, les camarades besogneux dont le dénuement ne peut être attribué à leur faute : à ceux-ci, chacun a le devoir de venir en aide, dignes qu’ils sont du plus grand intérêt. Les rouleurs peuvent se diviser en deux catégories : ceux qui travaillent rarement, et ceux qui ne travaillent jamais. Des premiers nous dirons peu de chose : leur tempérament ne saurait leur permettre un long séjour dans la même maison ; mais enfin ils ne cherchent pas de préférence, pour offrir leurs services, les imprimeries où ils sont certains de ne pas être embauchés. Si l’on a besoin de monde là où ils se présentent, c’est une déveine, mais ils subissent la malchance sans trop récriminer. De plus, détail caractéristique, ils ont un saint-jean, ils sont possesseurs d’un peu de linge et comptent jusqu’à deux ou trois mouchoirs de rechange. Afin que leur bagage ne soit pour eux un trop grand embarras dans leurs pérégrinations réitérées, ils le portent sur le dos au moyen de ficelles, quelquefois renfermée dans ce sac de soldat qui, en style imagé, s’appelle azor ou as de carreau. Un des plus industrieux avait imaginé de se servir d’un tabouret qui, retenu aux reins par des bretelles, lui permettait d’accomplir allègrement les itinéraires qu’il s’imposait. Ce tabouret, s’il ne portait pas César, portait du moins sa fortune. Mais passons à la seconde catégorie. Ceux-là ont une horreur telle du travail que les imprimeries où ils soupçonnent qu’ils en trouveront peu ou prou leur font l’effet d’établissements pestilentiels ; aussi s’en éloignent-ils avec effroi, bien à tort souvent ; car le dehors de quelques-uns est de nature à préserver les protes de toute velléité d’embauchage à leur endroit. D’ailleurs, si les premiers ne se présentent pas souvent en toilette de cérémonie, les seconds, en revanche, exposent aux regards l’accoutrement le plus fantaisiste. C’est principalement l’article chaussure qui atteste l’inépuisable fécondité de leur imagination. L’anecdote suivante, qui est de la plus scrupuleuse exactitude, pourra en donner une idée : deux individus, venant s’assurer dans une maison de banlieue que l’ouvrage manquait complètement et toucher l’allocation qu’on accordait aux passagers, étaient, l’un chaussé d’une botte et d’un soulier napolitain, l’autre porteur de souliers de bal dont le satin jadis blanc avait dû contenir les doigts de quelque Berthe aux grands pieds. Des vestiges de rosette s’apercevaient encore sur ces débris souillés d’une élégance disparue. Au physique, le rouleur n’a rien d’absolument rassurant. La paresse perpétuelle dans laquelle il vit l’a stigmatisé. Il pourrait poser pour le lazzarone napolitain, si poser n’était pas une occupation. Sa physionomie offre une particularité remarquable, due à la conversion en spiritueux d’une grande partie des collectes faites en sa faveur : c’est son nez rouge et boursouflé. Lorsque, contre son attente, le rouleur est embauché, il n’est sorte de moyens qu’il n’emploie pour sortir de la souricière dans laquelle il s’est si malencontreusement fourvoyé : le plus souvent, il prétexte une grande fatigue et se retire en promettant de revenir le lendemain. Il serait superflu de dire qu’on ne le revoit plus. Il est un de ces personnages qu’on avait surnommé le roi des rouleurs, et que connaissaient tous les compositeurs de France et de Navarre. Celui-là n’y allait pas par trente-six chemins. Au lieu de perdre son temps à de fastidieuses demandes d’occupation, il s’avançait carrément au milieu de la galerie, et, d’une voix qui ne trahissait aucune émotion, il prononçait ces paroles dignes d’être burinées sur l’airain : « Voyons ! y-a-t-il mèche ici de faire quelque chose pour un confrère nécessiteux ? » Souvent une collecte au chapeau venait récompenser de sa hardiesse ce roi fainéant ; souvent aussi ce cynisme était accueilli par des huées et des injures capables d’exaspérer tout autre qu’un rouleur. Mais cette espèce est peu sensible aux mortifications et n’a jamais fait montre d’un amour-propre exagéré. Pour terminer, disons que le rouleur tend à disparaître et que le typo laborieux, si prompt à soulager les infortunes imméritées, réserve pour elles les deniers de ses caisses de secours, et se détourne avec dégoût du parasite sans pudeur, dont l’existence se passe à mendier quand il devrait produire. (Ul. Delestre.)

France, 1907 : Cheminot, vagabond.

Un vagabond passait par là, mangeant à petites pincées le pain sec qu’il portait sous le bras. Le froid mordait, la forêt était profonde, et le village prochain, avec ses chiens de chasse hargneux et ses paysans avares, accueillait mal, d’habitude, les maraudeurs. Un charbonnier, de bonne humeur, le héla d’une voix engageante :
— Hé ! le rouleur ! si tu vas à la fontaine, l’eau te glacera le sang. Viens donc boire un coup avec nous.
Le vagabond, sans une parole, lui répondit d’un regard en dessous, et poursuivit sa route à travers bois. On entendit son pas indécis qui traînait dans les feuilles sèches. Il ne se retourna plus, n’envoya ni salut, ni merci, et disparut au détour d’un sentier.

(Aug. Marin)

France, 1907 : Trompeur, escroc.

Tendre sa rosette

Delvau, 1864 : Se laisser enculer par un homme.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique