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Béguin

Larchey, 1865 : Passion. — Vient du mot béguin : chaperon, coiffure. Allusion semblable à celle qui fait appeler coiffée une personne éprise.

Il y a bel âge que je ne pense plus à mon premier béguin.

(Monselet)

Béguin :Tête.

Tu y as donc tapé sur le béguin.

(Robert Macaire, 1836)

Delvau, 1866 : s. m. Caprice, chose dont on se coiffe volontiers l’esprit. Argot de Breda-Street. Avoir un béguin pour une femme. En être très amoureux. Avoir un béguin pour un homme. Le souhaiter pour amant quand on est femme — légère.
On disait autrefois S’embéguiner.

Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Tête. C’est la tête prise pour le bonnet. Caprice amoureux. — Avoir un béguin, être épris de.

Moi, monsieur, j’ai un béguin pour les hommes rassis et pas trop spirituels… Aussi vous me plaisez.

(Almanach du Charivari, 1880)

La Rue, 1894 : Tête. Caprice amoureux.

Virmaître, 1894 : Petit serre-tête en toile que l’on met sur la tête des enfants nouveau-nés (Argot des nourrices). V. Avoir un béguin.

Rossignol, 1901 : Être amoureux d’une femme ou d’une chose.

J’ai un béguin pour cette femme. — Allons en ce café, j’ai un béguin pour cet établissement.

Béguin veut aussi dire aimer à… l’œil, sans que ça coûte.

France, 1907 : Caprice.

— J’ai toujours eu un béguin pour toi, tu sais bien, j’aime les grosses femmes, on ne se refait pas !

(Oscar Méténier)

C’est pas un’ plaisanterie,
Faut que j’passe mon béguin ;
J’suis pas jolie, jolie,
Mais j’suis cochonne tout plein.

(Louis Barron)

Frère Laurent. — Alors, vous voulez vous marier ?
Juliette. — Oui, j’ai le béguin pour lui.
Roméo. — Et moi, je l’idole.
Frère Laurent. — Une bonne niche à faire à vos raseurs de pères, ça me va… Une, deux, trois, ça y est… vous l’êtes !

(Le Théâtre libre)

— J’sais bien qu’i’ n’est pas beau, va, il a une taille de hareng, i’ louche même !
Mais quoi ! elle l’aimait ! Cette asperge montée et défraichie, elle en était toquée ! « C’est bête, va, d’avoir des béguins »

(Aug. Germain)

Béguin veut dire aussi tête, dans l’argot populaire : Se mettre quelque chose dans le béguin.

Coller

Larchey, 1865 : Examiner. — Colleur : Répétiteur chargé d’examiner.

Un colleur à parler m’engage.

(Souvenirs de Saint-Cyr)

Larchey, 1865 : Jeter. V. Clou.

On l’a collé au dépôt, envoyé à la Préfecture de police. — V. Colle.

(Monselet)

Pas un zigue, mêm’un gogo, Qui lui colle un monaco.

(Léonard, Parodie, 1863)

Larchey, 1865 : Prendre en défaut.

Voilà une conclusion qui vous démonte. — Me prêtes-tu 500 fr. si je te colle ?

(E. Auger)

Delvau, 1866 : v. a. Donner, — dans l’argot des faubouriens, qui collent souvent des soumets sans se douter que le verbe colaphizo (χολάπτω) signifie exactement la même chose. Se coller. S’approprier quelque chose.

Delvau, 1866 : v. a. Mettre, placer, envoyer, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Confisquer, — dans le jargon des collégiens.

Le pion m’a collé ma traduction d’Homère.

(Albanès)

Mettre en retenue, — dans le même jargon. — Je suis collé pour dimanche.

Rigaud, 1881 : Dans une controverse, c’est embarrasser son interlocuteur jusqu’au mutisme. — Dans un examen scolaire, c’est convaincre un élève d’ignorance. — Coller sous bande, mettre dans un grand embarras ; expression empruntée aux joueurs de billard.

Rigaud, 1881 : Donner ; coller une danse, donner des coups. Coller du carme, donner de l’argent. Coller un paing, donner un soufflet.

Rigaud, 1881 : Mettre ; coller au bloc, mettre en prison. Coller son ognon au clou, mettre sa montre au Mont-de-Piété.

Rigaud, 1881 : Raconter ; coller des blagues, raconter des mensonges.

La Rue, 1894 : Mettre, poser, placer. Interloquer. Réduire au silence. Appliquer ; Coller un pain, donner un soufflet.

France, 1907 : Donner, mettre.

— C’est une sale rosse, vous savez ? C’est elle qui a débauché la petite Lemeslier.
— M’étonne pas ! Je les voyais toujours ensemble.
— Elle lui avait collé un ami de son type.
— Joli cadeau.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Coller an clou, mettre au mont-de-piété ; — au bloc, mettre en prison ; — des châtaignes, donner des coups ; — dans le pieu, mettre au lit ; — une biture, enivrer ; — dans le cornet ou dans de fusil, manger ou boire ; — dans la coloquinte, mettre dans la tête ; — un pain, donner un coup de poing.

Les p’tites gigolettes
Raffol’nt de types rupins :
Messieurs d’la Rouflaquette
Qui savent coller des pains.

(Léo Lelièvre, Les Gigolos parisiens)

Tybalt — Dis donc, Roméo, parait que tu fais de l’œil à ma cousine ?
Roméo — Et puis après ?
Tybalt — Fais pas le malin ou je te colle un pain.

(Le Théâtre libre)

Coller sous bande, aplatir quelqu’un, soit en actes, soit en paroles.

France, 1907 : Examiner. Ce mot s’emploie dans un grand nombre de significations différentes. Se faire coller, ne pouvoir répondre aux questions d’un professeur on d’un examinateur. Argot des écoliers.

France, 1907 : Pousser, jeter rudement.

L’unique garçon, suant comme un cheval de maître après un long trait de galop, se démène pour arriver à servir tout le monde à cette heure où la saoulerie bat son plein. Malheur à qui lui barre le passage ! d’un coup de coude ou d’une poussée d’épaule il le colle contre le mur, quand il ne l’envoie pas s’asseoir brusquement sur la poitrine d’une ivrognesse.

(G. Macé, Un Joli monde)

Gironde

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Belle, jolie.

Clémens, 1840 : Gentil.

Halbert, 1849 : Fille perdue, jolie, terme de mépris énergique.

Larchey, 1865 : Jolie fille. — Terme de mépris (Bailly).

Delvau, 1866 : adj. f. Se dit de toute fille ou femme agréable, plaisante à voir ou à avoir. Argot des voleurs. On dit aussi Girofle.

Rigaud, 1881 : Jolie femme, belle femme.

La Rue, 1894 : Jolie femme.

Virmaître, 1894 : Belle femme (Argot des souteneurs). Le souteneur qui se lamente lorsqu’elle vieillit, lui chante :

Dans ce temps-là t’étais rien gironde.
Maint’nant tu toquardes de la frime
T’es comme une planche toujours en bombe,
T’es même des mois sans changer de lime.

Rossignol, 1901 : Belle.

France, 1907 : Jolie, bien faite.

Roméo. — Quelle est cette gonzesse qui déboule par ici !
Juliette. — Oh ! la jolie gueule !
Roméo. — Bonjour, Mam’zelle, vous êtes rien gironde.
Juliette. — Et vous, je vous trouve rudement chouette… Vous devez an moins vous appeler Alphonse.
Roméo. — Non. Roméo seulement.

(Le Théâtre Libre)

Ma gosse à moi, c’est eun’ gironde,
Mais a’ crân’ pas comm’ ces femm’s-là,
D’ailleurs faut qu’a’ parle à tout l’monde
Pisque c’est l’métier qui veut ça.

(Aristide Bruant)

Poivre

d’Hautel, 1808 : Cher comme poivre. Se dit d’une marchandise d’un prix exorbitant.

Ansiaume, 1821 : Poison.

Il a été butté, on lui a tranché un arpion pour avoir donné le poivre à sa daronne.

Vidocq, 1837 : s. m. — Poisson.

Larchey, 1865 : Ivre. — Du vieux mot poipre : pourpre. V. Roquefort. — Une trogne de buveur s’empourpre volontiers.

Je voyais bien qu’il était poivre.

(Monselet)

Delvau, 1866 : adj. Complètement ivre, — dans l’argot des faubouriens, habitués à boire des vins frelatés et des eaux-de-vie poivrées. Être poivre. Être abominablement gris.

Delvau, 1866 : s. m. Poisson de mer, parce que salé, — dans le même argot [du peuple], parfois facétieux.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie. — Un poivre, un verre d’eau-de-vie.

De la bière, deux poivres ou un saladier ?

(P. Mahalin)

Rigaud, 1881 : Poisson. M. Fr. Michel donne le mot sans autre explication ; il doit être pris dans le sens de « poisson », mesure de vin, d’ohpoivrier, poivrot, poivre, mine à poivre.

La Rue, 1894 : Ivre. Eau-de-vie. Syphilis. Poison.

France, 1907 : Eau-de-vie, verre d’eau-de-vie.

— De la bière, deux poivres ou un saladier ?

(Paul Mahalin)

France, 1907 : Ivre. « Canarder un poivre », voler un ivrogne.

Juliette. — Il me semble que j’ai entendu la voix de mon homme… Hé ! Roméo ! tu ne tiens donc plus sur tes jambes ?
Roméo. — J’ai cru que t’étais poivre, alors j’ai voulu faire comme toi, par politesse.
Juliette. — C’était une frime du corbeau… Mais puisque te v’là rond, faut que je le sois aussi…

(Le Théâtre Libre)

Toupie

d’Hautel, 1808 : Au propre, jouet d’enfant. Au figuré, terme de mépris, qui sert à désigner une femme tombée dans la plus vile prostitution.

Halbert, 1849 : Femme sans mœurs.

Delvau, 1864 : Femme de mauvaise vie, mais de bonne volonté, qu’on fait tourner comme l’on veut — en y mettant le prix.

Misère et corde ! c’est déjà des histoires pour des toupies.

(Gavarni)

Larchey, 1865 : Femme de peu, tournant en toutes mains, comme une toupie. — Usité dès 1808.

L’insolent traite sa grande sœur de toupie.

Colmance.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, qui tourne au gré du premier venu, — dans l’argot du peuple, cruel pour les drôlesses, ses filles. Les voyous anglais emploient la même expression (gig) à propos des mêmes créatures.

Delvau, 1866 : s. f. La tête, — dans l’argot des faubouriens. Avoir du vice dans la toupie. Être très malin, savoir se tirer d’affaire.

Rigaud, 1881 : Femme de mauvaise vie. — Elle tourne comme une toupie dans les bras de tous les hommes.

Fustier, 1889 : Dame d’un jeu de cartes.

La Rue, 1894 : La tête. Femme méchante ou de mauvaises mœurs.

Hayard, 1907 : Femme.

France, 1907 : Femme ou fille de mœurs légères ; elle tourne et est livrée aux coups comme une toupie.

Mais le No 1 n’est pas tout seul. Il y a le No 2, il y a le No 3 et il y a le No 4, et il y a le No 5, car ces toupies de femmes, dès que vous n’écrabouillez pas sous leur nez leur premier Roméo, lui trouvent immédiatement des légions de cousins. La mienne, à vrai dire, s’est contentée d’en récolter six, soit sept bonshommes dans le même bonnet, ou la même capote, si cette plaisanterie ne vous parait pas trop déplacée.

(P. Fournier, Don Juan)

France, 1907 : Tête, allusion de forme ; argot faubourien. Avoir du vice dans la toupie, être rusé.

À peine âgée de douze ans, elle faisait déjà voir le tour à père et mère, nous montrant quel vice elle avait dans la toupie.

(Les Joyeusetés du régiment)

Vieux marcheur

France, 1907 : Vieux débauché, homme mûr qui court après les jupes courtes.

Les Roméos de notre temps ne sont pas trop aimants. On cite de quelques-uns des traits affreux, des mots épouvantables. « J’aime mieux les femmes que je paie, disait l’un d’eux, fier de son imbécile cynisme : ça vous dispense des égards. » Le vieux marcheur, au contraire, ne se dispensera pas des égards, où il met ses joies, même envers la femme qu’il paie. Les femmes savent très bien ces choses, beaucoup, assez vite, arrivent à estimer que, comme il est rare qu’on puisse tout avoir en ce monde, ce qui est doux et durable vaut encore mieux que ce qui est violent et passager. Et c’est ainsi que, très enviable parfois, le vieux marcheur peut encore cueillir une rose dans le jardin où l’inattentive jeunesse passe trop vite, dévastatrice, parfois, comme Attila, mais ignorant la douce et forte joie des amours qui sont faites, un peu mélancoliques, mais exquises, de la dernière tendresse guérissant ou faisant oublier les blessures de la vie.

(Colomba)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique