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Bibassier, biberon

Rigaud, 1881 : Vieil ivrogne. À aussi le sens de maniaque, grognon, méticuleux, tatillon, — dans le jargon des typographes. M. Décembre-Alonnier (Typographes et gens de lettres) orthographie bibacier. — Biberon est un vieux mot français.

À toi gentil Anacréon,
Doit son plaisir le biberon,
Et Bacchus te doit ses bouteilles.

(Ronsard, Ode gauloise)

Bougon, bougonne

France, 1907 : Grognon, bourru. D’après Alfred Delvau, ce mot serait une onomatopée de bugones, abeilles, tandis que Lorédan Larchey le fait dériver de bouquer, gronder, qui pourrait bien avoir la même origine :

Car toujours madame Bougon
Fait carrillon
Et le torchon
Brûle en tous temps dans ma pauvre maison.

(Les vrais Rigolos)

Brème

un détenu, 1846 : Carte de police. Exemple : Une menesse en brême ; femme sujette à la police.

Larchey, 1865 : Carte (Vidocq). — Allusion au poisson de ce nom qui est blanc, plat et court. — Maquiller la brème : Gagner en trichant aux cartes. — Un bremmier est un fabricant de cartes. — Brème de pacquelins : Carte géographique. Mot à mot : carte de pays.

Rigaud, 1881 : Carte à jouer. — Allusion à la brème, poisson très plat. — Maquiller les brèmes, jouer aux cartes, — dans le jargon des tricheurs. — Tiranger la brème, tirer les cartes. Tirangeur de brèmes, tirangeuse de brèmes, tireur, tireuse de cartes.

Rigaud, 1881 : Permis de prostitution. C’est la carte délivrée par la préfecture de police aux filles soumises.

Elles la portent le plus souvent dans leurs bas, afin d’éviter d’en révéler l’existence, si elles n’y sont pas absolument forcées.

(Flévy d’Urville, Les Ordures de Paris)

France, 1907 : Carte que la police délivre aux filles publiques lorsqu’elle les a enregistrées.

Et dans ce cas, pauvres trognons,
C’est la brème que nous gagnons ;
C’est la consigne !
En décarrant, si nous geignons,
D’Alphonse nous avons des gnons
Pour cette guigne.

(Blédort)

— Eh bien ! je vais attendre d’avoir l’âge, puis je demanderai une brème, comme ma sœur, pour être tranquille… Ensuite j’irai travailler avec elle et je gagnerai de l’argent pour pouvoir aider p’pa et maman… quand ils seront vieux.

(Oscar Méténier)

Broquille

Vidocq, 1837 : s. f. — Minute.

Halbert, 1849 : Bague.

Larchey, 1865 : Minute (Vidocq). — Ce diminutif du vieux mot broque : petit clou, ardillon (V. Roquefort) Fait sans doute allusion au petit signe indiquant la minute sur un cadran.

Delvau, 1866 : s. f. Bague, — dans le même argot [des voleurs]. Signifie aussi Boucle d’oreille.

Delvau, 1866 : s. f. Minute, — oui est un rien de temps. Argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Rien, chose de peu de valeur. Argot des cabotins. Ne s’emploie ordinairement que dans cette phrase : Ne pas dire une broquille, pour : Ne pas savoir un mot de son rôle.

Rigaud, 1881 : Boucle d’oreilles.

Rigaud, 1881 : Minute.

La Rue, 1894 : Bague. Boucle d’oreille. Minute. Chose sans valeur.

Virmaître, 1894 : Minutes (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Minute.

Il est trois plombes et dix broquilles

Trois heures dix minutes.

Hayard, 1907 : Minute, bijoux, boucle d’oreille.

France, 1907 : Objet de la valeur d’un liard.

Quand on n’est pas trop baluche
Et qu’on possède un trognon
Qui fait qu’on est la coqu’luche
Des balladeus’ de fignon,
On n’hésit’ pas un’ broquille,
On sci’ tout d’suit’ le boulot,
Pis on s’fait, pour qu’on béquille,
Qu’on ait la tôle et l’perlot…

(Blédort)

Se dit aussi pour bague, boucle d’oreille, bijoux, minute.

Casquette (être)

Delvau, 1866 : v. n. Être sur la pente d’une forte ivresse, avoir son casque.

France, 1907 : Être ivre.

T’en souviens-tu, j’avais une jaquette
Qui nous servait, en hiver, d’édredon ?
Dans ce temps-là, j’étais souvent casquette,
Et tu m’app’lais ton chéri, ton trognon.
Dans ce temps-là, t’avais, simple grisette,
Moins de velours sur un corps plus dodu…

(Léon Rossignol)

Se dit aussi de quelqu’un qui a les manières communes et brutales.

Chigner

Larchey, 1865 : Pleurer.

Ça lui fera du bien de chigner.

(Balzac)

Rigaud, 1881 : Bouder ; gronder. — Chignard, boudeur, grognon.

Rossignol, 1901 : Griser.

France, 1907 : Larmoyer, pleurer comme les enfants ; aphérèse de rechigner. « Cet affreux marmot ne fait que chigner. »

— Alors, la v’là qui se met à chigner :
— Je vas te dire la vérité… C’est que j’a pas mangé depuis avant-hier.
Du coup, je l’ai lâchée, et j’ai sorti ma pièce de vingt ronds… Je voyais bien qu’elle ne mentait pas. Elle pissait de l’œil avec trop de conviction…
— Si c’est ça, que je lui dis, v’là de quoi aller bouffer…

(Oscar Méténier)

Chou

d’Hautel, 1808 : Chou chou. Nom amical et carressant que l’on donne aux petits enfans. On dit aussi Mon chou.
Chou pour chou.
À la pareille, semblablement.
Aller à travers choux. Agir inconsidérément ; comme un écervelé.
Faire ses choux gras. Faire bien ses affaires ; Se divertir.
Faire ses choux gras de quelque chose. En faire ses délices.
Vous pouvez en faire des choux, des raves. C’est-à-dire, ce que vous voudrez, ce que bon vous semblera.
Ce n’est pas le tout que des choux. Pour dire que l’on n’a fait qu’une partie de ce qui est nécessaire pour venir à bout d’une entreprise.
Il s’y entend comme à planter des choux. Se dit d’un homme qui entreprend un état dont il n’a aucune connoissance.
S’il t’ennuie, envoie-le planter des choux. Équivaut à envoie-le promener.
On dit de quelqu’un qui dispose avec trop de liberté des biens d’autrui, qu’Il en fait comme des choux de son jardin.
Trognon de chou.
Sobriquet que l’on donne aux petites personnes laides et contrefaites.
On dit aux enfans qui font des demandes indiscrètes sur leur naissance, qu’ils sont venus sous un chou.
Elle fait bien valoir ses choux.
Se dit d’une personne trop prévenue de son mérite et de ses qualités personnelles, et qui met un haut prix à ses services.
Ménager la chèvre et les choux. Voyez Chèvre.
Il ne vaut pas un trognon de chou. Pour il est dénué de toute capacité ; il n’est bon à rien.

Larchey, 1865 : Sobriquet amical.

L’une m’appelle mon chou, mon ange.

(Francis, 1825)

Rigaud, 1881 : Résultat des fouilles nasales, — dans le jargon des collégiens.

Collignon

Virmaître, 1894 : Cocher de fiacre. Cette expression date de l’assassinat de M. Juge par un cocher de fiacre nommé Collignon, qui fut arrêté par Proudhon, rue de l’Ouest. Collignon fut exécuté. Ce nom est resté un terme de mépris (Argot du peuple).

France, 1907 : Cocher de fiacre ; du nom d’un cocher qui assassina son voyageur sous le second Empire.

J’étais furibond, car la veille,
Un collignon, un vrai frondeur,
M’avait dit : « Monte à l’œil, ma vieille,
Pour l’instant, je suis maraudeur. »

(Henri Bugult)

Et c’troisième, on dirait qu’i’ sacre,
Tell’ment il prend un air grognon.
J’parie un litr’ que c’est saint Fiacre,
Sors donc d’ton siège, eh ! Collignon !

(Jules Jouy)

anon., 1907 : Cocher.

Dégommé

Larchey, 1865 : Fané, terni.

Je me rouille, je me dégomme.

(Labiche)

Rigaud, 1881 : Usé, vieilli, flétri. — Comme elle est dégommée. — Infortuné qui a perdu sa place. — Préfet dégommé.

C’est moi qui du coin d’la rue,
J’ta l’premier trognon de laitue
À c’ pouvoir qu’est dégommé.

(L. Festeau, Le Gamin 1834)

France, 1907 : Mort. Quart des dégommés, commissaire des morts.

Détraquer le trognon (se)

France, 1907 : Devenir fou.

Dévisser le coco

Rigaud, 1881 : Tordre le cou, étrangler.

France, 1907 : Étrangler. On dit aussi : dévisser le trognon.

Égayer

Delvau, 1866 : v. n. Siffler, — dans l’argot des coulisses. Se faire égayer. Se faire envoyer des trognons de pommes.

Rigaud, 1881 : Siffler, — dans le jargon des acteurs. — Egayer l’ours, siffler la pièce.

De la rampe la lumière
Éclaire un drame inédit :
On l’égaie, à la première ;
La claque seule applaudit.

(É. de La Bédollière. Dîners de l’anc. cercle)

France, 1907 : Siffler.

Grignon

d’Hautel, 1808 : Un grignon de pain. Pour une croûte, une bribe de pain.

Delvau, 1866 : s. m. Morceau, de pain spécialement.

France, 1907 : Juge, sans doute pour grognon.

France, 1907 : Morceau de pain sec.

C’était de nouveau un labeur de cheval que le sien : depuis quinze jours, il ne connaissait plus le lit, roupillait tout habillé une heure ou deux dans la cahière, mangeait son grignon debout, comte un portefaix entre deux coups de force.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Petit cheval.

Or, un jour — c’était du temps des papes — que le saint-père et la reine Jeanne, le saint-père sur sa mule blanche, portant l’anneau et la tiare, Jeanne sur un grignon camargue et coiffée d’un chapeau de fleurs, allaient chevauchant par ces parages…

(Paul Arène)

France, 1907 : Poire.

Grignoux

France, 1907 : Grognon, mécontent, mot wallon qui désignait les démocrates liégeois au XVIIe siècle, révoltés contre les exactions du prince-évêque de Liège, Ferdinand de Bavière. Les grignoux appelaient les nobles chiroux, nom d’une espèce d’hirondelle. Leurs habits noirs et leurs bas blancs les faisaient ressembler à cette gracieuse bestiole. Grignoux et chiroux sont encore usités en Picardie.

Grinchu

France, 1907 : Grognon, maladif.

La cuisine était, en notre enfance, un art vénéré ; c’est aujourd’hui une industrie. Il y a des machines à couper ceci, des machines à couper cela ; les plus admirés sont ceux qui dénaturent le plus le légume qu’ils persécutent, et celui qui sera arrivé à faire un chou-fleur en pommes de terre sera sacré grand homme dans tous les sous-sols du quartier de l’Étoile.
Avec cela, des essences de toutes couleurs, de toutes espèces, de tous parfums, des résumes, des concentrés, des extraits, la nature détrônée par la chimie, la maladie en bouteilles !
Étonnez-vous donc, après cela, que Madame ait la migraine, que Monsieur ait des crampes stomacales, que les enfants soient rachitiques et grinchus !

(Jacqueline, Gil Blas)

Grognard

d’Hautel, 1808 : Homme de mauvais caractère, qui trouve à redire à tout, qui murmure sur toutes choses.

Larchey, 1865 : « Le grognard d’aujourd’hui et le vieux grognard d’autrefois, ce vieux de la vieille, comme on dit encore en parlant des nestors de la garde impériale. » — M. Saint-Hilaire. — Allusion à l’humeur grognonne des vétérans.

Delvau, 1866 : s. m. Homme chagrin, mécontent, qui gronde sans cesse. L’expression (qui vient de grundire, grogner) ne date pas de l’empire, comme on serait tenté de le croire : elle se trouve dans le Dictionnaire de Richelet, édition de 1709. On dit aussi grognon.

Guignon

d’Hautel, 1808 : Avoir du guignon. Pour, être malheureux, n’avoir de succès en rien.
Jouer de guignon. Jouer de malheur ; perdre tout son argent au jeu.

Delvau, 1866 : s. m. Pseudonyme moderne du vieux Fatum. Avoir du guignon. Jouer de malheur, ne réussir à rien de ce qu’on entreprend.

France, 1907 : Mauvaise chance ; de guigner. C’est, comme dit le Dr Grégoire, la tête de Turc des impuissants et des fruits secs.

Tout a l’heure j’errais tristement dans la rue,
Car je pense, parfois, que naître est un guignon,
Et, levant vers le ciel mon visage grognon,
Je t’aperçus, gargouille à la face bourrue,
Qui me tirais la langue en haut de ton pignon !

(George Bois, Cœur au vent)

Harpaille

France, 1907 : Querelle, bataille. Une harpaille, une bande de batailleurs, de pillards.

Et les trois chefs de harpaille
Ayant jeté sur la paille
La pucelle Doctrové,
Tous trois en ont fait ripaille,
Chacun à rognon crevé.

(Jean Richepin)

Marcassin

d’Hautel, 1808 : Au propre, le petit d’un sanglier ; au figuré, sobriquet injurieux que l’on donne à un petit homme laid et difforme.

Delvau, 1866 : s. m. Petit garçon malpropre et grognon, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Apprenti peintre d’enseignes.

France, 1907 : Apprenti d’un peintre d’enseignes.

Marie

d’Hautel, 1808 : Nom de femme auquel on ajoute souvent une épithète injurieuse.
Marie chiffon. Se dit d’une femme ou d’une fille, qui se mêle de tout ce qui ne la regarde pas ; qui fait des caquets.
Marie grognon. Se dit d’une femme ou d’une fille qui a l’humeur inégale ; qui est toujours à bouder, à grimauder.
Marie quatre langues. Bavarde, caqueteuses, mauvaise langue.
Marie bon bec. Babillarde ; commère hardie et éveillée.
Marie à la coque. Voyez Coque.
Marie mouvette. Petite fille turbulente, d’une pétulance extraordinaire, qui est toujours en mouvement.

Mère d’occasion

Delvau, 1866 : s. f. Chaperon que se choisit une actrice jeune qui veut se faire respecter — des gens pauvres. C’est ordinairement une vieille drôlesse chevronnée par le vice.

Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne,

et dont la principale fonction consiste à conclure les marchés avec les nobles étrangers attirés autour de sa fille — adoptive — comme les papillons autour d’une lampe.

Virmaître, 1894 : Les mendiantes louent à des industriels du quartier Mouffetard des petits enfants qu’elles traînent dans les rues pour exciter la charité publique. Ces enfants changent chaque jour de mère ; de là mère d’occasion ou de rencontre (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Mendiante qui loue de petits enfants pour les traîner avec elle dans les rues afin d’exciter la pitié.

Moine bourru

France, 1907 : Fantôme qui, d’après une vieille superstition populaire qui a cours encore dans certaines campagnes, paraissait aux approches de Noël, et tordait le cou à ceux qu’il rencontrait. Bourru est une corruption de bure.

France, 1907 : Grognon.

Oranges

France, 1907 : Coups de poing. « Payer des oranges », donner des coups de poing.

France, 1907 : Les seins d’une jeune fille ou d’une femme, quand ils sont petits et durs. On dit aussi des oranges sur l’étagère.

Les sœurs Souris, dont l’aînée avait été surnommée la Reine des Amazones, en égard à certaine opération chirurgicale qui lui avait enlevé une des oranges de son étagère.

(Paul Mahalin)

La marchande braille à la ronde,
Son visage dur et grognon
Ne fait pas songer à Mignon,
Mais sa gorge est petite et ronde :
Elle a des luisants de métal
Et je laisserais, ô mégère,
Les oranges de ton étal
Pour celles de ton étagère !

(Rimes bruxelloises)

Peine-à-rire

France, 1907 : Maussade, grognon, grincheux. On dit aussi rit-tard.

Pompon

d’Hautel, 1808 : Prétintailles, frivolités, ce qui tourne la tête aux femmes, et fait leurs plus chères délices.

Larchey, 1865 : Tête.

Il vous y envoie des pavés que ça brise les pompons.

(H. Monnier)

V. Cocarde. — Avoir le pompon : Être au premier rang. — Allusion au pompon qui distingue les compagnies d’élite.

À moi le pompon de la fidélité.

(M. Saint-Hilaire)

Delvau, 1866 : s. m. Supériorité, mérite, primauté. À moi le pompon ! À moi la gloire d’avoir fait ce que les autres n’ont pu faire. Avoir le pompon de la fidélité. Être le modèle des maris ou des femmes.

Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens. Dévisser le pompon à quelqu’un. Lui casser la tête d’un coup de poing ou d’un coup de pied. C’est la même expression que Dévisser le trognon.

Rigaud, 1881 : Soldat adonné à l’ivrognerie. Celui qui pompe, — dans le jargon des troupiers.

Le type du vieux pompon devient rare.

(Fréd. de Reiffenberg, La Vie de garnison, 1863)

Quiqui

Delvau, 1866 : s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de lapins, cous d’oies, etc., — dans l’argot des chiffonniers, qui vendent cela aux gargotiers, lesquels « en font de fameux potages ».

Rigaud, 1881 : Poulet et, en général, toute sorte de volaille, — dans le jargon des chiffonniers. — Par extension tout ce qu’ils trouvent bon pour leur casserole ou pour celle du gargotier, morceaux de choix tels que : épaves de pâtés, restes de poissons, manche de gigot encore fourni de viande, etc.

La Rue, 1894 : Cou. Abattis, os et débris de volaille ramassés dans les ordures et dont les gargotiers font du bouillon.

Virmaître, 1894 : Rognures de viandes ramassées par les chiffonniers dans les ordures. Ils les revendent aux Borgias à 1 fr. 15 qui en font des potages (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Le cou.

France, 1907 : Le con : on écrit aussi kiki.

France, 1907 : Poulet.

— Hein ? tu fais la traînée, bougre de trognon ! Je t’ai entendue danser d’en bas. Allons, avance ! Plus près, nom de Dien ! et en face : je n’ai pas besoin de renifler ton moutardier. Est-ce que je te touche, pour trembler comme un quiqui ?

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Rognures de viandes, détritus ramassés par les chiffonniers dans les ordures et revendus aux restaurateurs à bon marché qui en confectionnent des potages fort appréciés de leur clientèle. Ce nom vient évidement de quiqui, cou, morceau généralement peu estimé et qu’on trouve plus souvent que les cuisses ou les ailes sur les tas d’ordures.

Renaudeur

Rigaud, 1881 : Grogneur.

Rossignol, 1901 : Celui qui est grincheux et qui bougonne constamment est un renaudeur.

France, 1907 : Grognon ; argot populaire.

Rognon

d’Hautel, 1808 : Mettre la main sur les rognons. Pour dire sur les hanches, comme font les poissardes quand elles se querellent.

Rognon (sale)

Rigaud, 1881 : Mot à mot : sale créature couverte de rogne, — dans le jargon des voyous. Rognon est une forme de rogne. — Qué qu’c’est que c’rognon qu’tu camionnes à présent ?

Rognonner

d’Hautel, 1808 : Gronder, marmonner, murmurer entre ses dents.

Delvau, 1866 : v. n. Bougonner, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Grogner, murmurer, se plaindre sourdement.

Rognons

France, 1907 : Testicules.

Rognons (ferme des)

France, 1907 : Hardi, résolu en amour comme pour le reste. Vieille expression.

Rognons couverts (avoir les)

France, 1907 : Être dans l’aisance, bien pourvu, par comparaison au porc bien gras dont les rognons sont enveloppés de graisse. Expression du Centre.

Il estoit ferme des rognons,
Non comme ces petits mignons
Qui font la saincte-nitouche.

(Mathurin Régnier)

Ronchon

Rigaud, 1881 : Grogneur.

France, 1907 : Grognon.

Ronchonner

Delvau, 1866 : v. n. Être grognon, maussade ; bougonner, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Grogner ; murmurer.

Boutmy, 1883 : v. intr. Murmurer, grommeler ; synonyme de gourgousser et de renauder.

Virmaître, 1894 : Père ronchon qui trouve à redire à tout. Le colonel Ronchonot est célèbre depuis quelques années (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Individu qui trouve à redire à tout.

Hayard, 1907 : Marronner.

France, 1907 : Grogner.

C’est encore un homme, au bout du compte, ce vieux maboul que j’entends ronchonner en s’en allant.

(Georges Darien, Biribi)

Y pensaient p’t-êtr’ ben tous deux la mêm’chose,
Mais souvent l’effet différant d’la cause,
Si Pierre était gai, Jeanne s’étonnait ;
Si Jeanne riait, Pierre ronchonnait,
Y pensaient p’t’êtr’ ben tous deux la mêm’ chose.

(Irène Bizard)

Ronchonneur

Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui ronchonne.

Rossignol, 1901 : Celui qui ronchonne.

France, 1907 : Grognon, grondeur.

Jamais content, ce vieux ronchonneur ne se déridait que devant les appas de cette grosse maritorne, qui, sachant son pouvoir, obtenait de son maître tout ce qu’elle désirait.

(Les Propos du Commandeur)

Rupin

anon., 1827 : Gentilhomme.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Noble, gentilhomme.

Bras-de-Fer, 1829 : Gentilhomme.

Vidocq, 1837 : s. m. — Gentilhomme.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Clémens, 1840 : Élégant, bien mis.

un détenu, 1846 : Riche, bien mis, bien habillé.

Halbert, 1849 : Fameux, beau.

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme riche ; fashionable, mis à la dernière mode, — ou plutôt à la prochaine mode. C’est le superatif de Rup.

Le rupin même a l’trac de la famine.
Nous la bravons tous les jours, Dieu merci !

dit la chanson trop connue de M. Dumoulin. On dit aussi Rupiné.

Rigaud, 1881 : Malin.

Boutmy, 1883 : adj. Distingué, coquet, bien mis. N’est pas particulier à l’argot typographique. Quelques-uns diront rupinos.

La Rue, 1894 : Riche, élégant. Malin.

Virmaître, 1894 : Homme riche, calé, cossu. Au superlatif rupinskoff, alors c’est un homme pourri de chic. Les souteneurs disent à leur marmite :
— Lève donc le gonce, il est rupin, il doit être au sac (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Riche, bien mis.

Hayard, 1907 : Riche.

France, 1907 : Riche, élégant, beau. Ce mot est dérivé du bohémien rup, venant lui-même de l’indoustani rupa, roupie, argent.

Il suffit d’une rosse pour faire tort à des centaines de pauvres bougres. Ainsi, avant-hier, aux Halles, un monsieur très rupin payait des soupes à tout le monde. Il en a fait distribuer plus de deux cents ; seulement, quand la marmite a été vide, tout le monde n’en avait pas eu. Alors les derniers arrivés se sont mis à engueuler le monsieur ; ils ont ramassé des trognons de choux et les lui ont jetés sur sa fourrure et sur son haut de forme. Si jamais on l’y repince, celui-là, à payer des soupes aux Halles !…

(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)

Le mot est employé comme substantif :

Ya des chouett’s gens
Qu’a des argents
Et d’la bedaine ;
Ya pas d’lapins,
Ya qu’des rupins,
À la Madd’leine.

(A. Bruant)

Féminin : rupine.
On dit aussi rupard, ruparde et rupiné.

Soulager (se)

Delvau, 1864 : Dépenser son sperme en baisant une femme, ou en se masturbant, — ce qui allège d’autant les rognons. Pauvre chat ! Eh bien, tu vas te soulager, mon chéri, je te le promets.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : v. réfl. Meiere. Argot du peuple. Se dit aussi à propos de la fonction du plexus mésentérique.

Sucer la pomme (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’embrasser ; se bécotter. On dit aussi Se sucer le trognon.

Rigaud, 1881 : S’embrasser.

La Rue, 1894 : S’embrasser. On dit aussi fricassée de museaux.

Virmaître, 1894 : S’embrasser. Allusion au moutard qui suce une pomme avant de la manger (Argot du peuple). N.

Sucer le trognon

France, 1907 : Embrasser.

Les capitalos sont frangins et les gouvernants itou. Guillaume et Marianne se sucent de trognon à Kiel. Y aura donc plus que les travailleurs à se manger le nez.

(La Sociale)

Torchon (se donner un coup de), se torcher

Larchey, 1865 : Se battre. — Même allusion que dans frotter. — Se dit aussi pour faire toilette.

Allons jusqu’aux chouans, leur donner un coup de torchon.

(Henry, Ch. 1836)

Le torchon brûle à la maison se dit pour annoncer une querelle domestique.

Je ne suis plus son jujule, son chou, son rat, son trognon, l’torchon brûle, l’torchon brûle à la maison.

(Dalès)

Tourlourou

Larchey, 1865 : Soldat du centre. — Forme du vieux mot turelureau, soldat de garnison. V. Du Cange. — Au quatorzième siècle, la turelure (prononcez toureloure) était une porte fortifiée, une sorte de château flanque de tourelles.

Si le tourlourou est solide sur l’école de peloton, il n’est pas moins ferré sur l’école de la séduction.

(M. Saint-Hilaire)

Delvau, 1866 : s. m. Soldat d’infanterie, — dans l’argot du peuple. Francisque Michel pousse une pointe jusqu’au XIVe siècle et en rapporte les papiers de famille de ce mot : turlereau, turelure, tureloure, dit-il. Voilà bien de la science étymologique dépensée mal à propos ! Pourquoi ? Tout simplement parce que le mot tourlourou est moderne.

La Rue, 1894 : Conscrit. Fantassin.

Rossignol, 1901 : Ce mot qui, en français signifie jeune soldat, a une autre signification peu connue, mais dont on se sert cependant ; il a été importé de la Nouvelle-Calédonie par les déportés et transportés. Tous les Canaques savent que Tourlourou veut dire dauffé.

France, 1907 : Fantassin. Le mot est peu usité maintenant ; il l’était fort de 1830 à 1850 lorsque les régiments étaient divisés en compagnies d’élite, grenadiers et voltigeurs, et compagnies du centre, fusiliers ; ces derniers étaient les tourlourous ; du vieux français turelureau, soldat gardant la turelure ou tourloure, château fort. Dans sa Physiologie du troupier, Émile Marco de Saint-Hilaire décrit ainsi le tourlourou : « Quand le Jean-Jean est passé de l’école du soldat à l’école de peloton, il possède ce qu’on appelle le fil — qui n’est pas celui d’Ariane — pour se reconnaitre dans le labyrinthe d’exercices, de marches, de contremarches et de corvées diverses, où sa nouvelle nature lui ferait courir le risque de se fourvoyer ; c’est-à-dire qu’il est arrivé à l’état normal de tourlourou. Dès ce moment il ne lui est plus permis de s’emmêler dans la manœuvre, car il est parvenu à ce degré d’intelligence qui s’oppose à ce qu’il fourre précipitamment sa baïonnette dans la poche de son pantalon, au lieu de l’introduire avec tranquillité dans le fourreau de cuir à ce destiné…
Au résumé, le tourlourou est bon enfant, coquet, farceur, généreux, courtois, déluré, intrépide et voluptueux ; c’est un lion à la mamelle un viveur en herbe, un gants-jaunes encore inédit, Bernadotte, Bessières, Brune, Junot, Lannes, Lefebvre, Murat, Rapp, et une foule d’autres que je pourrais nommer, ont commencé par être tourlourous, ce qui ne les a pas empêchés de devenir roi, prince, duc, comte, baron, et autre chose par-dessus le marché. »

Puis à travers les trognons d’choux
On voit des grands canonniers roux
Et de tout petits tourlourous
Qu’ont rien d’la veine,
Car, avec des airs triomphants,
I’s vont, avec les bonn’s d’enfants,
Dans les p’tits coins s’asseoir dedans…

(A. Bruant)

Tranche (s’en payer une)

France, 1907 : S’amuser, synonyme de se faire une pinte de bon sang.

Quand mon meg n’est pas là,
Tralala, tralala, lala,
Alors moi, j’entre en danse,
Et comm’ j’m’en paye une tranche !
Tralala lala…

(Jules Jouy)

Se dit aussi pour s’offrir les charmes d’une femme.

Dès que je la vis trottinant nez au vent, l’œil malin et la bouche rieuse, avec ses hanches captivantes et son corsage rembourré de chair jeune et fraîche, je me dis : Faudra, mon vieux colon, que tu te payes une tranche de ce trognon-là.

(Hector France, Les Joyeusetés du régiment)

Travailler le trognon (se)

France, 1907 : Se torturer le cerveau.

Trognon

d’Hautel, 1808 : Un petit trognon. Terme de mépris ; pour dire une fille de petite taille, réplète, surchargée d’embonpoint.
J’en fais autant de cas que d’un trognon de choux. Pour dire que l’on n’a aucune considération pour quelqu’un.

Larchey, 1865 : Petite femme.

En lorgnant la brunette, j’lui dis : Mon petit trognon

(Les Amours de Jeannette, ch., 1813)

Delvau, 1866 : s. f. Petite fille, le cœur d’une femme, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens, moins polis que les gueux anglais, qui eux disent Costard (grosse pomme). Dévisser le trognon. Tordre le coup à quelqu’un.

Virmaître, 1894 : Expression de tendresse, comme mon petit chat, mon petit lapin bleu.

Qu’il est joli, qu’il est mignon,
Qu’il est gentil mon p’tit trognon, (Argot du peuple).

France, 1907 : Petite fille, jolie fillette, mot d’amitié ; métaphorique, littéralement, le milieu, l’entrejambe.

Les gandins mettaient pour vous suivre
Un louis en guise de lorgnon ;
À présent, mon pauvre trognon,
Vous ne savez plus comment vivre,
Vos appas, vos dents, vos cheveux,
Tout est parti, mon amoureuse…
Une place de balayeuse,
C’est ce qui vous irait le mieux.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

France, 1907 : Tête, cervelle ; argot populaire.

— Comment, scrongnieugnieu, faut donc que j’vous l’répète cinquante fois, qu’c’est à cause des sales idées que vous m’avez foutues dans l’trognon, vous et Kelsalbecq, que d’puis huit jours j’suis dévasté d’un embêtement vraiment consécutif.

(G. Frison)

Dévisser le trognon, tuer.

France, 1907 : Visage ; expression populaire pour trogne.

Les belles, les belles
À l’or sont fidèles,
Lanlaire, lanlin !
Le jus de la treille
Fait trognon vermeil…

(Vieille chanson)

Trognon (mon petit)

Rigaud, 1881 : Terme d’amitié, pour mon petit trognon de chou.

Tutu

France, 1907 : Caleçon ; maillot que portent les danseuses.

Pour tout le monde, une belle fille est une belle fille, et qu’une danseuse appétissante, avec des cuisses, des bras et des seins, se fasse mieux valoir en tutu, cela ne m’étonne guère.
Ce qui me laisse rêveur, c’est la monomanie de ces astronomes de la petite comète, qui recherchent non pas une danseuse — mais la danseuse.

(Montjoyeux, Gil Blas)

Aujourd’hui, s’il vous plaît,
Au grand corps de ballet
Elles sont en régie.
Si bien sont leurs tutus
Et leurs jetés-battus
Sont de telle énergie
Que tous les vieux messieurs
— À l’orchestre — des yeux
Dévorent nos poulettes,
Et plus d’un, en pacha,
Veut après l’entrechat
Frotter leurs allumettes.

(Blédort, Chansons de faubourg)

France, 1907 : Danseuse.

Malgré ses cinquante ans bien sonnés, X… n’a pas encore désarmé. Son fils, un délicieux potache, âgé de 16 ans, ne dégénère pas et marche glorieusement sur ses traces. Dernièrement, il s’est échappé da colère pour aller retrouver certain tutu dont il fit la connaissance un soir d’Hippodrome.
Son père le sermonne :
— Tu n’es pas honteux… à ton âge !.. Tu me la feras connaître, cette dame… j’irai lui parler.
— Jamais de la vie… tu me la soufflerais…

France, 1907 : Le derrière. Terme enfantin.

C’était gentil, c’était mignon,
C’était le tutu d’un trognon !
De la Lolotte, de Zézèle !
Puis un jour on fut renversé
Lorsqu’on s’aperçut que c’é-
Tait celui d’une demoiselle !

(Miguel Zamacoïs, Le Sourire)

France, 1907 : Souffle.

Il donne quatre notes à la fois, le do, le mi, le sol et le contre-ut, par un seul tutu des lèvres à l’orifice du tube !

(Émile Bergerat)

Veuve

Vidocq, 1837 : s. f. — Potence.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Guillotine. — Elle voit mourir tous les hommes couchés sur sa planchette.

Dis-moi, menin de monseigneur le bourreau, gouverneur de la veuve (nom plein de terrible poésie que les forçats donnent à la guillotine)…

(Balzac)

On appelle encore la guillotine de toutes sortes de petits noms : Fin de la soupe, Grognon, la Mère au bleu (au ciel), la dernière bouchée etc., etc.

(V. Hugo)

Rigaud, 1881 : Corde, — dans l’ancien argot. (V. Hugo)

Fustier, 1889 : Non conformiste qui se prête… aux plus bizarres exigences.

La Rue, 1894 : Corde. Guillotine. Épouser la veuve, être guillotiné.

anon., 1907 : La guillotine.

Watriner

Fustier, 1889 : Tuer, assassiner et, par extension, détruire, renverser par force. Allusion au meurtre que commirent, au mois de février 1886, les mineurs de Decazeville sur la personne de leur sous-directeur, M. Watrin, dont ils prétendaient avoir à se plaindre.

Il ne manque dans ma boutique
Que le tonnerre et les éclairs
Pour watriner toute la clique
Des exploiteurs de l’univers.

(Galette anecdotique, février 1887)

En avant ! et watrinez les obstacles qui entravent votre mouvement.

(Grève sociale, février 1886)

De watriner on a fait watrinade qui, pour les révolutionnaires, est synonyme de vengeance, de représailles et qui, pour les honnêtes gens, signifie tout simplement crime, meurtre, assassinat.

Hier encore, un ouvrier jugeait à propos de tirer sur son patron. Le Cri du Peuple, naturellement, exalte le courage de l’assassin et qualifie de watrinade ce qui est un crime.

(Parti national, mars 1887)

France, 1907 : Assassiner le contremaitre ou le patron ; néologisme créé depuis l’assassinat de l’ingénieur Watrin par ses propres ouvriers aux troubles de Decazeville en 1886. C’est une expression très caractéristique et spéciale à ajouter à celles indiquant l’acte de tuer son prochain et dont voici les principales : abasourdir, buter, capahuter, cônir, couper le sifflet, crever la paillasse, chouriner, décrocher, dégringoler, démolir, descendre, dévisser le trognon, écharper, endormir, entailler, envoyer ad patres, érailler, esbasir, escarper, escoffier, estourbir, estrangouiller, expédier, faire banque, faire flotter, faire passer le goût du pain, faire un macchabée, faire suer un chêne, faire la grande soulasse, faire le pante, foutre à l’ombre, laver son linge dans la saignante, lingrer, moucher le quinquet, rebâtir, rebouisser, refroidir, sabler, saigner, scionner, suager, sonner, suriner, terrer, tortiller le gaviot, tourner la vis, tourlourer, watiner.

J’ai ce qu’il faut dans ma boutique,
J’ai le tonnerre et les éclairs,
Pour watriner toute la clique
Des affameurs de l’univers.

(Chanson anarchique.)


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