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Chicard

Halbert, 1849 : Pas mal.

Larchey, 1865 : Le héros du carnaval de 1830 a 1850. Son costume, bizarre assemblage d’objets hétéroclites, se composait le plus souvent d’un casque à plumet colossal, d’une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses bras à moitié nus s’enfonçaient dans des gants à manchette de buffle. Tel était le fond de la tenue ; quant aux accessoires, ils variaient à l’infini. Celui qui le premier mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs ; son chic le fit nommer Chicard. Il donna des bals et inventa un pas nouveau.

Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l’aristocratie pailletée des marquis, des sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons.

(M. Alhoy)

L’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française.

(T. Delord)

La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d’avoir institué son règne de mardi-gras.

(J. Janin)

Mais qu’aperçois-je au bal du Vieux Chêne ? Paméla dansant le pas chicard.

(Chauvel)

Delvau, 1866 : adj. et s. Superlatif de Chic. Ce mot a lui-même d’autres superlatifs, qui sont Chicandard et Chicocandard.

Delvau, 1866 : s. m. Type de carnaval, qui a été imaginé par un honorable commerçant en cuirs, M. Levesque, et qui est maintenant dans la circulation générale comme synonyme de Farceur, de Roger-Bontemps, de Mauvais sujet.

Rigaud, 1881 : Costume carnavalesque mis à la mode, pendant la période de 1830 à 1850, par une célébrité chorégraphique qui lui donna son nom ou plutôt son surnom. Les chicards ont révolutionné les bals publics et, pendant vingt ans, ils ont imprimé une grande vogue à la descente de la Courtille. — La danse de Chicard, leur maître, n’a jamais été ni bruyante, ni extravagante. Il procédait à pas serrés, mimant, grimaçant, roulant ses gros yeux en boule de loto. Grande fut sa gloire. On a dit le « pas chicard » pour rappeler sa manière, chicarder, danser comme Chicard. On a créé les vocables chicandar, chicocan-dar, pour désigner quelque chose de très chic comme l’inventeur du fameux pas qui, lui-même, a dû son sobriquet au chic qui le caractérisait. Chicard a passé, son pas n’est plus, seul le mot chic, le radical, a survécu.

France, 1907 : Superlatif de chic.

Vrai, c’en était un’ joli fête :
Y avait du punch et du pomard,
On s’piquait l’nez dans son assiette,
C’était un’ noce un peu chicard !
Vrai, c’était chicard !
Ma bell’ mère était tés aimable,
Parait qu’elle ador’ le bon vin,
C’est p’t’êtr’ ben pour ça qu’à la fin
On l’a retrouvé’ sous la table !

(Aristide Bruant)

On dit aussi chicandard et chicocandard.

France, 1907 : Type de carnaval, inventé vers 1830 par un honnête commerçant de Paris. Le costume se composait d’un casque à plumet, d’une blouse, de bottes de gendarme et de gants de grosse cavalerie. Il est tombé en désuétude, après avoir été fort illustré dans les caricatures de Gavarni. Il y avait le pas chicard, qu’on appelle aussi chicarder.

Chicard était un gringalet passionné, silencieux, et dévoré de la manie de la danse obscène. Sa méthode consistait à se trémousser sur place, avec force gestes indécents et une physionomie immuable. Le pince-sans-rire de la polissonnerie. Il ne parlait à personne : au pied d’un arbre d’un jardin public, se tenait son sérail, composé des plus jolies filles, toutes gloires futures de la Cuisse en l’air et de la Jambe en cerceau. Quand le quadrille préludait, ce Vestris de la braguette désignait une d’elles, et, sans mot dire, se rendait à son ouvrage. C’est alors que froidement, l’œil atone et le visage immobile, le danseur commençait ses petites cochonneries devant un public idolâtre formant galerie et plus tard lui faisant cortège.
Pétit, court de jambes, une tête avec des cheveux blancs coupés ras, il portait un veston, un pantalon flottant, des chaussettes en filoselle et des escarpins. Ce Chicard s’appelait de son vrai nom M. Levêque. Notable commerçant de Paris, marchand en gros de cuir brut, sa signature était cotée premier crédit à la Banque.

(Gil Blas)

Cigalier

France, 1907 : Membre de la société du Midi appelée la Cigale.
Parmi les Cigaliers, on rencontre Henri de Bornier, Jean Aicard, Paul Ferrier, Henry Fouquier, Frédéric Mistral, Alphonse Daudet, Oscar Commettant, Paladilhe, Victor Roger, Mounet-Sully, Falguière.

Épatamment

Delvau, 1866 : adv. D’une façon épatante. L’expression appartient à M. Roger Delorme. (Tintamarre du 28 janvier 1866).

France, 1907 : Étonnamment.

Escracher

Vidocq, 1837 : v. a. — Demander le passe-port à un voyageur.

M.D., 1844 : Chasser.

un détenu, 1846 : Insulter, dire des sottises, reluquer en colère.

Larchey, 1865 : Demander le passe-port, interroger.

En passant le portier vous escrache ; J’étais fargué, mais l’habit cachait tout Le jardinant, je frisais ma moustache ; Un peu de toupet, et je passe partout.

(Chans. nouv., Dict. Le Bailly)

Hayard, 1907 : Disputer, engueuler.

France, 1907 : Montrer ses papiers.

France, 1907 : S’injurier, se quereller. Regarder.

Interroger le pantalon d’un homme

Delvau, 1864 : Porter les yeux sur son paquet, pour savoir ce qu’il pense, s’il est en état de baiser ou non.

Urinette, qui a interrogé son pantalon : À quoi bon, puisque tu n’es pas prêt ?

(Lemercier de Neuville)

Interviewer

Fustier, 1889 : Encore un mot d’importation anglaise qui joue chez nous le double rôle de verbe et de substantif. Il signifie selon le cas, interroger, questionner ou reporter, courriériste. Ex. ;

Félicie L… est passée de vie à trépas, sans accompagnement de chroniqueur. Aucun reporter n’est allé interviewer la regrattière d’en bas, ou la repasseuse du cinquième.

(L. Chapron)

Je vous dérange, mademoiselle, mille excuses ! Blowitz, interviewer… le grand interviewer Blowitz… C’est ma spécialité de tirer les vers du nez aux personnalités en vue.

(P. Ferrier)

France, 1907 : Entrevoir, interroger ; argot des journalistes. Mot d’importation américaine où l’interview est devenu l’élément le plus important du journalisme. C’est notre mot entrevue revenu déformé par son passage dans la langue anglaise. L’interview est un tête-à-tête entre deux personnes dont l’une est une célébrité quelconque, ou simplement une notoriété d’un instant, et la seconde un représentant de la presse qui l’interroge sur un fait destiné à intéresser le public. À l’époque des scandales du Panama, le fameux docteur Herz fut assailli par les reporters des deux mondes et se refusa à tout interview.

Quand le rédacteur d’un journal a interviewé un amateur où un spécialiste quelconque, il devrait, avant de livrer à l’impression un récit à peine entendu dans un lieu public, au milieu des conversations, le relire à celui qui en aura la responsabilité. C’est ce que fait le greffier après la déposition de l’accusé et des témoins assignés. Quand l’intéressé a rectifié des phrases dont le sens a été modifié où dénaturé par la rédaction, le juge lui demande : Voulez-vous signer votre déposition ainsi ramenée à son sens exact ?

(Aurélien Scholl)

France, 1907 : Journaliste chargé des entrevues.

Mourir

d’Hautel, 1808 : Mourir tout envie. Pour mourir subitement, ou d’une maladie vive et prompte.
On ne sait qui meurt ni qui vit. Pour dire que la dernière heure est incertaine, et qu’il faut prendre ses assurances par écrit.
Un meurt de faim. Pour dire un insolvable, un homme qui n’a aucune espèce de fortune.
Mourir d’une belle épée. Perdre au jeu par quelque coup extraordinaire.
Vous me faites mourir. Pour, vous m’impatientez, vous m’importunez.
Mourir de rire. Avoir un fou rire ; rire avec excès.
Mourir d’envie, de désir, d’impatience de voir quelque chose. Désirer ardemment.

Delvau, 1864 : Arriver, par l’excès de la jouissantes vénérienne, à un état de béatitude — ou plutôt d’hébétement — qui vous enlève aux choses de la terre et vous transporte dans le monde inconnu où l’on ne pense plus, où l’on ne parie plus, où l’on ne remue plus, où l’on nage dans une atmosphère spermatisée.

Vous me voyez, tendre fougère, Avec mon berger chaque jour Mourir dans tes bras de l’Amour.

(Épigrammes)

Laisse Roger baiser ta gorge ronde
Et Louis se mourir dans tes bras.

(J. Duflot)

Nez

d’Hautel, 1808 : Nez de betterave. Gros nez enluminé, comme l’est ordinairement celui d’un ivrogne.
Nez fleuri. Pour dire, bourgeonné, plein de boutons, causés par la débauche de vin.
Cela ne paroît pas plus que le nez du milieu du visage. Pour dire qu’une chose est très-ostensible.
Heureux comme un chien qui se casse le nez. Pour dire qu’un homme n’a pas de bonheur ; que rien ne lui réussit.
Ce n’est pas pour ton nez. Pour, ce n’est pas pour toi.
Il a un pied de nez. Pour, il est confus, il est honteux de n’avoir pas réussi.
Saigner du nez. Se dédire, reculer dans une affaire de cœur, lâcher le pied, faire le poltron ; se retirer honteusement.
Tirer les vers du nez. Interroger quelqu’un finement ; sonder sa pensée ; lui faire avouer, ou découvrir son dessein.

Delvau, 1864 : Le vit ; — que l’on juge d’après le nez : plus il est fort, mieux il se fait sentir.

Ah ! quel nez (bis)
Tout l’ monde en est étonné.

(Guinard)

Belles, jamais ne prenez
Ceux qui n’ont pas un grand nez.

(Collé)

Grand nez, grand vit, dit un vieux proverbe.

Œil étincelant,
Doigt vif et galant,
Nez de bon augure
Et bonne figure.

(Dauphin)

Delvau, 1866 : s. m. Finesse, habileté, adresse. Avoir du nez. Flairer les bonnes affaires, deviner les bonnes occasions. Manquer de nez. N’être pas habile en affaires.

Delvau, 1866 : s. m. Mauvaise humeur. Faire son nez. Avoir l’air raide, ennuyé, mécontent.

La Rue, 1894 : Mauvaise humeur. Faire son nez, bouder. Avoir du nez, flairer les bonnes occasions. Se piquer le nez, se griser.

Plumet (avoir son)

Larchey, 1865 : S’enivrer. — Comparaison de la trogne à la couleur rouge d’un plumet d’uniforme.

N’est-ce pas que j’dois vous faire l’effet D’avoir c’qui s’appelle un plumet. Messieurs, c’est le picton !

(Ch. Voizo, Ch)

M. Alphonse Duchesne a fait une chanson intitulée : J’ai mon plumet. (Paris, Roger, 1863)

Rigaud, 1881 : Être complètement ivre. C’est être complet au point de vue de l’ivresse. — Pourrait bien être une allusion au plumet des Suisses, réputés, comme on sait, buveurs intrépides.

Je pense que c’était un suisse du quartier, car il avait un plumet.

(Aventures des bals et des bois, 1745)

France, 1907 : Être ivre.

Ma sœur, qu’était en train,
Ram’nait un fantassin ;
Ma fille, qu’avait son plumet,
Sur un cuirassier s’appuyait ;
Ma femme sans façon
Embrassait un dragon,
Ma bell’-mère au p’tit trot
Galopait au bras d’un turco.

(En revenant de la Revue)

On dit aussi dans le même sens : « avoir son jeune homme. » Au sujet de cette dernière expression, Philibert Audebrand raconte cette anecdote. Alfred de Musset, qui avait, comme on le sait, l’habitude de se griser avec de l’absinthe, se présente un jour, en 1853, chez M. Empis, alors directeur du Théâtre-Français. L’employé du théâtre auquel Musset s’adresse, le voyant ivre, croit devoir prévenir, avant de le laisser entrer, le directeur, et le dialogue suivant s’engage :

— Monsieur Le directeur…
— Quoi ? qu’y a-t-il ?
— Eh bien, c’est M. Alfred de Musset.
— Bon. Faites-le entrer.
— Mais, Monsieur le directeur…
— Quoi donc ?
— C’est qu’il a son petit jeune homme.
— Son petit jeune homme ? Qu’est-ce que ça fait ? Faites-le entrer avec son petit jeune homme.

M. Empis, ignorant celle expression argotique, croyait que Musset amenait avec lui un jeune ami.

Pompier

Larchey, 1865 : Ouvrier tailleur travaillant à la journée.

Les pompiers réunis forment la pompe. Il y a la grande et la petite pompe : la grande, pour les habits et redingotes ; la petite, pour les pantalons et gilets.

(Roger de Beauvoir)

Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Mouchoir, — dans l’argot des voyous.

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier chargé de faire les poignards, — dans l’argot des tailleurs. Pompière. Ouvrière qui a la même spécialité pour les petites pièces.

Delvau, 1866 : s. m. Scie chantée à certaines fêtes de l’École polytechnique. Pompier d’honneur. Scie musicale, spécialement chantée le jour des élections du bureau de bienfaisance de l’École, au commencement du mois de mai.

Rigaud, 1881 : Élève qui se prépare au baccalauréat, — dans le jargon du collège. — Ainsi dénommé à cause de la masse des connaissances que ses examens le forcent d’absorber. (Albanès)

Rigaud, 1881 : Mélange de vermout et de cassis, boisson très appréciée des voyageurs de commerce.

Rigaud, 1881 : Mouchoir. — Pompier de service, mouchoir très sale.

Rigaud, 1881 : Ouvrier tailleur chargé de retoucher les vêtements.

Il y a la grande et la petite pompe : la grande pour les habits et redingotes, la petite pour les pantalons et les gilets.

(R. de Beauvoir, cité par L. Larchey)

Rigaud, 1881 : Tapage organisé et accompagné de chants, — dans l’argot de l’École. Piquer un pompier, se livrer à une bruyante manifestation. (L. Larchey)

Fustier, 1889 : Dans l’argot spécial des marchands de vin le pompier est une boisson apéritive composée de vermouth et de cassis.

Fustier, 1889 : Membre de l’Institut de France.

Des jeunes gens riaient en apercevant là-bas le profil de quelque professeur de l’Institut. Au feu ! au feu ! Voilà un pompier.

(J. Claretie, Le Million)

La Rue, 1894 : Mouchoir. Ivrogne. Bruyante manifestation.

France, 1907 : Ivrogne. Il pompe. Argot populaire.

France, 1907 : Mélange de vermouth et de cassis ; argot des mastroquets.

France, 1907 : Membre de l’Institut.

France, 1907 : Mouchoir de poche.

France, 1907 : Ouvrier tailleur employé aux réparations des vêtements mal confectionnés.

France, 1907 : Peintre de la vieille école académique, appelé ainsi à cause des casques dont sont coiffés les héros de la Grèce et de Rome ; argot des ateliers. Par extension, on appelle ainsi en littérature un auteur attaché aux vieux modèles, un classique.

Je me suis laissé appeler pompier. Pour peu que l’argot des ateliers et du boulevard vous soit familier, il ne vous échappera pas que c’est là un qualificatif accablant. Pompier, dans son énergique concision, signifie que j’aime comme une ganache, et que j’exprime avec un lyrisme de savetier certaines idées vieillottes, dont n’est pas dupe le dilettantisme tout à fait supérieur du penseur qui me traitait ainsi.

(George Duruy, Le Figaro)

On emploie aussi ce mot adjectivement.

Racine, un grand poète ! Ç’a l’air pompier, d’écrire cette vérité. Ce ne l’est pas. Rappelez-vous le jugement frivole et féminin par lequel Mme de Sévigné condamnait Racine à cultiver de peu vivaces caféiers, le mot railleur de La Bruyère : « Racine est un poète et Corneille est Corneille » ; et, sans aller si loin, songez à l’époque où Racine fut déclaré par les poètes romantiques : un « sale polisson ».

(Le Journal)

France, 1907 : Terme injurieux appliqué dans les régiments aux conscrits maladroits et d’un mauvaise tournure ; allusion non aux sapeurs-pompiers de Paris, corps d’élite, mais aux pompiers de Nanterre et autres localités de province où la tenue et la correction laissent à désirer et que la chanson et l’image ont caricaturés.

— Appuyez à droite, appuyez ! hurlait le sous-officier de semaine. Le sept, le huit, le neuf, le dix, le onze et le douze, en arrière ! Et toute la bande, là-bas, demandez-moi ce qu’ils fabriquent. Voulez-vous appuyer, tonnerre ! Encore ! Encore, donc !… Pompiers, va ! Là ! c’est bien ! Assez ! ne bougez plus.

(Georges Courteline)

Poser sa chique

Larchey, 1865 : Garder le silence. — V. Chique.

Le roi règne sans gouverner. Si le nôtre un jour s’en écarte, Qu’il aille interroger la Charte ! Elle lui répondra d’abord : Pos’ta chique et fais l’mort.

(Paris chantant, Jules Leroy)

Rossignol, 1901 : Se taire, s’abstenir.

France, 1907 : Se taire.

J’entendrais parler d’République,
Généraux, miniss’s, sénateurs,
Députés… enfin toute la clique
D’ceuss’ qui nous promett’nt el’ bonheur,
Et sous prétesqu’ qu’i’s sont nos maîtres,
Faudrait tair’ ma gueul’ devant eux ;
Faudrait que j’pos’ ma chiqu’ ; peut-être
Qu’i’s prenn’nt le peupl’ pour un mmerdeux !

Raté

Virmaître, 1894 : Manquer une affaire, rater un coup… de fusil, un examen. D’un homme petit, on dit : il est raté. En littérature, en musique, en peinture, une œuvre est ratée lorsqu’elle est incomplète. Un homme qui donnait de belles espérances et qui n’arrive à rien est un raté. En un mot, raté se dit de tout ce qui n’est pas bien (Argot du peuple).

France, 1907 : Individu qui n’a pas réussi dans sa carrière, dans ses entreprises ; fruit sec.

D’où vient le politicien ? C’est un fruit sec de la magistrature ou du barreau, un raté de l’industrie ou du commerce. Toujours ses origines sont équivoques, et il entra dans les affaires publiques comme un loup affamé, cherchant une proie. Ses dents aiguës ont faim de fonctions lucratives ; il guette les trafics suspects où il pourra s’immiscer grâce à la magistrature élective et réussir par son influence et sa situation à palper de grosses redevances.

(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)

Ce mot s’emploie adjectivement : vie ratée, profession ratée.

C’est le Parlement, me dit-il… Cette assemblée se compose de hâbleurs, que le peuple nomme sans les connaître, car, comme tous les pays de tyrannie, celui-ci possède le suffrage universel. À une date fixée par le Code, les murs se couvrent d’affiches portant les noms des candidats. La plupart sont des médecins ratés, que leurs collègues, désireux de les apaiser par des sinécures honorifiques, proposent à l’élection. En réalité, ce Parlement n’a pas plus d’influence que les éphémères gouvernements et ministres qu’il se donnes.

(Léon Daudet, Les Morticoles)

M. Renan a écrit quelque part qu’au moment du Jugement dernier, quand le Seigneur l’interrogerait, il imaginerait pour sa défense des arguments tellement subtils qu’il était certain de le convaincre de l’excellence de sa cause. C’est que le grand écrivain demeura toujours, comme on a dit joliment, un curé raté.

(Francis Chevassu)

Roger-Bontemps

France, 1907 : Personne joyeuse, sans souci, prenant le temps comme il vient, les hommes pour ce qu’ils valent et les femmes comme elles sont. Les étymologistes se sont fort démenés pour chercher dans les chroniques ce qu’était ce Roger Bontemps. Les uns ont cité un certain Roger, prêtre, poète et secrétaire d’un évêque d’Auxerre, que son humeur joyeuse avait fait surnommer Bontemps. De leur côté, les pères de Trévoux ont exhumé un Roger Bontemps fort estimé dans le Vivarais pour sa valeur, son humeur gaie et son amour de la bonne chère et des jolies filles. C’est bien du tracas pour rien, car Le Duchat et Pasquier ont tranché la question en démontrant que ce nom d’un prétendu personnage n’est qu’une altération de Réjoui bontemps, ou de Rouge bontemps, surnoms que l’on donnait autrefois aux bons vivants, parce que, dit Pasquier, pour ce dernier surnom, la couleur rouge au visage d’une personne est indice de santé et de bonne humeur.

Roger-bontems

d’Hautel, 1808 : Pour dire un homme de bonne humeur, un réjoui, un bon vivant. Ce nom tire, dit-on, son origine d’une famille du Vivarais, dont le chef étoit renommé par sa gaieté, son courage et sa bonne table.

Saignement de nez

Rigaud, 1881 : Interrogatoire. — Faire saigner du nez, interroger.

La Rue, 1894 : Interrogatoire.

France, 1907 : Comparution d’un prisonnier devant un magistrat. Faire saigner du nez, interroger ; argot des malfaiteurs.

Sonder

d’Hautel, 1808 : Essayer, éprouver, questionner, interroger, tirer les vers du nez.
Sonder le gué, le terrain. Étudier, peser une affaire ; tâcher de savoir, si on peut s’y engager sans danger.

Rigaud, 1881 : Espionner.

Rossignol, 1901 : Chercher à savoir une chose, prêcher le faux pour savoir le vrai, est sonder.

France, 1907 : Fouiller.

Souvent bien que gale et rogne est à cadet de Gascogne

France, 1907 : Ce dicton qui n’a pas été évidemment écrit par un Gascon, était précédé de deux autres, tous trois faisant allusion au caractère des habitants des provinces de Bretagne, de Gascogne et de Normandie.

À Cadet de Normandie
Espée, bidet et la vie,
À Cadet de Bretagne,
Ce que son industrie gagne.

En Normandie, les cadets de noblesse n’avaient que leur épée et un cheval ; en Bretagne, ils pouvaient sans déroger se livrer au négoce, et par ce moyen les cadets de la noblesse faisaient souvent fortune. Quant aux cadets de Gascogne, leur misère était proverbiale ainsi que leur saleté.

Tapeur, tapeuse

Rigaud, 1881 : Emprunteur, emprunteuse de profession. Il y a des gens qui n’ont pas d’autre moyen d’existence. Longtemps le passage Jouffroy et la partie du boulevard comprise entre les rues du faubourg Montmartre et Drouot ont été de préférence fréquentés par les tapeurs. (V. les Soupeurs de mon temps, par Roger de Beauvoir, Portrait du marquis de Saint-Cricq)

Touillaud

d’Hautel, 1808 : Un gros touillaud. Pour dire un homme gras, et dodu, un compère la joie, un Roger-bon-temps.

Delvau, 1866 : adj. et s. Gaillard, et même paillard. Argot du peuple.

France, 1907 : Gai, gaillard ; amateur du beau sexe. Argot populaire.

Train

d’Hautel, 1808 : Il va un train de chasse. Pour, on ne peut le suivre, tant il va vite ; il travaille avec une grande ardeur ; il mène une vie d’enfer.
Mener quelqu’un grand train, belle manière. Le mener vertement, avec vigueur.
Un bout en train. Un homme de joyeuse humeur, un roger-bontemps ; un bon vivant qui met tout le monde en gaieté.

Delvau, 1866 : s. m. Vacarme, rixe de cabaret, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi Émeute. Il y aura du train dans Paris. On fera des barricades et l’on se battra.
Originairement le mot signifiait Prostibulum, et, par une métonymie fréquente dans l’Histoire des mots, la cause est devenue l’effet. De même pour Bousin.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Coup de pied dans le train.

La Rue, 1894 : Vacarme. Le postérieur. Être en train, être légèrement ivre.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique