Rigaud, 1881 : Arrêter. Dérivé de griper, prendre avec avidité, agriper et agraper.
Agrafer, agriffer
Agriffer
un détenu, 1846 : Saisir, empoigner, prendre au collet.
Agriffer (s’)
d’Hautel, 1808 : Se rattraper à quelque chose par les griffes qui en style populaire signifient mains. Ce verbe ne s’emploie au propre qu’en parlant des animaux à griffes, comme les chats, etc.
Briffer
d’Hautel, 1808 : Synonyme de bâfrer, manger goulument, avec avidité à la manière des goinfres.
Briffer solidement. Manger copieusement.
Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot du peuple, qui se souvient de la vieille et bonne langue. « O ! le bon appétit, voyez comme il briffe ! » dit Noël Du Fail en ses Propos rustiques.
Merlin, 1888 : Manger, du vieux français.
Virmaître, 1894 : Manger. Vient de briffe (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Manger.
France, 1907 : Manger.
Et pendant six mois à Meudon,
La faridondaine, la faridondon !
Nous avons briffé du rôti,
Biribi !
(Georges Prud’homme, Rouge et Noir)
Chatte
Vidocq, 1837 : s. f. — Pièce de six francs. Les filles publiques sont à-peu-près les seules qui se servent de ce terme.
Delvau, 1866 : s. f. Autrefois écu de six livres, aujourd’hui pièce de cinq francs, — dans l’argot des filles.
Fustier, 1889 : Pédéraste. Argot des voleurs. Terme injurieux que s’adressent les enfants des rues.
Virmaître, 1894 : Homme aimé des pédérastes pour ses manières câlines. La femme aussi est chatte si elle est câline à ses heures, à d’autres elle sait griffer (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Lop ou lob, gueuse, coquine, tante, fiote, copaille, tapette. Singulier masculin qui se fait mettre au féminin.
France, 1907 : Pièce de cinq francs ; argot des filles.
Graffigner
Delvau, 1866 : v. a. et n. Saisir, prendre, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Égratigner.
France, 1907 : Égratigner, griffer.
France, 1907 : Saisir.
Greffir, griffer
Rigaud, 1881 : Dérober adroitement, comme fait le chat.
Griffer
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Prendre.
Vidocq, 1837 : v. a. — Saisir, prendre.
Delvau, 1866 : v. a. Saisir, prendre, dérober, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Agriffer.
La Rue, 1894 : Voler. Prendre. Saisir.
France, 1907 : Creuser ; griffer un nivet, creuser un trou.
France, 1907 : Voler, prendre.
Mastiquer
Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot du peuple en général, et en particulier des francs-maçons, qui se livrent à la mastication comme de simples profanes.
Rigaud, 1881 : « Cacher ingénieusement les avaries et les voies d’eau d’un soulier, au moyen d’un enduit spécial de graisse noire ou autre drogue équivalente. » (F. Mornand, La Vie de Paris)
Rigaud, 1881 : Manger ; c’est-à-dire se livrer à la mastication.
La Rue, 1894 : Manger.
France, 1907 : Manger. La fréquence des équivalents indique mieux que toutes les statistiques morales la place tenue par certaines passions et les besoins naturels. Nous avons déjà vu quelle place tenait dans les synonymes l’acte qui perpétue les espèces et celui au moyen duquel on s’abreuve, en voici pour le manger une légion : béquiller ; becqueter ; tortiller du bec ; bouffer ; boulotter ; briffer ; brouter ; chiquer ; casser la croustille ; se caler, se calfater le bec ; se coller quelque chose dans le fanal, dans le fusil, dans le tube ; chamailler des dents ; cacher ; se caresser l’angoulême ; clapoter ; croustiller ; charger pour la Guadeloupe ; déchirer la cartouche ; débrider la margoulette ; se l’envoyer ; engouler ; engueuler ; effacer ; friturer ; friper ; se faire le jabot ; gobichonner ; gonfler ; se graisser les balots ; jouer des badigoinces, des dominos, des osanores ; se lester la cale ; mettre de l’huile dans la lampe ; morfailler ; se mettre quelque chose dans le cadavre ; pitancher ; travailler pour Jules ; passer à la tortore ; tortorer, etc.
Roupiller
d’Hautel, 1808 : Se laisser surprendre par le sommeil, dormir.
Ansiaume, 1821 : Dormir.
Il roupille pendant le reluis et travaille à la sorgue.
Vidocq, 1837 : v. a. — Dormir.
Halbert, 1849 : Dormir.
Larchey, 1865 : Dormir. — V. Paumer, Pieu, Rifle.
Il est bien temps de roupiller.
(1750, Monbron, Henriade travestie)
Delvau, 1866 : v. n. Dormir, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient ce verbe depuis plus d’un siècle. Signifie aussi Avoir continuellement une roupi au nez.
Rigaud, 1881 : Dormir.
Il roupille comme ça toute la journée : le v’là parti.
(H. Monnier, Scènes populaires)
La Rue, 1894 : Dormir.
Virmaître, 1894 : Dormir. Quand on ne dort que quelques instants, on fait un petit roupillon.
— Il est tellement gouapeur qu’il roupille sur son ouvrage (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Dormir.
France, 1907 : Dormir ; de roupille, qui vient de l’espagnol ropilla, manteau dont nos voisins de l’autre côté des Pyrénées s’enveloppent pour dormir.
— Prenez note de mes paroles. Je ne veux plus toucher un verre d’absinthe si je mens. Croyez, mes enfants, que j’ai mieux à faire que trainer ici mon bancal. J’ai, au pays, une bonne petite place qui m’attend, où je n’aurai plus qu’à battre ma flème, boire, briffer et roupiller. Ça vaut bien notre chien de métier !… Ah ! c’est égal. J’y ai passé de bons quarts d’heure !
(Hector France, L’Homme qui tue)
La nuit, on a des rêves doux
Quand on roupille,
On effeuille des fleurs, le jour,
On cause d’oiseaux et d’amour.
(Jane d’Ys)
anon., 1907 : Dormir.
Turne
Ansiaume, 1821 : Maison.
Ma larque a une turne, elle s’arrangera avec ses mômes.
Larchey, 1865 : Logis malpropre. Du vieux mot tourn : petite tour, et par extension Prison. comme castuc.
L’immeuble !… je me suis tout de suite souvenu de cette turne.
(Montépin)
Delvau, 1866 : s. f. Chambre malpropre, logis de pauvre, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Chambre de pauvre. — Méchante habitation.
La Rue, 1894 : Mauvais logis.
Virmaître, 1894 : Poussier, taudis, logement malpropre et insalubre, sans air ni lumière.
— Si tu restes éternellement dans ta turne, tu ne trouveras jamais rien à briffer.
— Comment peux-tu rester dans une pareille turne ! (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Maison, domicile, atelier.
France, 1907 : Maison, logis, chambre ; du latin turris, pigeonnier. Argot populaire.
Il y aurait réellement intérêt à sauver de la ruine qui le menace ce châtelet, car il date du XVIe siècle et vaut à la fois par l’attrait de son architecture et par les souvenirs qu’il évoque ; mais, hélas ! qui donc se soucie désormais du vieux Paris ? et le minuscule castel sera détruit pour faire place à une plus imposante usine, et la manufacture des Gobelins disparaitra, supplantée par une turne industrielle ignoble.
(J.-K. Huysmans)
anon., 1907 : Chambre.
Y passer
France, 1907 : Subir l’homme ; être possédée charnellement.
Sa main m’étouffa. Je me débattis. De tout son poids étendu sur mon corps, il m’étouffait. Les veines grossirent et bleuirent à son front rouge. La barbe égratigna mes joues. Ses doigts de brute, étreignant ma bouche, m’enlevait le souffle et la voix. De l’autre poing, il déchirait, il lacérait… Tout mon effort bientôt ne visa plus qu’à me délivrer de l’étranglement ; et mes deux mains s’agriffèrent à celle qui me bâillonnait.
Répéterai-je, ici, les mots d’amour qu’il prononça ? Les voici : « Ah ! non !… tu m’as fait assez droguer… tu y passeras, je te dis ! »
S’étant acharné, il vainquit.
(Paul Adam, Le Journal)
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