Rigaud, 1881 : Arrêter. Dérivé de griper, prendre avec avidité, agriper et agraper.
Agrafer, agriffer
Agriffer
un détenu, 1846 : Saisir, empoigner, prendre au collet.
Agriffer (s’)
d’Hautel, 1808 : Se rattraper à quelque chose par les griffes qui en style populaire signifient mains. Ce verbe ne s’emploie au propre qu’en parlant des animaux à griffes, comme les chats, etc.
Aînesse
d’Hautel, 1808 : Le droit d’aînesse. On fait un calembourg de cette expression en élidant l’i du dernier mot ; et l’on dit en riant à une fille sotte et ignorante, qui se glorifie d’être l’aînée, qu’elle a le droit d’ânesse.
Aller
d’Hautel, 1808 : Ça ne va pas pire. Réponse joviale que l’on fait à quelqu’un qui demande des nouvelles de votre santé, pour exprimer que l’on ne va pas plus mal que de coutume ; que l’on se porte passablement bien.
Faire aller quelqu’un. Le railler finement et sans qu’il s’en aperçoive ; le faire jaser dans le dessein de le tourner ensuite en ridicule.
Cette locution signifie aussi mener quelqu’un par le bout du nez ; faire un abus révoltant de sa foiblesse et de sa bonne foi.
Aller sur la hauteur. Façon de parler qui exprime, parmi une certaine classe du peuple de Paris, l’action d’aller riboter, prendre ses ébats, se divertir dans les guinguettes qui sont situées hors de la ville.
Tout son bien s’en est allé en eau de boudin, en brouet d’andouilles, à veau l’eau. Ces trois manières de parler ont à-peu-près le même sens et signifient qu’une fortune considérable s’est trouvée dissipée, anéantie, par la mauvaise conduite de celui qui la possédoit.
On dit aussi d’une affaire sur laquelle on comptoit, et qui ne prend pas une tournure favorable, qu’Elle s’en est allée en eau de boudin.
Il va et vient comme trois pois dans une marmite. Phrase burlesque qui exprime assez bien les allées et venues, le mouvement, l’agitation continuelle qu’un homme impatient et brouillon se donne pour des choses qui n’en valent souvent pas la peine.
Ne pas aller de main morte. Signifie frapper de toute sa force ; montrer de la vigueur et de l’énergie dans une affaire.
Un las d’aller. Paresseux, fainéant qui a toutes les peines du monde à travailler ; qui ne sait que faire de sa personne.
Cela va sans dire. Pour cela est clair, évident, incontestable.
Cela va et vient. Manière mercantile de parler, et qui signifie que le gain du commerce n’est pas réglé ; qu’il va tantôt en augmentant, et tantôt en diminuant.
Aller ou le roi va à pied. C’est-à-dire, aux privés, où l’on ne peut envoyer personne à sa place.
Tout y va la paille et le blé. Signifie, il se ruine en de folles dépenses ; il sacrifie toute sa fortune à l’objet de son enthousiasme.
Aller un train de chasse. Marcher avec précipitation ; mener une affaire tambour battant.
Tous chemins vont à Rome. Pour dire qu’il y a plusieurs voies pour parvenir dans un lieu, ou réussir à quelque chose.
Cela n’ira pas comme votre tête. Se dit par réprimande à quelqu’un, pour cela n’ira pas suivant votre désir ; selon que vous l’imaginez.
Cette maison est son pis aller. C’est-à-dire, il s’y emploie quand il ne trouve pas mieux ailleurs ; il y entre et il en sort à volonté.
Aller son petit bon-homme de chemin. Faire droitement sa besogne ; n’entendre finesse en rien ; se conduire avec prudence et probité.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Se dit par raillerie d’une personne qui travaille avec une activité et une ardeur ridicules, sans faire pour cela beaucoup d’ouvrage.
Cela ne va que d’une fesse. Pour dire qu’une affaire, ou un ouvrage va lentement ; qu’on ne le pousse pas avec la vigueur et l’activité convenables ; qu’il est mal dirigé.
Cela va comme il plaît à Dieu. Manière fine et ironique de faire entendre qu’une affaire est mal menée ; qu’on en néglige absolument la conduite.
Toujours va qui danse. Voy. Danser.
Il va comme on le mène ; il va à tout vent. Se dit d’un homme foible et pusillanime, sans énergie, sans force de caractère, qui n’a d’autre impulsion que celle qu’on lui donne ; qui change continuellement de résolution.
À la presse vont les fous. C’est-à-dire qu’il faut être dénué de sens pour mettre l’enchère sur une chose que beaucoup de personnes veulent acquérir.
Que les plus pressés aillent devant. Se dit par humeur, quand on se trouve en société avec des personnes qui marchent fort vite, et qu’on ne peut pas suivre.
Qu’il aille au diable. Imprécation que l’on se permet dans un mouvement de colère, contre quelqu’un qui importune, et qui équivaut à qu’il aille se promener ; qu’il me laisse tranquille.
Tout va à la débandade. Pour tout est en désordre, dans la plus grande confusion.
Il s’en va midi. Pour dire l’heure de midi approche ; elle n’est pas éloignée.
On se sert souvent, et à tort, du verbe être au lieu du prétérit du verbe aller, et l’on dit : Je fus ou nous fûmes hier au spectacle ; pour J’allai ou nous allâmes, etc.
Aller à Niort
un détenu, 1846 : Ne rien dire, se taire, garder le silence.
Delvau, 1866 : v. a. Nier, — dans l’argot des voleurs, qui semblent avoir lu les Contes d’Eutrapel.
Virmaître, 1894 : Nier. Recommandation qu’ont soin de faire les voleurs à leurs complices quand ils vont à l’instruction. Ils se souviennent du mot du boucher Avinain qui, la tête sous le couteau, cria : N’avouez jamais (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire l’ignorant.
Un voleur qui ne veut rien avouer, s’il fait l’ignorant ou semblant de ne pas comprendre ce qu’on lui dit, va à Niort.
Hayard, 1907 : Nier, ignorer.
France, 1907 : Nier. Suivre le dernier avis d’Avinain : « N’avouez jamais. » Cette expression vient des contes d’Eutrapel et n’est guère plus employée que par les voleurs. On trouve dans Vidocq : « S’il va à Niort, il faut lui riffauder les paturons » (S’il nie il faut lui brûler les pieds).
Antifer
Rossignol, 1901 : Synonyme de anquiller.
La lourde était bouclée, j’ai antifé de riffe.
Hayard, 1907 : Entrer.
Aquiger
anon., 1827 : Faire.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Faire. Il aquige le riflard : il fait le bourgeois.
Vidocq, 1837 : v. a. — Battre, blesser. On aquige aussi les cartes pour les reconnaître au passage, et les filer au besoin.
M.D., 1844 : Battre.
Halbert, 1849 : Prendre.
Larchey, 1865 : Palpiter. V. Coquer. Aquiger : Blesser, battre. — Aquiger les brèmes : Biseauter les cartes.
Delvau, 1866 : v. a. Battre, blesser, — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : v. a. Faire, — dans le même argot [des voleurs]. Aquiger les brimes. Faire une marque aux cartes à jouer, pour les reconnaître et les filer au besoin.
Delvau, 1866 : v. a. Prendre, — dans l’argot des faubouriens. Cependant ils disent plus volontiers quiger, et quelquefois ils étendent le sens de ce verbe selon la nécessité de leur conversation.
La Rue, 1894 : Prendre, dérober. Faire. Blesser. Battre. Endommager.
Virmaître, 1894 : Battre, blesser. On dit par corruption de celui qui est battu : il est attigé (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Prendre. Aquiger n’est pas le vrai mot, c’est quiger (Argot des voleurs).
France, 1907 : Prendre, dans l’argot des faubourgs et voler, dans celui des voleurs.
Argotier
Vidocq, 1837 : s. m. — Celui qui parle argot, sujet du grand Coësré. (Voir ce mot.)
Delvau, 1866 : s. m. Voleur, — dont l’argot est la langue naturelle.
France, 1907 : L’antiquité nous apprend, et les docteurs de l’argot nous enseignent qu’un roi de France ayant établi des foires à Niort, Fontenay et autres lieux du Poitou, plusieurs personnes se voulurent mêler de la mercerie ; pour remédier à cela, les vieux mercies s’assemblèrent, et ordonnèrent que ceux qui voudraient, à l’avenir, être merciers, se feraient recevoir par les anciens, nommant et appelant les petits marcelots, pêchons, les autres melotiers-hure. Puis ordonnèrent un certain langage entre eux, avec quelques cérémonies pour être tenues par les professeurs de la mercerie. Il arriva que plusieurs merciers mangèrent leurs balles ; néanmoins ils ne laissèrent pas d’aller aux susdites foires, où ils trouvèrent grande quantité de pauvres gueux et de gens sans aveu, desquels ils s’accostèrent, et leur apprirent leur langage et cérémonies. Des gueux, réciproquement, leur enseignèrent charitablement à mendier. Voilà d’où sont sortis tant de braves et fameux Argotiers, qui établirent l’ordre qui suit :
Premièrement, ordonnèrent et établirent un chef ou général qu’ils nommèrent Grand-Coëre ; quelques-uns le nommèrent roi des Tunes, qui est une erreur : c’est qu’il y a eu un homme qui a été Grand-Coëre trois ans, qu’on appelait roi de Tunes, qui se faisait trainer par deux grands chiens dans une petite charrette, lequel a été exécuté dans Bordeaux pour ses méfaits. Et après ordonnèrent dans chaque province un lieutenant qu’ils nommèrent Cagou, les Archisuppôts de l’Argot, les Narquois, les Orphelins, les Milliards, les Marcandiers, les Riffodes, les Malingreux, les Capons, les Piètres, les Polissons, les Francs-Migoux, les Callots, les Sabuleux, les Hubins, les Coquillards, les Courtaux de Boutanches et les Convertis, tous sujets du Grand-Coëre, excepté les Narquois, qui ont secoué le joug de l’obéissance.
J’aime un argotier au mufle de fauve,
Aux yeux de vieil or, aux reins embrasés,
Qui seul fait craquer mon lit dans l’alcôve
Et mon petit corps sous ses grands baisers.
(Jean Richepin)
Arpion
Clémens, 1840 : Pied.
Larchey, 1865 : Pied. — C’est le vieux mot arpion : griffe, ongle (Lacombe). On a dit arpion comme on dit pattes.
J’aime mieux avoir des philosophes aux arpions.
(E. Sue)
Rigaud, 1881 : Argot des chiffonniers.
Rigaud, 1881 : Pied. D’arpion, griffe ; d’où harponner. Plomber des arpions, sentir mauvais des pieds.
La Rue, 1894 : Pied. C’est aussi le nom de l’argot des chiffonniers.
Arpions
Ansiaume, 1821 : Les mains.
Ils lui ont ligotté les arpions et rifaudé les paturons.
Vidocq, 1837 : s. m. — Pieds.
Delvau, 1866 : s. m. pl. Les pieds de l’homme, considérés — dans l’argot des faubouriens — comme griffes d’oiseau, à cause de leurs ongles que les gens malpropres ne coupent pas souvent.
Virmaître, 1894 : Vieille expression qui veut dire : pieds. Jean Hiroux disait au président des assises :
— Je demande qu’on fasse sortir le gendarme, il plombe des arpions.
— Gendarme, répondit le président, remuez vos pieds dans vos bottes d’ordonnance. Prévenu, la punition commence (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Les pieds.
France, 1907 : Les pieds, argot populaire ; du vieux français Harpions, griffes, appelés ainsi, dit Alfred Delvau, à cause de leurs ongles que les gens malpropres ne coupent pas et ne nettoient jamais.
Près des théâtres, dans les gares,
Entre les arpions des sergots,
C’est moi que j’ceuill’ les bouts d’cigares,
Les culots d’pipe et les mégots.
(Jean Richepin)
Aubade (donner l’)
Rigaud, 1881 : Faire un sacrifice matinal à Vénus. (XVIIe siècle.) C’est mot à mot : donner l’aubade amoureuse. Felix qui potuit.
Autant
d’Hautel, 1808 : Autant lui en pend à l’oreille, et plus communément au derrière. Pour, il peut d’un moment à l’autre lui en arriver tout autant.
S’applique à celui qui tourne en dérision un malheur arrivé à son semblable.
Il en a autant qu’il lui en faut. Manière ironique de dire qu’un homme est passablement gris.
Il consommeroit autant de bien qu’un évêque en béniroit. Proverbe usité en parlant d’un dissipateur, d’un prodigue, à la dépense duquel personne ne peut suffire.
Je fais autant de cas de lui que de la boue de mes souliers. Expression injurieuse qui dénote le mépris extrême que l’on fait de quelqu’un.
Il a autant de bien qu’il en pourroit tenir dans mon œil. Pour dire que quelqu’un ne possède ni rentes, ni patrimoine.
Autant comme autant. Pour pareillement, d’une manière égale, uniforme.
Autant vaut être mordu d’un chien que d’une chienne. Signifie que puisqu’un malheur est inévitable, peu importe d’où il vienne, il faut prendre bravement son parti.
Il aime tant à prendre, qu’il prendroit jusque sur l’autel. Se dit d’un homme rapace et envahisseur ; d’un escogriffe, d’un filou.
Rigaud, 1881 : Mot très employé au régiment, et qui a plusieurs acceptions. Signifie : je me trompe, c’est-à-dire. Ex. ;
Qu’a dit le pied de banc ? Il n’a rien dit… autant, il a dit comme ça que les hommes de corvée seraient de corvée.
Veut dire encore : à recommencer. — Ça ne va pas ce mouvement, autant. Se dit, aussi, très souvent, dans le sens de : tout comme moi, moi aussi.
Peux-tu m’avancer mon prêt, je n’ai pas le rond ? — Autant.
Autel de besoin
Rigaud, 1881 : Fille publique, — dans le jargon du peuple.
Virmaître, 1894 : Femme ou fille. Allusion à l’hôtel qui s’ouvre pour ceux qui paient. Autel sur lequel l’homme sacrifie par nécessité. Se dit souvent dans le peuple d’une femme légitime (Argot des souteneurs).
France, 1907 : Fille publique, pour autel à besogner.
La belle, en train de bien apprendre,
Serrait Lucas, qui, las de besogner,
Par un air abattu lui fit comprendre
Qu’on ne peut toujours enseigner.
(Vadé)
Avoir la peau trop courte
Delvau, 1866 : v. a. Faire, en dormant, des sacrifices au dieu Crépitus, — dans l’argot du peuple, qui croit que le corps humain n’a pas une couverture de chair suffisante, et que lorsque l’hiatus de la bouche se ferme, l’hiatus opposé doit s’ouvrir, d’où l’action de crepitare.
Babillard
d’Hautel, 1808 : Un babillard. Pour dire un livre, une lettre, un papier manuscrit ; en un mot, tout ce qui peut fournir à la lecture.
Ansiaume, 1821 : Livre de lecture.
J’ai passé la soirée avec un babillard qui est bien brodé.
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Livre.
Vidocq, 1837 : s. m. — Confesseur.
Vidocq, 1837 : s. m. — Livre.
Clémens, 1840 : Livre.
M.D., 1844 : Du papier.
Halbert, 1849 : Livre.
Delvau, 1866 : s. m. Confesseur, — dans l’argot des voleurs. Ils donnent aussi ce nom à tout livre imprimé.
Rigaud, 1881 : Journal. — Griffonneur de babillards, journaliste.
La Rue, 1894 : Journal, Livre, Confesseur. Avocat. Placet. Lettre délibération. Griffonneur de babillards, journaliste.
Virmaître, 1894 : Aumônier de prison. Allusion à ce qu’il babillarde sans cesse sans que son interloculeur lui réponde (Argot des voleurs). N.
Virmaître, 1894 : Livre imprimé. On dit aussi : bavard (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Papier (à écrire).
France, 1907 : Confesseur, avocat ; argot des voleurs. Livre, journal, placet.
Ma largue part pour Versailles ;
Aux pieds de sa Majesté,
Ell’ lui fonce un babillard
Pour me faire défourailler.
(Victor Hugo)
Aumonier de prison.
La maçonnerie était épaisse ; il ne pouvait saisir aucun bruit. Mais il ne parlait plus jamais de ses deux amis ; et une fois que Sautreuil les avait nommés devant lui, il répondait d’un air gêné : — Le babillard veut que je leur pardonne… ne me causez plus d’eux.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
Griffonneur de babillard, journaliste.
Bagatelle (la)
Delvau, 1864 : Le plaisir vénérien, la plus sérieuse des occupations de l’espèce humaine. — L’expression appartient à l’argot des filles qui, elles, n’attachent aucune importance à l’amour.
Si j’effleure, dit-elle,
L’asphalte du trottoir,
C’est pour la bagatelle :
Entrez dans mon boudoir.
(A. Montémont)
Rigaud, 1881 : Sacrifice à Vénus. — Faire la bagatelle, sacrifier à Vénus.
Bayaffe
Ansiaume, 1821 : Pistolet.
Le messière a des bayaffes, il faut l’ébobir de rif.
Bébé
Delvau, 1864 : Nom d’amitié que les filles donnent depuis quelques années aux hommes avec qui elles baisent, — maquereaux ou michés.
Théodore, c’est mon bébé ; M. Martin, c’est mon monsieur.
(Lemercier de Neuville)
Un mot dont on nous favorise,
Mot aux nourrices dérobé,
C’est, aurait-on la barbe grise :
— Comment ça va ? Bonjour, bébé.
(Fr. De Courcy)
Larchey, 1865 : Poupard. — De l’anglais baby.
Emma arriva le lendemain, au sortir du bal de la Porte Saint-Martin, en costume de bébé.
(Ces Dames, 1860)
Bébé sert aussi de mot d’amitié. — Tu sais, mon petit homme, que je n’ai plus un sou, et que ton petit bébé ne doit pas rester sans espèces. — Id.
Delvau, 1866 : s. m. Costume d’enfant (baby) que les habituées des bals publics ont adopté depuis quelques années.
France, 1907 : Petit enfant, garçon ou fille ; de l’anglais baby.
Depuis quelque temps, la lorette se donne des airs de mère de famille ; on la voit tenant par la main une blonde et gentille enfant, dont l’âge varie de quatre à huit ans. Quelquefois, les petites dames se font accompagner par un collégien ; cela leur donne un air respectable.
Ces babys sont nés d’ordinaire dans la loge du concierge ou dans l’échoppe du savetier ; le prix de la location est en raison de la gentillesse du sujet. La leçon est bientôt faite et apprise, les enfants s’en acquittent pour le mieux, ils appellent leur petite mère des plus doux noms, surtout quand les beaux messieurs s’arrêtent devant elles.
(Physionomies parisiennes)
Mon bébé, terme de tendresse que les dames, petites et grandes, adressent à leur amant.
Avec l’âge, un instinct s’éveille, violent, fougueux, comme une force sans emploi : le désir de la maternité. Moralement, les prostituées sont indignes d’être mères ; physiquement, elles en sont incapables. De la maternité, elles ne peuvent connaître — pour leur châtiment — que les joies amères du sacrifice. Il leur faut un être qui profite de leur dégoût, à qui elles procurent les joies matérielles de l’oisiveté, du vêtement chaud, du vin, de la bonne nourriture. Elles ne sont jamais lasses de satisfaire aux exigences de cet enfant qu’elles se donnent ; elles ont entre elles d’étranges rivalités dans la concurrence du sacrifice. Il faut que cet élu soit plus élégant que les autres, qu’il ait plus d’argent dans ses poches que tous ses camarades, afin qu’il juge par là à quel point il est aimé ! Pour désigner cette catégorie d’élus, les malheureuses stériles ont trouvé un mot ignoble et doux : les bébés.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
On dit se costumer en bébé, s’habiller en petite fille pour exciter les vieux messieurs aux doux ébats de l’amour.
Bébé se dit aussi pour avorton, en souvenir d’un nain célèbre attaché à la cour du roi Stanislas, duc de Lorraine et de Bar, qui s’appelait Bébé.
Biche
Larchey, 1865 : Lorette. — Abréviation de biche d’Alger, synonyme populaire de chameau.
Une biche, — il faut bien se servir de cette désignation, puisqu’elle a conquis son droit de cité dans le dictionnaire de la vie parisienne, — se trouvait cet été à Bade.
(Figaro, 1858)
Forte biche : Lorette élégante.
Bicherie : Monde galant.
Mme Marguerite V., de la haute bicherie du quartier d’Antin.
(Les Cocottes, 1864)
Delvau, 1866 : s. f. Demoiselle de petite vertu, comme l’encre de Guyot ; variété de fille entretenue. Le mot a été créé en 1857 par Nestor Roqueplan.
Rigaud, 1881 : Une des nombreuses appellations des coryphées de la prostitution élégante et élevée… comme tarif. Ainsi nommées parce qu’on les rencontre généralement au Bois où elles courent le daim.
Les biches sont des demoiselles plus que douteuses.
(L. Gozlan)
(En 1869) à l’époque de l’Exposition universelle, on l’appelait le guide de l’étranger dans Paris.
(Jules de Vernay)
Rossignol, 1901 : Quand un pêcheur prend du poisson, c’est que ça biche (ça mord). Lorsqu’un individu cherche à faire une dupe et que la dupe mord à l’hameçon, ça biche.
France, 1907 : Petite dame, féminin de daim, qui est le nom donné à l’amant de ces demoiselles. Il était autrefois fort en usage et semble tombé en désuétude.
Parmi les femmes que l’on désigne sous la dénomination générale de lorettes, il y a trois classes bien distinctes : la femme entretenue, la lorette et la biche… La biche est une apprentie lorette ; ses amants de la veille ne sont jamais ceux du lendemain. On les rencontre un peu partout ; elles ont soin de se placer sous vos pas et viennent au-devant de toutes vos tentations. Le moindre louis, un succulent dîner, ont toujours raison des blondes comme des brunes, voir même des rouges, car il en faut pour tous les goûts.
(Ces Dames)
Assez rares dans les sentiers des bois, les biches pullullent sur les trottoirs des grandes villes.
(Dr Grégoire)
Blanc
d’Hautel, 1808 : Un mangeur de blanc. Libertin, lâche et parresseux, qui n’a pas honte de se laisser entretenir par les femmes.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que dans un travail quelconque, on a commencé par celui qui étoit le plus agréable, et que l’on a gardé le plus pénible pour la fin.
Se manger le blanc des yeux. Pour se quereller continuellement ; être en grande intimité avec quelqu’un.
Quereller quelqu’un de but en blanc. C’est chercher dispute à quelqu’un sans motif, sans sujet, lui faire une mauvaise querelle.
On dit à quelqu’un en lui ordonnant une chose impossible, que s’il en vient à bout, On lui donnera un merle blanc.
Rouge au soir, blanc au matin ; c’est la journée du pèlerin. Voyez Pélerin.
S’en aller le bâton blanc à la main. Voyez Bâton.
Il faut faire cette chose à bis ou à blanc. C’est-à-dire, de gré ou de force.
M.D., 1844 : Connu.
Delvau, 1866 : s. m. Légitimiste, — dans l’argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.
Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans le même argot [du peuple].
Rigaud, 1881 : Partisan de la monarchie héréditaire. Allusion à la couleur du drapeau des anciens rois de France.
Dans les trois jours de baccanal !
Les blancs n’étaient pas à la noce
Tandis que moi j’étais t’au bal.
(L. Festeau, Le Tapageur)
Rigaud, 1881 : Terme de libraire : livre en feuille non encore broché.
Hayard, 1907 : Argent.
France, 1907 : Eau-de-vie de marc ; pièce d’un franc ; légitimiste, à cause du drapeau blanc des anciens rois de France. Blancs d’Espagne, légitimistes qui considèrent Don Carlos comme l’héritier de la couronne de France. Être à blanc, avoir un faux nom ; expression qui vient de l’habitude qu’on avait autrefois d’inscrire sur les registres des actes de naissances les enfants trouvés sous le nom de « blanc », d’où l’appellation d’enfants blancs.
L’invasion des « blanc » dans l’état civil motiva une circulaire, adressée, le 30 juin 1812, aux préfets par le ministre de l’intérieur, qui blâma cet usage, en invitant les officiers d’état civil à ne plus accepter ces désignations et notamment celle de blanc : « Cette sorte de désignation vague, jointe à un nom de baptême qui lui-même peut être commun à plusieurs individus de la même classe, disait le ministre, ne suffit pas pour les distinguer ; il en résulte que les mêmes noms abondent sur la liste de circonscription, etc. »
Quelle en était l’origine ? Le mot blanc s’emploie souvent à titre négatif, spécialement on dit : « Laissez le nom en blanc », c’est-à-dire n’en mettez pas. Or, l’enfant naturel, né de père et de mère inconnus, n’a pas de nom qu’on puisse inscrire sur son acte de naissance, d’ou probablement le nom blanc qu’on a mis pour en tenir lieu, et comme exprimant l’absence de tout nom patronymique.
(L’Intermédiaire des chercheurs et curieux)
Jeter du blanc, interligner ; argot des typographes.
N’être pas blanc. Se trouver en danger, être sous le coup d’une mauvaise affaire.
France, 1907 : Rondelle de métal que les filles de maisons de prostitution reçoivent de la matrone après une passe et qui représente le tarif ; d’où mangeurs de blancs, pour désigner un individu se faisant entretenir par les prostituées.
Blard de 4/4
Ansiaume, 1821 : Schall de femme.
Si elle planque son blard, je lui pésille de rif et te le recoque.
Boire un coup
Delvau, 1864 : Gamahucher une femme après l’avoir baisée, pour se préparer au second coup. La femme ne s’étant pas lavée, on est obligé d’ingurgiter le résultat de la première émission. Ce qui est rentrer dans son bien… avec intérêts. Voici à ce sujet une anecdote qui explique la chose :
M. Z., couché avec une actrice de la Comédie-Française, Mademoiselle X, avait déjà, courant la poste, fait une course… féconde. La fantaisie lui vint de gamahucher. Il invita donc la dame à passer au lavabo. Celle-ci, craignant le froid, ou ne tenant au sacrifice que pour plaire au sacrificateur, ne daigna pas se déranger, et, parodiant un vieux proverbe, elle s’écria en riant : « Ah ! bah !… quand le coup est tiré, il faut le boire ! »
Bonjour
d’Hautel, 1808 : Uni comme bonjour. C’est-à-dire sans façon : franc, ouvert et naturel, plein de candeur et de bonne foi.
Rigaud, 1881 : Sacrifice matinal à Vénus, — dans le jargon des bourgeois. — Dire bonjour à sa moitié. — Bonsoir, sacrifice nocturne à la même Vénus. — Un bon mari doit le bonjour et le bonsoir à sa femme.
Bouffarde
Ansiaume, 1821 : Pipe.
Je vais rifauder le trèfle et bouffarder.
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Pipe.
Vidocq, 1837 : s. f. — Pipe.
Clémens, 1840 : Pipe.
M.D., 1844 : Une pipe.
Halbert, 1849 : Pipe.
Larchey, 1865 : Pipe. — Allusion aux bouffées de fumée qui s’en échappent.
Bouffardière : Cheminée (Vidocq). — Id.
Delvau, 1866 : s. f. Pipe.
Rigaud, 1881 : Pipe.
Un peintre dit volontiers ma bouffarde en parlant de sa pipe.
(Paris-fumeur)
Merlin, 1888 / La Rue, 1894 : Pipe.
Virmaître, 1894 : Pipe. Allusion à la bouffée de fumée que le fumeur tire par intervalles de sa pipe et lance dans le vide (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Pipe.
France, 1907 : Pipe ; d’où bouffarder, fumer.
anon., 1907 : Pipe.
Bouffarder
Ansiaume, 1821 : Fumer.
Il faut se dérondiner, rifauder le trèfle et bouffarder comme un messière.
Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Fumer.
Delvau, 1866 : v. n. Fumer.
Rigaud, 1881 : Fumer la pipe.
Bourrache
Rigaud, 1881 : Cour d’assises. Comme la plante de ce nom, la Cour d’assises est pour le voleur un puissant sudorifique ; elle lui procure une de ces émotions qui trempent des chemises. En outre, par quasi-homonymie, le mot rappelle celui de bourrade et offre à l’oreille une corrélation avec ceux de bourrique et de bourreur de pègres, sous lesquels le voleur désigne les agents de la sûreté et le code pénal. — Marguillier de bourrache. Juré. Le banc du jury présente une analogie avec le banc des marguilliers.
Bouteille à l’encre
Boutmy, 1883 : s. f. Nom que l’on donne à l’imprimerie en général, à cause de la difficulté que présente la vérification des comptes, lorsque les corrections d’auteur sont nombreuses.
Briffe
Rigaud, 1881 : Gras-double. (L. Larchey) — Nourriture. Passer à briffe, manger.
Fustier, 1889 : Pain. (Richepin)
La Rue, 1894 : Pain. Nourriture.
Virmaître, 1894 : Pain (Argot des voleurs). V. Bricheton.
France, 1907 : Pain ; du breton brif, même sens.
Briffer
d’Hautel, 1808 : Synonyme de bâfrer, manger goulument, avec avidité à la manière des goinfres.
Briffer solidement. Manger copieusement.
Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot du peuple, qui se souvient de la vieille et bonne langue. « O ! le bon appétit, voyez comme il briffe ! » dit Noël Du Fail en ses Propos rustiques.
Merlin, 1888 : Manger, du vieux français.
Virmaître, 1894 : Manger. Vient de briffe (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Manger.
France, 1907 : Manger.
Et pendant six mois à Meudon,
La faridondaine, la faridondon !
Nous avons briffé du rôti,
Biribi !
(Georges Prud’homme, Rouge et Noir)
Briffeur
d’Hautel, 1808 : Parasite, gouliafre, glouton qui fait un dieu de son ventre.
Brigeants
Halbert, 1849 : Cheveux.
Delvau, 1866 : s. m. pl. Cheveux, dans le même argot [des voleurs]. On dit aussi Brigands, — à cause de la physionomie rébarbative que vous donnent des cheveux ébouriffés.
Brindezingue
Delvau, 1866 : s. m. Étui en fer-blanc, d’un diamètre peu considérable et de douze à quinze centimètres de longueur, dans lequel les voleurs renferment une lame d’acier purifié, taillée en scie, et à trois compartiments, qui leur sert à couper les plus forts barreaux de prison. Comment arrivent-ils à soustraire cet instrument de délivrance aux investigations les plus minutieuses des geôliers ? C’est ce qu’il faut demander à M. le docteur Ambroise Tardieu, qui a fait une étude spéciale des maladies de la gaîne naturelle de cet étui.
La Rue, 1894 : Ivre.
France, 1907 : « Étui en fer-blanc, d’un diamètre peu considérable et de douze à quinze centimètres de longueur, dans lequel les voleurs renferment une lame d’acier purifié taillée en scie, et à trois compartiments, qui leur sert à couper les plus forts barreaux de prison. » (Alfred Delvau.)
Le brindezingue se dissimule ordinairement dans l’anus.
Caler l’avaloir (se)
France, 1907 : Manger, s’emplir la bouche.
Disciple de la bande noire,
Pour bien te caler l’avaloire,
Dans la complouse de Poissy
J’en tressais, t’en tressais aussi.
(Chanson d’un voleur, recueillie par Hogier-Grison)
On dit aussi dans le même sens : se caler les joues.
— Dis donc, hé ! Larfouillat, écoute un peu voir que je te raconte quelque chose.
Larfouillat, qui était en train de se caler les joues avec une briffe de pain, — pour n’en pas perdre l’habitude — s’interrompit pour répondre à Couchobloc :
— Tu vas encore me faire une cochonne farce ! Merci, j’en ai assez !
(La Baïonnette)
Caler sa biture
Rigaud, 1881 : Sacrifier à la compagnie Lesage.
Californien
Larchey, 1865 : Riche. — Grâce à des découvertes aurifères bien connues, ce mot a remplacé le Pérou dans nos locutions proverbiales.
La jeune fille regrettait de ne pouvoir garder pour elle-même cette bonne fortune californienne.
(Montépin)
France, 1907 : Homme riche. C’est en Californie qu’on allait autrefois faire fortune.
Camoufle
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Chandelle. Esquinter la camoufle, souffler la chandelle.
Vidocq, 1837 : s.f. — Chandelle.
Clémens, 1840 : Déguisement, chandelle.
Halbert, 1849 : Chandelle.
Larchey, 1865 : Chandelle (Vidocq). — Camouflet : Chandelier. — Du vieux mot camouflet : fumée.
Delvau, 1866 : s. f. Chandelle, — dans l’argot des voleurs. La camoufle s’estourbe. La chandelle s’éteint.
La Rue, 1894 : Chandelle. Signalement.
Virmaître, 1894 : Chandelle (Argot du peuple). V. Cabombe.
Rossignol, 1901 : Chandelle, bougie.
Ma camoufle est jtourbe, Je n’ai plus de rifle, Déboucle-moi la lourde, Pour l’amour du meg.
Hayard, 1907 : Chandelle.
France, 1907 : Chandelle ; du vieux mot camouflet, fumée.
France, 1907 : Signalement.
Caner
Vidocq, 1837 : v. a. — Agoniser, être prêt à mourir.
Larchey, 1865 : Avoir peur, reculer au lieu d’agir, faire le plongeon comme le canard ou la cane.
Par Dieu ! Qui fera la canne de vous aultres, je me donne au diable si je ne le fais moyne.
(Rabelais)
Oui, vous êtes vraiment français, vous n’avez cané ni l’un ni l’autre.
(Marco Saint-Hilaire)
Larchey, 1865 : Mourir (Vidocq). — Les approches de la mort vous font peur, vous font caner. — V. Rengracier.
Delvau, 1866 : v. a. Ne pas faire, par impuissance ou par paresse. Argot des gens de lettres. Caner son article. Ne pas envoyer l’article qu’on s’était engagé à écrire.
Delvau, 1866 : v. n. Avoir peur, s’enfuir, faire la cane ou le chien.
Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Agoniser, mourir, tomber. — Sacrifier à Richer. — Reculer, avoir peur, par altération, du vieux mot caler qui avait la même signification. Dans le supplément à son dictionnaire, M. Littré donne caler pour reculer, comme ayant cours dans le langage populaire. Pour ma part, je ne l’ai jamais entendu prononcer dans aucun atelier.
C’est un art que les canes possèdent d’instinct… Cette expression se rencontre souvent dans les écrivains des seizième et dix-septième siècles, principalement dans les poètes comiques et burlesques.
(Ch. Nisard, Curiosités de l’Étymologie française)
Déjà dans Rabelais, nous relevons l’expression de : faire la cane, expression équivalente à notre caner :
Parbleu qui fera la cane de vous autres, je le fais moine en mon lieu.
(L. L.)
Virmaître, 1894 : Avoir peur, reculer. Caner : synonyme de lâcheté (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Avoir peur ou ne pas oser faire une chose. Un gamin cane l’école, lorsqu’il ne s’y rend pas.
Hayard, 1907 : Avoir peur.
France, 1907 : Avoir peur, reculer, vieux mot qu’on trouve dans Rabelais et Montaigne ; argot populaire. Du latin canis, chien, qui recule et fuit quand on lui montre le bâton.
À la sortie de ses bals, des rixes terribles avaient lieu fréquemment ; les habitués se disputaient la possession d’une fille publique, à coups de poings et souvent à coups de couteau. Ils se battaient dans les rues… le suprême du genre, le comble de la force, consistait à manger le nez de l’adversaire ; les camarades faisaient cercle autour des combattants… C’était une grosse affaire que de posséder une fille en vogue qui ne renâclait pas sur le turbin, et qui régnait en souveraine au bon coin du trottoir ; l’existence du souteneur en dépendait : luxueuse si la fille rendait, médiocre ou décharde si elle canait.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Mourir. Caner la pégrenne, mourir de faim.
— Que veux-tu, mon bonhomme, quand on cane la pégrenne, on ne rigole pas.
— Caner la pégrenne ! C’est un peu fort, toi qui passe pour un ami (voleur).
— C’est pourtant comme ça.
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Mettre bas culotte.
Canonner
Delvau, 1866 : v. n. Crepitare, — dans l’argot facétieux des faubouriens, amis du bruit, d’où qu’il sorte.
Delvau, 1866 : v. n. Fréquenter les cabarets.
Rigaud, 1881 : Boire des canons de vin.
À l’heure où Paris canonne, alors que la France ouvrière s’imbibe en lisant la feuille de la rue du Croissant.
(Vaudin, Gazetiers et Gazettes)
Rigaud, 1881 : Tirer le canon. Sacrifier à crepitus ventris. Canonnade, série d’offrandes à crépitas ventris.
Virmaître, 1894 : Boire des canons sur le zinc du mastroquet (Argot du peuple).
France, 1907 : Boire avec excès, fréquenter les cabarets, vider des canons sur le comptoir.
Caramboler
Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, parce que l’homme se sert de sa queue pour jouer au billard amoureux, pour y faire des effets de queue, pour mettre ses billes dans la blouse de la dame.
Larchey, 1865 : Faire d’une pierre deux coups.
Leur père qui carambole, en ruinant son fils et sa fille.
(Balzac)
Larchey, 1865 : Tomber, faire tomber en ricochant. — Carambolage : Chute, choc général.
Delvau, 1866 : v. a. Battre quelqu’un, et surtout plusieurs quelqu’uns à la fois ; faire coup double, au propre et au figuré.
Rigaud, 1881 : Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des voyous.
Virmaître, 1894 : Au billard, faire toucher les trois billes (Argot du peuple). N.
Virmaître, 1894 : V. Rouscailler.
France, 1907 : Se heurter ; argot populaire. S’emploie aussi dans le sens que Villon appelait checaulcher, et Rabelais faire la bête à deux dos.
— Voilà une môme que j’aimerais bien caramboler.
Casserole
d’Hautel, 1808 : Récurer la casserole. Pour dire se purger après une maladie.
Larchey, 1865 : Personne dénonçant à la police. Il est à noter que le dénonciateur s’appelle aussi cuisinier.
Delvau, 1866 : s. f. L’hôpital du Midi, — dans l’argot des faubouriens. Passer à la casserolle. Se faire soigner par le docteur Ricord : être soumis à un traitement dépuratif énergique.
Delvau, 1866 : s. f. Mouchard, — dans le même argot [des voleurs].
Rigaud, 1881 : Étudiant de dixième année, qui n’a jamais étudié que l’absinthe et la pipe, qui a pris ses inscriptions dans tous les caboulots, qui a soutenu des thèses d’amour avec toutes les filles du quartier latin, — dans le jargon des étudiantes de 1860.
Rigaud, 1881 : Tout dénonciateur auprès de la police, homme ou femme, est une « casserole », — dans le jargon des voleurs qui prononcent de préférence caste-rôle. — C’est également le nom donné aux agents de police. Passer à casserole, se voir dénoncer.
Fustier, 1889 : Prostituée.
La casserole en argent est celle qui constitue à son amant de cœur un revenu quotidien de vingt à cinquante francs.
(Réveil, juin 1882)
La Rue, 1894 : Dénonciateur. Agent de police. L’hôpital du Midi. Prostituée.
Rossignol, 1901 : Indicateur de la police. Tout individu qui donne des indications à la police pour faire arrêter un voleur est une casserole. Dans le public, il y a une fausse légende qui dit que les marchands de vin ou de quatre saisons sont de la police et touchent deux francs par jour. Cela n’est pas ; aucune casserole n’est attachée officiellement à la police, elle est payée par l’agent (sur le visa de son chef) à qui elle a donne une indication ayant amené l’arrestation d’un voleur ; la somme varie selon l’importance de l’affaire indiquée, généralement de cinq à dix francs (plutôt cinq francs par tête). La préfecture de police n’a absolument aucun rapport avec les casseroles qui sont en général des repris de justice. La casserole des brigades politiques est certainement plus canaille que les précédentes, parce que cette casserole est souvent un ami que vous recevez à votre table et qui vous trahit ; aussi est-il appointé suivant l’importance des services qu’il peut rendre et mieux que les agents officiels ; il n’est connu que du chef de brigade avec qui il correspond et son nom est un numéro. Il touche au mois ou à la semaine sur les fonds secrets alloués ; il y en a partout, dans les salons, les ateliers et même la presse ; leurs services ne valent certes pas la dépense.
Hayard, 1907 : Mouchard.
France, 1907 : L’hôpital du Midi, à Paris : spécialement destiné aux vénériens, que l’on passe à la casserole. Passer à la casserole, c’est subir un traitement sudorifique très énergique, qu’on appelait autrefois : passer sur les réchauds de Saint-Côme.
France, 1907 : Mouchard. Se dit aussi pour prostituée. Coup de casserole, dénonciation. Oscar Méténier est l’auteur d’un drame joué en 1889, sur le Théâtre-Libre, intitulé : La Casserole. C’est aussi le nom que les escarpes donnent à une femme qui dénonce ses amants à la police.
Soudain, du tas des dormeurs, sort une brunette adorable, dix-sept ans à peine. — Voilà le type de la Casserole ! s’écrie Méténier. Approche, petite. La fille approche et se laisse retourner de tous les côtés…
(Lucien Puech)
France, 1907 : Poids creux dont se servent certains hercules forains ou ambulants.
Pauvres avaleurs de sabre, combien est ingrate leur profession ! Elle est une de celles qu’on prend le moins au sérieux et cependant elle est peut-être la seule qui ne permette pas le truquage. Le lutteur s’entend avec son adversaire qui lui prête ses épaules, le faiseur de poids travaille avec des poids creux que, dans sa langue spéciale, il appelle des poids moches, des casseroles. À l’avaleur de sabre, contrairement à l’opinion commune, toute supercherie est interdite. Le sabre à lame articulée n’existe que dans l’imagination des spectateurs, Tous ceux qu’il emploie sont d’une authenticité absolue, et il en est sûrement plus d’un parmi eux qui, avant de pénétrer dans un gosier d’une façon si inoffensive, a traversé la poitrine d’un soldat ennemi.
(Thomas Grimm, Le Petit Journal)
Casserole (passer à la)
Rigaud, 1881 : Traiter par des sudorifiques les blessures de l’amour.
Célérifères
France, 1907 : Sorte d’omnibus qui circulèrent sons le règne du roi Louis-Philippe.
Chahut
Larchey, 1865 : Danse populaire.
Un caractère d’immoralité et d’indécence comparable au chahut que dansent les faubouriens français dans les salons de Dénoyers.
(1833, Mansion)
La chahut comme on la dansait alors était quelque chose de hideux, de monstrueux ; mais c’était la mode avant d’arriver au cancan parisien, c’est-à-dire à cette danse élégante décemment lascive lorsqu’elle est bien dansée.
(Privat d’Anglemont)
Larchey, 1865 : Dispute.
Je n’ai jamais de chahut avec Joséphine comme toi avec Millie.
(Monselet)
Delvau, 1866 : s. m. Bruit, vacarme mêlé de coups, — dans l’argot des faubouriens. Faire du chahut. Bousculer les tables et les buveurs, au cabaret ; tomber sur les sergents de ville, dans la rue.
Delvau, 1866 : s. m. Cordace lascive fort en honneur dans les bals publics à la fin de la Restauration, et remplacée depuis par le cancan, — qui a été lui-même remplacé par d’autres cordaces de la même lascivité. Quelques écrivains font ce mot du féminin.
Rigaud, 1881 : Bruit, tapage. Faire du chahut.
Rigaud, 1881 : Cancan poussé à ses dernières limites, l’hystérie de la danse. On dit également le ou la chahut.
Un d’eux, tout à fait en goguette, se laissera peut-être aller jusqu’à la chahut.
(Physiologie du Carnaval)
La Rue, 1894 : Dispute, tapage, mêlée. Danse de bastringue.
France, 1907 : « Le chahut est la danse par excellence, dit l’auteur des Physionomies parisiennes, danse fantaisiste, sensuelle, passionnée, plus d’action et de mouvement que d’artifice, qui se prête aux improvisations les plus hardies et les plus excentriques… Le cancan est l’art de lever la jupe : Le chahut, l’art de lever la jambe. »
S’il faut en croire le même auteur, ce qui caractérise le chahut, c’est la décence ; car, dit-il, tout ce qui est simple et naturel est décent, et le chahut est la plus simple et la plus naturelle de toutes les danses.
Le chahut remonte à la plus haute antiquité. Cette danse à été et est encore celle de tons les peuples primitifs. Les austères Lacédémoniennes dansent le chahut en costume des plus légers : c’est le chahut que le saint roi David dansait devant l’arche, et le Parisien badaud a pu jouir d’un vrai chahut sauvage avec les Peaux-Rouges du colonel Cody.
— Hein ! quelle noce à la sortie du bloc ! Que de saladiers rincés joyeusement et de chahuts échevelés pour célébrer le sacrifice ! Franchement, ça vaut ça !
(Montfermeil)
France, 1907 : Bruit, tapage.
Peu à peu, le cabaret du Hanap d’Or s’était rempli de monde. Adèle, Marie étaient venues entourées d’une bande de petits gommeux qui, ce soir-là, avaient trouvé amusant d’aller faire du chahut à l’Élysée-Montmartre.
(Édouard Ducret, Paris canaille)
Chaise (bâton de)
France, 1907 : Ne s’emploie que dans cette expression : Mener ou faire une vie de bâton de chaise, faire la fête, dissiper son argent, sacrifier à la fois à Bacchus et à Vénus.
Chat
d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas lui qui a fait cela ; non, c’est le chat. Locution bouffonne et adversative qui a été long-temps en vogue parmi le peuple de Paris, et dont on se sert encore maintenant pour exprimer qu’une personne est réellement l’auteur d’un ouvrage qu’on ne veut pas lui attribuer ; ou pour affirmer que quelqu’un a commis une faute que l’on s’obstine à mettre sur le compte d’un autre.
Il a autant de caprices qu’un chat a de puces. Se dit d’un enfant fantasque, inconstant et capricieux, comme le sont tous les enfans gâtés et mal élevés.
J’ai bien d’autres chats à fouetter. Pour, j’ai bien d’autres choses à faire que de m’occuper de ce que vous dites.
Il a de la patience comme un chat qui s’étrangle. Se dit par plaisanterie d’une personne vive, impatiente, d’une pétulance extrême, et qui se laisse aller facilement à la colère et à l’emportement.
Il trotte comme un chat maigre. Se dit d’une personne qui marche rapidement et avec légèreté ; qui fait beaucoup de chemin en peu de temps.
Mon chat. Nom d’amitié et de bienveillance que les gens de qualités donnent à leurs protégés, et notamment aux petits enfans.
Il a un chat dans le gosier. Se dit d’un homme de temps qui avale sans cesse sa salive, et qui fait des efforts pour cracher.
Il le guette comme le chat fait la souris. Pour, il épie, il observe soigneusement jusqu’à ses moindres actions.
Acheter chat en poche. Faire une acquisition, sans avoir préalablement examiné l’objet que l’on achette.
Il a emporté le chat. Se dit d’un homme incivil et grossier qui sort d’un lieu sans dire adieu à la société.
Chat échaudé craint l’eau froide. Signifie que quand on a été une fois trompé sur quelque chose, on devient méfiant pour tout ce qui peut y avoir la moindre ressemblance.
Traître comme un chat. Faussaire, hypocrite au dernier degré.
Elles s’aiment comme chiens et chats. Se dit de deux personnes qui ne peuvent s’accorder en semble ; qui se portent réciproquement une haine implacable.
À bon chat bon rat. Pour, à trompeur, trompeur et demi ; bien attaqué, bien éludé.
À mauvais rat faut mauvais chat. Pour, il faut être méchant avec les méchans.
À vieux chat jeune souris. Signifie qu’il faut aux vieillards de jeunes femmes pour les ranimer.
Jeter le chat aux jambes. Accuser, reprocher, rejeter tout le blâme et le mauvais succès d’une affaire sur quelqu’un.
À lanuit, tous chats sont gris. Pour dire que la nuit voile tous les défauts.
Il a joué avec les chats. Se dit de quelqu’un qui a le visage écorché, égratigné.
Il est propre comme une écuelle à chat. Se dit par dérision d’un homme peu soigneux de sa personne, et fort malpropre.
Bailler le chat par les pattes. Exposer une affaire par les points les plus difficiles.
Il entend bien chat, sans qu’on dise minon. Se dit d’un homme rusé et subtil, qui entend le demi-mot.
Il a payé en chats et en rats. Se dit d’un mauvais payeur ; d’un homme qui s’acquitte ric à ric, et en mauvais effets.
Une voix de chats. Voix sans étendue, grêle et délicate.
Une musique de chat. Concert exécuté par des voix aigres et discordantes.
Elle a laissé aller le chat au fromage. Se dit d’une fille qui s’est laissé séduire, et qui porte les marques de son déshonneur.
Bras-de-Fer, 1829 : Geôlier.
Vidocq, 1837 : s. m. — Concierge de prison.
Larchey, 1865 : Guichetier (Vidocq). — Allusion au guichet, véritable chatière derrière laquelle les prisonniers voient briller ses yeux.
Larchey, 1865 : Nom d’amitié.
Les petits noms les plus fréquemment employés par les femmes sont mon chien ou mon chat.
(Ces Dames, 1860)
Delvau, 1866 : s. m. Enrouement subit qui empêche les chanteurs de bien chanter, et même leur fait faire des couacs.
Delvau, 1866 : s. m. Geôlier, — dans le même argot [des voleurs]. Chat fourré. Juge ; greffier.
Delvau, 1866 : s. m. Lapin, — dans l’argot du peuple qui s’obstine à croire que les chats coûtent moins cher que les lapins et que ceux-ci n’entrent que par exception dans la confection des gibelottes.
Rigaud, 1881 : Pudenda mulierum.
Rigaud, 1881 : Couvreur. Comme le chat, il passe la moitié de sa vie sur les toits.
Rigaud, 1881 : Enrouement subit éprouvé par un chanteur.
Rigaud, 1881 : Greffier, employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. Et admirez les chassez-croisez du langage argotique : les truands appelaient un chat un greffier et les troupiers appellent un greffier un chat. Tout est dans tout, comme disait Jacotot.
Rigaud, 1881 : Guichetier, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 : Guichetier. Couvreur. Enrouement subit. Pudenda mulierum.
France, 1907 : Couvreur. Comme les chats, il se tient sur les toits.
France, 1907 : Enrouement. Avoir un chat dans le gosier ou dans la gouttière, être enroué.
France, 1907 : Guichetier d’une geôle.
France, 1907 : Nature de la femme. Au moment où le fameux Jack l’Éventreur terrifiait à Londres le quartier de Whitechapel, le Diable Amoureux du Gil Blas racontait cette lourde plaisanterie :
« — Tond les chiens ! coupe les chats !
Un Anglais se précipite sur le malheureux tondeur en criant :
— Enfin, je te tiens, Jack ! »
Ce quatrain du Diable Boiteux est plus spirituel :
Prix de beauté de Spa, brune, bon caractère !
Au harem aurait fait le bonheur d’un pacha ;
Aime les animaux félins, tigre ou panthère,
Et possède, dit-on, un fort beau petit chat !
Chez lui, revenant après fête,
Un pochard rond comme un portier,
Faible de jambe et lourd de tête,
Cherchait le lit de sa moitié.
Mais il se glissa près de Laure,
La jeune femme du couvreur…
Et ce n’est qu’en voyant l’aurore
Qu’il s’aperçut de son erreur.
— Que va me dire mon épouse ?
Pensa-t-il. Zut ! Pas vu, pas pris !
Elle ne peut être jalouse,
Car la nuit tous les chats sont gris !
(Gil Blas)
Chat, employé pour le sexe de la femme, n’a aucun sens. Le mot primitif est chas, ouverture, fente, dont on a fait châssis. Les Anglais ont le substantif puss, pussy, pour désigner la même chose, mais ils n’ont fait que traduire notre mot chat.
Chat-fourré
France, 1907 : Juge, greffier.
Ah ! comme je la vois venir, toute la séquelle des chats-fourrés, s’avançant à pas de velours vers les plus nobles, les plus hardis d’entre nous — jusqu’à ce que la griffe de fer s’abatte sur la liberté pantelante, sur la pensée meurtrie !
(Séverine)
Chat, chatte
Delvau, 1864 : Nom que les femmes donnent à la divine cicatrice qu’elles ont au bas du ventre, — à cause de son épaisse fourrure, et aussi parfois à cause des griffes avec les quelles elle déchire la pine des honnêtes gens qui s’y frottent.
Elle aime tous les rats
Et voudrait, la Lesbienne,
Qu’à sa langue de chienne
Elles livrent leurs chats.
(Joachim Duflot)
Chatte
Vidocq, 1837 : s. f. — Pièce de six francs. Les filles publiques sont à-peu-près les seules qui se servent de ce terme.
Delvau, 1866 : s. f. Autrefois écu de six livres, aujourd’hui pièce de cinq francs, — dans l’argot des filles.
Fustier, 1889 : Pédéraste. Argot des voleurs. Terme injurieux que s’adressent les enfants des rues.
Virmaître, 1894 : Homme aimé des pédérastes pour ses manières câlines. La femme aussi est chatte si elle est câline à ses heures, à d’autres elle sait griffer (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Lop ou lob, gueuse, coquine, tante, fiote, copaille, tapette. Singulier masculin qui se fait mettre au féminin.
France, 1907 : Pièce de cinq francs ; argot des filles.
Chaud (mettre le petit au)
Rigaud, 1881 : Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des troupiers.
Cheminot
France, 1907 : Ouvrier terrassier employé spécialement au percement des tunnels et des voies ferrées.
J’allais à la ville voisine,
Car, par un cheminot, j’appris
Que ma fille unique, en gésine,
S’y meurt et m’appelle à grands cris.
(François Coppée)
Ils sont environ vingt mille en France de vrais cheminots ; une véritable armée où pelles, pioches et pics remplacent fusils et canons. Ils forment, inconscients de leur utilité sublime, l’avant-garde dévouée — nous allions écrire sacrifiée — du progrès. Malgré qu’on ait décrété l’instruction obligatoire et gratuite, la plupart ne savent pas lire.
(Jean Allemane, Le Parti ouvrier)
Chien (se coiffer à la)
France, 1907 : Frisotter les cheveux et les laisser retomber sur le front.
Il y avait dans le petit hôtel une femme de chambre d’emprunt qui vint donner le dernier coup à la coiffure, quelque peu rebelle au peigne. Mais surtout dans un temps où toutes les femmes se coiffent à la chien, les ébouriffades de Maria étaient de saison… Elle jouait encore avec la houppette et le crayon. Sans avoir rien appris, les femmes savent tout, mais surtout l’art de s’habiller et de se faire belles.
(Arsène Houssaye, Le Journal)
… Une petite bobonne toute jeunette, pimpante et proprette, aux yeux pers, hardis et moqueurs, au nez effrontément retroussé, à la chevelure châtain clair, frisés et moutonnante sur le front, coiffée à la chien.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Claque-dents
La Rue, 1894 : Cabaret du plus bas degré. Prostibulum. Tripot.
France, 1907 : Maison de jeu de bas étage, cercle ou tripot clandestin.
— Voulez-vous donner un coup d’œil au Lincoln, le plus beau claque-dents de Paris, comme qui dirait Le Chabannais des tripots… Les grands tripots sont à couvert… beaucoup de gens importants sont les obligés du patron… et l’on assure même que plus d’un légume de la préfecture a son couvert mis, sans parler d’un crédit ouvert à la caisse, dont on ne parle jamais, dans chaque tripot sérieux…
— Mais alors que faites-vous dont, vous autres agents de la brigade des jeux ? À quoi se borne votre fonction ?
— Nous donnons la chasse aux pauvres diables… nous surveillons et nous déférons aux tribunaux les petits cafés, les crèmeries, les liquoristes où par hasard une partie s’est organisée… Oh ! pour ceux-là, nous sommes impitoyables. Dame ! ils ne se sont pas mis en règle avec la préfecture et n’ont pas les moyens de se payer le luxe d’un sénateur on d’un homme de lettres célèbre comme président…
(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Et, par là-dessus, des difficultés à son cercle, un convenable claque-dents, fréquenté par des rastaquouères et des grecs, mais bien tenu, et dont, la veille, le commissaire des jeux lui avait fait interdire l’entrée jusqu’à nouvel ordre, sous prétexte qu’il ne jouait pas assez gros. Plus de tripot et pas de position sociale : que devenir ?
(Paul Alexis)
On entend dire tout d’un coup que le chef du cabinet du préfet de police était le protecteur attitré d’un claque-dents de la dernière catégorie. Il était en rapport avez des croupiers de bas étage ; on l’avait vu s’attabler avec eux et traiter, sans la moindre gène, ses petites affaires.
(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)
France, 1907 : Maison de prostitution.
Ce qui fit enfin le triomphe de Zola dans la foule, ce ne fut pas assurément la précision d’une analyse impitoyable, non plus que la force d’un style merveilleusement net et brillant. Ce fut la langue verte de certains de ses héros qu’il avait surpris dans l’ignominie des assommoirs et des claque-dents, et qu’il coula tout vifs dans le moule de sa terrible observation.
(Abel Peyrouton, Mot d’Ordre)
Zola va dans les claque-dents, au fond des ateliers, dans les ruelles des faubourgs, il descend dans la nuit des mines, et, des ténèbres de ce monde de misères, de vices, de déchéances, de vertus aussi, il tire les acteurs puissants de son drame.
(Henry Fouquier)
Louise Michel a écrit un volume intitulé Le Claque-dents : « Il y a, dit-elle, le vieux monde, le claque-dents de l’agonie ; Shylock et satyre à la fois, ses dents ébréchées cherchent les chairs vives : ses griffes affolées fouillent, creusent toutes les misères aiguës, c’est le délire de la faim. »
Cloque
Delvau, 1866 : s. f. Phlyctène bénigne qui se forme à l’épiderme. — dans l’argot du peuple, ami des onomatopées. Les bourgeois, eux, disent cloche : c’est un peu plus français, mais cela ne rend pas aussi exactement le bruit que font les ampoules lorsqu’on les crève.
Rigaud, 1881 : Crepitus ventris. Cloquer, sacrifier au petit crepitus, — dans l’argot des barrières. — Lâcher une cloque renversante.
France, 1907 : Pet.
Collationner les textes
Rigaud, 1881 : Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des savants.
Coltineur, euse
Fustier, 1889 : Fainéant, mauvais ouvrier.
C’est sûrement pas pour des coltineuses de votre espèce qu’on ferait des sacrifices !
(Huysmans, les Sœurs Vatard)
Commandite
Delvau, 1866 : s. f. Ouvriers travaillant ensemble pour le compte d’un tâcheron, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : « Association d’ouvriers pour la composition d’un travail quelconque. Les grands journaux de Paris sont, à peu d’exception près, tous faits en commandite. Les ouvriers élisent leur metteur en pages et se partagent chaque semaine la somme qui leur revient d’après le tarif, en faisant toutefois un léger avantage au metteur. » (Boutmy.)
Boutmy, 1883 : s. f. Association d’ouvriers pour la composition d’un travail quelconque. Les grands journaux de Paris sont, à peu d’exceptions près, tous faits en commandite. Il existe dans le public, à propos de la commandite typographique, une erreur qu’il importe de rectifier. Pour les uns, c’est le partage des bénéfices entre le patron et les ouvriers qu’il emploie ; pour d’autres, c’est l’annihilation même du patron, qui ne serait plus alors qu’un simple bailleur de fonds. La commandite n’est pas du tout cela. Un client apporte au bureau un journal quotidien à imprimer, par exemple ; le prix est débattu et fixé entre celui-ci et le maître imprimeur, ou plus ordinairement son prote, ce qui revient au même. Ce dernier désigne alors un certain nombre d’ouvriers pour exécuter le travail, seize à vingt pour les grands journaux, ou bien il charge l’un d’eux de réunir l’équipe nécessaire. Ces ouvriers élisent leur metteur en pages et se partagent chaque semaine la somme qui leur revient d’après le Tarif, en faisant toutefois un léger avantage au metteur. Voilà la commandite. Il y en a de deux sortes : la commandite autoritaire et égalitaire est celle au sein de laquelle chaque associé est obligé de faire un minimum de lignes déterminé, la somme gagnée étant ensuite partagée également entre tous les associés ; et la commandite au prorata, dans laquelle chacun touche d’après le travail qu’il a fait. C’est la plus juste des deux et la plus humaine : les jeunes gens et les vieillards peuvent y trouver place ; les hommes dans la force de l’âge et de l’habileté n’y perdent rien.
Virmaître, 1894 : Association d’un certain nombre d’ouvriers compositeurs pour faire un journal (Argot d’imprimerie).
France, 1907 : Association d’ouvriers pour entreprendre un travail.
Communard
France, 1907 : Homme qui a pris part à la révolution de 1871.
« Des réactionnaires ! » disent les anarchistes. Ce qui prouve la vérité de l’aphorisme : « On est toujours le réactionnaire de quelqu’un. »
(Dr Grégoire, Turlutaines)
La misère en commun et la souffrance égale ne détruisent pas tous les bons sentiments… Il y a, allez, de braves gens parmi les forçats… Les condamnés politiques de 1871, les communards, qu’on a eu l’infamie de mêler à eux, ont pu le constater… oui, il y a un bagne des hommes capables de dévouement, de pitié, de sacrifice…
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
— Ne me parlez pas de ce temps-là !… Ce que je le regrette, mes enfants !… Jamais on ne reverra une si chouette époque !… Ainsi, moi, j’ai pu me débarrasser de tous mes créanciers !… Sans blague !… Je n’avais qu’à les dénoncer comme communards à quelqu’un des officiers de Galliffet. De chics types, allez ! ces petits chasseurs, et qui тe barguignaient pas !… En deux temps de galop, ils aboulaient chez le créancier : en l’empoignant, on le tirait de chez lui, par les cheveux, par les pieds, par n’importe quoi… Et crac, au mur, mon bonhomme ! Ils avaient beau protester, supplier, demander une enquête : va te faire fiche… Le plus drôle, c’est qu’ils avaient passé le temps de la Commune à suer la peur, dans leurs caves ! Non, là, vrai ! nous avons bien rigolé.
(Octave Mirabeau, Le Journal)
Compositrice
Boutmy, 1883 : s. f. Jeune fille ou femme qui se livre au travail de la composition. Nous ne réveillerons pas ici la question tant de fois débattue du travail des femmes ; nous ne rappellerons pas les discussions qui se sont élevées particulièrement à propos de la mesure prise par la Société typographique, qui interdisait à ses membres les imprimeries où les femmes sont employées à la casse à un prix inférieur à celui fixé par le Tarif accepté. Contentons-nous de dire que nous sommes de l’avis de MM. les typographes qui, plus moraux que les moralistes, trouvent que la place de leurs femmes et de leurs filles est plutôt au foyer domestique qu’à l’atelier de composition, où le mélange des deux sexes entraîne ses suites ordinaires. — Quoi qu’il en soit, il existe des compositrices ; nous devions en parler. MM. les philanthropes qui les emploient vont les recruter dans les ouvroirs, les orphelinats ou les écoles religieuses. Ces jeunes filles, en s’initiant tant bien que mal à l’art de Gutenberg, ne manquent pas de cueillir la fine fleur du langage de l’atelier et de devenir sous ce rapport de vraies typotes comme elles se nomment entre elles. L’argot typographique ne tarde pas à se substituer à la langue maternelle ; mais il en est de l’argot comme de l’ivrognerie : ce qui n’est qu’un défaut chez l’homme devient un vice chez la femme, et il peut en résulter pour elle plus d’un inconvénient. L’anecdote suivante en fournit un exemple : un employé, joli garçon, courtisait pour le bon motif sa voisine, une compositrice blonde, un peu pâlotte (elles le sont toutes), qui demeurait chez ses parents. La jeune fille n’était point insensible aux attentions de son galant voisin. Un samedi matin, les deux jeunes gens se rencontrent dans l’escalier : « Bonjour, mademoiselle, dit le jeune homme en s’arrêtant ; vous êtes bien pressée. — Je file mon nœud ce matin, répondit-elle ; c’est aujourd’hui le batiau, et mon metteur goberait son bœuf si je prenais du salé. » Ayant dit, notre blonde disparaît. Ahurissement de l’amoureux, qui vient d’épouser une Auvergnate à laquelle il apprend le français. Nous avons dit plus haut que les typographes, en proscrivant les femmes de leurs ateliers, avaient surtout en vue la conservation des bonnes mœurs à laquelle nuit, comme chacun sait, la promiscuité des sexes. Ce qui suit ne démontre-t-il pas qu’ils n’ont pas tort ? Un jour, ou plutôt un soir, une bande de typos en goguette faisait irruption dans une de ces maisons de barrière qu’on ne nomme pas. L’un d’eux, frappé de l’embonpoint plantureux d’une des nymphes du lieu, ne put retenir ce cri : « Quel porte-pages ! » La belle, qui avait été compositrice, peu flattée de l’observation du frère, lui répliqua aussitôt : « Possible ! mais tu peux te fouiller pour la distribution. » (Authentique.) L’admission des femmes dans la typographie a eu un autre résultat fâcheux : elle a fait dégénérer l’art en métier. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les ouvrages sortis des imprimeries où les femmes sont à peu près exclusivement employées.
Connais (je la)
Rigaud, 1881 : Mot à mot : je connais ce que vous me racontez. Cherche-t-on à en imposer à quelqu’un qui est au courant des manœuvres parisiennes, il ne manquera pas de répondre : Celle-là je la connais, il ne faut pas me la faire, c’est moi qui l’ai inventée.
France, 1907 : Expression populaire signifiant : Inutile de me conter vos histoires ou de faire vos simagrées, je les sais par cœur.
Un clerc des ordres sacrés, James Reading, ayant, sans doute pour imiter Noé, fêté la dive bouteille, se trompe de chambre et se met dans le lit de la fille de son hôtesse, gamine de quatorze ans. Celle-ci ne souffle mot, et probablement terrifiée par cette visite nocturne, feint un profond sommeil. Mais la mère, qui ne dormait que d’un œil, entend un bruit insolite, se lève, accourt et surprend l’apprenti clergyman dans une posture qui ne laissait aucun doute sur la nature de ses intentions.
— Misérable ! s’exclame-t-elle, que faites-vous là ?
Question au moins superflue.
— Rien, dit l’autre, je me prépare à dormir.
— Dans le lit de ma fille !
— Vraiment ! est-ce possible ? Serait-ce effectivement le lit d’Elisabeth ?
Il ne lui est plus permis d’en douter, car Elisabeth juge le moment opportun de s’éveiller en sursaut et de pousser des cris de paon.
— Ah ! je suis désolé ! dit avec un bel aplomb le jeune apôtre.
— Oui, je la connais ! riposte la mère irritée.
(Hector France, Lettres d’Angleterre)
Consommer le sacrifice
Delvau, 1864 : Faire l’acte copulatif depuis A jusqu’à Z, depuis le premier baiser qui joint les lèvres d’en haut, jusqu’au dernier spasme qui distend les lèvres d’en bas.
… Dès que le sacrifice
Est consommé, l’on se tourne le dos.
(Louis Protat)
Coquer
Vidocq, 1837 : v. a. — Dénoncer.
un détenu, 1846 : Donner, être révêlé, enseigner, indiquer.
Halbert, 1849 : Embrasser.
Larchey, 1865 : Dénoncer. — Mot à mot : cuisiner, apporter tout préparé. — Du vieux mot coc : cuisinier (coquus). V. Raynouard. — On retrouve la même allusion dans les mots cuisinier et casserole.
En province, il avait coqué quelqu’un de leur bande.
(E. Sue)
Delvau, 1866 : v. a. Dénoncer, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté à l’argot lyonnais ce mot qui signifie embrasser, comme fit Judas Iscariote pour Jésus.
Delvau, 1866 : v. a. Donner, — dans le même argot [des voleurs]. Coquer la camouffle. Présenter la chandelle. Coquer la loffitude. Donner l’absolution. Coquer le poivre. Empoisonner. Coquer le taf. Faire peur.
Rigaud, 1881 : Dénoncer. C’est le mot croquer moins l’R. En argot manger le morceau aie même sens.
Rigaud, 1881 : Donner. Coquer le poivre, donner du poison.
Rigaud, 1881 : Mettre. Coquer le rifle, mettre le feu.
La Rue, 1894 : Dénoncer. Donner. Mettre. Embrasser. Coquer son centre, donner, son nom. Coquez ! Enlevez ! Volez ! Il est temps.
Virmaître, 1894 : Dénoncer (Argot des voleurs). V. Mouton.
Rossignol, 1901 : Dénoncer quelqu’un.
Hayard, 1907 : Vendre, dénoncer.
France, 1907 : Dénoncer ; du mot coq, cuisinier, qui, en argot, signifie dénonciateur.
Quand on en aura refroidi quatre ou cinq dans les préaux, les autres tourneront leur langue deux fois avant de coquer la pègre.
(Eugène Sue, Les Mystères de Paris)
France, 1907 : Donner. Coquer son centre, donner son nom. Coquer la loffitude, donner l’absolution.
France, 1907 : Embrasser.
— Tandis que, très allumé, j’étais en train de coquer la grosse cantinière en lui fourrageant l’arrière-train, v’là que rapplique le cornard de mari.
(Les Joyeusetés du régiment)
Coquer de rifle
Virmaître, 1894 : Allumer une femme. S’enflammer en la regardant (Argot des voleurs).
Coquer le poivre
Vidocq, 1837 : v. a. — Empoisonner.
Larchey, 1865 : Empoisonner. — Coquer le rifle : Mettre le feu.
Girofle largue, depuis le reluit où j’ai gambillé avec tezigue et remouché tes chasses et ta frime d’altèque, le dardant a coqué le rifle dans mon palpitant qui n’aquige plus que pour tezigue.
(Vidocq)
Coquer : Donner. V. Ravignolé.
France, 1907 : Empoisonner.
Coquer le rifle
France, 1907 : Incendier.
Coton (avaler du)
Rigaud, 1881 : Être pris pour dupe.
Je veux par mes propres yeux vérifier si oui ou non on m’a fait avaler du coton.
(Saint-Patrice, Aventures de Nabuchodonosor Nosebreaker)
Coup de rifle
Delvau, 1866 : s. m. Ivresse, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Ivresse. Mot à mot : coup de feu.
France, 1907 : Ivresse.
Coupeur de bourse
d’Hautel, 1808 : Filou ; fripon subtil et adroit ; escogrif, dont il faut se méfier.
Crampe
Rigaud, 1881 : Fuite, évasion. — Tirer sa crampe, fuir. — Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des voyous.
La Rue, 1894 : Fuite, évasion. Sacrifice à Vénus.
Crampe (tirer sa)
Larchey, 1865 : Fuir.
Elle a pris ses grands airs et j’ai tiré ma crampe.
(Montépin)
France, 1907 : S’enfuir ou accomplir l’acte vénérien. Tirer sa crampe avec la veuve, être guillotiné. Tirer une crampe, sacrifier à Vénus, la mère des amours.
Créer un juif
Rigaud, 1881 : Sacrifier à Domange, — dans le jargon des troupiers.
Crever la pièce de dix sous
Rigaud, 1881 : Sacrifier au dieu de Sodome, — dans l’argot des marins.
Dada (aller à)
Merlin, 1888 : Sacrifier à Vénus.
France, 1907 : Chevaucher une femme.
— Ah ! la bonne garnison ! Des femmes à gogo ! Bourgeoises et grisettes aimaient à se mirer dans nos casques. Et un choix, mes enfants ! Nous en étions fourbus. Tous les jours à dada, et chaque fois nouvelle monture.
(Les Propos du Commandeur)
Damer
d’Hautel, 1808 : Damer le pion à quelqu’un. Contrarier quelqu’un dans ses entreprises ; aller sur ses brisées ; faire avorter ses projets ; le supplanter.
La Rue, 1894 : Rendre femme une jeune fille.
France, 1907 : Prendre la virginité d’une fille, la rendre dame.
Un prêtre catholique, le révérend père Aloysius, est traduit aux assises pour privautés sur la petite Ellen Stokes, beauté précoce qui n’a pas encore vu treize fois jaunir les houblonnières.
Un dimanche matin, comme elle rapportait au révérend le linge que sa mère avait lavé et préparé pour le saint sacrifice, l’homme de Dieu oublia ses vœux de chasteté.
Comment la Société de vigilance eut-elle vent du péché mortel qui se dégagea de cet entretien secret ? Comment sut-elle que le père Aloysius avait onctueusement damé la fillette ? Je ne saurais le dire, mais elle fit appréhender le saint homme à Folkestone, au moment où il se reposait de ses fatigues en une benoite villégiature et fortifiait ses reins et ses poumons en aspirant les vivifiants aromes des sels marins.
(Hector France, La Nation)
Dandin
d’Hautel, 1808 : Un George-Dandin. Épithète insultante que l’on donne à un mari d’humeur facile et complaisante ; et généralement à un homme simple et pusillanime dont la bonté approche beaucoup de la bêtise.
France, 1907 : Mari trompé, personnage d’une pièce de Molière : Georges Dandin ou le Mari confondu. Mais, avant Molière, Rabelais avait déjà fait un nom propre de ce mot si expressif de notre vieille langue, qui signifiait un niais, un badaud.
De plus, nous vivons dans un milieu aimable où l’indulgence souriante est de bonne compagnie. Non seulement où ne s’indigne nullement à l’idée qu’une jolie femme trompe son mari, mais les pièces de théâtre, les romans et les journaux — que le Gil Blas prenne sa part de responsabilité ! — nous prêchent la vie facile et excusent, pour ne pas dire glorifient, l’adultère. Depuis certain général qui semble la personnification vivante de la bravoure française et de l’élégance aristocratique, il n’est plus du tout ridicule pour un marquis d’être un successeur de Sganarelle ou de Dandin.
(Colombine, Gil Blas)
De la bourrache !
Delvau, 1866 : Exclamation de l’argot des faubouriens, dont il n’est pas difficile de deviner le sens quand on connaît les propriétés sudorifiques de la borrago officinalis. C’est une expression elliptique très raffinée : Ah ! delà bourrache ! c’est-à-dire : «Tu me fais suer ! »
France, 1907 : Expression de refus.
De riffe
Rossignol, 1901 : Autorité.
Quoiqu’il ne soit pas le patron, il m’a renvoyé de riffe.
Déballer
Rigaud, 1881 : Déshabiller, enlever l’arsenal des faux-chignons, tournures, soutien des faibles, faux râteliers, et tous les trompe-l’œil de la toilette féminine.
Rigaud, 1881 : Sacrifier à Domange, — dans le jargon des voleurs.
Virmaître, 1894 : Soulager ses entrailles pour quinze centimes, ce que ne pouvait digérer Villemessant qui trouvait exorbitant d’être forcé de donner trois sous pour restituer un petit pain qui n’en coûtait qu’un et encore en laissant la marchandise (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Personne n’en est exempt.
Hayard, 1907 : Soulager ses entrailles.
France, 1907 : Déshabiller ; soulager ses entrailles ; exhiber.
Débonder (se)
Rigaud, 1881 : Sacrifier à la compagnie Lesage.
Défalquer
anon., 1827 : Ch.
Bras-de-Fer, 1829 : Ch….
Halbert, 1849 : Ch…. Déponner. Id.
Rigaud, 1881 : Faire ses nécessités, — dans l’ancien argot.
France, 1907 : Faire ses besoins ; éliminer.
— Ah ! le maudit animal ! Il dévastait les plates-bandes, déterrait les semis, détruisait les jeunes pousses, grimpait dans les chambres, arrachait les rideaux, aiguisait ses griffes sur les meubles, déchirait la tapisserie, cassait la vaisselle, crevait le paravent, et, de temps à autre, pour varier la série de ses méfaits, défalquait sous le lit de M. le curé !
(Hector France, Les Cent curés paillards)
Dégoulinement
France, 1907 : Coulement lent d’un liquide.
Par intermittences, des grommellements sourds lui montaient aux dents, à travers le tire-jutage d’une chique de tabac que, d’un coup de langue, il poussait d’une joue à l’autre ; et en un mouvement machinal, il passait la main sur le bas de son groin lubrifié par le dégoulinement des salives.
(Camille Lemonnier)
Dégringoler
d’Hautel, 1808 : Descendre en hâte, se laisser choir ; tomber de l’endroit où l’on étoit monté.
Faire dégringoler les escaliers à quelqu’un. Le faire descendre quatre à quatre, avec ignominie.
On dit aussi figurément d’une personne dont la fortune va toujours en décroissant, qu’il dégringole.
Rigaud, 1881 : Voler. Dégringoler un aminche, voler un camarade.
Virmaître, 1894 : Tomber d’une haute situation dans la misère. Dégringoler un pante : tuer un bourgeois. Dégringoler des hauteurs d’un succès pour tomber dans la médiocrité (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Voler. Si en entrant chez soi on trouve son logement dévalisé, c’est que l’on a été dégringolé.
Hayard, 1907 : Glisser, tomber.
France, 1907 : Tomber, perdre sa situation.
Chose curieuse ! sa fin (Maurice Richard) lui avait été prédite avec tous les détours possibles, il y a peu de temps, par une mondaine de ses amies qui s’occupe de graphologie.
Elle faisait devant lui des expériences avec l’écriture de diverses personnes. Le châtelain de Millemont voulut avoir son horoscope et se mit à griffonner quelques lignes d’écriture.
— Oh ! oh ! se récria la dame en inspectant l’autographe, il faut faire attention, car vous dégringolez, mon cher ministre !…
(Gil Blas)
France, 1907 : Voler où tuer.
Nos pères ne connaissaient pas le récidiviste, plaie de nos grandes villes. De leur temps, la première fois qu’on prenait un particulier à dégringoler un pante, on lui cassait les bras et les jambes et on le laissait expirer, les membres entrelacés, dans les jantes d’une roue de cabriolet, supplice d’une inutile atrocité, mais qui ne permettait pas la récidive.
(Albert Rogat)
Quand la môm’ rend visite
À Lazar’, son patron,
Pour remplacer la p’tite
Faut qu’ils gagn’nt du pognon
Ils dégringol’nt, en douce,
Les malheureux poivrots,
Car ils n’ont pas la frousse
Les petits gigolos !…
(Léo Lelièvre)
Déponner, dépousser
Rigaud, 1881 : Sacrifier à Domange, — dans l’ancien argot.
Descente de lit
Delvau, 1866 : s. f. Lion que l’esclavage a abruti et qui se laisse donner des coups de cravache par son dompteur sans protester par des coups de griffes.
Virmaître, 1894 : Femme facile, qui se couche au moindre signe. Synonyme de paillasse (Argot du peuple). N.
France, 1907 : « Femme facile, qui se couche au moindre signe. Synonyme de paillasse. » (Ch. Virmaître)
Dételer
Delvau, 1866 : v. n. Renoncer aux jeux de l’amour et du hasard, — dans l’argot des bourgeois, qui connaissent le Solve senescentem d’Horace, mais qui ont de la peine à y obéir. On dit aussi Enrayer.
Rigaud, 1881 : Dételer le char de l’amour, pour parler la langue académique. Se retirer des joies de ce monde, parce qu’on est vieux, infirme et désillusionné.
À cette heure il avait dételé, mais il aimait encore la société des femmes folles de leur corps.
(E. de Goncourt, La Fille Élisa)
France, 1907 : Ne plus pouvoir sacrifier à Vénus. Un cheval dételé ne tire plus. « Le mot, dit Lorédan Larchey, est du XVIIIe siècle. Effrayé dès le début de sa dernière maladie, Louis XV disait à La Martinière : — Je le sens, il faut enrayer. — Sentez plutôt qu’il faut dételer ! répondit brusquement le docteur. »
Comme nous nous attardions, après ce souper frugal de camarades qui ont dételé, qui regardent avec une sereine philosophie les autres continuer la fête, qui ne se passionnent plus pour rien, et ainsi que des soldats chevronnés qui firent les mêmes campagnes, commencent à remuer ce tas de feuilles mortes qu’est le passé !
(Champaubert)
Donner du cœur au ventre
France, 1907 : Donner de l’aplomb, inspirer du courage.
— Moi, j’me disais : Faut ben que j’trouve la veine, nom de nom ! Oui, moi, la femme et les petits, nous sommes tous ad patres avant six mois. Et ça me donnait du cœur au ventre, fallait voir ! Là, voulez-vous que j’vous dise ? Faut que l’ouvrier mange bien, boive bien et rigole un brun pour bien travailler après. Tout le reste, c’est des histoires !
(Camille Lemonnier, Happe-chair)
La façon de procéder des tireurs espagnols est la même que celle de leurs congénères anglais. Les uns et les autres, après avoir vérifié le contenu de quelques bons porte-monnaie ou portefeuilles enlevés, vont au premier cabaret venu absorber quelques verres de liqueur, pour se donner du cœur au ventre, comme disent les agents, et recommencer leur néfaste besogne.
(G. Macé, Un Joli monde)
Duraille
Delvau, 1866 : s. f. Pierre, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Dure. Dure à briquemon. Pierre à briquet. Ils disent aussi Dure à riffle. Duraille sur mince. Diamant sur papier.
La Rue, 1894 : Pierre. Duraille sur mince, diamants sur papier.
Virmaître, 1894 : Pierre (Argot des voleurs).
France, 1907 : Pierre.
Dure à rifle
Vidocq, 1837 : s. f. — Pierre à feu.
Ébobir
Ansiaume, 1821 : Exterminer.
S’il vient un cogne pour me pommer, je l’ébobis de rif.
Ébouriffant
France, 1907 : Étonnant, extravagant.
— Ce n’est pas malin d’avoir des toilettes ébouriffantes quand on a une conduite pareille.
— Oh ! mon doux Jésus !
— Si mon mari n’était pas député, qui est-ce qui voudrait le fréquenter ?
(Edgar Monteil, Le Monde Officiel)
Ébouriffé
d’Hautel, 1808 : Il est tout ébouriffé. Se dit d’un homme dont la coiffure est en désordre, et quelquefois pour exprimer qu’il est coiffé d’une manière ridicule.
Épingle
d’Hautel, 1808 : Il est toujours tiré à quatre épingles. Se dit d’une personne affectée dans sa parure, dans son ajustement, et d’une propreté fort recherchée.
Je n’en donnerois pas une épingle. Cela ne vaut pas une épingle. Se dit de quelque chose dont on ne fait aucun cas.
On dit en parlant des griffes d’un chat, qu’il a des épingles au bout de sa manche.
Je mettrai une épingle sur ma manche. Se dit en riant, pour je tâcherai de m’en rappeler.
Tirer son épingle du jeu. Se retirer à temps d’une mauvaise affaire, mettre ses intérêts en sûreté.
Esbloquant
Delvau, 1866 : adj. Étonnant, ébouriffant, — dans l’argot des soldats, qui songent au bloc plus souvent qu’ils ne le voudraient, et le mettent naturellement à toutes sauces.
France, 1907 : Étonnant.
Escogriffe
d’Hautel, 1808 : Un grand escogriffe. Homme d’une grande stature, mal bâti ; flâneur, aux mains duquel il faut prendre garde.
Delvau, 1866 : s. m. Homme de grande taille et de mine suspecte, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Grand escogriffe — pour avoir l’occasion de faire un pléonasme.
Escrimer du derrière (s’)
Rigaud, 1881 : Sacrifier avec ardeur à Vénus.
Estaffion
Delvau, 1866 : s. m. Chat, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Griffard.
Delvau, 1866 : s. m. Taloche, coup de poing léger, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Taloche.
Être dans les vignes
Delvau, 1866 : Être complètement ivre, — dans l’argot du peuple. Il dit aussi Être dedans.
France, 1907 : Avoir trop sacrifié à Bacchus.
Évêque d’or, crosse de bois
France, 1907 : Ce dicton, auquel on ajoute crosse d’or, évêque de bois, est encore en usage en province. On sait que la crosse de l’évêque représente la houlette du pasteur ; et c’était par le fait, dans les premiers temps du christianisme, un simple bâton que l’on remettait dans l’assemblée des fidèles, insigne de ses fonctions pastorales, à l’évêque où surveillant que l’on venait d’élire. C’était alors une dignité purement honorifique donnée à celui jugé le plus digne. Mais plus tard, quand à ces fonctions s’attachèrent de gros émoluments, avec la fortune diminua la vertu. La crosse, simple bâton ayant la forme d’un T et qui servait à s’appuyer, devint un luxueux sceptre, et de même que la crosse de bois devint crosse d’or, l’évêque d’or devint évêque de bois. C’est ce qui s’exprimait en latin : episcopus aureus, pedum ligneum ; episcopus ligneus, pedum aureum.
Extra avec une femme (prendre de l’)
France, 1907 : Manière de faire l’amour fort appréciée des Orientaux ; ce que les Romains appelaient sacrifier à Venus aversa.
Fadé (être)
Rigaud, 1881 : Être soûl. Mot à mot : avoir son compte, sa charge de boisson.
France, 1907 : En avoir son compte ; être ivre ou battu. Me voilà bien fadé ! Je suis dans un bel état !
Pendant un instant, on ne put rien distinguer dans cet enchevêtrement des deux corps… Tout à coup, on vit les deux bras de Clair-de-Lune se détendre et sa tête retomber en arrière.
— Ça y est ! cria-t-elle, je suis fadée !
— Halte ! fit l’un des témoins.
On sépara les combattants.
Nini, déchirée, dépeignée, essuya avec son mouchoir son visage silonné de coups de griffe. Clair-de-Lune tendit son poignet, d’où coulait un filet de sang.
(Oscar Méténier)
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