d’Hautel, 1808 : Ça ne va pas pire. Réponse joviale que l’on fait à quelqu’un qui demande des nouvelles de votre santé, pour exprimer que l’on ne va pas plus mal que de coutume ; que l’on se porte passablement bien.
Faire aller quelqu’un. Le railler finement et sans qu’il s’en aperçoive ; le faire jaser dans le dessein de le tourner ensuite en ridicule.
Cette locution signifie aussi mener quelqu’un par le bout du nez ; faire un abus révoltant de sa foiblesse et de sa bonne foi.
Aller sur la hauteur. Façon de parler qui exprime, parmi une certaine classe du peuple de Paris, l’action d’aller riboter, prendre ses ébats, se divertir dans les guinguettes qui sont situées hors de la ville.
Tout son bien s’en est allé en eau de boudin, en brouet d’andouilles, à veau l’eau. Ces trois manières de parler ont à-peu-près le même sens et signifient qu’une fortune considérable s’est trouvée dissipée, anéantie, par la mauvaise conduite de celui qui la possédoit.
On dit aussi d’une affaire sur laquelle on comptoit, et qui ne prend pas une tournure favorable, qu’Elle s’en est allée en eau de boudin.
Il va et vient comme trois pois dans une marmite. Phrase burlesque qui exprime assez bien les allées et venues, le mouvement, l’agitation continuelle qu’un homme impatient et brouillon se donne pour des choses qui n’en valent souvent pas la peine.
Ne pas aller de main morte. Signifie frapper de toute sa force ; montrer de la vigueur et de l’énergie dans une affaire.
Un las d’aller. Paresseux, fainéant qui a toutes les peines du monde à travailler ; qui ne sait que faire de sa personne.
Cela va sans dire. Pour cela est clair, évident, incontestable.
Cela va et vient. Manière mercantile de parler, et qui signifie que le gain du commerce n’est pas réglé ; qu’il va tantôt en augmentant, et tantôt en diminuant.
Aller ou le roi va à pied. C’est-à-dire, aux privés, où l’on ne peut envoyer personne à sa place.
Tout y va la paille et le blé. Signifie, il se ruine en de folles dépenses ; il sacrifie toute sa fortune à l’objet de son enthousiasme.
Aller un train de chasse. Marcher avec précipitation ; mener une affaire tambour battant.
Tous chemins vont à Rome. Pour dire qu’il y a plusieurs voies pour parvenir dans un lieu, ou réussir à quelque chose.
Cela n’ira pas comme votre tête. Se dit par réprimande à quelqu’un, pour cela n’ira pas suivant votre désir ; selon que vous l’imaginez.
Cette maison est son pis aller. C’est-à-dire, il s’y emploie quand il ne trouve pas mieux ailleurs ; il y entre et il en sort à volonté.
Aller son petit bon-homme de chemin. Faire droitement sa besogne ; n’entendre finesse en rien ; se conduire avec prudence et probité.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Se dit par raillerie d’une personne qui travaille avec une activité et une ardeur ridicules, sans faire pour cela beaucoup d’ouvrage.
Cela ne va que d’une fesse. Pour dire qu’une affaire, ou un ouvrage va lentement ; qu’on ne le pousse pas avec la vigueur et l’activité convenables ; qu’il est mal dirigé.
Cela va comme il plaît à Dieu. Manière fine et ironique de faire entendre qu’une affaire est mal menée ; qu’on en néglige absolument la conduite.
Toujours va qui danse. Voy. Danser.
Il va comme on le mène ; il va à tout vent. Se dit d’un homme foible et pusillanime, sans énergie, sans force de caractère, qui n’a d’autre impulsion que celle qu’on lui donne ; qui change continuellement de résolution.
À la presse vont les fous. C’est-à-dire qu’il faut être dénué de sens pour mettre l’enchère sur une chose que beaucoup de personnes veulent acquérir.
Que les plus pressés aillent devant. Se dit par humeur, quand on se trouve en société avec des personnes qui marchent fort vite, et qu’on ne peut pas suivre.
Qu’il aille au diable. Imprécation que l’on se permet dans un mouvement de colère, contre quelqu’un qui importune, et qui équivaut à qu’il aille se promener ; qu’il me laisse tranquille.
Tout va à la débandade. Pour tout est en désordre, dans la plus grande confusion.
Il s’en va midi. Pour dire l’heure de midi approche ; elle n’est pas éloignée.
On se sert souvent, et à tort, du verbe être au lieu du prétérit du verbe aller, et l’on dit : Je fus ou nous fûmes hier au spectacle ; pour J’allai ou nous allâmes, etc.
Aller
Charibotée
Virmaître, 1894 : En avoir sa charge. Cela veut aussi dire beaucoup.
— Elle a une charibotée d’enfants (Argot du peuple). V. Tiolée.
France, 1907 : Charge complète, quantité.
Choquotte (c’est de là)
Rigaud, 1881 : C’est très bien, très agréable, d’un excellent rapport. Dans le jargon des chiffonniers chocotte signifie « os gras. » (V. Camelotte)
S’ mett’e un p’tit brin en ribote
Et, dans l’coin d’un caboulot,
Gentiment s’rincer le goulot
Sans c’ pendant sortir soulot,
C’est de la choquotte.
(La Muse à Bibi)
Frime
d’Hautel, 1808 : C’est pour la frime. Pour dire c’est par feinte, par façon, par plaisanterie, par manière d’acquit.
Clémens, 1840 / un détenu, 1846 : Figure.
Larchey, 1865 : Visage. V. Coquer, Altèque. — Tomber en frime : Tomber en face de. V. Gouêpeur.
Delvau, 1866 : s. f. Apocope de Frimousse, — dans l’argot des voyous et des voleurs. Tomber en frime. Se rencontrer nez à nez avec quelqu’un.
Sans paffs, sans lime et plein de crotte
Aussi rupin qu’un plongeur,
Un jour un gouapeur en ribote
Tombe en frime avec un voleur.
(National de 1835.)
Delvau, 1866 : s. f. Mensonge, hypocrisie, fausse alerte, — dans l’argot des faubouriens. C’est pour la frime. C’est pour rire. Le mot a quelques siècles de bouteille :
Renart qui scet de toutes frumes
Luy esracha quatre des plumes !
dit le Roman du Renard.
La Rue, 1894 : Physionomie. Mensonge, hypocrisie. Fausse alerte. Frimer, regarder.
Virmaître, 1894 : La figure. Tomber en frime, se rencontrer face à face avec quelqu’un (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Visage.
France, 1907 : Tromperie, mensonge ; du vieux français frume. On trouve dans le Roman du Renard :
Renart qui scait de toutes frumes
Luy esracha quatre des plumes.
— Moi, je vous ai pris au mot. J’ai cru à tout ce que vous m’avez donné à croire, et plus je vais, plus j’y crois. Aujourd’hui, vous avez beau venir me dire : Dieu, la Vierge, les vertus chrétiennes, la prière, l’espoir d’une vie future… tout ça, mon petit chou, c’était bon seulement pour t’amorcer quand tu étais haute comme ça, pour te faire avoir des bons points et que tu sois souvent sur le tableau d’honneur. Mais à présent que te voilà grande, et femme, nous aimons mieux ne plus te le cacher, c’est de la frime et ça ne signifie rien.
(Henri Lavedan)
Et lui qui n’avait pas quarante ans, qui gagnait plus de soixante mille francs par an, qui, charmant, spirituel, bien élevé, en vedette, n’aurait eu qu’à choisir parmi les plus jolies femmes de notre monde, s’il avait voulu avoir une maîtresse, un jour d’absolue déraison, épousa son modèle et pas pour la frime, à Gretna-Green ou ailleurs, mais avec tous les sacrements du maire et du curé…
(René Maizeroy)
France, 1907 : Visage.
Tomber en frime, se rencontrer nez à nez.
Fringuer
Rigaud, 1881 : Habiller. — Se fringuer, s’habiller. — Bien fringué, bien mis. — Lèsebombe bien fringuée, fille publique bien mise, — dans le jargon des voleurs.
Virmaître, 1894 : S’habiller. Rabelais dans Pantagruel écrit fringuez (Argot du peuple).
France, 1907 : Habiller.
Si t’étais mal fringué, ta proie
Te prendrait pour un fil de soie.
(Hogier-Grison)
France, 1907 : Sautiller, faire le beau ; du béarnais fringa, chercher à plaire, faire l’amour.
Filleule enfin de Jean Louis
Mérite bien que la famille,
Pour lui faire honneur, fringue et brille,
Mais, avant les plaisirs fringons
On introduit chez les parens
Le Futur avec la future.
(J.-J. Vadé)
Rester le mec qui le mieux fringue,
Roi des Terreurs, coq du bastringue,
Toujours prêt, droit sur ses ergots ;
Les nuits qu’on est trop en ribote,
Rouler de gnons en coups de botte,
Conduit au bloc par les sergots…
(Jean Richepin)
Godailler
d’Hautel, 1808 : Boire et manger avec excès à plusieurs reprises, riboter, faire ripaille.
Delvau, 1866 : v. n. Courir les cabarets. Ce verbe est un souvenir de l’occupation de Paris par les Anglais, amateurs de good ale.
Virmaître, 1894 : Courir les cabarets. Ce verbe est un souvenir de l’occupation de Paris par les Anglais, amateurs de good ale. A. D. Godailler est synonyme d’être en patrouille et aussi de flâner. Manquer un travail, c’est le godailler. Godailler, c’est ne jamais se trouver bien nulle part.
— On n’en fera jamais rien, c’est un mauvais ouvrier, il godaille sans cesse (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Flâner.
France, 1907 : Boire ; du vieux mot godale ou goudale, corruption de l’anglais good ale, bonne biére, ou de l’allemand goad ael, même signification.
On trouve godale dans le Roman de Berthe aux grands pieds :
Une rivière treuve qui d’un pendant avale ;
Volontiers en beust, mais trouble est cour godale.
Dans le roman d’Eustache Le Moine (XIIIe siècle), on lit goudale :
Por Diez ! biau Sire, passés nos
Je viens devers Nolrubellande (1),
Cinq ans ai esté en Irlande,
Tant ai beu de la goudale
Tout ai le vis et taint et pâle,
Or m’en revois boire des vins
À Argentuel ou à Prouvins.
(1) Le Northumberland, comté d’Angleterre.
Munition
d’Hautel, 1808 : Pain de munition. Le peuple dit habituellement et par corruption pain d’amonition.
Avoir des munitions de gueule. Pour, avoir de quoi manger, de quoi se régaler, se divertir, faire ribote.
Pompette (être)
France, 1907 : Être dans un état de gaieté occasionné par un commencement d’ivresse ; argot populaire. Cette expression vient du vieux mot pompette, pompon, à cause du nez rouge des buveurs. On trouve dans les Adages françoises du XVIe siècle : « Beau nez à pompette » pour ivrogne.
Il évite dans les familles
Habituell’ment d’en causer,
Surtout devant les jeunes filles :
Ça pourrait les faire jaser.
Mais un soir qu’il était pompette,
Dans un dîner des plus rupins,
Il les a mis’s sur une assiette…
(Répertoire de Gavrochinette)
Les expressions synonymes sont : avoir son plumet, sa cocarde, son casque, une culotte, son jeune homme, son pompon, son poteau, sa cuite, sa pointe, son allumette, sa pistache, son loquet, un grain, un coup de bouteille, de sirop, de soleil, de gaz, de feu, son compte, son plein, sa pente ; être en train, bien lancé, éméché, ému, en ribote, dans les vignes, les brindezingues, les brouillards, la paroisse de Saint-Jean-le-Rond, en patrouille, parti, allumé, pavois, bu, paf, raide comme la justice, poivre, casquette, dans un état voisin, etc., etc.
Ribote
Delvau, 1866 : s. f. Griserie, petite débauche. Être en ribote. Être ivre.
Ribote, ribotte
France, 1907 : Petite débauche, excès bachiques.
En entendant le four ronfler,
On s’arrêtait pour renifler.
Ô souvenir des gaies ribottes !
Combien de folles sans souci
Ont fait craquer sous leurs quenottes
Les pâtés du père Jussy !
(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)
Être en ribotte.
Pas une seule fois en ribotte, même le lundi ; rapportant sa quinzaine intacte. Et avec cela, très délicat. Jamais un mot qui rappelât à sa femme qu’elle avait été bien folle autrefois.
(François Coppée, Le Coupable)
Riboter
Delvau, 1866 : v. n. Hanter les cabarets.
France, 1907 : S’amuser à boire ; se conduire en ribaud.
Ma maîtresse et moi, je partons
Pour riboter aux Porcherons…
(Vadé)
Riboteur
France, 1907 : Habitué de cabaret ; individu qui aime à boire, à s’amuser au lieu de travailler.
Grands riboteurs, mais patriotes
Jusque dans leurs plus grands excès,
Ils n’ont jamais pris de culottes
Qu’avec des breuvages français,
Buveurs de vins à l’âme fière,
Lancez au vent votre refrain :
Qu’il s’en aille au delà du Rhin,
Pour narguer les buveurs de bière.
(Victor Meusy)
Riole
d’Hautel, 1808 : Se mettre en riole. Pour dire se mettre en ribotte ; employer â ses plaisirs le temps consacré au travail.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Bonne chère. Se mettre en riole, faire bombance.
Vidocq, 1837 : s. f. — Joie, divertissement.
Delvau, 1866 : s. f. Joie, divertissement, débauche, — dans l’argot du peuple. Être en riole. Être en train de s’amuser, être gris. Se mettre en riole. Se griser. En wallon. Être en riolle ou riotte, c’est Se quereller.
Delvau, 1866 : s. f. Rivière, ruisseau, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Partie de plaisir. — Être en riole, se mettre en riole, faire riole, s’amuser, se mettre en gaieté, en ribote.
Virmaître, 1894 : Ruisseau ou rivière dans l’argot des voleurs. Riole se dit aussi dans le peuple de quelqu’un qui est pochard :
— Il est en riole.
Ce n’est pourtant pas dans la rivière que le vin a été puisé (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Ruisseau, rivière.
Soiffer
d’Hautel, 1808 : Pour riboter, ivrogner, pinter, faire débauche de vin.
Larchey, 1865 : Boire outre mesure comme si on avait grand’soif.
Là, j’soiffons, Je n’sais comme, Chacun nos trois poissons.
(Les Amours de Jeannette, ch., 1813)
T’as soiffé, malheureux, Que c’en est désastreux.
(Moineaux)
Soiffard, soiffeur : Grand buveur.
Le franc soiffeur Offre son cœur, Avec un sou d’galette.
(Dalès)
Soiffard de Nini Moulin.
(E. Sue)
Delvau, 1866 : v. n. Boire outre mesure, — sous prétexte de soif.
Rigaud, 1881 : Boire beaucoup.
Virmaître, 1894 : Boire comme une éponge (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Boire beaucoup.
France, 1907 : Boire.
Elle est au grand complet la collection de bouffe-galette qui, pendant quatre ans, va nous tenir sous sa coupe.
D’ici peu, ces oiseaux-là recommenceront la ritournelle de leurs prédécesseurs : ils pondront des lois et se délasseront de ce turbin en soiffant à la buvette et en chéquardant sans scrupules.
(Le Père Peinard, 1898)
anon., 1907 : Boire.
Souquer
Delvau, 1866 : v. a. Battre ou seulement Rudoyer. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Rudoyer, frapper.
La Rue, 1894 : Rudoyer. Battre.
France, 1907 : Remuer, rudoyer, secouer, battre ; du terme maritime tirer sur un amarrage, le roidir.
— Qu’est-ce qui m’a fichu un bougre pareil ? Ah ! vous êtes homme de chambre et vous dormez comme un veau ! Monsieur se figure qu’on l’exempte d’exercices pour qu’il ronfle sur sa couenne, au lieu de tenir sa chambrée propre et de veiller à ce qu’on ne vole rien ?… Je vous souquerai, moi ! Entendez-vous, milliards de Dieu ?
(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)
Se dit aussi pour travailler, prendre de la peine.
Une explication eut lieu, violente. Il lui reprocha ses ribotes, sa folie de dépenses, le mauvais emploi qu’elle faisait de l’argent qu’il lui gagnait en souquant matin et soir.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
Tord-boyaux
Larchey, 1865 : Mauvaise eau-de-vie.
Avaler un verre de tord-boyaux, comme l’appelait notre amphitryon.
(Vidal, 1833)
Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Eau-de-vie commune.
La riboteuse qui consomme
Plus de spiritueux qu’un homme
Et lampe sans peur le rogomme,
Le sacré-chien, le tord-boyaux.
(A. Pommier, Paris)
Hayard, 1907 : Eau-de-vie.
France, 1907 : Mauvaise eau-de-vie.
Quand on pense que l’eau de mélisse, la bourgeoise et rassurante eau de mélisse qui se présente, réconfortante, sur un morceau de sucre, l’eau de mélisse, comme le vulnéraire lui-même, produisent les mêmes effets que le trois-six et le tord-boyaux ! À qui, à qui se fier, bone Deus, si le vulnéraire et l’eau d’arquebuse sont aussi terribles que le dur calvados qui corrode, en Normandie, jusqu’aux lèvres des nouveaux-nés ?
(Jules Claretie)
Cette expression est employée métaphorique ment pour désigner quelque chose de fort, de scandaleux, qui déchire les oreilles pudiques comme la mauvaise eau-de-vie brûle les entrailles.
Ils me font toujours rire, ceux qui parlent des hardiesses du livre ou de la scène. Ce qui semble du tord-boyaux aujourd’hui, paraîtra de l’orgeat dans un quart de siècle.
(Séverine)
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