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Bête à concours

France, 1907 : Élève d’un lycée ou d’une pension que l’on prépare exclusivement pour remporter des prix aux concours généraux, afin de faire honneur à l’établissement.

Durant toute l’année, nous avons tous vu le professeur s’adonner aux élèves de choix, aux bêtes à concours, pour le plus grand dommage du reste de la classe. J’ai passé toute une année en rhétorique latine, sans que le cuistre solennel et assommant qui menait la classe m’ait une seule fois adressé la parole.

(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)

Cramer une sèche

Rigaud, 1881 : Fumer une cigarette, — dans le jargon des rhétoriciens, qui devraient dire avec plus de raison : crémer ; mot à mot : opérer la crémation d’une cigarette.

France, 1907 : Fumer, griller un cigarette ; du latin cremare.

Flouer

Ansiaume, 1821 : Jouer.

À toute plombe du reluis tu le vois flouer.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voler au jeu.

Vidocq, 1837 : v. a. — Filouter au jeu.

Clémens, 1840 / M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Jouer.

Larchey, 1865 : Flouer n’est pas voler brutalement, c’est plutôt escroquer. On dit Flouer des actionnaires mais on ne dit jamais Flouer un couvert d’argent. — Flouerie : Escroquerie.

Tous les frères flouent plus ou moins leur sœur.

(Balzac)

Du vieux mot fluer (couler) pris dans le sens actif. V. Roquefort. — Flouer : Voler au jeu (Vidocq).Flouerie : Escroquerie. — Floueur : Escroc.

Bien que notre époque ait donné naissance à une effrayante quantité de floueurs de toute espèce.

(A. Dubuisson)

Floueur : Grec (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. a. et n. Jouer, — dans le même argot [des voleurs]. Flouer grand flouant. Jouer gros jeu, risquer sa liberté ou sa vie.

Delvau, 1866 : v. a. Tricher au jeu ; voler, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Jouer, en terme de grecs. — Filouter au jeu.

La Rue, 1894 : Jouer. Voler au jeu ou autrement.

Rossignol, 1901 : Voler, tricher au jeu.

France, 1907 : Voler, tromper, ou simplement jouer.

C’est du commerce comme en ferait Robert Macaire, seulement on escamote un navire et sa cargaison, au lieu de travailler dans la société en commandite ; on floue un assureur au lieu de flouer un actionnaire.

(G. de La Landelie)

Il arrive au sommet de la perfection lorsqu’il a lieu de se persuader qu’il a été floué par des courtisanes, qu’il a fait une orgie satanique avec des viveurs, et qu’il pourrait avoir obtenu quelques bonnes fortunes dans la haute.

(Eugène de Valbezen, Le Rhétoricien)

Jeu (vieux)

Rigaud, 1881 : Vieille école, ancien régime, vieux système. — L’écrivain qui emploie dans un livre des moyens usés, des rengaines pour charmer ses lecteurs : vieux jeu. — L’auteur dramatique dont les procédés scéniques, le dialogue rappellent soit l’exagération des romantiques, soit la monotonie des classiques : vieux jeu. — L’avocat, l’orateur qui effeuille à la barre, à la tribune, les vieilles fleurs desséchées de la rhétorique, celui qui dit : « Nos modernes Hétaïres, le vaisseau de l’État conduit par d’habiles pilotes, l’honorable organe du ministère public, l’hydre de l’anarchie ose relever la tête… » vieux jeu. — Celui qui appelle sa femme « sa moitié » ; celui qui, en quittant un ami, le prie de « mettre ses respectueux hommages aux pieds de madame » ; vieux jeu, vieux jeu.

France, 1907 : Anciennes habitudes hors de cour, usages passés de mode, plaisanteries rabattues.

Quand, vers la trentaine, le comte Sosthène d’Apremont, après une éducation provinciale et vieux jeu sous les jupons maternels, devenu grand gas balourd et hobereau savantasse, décoré du pape, avait eu, comme il convient, l’idée du mariage…

(Gaëtan de Meaulne)

Micheton

Delvau, 1866 : s. m. Petit miche, homme à qui les marchandes d’amour font un rabais.

Rigaud, 1881 : Michet en raccourci. Jeune homme, rhétoricien, qui apporte à une femme le peu d’argent dont il dispose, et qui, au besoin, en dérobe à sa famille.

Virmaître, 1894 : Petit miché qui rale sur le prix des faveurs des filles (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Homme qui paye les femmes.

Hayard, 1907 : Petit miché.

France, 1907 : Petit miché, qui paye peu ou marchande.

Nouveau

d’Hautel, 1808 : Au nouveau, tout est beau. Signifie que les inconstans et les esprits légers s’enthousiasment d’abord de tout ce qui est nouveau ; mais que le refroidissement et le dégoût succèdent bientôt après.
C’est du fruit nouveau que de vous voir. Se dit par plaisanterie à quelqu’un qu’on n’a pas vu depuis long-temps dans un lieu, et que l’on y rencontre par hasard.

Delvau, 1866 : s. m. Élève récemment arrivé au collège, — dans l’argot des collégiens ; soldat récemment arrivé au régiment, — dans l’argot des troupiers ; ouvrier récemment embauché, — dans l’argot du peuple ; prisonnier récemment écroué, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Élève de rhétorique. La rhétorique est divisée en deux sections : les nouveaux et les vétérans.

Le nouveau a des principes de moustaches, des gants blancs, des éperons, un cigare qu’il jette sur le seuil du collège. Au lieu de lire Horace et Virgile et de s’occuper de discours latins, il se forme le style dans la lecture des romans, et apprend l’éloquence dans les journaux qui rapporttent les séances de la Chambre. Les moins hardis font des vaudevilles.

(Henri Roland, L’Écolier)

Q

France, 1907 : Le derrière, maître Luc. On trouve, dans le discours d’un avocat facétieux, plaidant en police correctionnelle, les différentes significations argotiques de ce que représente la dix-septième lettre de l’alphabet :

Nous venons vous demander justice de l’outrage le plus sanglant. Nous avons été frappé… où ? Si nous étions poète, nous vous apprendrions que nous avons été foudroyé sur la double cime : si nous avions été géographe, nous nous plaindrions d’avoir été blessé à la mappemonde : si nous étions philosophe, nous vous démontrerions que nous avons été assailli à posteriori ; si nous étions joueur, nous affirmerions qu’on nous a donné un atout sur l’as de pique ; si nous étions bibliophile, nous vous ferions voir que nous avons été endommagé au verso ; si nous étions numismate, nous prouverions qu’on nous a maltraité sur le revers de la médaille ; si nous étions général, nous établirions que nous avons été attaqué sur l’arrière-garde ; si nous étions architecte, nous vous expliquerions que nous avons été dégradé à l’opposé de la façade ; si nous étions carrossier, nous constaterions que nous avons subi un choc à l’arrière-train ; si nous étions charcutier, nous ferions l’aveu que nous avons reçu un horion dans le gras-double ; enfin, si nous étions armurier, nous attesterions que nous avons été atteint dans la région de la culasse. Mais nous ne sommes qu’un bon bourgeois sans prétention et sans rhétorique ; nous vous dirons donc tout bonnement que nous avons attrapé un coup de pied dans la dix-septième lettre de l’alphabet.

Quorum

France, 1907 : Nombre de membres nécessaires dans une assemblée pour pouvoir légalement délibérer ; littér. desquels. Abréviation de quorum numerus sufficit, desquels le nombre suffit. On atteint le quorum quand on arrive à ce nombre.

Dès le lycée, en rhétorique, l’élève Muffet avait organisé déjà une petite parlotte, avec commissions. sous-commissions, votes par main levée, appel nominal, quorum, interpellations, ordres du jour, et tout le bataclan. Étudiant en droit, stagiaire au faux col rigide, il avait eu, dans les conférences, des succès oratoires très considérables.

(François Coppée)

Struggle for life

France, 1907 : Lutte pour la vie. Expression anglaise, lancée par Darwin dans la circulation.

Struggle for life, la lutte pour la vie, expression brutalement inepte, éloquente, il faut le reconnaitre, dans sa bestialité, mise en crédit par le mercantilisme britannique à l’usage du mercantilisme cosmopolite, qui fait chorus admirativement. Car tel est bien le dernier mot, il ne voit pas au delà de l’esprit bourgeois, sa conception suprême : le désordre sans frein, dit autrement le régime de la concurrence, l’aléa incessant de l’agiotage ; la déprédation meurtrière, qui est l’ordre — ou la forme civilisée du cannibalisme, c’est tout un pour eux, — chez nos peuples perfectionnés ; c’est-à-dire la lutte affamée, haletante, sans moyens, sans vergogne, la bataille des fauves, à belles griffes, à belles dents, sans trêve et sans quartier. Malheur à ceux qui tombent dessous ! Struggle for life ; hourrah !

(Émile Leverdays)

On ne le peut méconnaître, dans les conditions actuelles de l’existence, la pratique de l’escrime rend plus de services que celle du vers latin, et il est plus avantageux dans le struggle for life d’avoir recours à la savate qu’aux injures en vers grecs dont usaient les héros d’Homère avec une volubilité à laquelle ne sauraient atteindre les meilleurs élèves de rhétorique.

(Grosclaude, Le Journal)

Surse (faire la)

Rigaud, 1881 : « Quand on s’amuse (au magasin), un des commis fait la surse. Faire la surse, c’est faire sentinelle. La sentinelle veille et observe, et dès que le patron apparaît, un cri de convention, qui ne peut éveiller aucune défiance, retentit dans le magasin et se répète d’un rayon à l’autre. Comme par exemple 8.50 ! ou 9.50 ! » (Commis et demoiselles de magasin, 1868.) Longtemps le mot d’ordre fut sur seize ! L’hiver dernier, aux magasins du Printemps, c’était : « Voyez gants Suède no 1 », ou « voyez Suède 1 ». — Nous laissons à de plus savants que nous le soin d’éclaircir l’étymologie et d’affirmer si le surse de MM. les calicots vient du latin sursum. Pourquoi pas ? Il doit y avoir de bons latinistes parmi ces gentlemen. Il y a bien un ancien prix d’honneur de rhétorique actuellement cocher de fiacre, et un docteur ès-lettres, chiffonnier.

Vétéran

France, 1907 : Élève de rhétorique ; argot des collèges et lycées.

Les vétérans sont sordides et négligés comme les savants, ce sont des élèves consciencieux mais routiniers ; pauvres diables confinés dans les collèges, à qui le monde n’a pas envoyé ses rayonnements ; qui ont pour maîtresse Didon et Lavinie, lisent Laharpe et les modèles de la littérature, écrivent sur leur bannière : Racine, et rompent des lances contre Victor Hugo.

(Henri Rolland, L’Écolier)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique