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Bichette

Delvau, 1864 : Le membre viril, — ou plutôt, pour lui restituer son véritable sexe, la pine. — Cette expression, maintenant répandue à Paris, appartient à Nadar, à qui l’on prête des conversations intimes avec Mlle Bichette. Un couplet d’Alexandre Pothey la consacre :

Avis aux dam’s ! qu’on se le dise !
Nadar a l’ sac, et pour de bon !
Le Monstre Vert, Frisette, Élise,
Jusqu’à l’antique Pavillon,
Pour célébrer ce jour de fête,
S’en vont fair’ la cour à Bichette !
D’être avalée elle a le trac !
Nadar a l’ sac !

Delvau, 1866 : s. f. Petit nom d’amitié ou d’amour, — dans l’argot des petites dames et de leurs Arthurs.

France, 1907 : Petite biche ; nom d’amitié que les maris donnent à leurs femmes et les amants à leurs maîtresses.

Monsieur. — Mais il y a des choses que tu ne veux pas comprendre, ma pauvre enfant… c’est qu’un homme a de certaines nervosités… avec lesquelles le cœur n’a rien de commun. C’est purement physique. Au fond, eh bien, oui ! je déteste coucher à deux. Toi, tu adores ça. Je respecte ton goût, tu vois même que je m’y conforme ; toi, de ton côté, respecte aussi le mien. Mais vous autres, les femmes, pour ça vous êtes extraordinaires : vous attachez ainsi à un tas de petites pratiques usuelles une importance morale qu’elles n’ont pas. Parce que je ne passe pas mes nuits entières à te tenir pressée contre mon cœur comme si tu allais partir en Sibérie pour un voyage de cinq ans, tu t’imagines que je ne t’aime pas et que tu m’es indifférente ? Sois raisonnable, voyons, ma bichette.
Madame. — Je le suis, et plus que tu ne le crois. Mais vous autres aussi, les hommes, vous êtes bien étonnants. Ça t’ennuie de coucher à deux ; moi, je ne me suis mariée que pour ça.
Monsieur. — Voilà une chose qu’il ne faudrait pas dire devant du monde !

(Henri Lavedan)

On dit aussi, dans le même sens, biche.

Bon

d’Hautel, 1808 : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit par plaisanterie, en parlant d’un enfant turbulent, espiègle et difficile à conduire.
Il est bon par où je le tiens. Se dit à-peu-près dans le même sens, pour exprimer qu’un enfant a la mine trompeuse ; qu’il est plus dégoisé qu’il le paroît.
Il est bon là. Manière ironique qui équivaut à, il est sans façon, sans gêne ; je l’aime encore bien de cette façon.
Il est bon là. Signifie aussi, il est bien capable de faire face à cette affaire ; il est bon pour en répondre.
Il est si bon qu’il en pue ; il est si bon qu’il en est bête. Se dit trivialement et incivilement d’une personne foible et pusillanime, et qui n’inspire aucun respect.
Il est bon comme du bon pain. Se dit d’une personne qui, par défaut de jugement, ou par foiblesse, se laisse aller à toutes les volontés.
Les bons pâtissent pour les mauvais. Signifie que les innocens portent souvent la peine des coupables.
Les bons maîtres font les bons valets. C’est-à-dire qu’il faut que les maîtres donnent l’exemple de la douceur et de la complaisance à leurs domestiques.
Quand on est trop bon le loup vous mange. Signifie qu’un excès de bonté est toujours nuisible.
À tout bon compte revenir. Veut dire qu’entre honnêtes gens, erreur ne fait pas compte.
Jouer bon jeu bon argent. Jouer loyalement, franchement.
Faire bonne mine et mauvais jeu. Dissimuler les peines, les chagrins que l’on ressent ; le mauvais état de ses affaires.
Avoir bon pied bon œil. Être frais, gaillard et dispos ; prendre garde à tout.
Faire le bon valet. Faire plus que l’on ne commande ; flatter, carresser quelqu’un pour gagner ses faveurs, et en tirer avantage.
Il a une bonne main pour chanter et une bonne voix pour écrire. Raillerie qui signifie qu’une personne n’est habile dans aucun de ces arts.
À bon chat bon rat. Se dit lorsque dans une affaire, un homme fin et subtil rencontre un adversaire aussi rusé que lui.
Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. Se dit de ceux qui, provisoirement, et sous un prétexte quelconque, s’emparent du bien d’autrui, sauf à le restituer ensuite, s’il y a lieu. Le peuple, traduit ainsi ce proverbe : Ce qui est bon à prendre est bon à garder, parce qu’on ne rend jamais, ou du moins bien rarement, ce dont on s’est emparé.
Bon jour, bon œuvre. Veut dire que les gens vertueux saisissent l’occasion des grandes fêtes pour faire de bonnes actions ; et les méchans pour commettre leurs crimes.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. C’est-à-dire, ne pas lui laisser prendre d’empire sur soi, en agir librement avec lui.
À quelque chose malheur est bon. Signifie que souvent d’un accident il résulte un grand bien.
N’être bon ni à rôtir ni à bouillir ; n’être bon à aucune sauce. C’est n’être propre à aucun emploi ; n’être bon à rien.
Il n’est pas bon à jeter aux chiens. Se dit d’un homme contre lequel on a conçu une grande animadversion ; ou qui, d’une haute faveur, est tombé tout-à-coup dans la disgrace la plus complète.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Se dit à ceux qui allèguent des excuses, des prétextes, pour ne point remplir leurs engagemens.
Un bon Gaulois. Pour dire un homme qui tient aux anciennes modes, aux anciens usages.
S’expliquer en bon Français. C’est parler ouvertement, sans rien déguiser.
Une bonne fuite vaut mieux qu’une mauvaise attente.
C’est un bon diable ; un bon garçon ; un bon enfant ; un bon vivant ; un bon luron.
Termes familiers, qui se prennent communément en bonne part, à l’exception cependant du second et du troisième, qui s’emploient quelquefois dans un sens ironique.
Après bon vin bon cheval. Signifie que quand on a fait bonne chère, on se remet en route plus aisément.
Faire bon pour quelqu’un. S’engager à payer pour lui, se rendre sa caution.
Trouver bon ; coûter bon. Approuver tout ; payer quelque chose fort cher.
Tenir bon. C’est résister avec courage et fermeté.
Se fâcher pour tout de bon. Bouder, être sérieusement fâché.
On ne peut rien tirer de cet homme que par le bon bout. C’est-à-dire, que par la rigueur, par les voies judiciaires.
C’est un bon Israélite. Se dit par raillerie d’un homme simple et dénué d’esprit.
Rester sur la bonne bouche. C’est-à-dire, sur son appétit ; ne pas manger selon sa faim.
Faire bonne bouche. Flatter, endormir quelqu’un par de belles paroles.
Garder une chose pour la bonne bouche. La réserver pour la fin, comme étant la plus agréable et la plus facile.
C’est bon et chaud. Pour exprimer que ce que l’on mange est brûlant.
Mon bon. Ma bonne. Noms caressans et flatteurs que les bourgeoises de Paris donnent à leurs maris. Les personnes de qualité se servent aussi de ces mots, par bienveillance ou par hauteur, en parlant à leurs inferieurs.

Larchey, 1865 : Bon apôtre, hypocrite.

Vous n’êtes bons ! vous… N’allons, vous n’avez fait vos farces !

(Balzac)

C’est un bon : C’est un homme solide, à toute épreuve.

Ce sont des bons. Ils feront désormais le service avec vous.

(Chenu)

Pour un agent de police, un homme bon est bon à arrêter.
Être des bons : Avoir bonne chance.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sur lequel on peut compter, — dans l’argot du peuple, à qui l’adjectif ne suffisait pas, paraît-il.

Rigaud, 1881 : Agent des mœurs, — dans l’argot des filles et des voleurs. Le bon me fiole, l’agent des mœurs me dévisage.

Boutmy, 1883 : s. m. Épreuve sur laquelle l’auteur a écrit : Bon à tirer, c’est-à-dire bon à imprimer. Cette épreuve est lue une dernière fois, après l’auteur, par le correcteur en seconde ou en bon.

La Rue, 1894 : Homme bon à voler. Agent des mœurs. Le bon me fiole, l’agent me regarde. Avoir bon, prendre en flagrant délit.

France, 1907 : Naïf, bon à voler. Être le bon, être arrêté à bon escient ; vous êtes bons, vous, vous êtes un farceur ; bon jeune homme, garçon candide ; être des bons, avoir bonne chance ; il est bon, il est amusant ; c’est un bon, c’est un homme sur lequel on peut compter. Bon endroit, le derrière, le podex.

Elle reçut un maître coup de soulier juste au bon endroit.

(Zola)

Bon pour Bernard, bon pour les cabinets d’aisance.

Déballer

Rigaud, 1881 : Déshabiller, enlever l’arsenal des faux-chignons, tournures, soutien des faibles, faux râteliers, et tous les trompe-l’œil de la toilette féminine.

Rigaud, 1881 : Sacrifier à Domange, — dans le jargon des voleurs.

Virmaître, 1894 : Soulager ses entrailles pour quinze centimes, ce que ne pouvait digérer Villemessant qui trouvait exorbitant d’être forcé de donner trois sous pour restituer un petit pain qui n’en coûtait qu’un et encore en laissant la marchandise (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Personne n’en est exempt.

Hayard, 1907 : Soulager ses entrailles.

France, 1907 : Déshabiller ; soulager ses entrailles ; exhiber.

Dessaler (se)

Larchey, 1865 : Boire.

Delvau, 1866 : v. Boire le vin blanc du matin, — dans l’argot des faubouriens, qui dorment volontiers salé, comme Gargantua.

Rigaud, 1881 : Boire, — dans le jargon des voyous. — Viens-tu nous dessaler ?

Rigaud, 1881 : S’acquitter d’une avance faite, — dans le jargon des typographes. C’est mot à mot : restituer son salé. Les avances d’argent ont reçu le nom de salé, par abréviation de salaire.

Rigaud, 1881 : Tomber malade, — dans le jargon des voleurs. Allusion aux conserves qui s’amollissent lorsqu’elles perdent leur sel.

Boutmy, 1883 : v. pr. S’acquitter, se mettre au pair, quand on a compté par avance une composition qui n’était pas faite. V. Salé.

France, 1907 : Boire le petit verre de vin blanc matinal qui dessale le gosier, ou se rendre malade.

Faute d’un point, Martin perdit son âne

France, 1907 : Martin, prieur de l’abbaye d’Azello, en Italie, voulut faire écrire sur le portail de son monastère cette devise latine :

Porta, patens esto.
Nulli claudaris honesto.

« Porte, sois ouverte. Ne sois jamais fermée à un honnête homme. »
Le peintre facétieux ou maladroit, en inscrivant ces deux phrases, transposa le point et au lieu de le mettre après esto, le plaça après nulli, ce qui leur donnait un tout autre sens :

Porta, patens esto nulli. Claudaris honesto.

« Porte, ne sois ouverte à personne. Sois fermée à l’honnête homme. »
Un cardinal passant par la, et remarquant cette faute à laquelle le prieur n’avait pas pris garde, le taxa d’incivilité ou d’ignorance et lui retira son abbaye. Son successeur fit bien vite rectifier la devise, mais quelque moine plaisant écrivit au-dessous :

Uno pro puncto caruit Martinus Azello.

« Pour un seul point Martin perdit Asello. » Et comme il y a beaucoup de ressemblance entre le nom de l’abbaye et celui de l’âne, asellus, les Français, qui ont la manie d’éstropier tous les noms étrangers, dénaturèrent la phrase, et cette version erronée passa en proverbe.
Les Italiens disent : Per un punto Martino perse la cappa. « Pour un point, Martin perdit la cape. » La cape est le manteau à capuchon que portaient les prieurs et les abbés.
Toute cette histoire est fort jolie, mais si l’on doit en croire Jean Masset, elle est complètement fausse. D’après lui, c’est faute d’un poil qu’il faudrait dire. Je trouve en effet, dans son Exact et facile acheminement à la Langue Françoise (Genève, 1513), l’explication suivante : « Ceux qui disent : Pour un point Martin perdit san asne, ont occasion d’avouer qu’ils ne savent l’origine de ce proverbe. Mais il sera facile à le restituer en son entier, selon qu’il est cy dessus. Le fait est qu’un nommé Martin, ayant perdu son asne à la foire, il arriva que l’on en trouva un autre qui étoit aussi perdu, de sorte que le juge du village étoit d’opinion que l’on rendit à ce Martin l’asne trouvé, mais celui qui l’avait en sa possession et le vouloit faire sien, s’avisa de demander à Martin de quel poil étoit son asne, lequel ayant répondu que l’asne étoit gris, fut débouté de sa demande, d’autant que l’asne était noir ! Ainsi pour n’avoir su dire de quel poil étoit la bête, il donna lieu à ce proverbe. »

Fuser

Delvau, 1866 : s. m. Levare ventri onus, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Restituer un purgatif.

France, 1907 : Faire ses déjections.

Gorge (rendre)

France, 1907 : Restituer par la force ce que l’on a mal acquis.

Piquer un renard

Larchey, 1865 : Vomir. — V. Renard. — Piquer un soleil : Rougir subitement. — Piquer l’étrangère : V. ce mot. — Piquer une tête : S’élancer ou tomber la tête la première. — Piquer un laïus : V. ce mot. — Piquer une carte :

Lui imprimer certaines marques imperceptibles, et susceptibles de ne les faire connaître a d’autres qu’à vous.

(Mornand)

Piquer sur quatre : Gagner une partie d’écarté presque perdue, lorsque votre adversaire a sur vous quatre points d’avance. — Se piquer le nez : V. ce mot. — Pas piqué des vers, des hannetons : Vigoureux, intact, frais, sain.

C’est qu’il fait un froid qui n’est pas piqué des vers ici !

(Gavarni)

Une jeunesse entre quinze et seize, point piquée des hannetons, un vrai bouton de rose.

(Montépin)

C’est qu’elle n’était pas piquée des vers, Et oui, morbleu ! C’est ce qu’il faut à Mahieu.

(Les amours de Mahieu, ch., 1832)

Rigaud, 1881 : Restituer forcément un bon ou un mauvais repas.

France, 1907 : Vomir.

Recoquer

Ansiaume, 1821 : Passer quelque chose.

Tu me recoqueras la camelotte, que j’exbalancerai à terre.

anon., 1827 : Rendre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Rendre, restituer.

Halbert, 1849 : Rendre.

La Rue, 1894 : Revenir à la santé. Rendre.

France, 1907 : Rendre.

Refiler

Clémens, 1840 : Remettre, rendre, donner.

un détenu, 1846 : Faire passer de main en main.

Halbert, 1849 : Donner le vol à un compère ou suivre quelqu’un.

Larchey, 1865 : Donner un vol nourri, suivre.

Delvau, 1866 : v. a. Rendre, restituer, — dans l’argot des voyous.

Delvau, 1866 : v. a. Suivre, rechercher, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chercher ; suivre, — dans l’argot des voleurs. (A. Delvau)

Rigaud, 1881 : Passer, mettre en circulation.

Je n’ai refilé que cinq roues de derrière.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)

Rigaud, 1881 : Perdre au jeu l’argent du bénéfice. — Avoir gagné 20 louis et les refiler. — Reperdre ce qu’on avait gagné au jeu.

La Rue, 1894 : Rendre. Restituer. Suivre. Rechercher. Donner. Céder. Passer. Reprendre. Refiler sa contremarque, mourir.

Virmaître, 1894 : Veut dire : donne-moi. Le souteneur dit à sa marmite :
— Refile-moi le pognon.
Refiler
quelqu’un : c’est le suivre ou le rechercher.
— J’ai eu beau le refiler, c’est comme si j’avais cherché une aiguille dans une botte de foin (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Rendre, donner. — « Refile ce que tu me dois. » — « Refile-moi une cigarette. »

Hayard, 1907 : Donner.

France, 1907 : Donner. Un argotier s’est amusé à mettre en argot la chanson Au clair de la lune.

Au chair de la luisante,
Mon frangin Pierrot,
Refile-moi ta griffonnante,
Pour broder un mot.
Ma camoufle est chtourbe,
Je n’ai plus de rif ;
Déboucle-moi ta lourde
Pour l’amour du mec !

France, 1907 : Rendre.

Il allait se coucher jusqu’à midi, puis il irait déjeuner au cercle ; après an tour au Bois, retour au cercle pour y doubler ou y refiler le sac de la nuit dernière.

(Gil Blas)

France, 1907 : Suivre, surveiller.

Ma sœur est avec Éloi
Dont la sœur est avec moi :
L’soir, su’ l’boul’vard, ej’ la r’file
À Bell’ville :
Comm’ ça j’gagn’ pas mal de braise ;
Mon beau-frère en gagne autant,
Pisqu’i’ r’fil’ ma sœur Thérèse
À Ménilmontant.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Quand on a des « lois scélérates »
Comme y en a dans not’ doux pays,
Quand on est toujours sous la patte
D’un tas d’argousins, de bandits,
Qui vous espionn’nt et qui vous r’file,
Toujours prêts à vous arrêter,
L’gouvernement, sans s’faire ed’bile,
Fait mettre sur les murs : Liberté !

(Le Père Peinard)

Restituer

France, 1907 : Vomir. Restituer sa doublure, mourir.

Restituer sa doublure

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des faubouriens.

Sioniste

France, 1907 : Nom que se donnent les juifs qui aspirent à reconstituer le royaume de Sion, c’est-à-dire à restituer dans son intégrité la nationalité hébraïque.

On nous reproche, disent les sionistes, de ne pas avoir de patrie, d’être des étrangers dans les pays que nous habitons, où nous subissons des lois que vous n’avons pas toujours faites et qui, en certains lieux, sont des lois d’exception contre nous. Hé bien ! ayons une patrie ! La prophétie disant que nous resterons dispersés ne vaut pas plus, devant la raison humaine, que celle qui assure que le temple ne sera pas rebâti. Réunissons-nous et faisons-la mentir…
À vrai dire, je ne crois guère à la réussite du projet des sionistes. Ils pourraient, à la rigueur, fonder une colonie juive, s’administrant librement sous la loi de Moïse. Mais ceci ne serait que la reprise et le développement de l’entreprise patronnée par le baron de Hirsch au profit des juifs persécutés en Roumanie on en Russie. Quant à reconstituer d’un coup une nationalité, les conditions économiques et politiques de notre temps paraissent s’y opposer. De plus, sans parler de certaines divisions qui existent, assez profondes, parait-il, entre les diverses « nations juives », — les juifs portugais, par exemple, ressemblent peu aux juifs polonais ou de la vallée du Danube, — l’idée sioniste me parait arriver trop tard. Sa raison d’être, c’est que les juifs — c’est là le terrain sur lequel on s’est placé au congrès — ne sont pas devenus les nationaux de leurs pays d’élection. Ceci n’est pas vrai partout. Ce n’est même vrai que dans un certain nombre de pays où, du fait de leur situation exceptionnelle, les juifs, même assez nombreux, n’ont pas la puissance financière que voudrait une grande entreprise. On trouverait en Russie bien des israélites prêts à aller chercher une nouvelle patrie. Mais auraient-ils les ressources nécessaires pour l’essayer ? Dans presque tous les autres pays d’Europe, en France, en Angleterre, en Allemagne, les israélites sont riches et, par cette richesse même, se sont assimilés à la nation au milieu de laquelle elle fut créée.

(Nestor, Écho de Paris)


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