d’Hautel, 1808 : Avocat sans cause ; Avocat de causes perdues. Mauvais avocat sans renommée et sans clientelle.
Avocat
Balade
Delvau, 1866 : s. f. Promenade, flânerie dans l’argot des voyous. Faire une balade ou Se payer une balade. Se promener.
Rigaud, 1881 : Promenade, flânerie.
Je m’aboule pour une balade.
(Huysmans, Les sœurs Vatard, 1879)
Faire la balade, être en balade, se promener.
Boutmy, 1883 : s. f. « Promenade, flânerie », dit Alfred Delvau. C’est vrai ; mais, pour les typographes, la balade est quelque chose de plus ; c’est une promenade au bout de laquelle il y a un déjeuner, un dîner, ou tout au moins un rafraîchissement ; c’est aussi la promenade au hasard et sans but déterminé ; mais il arrive presque toujours que l’un des baladeurs a une idée lumineuse et entraîne ses camarades dans quelque guinguette renommée.
La Rue, 1894 : Promenade. Se balader.
Barbizet
France, 1907 : Souteneur.
Magnette excitait par sa crânerie une admiration que rehaussait encore la renommée de son bon cœur et de sa probité, on le donnait pour exemple aux barbizets qui débutaient dans la carrière.
(Oscar Méténier)
Bouchon
d’Hautel, 1808 : Faire sauter le bouchon. Pour dire boire dru et sec, sans se griser.
On appelle un petit cabaret un bouchon ; et l’on dit À bon vin, il ne faut point de bouchon, parce qu’un cabaret, ou tout autre lieu en bonne renommée n’a pas besoin d’enseigne.
Vidocq, 1837 : s. f. — Bourse.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Delvau, 1864 : Le membre viril, que la nature a destiné à fermer hermétiquement le goulot de la femme.
Larchey, 1865 : Qualité, genre. — Allusion aux produits sortant des débits de vins appelés bouchons. On a dit ironiquement : Ceci est d’un bon bouchon, comme : Ceci est d’un bon tonneau, — ou : Ceci est du bon coin.
Delvau, 1866 : s. m. Acabit, genre, — dans l’argot du peuple. Être d’un bon bouchon. Être singulier, plaisant, cocasse.
Delvau, 1866 : s. m. Bourse, — dans l’argot des voleurs, dont les ancêtres prononçaient bourçon.
Delvau, 1866 : s. m. Cabaret. On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi à Paris, sont ornés d’un rameau de verdure, — boscus.
Rigaud, 1881 : Bourse, — dans le jargon des voleurs.
Fustier, 1889 : Bouteille de vin cacheté. (Richepin)
Virmaître, 1894 : Bourse. Allusion à l’argent qu’elle contient, qui sert à boucher des trous. Pour payer une dette, on dit : boucher un trou (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Mauvaise gargote où l’on vend du vin sans raisin. Allusion à l’usage ancien de placer comme enseigne, au-dessus de la porte d’entrée, une branche de sapin ou de houx ; cela se nomme un bouchon (Argot du peuple).
France, 1907 : Bourse, argot des voleurs, corruption de pouchon, pochon, poche. On disait aussi bourçon. — Bouteille de vin cachetée et, par métonymie, cabaret. — S’emploie aussi pour acabit, qualité : Être d’un bon bouchon, être amusant, de bonne humeur, gai compagnon. S’asseoir sur le bouchon, s’entendre condamner à la prison ; argot des voleurs.
Ceinture
d’Hautel, 1808 : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. Pour dire qu’une bonne réputation l’emporte sur la richesse ; que rien au monde n’est plus précieux qu’une bonne renommée ; ce qui malheureusement n’est pas toujours le partage de la probité. Ce proverbe vient de ce qu’autrefois les femmes honnêtes portoient comme marque distinctive une ceinture dorée.
Être pendu à la ceinture de quelqu’un. C’est lui faire une cour assidue pour en obtenir quel que faveur ; le suivre continuellement et partout.
Ceinture dorée
France, 1907 : Fille publique. Autrefois les filles de joie se distinguaient des honnêtes femmes par une ceinture dorée, d’où le proverbe : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.
Chatellerault
Virmaître, 1894 : Couteau. Allusion à la ville renommée pour sa fabrication. On pourrait aussi bien dire Thiers ou Noutron (Argot des voleurs). V. Lingre.
Dorer
d’Hautel, 1808 : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. Signifie qu’une bonne réputation vaut mieux qu’une ceinture dorée, qui étoit autre fois la marque distinctive que des femmes honnêtes. Voyez Ceinture.
Dorer la pillule. Adoucir quelque chose de fâcheux par de belles paroles.
Il est fin à dorer. C’est-à-dire, rusé, d’une grande subtilité dans les affaires.
Femelle
d’Hautel, 1808 : Le peuple prononce fumelle.
Delvau, 1866 : s. f. Femme, épouse, — dans l’argot des ouvriers, qui se considèrent comme des mâles et non comme des hommes. L’expression, — toujours employée péjorativement, — a des chevrons, puisqu’on la retrouve dans Clément Marot, qui, s’adressant à sa maîtresse, la petite lingère du Palais, dit :
Incontinent, desloyalle femelle,
Que j’auray faict et escrit ton libelle,
Entre les mains le mettray d’une femme
Qui appelée est Renommée, ou Fame,
Et qui ne sert qu’à dire par le monde
Le bien on mal de ceux où il abonde.
France, 1907 : Femme, dans la langue des jalouses et des rivales. En anglais, female désigne la femme en général.
Liverdun étanchait avec une serviette du sang qui souillait le ventre nu de l’aubergiste… Des forgerons passèrent au rasoir gluant de rouge… Louise, maintenue par des mains brutales, criait : « Maintenant, père, tu n’iras plus avec tes saletés de femelles, tu ne leur porteras plus tout l’argent d’ici… hein !… J’ai bien fait, j’ai bien fait. N’est-ce pas, monsieur Dessling, j’ai bien fait de lui couper ça. Il donnera l’argent à sa famille maintenant ! »
Pendant un sommeil d’ivresse, Louise avait à demi châtré son père. Le gros homme râlait dans sa blouse bleue. L’averse battant les vitres. Les bras de l’hystérique dansaient, malgré l’étreinte des voisins. « J’ai bien fait, bien fait ! »
(Paul Adam, Le Mystère des foules)
Grenipille à la mamelle
Connut le bonheur deux ans,
Les repas toujours présents,
Sa mère étant la gamelle.
Puis, les tétons moins pesants,
Sa mère refut femelle ;
Et la gosse aux yeux luisants
Connut les jours malplaisants
Avec l’errante, et, comme elle,
Devint de ces gueux gueusants
Aux refus des paysans.
(Jean Richepin)
Gâte-sauce littéraire
France, 1907 : Petit journaliste sans talent, sans instruction, sans style, médisant et envieux, qu’on emploie à toutes les sauces, surtout les plus sales.
Mais à côté des écrivains honnêtes, il y a malheureusement dans la presse une foule d’écrivains — que je pourrais nommer — pour qui toutes les renommées sont un sujet d’envie et de haine, et qui cherchent par tous les moyens à ternir les réputations les mieux acquises. On pourrait les nommer les petits polissons de la littérature, les gâte-sauce littéraires, les saute-ruisseaux de libraires, les ahuris et les abrutis de la petite presse.
(Victorien Monnier)
Graphomane
France, 1907 : Écrivassier. Individu qui sans talent, sans instruction, sans expérience, est poussé par la tarentule littéraire. Les nouvelles lois sur l’instruction ont encombré le pays d’une multitude de ratés, de déclassés et de graphomanes.
Comme tant de gens, sans état fixe, il rêve de cet état illusoire qui s’appelle la carrière des lettres. Il est ou se croit littérateur, ou plutôt sa manie d’écrire a un nom scientifique : il est graphomane.
Le graphomane pullule dans notre société, où la mêlée est si rude, les places à conquérir sont si rares. Le graphomane se croit du génie et mesure son œuvre à sa prétention. Il est fiévreux, nerveux, pressé, féroce. Il n’entend ni les conseils de la patience, ni ceux même du bon sens. Il a hâte d’arriver. De quel droit n’arrive-t-il pas ? Un tel est bien là, debout, devant lui, qui lui barre le chemin et qui n’a pas plus de droits que lui à la renommée et à la vie !
Mais cet homme qui est là a travaillé trente ans de suite pour occuper le pauvre coin qu’il a conquis, de par son labeur et son talent — aidés aussi d’un peu de chance, je le veux bien, car le don n’est rien souvent sans un sourire de la capricieuse fortune.
(Jules Claretie)
Gruger
d’Hautel, 1808 : Pour, rapiner, voler, manger ; être aux crocs de quelqu’un ; lui soutirer de l’argent.
Il le gruge d’une belle manière. Pour, il le vole, il le ruine secrètement.
Delvau, 1866 : v. a. Manger le bien de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Les gens de lettres écrivent grue-ger, par allusion aux mœurs des grues, — ces Ruine-maison !
France, 1907 : Manger ; du bas allemand grusen, écraser, broyer avec les dents. Gruger quelqu’un, le piller, lui manger son bien.
Certes, ce monde circonscrit, brillant et mêlé, qui va du turf au Jockey, en passant par les foyers de théâtres, nous montre plus de princes tombés aux maquignonnages louches qu’aspirant aux hautes vertus démocratiques. Plus d’un, parmi ces brillants, à mis son grain air, sa renommée d’élégance au service de quelque cocotte, ambitieuse de gruger de jeunes bourgeois vaniteux.
(Francis Chevassu)
Dans Nos Intimes, Victorien Sardou essaye de faire le dénombrement des variétés d’amis. « Nous avons, dit l’illustre académicien, l’ami despote qui nous fait faire ses commissions, l’ami spirituel qui fait des mots à nos dépens, l’ami indiscret qui raconte aux hommes nos petites faiblesses et aux dames nos petites infirmités !… l’ami gêné qui est encore bien plus gênant, l’ami parasite qui nous mange, l’ami spéculateur qui nous gruge, enfin mille espèces d’amis dont le dénombrement serait éternel, depuis celui qui nous emprunte nos livres … qu’il ne nous rend pas, jusqu’à celui qui nous emprunte notre femme… qu’il nous rend ! »
Lillois
Vidocq, 1837 : s. m. — Fil.
Larchey, 1865 : Fil (Vidocq). — On en fait beaucoup en Flandre. V. Lyonnaise.
Delvau, 1866 : s. m. Fil à coudre.
Rigaud, 1881 : Fil, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 : Fil.
France, 1907 : Fil à coudre. Lille était jadis renommée pour son fil.
Lingre
Ansiaume, 1821 : Couteau.
Il faut toujours avoir en valade un lingre de taille.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Couteau. Refroidir avec le lingre, tuer à coups de couteau.
Bras-de-Fer, 1829 : Couteau.
Vidocq, 1837 : s. m. — Couteau.
Halbert, 1849 : Couteau.
Larchey, 1865 : Couteau (Vidocq). — Lingrer : Frapper à coups de couteau. — Lingrerie : coutellerie. — Lingriot : Canif. — Quadruple allusion à Langres, ancienne capitale de la coutellerie.
Delvau, 1866 : s. m. Couteau, — dans l’argot des voleurs, qui savent que Langres est la patrie de la coutellerie. Lingriot. Petit couteau ; canif ; bistouri.
Rigaud, 1881 : Couteau. Mot à mot : couteau de Lingres, pour Langres, patrie de la coutellerie française. — Lingrerie, coutellerie. — Lingriot, petit couteau, canif.
Virmaître, 1894 : Couteau. Quelques auteurs disent lingue, c’est une erreur, lingre est une corruption de Langres, ville renommée pour la fabrication de ses couteaux (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Couteau.
Lingue, lingre
France, 1907 : Couteau. Déformation de la ville de Langres, renommée pour sa coutellerie. On dit aussi linve, surin, scion, pliant, coupe-sifflet, trente-deux ou vingt-deux, allusion au prix. Jouer du lingue, donner des coups de couteau.
— Nom de Dieu ! j’y touche presque ! Attends ! Ça n’y est pas ! Passez-moi un lingue.
Orlando tira de sa poche un de ces longs couteaux qu’une virole change en poignard et dont ne se sépare jamais l’Italien du peuple.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
S’i’ veut ben s’laisser faire, on fait pas d’mal au pantre,
Mais quand i’ veut r’ssauter où ben fair du potin. Cu y fout génliinent un puit coup dlingu dans l’ventre, Pour y approndre à gueuler à deux heur’s du matin.
(Aristide Bruant)
— Comment voulez-vous qu’on ait le cœur de ficher un coup de lingue, me disait un jour une « terreur » de la « Butte », quand on n’a rien mangé depuis trois jours ?
Il parait qu’il est plus facile de donner un coup de pioche qu’un coup de lingue, car mes casseurs de glace piochaient à jeun dans le ruisseau ; ils piochaient lentement ; ils piochaient tout de même.
(Hugues Le Roux)
… Les bandits avaient repris leur vie en commun de maraudes, de pillages, de pardessus volés, et au besoin d’appartements visités et de villas escaladées, sans parler du casuel, un bon coup de lingue servi au pantre qui s’amusait à crier quand on le barbottait au détour d’une rue déserte.
(Edmond Lepelletier)
Mac
Vidocq, 1837 : s. m. — Amant et souteneur d’une fille publique. Il s’est opéré une telle fusion dans nos mœurs, que plusieurs types se sont effacés sans laisser la moindre trace de leur existence. Bientôt le Mac sera un de ceux-là ; il est déjà fossile, bientôt il sera anté-diluvien. Mais cela ne prouve rien en faveur de nos mœurs ; notre belle jeunesse d’aujourd’hui ne vaut guère mieux que celle d’autrefois ; les dehors sont sans doute moins repoussans, mais l’intérieur est le même, et la seule conclusion qu’il soit possible de tirer de ce qui se passe, c’est que le nombre des êtres vicieux est plus grand. Le métier de Mac, autrefois, n’était guère exercé que par des voleurs ou des mouchards. Ces messieurs étaient jadis les seuls sultans des harems publics ; maintenant les prêtresses de Vénus Callipyge ont pour amans des jeunes gens de famille, ils ne volent personne, ils ne rendent aucun service à la préfecture de police, ils ont même de l’honneur ! Ce qui ne les empêche pas d’envoyer leur femme au vague, et d’avoir conservé toutes les traditions du métier, hormis celles qui pouvaient les compromettre. Que l’on ne croie pas cependant que les filles de joie ont gagné à cet échange ; il y avait autrefois entre elles et leurs amans une certaine conformité de périls et d’infortunes qui rendait la communauté plus douce, communauté qui n’existe plus maintenant. Cependant celui qui s’est fait le despote d’une courtisane, à la charge par lui de la défendre envers et contre tous, s’il n’est ni voleur ni mouchard, est bien prêt de devenir tout cela.
Le monde des Macs était autrefois un monde à part. On voyait ces Messieurs, réunis dans les bouges de la Grève et des environs, prêts, au premier signal, à aller jeter par la fenêtre le malheureux qui, pour son malheur, était entré dans un des mauvais lieux qui, à cette époque, infestaient les rues de la Tannerie, de la Vieille-Lanterne, de la Vieille-Place-aux-Veaux, de la Mortellerie.
Les Macs de l’ancien régime étaient tous costumés de la même manière ; grand chapeau à cornes, cravate d’une ampleur démesurée, veste très-courte, pantalon large, bas à coins de couleur, et chaussure des magasins de la mère Rousselle. Une chique énorme et un bâton long et noueux leur servaient de signes de reconnaissance.
Les filles étaient chargées de pourvoir aux besoins et aux plaisirs de MM. les Macs, et, à cet effet, chacune d’elles avait un compte ouvert chez Dupuis, la mère Bariol, la mère Sans-Refus, taverniers en grande renommée à cette époque. Chaque Mac inscrivait sur une ardoise sa dépense, que sa femme était chargée de payer. L’éponge passée sur une ardoise servait de quittance générale. (Voir Rutière).
Delvau, 1864 : Abréviation de maquereau.
Ça m’ fera peut-être rigoler un brin, de changer d’rôle, et de mac devenir miché.
(Lemercier de Neuville)
Après tout, ce n’est pas si bête
D’avoir fait quatre cents binettes.
D’hommes de lettr’s, de peintr’s et de mac ?
(A. Pothey)
Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Maquereau, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Apocope de maquereau, souteneur de filles ; et mecque avec changement de l’a en e. — De maque, marchand ; d’où maquignon.
Virmaître, 1894 : Diminutif de maquereau. Quelques-uns écrivent mec, d’autres mecque. C’est mac qui est le vrai mot (Argot des souteneurs).
Rossignol, 1901 : Individu qui vit du produit d’un labeur vaginal.
Hayard, 1907 : Souteneur.
France, 1907 : Abréviation de maquereau.
Nihiliste
France, 1907 : Révolutionnaire russe qui veut à tout prix le bonheur des autres et n’hésite pas à lui sacrifier le sien et même sa vie. Il date de 1871 ; ne pas le confondre avec le nihiliste qui l’a précédé et exercé une influence considérable sur la littérature et les mœurs de 1860 à 1870. L’ancien nihiliste qui reconnut la femme l’égale absolue de l’homme plaçait son bonheur dans un idéal de vie « raisonnable et réalistes » ; l’idéal du nouveau est une vie de souffrance et une mort de martyr.
Et pourtant, dit l’auteur de la Russie souterraine, la fatalité a voulu que les premiers, enfermés dans leur propre pays n’aient pas laissé de nom en Europe, tandis que les autres, après avoir acquis une renommée de terreur, ont été baptisés du nom de ces prédécesseurs inconnus.
Si l’antagonisme des classes existait en Russie comme chez nous, les nihilistes auras vraiment beau jeu ! Mais il n’y a pas de classes rivales dans l’empire des tsars. Jamais les divers groupes qui forment la société russe ne sont entrés en lutte les uns contre les autres. Il n’y a que les différences de situation sociale des individus.
(Victor Tissot, La Russie et les Russes)
Padoue
Delvau, 1866 : s. f. Cordonnet rouge avec lequel les confiseurs attachent les sacs de bonbons.
France, 1907 : Cordonnet avec lequel les confiseurs attachent les sacs de bonbons. Padoue est renommée pour ses filatures de soie.
Ramponer
Delvau, 1866 : v. n. Boire, s’enivrer. L’expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier de la Courtille.
France, 1907 : Boire à la guinguette. Cet archaïsme, fort usité au XVIIIe siècle, est à peu près ignoré aujourd’hui. Il mérite d’être rappelé. Ramponneau était le nom d’un cabaretier qui abreuvait la populace toujours altérée des faubourgs à raison de trois sous et demi la pinte de vin ; modération, dit Mercier, étonnante dans un cabaretier et qu’on n’avait point encore vue jusqu’alors.
Sa réputation fut aussi rapide qu’étendue. Une affluence extraordinaire rendit son cabaret trop étroit ; et l’emplacement s’élargit bientôt avec sa fortune. Je ne parlerai point ici des princes qui le visitèrent, Le sourire du peuple, a dit Marmontel, vaut mieux que la faveur des rois.
La fortune vint à la suite de la renommée ; il enrichit la langue d’un mot nouveau, et, comme c’est le peuple qui fait les langues, ce mot restera : on dit ramponer, pour dire : boire à la guinguette hors de la ville, et un peu plus qu’il ne faut
(Mercier, Tableau de Paris)
Renommée
Rigaud, 1881 : Goguette ; cabaret où l’on chante.
Renommée vaut mieux que ceinture dorée (Bonne)
France, 1907 : Un bon renom est préférable à un certificat de vertu.
La coutume des ceintures brodées d’or fut importée en France à la suite des croisades. Les femmes d’Orient portent dans l’intérieur de riches ceintures d’or et de soie ; mais les dames d’Occident, les ayant adoptées, se hâtèrent de les exhiber au dehors. Les filles de joie ne tardèrent pas à imiter les riches bourgeoises, et il arriva que la reine Blanche de Castille, qui avait reçu à la messe le baiser de paix, le rendit à une fille de mauvaise vie dont la riche ceinture dorée la fit prendre pour une « honnête bourgeoise ». Louis VIII, irrité, promulgua un édit qui interdisait aux ribaudes le port des ceintures dorées. L’édit n’eut pas plus tôt paru que toutes les filles et femmes qui ne faisaient pas métier avoué de dévergondage s’empressèrent de porter des ceintures dorées. De là le dicton. Pasquier, dans ses Recherches, cite deux ordonnances, l’une de 1420 et l’autre de 1446, renouvelant les défenses de Louis VIII et qu’éludèrent les filles de mauvaise vie malgré l’emprisonnement et la peine du fouet. On disait aussi : « Une once de réputation vaut mieux que cent livres d’or. » Ces dictons de nos pères n’ont plus cours.
Tache
d’Hautel, 1808 : Une tache d’huile. Pour dire une gestion déshonnête, une faute grave qui porte atteinte à la réputation, à la renommée de quelqu’un.
Trompette
Larchey, 1865 : Colporteur de nouvelles. — Allusion à la trompette allégorique de la Renommée.
Larchey, 1865 : Nez trop bruyant. — Nez en trompette : Nez relevé.
Delvau, 1866 : s. f. Cigare, — parce qu’on le tient continuellement à la bouche, comme si on voulait jouer un air quelconque.
Delvau, 1866 : s. f. Le nez, — à cause du bruit qu’il fait lorsqu’on se mouche.
Delvau, 1866 : s. f. Visage, — dans l’argot des faubouriens.
Rossignol, 1901 : Visage.
France, 1907 : Visage.
La viscope en arrière et la trompette au vent,
L’œil marlou, il entra chez le zingue, et levant
Sa blouse qui faisait sur son ventre une bosse,
Il en tira le corps d’un chat : « Tiens, dit le gosse
Au troquet, tiens, voici de quoi faire un lapin. »
Puis il prit son petit couteau de goussepain,
Dépouilla le greffier et lui fit sa toilette
Avec le geste d’un boucher de la Villette.
(J. Richepin, La Chanson des gueux)
Tune ou tunebée
Vidocq, 1837 : Bicêtre, prison du département de la Seine. C’est de Bicêtre que partent les condamnés destinés aux divers bagnes de la France. Le spectacle hideux du départ de la chaîne attire toujours un grand concours de spectateurs empressés d’ajouter encore quelques souffrances à celles que doivent éprouver ces malheureux qui, cependant, n’ont pas été condamnés à servir d’aliment à la curiosité publique. Dès le matin du jour fixé pour le départ de la chaîne, des masses immenses envahissent le quartier Mouffetard, la barrière du Midi, et les environs de l’ancien manoir de Charles VII. Il pleut, l’éclair sillonne la nue, la foule ne se retire pas, et cependant cette foule n’est pas composée seulement d’hommes du peuple, il y a dans ses rangs des dandys et des petites maîtresses qui, le soir peut-être, étaleront leurs grâces au balcon du Théâtre-Italien. Voici, au reste, en quels termes s’exprimait, à l’occasion du départ de la chaîne, un journal qui cependant n’a pas l’habitude de s’apitoyer sur les misères des malheureux que la société repousse de son sein : « Jamais pareil concours de spectateurs, dit la Gazette des Tribunaux, ne s’était réuni pour contempler les traits des malheureux que la loi a justement frappés. On remarquait sur six files de voitures marchant de front, de brillans équipages blasonnés ou armoiriés, confondus avec des voitures omnibus, des cabriolets de maître, de régie ou de places, des coucous, des charrettes, des tapissières, etc., etc. Le nombre de ces chars, numérotés ou non, et plus ou moins élégans, dépassait quinze cents.
On ne voyait pas sans étonnement parmi les plus brillans équipages, des calèches remplies de dames en élégante toilette du matin. Les robes de soie, les chalys, les châles français, les écharpes de barèges, les chapeaux ornés de fleurs ou de plumes ont dû être singulièrement compromis par la poussière.
Il en était de même des hommes, devenus méconnaissables par les flots poudreux qui souillaient leurs vêtemens. La descente de la Courtille, au mardi gras, ne présente peut-être pas un spectacle aussi ignoble que celui qu’offraient aujourd’hui nos fashionables. »
Un poète, qui faisait partie de cette chaîne, a composé une sorte d’hymne dont je crois devoir citer ici les deux couplets les plus saillans.
Entendez notre voix, et que nos fiers accens.
À notre suite enchaînent la folie.
Adieu Paris ! adieu, nos derniers chants
Vont saluer notre patrie.
Des fers que nous portons nous bravons le fardeau,
Un jour la liberté reviendra nous sourire,
Et dans notre délire
Nous redirons encor ce chant toujours nouveau.
Renommée, à nous les trompettes,
Dis que joyeux nous quittons nos foyers,
Consolons-nous si Paris nous rejète,
Et que l’écho répète
Le chant des prisonniers.
Regardez-nous et contemplez nos rangs :
En est-il un qui répande des larmes ?
Non, de Paris nous sommes tous enfans ;
Notre douleur pour vous aurait des charmes.
Adieu, car nous bravons et vos fers et vos lois ;
Nous saurons endurer le sort qu’on nous prépare,
Et, moins que vous barbare,
Le temps saura nous rendre et nos noms et nos lois.
Renommée, etc., etc.
Les condamnés qui doivent faire partie de la Bride (chaîne), sont amenés dès le matin dans la grande cour de la prison de Bicêtre ; ils ont ordinairement passé une partie de la nuit à boire et à chanter*, aussi leur teint est pâle, et ils paraissent ne point devoir supporter les fatigues de la route. Ceux qui ont obtenu soit à prix d’argent, soit parce qu’ils ont la protection de quelques-uns des employés de la prison, une place aux premières loges, et peuvent voir des hommes vêtus d’un habit militaire et l’épée au côté, occupés à choisir et à examiner les colliers qui doivent servir aux forçats. Lorsqu’ils ont achevé leur tâche, ils placent par rang de taille et font asseoir vingt-six individus auxquels ils lâchent les plus dégoûtantes épithètes.
*Il y a toujours parmi les forçats qui doivent faire partie de la chaîne, quelques forçats qui se chargent de faire quelques chansons de circonstance qui sont destinées à charmer les ennuis de la route. Outre ces poésies nouvelles, les condamnés n’oublient pas de chanter quelques-unes de ces vieilles chansons argotiques chantées déjà par plusieurs générations de voleurs, la Marcandière, le Tapis de Montron, par exemple ; mais celles qui obtiennent le plus de succès, celles dont les refrains sont répétés avec une sorte de frénésie, sont celles qui sont destinées à tourner en ridicule la police ou ses agens. La chanson en vogue maintenant dans les bagnes et dans les prisons, est dirigée contre M. Allard, chef de la police de sûreté, et les agens qu’il emploie. Il est inutile de dire que cette chanson ne prouve absolument rien. Aussi je ne donne place ici à quelques-uns de ces couplets que pour donner un échantillon du style épigrammatique des voleurs.
Ce fameux Allard entra,
Sa brigade l’entoura ;
Tous scélérats,
Voyez ces agens,
Ils livreraient leur père
Pour un peu d’argent.
La chaine toute entière
Ne fait qu’un cri :
Ah ! Ah ! à la chianlit,
À la chianlit.
Allard dit à un voleur,
Je suis un homme d’honneur,
C’est un menteur.
On lui a prouvé
Que l’un de ses deux frères,
Depuis peu d’années
Est sorti des galères,
Il en rougit.
Ah ! ah ! à la chianlit,
À la chianlit.
Les agens vont dés l’matin
Chez un tailleur peu malin,
Louer un frusquin.
Voyez ces friquets
En habit du dimanche,
Ce gueux d’Hutinet,
Et ce gouépeur de Lange
En vieil habit.
Ah ! ah ! à la chianlit,
À la chianlit, etc., etc.
C’est alors que commence le ferrage. Cette opération fait quelquefois frémir ceux qui en sont spectateurs, car elle est vraiment terrible, et si le marteau ne tombait pas d’aplomb sur le rivet du collier, il est évident que le crâne du condamné serait infailliblement fracassé. Au reste, plusieurs fois des forçats ont été blessés très-grièvement. Lorsque l’opération du ferrage est terminée, et quelle que soit la rigueur de la saison, on fait déshabiller complètement chaque forçat, et les plaisanteries, assaisonnées de quelques coups de bâton, ne leur sont pas épargnées, ce qui paraît réjouir infiniment les grandes dames qui ne quittent pas les fenêtres auxquelles elles sont placées. On distribue alors à tous ceux qui doivent faire le voyage une paire de sabots, des vêtemens de grosse toile grise qui les couvrent à peine ; ensuite vient le perruquier qui taille en échelle les cheveux de chaque forçat, tandis que les argousins coupent le bord des chapeaux et la visière des casquettes.
Quelle que soit la saison, les forçats sont ensuite placés sur les voitures découvertes, attelées chacune de quatre chevaux, qui doivent les conduire au lieu de leur destination. Au signal du capitaine de la chaîne, le triste convoi se met en marche, accompagné de quelques dandys à cheval qui veulent être spectateurs du dernier acte du triste drame qui se joue devant eux, et assister au Grand Rapiot.
Le Grand Rapiot, ou fouille générale, a lieu ordinairement à la fin de la première journée de marche. On fait alors descendre les forçats des voitures sur lesquelles ils sont juchés, on les fait déshabiller, les vêtemens et les fers sont visités avec la plus scrupuleuse attention ; les condamnés sont ensuite fouillés dans les endroits les plus secrets.
Cette opération se fait très-vite et au commandement des argousins. Ceux des forçats qui n’exécutent pas la manœuvre avec assez de promptitude, ou qui se montrent maladroits lorsqu’il faut passer par-dessus le cordon, reçoivent des coups de bâton.
Tousez, Fagots. À ce commandement d’un argousin, les forçats doivent faire leurs nécessités.
Lorsque le cordon est arrivé au lieu où la première nuit doit être passée, on fait entrer deux cents cinquante à trois cents forçats dans une écurie ou dans tout autre lieu semblable, d’une capacité propre à en contenir seulement cinquante ou soixante. Ils trouvent dans cette écurie quinze ou vingt bottes de paille. Des argousins sont placés à toutes les extrémités de cette écurie, et ceux qui sont chargés d’aller relever les factionnaires sont obligés de marcher sur les forçats qui sont étendus sur le sol, et ils les accueillent par des coups de bâton. Le bâton est la logique des argousins.
Si, l’été, un forçat a soif, et qu’il ose demander à boire, un argousin dit aussitôt : « Que celui qui veut boire lève la main. » Le forçat qui n’est pas encore au fait des us et coutumes de ces Messieurs, obéit ; alors, un des argousins de garde se rend auprès de lui, le frappe rudement en lui disant : « Bois un coup avec le canard sans plume, potence. »
Les vivres distribués aux forçats, sont, sauf le pain qui, est assez passable, de très-mauvaise qualité ; le vin est détestable, et la viande n’est autre chose que de sales rogatons.
La manière dont ces vivres sont distribués ajoute encore, s’il est possible, à leur mauvaise qualité. Les baquets qui contiennent la soupe et la viande semblent n’avoir jamais été lavés. Un cuisinier distribue les portions, et compte ainsi les condamnés : « Un, deux, trois, quatre ; voleurs, tendez votre gamelle. » Les forçats obéissent ; et le cuisinier jette dans leur gamelle environ une demi-livre de viande.
La distribution des vivres faite, le chef des argousins fait entendre un coup de sifflet ; le plus grand silence s’établit aussitôt. « Avez vous eu du pain ? — Oui. — De la soupe ? — Oui — De la viande ? — Oui. — Du vin ? — Oui. — Eh bien ! voleurs, dormez ou faites semblant, si vous ne voulez pas recevoir la visite du Juge-de-Paix. » (Le Juge-de-Paix est une longue et grosse trique de bois vert.)
Cet ordre une fois donné, le plus léger bruit excite la colère de MM. les argousins, qui se mettent à une table très-bien servie qu’ils ne quittent que pour aller bâtonner le malheureux forçat auquel la souffrance arrache quelques plaintes.
Vieille (ma)
Delvau, 1866 : s. f. Expression de tendresse banale employée entre hommes, — je me trompe, entre cabotins.
Rigaud, 1881 : Terme d’amitié. C’est-à-dire vieux de la vieille garde, ancien camarade, — dans le jargon des cabotins. — Un vieux pilier de café m’a assuré que le mot était employé par allusion à la vieille eau-de-vie, que les habitués aiment beaucoup ; d’où quelqu’un pour qui on a de l’affection ou simplement de la sympathie devient « votre vieille ».
Apollon, Épicure et le sultan Belboula se succèdent en s’appelant ma vieille.
(Monselet, Acteurs et actrices)
Bientôt le café fut plein… il y avait des renommées, même des gloires… hommes et femmes s’appelaient ma vieille, ma petite vieille. C’est courant, et il y a longtemps que cela dure.
(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)
X
Delvau, 1864 : 23e lettre de l’alphabet. — Sert ordinairement de masque et de pseudonyme aux dames ou demoiselles X…, lorsque MM. les chroniqueurs redoutent les procès ou les coups de canne.
Larchey, 1865 : Secret. — En mathématiques, X représente l’inconnu.
On cherche l’X du cœur.
(Texier)
X : Calcul.
Depuis l’année 1840, le fort en X est en proportion constante.
(Les Institutions de Paris)
Tête d’X : Tête organisée pour le calcul. — Calembour sur la formule (théta X) employée en mathématiques.
L’ancien est évidemment une tête à X.
(La Bédollière)
Un X : Un polytechnicien.
Delvau, 1866 : s. m. Polytechnicien, — dans l’argot des collégiens. Fort en X. Élève qui a des dispositions pour les mathématiques. Tête à X. Tête organisée pour le calcul ; cerveau à qui le Thêta X est familier.
Delvau, 1866 : s. m. Secret, — dans l’argot des gens de lettres.
Virmaître, 1894 : Ce mystérieux X a fait parler de lui pendant six mois à propos de l’affaire du Panama. X, l’inconnu, c’est tout le monde et ce n’est personne (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Inconnu, secret ; sert à désigner un polytechnicien, ou une personne qui a des dispositions pour les mathématiques : Sur l’affreux chevalet des x et des y a dit Victor Hugo (Argot des gens de lettres).
France, 1907 : Caractère algébrique qui désigne à la fois le polytechnicien et l’École polytechnique.
Un X est pour tous les taupins un être en quelque sorte supérieur, pour lequel ils professent le respect et l’admiration… La renommée, la popularité de l’École sont encore si grandes que, dans les collèges et les pensionnats, presque tous les bambins de la classe de huitième déclarent qu’ils se destinent à l’X.
(A. Lévy et G. Pinet)
X est mon nom ; je ne sais quel caprice
Me fit donner un nom si dur, si sec ;
J’eus pour cadet un frère qu’en nourrice
On baptisa du joli nom d’I grec.
Pour compléter cette liste gentille,
Il nous survint un tiers frère puiné,
Qu’on nomma Zed… et voilà la famille
Dont j’ai l’honneur, Messieurs, d’être l’aîné.
(Chanson d’un X, 1834)
France, 1907 : Formule mathématique, signe de l’inconnu. Chercher l’X, chercher l’inconnu, la solution d’un problème.
L’émotion devenait grande,
Du président ou de Félix,
Qui donnerait la réprimande ?
Les diplomates cherchaient l’X.
Fort en X, fort en mathématiques.
Pipe-en-Bois était employé comme dessinateur à l’usine Cail. Fort en X, il avait passé par l’École polytechnique, ce qui l’avait rendu profondément matérialiste et raisonneur.
(Charles Virmaître, Paris oublié)
Faire des X, s’occuper de mathématiques ; chercher la solution de problèmes scientifiques.
En faisant des X et sans quitter presque son cabinet, Leverrier avait annoncé l’apparition d’une planète, et, au jour dit, à l’heure précise, Neptune étincelait au firmament. Pourquoi ne pas admettre qu’un savant de génie, un infaillible observateur de la nature puisse prévoir — mais là, mathématiquement — je ne sais quel cataclysme qui supprimera, dans le temps d’un soupir, ce point dans l’espace, cet imperceptible globe que nous habitons ?
(François Coppée)
Tête à X, tête bourrée de mathématiques.
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