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Attendrir (s’)

Larchey, 1865 : S’attendrir sous l’empire d’un commencement d’ivresse. Dix minutes avant, le buveur attendri n’était qu’ému. Dix minutes encore, et il sera sur le point de pleurer.

Le capitaine qui avait religieusement vidé son verre à chaque mot, s’attendrit.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : v. réfl. Arriver à cette période de l’ivresse où l’on sent des flots de tendresse monter du cœur aux lèvres. Argot des faubouriens.

Barioler

d’Hautel, 1808 : Être bariolé. Pour avoir des habits de couleurs tranchantes et ridicules, qui s’assortissent mal. On dit d’un homme ainsi vêtu : qu’Il est bariolé comme la chandelle des rois ; par allusion à une ancienne cérémonie religieuse, qui consistoit à brûler, la veille des rois, une chandelle de diverses couleurs.

Bataille des Jésuites

Rigaud, 1881 : Exercice de l’onanisme. La variante est : Cinq contre un.

Virmaître, 1894 : Habitudes de masturbation. Dans les ateliers, quand un apprenti reste trop longtemps au cabinet, un ouvrier dit à un autre apprenti :

— Vas donc voir s’il ne se fait pas sauter la cervelle.

L’allusion est transparente (Argot du peuple).

France, 1907 : ou cinq contre un. Habitude invétérée dans les maisons d’éducation aussi bien religieuses que laïques.

Bondieusarderie

Rigaud, 1881 : Dévotion, pratique religieuse, hommage à la religion, — dans le jargon des libres-penseurs.

Bondieusardisme

France, 1907 : Cagotisme, hypocrisie religieuse.

On demandait à une fille en pleine maturité, atteinte, comme beaucoup, de bondieusardisme, pourquoi elle déployait pour aller à la messe un si grand luxe de jupons blancs ornés de dentelles et des bas de soie bien tirés sur le mollet…
— Que voulez-vous, répondit la dévote, par ce temps de perdition, ces précautions sont indispensables… On peut rencontrer un… insolent. Il trouverait le tout propre, le dessous comme le dessus.

Bondieutisme

Rigaud, 1881 : Pratique religieuse intermittente à l’usage des gens frileux.

J’en ai connu plusieurs qui, à l’époque des grands froids, se réfugiaient dans les bras de la religion, près du réfectoire, autour du poêle. Ils engraissaient là dans l’extase ! Quand ils avaient deux mentons, et qu’ils voyaient à travers les barreaux de la cellule revenir les hirondelles, ils sortaient et allaient prendre l’absinthe au caboulot.

(J. Vallès, Les Réfractaires)

Bougre

Delvau, 1864 : Pédéraste, — en souvenir des hérétiques albigeois et bulgares qui, en leur qualité d’ennemis, étaient chargés d’une foule d’iniquités et de turpitudes par le peuple, alors ignorant — comme aujourd’hui.

Des soins divers, mais superflus,
De Fiévée occupent la vie :
Comme bougre il tache les culs,
Comme écrivain il les essuie.

(Anonyme)

Larchey, 1865 : Mot à noter comme ayant perdu sa portée antiphysique. Ce n’est plus qu’un synonyme de garçon. On dit : un bon bougre.
Bougrement : Très. — Pris en bonne comme en mauvaise part.

Delvau, 1866 : s. m. Homme robuste, de bons poings et de grand cœur, — dans l’argot du peuple, qui ne donne pas à ce mot le sens obscène qu’il a eu pendant longtemps. Bon bougre. Bon camarade, loyal ami. Bougre à poils. Homme à qui la peur est inconnue. Mauvais bougre. Homme difficile à vivre.

La Rue, 1894 : Brave homme sur lequel on peut compter. Se dit aussi en mauvaise part : bougre d’animal.

France, 1907 : Nous écartons l’idée primitivement obscène attachée à ce mot dérivé des Bulgares adonnés à certaine passion commune dans l’Orient et même en Occident, pour nous renfermer dans ses significations purement populaires. « Le berger Corydon brûlait d’amour pour le bel Alexis » (Églogues de Virgile). Bon bougre, excellent camarade, aimable garçon ; mauvais ou sale bougre, vilain personnage, mauvais coucheur ; bougre à poil, homme solide et courageux. Il précède généralement, dans l’argot populaire, tous les substantifs injurieux : bougre d’animal, bougre d’âne, bougre de cochon.
M. Louis Besson, au sujet de bougre, a jeté sur le caractère et les mœurs du grand Condé un jour très particulier en citant un fragment de la correspondance de la duchesse d’Orléans, mère du Régent, daté du 5 juin 1816 :

Lorsque le grand Condé était amoureux de Mlle d’Épernon, il alla à l’armée en compagnie de jeunes cavaliers ; quand il revint, il ne pouvait plus souffrir les dames ; il donna pour excuse qu’il était tombé malade et qu’on lui avait tiré tant de sang, qu’on lui avait ôté toute force et tout amour. La dame, qui aimait sincèrement le prince, ne se paya pas de cette réponse ; elle chercha à savoir ce qui en était, et, lorsqu’elle connut la véritable raison de cette indifférence, elle en éprouva un tel désespoir qu’elle se retira au couvent des Grandes-Carmélites, renonça entièrement au monde et se fit religieuse.

« Le bougre qu’il est, et je le maintiens bougre sur les saintes Évangiles », disait le marquis de Coligny… « Je prétexte devant Dieu que je n’ai jamais connu une âme si terrestre, si vicieuse, ni un cœur si ingrat, ni si traitre, ni si malin. » Cette particularité du grand Condé était commune, d’ailleurs, à Alexandre le Grand, César et au grand Frédéric. Je ne veux pas citer Henri III parmi ces noms illustres.

Cadran

d’Hautel, 1808 : Faire le tour du cadran. C’est-à-dire dormir la grasse matinée ; se coucher à minuit et se lever à midi.
Il a montré son cadran solaire. Se dit par plaisanterie des enfans qui, en jouant, laissent voir leur derrière.
Il est comme un cadran solaire. Se dit d’un homme fixe dans ses habitudes, et qui met beaucoup de régularité et d’ordre dans ses affaires.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, à laquelle le membre viril sert d’aiguille pour marquer les heures minuscules du bonheur.

Conduis vite l’aiguille au milieu du cadran.

(Théâtre italien)

Larchey, 1865 : Montre. — Cadran solaire, lunaire : derrière. — Allusion à la forme ronde du cadran.

Est-ce l’apothicaire Qui vient placer l’aiguille à mon cadran lunaire ?

(Parodie de Zaïre, dix-huitième siècle)

Delvau, 1866 : s. m. Le derrière de l’homme, — dans l’argot des voyous. Ils disent aussi Cadran humain ou Cadran solaire.

France, 1907 : Le derrière. Étaler son cadran. On dit aussi cadran solaire et cadran lunaire.

Est-ce l’apothicaire
Qui vient placer l’aiguille à mon cadran lunaire ?

Dans une école de sœurs, la bonne religieuse a pris, à l’instar des pensionnats anglais de jadis, l’habitude de fouetter les élèves ; une fillette de douze ans, qui venait d’être soumise à l’épreuve du martinet, est retournée à sa place en disant :
— Ça m’est joliment désagréable de montrer à tout le monde mon cadran solaire.

(Gil Blas)

Coller (se faire)

Delvau, 1866 : Se faire refuser aux examens, — dans l’argot des étudiants.

France, 1907 : Recevoir un échec, ne pouvoir répondre aux questions posées.

Gaston, qui se soumettait religieusement aux observations de sa mère, quand il y avait danger de fatiguer sa cervelle, ne montrait plus la même docilité quand la fatigue devait porter sur ses bras ou sur ses jambes : à quinze ans, il montait les chevaux les plus vifs, et à dix-huit son maître d’armes était fier de lui : il est vrai que, par contre, à dix-neuf, il se faisait coller trois fois au baccalauréat, et qu’à vingt son examen pour le volontariat était tout juste suffisant.

(Hector Malot, Zyte)

Compositrice

Boutmy, 1883 : s. f. Jeune fille ou femme qui se livre au travail de la composition. Nous ne réveillerons pas ici la question tant de fois débattue du travail des femmes ; nous ne rappellerons pas les discussions qui se sont élevées particulièrement à propos de la mesure prise par la Société typographique, qui interdisait à ses membres les imprimeries où les femmes sont employées à la casse à un prix inférieur à celui fixé par le Tarif accepté. Contentons-nous de dire que nous sommes de l’avis de MM. les typographes qui, plus moraux que les moralistes, trouvent que la place de leurs femmes et de leurs filles est plutôt au foyer domestique qu’à l’atelier de composition, où le mélange des deux sexes entraîne ses suites ordinaires. — Quoi qu’il en soit, il existe des compositrices ; nous devions en parler. MM. les philanthropes qui les emploient vont les recruter dans les ouvroirs, les orphelinats ou les écoles religieuses. Ces jeunes filles, en s’initiant tant bien que mal à l’art de Gutenberg, ne manquent pas de cueillir la fine fleur du langage de l’atelier et de devenir sous ce rapport de vraies typotes comme elles se nomment entre elles. L’argot typographique ne tarde pas à se substituer à la langue maternelle ; mais il en est de l’argot comme de l’ivrognerie : ce qui n’est qu’un défaut chez l’homme devient un vice chez la femme, et il peut en résulter pour elle plus d’un inconvénient. L’anecdote suivante en fournit un exemple : un employé, joli garçon, courtisait pour le bon motif sa voisine, une compositrice blonde, un peu pâlotte (elles le sont toutes), qui demeurait chez ses parents. La jeune fille n’était point insensible aux attentions de son galant voisin. Un samedi matin, les deux jeunes gens se rencontrent dans l’escalier : « Bonjour, mademoiselle, dit le jeune homme en s’arrêtant ; vous êtes bien pressée. — Je file mon nœud ce matin, répondit-elle ; c’est aujourd’hui le batiau, et mon metteur goberait son bœuf si je prenais du salé. » Ayant dit, notre blonde disparaît. Ahurissement de l’amoureux, qui vient d’épouser une Auvergnate à laquelle il apprend le français. Nous avons dit plus haut que les typographes, en proscrivant les femmes de leurs ateliers, avaient surtout en vue la conservation des bonnes mœurs à laquelle nuit, comme chacun sait, la promiscuité des sexes. Ce qui suit ne démontre-t-il pas qu’ils n’ont pas tort ? Un jour, ou plutôt un soir, une bande de typos en goguette faisait irruption dans une de ces maisons de barrière qu’on ne nomme pas. L’un d’eux, frappé de l’embonpoint plantureux d’une des nymphes du lieu, ne put retenir ce cri : « Quel porte-pages ! » La belle, qui avait été compositrice, peu flattée de l’observation du frère, lui répliqua aussitôt : « Possible ! mais tu peux te fouiller pour la distribution. » (Authentique.) L’admission des femmes dans la typographie a eu un autre résultat fâcheux : elle a fait dégénérer l’art en métier. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les ouvrages sortis des imprimeries où les femmes sont à peu près exclusivement employées.

Détraquage

France, 1907 : Maladie nerveuse qui affecte spécialement les Parisiennes, les dévotes et les bas-bleus.

Le détraquage a fait son œuvre. La licence a porté ses fruits. Je demande la création d’un Musée national des horreurs où l’on conserve religieusement les documents de l’histoire scandaleuse de ce temps. On pourra y contempler, à côté de la reproduction des beautés mâles de Pranzini, la collection d’autographes de la Limousin et le rasoir de Prado.

(Edmond Deschaumes)

Fouilleuse

Fustier, 1889 : Argot de police. Femme chargée de fouiller dans les prisons soit les détenues soit les visiteuses qui les viennent voir.

Le soir, la Fouilleuse du Dépôt explore les poches et les vêtements de la femme…

(Gazette des Tribunaux, 1875.)

France, 1907 : Femme employée dans les grands magasins pour fouiller les femmes soupçonnées de vol.

Voulez-vous connaitre toutes ces femmes du monde portant des noms honorables qu’un soupçon n’a jamais effleurées, qui ont été cependant déshabillées dans les pièces où se trouvent les fouilleuses du Grand Bazar ? Elles sont enregistrées ici, comme ailleurs, sur le répertoire des voleuses, parmi les domestiques, les filles galantes et les pickpockettes.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Religieuse chargée, au Dépôt, de fouiller les nouvelles arrivées.

Voici le Dépôt. Tout le monde attend pêle-mêle. Enfin arrive la fouilleuse. Les sœurs aux voiles blanc, bleu, noir, dirigées par la sœurs assistante, prennent les tickets qui sont marqués d’un trait au crayon bleu, si la fille est soumise, et d’un crayon rouge, si la fille est insoumise.

(Hogier-Grison, La Police)

Enfin on appelle aussi fouilleuse la salle où l’on fouille les prévenus.

Il lui fallait défiler à la permanence sous les yeux fouilleurs et devant les mines rébarbatives d’inspecteurs de police, en costumes civils, dévisageant les arrivants et cherchant à reconnaître les ordinaires habitués des lieux de détention.
Conduit ensuite dans une vaste salle, il passa devant le guichet où veille le brigadier, fut conduit à la fouilleuse, où on le débarrassa de son argent et de ses bijoux, puis, après qu’on lui eut fait relever les manches de son veston et de sa chemise afin de vérifier si ses bras ne portaient pas de tatouages révélateurs, il dut donner ses nom, prénoms au greffe et se trouva immatriculé.

(Edmond Lepelletier)

Grille

d’Hautel, 1808 : Épouser une grille. Pour se renfermer dans un cloître, se faire religieux ou religieuse.

France, 1907 : Carré de zinc ou de carton découpé à l’emporte-pièce dans son plein par une série d’évidements irréguliers, dont on se sert pour la correspondance secrète.

Griot

France, 1907 : Peuple de la Sénégambie que diffère des peuples voisins par sa religion et ses mœurs. Les griots ne contractent d’alliance qu’entre eux et ne se livrent à aucune pratique religieuse. Ils exercent parmi les nègres une espèce de profession de bouffons et chantent les louanges de ceux qui les payent. La prostitution est générale chez leurs femmes et leurs filles qui s’enivrent comme les hommes avec de l’eau-de-vie. Les nègres, tout en les méprisant, ne leur causent aucun mal ni préjudice, les considérant comme doués de pouvoirs magiques.

Que je ne fusse cependant ni médecin, ni soldat, cela n’était point pour embarrasser le griot ; car, de démentis en démentis, il chanta successivement ma gloire comme lettré, comme orateur, comme commerçant…
Si bien que pour le réduire au silence, je lui fis de nouveau servir du couscouss et du vin de palme.

(Paul Bonnetain)

Le vieux, tragiquement accroupi, pelotonné en boule sur une sorte de perchoir, semblait un de ces griots qui suivent les roitelets du continent noir, qui président aux sacrifices et aux prières, qui consacrent les amulettes.

(Champaubert)

Irvingianisme, irvingisme

France, 1907 : Secte religieuse fondée vers 1848 par Edouard Irving, sous le nom d’Église catholique apostolique.

En l’an 1848, où la moisson de folies fut abondante, un certain nombre de bons dieux en chambre se révélèrent tout comme aujourd’hui. J’ai eu personnellement l’avantage de rencontrer jadis, chez des amis, le dernier diacre irvingien. Quand je dis le dernier, je devrais plutôt dire le seul, car la religion irvingienne n’avait jamais eu qu’un prêtre, — son fondateur, « un quarantuitard » nommé Irving — et un diacre, celui que j’ai connu. C’était un très brave homme qui exerçait la profession de photographe, place Dauphine. Tous les dimanches, vingt-cinq ou trente fidèles — le reste des irvingiens — se réunissaient dans son atelier. On roulait, dans un coin, les appareils sur leur trépied, les châssis où étaient peints en grisaille de riches salons et des parcs seigneuriaux, et l’excellent M. D… célébrait l’office. Je parle d’il y a vingt-sept on vingt-huit ans. L’irvingianisme agonisait. Il doit être définitivement mort.

(Francois Coppée)

L’irvingianisme n’est pas mort, car il fonctionne à Londres où il possède dans Garden square une magnifique église gothique construite en 1853. La folie humaine ne meurt pas.

Lancier du préfet

Delvau, 1866 : s. m. Balayeur, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Balayeur. Allusion au long manche du balai qui ressemble à celui de la lance des lanciers (Argot du peuple).

France, 1907 : Balayeur des rues.

Après la cérémonie bondieusarde, au lieu d’aller prendre les instruments qui leur ont fait donner le surnom de lanciers du préfet et de se mettre à faire la toilette de la voie, les insatiables cantonniers allèrent continuer la fête religieuse au siège de leur société, sans négliger toutefois d’y mélanger quelques distraction profanes.
À chaque signe de croix, il paraît que l’on buvait un coup.

(L. Sourdillon)

Dans l’argot de l’École de cavalerie, le lancier du préfet est le commissionnaire.

Les maîtres d’hôtel défilèrent d’abord. Puis les cafetiers, les loueurs de voitures, les bijoutiers, les libraires, les artistes capillaires ; enfin la noble corporation des commissionnaires et que nous appelions les lanciers du préfet. Ce sont eux qui portent les billets doux à ces dames, et vous donnent toutes les indications nécessaires ; de plus, ils sont électeurs.

(Théo-Critt, Nos Farces à Saumur)

Laver (se)

Delvau, 1864 : Faire les ablutions de prudence autant que de propreté, après le coït — qui a naturellement pollué les parties sexuelles. — C’est la grande affaire des putains, qui dépensent en un soir plus d’eau que tes ivrognes n’en boivent dans toute leur vie. C’était aussi la grande affaire des Romains post rem veneream ; ils se lavaient presque religieusement, quasi religiose. Martial en témoigne assez. — Pourquoi les femmes honnêtes n’imitent-elles pas les filles publiques, et les bourgeois les Romains ?

Les hommes, lorsqu’ils ont foutu
À double couillon rabattu,
Se lavent dans, une terrine.

(Dumoulin-Darcy)

Pourtant il leur manque, en somme
(Ce qui vaut bien un écu),
De savoir sucer un homme
Et de se laver le cul.

(De la Fizelière)

Magneuse

Delvau, 1866 : s. f. « Femme oui se déprave avec des individus de son sexe, » dit M. Francisque Michel, qui va bien loin chercher l’étymologie de ce mot, — dans lequel il veut voir une allusion malveillante à une communauté religieuse, tandis qu’il l’a sous la main, cette étymologie.

France, 1907 : Lesbienne. Voir Manieuse.

Magot

d’Hautel, 1808 : Un magot de la Chine. On nomme ainsi par dérision un homme petit, laid et difforme. On dit dans le même sens un vilain magot.

d’Hautel, 1808 : Bourse, amas d’argent caché, coffre fort d’un avare.
Trouver un bon magot. Mettre la main sur une grosse succession. Hériter de beaucoup d’argent comptant.

Delvau, 1866 : s. m. Économies, argent caché, — dans l’argot du peuple. Manger son magot. Dépenser l’argent amassé.

Delvau, 1866 : s. m. Homme laid comme un singe ou grotesque comme une figurine chinoise en pierre ollaire.

Rigaud, 1881 : Argent économisé. L’ancien magot se mettait — les paysans le mettent encore — dans un vieux bas ; de là, le nom de magot, bourse grotesque.

Rigaud, 1881 : Tabatière en bouleau, tabatière dite « queue de rat », — dans le jargon du peuple.

France, 1907 : Argent caché.

Tel pasteur qui a de nombreux catéchumènes riches se fait de fort jolies annuités grâce aux seuls rendements de son instruction religieuse.
Une grande dame, mère d’une demi-douzaine de filles et de deux garçons, donnait à la communion de chacun de ses enfants des cigares de cinq sous roulés dans des billets de mille francs.
D’autres, au cours de leur visite, se bornent à glisser leur offrande soit dans un coffret, soit dans un vase ; quelquefois tout drôlement sur la cheminée.
Après le départ des visiteurs, le pasteur, suivi de sa femme effarée et de ses enfants, furète anxieux dans les moindres petits recoins et dans tous les objets en évidence pour découvrir le magot !…

(Jean Dalvy, Protestante)

Dans le temps les vieux faisaient leur magot,
Petit à petit dans le bas de laine ;
Mettant de côté chacun s’en écot,
Dans le temps les vieux faisaient leur magot,
Ils avaient parfois la marmite pleine ;
Maintenant on jeûne, on meurt à la peine
Sans laisser de quoi pour payer l’impôt.

(L. Chevreuil)

Ménagier

France, 1907 : Recueil de recettes, de conseils relatifs à la bonne direction d’une maison. Il y avait autrefois dans chaque famille un ménagier que la maîtresse de céans consultait religieusement et faisait lire à ses filles.

On retrouvait, il n’y a pas longtemps, un document précieux, au point de vue de l’histoire des mœurs. C’était ce que nos ancêtres eussent appelé un ménagier, un recueil de conseils intimes, relatifs à la bonne direction de la maison, un manuel de morale, un traité de civilité. Cette compilation résumait les idées courantes, les principes reçus ; elle entrait dans les moindres détails de la vie quotidienne.

(Paul Ginisty)

Mettre sous bande

Rigaud, 1881 : Ensevelir, — dans l’argot des communautés religieuses.

Moine (l’habit ne fait pas le)

France, 1907 : Ce ne sont ni les apparences ni la parure qui font l’honnête homme. Ce dicton, qui est très ancien, se trouve sous différentes formes dans les fabliaux du XIIIe siècle : Li abis ne fait pas l’ermite ; Li abis ne fait pas le religieux ni la bonne conscience : Tous ceulx ne sont pas clercs qui en portent le semblant, ne chevaliers qui portent espérons. Dans son Prologue, Rabelais écrit : « Vous mesmes dictes que l’habit ne fait pas le moine, et tel est vestu d’habit monachal qui au dedans n’est rien moins que moine. »

Tel a robe religieuse,
Doncques il est religieux,
Cet argument est vicieux
Et ne vault une vieille gaine,
Car la robe ne fait le moyne.

(Le Roman de la Rose)

Le moyen âge s’est fort moqué des moines, et non sans raison, et les dictons qui les tournent eu ridicule ou les flagellent abondent. Citons-en quelques-uns. La vue d’un moine était de mauvais augure, d’où bailler le moine pour signifier porter malheur à quelqu’un. « C’est une méchante chair que de moine, encore vaut-elle pis que d’abbé. » « Il n’est envye que de moyne. » « Pour un moine faut couvent de filles. »

Le moine, la none et la béguine
Sont fort pires que n’en ont la mine.

« Grand navire veult grand’eau et gros moine gros veau. »

Mieux vaut gaudir de son patrimoine
Que le laisser à un ribaud moine.

Moinette

France, 1907 : Religieuse ; vieux mot.

Monter à l’échelle

Rigaud, 1881 : S’impatienter, se mettre en colère.

Virmaître, 1894 : Être guillotiné. Mot à mot : monter à l’échelle de l’échafaud. L. L. Monter à l’échelle a une toute autre signification dans le peuple ; cela veut dire : faire mettre quelqu’un en colère.
— Il a la tête près du bonnet, il s’enlève comme une soupe au lait.
On dit aussi :
— Il a un si sale caractère qu’il grimpe à tout bout de champ (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Se fâcher, se mettre en colère. Si l’on plaisante un ami et qu’il se fâche il monte à l’échelle.

France, 1907 : Être guillotiné. Allusion aux marchepieds que le condamné gravissait pour monter sur l’échafaud. Il est maintenant au ras du sol.

France, 1907 : Se mettre en colère.

Dès qu’on se trouva seuls, entre amis, on but encore de larges rasades, Les têtes s’échauffant, la conversation en fit autant, et l’idée saugrenue vint à Mlle Marthe de faire monter à l’échelle le naïf curé, en le régalant à sa façon d’un cours de philosophie religieuse.

(Achille Mélandri, Les Sœurs Hedouin)

France, 1907 : Se mettre en évidence pour une chose qui n’en vaut pas la peine.

Morphinomanie

France, 1907 : Manie de se piquer à la morphine. Le mot est nouveau comme la chose ; et comme tout ce qui est nouveau, la morphinomanie a pris une extension considérable en peu d’années. Voici une statistique qui montre la diffusion énorme de cette manie toxique, suivant les professions, représentant le nombre des morphinomanes pour 100 dans tous les pays :
Médecins. 40 ; femmes de médecins, 10 ; femmes galantes, 14 ; ouvrières, 13 ; ouvriers, 6 ; négociants, 8 ; militaires, 7 ; pharmaciens, 3 ; étudiants en médecine, 3 ; employés, 3 ; étudiants en droit, 2 ; hommes de lettres, 0.7 ; avocats, 1,07 ; prêtres, 0,3 ; hommes politiques, 0,4 ; artistes, 0,9 ; professeurs, 0,4 ; religieuses, 11 ; infirmières, 2 ; artistes femmes, 1.4 ; jeunes filles, 0,5 ; sages-femmes, 0,5 ; femmes d’officiers, 1,1 ; femmes de négociants, 3,4. Sans profession : hommes, 15,5 ; femmes, 43,1. Les chiffres ont été établis sur 630 hommes et 350 femmes.
Ainsi, les personnes qui se morphinisent le plus, ce sont d’abord les femmes riches sans profession, ensuite les médecins. Les médecins, 40 pour 100, c’est effrayant ! Ils sout bien placés pour abuser de la morphine.

Nombril de religieuse

Rigaud, 1881 : As d’un jeu de cartes.

France, 1907 : L’as aux cartes.

Nonnain

France, 1907 : Asphodèle blanc, appelé ainsi par comparaison de leurs fleurs avec les voiles blancs de certaines communautés religieuses.

France, 1907 : Pensionnaire d’un couvent dont le gros numéro inscrit sur la porte indique le genre de divinité qu’on y honore.

Il était une abbesse
Qui, pour nonnains, avait
Ribaudes de grand’liesse
Devant brocs et chevets ;
Un castel en Gascogne
Lui servait de couvent ;
Les belles, sans vergogne,
Y prêtaient leur devant.

(Paul Rey, Le Don Juan)

Oiseaux (élevée aux)

France, 1907 : Bien élevée, comme le sont — ou devraient l’être — les jeunes personnes qui sortent de la maison d’éducation religieuse « Les Oiseaux », où sont élevées nombre de jeunes filles appartenant à la noblesse et à la riche bourgeoisie.

— Si jamais on aurait pu imaginer ça d’elle ! Ah ! mon Dieu ! à qui se fier ! Donnez donc de l’éducation à vos enfants pour arriver à ce résultat ! Enceinte ! Une fille élevée aux Oiseau.

(Hetor France)

Pampine

d’Hautel, 1808 : Terme bas et trivial, surnom que l’on donne parmi le peuple à une fille de mauvaise vie, qui fréquente les lieux de débauche ; équivaut à coureuse, barbotteuse, crapule, etc.

Rigaud, 1881 : Sœur de Charité, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Sœur de charité. Viande de basse qualité.

Virmaître, 1894 : Sœur de charité (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Viande de basse qualité (terme de boucher).

Hayard, 1907 : Sœur, béguine, nonne.

France, 1907 : Religieuse ; argot des voleurs ; du provençal pampa, poupée.

France, 1907 : Viande de mauvaise qualité ; argot des bouchers.

France, 1907 : Vilaine figure ; argot des voleurs.

Pastourelle

Rigaud, 1881 : « Les cavaliers désignent ainsi la sonnerie des hommes punis. » (Fr. de Reiffenberg.) Les cavaliers pour la pastourelle, en avant !

France, 1907 : Comédie religieuse qui se jouait autrefois aux laudes de Noël.

France, 1907 : Sonnerie qui appelle les hommes consignés au peloton de punition. On sait que la pastourelle est un terme de danse.

Petit cœur

France, 1907 : Nom bénin que donnent les prêtres aux fillettes.

Il s’était offert pour conquérir « ces petits cœurs », comme il nommait les jeunes filles ; mais le prêtre, inquiet de ses regards luisants, lui avait formellement interdit de mettre les pieds dans la cour. Il se contentait, lorsque les religieuses tournaient le dos, de jeter des friandises aux petits cœurs, comme on jette des miettes de pain aux moineaux. Il emplissait surtout de dragées le tablier d’une servante blonde, la fille d’un tanneur, qui avait, à treize ans, des épaules de femme faite.

(Émile Zola, La Conquête de Plassans)

Petite oie (la)

Delvau, 1864 : Le travail — attrayant — qui précède le coït ; pelotage des couilles de l’homme par la femme, gamahuchage de la femme par l’homme, etc., etc. La petite oie est moins indigeste — pour la pine — que la grande oie : il y a des gens qui s’en contentent — de peur de vérole.

Or, n’est-il pas certain que l’homme qui triche et ceux qui, comme nous, jouissent des plaisirs de la petite oie, ne font rien de plus que ces moines, que ces religieuses, que tout ce qui vit dans le célibat ? Ceux-ci conservent dans leurs reins, en pure perte, une semence que les premiers répandent on pure perte.

(Thérèse philosophe)

Elle avait déjà laissé prendre la petite oie à un homme qui la cajolait.

(Tallemant des Réaux)

Et il fut maître de ce que nous appelons en France la petite oie.

(La France Galante)

La petite oie, enfin ce qu’on appelle
En bon français les préludes d’amour.

(La Fontaine)

Je ne vis pas dessous la soie
Jambes, cuisses et la petite oie.

(Théophile)

Pierre de chapon

France, 1907 : Les paysans ignares de certaines campagnes appellent ainsi une pierre soi-disant extraite du gosier d’un chapon et qui possède quelque vertu magique. Cette superstition est de vieille date. La pierre de chapon était autrefois religieusement conservée et mise en chaton comme pierre précieuse. On trouve dans l’inventaire du duc de Berry (1416) : Une pierre de chapon, tachée de blanc et de rouge, assise en un annel d’or.

Polka

Larchey, 1865 : « Disons quelques mots de cette gigue anglaise croisée de valse allemande, qui fait sautiller aujourd’hui les Parisiens comme autant de coqs d’Inde sur une plaque brûlante. » — E. Arago, 1844.

Delvau, 1866 : s. f. Correction, danse, — dans l’argot des faubouriens. Faire danser la polka à quelqu’un. Le battre.

Delvau, 1866 : s. m. Petit jeune homme qui suit trop religieusement les modes, parce qu’en 1843-44, époque de l’apparition de cette gigue anglaise croisée de valse allemande, il était de bon goût de s’habiller à la polka, de chanter à la polka, de marcher à la polka, de dormir à la polka, etc. A Paris, les ridicules poussent comme sur leur sol naturel : ils ont pour fumier la bêtise.

Delvau, 1866 : s. m. Photographie à deux personnages dans un costume non autorisé par la Morale. Argot des modèles.

Rigaud, 1881 : Photographie, dessin pornographique.

Fustier, 1889 : « Polka ne veut pas seulement dire danse : c’est sous ce nom que les photographes et les dessinateurs désignent certains sujets décolletés. »

(Événement, 1882)

La Rue, 1894 : Marchand de photographies obscènes et de cartes transparentes.

France, 1907 : Photographie de groupes obscènes ; vendeur de ces photographies.

Pommier

Clémens, 1840 : Perdre.

Delvau, 1866 : s. m. La gorge. Pommiers en fleurs. Seins de jeune fille. Pommier stérile. Poitrine maigre et plate.
C’est aux poètes poudrés du XVIIIe siècle que nous devons cette expression faubourienne. Ils ont comparé les seins à des pommes, rappelant à ce propos, en les interprétant à leur façon, le Jugement de Pâris sur le mont Ida et la séduction d’Adam par Ève dans le Paradis terrestre. Il était tout naturel que les pommes ainsi semées par eux produisissent un pommier. Œuf implique forcément l’idée de poule.

France, 1907 : Gorge de femme. Pommier en fleurs, seins de jeune fille. Pommier stérile, gorge plate, seins de religieuse.

Prie-Dieu des chaumes

France, 1907 : Mante, insecte orthoptère des pays vignobles du midi de la France, appelée ainsi parce qu’on la voit souvent dressée sur ses pattes de derrière, les pattes de devant jointes dans l’attitude de la prière. On dit aussi mante religieuse, prêcheuse, orateur.

Les Japonais, en cela pareils aux Provençaux, ont une prédilection marquée pour deux insectes qu’ils aiment peindre d’un trait fin sur le soyeux papier de riz ou bien ciseler dans l’ivoire : la cigale déjà nommée et le fantasque prie-Dieu des chaumes, la maigre mante religieuse, qui, grave, de sa patte tendue, montre le chemin qu’il faut prendre aux petits Poucets en maraude.

(Paul Arène)

Quart

d’Hautel, 1808 : Un moment de trente-six quarts d’heure. Un moment dont on ne voit pas la-fin, qui se change en heure, et quelquefois en jour. Se dit par raillerie des délais que demande un lendore, un homme d’une lenteur et d’une nonchalance extrêmes.
Il ne vaut pas le demi quart de l’autre. Se dit par comparaison de deux choses, et pour exprimer que l’une est bien inférieure à l’autre.
Il n’a pas un quart d’écu. Pour, il est bien pauvre. On dit, dans le sens opposé, d’un homme riche, qu’il a bien des quarts d’écu.
Donner au tiers et au quart. Être prodigue, libéral, généreux, donner à tout ce qui se présente.
Dauber sur le tiers et le quart. Se railler, se moquer des ridicules des autres ; n’épargner personne dans ses moqueries.
Médire du tiers et du quart. Médire de tout le monde.
Le quart-d’heure de Rabelais. Pour dire moment désagréable, fâcheux, triste et pénible. On appelle ainsi l’instant où, chez un traiteur, il faut payer l’écot : instant qui ne fait pas plaisir aux gens intéressés, qui voudroient se divertir et ne rien payer.

Larchey, 1865 : Station d’une fille sur la voie publique ; tolérée par la police de sept à onze heures du soir, elle équivaut en effet au quart des marins.

Je n’ai plus besoin de faire mon quart.

(Montépin)

France, 1907 : N’avoir quart ni part, n’avoir rien à prendre dans une succession, un partage.

France, 1907 : Commissaire de police ; abréviation de quart d’œil.

Car au passant, matin et soir,
De la fenêtre ou du trottoir
Faut faire signe ;
D’un bon miché l’on a l’espoir
Et c’est le quart qui vient vous voir.

(É. Blédort)

France, 1907 : Gobelet en fer-blanc dont se servent les soldats en route et en campagne.

Une fois au milieu de nous, les deux religieuses menèrent lestement leur distribution, — ménageant leurs paroles, mais nullement leur bon vouloir. Bientôt notre misérable troupe eut de quoi apaiser sa faim : pain frais et viande froide, et les quarts se tendirent à la ronde vers les bouteilles de vin clair que débouchait la plus âgée des sœurs.

(André Theuriet)

France, 1907 : Mesure parisienne qui est censée être le quart du décalitre, mais qui ne content en réalité que deux litres. On devrait dire cinquième. On appelait autrefois quarte un vase d’une capacité de convention variant selon les lieux, mais le plus souvent égale à la pinte.

Quelqu’un avec la croix et la bannière (chercher)

France, 1907 : Expression employée à l’égard de ceux qui se font attendre. « Je vais aller vous chercher avec da croix et la bannière. » C’est une allusion à l’habitude qui existait jadis en certaines maisons religieuses d’aller en procession, croix, bannières et surtout le bénitier en tête, réveiller le dormeur qui manquait aux matines, afin de lui faire honte. On comprend le rôle que jouait le bénitier. Une bonne aspersion arrachait brusquement le paresseux à son sommeil. Cet usage existait encore à Bayeux en 1640, mais l’aspersion d’eau fraîche ne s’est pas arrêtée au XVIIe siècle, ni ne s’est confinée aux couvents.

Raca

France, 1907 : Synonyme de merde. Mot syriaque exprimant une grossière injure et que l’on trouve dans l’Évangile. De raca l’on a fait racaille.

L’étudiant est devenu aristocrate, mais de cette vilaine aristocratie du parvenu, c’est-à-dire la morgue et l’insolence unies ensemble, la fusion de l’égoïsme et de la sottise, le mariage incestueux des petites idées et des petites vanités…
Cette classe de jeunes homes qui ont jeté par-dessus les moulins le peu qui restait encore de principes incontestés, de traditions religieusement conservées, ont arboré un drapeau honteux qu’ils suivent la tête haute, comme s’il y avait lieu d’en être fier. Ils ont commencé par se compter, par passer en revue leur armée ; puis ils ont dit : « Toi, combien as-tu ? — Tant. — Il t’est permis d’être des nôtres ! » — « Toi, que possèdes-tu ? — Tant. — Arrière !… Raca ! »

(Eugène Vermersch, Le Latium moderne)

Ratichonnière

Vidocq, 1837 : s. — Abbaye.

Delvau, 1866 : s. f. Église.

Rigaud, 1881 : Communauté religieuse.

France, 1907 : Séminaire, couvent, monastère, église.

Il sortait comme moi de la grande ratichonnière, comme disent les faubouriens, et pas plus que moi n’avait à se louer des hauts mandarins de Saint Sulpice.

(Les Confessions de l’abbé Ledru)

Religieuse (nombril de)

France, 1907 : As de cartes.

Religieuse de bas métier

France, 1907 : Ancien nom donné aux filles publiques.

Mais désormais qui voudra rire
Et de mener vie joyeuse
Avec une religieuse
De bas métier.

(Ancien Théâtre français)

Religion fusionienne

France, 1907 : Secte religieuse fondée en 1845 par un médecin nommé de Toureil, et destinée à faire fusionner toutes les religions en une seule. Un des apôtres de cette billevesée fut le célébrée Babick.

Fixé à Genève, Babick tenta de s’y faire connaitre par des conférences sur la religion fusionienne, dont il est resté l’apôtre convaincu. Mais, n’ayant pu réussir à se créer des disciples, il se souvint de son ancienne profession, et c’est ce qui lui permit de débiter, au Café Lyrique et ailleurs, entre deux parties le jacquet ou de dominos, quelques flacons d’odeur, produits de sa cuisine transformée eu laboratoire de chimie.

Rococo

Larchey, 1865 : Suranné.

Ce mot nouveau est celui de rococo, et me semble être appliqué, par la jeunesse innovatrice, à tout ce qui porte l’empreinte du goût, des principes ou des sentiments des temps passés.

(Trollope, 1835)

Delvau, 1866 : adj. Suranné, arriéré, démodé, grotesque à cause de cela, — comme si le goût d’autrefois ne valait pas bien le goût d’aujourd’hui ! Se prend aussi en bonne part.
Pendule rococo. Pendule Louis XV ou faite sur le modèle de cette époque. Tentures rococo. Étoffes en vieille perse à ramages.

Rigaud, 1881 : Démodé ; terme employé par les artistes peintres de 1830.

France, 1907 : Vieux, suranné, quelque peu ridicule, genre rococo, style rococo ; de rocaille, à cause de ce genre fort à la mode au XVIIIe siècle, consistant à faire dans les jardins des constructions baroques avec des pierres, des morceaux de roc.

Il n’y a que la France, la bonne France, qui s’en tienne à la lettre et à l’esprit du vieux pacte rococo de l’équilibre et qui en gobe religieusement la mystification immense — et amère. Tous les peuples autour d’elle se pillent, se volent, s’agrandissent et poussent leurs bornes, les uns sur les autres ; et elle continue, sentinelle innocente du droit, à nier le retour de la force.

(Émile Bergerat)

Rouler sa bosse

Virmaître, 1894 : Ouvrier trimardeur, qui n’a pas de domicile fixe, qui roule sa bosse de ville en ville. C’est un mendiant déguisé qui cherche de l’ouvrage et prie le bon Dieu de n’en pas trouver (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Ne pas avoir de domicile fixe, voyager constamment c’est rouler sa bosse. Celui qui a beaucoup voyagé a roulé sa bosse.

France, 1907 : Voyager, aller d’un endroit à l’autre.

Après avoir roulé leur bosse
De Montmartre au Quartier Latin,
Il en est qui lâchent la noce,
yant séduit un vieux rupin,
Leur existence se termine,
Douce et tranquill’, dans leur pat’lin ;
À l’église, leur voix domine
Celle des chantres du lutrin,
On les voit, très pieusement,
Prier religieusement.

(G. Chavanne)

Saint-Hubert

France, 1907 : Grand parapluie de coton, parapluie campagnard et familial, appelé ainsi dans les campagnes du Centre parce qu’il ressemble aux immenses parapluies rouges sous lesquels s’abritent dans les marchés les marchands de bibeloterie religieuse, appelés Saint-Hubert.

France, 1907 : Nom donné dans les campagnes du Centre aux charlatans qui promènent dans les foires, les marchés, des images de saint Hubert, et vendent en même temps des bagues, des médailles et des chapelets qui ont la vertu de préserver de la rage, la guérison de la rage étant, comme chacun le sait, la spécialité du patron des chasseurs. On dit indifféremment des Saint-Hubert ou des marchands de Saint-Hubert. Être de la confrérie de Saint-Hubert, c’est dire des mensonges, des hâbleries, les chasseurs étant accusés de dire rarement la vérité au sujet de leurs exploits cynégétiques. « Il est de la confrérie de Saint-Hubert, dit-on, il n’enrage pas pour mentir. »

Sainte Solange (cousin de)

France, 1907 : Nom donné dans le Berry aux pèlerins de la grande solennité religieuse qui se fait annuellement à la chapelle de sainte Solange, près de Bourges. Comme ces estimables crétins prétendent obtenir de la sainte ce qu’ils lui demandent, on dit qu’ils sont ses cousins. « Saint Janvier de Naples, observe le comte Jaubert, a aussi ses parentes, vieilles femmes du peuple qui le gourmandent quand le prétendu miracle annuel de ce saint se fait trop attendre. » La superstition et la bêtise sont de tous les pays. C’est le vrai cosmopolitisme.

Sang bleu

France, 1907 : Nobles : ils sont censés avoir le sang d’une autre nuance que le commun des mortels.

À vrai dire, ce que nous appelons vertu chez la femme, ne se rencontre guère : il n’y a que des tempéraments. C’est comme le fond de toutes les convictions politiques, religieuses, sociales. Fouillez tout cela, vous trouvez l’intérêt. Combien de nos plus farouches républicains seraient pus royalistes que le roy si les chroniques du canton relataient que le vidame de leur village a violé la gardeuse d’oies, leur trisaïeule, et que peut-être coulent dans leurs roturières veines quelques parcelles de sang bleu ; de même, combien de vieilles filles portées en terre, dignes de ceindre la couronne d’oranger, parce qu’elles ont manqué du sixième sens ou de l’occasion larronnesse, ou encore résisté vaillamment à l’attaque à cause de la lune nouvelle.

(Hector France)

Scientiste

France, 1907 : Membre d’une secte religieuse de la Grande-Bretagne qui refuse, en cas de maladie, toute assistance médicale.
Les scientistes se placent au point de vue de la religion pure, du respect absolu de la volonté divine, et soutiennent que c’est un péché de se servir de médicaments pour guérir les maux dont notre pauvre humanité est accablée ; ils ont fondé de nombreuses associations dans toutes les villes, et les adeptes, hommes et femmes, moyennant une guinée par semaine, s’installent au chevet des malades pour les garder de l’approche des médecins.
Comme bien on le pense, ceux-ci ne sont pas satisfaits de la guerre acharnée que leur font les scientistes.
On appelle aussi les scientistes, en anglais, « peculiar people », singulières gens.

Se donner une culotte, se culotter

Larchey, 1865 : Faire excès de boire ou de manger. — Donné déjà par le Dict. de Leroux, 1718. — Synonyme d’un terme fréquemment employé : S’en donner plein la ceinture.

Nous pouvons donc enfin nous culotter avec du vin du tyran.

(Chenu)

Un ivrogne ferait bien mieux de s’acheter un pantalon que de se donner une culotte.

(Commerson)

Culotte se prend au figuré pour tout autre excès

nous nous sommes donné une fameuse culotte monarchique et religieuse.

(Balzac)

Serrer la vis

Delvau, 1866 : Achever une affaire, presser un travail. Étrangler quelqu’un. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Serrer le frein, — dans l’argot des mécaniciens des chemins de fer.

Virmaître, 1894 : Étrangler quelqu’un (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Serrer le cou.

France, 1907 : Étrangler.

Ah ! maudite routine, on n’a plus la foi, comme ci-dessus je le dégoise, mais par veulerie on laisse encore l’Église, qui s’en accommode, nous fiche le grappin dessus à notre naissance, à notre accouplement, à notre crevaison.
On lui laisse farcir la caboche de nos loupiots de fariboles nigaudes et criminelles ; notre copine n’ayant d’autre lieu de rassemblement, d’autre récréation que la sacrée turne du bon dieu, s’y laisse obscurcir la comprenette, ne peut se dépêtrer des gourderies religieuses.
Épatez-vous donc ensuite que capitalos et gouvernants continuent à nous serrer la vis.

(Le Père Peinard)

Sœur de charité

France, 1907 : Voleuse qui va quêter à domicile pour de prétendues bonnes œuvres : plusieurs s’affublent d’un costume de religieuse.

Somme de saint Thomas

France, 1907 : Il ne s’agit pas de sommeil, mais d’un livre ou d’un discours ennuyeux. Assommant comme la somme de saint Thomas, dit-on ; ou bien : C’est une somme de saint Thomas. Allusion à la Somme de théologie (Summa theologiæ) du dominicain Thomas d’Aquin, ouvrage savant mais indigeste, qui fut en quelque sorte l’encyclopédie philosophique et religieuse du moyen âge. Elle est composée de trois livres : Dieu, l’Homme, Jésus-Christ, où sont traitées quatre mille questions ! Ce dicton s’emploie aussi pour désigner un ouvrage très documenté.

Souffle tout vent en couvent

France, 1907 : Allusion aux rivalités. discordes, désunions qui existent dans les communautés religieuses, celles des femmes surtout. Bouvelles cite ce proverbe parmi ceux du XVIe siècle et aussi ce jeu de mot qui le corrobore : Communauté n’est pas comme unité.

Souffrir le martyre

France, 1907 : Expression employée ironiquement en Lorraine pour exprimer qu’une femme ou une fille a été violée. L’origine en est assez curieuse. En 1635, lors du sac de la petite ville de Saint-Nicolas-du-Port, près de Nancy, où les vainqueurs commirent nombre d’atrocités comme en commettent tous les gens de guerre, et mirent le feu à la magnifique basilique de cette ville célèbre alors par ses foires, les religieuses non seulement furent violées par la soldatesque, mais les récalcitrantes furent promenées toutes nues par les rues attachées à la queue des chevaux.

Elles avoient été violées, dit Tallemant des Réaux, par ces brûleurs de maisons, et comme il n’y avoit pas moyen de nier, elles appeloient cela souffrir le martyre. On dit que, comme elles faisoient le récit de leurs infortunes à l’évêque, il y avoit telle qui disait l’avoir souffert deux fois, qui trois, qui quatre, — Ah ! ce n’est rien auprès de moi, dit une autre, je l’ai souffert jusqu’à huit fois ! — Huit fois le martyre ! s’écria l’évêque ; ah ! ma sœur, que vous avez de mérite !

Spinster

France, 1907 : Célibataire du sexe féminin ; vielle fille. Anglicisme.

Il existe un bonheur complet, le bonheur que nous avons assigné au premier groupe dont toutes les activités, mises en exercice, peuvent atteindre leur plus haut degré de développement, et il existe aussi un bonheur relatif qui consiste dans l’adoption, dans la création de palliatifs, lorsque l’objet naturel de l’aptitude vient à manquer. Exemples : les religieuses, qui, privées des fonctions de la maternité, se créent une maternité artificielle, et cette sorte de troisième sexe, les spinsters anglaises, qui substituent à l’amour et au mariage le développement d’autres aptitudes, d’autres activités, et réussissent à atteindre un bonheur relatif.

(Paola Lombroso, Le Bonheur des femmes)

Taupière

France, 1907 : Séminaire, maison d’éducation religieuse ; allusion au travail occulte des cléricaux.

Tolstoïsme

France, 1907 :

Ayons le courage de le dire et même de le crier, sans nous émouvoir d’une phalange de dévots obstinés…
M. Tolstoï est devenu le plus sinistre raseur moralisant et le prédicant le plus insupportable que la terre ait produit depuis Jean-Jacques Rousseau (de Genève)…
Je n’insiste pas ; il s’agit d’expliquer le tolstoïsme.
D’une façon générale, cette doctrine, ou plutôt cette religion, est une sorte de christianisme humanitaire mâtiné de socialisme et de fouriérisme, tel qu’il fleurissait en France vers 1848. On se figure que les livres de Tolstoï qui nous parviennent ont été écrits récemment ; si beaucoup, au contraire, sont assez vieux et les premiers, les plus curieux, les autobiographies, remontent à 1852. L’Europe, à ce moment, sortait à peine de la crise sentimentale ; elle venait, pendant plusieurs années, de rêver de bonheur et de fraternité ; on prêchait l’union des classes et l’union des peuples : des ouvriers, en pleurant, embrassaient le curé qui jetait son eau bénite (et un mauvais sort avec) sur l’arbre de la Liberté. Partout régnait une considérable mais attendrissante niaiserie. Nul doute que cet universel état d’esprit n’ait influé sur l’âme de Tolstoï, et que nos pseudo-réformateurs français n’aient été les inspirateurs de sa foi nouvelle. N’est-ce pas à Fourier qu’il a emprunté sa théorie du travail agréable ?
Mais les idées de Tolstoï qui ont fait connaître son nom sont plus récentes ; elles touchent principalement à l’amour et elles sont comme le résumé et la conclusion des théories sociales ou religieuses qu’il avait exposées antérieurement.
Voici donc la grande découverte morale de Tolstoï : la loi de l’homme, l’amour, est une aspiration au bien des autres ; mais il faut que cette aspiration altruiste soit constante et universelle ; il faut aimer non un seul être, mais tous les êtres : l’amour particulier est un vol fait à l’amour universel…
C’est faire un bien grand détour pour revenir à la doctrine de saint Paul et des premiers moralistes chrétiens, et c’est aussi une grande naïveté que de s’imaginer que l’on va captiver les hommes, et surtout les femmes, avec de pareilles formulettes. On peut, le christianisme primitif l’a prouvé, diriger l’idéal humain vers le renoncement, mais on ne pourra jamais l’orienter dans cette voie douloureuse au nom d’entités aussi ridiculement vagues que l’amour universel.
Cela est absurde. Amour universel, mot vif, parole vaine ! L’amour est particulier ; il n’y a pas d’amour sans objet, — et aimer tout et tous, c’est n’aimer rien et personne. Un tel sentiment, s’il était possible, se confondrait absolument, par l’identité des contraires, avec le pur et simple égoïsme.

(Rémy de Gourmont)

Tolstoïste, tolstoïsant

France, 1907 : Partisan de la doctrine de Tolstoï.

Qu’il doit y avoir peu de tolstoïsantes ! La femme est, en effet, absolument incapable, nous seulement de ressentir, mais même de concevoir un amour qui ne soit pas rigoureusement déterminé, et l’amour divin n’est encore pour elle que l’amour d’un homme divin : en conseillant l’ascétisme à quelques privilégiées, les moralistes mystiques ont fort bien vu ces tendances du cœur féminin et ils ont permis aux religieuses un amour direct et personnel, avec tout son vocabulaire passionné, tous ses gestes sentimentaux, ses contemplations devant l’être adoré, ses jouissances — et les plus aiguës, celles de l’imagination préexcitée, — et même la jalousie.
Ce qu’il y a de singulier et d’un peu monstrueux, c’est que l’ascétisme vanté par Tolstoï est un ascétisme conjugal. Il conseille le mariage, mais considère comme des péchés les rapports conjugaux : le mari et la femme doivent, selon lui, se borner à se regarder dans les yeux en songeant à l’humanité souffrante.
Nous voici au grotesque et tout près de la folie.

(Rémy de Gourmont)

Torchon

d’Hautel, 1808 : Elle est faite comme un torchon ; c’est un torchon. Se dit par mépris d’une femme peu soigneuse, sale et malpropre dans ses vêtemens.
Le torchon brûle. Locution populaire qui signifie que la mésintelligence et la discorde règnent entre deux personnes.

Rigaud, 1881 : Sale fille publique. Le torchon est une fille publique placée dans l’échelle de la prostitution bien au-dessous du linge. — Cuisinière malpropre, souillon de cuisine.

Fustier, 1889 : Argot de cabotins. La toile, le rideau.

La Rue, 1894 : Prostituée commune. L’élégante s’appelle linge.

France, 1907 : Fille malpropre, souillon.

Maintenant, de l’ancien petit torchon, s’était dégagé une fille très bonne, l’air fin et joli, qui avait la gorge dure, les membres élastiques et forts de fausses maigres.

(Émile Zola, La Terre)

France, 1907 : Nom donné dans certaines communautés religieuses à un genre de châtiment infligé aux enfants ou jeunes filles coupables de quelque faute et dont voici l’explication :

Plus que la cellule le torchon nous faisait peur. Pour un rien souvent, pour une boutonnière mal faite, la sœur nous faisait lever au milieu de l’atelier. Elle prenait un linge, un essuie-mains, une serviette, une chemise, propre ou sale, n’importe quoi. Elle le trempait dans l’eau et nous emmaillotait la tête et les épaules, jusqu’à l’étouffement.
J’ai eu le torchon plusieurs fois. Quand j’étais prise là-dessous, je sautais comme une folle. Un jour je me suis abattue, raide, sur le parquet. On me crut morte.
J’ai vu une de mes camarades, qui était phtisique et à qui la sœur avait infligé cette punition. Quand on lui découvrit la tête, elle rendait le sang à pleine bouche. Trois jours après, elle était enterrée.

(R. Chaughi, Les Temps Nouveaux)

Tour d’ivoire (s’enfoncer dans sa)

France, 1907 : Se retirer du monde, vouloir ignorer les choses de la vie, vivre comme certaines religieuses ou religieux dans une perpétuelle hallucination séraphique.

… Et Vigny plus secret
Comme en sa tour d’ivoire avant midi rentrait.

(Sainte-Beuve, Pensées d’août)

Zaouïa

France, 1907 : Coin, encoignure. Mot rapporté par les soldats d’Afrique. La zaouïa, en Algérie, est un petit enclos où se trouve la tombe d’un marabout, d’un saint musulman, et, par extension, c’est une petite école d’instruction religieuse.


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