Rigaud, 1881 : Comédie, — dans l’argot des anciens comédiens.
Combien refile-t-on de logagne pour allumer la boulevetade ? combien paie-t-ou pour entrer à la comédie ?
(Mémoires de Dumesnil)
Boulevetade
Rigaud, 1881 : Comédie, — dans l’argot des anciens comédiens.
Combien refile-t-on de logagne pour allumer la boulevetade ? combien paie-t-ou pour entrer à la comédie ?
(Mémoires de Dumesnil)
Caboulottière
Rigaud, 1881 : Même signification que ci-dessus.
L’an dernier, ayant écrit un entrefilet des plus virulents contre les caboulottières, nous avons reçu les cartes de 876 de ces demoiselles.
(Tam-Tam du 6 juin 1880)
Caisse (battre la grosse)
Rigaud, 1881 : Faire beaucoup de réclame pour quelque chose ou pour quelqu’un. — Allusion aux coups de grosse caisse de MM. les saltimbanques.
France, 1907 : Louer bruyamment, faire du puffisme autour d’un nom ou d’un ouvrage. « Nombre d’auteurs et des mieux cotés battent eux-mêmes la grosse caisse autour de leurs livres, en rédigeant des entrefilets élogieux qu’ils envoient aux journaux. »
Caroubleur
Clémens, 1840 : Voleur avec fausses clefs.
Larchey, 1865 : « Voleur employant des caroubles fabriquées par lui-même sur des empreintes livrées par des domestiques, des frotteurs, des peintres, ou des amants de servantes. — Le Caroubleur à la flan ou à l’esbrouffe vole aussi avec de fausses clés, mais au hasard, dans la première maison venue. Le Caroubleur au fric-frac emploie, au lieu de clés, un pied de biche en fer appelé cadet, monseigneur, ou plume. »
(Vidocq)
Delvau, 1866 : s. m. Individu qui vole à l’aide de fausses clés. On dit aussi caroubleur refilé. Caroubleur à la flan. Voleur à l’aventure.
Rigaud, 1881 : Voleur qui opère à l’aide de fausses clés. — Caroubleur au fric-frac, voleur avec effraction au moyen d’un ciseau à froid, d’un clou, d’une pince.
Virmaître, 1894 : Vol à l’empreinte à l’aide de fausses clés (Argot des voleurs). V. Boîte de Pandore.
Rossignol, 1901 : Celui qui carouble. Le voleur à l’aide de fausses clés est un caroubleur.
Carroubleur refilé
Halbert, 1849 : Voleur à fausse clef.
Connaissance
Delvau, 1864 : Maîtresse, concubine.
Ah ! vous avez une connaissance, monsieur !
(De Leuven)
Larchey, 1865 : Maîtresse.
Ah ! vous avez une connaissance, monsieur !
(De Leuven)
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des ouvriers, qui veulent connaître une fille avant de la prendre pour femme.
Rigaud, 1881 : Amant, maîtresse ; fiancé, fiancée, — dans le jargon des ouvriers, des militaires et des bonnes d’enfants.
T’nez M’sieu, j’aime mieux vous dire tout d’ suite, j’ai z’une connaissance.
(Grévin)
France, 1907 : Bonne amie, maîtresse.
— Tu l’aim’s donc bien, c’te connaissance ?
— N’m’en parl’ donc pas, j’m’en frais crever !
(Chant d’atelier)
La connaissance est la compagne obligatoire du pioupiou et même du cavalier et du pompier. C’est elle qui vous fait passer agréablement les heures de promenade entre la soupe et la retraite ; elle qui vous refile une petite fiole de fine et de la bonne, prélevée sur la bouteille du bourgeois ; elle qui vous fait pénétrer dans la boîte par l’escalier de service, afin de vous donner le tendre bécot qu’elles n’a pas épanché sur votre joue aux Tuileries ; elle qui vous nourrit du quartier de poulet qu’elle mis en réserve à votre intention et qu’elle arrose, la chère amie, d’une bouteille de vin cacheté et de ses plus ineffables tendresses ; elle qui vous donne la clé de sa chambre lorsque vous avez la permission de la nuit ; elle qui vous paye de bons cigares avec son sou du franc, si toutefois son singe ne fume pas ; elle encore que vous verrez au premier rang de la foule, derrière le cipal, aux jours de revue, fière de vous voir si beau sous l’uniforme, admirant votre air crâne et martial, et vous électrisant avec ses œillades pleines de promesses.
(Traité de civilité militaire et d’honnêteté, enseignée par Dache)
Le boursier X…, l’homme le plus riche, mais le plus connu pour sa paillardise, allait rendre le dernier soupir.
Son neveu arrive en toute hâte de Nice pour le voir une dernière fois.
— Savez-vous, demande-t-il au valet de chambre, si mon oncle a encore sa connaissance ?
— Certainement, monsieur, ils sont même ensemble depuis ce matin.
(Tintamarre)
— Laisse-moi parler ; tu vois bien que c’est la dernière fois que j’t’embête… Dis donc, Albert, comment que ça se fait que tu parles toujours de tes connaissances, et qu’j’aurais pas eu l’droit d’aimer aussi, moi…
(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)
Cuisinier
d’Hautel, 1808 : Un cuisinier Jacques. Un gâte-sauce, un gargot. Sobriquet que l’on donne à un mauvais ouvrier en cuisine, soit traiteur ou pâtissier.
Le bon appétit fait le bon cuisinier. Signifie qu’avec un bon appétit, les mets les plus grossiers semblent agréables et succulens.
Un cuisinier de malheur. Un cuisinier du diable. Pour dire un cuisinier détestable.
Vidocq, 1837 : s. m. — Employé de la préfecture de police.
Halbert, 1849 : Avocat.
Delvau, 1866 : s. m. Avocat, — dans l’argot des voleurs, qui ont eu de fréquentes occasions de constater l’habileté avec laquelle leurs défenseurs savent arranger leur vie avariée, de façon à la rendre présentable à leurs juges.
Delvau, 1866 : s. m. Dénonciateur, — dans l’argot des prisons. (V. Coqueur et Mouton.) Signifie aussi Agent de police.
Rigaud, 1881 : Espion, agent de la police secrète. — Rédacteur chargé de la cuisine d’un journal.
Hayard, 1907 / France, 1907 : Avocat.
France, 1907 : Journaliste chargé de couper et de classer les faits divers, les entrefilets, etc.
C’était là que les cuisiniers du journal, ces bons garçons qui démontent, morcellent, assaisonnent, et servent toute chaude au public la gibelotte dans laquelle le beau premier Paris ou la sémillante chronique ne représentent guère que le lapin tout cru, — c’était là que les cuisiniers assoiffés, cramoisis, descendaient, en bras de chemise, siffler un bock, debout, pour retourner ensuite, tout courants, à leur ingrate tâche.
(Séverine, Le Journal)
France, 1907 : Mouchard.
— À propos de railles, vous n’êtes pas sans avoir entendu parler d’un fameux coquin qui s’est fait cuisinier, Vidocq ; le connaissez-vous, vous autres ?
(Marc Mario et Louis Lansay)
Déchard, décheux
France, 1907 : Malheureux que poursuit la déveine.
Cancre, hère et pauvre diable
Dont la condition est de mourir de faim,
dit La Fontaine.
Il y a les hôtels des richards,
Tandis que les pauvres déchards,
À demi morts de froid,
Et soufflant dans leurs doigts,
Refilent la comète.
(La Ravachol)
Ce qu’on donne aux déchards, toujours on le regrette,
Pour tirer d’eux ce qu’on leur prête,
On en vient d’ordinaire aux propos aigres-doux,
Il faut plaider, il faut combattre.
Offrez-leur un « pied » chez vous,
Ils en auront bientôt pris quatre.
(Marc Legrand)
Entrefilet
Delvau, 1866 : s. m. Petit article placé dans le corps du journal, entre deux autres.
France, 1907 : Article de quelques lignes placé dans le corps du journal ; argot des journalistes.
Filer ou refiler
un détenu, 1846 : Suivre à la piste, surveiller. Donner de la filature ; suivre quelqu’un, donner, faire passer.
Gratin (du)
Rigaud, 1881 : Des coups, — dans le jargon du peuple.
Un grand sec, en bras de chemise, ouvre la porte, saute sur l’homme et lui fout un gratin à le tuer.
(La petite Lune, 1879)
Refiler un gratin, donner une gifle formidable.
Greffier
d’Hautel, 1808 : Il est comme le greffier de Vaugirard, il ne peut écrire quand on le regarde.
Ce proverbe vient de ce que le greffier de Vaugirard tenoit son gref dans un lieu obscur, qui n’étoit éclairé que par un œil de bœuf, de sorte qu’on ne pouvoit le regarder sans lui intercepter tout le jour.
Ansiaume, 1821 : Chat.
Ébobi ce greffier-là, nous le sauterons dans une bassine.
un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Chat.
Delvau, 1866 : s. m. Chat, — dans l’argot des faubouriens, qui n’aiment pas les gens à robe noire, et emploient à dessein ce mot à double compartiment où l’on sent la griffe.
Virmaître, 1894 : Chat (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Chat.
France, 1907 : Chat ; corruption de griffier.
C’est la dabuche Michelon
Qu’a pomaqué son greffier
Qui jacte par la venterne
Qui le lui refilera.
Le dabe Lustucru
Lui dit : Dabuch’ Mich’ton,
Votre greffier n’est pas pomaqué ;
Il est dans le roulon
Qui fait la chasse aux tretons,
Avec un bagaffre de fertange
Et un fauchon de satou.
(Chanson argotique de la Mère Michel, citée par V. Michel)
anon., 1907 : Chat.
Griffonnante
France, 1907 : Plume.
Au clair de la luisante,
Mon ami Pierrot,
Refile-moi ta griffonante
Pour broder un mot.
Ma camoufle est morte,
Je n’ai plus de rif,
Déboucle-moi ta lourde
Pour l’amour du mec.
Grincher, grinchir
Rigaud, 1881 : Voler. — Grinchir au prix courant, voler à l’étalage. Les variantes sont : Grinchir en plein trèpe, piocher dans le tas.
France, 1907 : Voler ; du vieux mot agricher, même sens, encore en usage dans le Maine.
Gloire à l’auteur du Juif errant,
Son livre est vrai, son œuvre est grand :
Tant que sur terre
On grinchira, de par Jésus,
Vous ne serez jamais trop lus,
Sue et Voltaire.
(Chanson du Père Lunette)
— Il tâche pour se faire ami z’avec lui, et sitôt qu’il est z’ami, il lui refile des objets grinchis dans ses poches, et puis tout est dit ; z’ou bien il l’emmène su z’une affaire, qu’il soit servi marron.
(Marc Mario et Louis Launay)
Linvé
Rigaud, 1881 : Un franc, vingt sous, — dans le jargon des voyous, par abréviation de linvé loussem ; emprunté au jargon des bouchers. Déformation argotique en vé et lem.
Virmaître, 1894 : Un franc (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : Vingt. Ce mot est de l’argot de boucher, mais il est dit par tous les individus parlant un peu argot. Les chiffres se prononcent ainsi : 1. Unlaime ; 2. Leudé ; 3. Loitré ; 4. Latequé ; 5. Linqcé ; 6. Lixsé ; 7. Leptsaime ; 8. Luihaime ; 9. Leufnique ; 10. Lixdé ; 20. Linvé ; 40. Larantequé.
Hayard, 1907 : Vingt.
France, 1907 : Pièce d’un franc. Ce sont les mots vingt sous déformés et abrégés. On dit aussi loussem.
— N’en dites pas de mal, papa : c’est mon ami ! Il a l’air comme ça un peu fier, quand on ne le connait pas, mais vous allez voir tout à l’heure, quand il va sortir… Lorsqu’il est saoul, il n’y a pas plus gentil, plus généreux. Il me refile toujours un linvé, des fois larantqué : il ne s’agit que d’être à la distribution.
(Maurice Donnay)
anon., 1907 : Vingt sous.
Macrotin
Delvau, 1864 : Apprenti maquereau ; voyou qui se fait la main avec les petites gourgandines dont il vide les poches sans le moindre scrupule, en attendant qu’il puisse exercer sur une plus grande échelle, avec de plus grandes allés.
Oui, c’est un métier commode
Et qui devient à la mode :
Mao, macrotin…
Vive le macrotin !
(L. de Neuville)
Rigaud, 1881 : Apprenti souteneur ; souteneur surnuméraire.
Virmaître, 1894 : Petit maquereau d’occasion qui glane par-ci par-là quelques sous, en attendant qu’il soit assez fort pour avoir une marmite à lui seul. Le petit macrotin commence généralement à être raton et pégriot (Argot des souteneurs). N.
Hayard, 1907 : Jeune souteneur.
France, 1907 : Jeune maquereau, ou simplement maquereau.
L’homme. — Chameau !… Vieille dégoutation !… Et le plus chouette, c’est que c’est elle qui est saoule, justement !
La femme. — Moi ?… Eh ben ! t’en as une santé !
L’homme. — Tu parles s’y faut qu’jen aye une, pour rester de là, collé depuis près de trente berges avec une vieille peau pareille !…
La femme. humiliée, — Vieux macrotin !
L’homme — Comment qu’t’as dit ?
La femme. — Vieux macrotin !
L’homme. — Répète un peu !… Je te refile un marron par le blair, tu verras si c’est d’l’eau d’savon.
La femme. — Vieux macrotin !…
(Georges Courteline)
Manquesse
Rigaud, 1881 : Mauvaise note, — dans le jargon des voleurs. — Refiler la manquesse, être mal noté.
France, 1907 : Mauvais renseignements donnés sur un prisonnier.
Mornifle, morningue
Rigaud, 1881 : Monnaie. — Mornifle tarte, fausse monnaie. — Porte-morningue, porte-monnaie. — Refiler de la fausse mornifle, émettre de la fausse monnaie. (Jargon des voleurs.) Porte-morningue appartient aussi au vocabulaire du peuple.
Pompe
Delvau, 1866 : s. f. Retouche, — dans l’argot des tailleurs. Petite pompe. Retouche des pantalons et des gilets. Grande pompe. Retouche des habits et des redingotes.
Rigaud, 1881 : Botte. — Faire les pompes au prix-courant, voler des bottes à l’étalage. Le voleur à l’étalage, aussitôt le coup fait, part en courant.
Rigaud, 1881 : Officier attaché à l’instruction générale, en terme d’École de Saint-Cyr.
Ils remplissent un peu les fonctions de pion.
(Saint-Patrice)
Corps de pompe, les professeurs.
Ceux qui savent quelques bribes de dessin pochent en quatre traits la caricature du général ou du corps de pompe.
(R. Maizeroy, Souvenirs d’un Saint-Cyrien, 1880)
Rigaud, 1881 : Retouche faite à un vêtement.
Rigaud, 1881 : Travail suivi, — dans le jargon des typographes. — Avoir de la pompe, avoir beaucoup d’ouvrage pressé à faire.
Fustier, 1889 : Étude. Cours. Argot des Élèves de l’École de Saumur.
La Pompe ! A ce grand mot votre intellect se tend
Et cherche à deviner… La Pompe, c’est l’étude,
La Pompe, c’est la longue et funeste habitude
De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs
Le suc et l’élixir de leurs doctes labeurs.
(Nos farces à Saumur)
France, 1907 : Atelier de tailleurs. C’est aussi la retouche des vêtements.
France, 1907 : Beignet ; patois de l’Auvergne.
Quant à nos vendangeurs, ils ne se contentent pas de mastiquer le gigot, la fourme et la pompe aux pommes. Tout cela ne serait point succulent sans l’eau bénite de cave dont ils s’administrent des lampées, à qui mieux mieux, sans danses ni bourrées finales, et aussi sans taquineries amoureuses entre filles et garçons.
(Jacques d’Aurelle)
France, 1907 : Étude, travail ; argot des écoles militaires.
La pompe ! à ce grand mot votre intellect se tend
Et cherche à deviner… La pompe c’est l’étude,
La pompe, c’est la longue et funeste habitude
De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs
Le suc et l’élixir de leurs doctes labeurs…
(Théo-Critt, Nos farces à Saumur)
France, 1907 : Seringue, plus généralement appelée, dans l’argot militaire, pièce humide, d’où le nom d’artilleurs de la pièce humide donné aux infirmiers militaires.
On a prôné les pompiers et pourquoi ?
C’est peut-êtr’ bien pour leurs jeux hydrauliques
Aux mêm’s honneurs nous avons un peu droit
Et même mieux, j’vais l’prouver sans réplique ;
Quand les pompiers au feu s’en vont encore,
C’est pour l’éteindr’, si je n’me trompe ;
Quand un pompier à le feu dans le corps,
C’est nous qui manœuvrons la pompe.
France, 1907 : Soulier. Il aspire l’eau lorsqu’il est troué. « Refiler un coup de pompe dans l’oignon », donner un coup de soulier au derrière. On appelle encore un soulier troué pompe aspirante.
Ponce
France, 1907 : Roulée, raclée ; argot des voleurs et des voyous. « Refiler une ponce à sa marmité », battre sa femme.
Refilé (aller au)
La Rue, 1894 : Vomir. Payer. Ne pas aller au refilé, nier.
France, 1907 : Faire des aveux ; argot des voleurs.
Refiler
Clémens, 1840 : Remettre, rendre, donner.
un détenu, 1846 : Faire passer de main en main.
Halbert, 1849 : Donner le vol à un compère ou suivre quelqu’un.
Larchey, 1865 : Donner un vol nourri, suivre.
Delvau, 1866 : v. a. Rendre, restituer, — dans l’argot des voyous.
Delvau, 1866 : v. a. Suivre, rechercher, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Chercher ; suivre, — dans l’argot des voleurs. (A. Delvau)
Rigaud, 1881 : Passer, mettre en circulation.
Je n’ai refilé que cinq roues de derrière.
(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)
Rigaud, 1881 : Perdre au jeu l’argent du bénéfice. — Avoir gagné 20 louis et les refiler. — Reperdre ce qu’on avait gagné au jeu.
La Rue, 1894 : Rendre. Restituer. Suivre. Rechercher. Donner. Céder. Passer. Reprendre. Refiler sa contremarque, mourir.
Virmaître, 1894 : Veut dire : donne-moi. Le souteneur dit à sa marmite :
— Refile-moi le pognon.
Refiler quelqu’un : c’est le suivre ou le rechercher.
— J’ai eu beau le refiler, c’est comme si j’avais cherché une aiguille dans une botte de foin (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : Rendre, donner. — « Refile ce que tu me dois. » — « Refile-moi une cigarette. »
Hayard, 1907 : Donner.
France, 1907 : Donner. Un argotier s’est amusé à mettre en argot la chanson Au clair de la lune.
Au chair de la luisante,
Mon frangin Pierrot,
Refile-moi ta griffonnante,
Pour broder un mot.
Ma camoufle est chtourbe,
Je n’ai plus de rif ;
Déboucle-moi ta lourde
Pour l’amour du mec !
France, 1907 : Rendre.
Il allait se coucher jusqu’à midi, puis il irait déjeuner au cercle ; après an tour au Bois, retour au cercle pour y doubler ou y refiler le sac de la nuit dernière.
(Gil Blas)
France, 1907 : Suivre, surveiller.
Ma sœur est avec Éloi
Dont la sœur est avec moi :
L’soir, su’ l’boul’vard, ej’ la r’file
À Bell’ville :
Comm’ ça j’gagn’ pas mal de braise ;
Mon beau-frère en gagne autant,
Pisqu’i’ r’fil’ ma sœur Thérèse
À Ménilmontant.
(Aristide Bruant, Dans la Rue)
Quand on a des « lois scélérates »
Comme y en a dans not’ doux pays,
Quand on est toujours sous la patte
D’un tas d’argousins, de bandits,
Qui vous espionn’nt et qui vous r’file,
Toujours prêts à vous arrêter,
L’gouvernement, sans s’faire ed’bile,
Fait mettre sur les murs : Liberté !
(Le Père Peinard)
Refiler la camelote
M.D., 1844 : Passer aux associés ce que l’on vient de voler.
Refiler la comète
France, 1907 : Coucher à la belle étoile. On dit aussi renifler la comète. Refiler a ici le sens de suivre, surveiller.
Dans l’avenue, Dupont fendit d’un coup de pouce l’enveloppe (que lui avait remise la duchesse d’Uzès) ; elle contenait un billet de 50 francs. Cet argent a reçu la destination indiquée par la donatrice. 25 francs furent distribués à des copains qui refilaient la comète. Le reste fut envoyé dans les prisons et aux parents des prisonniers.
(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)
Refiler sous le tube (s’en)
Rigaud, 1881 : Priser.
Refiler, repasser
Rigaud, 1881 : Céder le canevas d’un vol.
Refileurs de comète
France, 1907 : Vagabonds, gens sans asile.
Le jour où le populo aura soupé de crever la faim, ce jour-là il pourra s’arranger, sinon une vie tout plein heureuse, mais du moins exempte de toute incertitude du lendemain. Plus on va, plus c’est faisable ; à l’heure actuelle, c’est pas la croustille qui manque, — y a à bouffer pour tout le monde ! — Les piôles non plus ne font pas défaut. Y en a des vides et en assez grande quantité, pour y mettre à roupiller tous les refileurs de comète.
(Le Père Peinard)
Saindhomme
La Rue, 1894 : Tabac. Refiler un saindhomme, frapper.
Sur le tas (prendre)
France, 1907 : Prendre en flagrant délit.
Comme il nous prenait sur le tas, je lui ai refilé un coup de surin dans le colas, j’ai dit à non poteau de cromper et mézigue s’est fait la paire.
(Delesalle, Autobiographie d’un malfaiteur)
Te Deum
France, 1907 : Discours.
— Un bien digne homme, c’est lui qui est à la tête de toutes les bonnes œuvres de la paroisse de Sainte-Éleuthère… Il dirige un tas de sociétés, les Petits-Fumistes, les Enfants sans père, des Madeleines repenties… Voilà comment que Sylvie l’a connu… Tu sais qu’elle était très malheureuse avec un père poivrot et une mère ivrognesse… Il la retirée de chez ses parents et l’a placée dans au ouvroir. Mais ma Sylvie se rasait. Un beau jour, v’là qu’elle file… et qu’elle se met à faire la noce… Un soir, qu’elle s’occupait rue Montmartre, elle tombe juste sur m’sieu Tiburce… D’abord, elle a eu honte et elle a cherché à se tirer… Trop tard, par exemple ! Tu penses le Te Deum qu’il lui a refilé, le vieux…
(Oscar Méténier)
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