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Achever

d’Hautel, 1808 : Amincir. Approprier. Assortir. Aucun de ces verbes n’est susceptible d’augmentation. Néanmoins une pratique vicieuse les fait construire avec la particule réduplicative. Les locutions suivantes sont, pour ainsi dire, consacrées par l’usage :
Je racheverai cet ouvrage un autre jour.
Il commence à se rapproprier.
Il aura de la peine à rassortir cette étoffe.
Au lieu de dire : J’Acheverai cet ouvrage ; il commence à s’Approprier ; il aura de la peine à Assortir ; etc.
Voilà pour l’achever de peindre. Se dit par raillerie d’un homme accablé d’infortunes, à qui il survient, quelques nouveaux malheurs ; d’un buveur, qui après avoir pris plus dc vin qu’il n’en peut supporter, se met encore à boire ; d’un valétudinaire qui commet quelqu’extravagance pernicieuse à sa santé.

Assoter

d’Hautel, 1808 : S’infatuer d’une opinion quelconque ; devenir sottement amoureux. On dit plus communément rassoter.
Suivant l’auteur de la Néologie, Assoter signifie rendre sot.

Blézimarder

Rigaud, 1881 : Se couper mutuellement la réplique, empêcher le voisin de dire sa phrase, émonder le dialogue comme un jardinier émonde un arbre à grands coups de serpe, — dans le jargon des acteurs. (Figaro du 31 juillet 1876, cité par Littré.) C’est sans doute une altération toute moderne de blesinarder, qui voulait dire flâner, musarder.

Ce verbe, dit M. Duflot, vient de Blésinard, un des types de Grassot, personnage flâneur, débraillé et sans soucis, dans la Vénus à la fraise.

France, 1907 : S’interrompre sur la scène ; terme de coulisses.

Boulotte

Fustier, 1889 : Grosse petite femme, bien en chair.

C’est eun’boulotte, une chic artisse
Qui vous a d’la réponse, mon vieux !

(L’entr’acte à Montparnasse)

Virmaître, 1894 : Femme rondelette, grassouillette, bien en chair, ayant du monde devant et derrière (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Petite femme grasse et dodue.

L’une de ces enfants racontait que son frère avait un appartement en ville, qu’il entretenait une « grue » des Nouveautés, Antonia, vous savez bien ? Une rousse, boulotte. Il en fait une vie ! Ah ! mes petites chattes, quelle noce ! C’est papa qui n’est pas content.

(Albert Cim, Institution de Demoiselles)

Chocnoso, sof, sophie, sogue, koxnoff

Larchey, 1865 : Brillant. — On ne paraît pas bien fixé sur l’orthographe de ce mot.

Dans cette situation, comment dire ?… — Chocnoso…

(Balzac)

Dans Pierre Grassou, le même auteur écrit Chocnosoff.

Je m’en vais chez le restaurateur commander un dîner kox-noff.

(Champfleury)

C’est koksnoff, chocnosogue, chicardo, snoboye.

(Bourget, Chansons)

Sa plume était chocnosophe, et ses goûts ceux d’un pacha.

(Commerson)

Courasson

France, 1907 : Coureur de filles. Cette épithète familière est généralement précédée l’adjectif vieux.

Galette

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme maladroit, dépourvu d’intelligence.

Larchey, 1865 : Homme nul et plat ; contre-épaulette portée autrefois par les soldats du centre.

Pour revêtir l’uniforme et les galettes de pousse-cailloux.

(La Bédollière)

Aux écoles militaires, une sortie galette est une sortie dont tous les élèves profitent, même ceux qui sont punis.

Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Matelas d’hôtel garni.

Rigaud, 1881 : Argent. Boulotter sa galette, manger son argent, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Grand, complet, — dans le jargon des Saint-Cyriens.

Rigaud, 1881 : Individu sans intelligence.

Rigaud, 1881 : Mauvais petit matelas aplati comme une galette.

Fustier, 1889 : Petit pain rond et plat qu’on sert dans certains restaurants.

La Rue, 1894 : Matelas. Imbécile. Mauvais soulier. Monnaie.

Virmaître, 1894 : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Argent.

—Les femmes, ça sert à quelque chose ou ça sert à rien. Si ça sert à rien, fourrez-les dedans, mais ne vous en servez pas. Non ! ces Messieurs veulent bien rigoler ; puis, quand ils ont casqué, qu’ils en ont eu pour leur argent, ils se plaignent… On dirait qu’ils regrettent leur galette. Faudrait peut-être les prendre à l’œil ! Ça serait pas à faire !… Et le commerce donc !

(Oscar Méténier)

Ô sainte Galette dorée
Devant qui l’on est à genoux,
Par toute la terre adorée,
Bonne sainte, priez pour nous !
Telle est votre toute-puissance
Aux yeux avides des mortels,
Que même en pâte on vous encense
Et qu’on vous dresse des autels.

(Jacques Rédelsperger)

Le lendemain de la fête des Rois, un marmot demande à un autre :
Y avait-il un bébé, hier, dans ta galette ?…
L’autre répond :
— Ah ! ouiche, rien du tout, et j’ai même entendu la nuit, papa qui disait à maman : « Avant d’avoir le bébé, faudrait avoir la galette ! »

(Le Charivari)

Embrassons-nous, ma gigolette,
Adieu, sois sage et travaill’ bien,
Tâch’ de gagner un peu d’galette
Pour l’envoyer à ton pauv’ chien ;
Nous r’tourn’rons su’ l’bord de la Seine,
À Meudon, cueillir du lilas,
Après qu’j’aurai fini ma peine
À Mazas.

(Aristide Bruant)

Bouffer la galette de quelqu’un, manger son argent, le ruiner.

Solange avait à elle environ quatre cents francs d’économies couchés sur un livret de la Caisse d’épargne postale ; de son côté, Camille, pour ne pas être en reste, ni accusé un jour de lui avoir bouffée sa galette, s’ingénia, parvint à tirer une carotte de cinq cents francs à sa famille, peu aisée pourtant et souvent déjà tapée dans les grands prix.

(Paul Alexis)

On dit aussi bonne galette.

Angèle se tenait derrière sa porte. Vous la voyez d’ici : des bas à fleurs, un peigne rose, ouvert du haut en bas, sur des chairs écroulées, et qui se gonflait au courant d’air. Une âcre odeur de musc flottait autour de ses aisselles ; ses cheveux étaient rougis par le fer, et la ligne blanche du maquillage, arrêtée à son cou, faisait paraitre sa graisse plus jaune.
— C’est vrai, me dit-elle, mon mignon, que tu veux m’apporter ta bonne galette ?

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Fête, dans l’argot des saint-cyriens. Sortie galette, sortie générale, sortie de fête.

France, 1907 : Homme sans valeur, caractère plat comme une galette.

France, 1907 : Matelas très mince et dur.

France, 1907 : Mauvais acteur.

… Il est donc très avantageux pour le correspondant de traiter avec des galettes semblables, qui, sans cesse à l’affut de nouveaux engagements, sont obligés d’avoir recours à son entremise.

(Charles Friès, Le Correspondant dramatique)

France, 1907 : Mauvais soulier.

France, 1907 : Nom donné par les saint-cyriens à la contre-épaulette de sous-lieutenant. Il y a une chanson intitulée : La Galette, dont voici une strophe qui donnera l’idée du reste.

Notre galette que ton nom
Soit immortel en notre histoire,
Qu’il soit embelli par la gloire
D’une brillante promotion !

On dit aussi : fine galette.
Autrefois les soldats du centre portaient tous des galettes en guise d’épaulettes.

Gnouf-gnouf

France, 1907 : On appelle ainsi un dîner mensuel d’auteurs et d’artistes du Palais-Royal qui fut inauguré en 1858 à la suite du Punch-Grassot.

Les gnouf-gnouf se divisent en deux catégories, les gnouf-gnouf de Coblentz (ceux qui sont graves) et les gnouf-gnouf de Pologne (ceux qui sont gais).

(A. Delvau)

Graves ou gais, les gens d’esprit sont parfois bien bêtes.

In naturalibus

Delvau, 1866 : En chemise, ou nu.

France, 1907 : Nu, dans le simple vêtement que nous a donné la nature. Latinisme.

Nous étions deux à l’entresol
Du populaire véhicule,
Et tous deux — hasard ridicule ! —
Sans parapluie ou parasol.
Ma Compagne que je devine
Charmante in naturalibus
Me fait bientôt trouver divine
Cette averse sur l’omnibus.

(Jean Goudezki)

Il n’y avait pas à s’y tromper : c’était l’écriture de Gaston, jeune gommeux du plus riche avenir, à qui la grassouillette Olympe Latuvu daignait se montrer par les fortes chaleurs in naturalibus.

(Jean Deslilas, Fin de Siècle)

Pacant

d’Hautel, 1808 : Un pacant, un lourdaud, homme sans intelligence, sans pénétration, d’un sens et d’un esprit très-bornés.

anon., 1827 : Un passant.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Passant.

Bras-de-Fer, 1829 : Un passant.

Delvau, 1866 : s. m. Paysan, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Palot.

Rigaud, 1881 : Paysan, — dans le jargon des voleurs. — Intrus, maladroit, lourdaud.

Mais ce pacant-là va tout gâter.

(Balzac, Pierre Grassou)

France, 1907 : Paysan, individu grossier, lourd, butor, et, par extension, un intrus ; argot des voleurs ; vieux français, du latin paganus.

— Ce pacant-là va tout gâter.

(Balzac)

Se dit aussi pour passant.

Poncer le créateur (se)

Rigaud, 1881 : Se livrer sur soi-même à une de ces manifestations familières à Diogène. L’expression a été fourbie par feu Grassot du Palais-Royal.

Pucelette

France, 1907 : Petite fille : diminutif de pucelle.

Tournant la tête, je l’aperçus marchant rapidement, un seau taillé dans le ventre d’une antilope, à la main. J’eus le temps de l’examiner ; petite, grassouillette, treize ans, les traits fins et mignons, en un mot, la plus jolie pucelette du camp.

(Hector France, Chez les Indiens)

Même il fut orateur d’une Loge Écossaise
Toutefois — car sa légitime croit en Dieu —
La petite Benoist, voiles blancs, ruban bleu,
Communia. Ça fait qu’on boit maint litre à seize.
Chez le bistro, parmi les bancs empouacrés,
Le billard somnolent et les garçons vautrés,
Trône la pucelette aux gants de filoselle.
Or Benoist, qui s’émèche et tourne au calotin,
Montre quelque plaisir d’avoir vu, ce matin,
L’hymen du Fils Unique et de sa « demoiselle ».

(Laurent Tailhade)

Rassoter

d’Hautel, 1808 : Être rassoté. Pour dire, être impatienté, ennuyé, dégoûté de quelqu’un ; être rassasié de quelque chose ; en avoir par-dessus les yeux :telles sont les acceptions que le vulgaire donne habituellement à ce verbe.
Je suis rassoté de cet homme. Pour j’en suis impatienté, ennuyé.
Je suis rassoté de ce mets. Pour dire, dégoûté, rassasié.

Rouffion

Delvau, 1866 : s. m. Dernier employé du magasin, — dans l’argot des calicots. On dit Mousse.

Rigaud, 1881 : Commis de magasin de nouveautés, chargé d’aller aux rassortiments. — Rouffionne, jeune fille qui remplît le même emploi.

La Rue, 1894 : Dernier commis du magasin.

Torcher le bidet

France, 1907 :

Or sus, venez, gens de plume et de corde,
Pauvres d’esprit, cacographes, soireux,
Blavet, Meyer, dont la tripe déborde,
Champsaur, égal aux Poitrassons affreux,
Et Wolf l’eunuque, et Mermeix le lépreux,
Montrez-vous sur les foules étonnées,
Cabots, sagouins, lécheurs de périnées,
Atollite portas ! Voici Daudet !
Formez des chœurs et des panathènées !
C’est Maizeroy qui torche le bidet…

(Laurent Tailhade, Ballades confraternelles)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique