Larchey, 1865 : Barreau de fenêtre (Vidocq). — Est-ce parce que les prisonniers s’y cramponnent parfois en se balançant ?
Balançoir, balançon
Castor
Larchey, 1865 : Officier de marine qui évite les embarquements. — Le castor bâtit volontiers sur le rivage.
Delvau, 1866 : s. m. Chapeau d’homme ou de femme, en feutre ou en soie, en tulle ou en paille, — dans l’argot du peuple, qui n’emploie pas cette expression précisément en bonne part.
France, 1907 : Nom donné vers 1820 aux filles qui fréquentaient les galeries du Palais-Royal. Il y avait, suivant le prix que se cotaient ces dames, les demi-castors et les castors fins.
Vous savez que Paris, comme toutes les grandes villes, renferme un nombre considérable de malheureuses demandant au vice leurs moyens d’existence… je laisse de côté les hautes notoriétés du turf de la galanterie et leurs émules qu’on nomme, dans le langage imagé du boulevard, les « demi-castors »… Nous avons pour ces personnalités attrayantes, j’en contiens, du Paris élégant, des indulgences spéciales…
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
France, 1907 : Officier de terre ou de mer qui s’embusque dans un poste pour en bouger le moins possible.
Il faut une longue série de mauvaises fortunes et de vexations intérieures pour que l’officier de marine prenne tout à fait la navigation en horreur et mette son habileté à se ranger dans la classe des castors. L’on qualifie ainsi plaisamment celui qui, une fois parvenu à saisir un poste sédentaire, s’y cramponne de toutes ses forces et renonce pour jamais à l’Océan…
(G. de la Landelle, Les Gens de mer)
Cause grasse
Delvau, 1866 : Cause amusante à plaider et à entendre plaider, — dans l’argot des avocats, héritiers des clercs de la Basoche. Le chef-d’œuvre du genre est l’affaire du sieur Gaudon contre Ramponneau, Me Arouet de Voltaire plaidant — la plume à la main.
France, 1907 : Cause remplie d’incidents égrillards, comme la plupart des cas de divorce ou de séduction ; terme de basoche.
Cent pieds de merde (je voudrais te voir dans)
Virmaître, 1894 : Souhait d’un gendre à sa belle-mere féroce ou à une femme crampon (Argot du peuple). N.
France, 1907 : « C’est, dit Ch. Virmaître, le souhait d’un gendre à sa belle-mère ou d’un mari à une femme crampon. »
Cramper (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. Se cramponner, au propre et au figuré, — dans le même argot [des faubouriens].
France, 1907 : Abréviation de se cramponner.
Crampon
Larchey, 1865 : Fâcheux dont on ne peut se débarrasser.
Delvau, 1866 : s. m. Homme ennuyeux qui ne lâche pas sa victime et qu’on tuerait sur place, — si le Code ne punissait pas le meurtre, même dans le cas de légitime défense.
Rigaud, 1881 : Maîtresse trop fidèle, amant trop assidu, qui se cramponne à votre existence, et dont vous ne pouvez vous débarrasser. Par extension tout individu tenace.
Virmaître, 1894 : Femme ou maîtresse qui ne vous lâche pas et dont rien ne peut vous débarrasser pas même la mort — quand on en rêve (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Individu tenace de qui on ne peut se débarrasser.
France, 1907 : Maîtresse ; la femme que l’amour ou l’intérêt accroche à un mâle et qui ne lâche pas sa proie.
— Ma foi, je n’ai pu quitter mon crampon plus tôt ! Jonas avait encore une scène de jalousie à me faire.
(Édouard Ducret, Paris-Canaille)
Nous savons que le sexe tenace (vulgo : crampon) se défend mieux, dans la vie, que le sexe fort.
(Maxime Boucheron)
France, 1907 : Raseur, homme ennuyeux, dont on ne peut se défaire aisément, d’où le verbe cramponner, ennuyer, obséder.
Cramponne-toi, gugusse !
France, 1907 : Exclamation populaire indiquant qu’il faut s’attendre à être vivement surpris, qu’il faut en quelque sorte se cramponner à un objet quelconque pour ne pas tomber d’étonnement.
Cramponner
d’Hautel, 1808 : Attacher. Avoir l’ame cramponnée dans le corps. Voyez Chevillée.
Rossignol, 1901 : Être après quelqu’un continuellement.
Rossignol, 1901 : Tenir, prendre.
Je l’ai cramponne au moment où il fouillait les poches et une paysanne.
France, 1907 : Ennuyer, obséder.
France, 1907 : Voler.
Cramponner (se)
Fustier, 1889 : Être saisi d’étonnement, d’admiration. Cramponne-toi, Gugusse, est une phrase ironique que le peuple emploie souvent en s’adressant à quelqu’un pour l’avertir qu’il va voir ou entendre quelque chose d’extraordinaire.
Décramponner (se)
France, 1907 : Se débarrasser d’une femme ou d’une maîtresse, enfin de toute personne gênante, dite crampon.
— Pourquoi ai-je quitté Paris ? Pour me décramponner tout à fait de cet imbécile qui, panné, décavé, commençait à me porter la guigne.
(Jean Richepin)
Déponer
Delvau, 1866 : v. n. Levare ventris onus, — dans l’argot du peuple, pour qui le derrière est le ponant du corps.
Virmaître, 1894 : Levare ventris onus. A. D. Nous voilà suffisamment renseigné si on ajoute pour comprendre que déponer vient de ponant, derrière, et que déponer est synonyme de débourrer. Quand un individu vous cramponne par trop, on l’envoie… déponer sur la planche où il met son pain (Argot du peuple).
France, 1907 : Rendre le produit de la digestion ; de ponant, derrière.
Épouse
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des étudiants, qui se marient souvent pour rire avant de se marier pour de bon.
Rigaud, 1881 : La femelle de l’époux. Quand les femmes de ménage, les ouvrières et les fournisseurs parlent à l’amant de la femme avec laquelle il vit, ils disent : « Votre épouse ». Entre eux, c’est la chipie du quatrième ou du cinquième, la grue ou le crampon, suivant les qualités dominantes de l’épouse.
Fiflot
Merlin, 1888 : Fantassin.
France, 1907 : Fantassin.
— Il fallait ouïr le vieux débagouler. Ah ! nom de Dieu ! c’est Jeanneton qui en a entendu de belles ! Sa vieille peau jaune comme le ménage du capitaine a pris la couleur d’une culotte de fiflot ; tandis que Crampon s’en flanquait une à la cuisine où il était allé trousser Jeannette.
(Hector France, L’Homme qui tue)
Fil à la patte (avoir un)
France, 1907 : Être gêné, entravé. « J’ai une maîtresse crampon qui est un rude fil à la patte. »
Fil à la patte (en avoir un)
Virmaître, 1894 : Être gêné par quelqu’un. Être entravé dans ses affaires, n’avoir pas ses coudées franches. Une femme crampon est un rude fil à la patte (Argot du peuple).
Ginglard, guinglet ou reginglard
Virmaître, 1894 : Petit vin aigre, il faut se cramponner à la table pour le boire. Une vieille chanson dit :
C’est un nectar, un vrai chasselas
Ça vous coupe la gueule à quinze pas.
Ce petit vin tire son nom d’un clos très ancien qui était situé sur les hauteurs du Mesnil-Montant : il appartenait au XVIe siècle à un nommé Guinguet (Argot du peuple). N.
Ligore
Rigaud, 1881 : Cour d’assises.
France, 1907 : Cour d’assises. Du vieux français dérivé du latin ligare, lier, cramponner, serrer.
Macaroni
Merlin, 1888 : Corses ou Italiens. Par allusion à leur mets favori.
Fustier, 1889 : C’est ainsi que les gens de bourse désignent plaisamment dans leur jargon le fonds d’État italien.
Le Macaroni se cramponne ; il voudrait se fixer, ou, si vous aimez mieux, se figer au pair.
(Gil Blas, juin 1887)
Le bourgeois commerçant ou boursicotier dit : Je prends ferme ; le macaroni se soutient ; les huiles fléchissent.
(Gazette de France, octobre 1886)
Papillon de l’amour
Delvau, 1864 : Vulgo morpion. Petit insecte qui, voyageant de vit en con et de couille en cul, se cramponne à l’un ou à l’autre, dans un but de colonisation.
Ma maîtresse, l’autre jour.
Se grattait, fallait voir comme…
Ainsi que se gratte un homme,
Je me grattais à mon tour.
Or, Suzon me déculotte.
Je la trousse sans détour :
Nous étions pleins, vit et motte,
De papillons de l’amour.
(Hip. Chatelin)
Pégoce
Delvau, 1866 : s. m. Pou, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Puce d’hôpital.
Rigaud, 1881 : Pou. La variante est : puce d’hôpital. — Pégosier, pouilleux.
Virmaître, 1894 : Pou. On dit aussi gau. Abasourdir des gaux : tuer les poux qui morganent sur son cuir (Argot des voleurs).
France, 1907 : Pou ; argot des voleurs, du vieux français pegons, cramponné, tenace.
Rampeau
France, 1907 : Coup nul ; terme de jeu. C’est le vieux mot rappeau ou réappel déformé, c’est-à-dire le rappel des mises ou enjeux. Pour les joueurs de quilles, faire rampeau, c’est abattre le même nombre de quilles que celui qui en a le plus abattu. On écrit aussi, mais à tort, rampo.
Rampo
Rigaud, 1881 : Coup nul au jeu de billes, aux quilles, et, en général, à tous les jeux d’enfants.
La Rue, 1894 : Coup nul.
Ramponer
Delvau, 1866 : v. n. Boire, s’enivrer. L’expression date évidemment du fameux Ramponneau, le cabaretier de la Courtille.
France, 1907 : Boire à la guinguette. Cet archaïsme, fort usité au XVIIIe siècle, est à peu près ignoré aujourd’hui. Il mérite d’être rappelé. Ramponneau était le nom d’un cabaretier qui abreuvait la populace toujours altérée des faubourgs à raison de trois sous et demi la pinte de vin ; modération, dit Mercier, étonnante dans un cabaretier et qu’on n’avait point encore vue jusqu’alors.
Sa réputation fut aussi rapide qu’étendue. Une affluence extraordinaire rendit son cabaret trop étroit ; et l’emplacement s’élargit bientôt avec sa fortune. Je ne parlerai point ici des princes qui le visitèrent, Le sourire du peuple, a dit Marmontel, vaut mieux que la faveur des rois.
La fortune vint à la suite de la renommée ; il enrichit la langue d’un mot nouveau, et, comme c’est le peuple qui fait les langues, ce mot restera : on dit ramponer, pour dire : boire à la guinguette hors de la ville, et un peu plus qu’il ne faut
(Mercier, Tableau de Paris)
Raseur
Larchey, 1865 : « Le raseur est l’individu qui croit vous intéresser infiniment par le récit des choses les plus ennuyeuses dont sa mémoire est ornée. — Une fois qu’il tient votre bras, le raseur ne vous quitte plus. » — A. Scholl, 1853.
Rigaud, 1881 : Commis en nouveautés qui procède comme il est indiqué ci-dessus.
Virmaître, 1894 : Être ennuyeux, qui vous raconte des riens pendant des heures entières (Argot du boulevard). V. Crampon.
Rossignol, 1901 : Voir raser.
Hayard, 1907 : Bavard ennuyeux.
France, 1907 : Ennuyeux importun, gêneur.
Si les sentiers du journalisme et de la littérature ne sont pas encore tout à fait encombrés par de vagues raseurs bien coiffés, c’est que ceux-ci préfèrent exercer une profession moins aléatoire que celle d’écrivain. Ce n’est pas la modestie qui les empêche d’écrire : c’est la raison. Rendons hommage à leur prudence et à leur souci de l’avenir. Grâce à cette réserve, il y a encore des gens qui, sur les feuilles de recensement, ne s’intitulent pas homme de lettres, et l’on peut écrire à son bottier sans être forcé, par la plus élémentaire des courtoisies, de l’appeler « Monsieur et cher confrère. »
(Paul Foucher)
Nous reverrons encor bien des choses insanes
Qui font lever le cœur et amènent le rot :
Sur des velours en zinc des vestales sans cuisses,
Sur des crus épinards des vierges sans tétons
Dans les grands bois sacrés d’impudiques Narcisses
Et devant des pianos des raseurs en veston.
(Don Juan)
Sac (en avoir son)
Fustier, 1889 : Ne plus pouvoir supporter quelqu’un ou quelque chose.
Entre nous, le mari d’Emma ! j’en ai mon sac !
(Cadol, La colonie étrangère)
France, 1907 : En avoir assez, en être las, comme quelqu’un qui porte un sac trop lourd.
J’en ai mon sac, moi, d’mon épouse ;
Mince d’crampon ; j’y trouv’ des ch’veux,
C’est rien de l’dire. C’que j’me fais vieux !
Par là-d’sus Madame est jalouse !
(André Gill, La Muse à Bibi)
Tourner en bourrique (faire)
France, 1907 : Affoler quelqu’un, le rendre idiot à force d’obsessions.
Le commandant est le gendre de la plus acariâtre des femmes. Oh ! cette irascible belle-mère ! Quel crampon, quelle calamité … Et on parle de la peste ! Mais, positivement, ce n’est là qu’un fléau bénin quand on lui compare l’insupportable, l’intolérable vieille dame en question.
« Il serait si heureux, son foyer serait si calme, si tranquille, sans Mme Dutromblon. Bavarde comme une pie, têtue comme un baudet, fourrant le nez partout, faisant de la morale en veux-tu en voilà, elle lasserait la patience de tous les saints du calendrier. Elle est tannante, assommante, rasante… Bref, elle le fait tourner en bourrique. »
(Le Régiment illustré)
La chose est problématique,
Obscure, étrange, mystique
Et fait tourner en bourrique
Plus d’un ecclésiastique.
(Grosclaude)
Trimbaler son cadavre
Rigaud, 1881 : Se promener. — Trimbaler son crampon, promener sa femme ou sa maîtresse légitime. — Trimbaler un pante, promener un provincial !
Trumeau
Delvau, 1866 : s. m. Comédie ou vaudeville Louis XV, — dans l’argot des gens de lettres et des gens de théâtre.
Rigaud, 1881 : Femme de mauvaise vie. — Vieux trumeau, prostituée hors d’âge.
Virmaître, 1894 : Comédie ou vaudeville Louis XV. Trumeau signifie vieille femme. On dit dans le peuple :
— Sale trumeau, ta gueule est bonne à foutre dans les lieux pour faire chier les gens de peur (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Prostituée. Vieille catin.
Je ne sais ce qui s’est passé entre Trublot et Suzanne ; mais Trublot m’a déclaré avant hier que la vieille le dégoûtait, qu’il ne pouvait plus faire un pas sans être cramponné par elle, que ses camarades commençaient à tourner cet amour en ridicule ; bref, que, malgré son grand désir de m’être utile, il aimait encore mieux reprendre son service au quartier que de continuer à se frotter à pareil trumeau !
(Richard Cross-Country)
Type
Rigaud, 1881 : Individu à tête d’imbécile, tête de dupe.
Avec quarante sous qu’un type m’a passés, j’avais fait venir trente francs.
(A. Cavaillé)
Dans le jargon des filles « type » signifie homme qui paye ; c’est un synonyme du mot michet qu’il tend à remplacer.
La Rue, 1894 : Personnage singulier d’aspect ou de caractère. Un homme quelconque.
Virmaître, 1894 : Individu quelconque.
— J’ai un type qui me cramponne.
Avoir un bon type, avoir un bon enfant qui se laisse faire (Argot des filles). N.
Hayard, 1907 : Individu.
France, 1907 : Amant d’une fille.
— Viens-tu chez moi, Lichette ?
— Pas ce soir ; je couche avec mon type.
(Les Propos du Commandeur)
France, 1907 : Individu bon à être exploité ; argot des escarpes et des filles.
Le monsieur bien mis, rentier, employé, commis, bourgeois… en quête d’une bonne fortune, d’une conquête aidée, fourvoyé dans un bal populacier, voilà le type. Il entre, et dès le vestiaire, on le reconnait. Il a l’air si bête et si naïf, si niaisement fat et si gobe-mouches, le type ! Sans frais de galanterie, il devient presto le point de mire des agaceries de ces « dames » et l’espoir de ces « messieurs ». Avant que la soirée me finisse, le type sera rançonné, dévalisé, berné, dupé, … si ce n’est pis.
(Louis Barron, Paris-Étrange)
France, 1907 : Individu quelconque ; argot populaire.
— Maman, t’as la prétention d’être gentille avec moi, toi ? Alors, pourquoi tu m’as laissée à la pension pendant Noël et pendant le jour de l’An ?
— Parce que j’avais autre chose à faire.
— Autre chose à faire ? Je sais bien, moi, ce que tu avais à faire… T’avais à faire de boulotter des dindes truffées avec des types !
(Alphonse Allais, La Vie drôle)
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