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Allumette ronde (attraper une)

Rigaud, 1881 : Ressentir les premiers effets de l’ivresse ; une des nombreuses métaphores pour désigner la manière d’être d’un homme soûl. À des degrés divers, on dit : Avoir sa cocarde, avoir son plumet, être dans les vignes, dans les brindezingues, avoir son compte, son affaire, sa pointe, un coup de soleil, un coup de jus, un coup de sirop, être tout chose, éméché, parti, lancé, paf, pochard, soûlot, soulard, gavé, poivre, poivrot, raide comme balle, raide comme la justice. Voici, d’après M. Denis Poulot (le Sublime), les marches de l’échelle alcoolique, dans l’argot des ouvriers mécaniciens : 1o Attraper une allumette ronde : il est tout chose ; 2o Avoir son allumette-de marchand de vin : il est bavard et expansif ; 3o Prendre son allumette de campagne, ce bois de chanvre soufré des deux bouts : il envoie des postillons et donne la chanson bachique ; 4o Il a son poteau kilométrique : son aiguille est affolée, mais il retrouvera son chemin ; 5o Enfin le poteau télégraphique, le pinacle : soulographie complète, les roues patinent, pas moyen de démarrer ; le bourdonnement occasionné par le vent dans les faïences est cause du choix.

Être raide, raide comme la justice

Larchey, 1865 : Être ivre sans vouloir le paraître, se redresser avec affectation.

Dis donc Jules tu as bien dîné. — Il est raide.

(Monselet)

Pompette (être)

France, 1907 : Être dans un état de gaieté occasionné par un commencement d’ivresse ; argot populaire. Cette expression vient du vieux mot pompette, pompon, à cause du nez rouge des buveurs. On trouve dans les Adages françoises du XVIe siècle : « Beau nez à pompette » pour ivrogne.

Il évite dans les familles
Habituell’ment d’en causer,
Surtout devant les jeunes filles :
Ça pourrait les faire jaser.
Mais un soir qu’il était pompette,
Dans un dîner des plus rupins,
Il les a mis’s sur une assiette…

(Répertoire de Gavrochinette)

Les expressions synonymes sont : avoir son plumet, sa cocarde, son casque, une culotte, son jeune homme, son pompon, son poteau, sa cuite, sa pointe, son allumette, sa pistache, son loquet, un grain, un coup de bouteille, de sirop, de soleil, de gaz, de feu, son compte, son plein, sa pente ; être en train, bien lancé, éméché, ému, en ribote, dans les vignes, les brindezingues, les brouillards, la paroisse de Saint-Jean-le-Rond, en patrouille, parti, allumé, pavois, bu, paf, raide comme la justice, poivre, casquette, dans un état voisin, etc., etc.

Raide

Delvau, 1866 : adj. Complètement gris, — parce que l’homme qui est dans cet état abject fait tous ses efforts pour que cela ne s’aperçoive pas, en se raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité. On dit aussi Raide comme la Justice.

Delvau, 1866 : adj. Invraisemblable, difficile à croire, — c’est-à-dire à avaler. Se dit à propos d’un Mot scabreux, d’une anecdote croustilleuse. La trouver raide. Être étonné ou offensé de quelque chose.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Rude.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie de qualité inférieure.

La Rue, 1894 : Eau-de-vie. Ivre. Sans argent. Difficile à croire. Faux rouleau d’or des voleurs à l’américaine.

France, 1907 : Brusquement, vivement.

— Si, dans un mois, nos bans ne sont pas publiés, je te lâche, toi, et raide !…

(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)

On dit aussi dans le même sens : raide comme balle.

Alors Clarinette écarquilla les yeux : elle n’aurait jamais cru cette souillon capable de ça : d’ailleurs, quant à elle, ça lui était bien égal : elle était sûre de Jacques. Si jamais il s’avisait de la tromper, elle le cocufierait raide comme balle.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Eau-de-vie.

— Donne-moi un verre.
— Du raide ?
— Tiens ! crois-tu donc qu’on m’a changé en rosière ?… Du tord-boyaux et du chenu… j’ai besoin d’avoir la dalle grattée pour avoir la voix plus claire.

(Jules de Gastyne, La Pièce d’or)

France, 1907 : Fort, choquant. En dire, en faire de raides.

Au dessert :
Un des invités parle d’une chanson grivoise, qui fait florès au quartier Latin.
— Oh ! Chantez-nous-la, dit comtesse de Santa-Grue.
— C’est impossible ; elle est vraiment trop raide.
— Eh bien ! reprend la comtesse, dites-nous seulement les paroles !

France, 1907 : Ivre. Raide comme la justice, absolument ivre.

Ces noceurs-là étaient raides comme la justice, et tendres comme des agneaux. Le vin leur sortait par les yeux.

(É. Zola, L’Assommoir)

H’u !… nom de Dieu ! ça va pas mieux ;
C’est c’bon Dieu d’hoquet qui m’tracasse ;
Ej’ vas m’payer eun’ demi d’vieux,
Ça me r’mettra le cœur à sa place,
Eun’ demi d’vieux… c’est pas r’fus,
Dame, ej’ suis raid’ comm’ l’obélisque,
Sûr, ej’ me raidirai pas pus.
H’u ! pis j’m’en fous, moi, qu’est-c’ que j’risque ?

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Rouleau de fausses pièces, ou rouleau d’or dont se servent les escrocs dans le vol dit à l’américaine.

France, 1907 : Sans argent ; argot des grecs.

Raide comme la justice

Rigaud, 1881 : Ivre. Celui qui est raide comme la justice a la conscience de sa position ; il marche vite, seul ordinairement, se redresse et fait tous ses efforts pour ne pas zigzaguer.

Soulographie

Vidocq, 1837 : s. f. — Ivrognerie.

Delvau, 1866 : s. m. Ivrognerie dégoûtante.

Rigaud, 1881 : Ivrognerie constitutionnelle.

France, 1907 : Ivresse.

S’agit-il, par exemple, de suivre tous les degrés de la soulographie, remarquez la progression parfaite indiquée par les quarante-six termes qui suivent, dont nous avons justifié l’existence par de nombreux exemples. Sans rentrer l’un dans l’autre, ils ont leur signification propre. — Chacun indique, dans l’état, une nuance.
Au début, nous rencontrons les neuf verbes : être bien, avoir sa pointe, avoir un grain, être monté, en train, poussé, parti, lancé, en patrouille.
Un peu plus loin, nous voyons l’homme légèrement ému ; — il sera tout à l’heure attendri, il verra en dedans, et se tiendra des conversations mystérieuses. Cet autre est éméché ; il aura certainement demain mal aux cheveux.
Pour dépeindre les tons empourprés par lesquels va passer cette trogne de Silène, vous n’avez que la liberté du choix entre : teinté, allumé, pavois, poivre, pompette, ayant son coup de soleil, ayant son coup de sirop, son coup de bouteille, son plumet, sa cocarde, se piquant ou se rougissant le nez.
De la figure passons à la marche. — L’homme ivre a quatre genres de port qui sont également bien saisis. Ou il est raide comme la justice et lasse trop voir par son attitude forcée combien il lui en coûte de commander à la matière ;
Ou il a sa pente (ce qui arrive souvent quand on est dans les vignes), et il marche comme si le terrain lui manquait ;
Ou il festonne, brodant de zigzags capricieux la ligne droite de son chemin ;
Ou il est dans les brouillards… tâtonnant en plein soleil, comme s’il était perdu dans la brume.
Attendons dix minutes encore ; laissons notre sujet descendre au plus bas, et vous pourrez dires indifféremment : Il est chargé, gavé, plein, complet, pion, rond comme une balle, mouillé, humecté, bu, pochard, casquette, il a sa culotte, son casque, son toquet, son sac, sa cuite, son affaire, son compte, il est soûl comme trente mille hommes, il en a jusqu’à la troisième capucine. — Ce n’est plus un homme, c’est un canon chargé jusqu’à la bouche.

(Lorédan Larchey)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique