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Agonir

d’Hautel, 1808 : Agonir quelqu’un de sottises. L’injurier, le honnir, l’invectiver de paroles sales et outrageantes.

Delvau, 1866 : v. n. Accabler d’injures et de sottises. Argot des bourgeois et du peuple.
Ne serait-ce pas une corruption d’abonir, faire honte, un vieux verbe français encore employé en Normandie ainsi qu’agonir. On dit aussi Agoniser.

Bagasse

d’Hautel, 1808 : Une vieille bagasse. Au propre, guenille, prétintaille en lambeaux ; au figuré, épithète outrageante qui équivaut à Gourgandine, Coureuse, femme qui a passé sa jeunesse dans la débauche et la prostitution.

Delvau, 1864 : Vieux mot pour désigner une putain :

…La plus grande bagasse de la ville.

(Brantôme)

O Dieu ! que l’homme est malheureux qui épouse de telles chiennes et bagasses.

(Tournebu)

Baptiser

d’Hautel, 1808 : Frelater, mélanger, falsifier.
Du vin baptisé. C’est-à-dire, dans lequel on a mis beaucoup d’eau ; fraude très-commune parmi les marchands de vin de Paris.
Un mulet baptisé. Épithète outrageante que l’on donne aux hommes de peine, aux porte-faix, aux crocheteurs.

Calottin

d’Hautel, 1808 : Sobriquet outrageant que l’on donne aux jeunes ecclésiastiques.

Larchey, 1865 : Ecclésiastique. — Allusion à la calotte cléricale. — Dans le Déjeuner de la Râpée, pièce poissarde de L’Écluse (1750), une poissarde repousse un abbé en disant :

Adieu, monsieur le calottin !

Cateau

d’Hautel, 1808 : Terme outrageant, qui équivaut à prostituée, fille de joie, gourgandine, femme qui mène une conduite libertine et crapuleuse.

Coquer

Vidocq, 1837 : v. a. — Dénoncer.

un détenu, 1846 : Donner, être révêlé, enseigner, indiquer.

Halbert, 1849 : Embrasser.

Larchey, 1865 : Dénoncer. — Mot à mot : cuisiner, apporter tout préparé. — Du vieux mot coc : cuisinier (coquus). V. Raynouard. — On retrouve la même allusion dans les mots cuisinier et casserole.

En province, il avait coqué quelqu’un de leur bande.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : v. a. Dénoncer, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté à l’argot lyonnais ce mot qui signifie embrasser, comme fit Judas Iscariote pour Jésus.

Delvau, 1866 : v. a. Donner, — dans le même argot [des voleurs]. Coquer la camouffle. Présenter la chandelle. Coquer la loffitude. Donner l’absolution. Coquer le poivre. Empoisonner. Coquer le taf. Faire peur.

Rigaud, 1881 : Dénoncer. C’est le mot croquer moins l’R. En argot manger le morceau aie même sens.

Rigaud, 1881 : Donner. Coquer le poivre, donner du poison.

Rigaud, 1881 : Mettre. Coquer le rifle, mettre le feu.

La Rue, 1894 : Dénoncer. Donner. Mettre. Embrasser. Coquer son centre, donner, son nom. Coquez ! Enlevez ! Volez ! Il est temps.

Virmaître, 1894 : Dénoncer (Argot des voleurs). V. Mouton.

Rossignol, 1901 : Dénoncer quelqu’un.

Hayard, 1907 : Vendre, dénoncer.

France, 1907 : Dénoncer ; du mot coq, cuisinier, qui, en argot, signifie dénonciateur.

Quand on en aura refroidi quatre ou cinq dans les préaux, les autres tourneront leur langue deux fois avant de coquer la pègre.

(Eugène Sue, Les Mystères de Paris)

France, 1907 : Donner. Coquer son centre, donner son nom. Coquer la loffitude, donner l’absolution.

France, 1907 : Embrasser.

— Tandis que, très allumé, j’étais en train de coquer la grosse cantinière en lui fourrageant l’arrière-train, v’là que rapplique le cornard de mari.

(Les Joyeusetés du régiment)

Crosser

d’Hautel, 1808 : Au figuré, maltraiter quelqu’un de paroles ; lui dire des choses injurieuses et outrageantes.
On dit aussi d’un homme impertinent, vil et méprisable : c’est un homme à crosser à coups de pied.

Bras-de-Fer, 1829 : Sonner.

Vidocq, 1837 : v. a. — Sonner.

Larchey, 1865 : Sonner. — Mot à mot : frapper sur l’airain.

Quand douze plombes crossent, les pègres s’en retournent au tapis de Montron.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. n. Sonner, — dans le même argot [des voleurs]. Douze plombes crossent : il est midi ou minuit.

La Rue, 1894 : Sonner. Médire. Se crosser, se battre.

Rossignol, 1901 : Abîmer, vilipender, dire du mal de quelqu’un.

France, 1907 : Recéler.

France, 1907 : Sonner, jaser.

Quand douze plombes crossent,
Les pègres s’en retournent
Au tapis de Montron.

(Vidocq)

Échapper

d’Hautel, 1808 : C’est un cheval échappé. Se dit d’un écervelé, d’un libertin, d’un jeune homme qui se livre impétueusement à toutes sortes d’excès.
Échappé des galères. Surnom outrageant que l’on donne à un fourbe ; à un escroc ; un malôtru, un vaurien.
Il l’a échappé belle. Se dit de quelqu’un qui s’est retiré à temps d’une mauvaise affaire.

Enrageant

d’Hautel, 1808 : C’est enrageant. Pour c’est dépitant, contrariant, guignonant.

Guenon

d’Hautel, 1808 : Une vieille guenon. Épithète outrageante, pour dire une vieille femme laide et difforme.

Delvau, 1864 : Femme de mauvaise vie, qui sa trousse et écarte les jambes au profit du premier orang-outang venu.

Le temps où les femmes m’allumaient si facilement que la première guenon venue qui me mettait la main dessus me f’sait faire bâton pendant quinze jours.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : s. f. Femme laide ou corrompue, — dans l’argot du peuple. C’est la trot des Anglais. On dit aussi Guenippe et Guenuche.

Rigaud, 1881 : Femme du patron, — dans le jargon des ouvriers quand ils ne l’appellent pas« la singesse ».

France, 1907 : Femme ou fille laide ou de mœurs viles ; de l’ancien allemand guena, femme.

Mamsell’ Junon
Fait la guenon ;
Mamsell’ Pallas
On en est las ;
Mais qu’dites-vous de mamsell’ Vénus
Qui se marie aux premiers venus ?

(Vadé)

Une vieille guenon,
En prenant un clystère,
S’enfonçait le canon
Au fond de son derrière ;
Et saint Hubert ensuite
Priant avec ferveur,
Le canon prit la fuite
Sans lui faire de douleur.

(Vadé)

France, 1907 : Patronne, femme de patron ou singe.

Houhou

d’Hautel, 1808 : Une vieille houhou. Nom outrageant que l’on donne à une vieille femme.

Noces (pain de)

France, 1907 : Chose très agréable dont on se promet ou reçoit grand plaisir. D’après M. Quitard, cette expression nous viendrait des Romains. « Dans le mariage par confarréation, dit-il, les deux époux mangeaient, en signe d’union, un pain ou gâteau fait de la farine de froment rouge. L’usage de ce gâteau s’était conservé dans les noces chrétiennes au moyen âge et de là vient l’expression pain de noces. Nous disons aussi de deux époux qui conservent longtemps l’un pour l’autre des procédés galants et tendres : Ils font durer le pain de noces. » Ce qui s’appelle en d’autres termes la lune de miel. Il faut observer que, dans le Languedoc, le baiser que l’on donne aux nouveaux mariés s’appelle pa de novis, paix de noces.
Le pain de noces coûte cher à qui le mange, vieux dicton peu encourageant non seulement pour les nouveaux époux, mais pour leurs invités. On sait, en effet, que les cadeaux que doivent faire les convives d’un repas de noce dépassent de beaucoup la valeur de leur part au festin.
Les Espagnols disent :

Pan de boda,
Carne de bultrera.

« Pain de noce, chair de piège à vautour. »

Pélago

Vidocq, 1837 : s. f. — Sainte-Pélagie. Prison du département de la Seine.

Delvau, 1866 : n. de l. La prison de Sainte-Pélagie, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Prison de Sainte-Pélagie, la patronne des journalistes. Les journalistes, qui subissent une condamnation pour délit de presse, sont pensionnaires de Sainte-Pélagie. Mais, il faut tout dire, ils sont séparés des malfaiteurs.

La Rue, 1894 : La prison de Sainte-Pélagie.

Virmaître, 1894 : La prison de Sainte-Pélagie. Cette expression est une défiguration du mot Pélagie par l’emploi du suffixe go. Ce fait se produit souvent en argot (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Prison de Sainte-Pélagie, démolie en l’année 1899.

Hayard, 1907 : Sainte-Pélagie.

France, 1907 : Prison de Sainte-Pélagie.

Si vous l’appelez sergot,
Il vous promet Pélagot
Et vous administre un’ pile,
L’sergent d’ville ;
Après, chez l’quart, l’air bravache,
Il va prétendre en rageant
Que vous l’avez traité d’vache,
Le parfait agent (bis).

(É. Blédort)

Pièce

d’Hautel, 1808 : Une bonne pièce, une méchante pièce. Se dit en plaisantant d’une personne fine, adroite et rusée, et notamment d’un enfant espiègle.
Il est tout d’une pièce. Pour, il a trop de roideur dans son maintien ; il a l’air gauche et emprunté.
Emporter la pièce. Railler quelqu’un d’une manière outrageante.
Mettre quelqu’un en pièces. Le déchirer par des médisances, des calomnies.
C’est l’ordinaire, c’est la pièce de bœuf. Se dit de quelque chose qui est d’un usage journalier ; d’un ouvrage de longue haleine, que l’on peut suspendre et reprendre à volonté.
Jouer pièce à quelqu’un. Lui faire quelques méchans tours, quelqu’affront.
Il lui donnera la monnoie de sa pièce. Pour, il lui rendra injure pour injure ; mauvais traitement contre mauvais traitement.
Être près de ses pièces. Être mal dans ses affaires ; être dénué d’argent.
On lui a donné la pièce. Pour dire, on lui a donné une petite gratification, un pour-boire.

Delvau, 1866 : s. m. Lentille, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Entière et Petit Monde.

Rigaud, 1881 : Lentille, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Lentille.

France, 1907 : Lentille ; argot des voleurs.

Plumule

France, 1907 : Petite plume.

Les panaches altiers d’un attelage de corbillard y dardaient d’un fouillis de frisures, d’une forêt de plumules que l’air ridiculement agitait. Un large rebord, sous un flot de rubans noirs, noirs comme tout l’échafaudage de cette tiare dérisoire, me cachait le visage que cimait l’outrageant chapeau.

(Camille Lemonnier)

Poison

d’Hautel, 1808 : Le peuple fait ce mot féminin, et l’applique à tout ce qui exhale une mauvaise odeur.
C’est une poison. Pour dire, une infection, une puanteur insupportable.
Poison est aussi un sobriquet outrageant que l’on donne aux courtisanes les plus viles et les plus crapuleuses.

Delvau, 1864 : Fille ou femme de mauvaise vie, qui empoisonne quelquefois l’eau-de-vie, quelquefois le musc, — et souvent l’homme.

Ce n’est pas une femme, c’est une poison.

(A. Vitu)

Larchey, 1865 : Méchante femme.

Poison est aussi un sobriquet outrageant que l’on donne aux courtisanes les plus viles.

(1808, d’Hautel)

Delvau, 1866 : s. f. Femme désagréable, ou de mauvaises mœurs, — dans l’argot du peuple, qui trouve cette potio amère à boire et dure à avaler.

Rigaud, 1881 : Sale femme, femme malpropre au physique et au moral. — Eh ! va donc, poison ! — C’est une poison.

France, 1907 : Terme injurieux appliqué à une femme ou fille, en cours dans le peuple aussi bien des villes que des campagnes et toujours employé au féminin. « Cette petite est une vraie poison. » Le mot poison, d’ailleurs, était jadis féminin :

Son mari, vieillard, lui donna une poison.

(Brantôme)

Et lui fist avoir la toyson
Par son art et par sa poyson.

(Roman de la Rose, XIIe siècle)

Raccrocheuse

d’Hautel, 1808 : Nom outrageant que l’on donne aux femmes et aux filles de mauvaise vie.

Delvau, 1866 : s. f. Fille de mauvaises mœurs.

France, 1907 : Prostituée qui racole les hommes sur la voie publique.

Sur la terrasse du café Riche, les garçons rentraient hâtivement les tables et les chaises et fermaient les becs de gaz de la devanture. Trois petites filles regardaient de près cette besogne et, lorsqu’un garçon de café passait à leur côté, l’une ou l’autre lui lançait une plaisanterie sur un ton provocant.
— Voulez-vous bien vous sauver ! cria le gérant, en accourant sur elles, la serviette levée. Si ce n’est pas une honte que la police tolère ces choses-là : voici de petites raccrocheuses dont la plus âgée n’a pas quatorze ans !

(Henry Bauër)

Ci-dessous git un impudique fou,
À tel excès ententé de la gueuse,
Qu’il prit la Mort pour une raccrocheuse,
Lorsqu’elle vint pour lui tordre le cou.

(Cabinet Satyrique)

Rempart (escargot de)

France, 1907 : Sobriquet donné, pendant la guerre de 1870-71, aux gardes nationaux sédentaires auxquels était confiée la garde des fortifications de Paris.

Si j’ai vu des gardes nationaux sédentaires, plaisamment dénommés escargots de rempart, sacrifier au noble jeu du bouchon, il m’a été donné, aussi, de voir le spectacle encourageant et réconfortant qu’offraient les hommes de ma génération, qui, « croyant que c’était arrivé », se faisaient spontanément inscrire sur les registres ouverts à cet effet (briser la ceinture de fer), sans se soucier de leurs femmes et de leurs jeunes enfants.

(Georges Berthomme-Kesleau, Le Vétéran)

Tenir à quatre (se)

Delvau, 1866 : Se contenir tout en enrageant ; ne pas oser éclater. Argot du peuple. On dit aussi Être à genoux devant sa patience.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique