Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Casser sa pipe

Delvau, 1866 : v. a. Mourir, dans l’argot des faubouriens et des rapins.

Boutmy, 1883 : v. Mourir. Cette expression est passée dans le langage du peuple parisien.

La Rue, 1894 : Mourir.

Virmaître, 1894 : Mourir. On donne pour origine à cette expression qu’un fumeur, attablé dans un cabaret, mourut subitement. Sa pipe lui tomba des lèvres et se cassa. Quand on le releva, un des assistants s’écria :
— Tiens il a cassé sa pipe (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Mourir.

France, 1907 : Mourir.

Mais voilà que le vieux a cassé sa pipe, lui aussi. Ce matin on l’a cloué entre six planches et on l’a placé sur le char funèbre pour le voiturer au lieu du repos. Les petits ont beaucoup pleuré en voyant leur grand-père ne plus leur sourire, et en le sentant froid comme la glace. Ils ont crié, la frimousse rougie et ruisselante de larmes : « Grand-père, réveille-toi donc ! Grand-père, réveille-toi donc ! »

(Jacques d’Aurélle)

Quand Mirecourt sentit venir sa fin prochaine,
Tournant ses yeux mourants, pleins d’une sombre haine,
Vers le clan des écrivassiers,
Il s’écria : « Je vais casser ma pipe ! Était-ce
La peine d’amasser tant d’amers tristesse,
Et de dechaîner tant d’huissiers ! »

(A. Glatigny)

L’argot populaire est riche en expressions de ce genre, tant il parait plaisant de mêler le grotesque au lugubre : on dit : casser son câble, sa canne, son crachoir, son fouet.

Bob, sur les genoux de grand-père, joue avec la montre du vieillard. Il en écoute le mouvement, s’extasie sur la richesse de la boîte.
— Quand je serai mort, elle sera pour toi, dit le grand-père.
Quelques jours après, Bob s’amuse de nouveau avec le chronomètre. Puis, soudain :
— Dis donc, grand-papa, est-ce que tu ne vas pas bientôt casser ton crachoir ?

Crachoir

un détenu, 1846 : Parole. Tenir le crachoir ; parler, discourir, pérorer, plaider.

Delvau, 1866 : s. m. Action de bavarder, — dans le même argot [du peuple]. Tenir le crachoir. Parler. Abuser du crachoir. Abuser de la facilité qu’on a à parler et de l’indulgence des gens devant qui l’on parle.

Rigaud, 1881 : Revolver, — dans le jargon du régiment. Il crache la mort. Tenir le crachoir, être armé d’un revolver.

France, 1907 : Bavard, bavardage. Tenir le crachoir, jouer du crachoir, avoir du crachoir, bavarder.

France, 1907 : Réquisitoire.

Crachoir (tenir le)

Rigaud, 1881 : Pérorer. Bien jouer du crachoir, bien parler.

Boutmy, 1883 : v. Parler plus souvent qu’il ne faut, et quelquefois à tort et à travers ; faire l’orateur. Expression employée aussi dans le langage vulgaire.

Crachotement

d’Hautel, 1808 : L’action de cracher perpétuellement.

Crachoter

d’Hautel, 1808 : Expectorer ; cracher fréquemment, comme le font ordinairement les fumeurs et les mâcheurs de tabac.

Crachoter sur quelqu’un

Rigaud, 1881 : Traiter avec mépris.

Dans ses rapports avec le soldat, la fille se sent presque toujours sa maîtresse ; avec les autres, elle n’est qu’une mécanique d’amour, sur laquelle c’est souvent plaisir de crachoter.

(E. de Goncourt.)

Envoyer des postillons

Larchey, 1865 : Crachotter sans le vouloir au nez d’un interlocuteur.

Fourrachon

Virmaître, 1894 : Le lit (Argot des voleurs). V. Juge de paix.

France, 1907 : Lit.

Graillonneur

d’Hautel, 1808 : C’est un graillonneur perpétuel. Se dit d’un homme qui graillonne, qui crachotte perpétuellement.

Larchey, 1865 : Homme qui expectore souvent.

Comme c’est ragoûtant d’avoir affaire avant son déjeuner à un graillonneur pareil !

(H. Monnier)

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui crache à chaque instant.

Levage

Larchey, 1865 : Opération qui consiste de la part d’un homme à faire sa maîtresse d’une femme, ne fût-ce que pour un jour. De la part d’une femme, c’est amener un homme à lui faire des propositions. — Terme de chasse.

Delvau, 1866 : s. m. Escroquerie, — dans l’argot des faubouriens. Séduction menée à bonne fin, — dans l’argot des petites dames. Galanteries couronnées de succès, — dans l’argot des gandins.

Rigaud, 1881 : Séduction facile et en coupe réglée. — Les filles font des levages dans les bals publics à coups de cancan, les femmes galantes, au théâtre, à coups de lorgnette ; les grandes cocottes, au bois de Boulogne, à coups de huit-ressorts, sur la plage à coups de costume de naïades, à Monaco à coups de cartes.

La Rue, 1894 : Escroquerie. Séduction facile. Lever une femme.

France, 1907 : Raccrochage. Levage au crachoir, lever une femme grâce au bagoût.

— Qu’allait-il devenir de cette grossesse ? Ah ! mon Dieu, mon Dieu ! Elle devait bien s’y attendre, pourtant, avec la vie qu’elle menait, les intrigues qu’elle nouait, ses frasques et ses levages de chaque jour, de chaque soir.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Jane, sur le tapis vert,
Tout l’hiver,
Ayant semé sa galette,
Revint à Paris seulette,
Sans un seul petit morceau
De prince ou de rigolo.
Elle alla crier famine
Chez Thérèse, sa voisine,
La priant de lui prêter
Cent louis pour subsister
Jusqu’à son prochain levage :
Je vous pairai, je le gage,
Avant peu, foi d’animal
Car je ne suis pas trop mal.

(Edme Paz)

Levage au crachoir (un)

Virmaître, 1894 : Lever une femme par une faconde intarissable, l’éblouir par un luxe de paroles, pour l’empêcher de songer à la galette (Argot du peuple).

Lever une femme

Delvau, 1864 : Ou seulement lever. Dire des galanteries à une femme, au bal ou dans la rue, et l’emmener coucher avec soi pour en faire.

J’irai ce soir à Bullier, si je ne lève rien…

(Lynol)

Delvau, 1866 : v. a. « Jeter le mouchoir » à une femme qu’on a remarquée au bal, au théâtre ou sur le trottoir. Argot des gandins, des gens de lettres et des commis. Lever une femme au crachoir. La séduire à force d’esprit ou de bêtises parlées.

Molardoir

France, 1907 : Crachoir.

Pigoche

Delvau, 1866 : s. f. Morceau de cuivre, et ordinairement Écrou avec lequel les gamins font sauter un sou placé par terre, en le frappant sur les bords. Jouer à la pigoche. Faire sauter un sou en l’air. C’est l’enfant qui le fait sauter le plus loin qui a gagné.

France, 1907 : Jeu de sous. La pigoche est un morceau de cuivre ou un bouton de métal avec lequel on fait sauter un sou posé par terre en le frappant sur les bords.

Nous arrachons tout, les boutons
Des portes et des pantalons,
Pour la pigoche.

(De Chatillon)

Pipe (casser sa)

Larchey, 1865 : Mourir. — Ceux qui sont morts ne fument plus.

Papa avait beaucoup de blessures, et un jour il cassa sa pipe, comme on dit au régiment.

(Méry)

Rigaud, 1881 : Mourir. Les morts ne fument plus… que la terre. — Cette expression a, sans doute, été consacrée par le peuple qui a voulu faire une vulgaire allusion à un usage emprunté au cérémonial des funérailles des évêques. D’après le cérémonial, la crosse d’un évêque mort est brisée et figure placée sur un coussin, dans le cortège funèbre.

On place aux pieds du prélat (Mgr Dupanloup), sur un second coussin cramoisi, la crosse brisée en trois tronçons.

(Figaro, du 24 octobre 1878, funérailles de Mgr Dupanloup)

Nous avons prédit cent fois pour une que Dupanloup briserait sa crosse sans être cardinal.

(Tam-Tam, du 20 octobre 1878)

France, 1907 : Mourir. Les synonymes sont aussi nombreux que variés : avaler sa langue, sa gaffe, sa cuiller, ses baguettes ; n’avoir plus mal aux dents ; aller manger les pissenlits par la racine ; avoir son coke ; baiser la camarde ; cracher son âme ; claquer ; cracher ses embouchures ; casser son crachoir ; canner ; camarder ; casser son câble, son fouet ; couper sa mèche ; calancher ; dévisser ou décoller son billard ; déposer ses bouts de manche ; déteindre ; donner son dernier bon à tirer ; descendre la garde ; défiler la parade ; dévider à l’estorgue ; déralinguer ; déchirer son faux col, son habit, son tablier ; dégeler ; éteindre son gaz ; épointer son foret ; être exproprié ; fumer ses terres ; fermer son parapluie ; faire ses petits paquets, sa crevaison ; fuir ; graisser ses bottes ; ingurgiter son bilan ; lâcher la perche, la rampe ; laisser fuir son tonneau ; ; laisser ses bottes quelque part ; mettre la table pour les asticots ; poser sa chique ; péter son lof ; perdre son bâton ; passer l’arme à gauche ; perdre le goût du pain ; piquer sa plaque ; pousser le boum du cygne ; recevoir son décompte ; remercier son boulanger ; rendre sa secousse ; saluer le public ; souffler sa veilleuse ; tourner de l’œil, etc.

Pisser contre le soleil

Delvau, 1866 : v. n. Faire des efforts inutiles, se tourmenter vainement. On connaît l’enfance de Gargantua, lequel « mangeoit sa fouace sans pain, crachoit au bassin, petoit de gresse, pissoit contre le soleil, » etc.

France, 1907 : Faire d’inutiles efforts ; vieille expression qu’on trouve dans Rabelais :

Gargantua… petoit de gresse, pissoit contre le soleil.

Postillonner

Delvau, 1866 : v. n. Envoyer des postillons au nez des gens, — qui n’aiment pas à voyager.

Rigaud, 1881 : Parler en lançant des postillons. — Correspondre entre détenus au moyen d’une boulette de mie de pain contenant un avis écrit.

France, 1907 : Crachoter en parlant.

La grosse dame, ma voisine de droite, m’avait tout à coup et pour mon infortune choisi comme confident ; son verbe était intarissable et sa salive aussi, car tout le long du repas, elle ne cessa de postillonner dans mon assiette.

(Les Propos du Commandeur)

Prendre le crachoir

France, 1907 : Prendre la parole.

— Monsieur Spencer, dis-je, si vous avez fini votre sermon, permettez-moi de prendre un moment le crachoir.

(Hector France, Chez les Indiens)

Saliverne

Vidocq, 1837 : s. f. — Salade.

Delvau, 1866 : s. f. Écuelle, gamelle, — dans l’argot des voleurs, qui y laissent volontiers tomber leur salive pour dégoûter les camarades. Ils disaient autrefois Crolle.

Rigaud, 1881 : Tasse, gamelle, — dans le jargon des voleurs.

Virmaître, 1894 : Gamelle ou écuelle qui sert dans les hôpitaux aux malades pour cracher. Ils salivent dedans (Argot des voleurs).

France, 1907 : Écuelle qui sert de crachoir dans les hôpitaux.

Tenir le crachoir

France, 1907 : Bavarder.

J’aim’ pas les raseurs politiques ;
Faux radicaux, tas d’bonisseurs,
Fait’s vos discours à mes deux sœurs !
Je n’serai jamais d’vos pratiques
J’préférais Salis t’nant l’crachoir
Au Rochechouart !

(Victor Meusy)

Tête (bonne)

France, 1907 : Personne naïve, facile à duper.

À l’Aquarium les bouff’-galette
Auront bientôt fini leur temps ;
Au populo qu’est bonne tête
Ils vont lâcher leurs boniments,
Minc’ de crachoir ! Que d’jaspinages
Ils vont faire ! Ohé, les gobeurs,
V’nez écouter et soyez sage,
Pis après, voter tous en chœur !

(Père Peinard)

Se dit aussi pour exprimer un visage grotesque :

— Mon pauvre vieux ! si je vous disais que vous avez une bonne tête !
— N’achève pas, ô ange, tu me la mettrais à l’envers.

(Journal amusant)

Veau de lune

France, 1907 : Imbécile, double sot.

Quand, obliquement, tel un crabe,
Mon proprio chez moi vient choir,
Voici ce qu’à ce vieux crabe,
Sans en omettre une syllabe,
Je lui passe avec le crachoir :
« N’ai-je pas pour toi, veau de lune,
Assez dépeuplé mon gousset ?
Et comment ferai-je si, thune
Par thune, tu prends ma fortune,
Pour aller boire chez Pousset ? »

(Raoul Ponchon)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique