France, 1907 : Sortir pendant le jour avec un panier au bras sous le prétexte d’aller aux provisions et, en réalité, pour raccrocher et se faire suivre par les hommes.
Aller au persil ou persiller
Battre son quart
Delvau, 1864 : Se dit des filles de bordel, qui descendent à tour de rôle, pendant un quart d’heure ou une demi-heure, sur le trottoir, où elles raccrochent les passants.
Dorante, en se promenant devant la maison au grand numéro, croise Sylvia, qui bat son quart.
(Lemercier de Neuville)
Delvau, 1866 : v. n. Raccrocher les passants, le soir à la porte des maisons mal famées, — dans l’argot des filles et de leurs souteneurs.
Rigaud, 1881 : Aller et venir sur la voie publique pour raccrocher, — dans le jargon des filles.
La Rue, 1894 : Chez les filles, raccrocher.
Bitumer
Delvau, 1866 : v. n. Raccrocher les passants, — dans l’argot des filles habituées du trottoir. On dit mieux Faire le bitume.
France, 1907 : Raccrocher les passants.
Blanc (envoyer au)
Rigaud, 1881 : Envoyer promener, — dans le jargon des voyous ; par altération pour « envoyer au banc », c’est-à-dire envoyer s’asseoir. Adressée à une femme, l’expression prend le sens de « envoyer raccrocher », et fait partie du vocabulaire des souteneurs. L’étymologie est la même que dans mangeur de blanc.
Corvée
France, 1907 : Travail professionnel. Aller à la corvée, raccrocher les hommes. Faire passer une fille à la corvée, la traiter de gré ou de force en prostituée.
Coup de chasses
Virmaître, 1894 : Coup d’œil. Système employé par certaines filles pour raccrocher les passants.
— Tu ne marches pas, as-tu vu ce coup de chasses ? (Argot du peuple).
Cueillir le persil
France, 1907 : Se promener dans les rues pour raccrocher les hommes. On dit aussi : aller au persil ou persiller.
Les pauvres filles sont obligées, pour ne pas mourir de faim, de cueillir le persil.
Donner du mal (se)
Delvau, 1864 : Dans l’argot des filles publiques, c’est raccrocher fréquemment sur le trottoir, c’est monter souvent avec de nouveaux michés.
Mais, va, c’est égal,
Je m’ donnerai du mal,
Je veux c’ soir, bravant Saint-Lazare.
Labourer l’ persil.
(Dumoulin)
Empaumer
d’Hautel, 1808 : Enjôler, emboiser, amadouer quelqu’un ; se rendre maître absolu de son esprit ; abuser subtilement de sa bonne foi.
Empaumer une affaire. En saisir tous les détails avec adresse et habileté.
Empaumer la parole. S’en emparer d’autorité.
Delvau, 1866 : v. a. Circonvenir ; tromper, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter ce verbe à Corneille.
France, 1907 : Tromper.
— Tu vas te mettre un chapeau… Ta robe est très bien, t’as l’air d’une petite ouvrière endimanchée, c’est tout ce qu’il faut et tu feras le boulevard Beaumarchais, depuis la place jusqu’au Cirque d’Hiver, côté droit. Y a que celui-là de bon… Tu ne diras rien à personne. Mais t’es sûre de te faire raccrocher par un bourgeois du Marais… Plus il sera vieux, mieux ça vaudra. Aves ces gens-là, faut avoir l’air timide… Tu raconteras que tu t’es sauvée de chez toi parce que ton père te battait… que c’est la première fois que tu sors… pour une fois, tu ne mentiras pas et tu verras l’effet… Ces gens-là, ça paye toujours bien, parce que ça a peur de se faire remarquer et c’est trop bête pour être exigeant… Tu seras tout de suite à l’aise avec ces clients-là… Ne te laisse pas empaumer par un jeune, ça serait un lapin, il n’y a que des calicots par là…
(Oscar Méténier, Madame La Boule)
Emporteur
Vidocq, 1837 : s. m. — L’Emporteur, proprement dit, est le héros de la partie de billard dont nous avons ci-dessus promis les détails ; pour le truc dont nous allons parler, il faut de toute nécessité être trois : l’Emporteur, la Bête et le Bachotteur ; nous avons dit plus haut quelle était la tâche de ces deux derniers ; celle de l’Emporteur est beaucoup plus difficile, c’est lui qui doit chercher et trouver une dupe, et l’amener au lieu où elle doit être dépouillée.
Après avoir examiné si rien ne manque à son costume, qui doit être très-propre, l’Emporteur sort suivi de loin par ses deux acolytes, qui ne le perdent pas de vue, il se promène jusqu’à ce qu’il avise un individu tel qu’il le désire, c’est-à-dire qui annonce, soit par ses manières, soit par son costume, un étranger ou un provincial, et c’est ici le lieu de faire remarquer la merveilleuse perspicacité que possèdent ces hommes, et plusieurs autres espèces de fripons dont il sera parlé plus tard, qui savent tirer de la foule le seul individu propre à être dupé, ces hommes, presque toujours dépourvus d’éducation, savent cependant saisir le plus léger diagnostic ; ils jugent un homme à la coupe de ses habits, à la couleur de son teint, à celle de ses gants, et ils le jugent bien.
Lorsque l’Emporteur a rencontré ce qu’il cherche, il s’approche, et une conversation à peu-près semblable à celle-ci ne tarde pas à s’engager : « Monsieur pourrait-il m’indiquer la rue… — Cela m’est impossible, monsieur ; je suis étranger. — Eh ! parbleu, nous sommes logés à la même enseigne ; je ne suis à Paris que d’hier matin. »
L’Emporteur n’a pas cessé de marcher près du provincial. « Vous êtes étranger, ajoute-t-il après quelques instans de silence, vous devez désirer voir tout ce que la capitale renferme de curieux. » Signe affirmatif. « Si vous le voulez, nous irons ensemble voir les appartements du roi. J’allais, lorsque je vous ai rencontré, chercher ici près des billets que doit me donner un des aides-de-camp du duc d’Orléans ; c’est une occasion dont je vous engage à profiter. »
Le provincial hésite, il ne sait ce qu’il doit penser de cet inconnu si serviable ; mais, que risque-t-il ? Il n’est pas encore midi, et les rues de Paris ne sont pas dangereuses à cette heure ; et puis les appartemens du roi Louis-Philippe doivent être bien beaux ; et puis ce n’est pas lui, le plus mâdré des habitans de Landernau ou de Quimper-Corentin, qui se laisserait attraper : il accepte ; l’Emporteur fait le St-Jean à ses deux compagnons (voir ce mot), qui prennent les devans et vont s’installer au lieu convenu.
C’est un café estaminet d’assez belle apparence, dont le propriétaire est presque toujours affranchi. L’Emporteur y arrive bientôt, suivi de son compagnon ; en entrant il a demandé à la dame de comptoir si un monsieur à moustaches, et décoré, n’était pas venu le demander ; on lui a répondu que ce monsieur était venu, mais qu’il était sorti après toutefois avoir prié de faire attendre. « Eh bien, nous attendrons, » a-t-il répondu ; et il est monté au billard après avoir demandé quelques rafraichissemens qu’il partage avec son compagnon.
Le monsieur à moustaches n’arrive pas ; pour tuer le temps on regarde jouer les deux personnes qui tiennent le billard, et qui ne sont autres que la Bête et le Bachotteur. La Bête joue mal, et à chaque partie qu’elle perd elle veut augmenter son jeu, le Bachotteur ne veut plus jouer, et offre de céder sa place au premier venu, la Bête sort pour satisfaire au besoin, alors le Bachotteur s’exprime à-peu-près en ces termes, en s’adressant à l’Emporteur : « C’est une excellente occasion de gagner un bon dîner, le spectacle, et le reste, il est riche, il est entêté comme une mule ; rendez-lui quelque points, et son affaire est faite. — Si je savais seulement tenir une queue, répond l’Emporteur, j’accepterais la poposition. » Le provincial, qui a entendu cette conversation, et qui a vu jouer la Bête, trouve charmant de ce faire régaler par un parisien ; il pourra parler de cela dans son endroit. Il joue, il perd ; son adversaire raccroche toujours ; il s’échauffe, il joue de l’argent ; les enjeux sont mis entre les mains du Bachotteur ; le provincial envoie au diable l’Emporteur, qui l’engage à modérer son jeu. Somme totale, il sort du café les poches vides, mais cependant bien persuadé qu’il est beaucoup plus fort que son adversaire, qui n’est, suivant lui, qu’un heureux raccrocheur. (Voir Floueur.)
Delvau, 1866 : s. m. Filou qui a pour spécialité de raccrocher des provinciaux sous un prétexte quelconque, et de les amener dans un estaminet borgne, où ils sont plumés par le bachotteur et la bête. (Voir à propos de ce mot, le volume de Vidocq.)
Rigaud, 1881 : Filou qui vit au détriment des magasins. Après avoir fait un achat d’importance, l’emporteur se fait accompagner par un garçon de magasin, qu’il doit payer à domicile. Une fois en route, sous un prétexte quelconque, il écarte le garçon en ayant eu la précaution de se faire remettre la marchandise. Les hôtels garnis, les passages, les maisons à deux issues, favorisent beaucoup le jeu de l’emporteur.
France, 1907 : Filou qui racole des provinciaux ou des naïfs et les amène dans quelque cabaret borgne où ils sont dévalisés par des compères.
Étrenner
Delvau, 1864 : Faire un miché ; raccrocher un homme dans la rue.
Voilà mon tour de bitume arrivé… Il faut qu’on m’étrenne !
(Lemercier de Neuville)
Delvau, 1866 : v. n. Recevoir un soufflet, un coup quelconque. Argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Mal commencer la journée ; recevoir une réprimande en arrivant à l’atelier, — dans le jargon des ouvriers. — Recevoir une correction, — dans le jargon des mères de famille : Si tu n’es pas sage, tu vas étrenner.
Hayard, 1907 : Recevoir des coups.
France, 1907 : Expression que les marchands emploient lorsqu’ils vendent à un premier client.
Et rôdant autour des tables
À la porte des cafés,
Elle dit des mots aimables
Aux messieurs bien attifés.
— La coquine est déjà belle !
— Ça ne peut que mal tourner !
— Bons messieurs, murmure-t-elle,
Vous devriez m’étrenner.
(Clovis Hugues, La Petite Boutiquière)
France, 1907 : Recevoir ou donner des coups.
Faire
d’Hautel, 1808 : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.
Larchey, 1865 : Faire la place, commercialement parlant.
De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.
(Balzac)
Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.
(Id.)
Larchey, 1865 : Nouer une intrigue galante.
Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?
(Ed. Lemoine)
Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce.
Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?
(Balzac)
Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.
(id.)
Larchey, 1865 : Risquer au jeu.
Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.
(Noriac)
Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. ; Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.
Larchey, 1865 : Voler.
Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.
(Bertall)
Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.
(Commerson)
Delvau, 1866 : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.
Delvau, 1866 : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.
Delvau, 1866 : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.
Delvau, 1866 : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.
Delvau, 1866 : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.
Delvau, 1866 : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.
Delvau, 1866 : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.
Rigaud, 1881 : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.
Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)
Rigaud, 1881 : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.
Rigaud, 1881 : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.
Rigaud, 1881 : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.
M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.
(Imbert.)
Rigaud, 1881 : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Élysées, comme les placières font la place.
Rigaud, 1881 : Séduire.
La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.
(Balzac, La Cousine Bette)
L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.
(Idem)
Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.
Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.
(Jean Rousseau, Paris-Dansant)
Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.
Rigaud, 1881 : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.
Rigaud, 1881 : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.
Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.
(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)
Fustier, 1889 : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.
Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.
(Gil Blas, juin, 1886.)
La Rue, 1894 : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.
Virmaître, 1894 : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).
France, 1907 : Exploiter.
Elles faisaient les bains de mer et les villes d’eaux, émigrant suivant la saison, comme les bohémiens, comme les hirondelles, des falaises grises de la Manche qu’un gazon plat encapuchonne aux côtes méditerranéennes où la blancheur luit dans l’azur.
(Paul Arène)
France, 1907 : Voler.
Deux filous causent de la future Exposition :
— C’est une bonne affaire pour nous… Ça fournit des occupations…
— Qu’est-ce que tu y faisais en 1869 ?
— Les montres.
(Le Journal)
Il lançait de vastes affaires sur le marché, comme la Caisse d’Algérie, et il ne dédaignait pas de vulgaires filouteries. Ses opérations se trouvèrent ainsi embrasser tous les cercles de la vie de Paris. Il ne dédaignait aucun coup à tenter. Il faisait le million aux riches gogos et le porte-monnaie aux passants.
(Edmond Lepelletier)
Un monsieur, très pressé, court dans la rue.
Un quidam le rejoint, lui frappe sur l’épaule et lui demande impérieusement :
— Où allez-vous ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? répond le monsieur furieux.
— Ça me fait beaucoup… on vient de me voler !
— Et vous m’accusez ?
— Oui.
— C’est trop fort !
— N’essayez pas de m’en imposer.
— Mais fouillez-moi, espèce de crétin !
Le quidam fouille le monsieur, et se retire en présentant de plates excuses.
Quand Le monsieur se fouille à son tour, il s’aperçoit qu’on lui a fait sa montre et son porte-monnaie.
(Gil Blas)
À la correctionnelle :
— Alors, dit familièrement le président au prévenu, vous vous vantez de faire la montre aves une remarquable dextérité ?
— Aussi bien que personne ici !
Puis il ajoute courtoisement :
— Soit dit sans vous offenser.
Faire la retape
Delvau, 1864 : Aller se promener sur les boulevards, pour y raccrocher des hommes et les amener baiser au bordel.
Delvau, 1866 : v. a. Aller se promener sur le trottoir des rues ou des boulevards, en toilette tapageuse et voyante, bien retapée en un mot, pour y faire la chasse à l’homme. Argot des filles et des souteneurs.
Faire le boulevard
Delvau, 1864 : Se promener sur le boulevard des Italiens, ou sur le boulevard Montmartre, à l’heure où les hommes abondent, pour en raccrocher un ou plusieurs. — Se dit des lorettes, dans l’intervalle d’un entreteneur à l’autre.
Delvau, 1866 : v. n. Se promener, en toilette provocante et en tournure exagérée, sur les boulevards élégants, — dans l’argot de Breda-Street, qui est l’écurie d’où sortent chaque soir, vers quatre heures, de si jolis pur-sang, miss Arabella, miss Love, etc. On dit aussi Faire la rue ou Faire le trottoir.
Faire son palais-royal
Delvau, 1864 : Se promener dans les galeries du Palais-Royal pour y raccrocher des hommes, — ce qui avait lieu surtout lorsque le Palais-Royal était un immense bordel où se donnaient rendez-vous, pour jouir, les membres virils des cinq parties du monde.
De tous les points de Paris une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.
(H. de Balzac)
Faucher le persil
Delvau, 1866 : v. a. Se promener, en toilette « esbroufiante », sur les trottoirs les plus et les mieux fréquentés. Argot des filles et de leurs souteneurs. On dit aussi Cueillir le persil, Aller au persil, et Persiller.
France, 1907 : Raccrocher les hommes dans la rue. On dit également : aller au persil, cueillir le persil, ou, simplement, persiller.
Fenêtre
d’Hautel, 1808 : Il a sauté par la fenêtre, peur de salir les escaliers. Manière plaisante de dire qu’une personne que l’on poursuivoit s’est précipitée par la fenêtre ; qu’il n’a pas pris le temps de sortir par la porte.
Quand on le chasse par la porte, il rentre par la fenêtre. Se dit d’un importun dont on ne peut se débarrasser.
Jeter son bien par la fenêtre. Dépenser mal à-propos, faire un mauvais usage de son bien.
Il faut passer par-là, ou par la fenêtre. Pour dire, il faut absolument faire cette chose ; c’est une nécessité absolue.
On dit par raillerie, d’un freluquet, d’un fanfaron qui jette feu et flamme, que si l’on n’y prend garde, il jettera la maison par les fenêtres.
Rigaud, 1881 : Œil, — dans le jargon des voyous. Boucher une fenêtre, crever un œil.
Virmaître, 1894 : V. Carreau.
France, 1907 : Œil. Boucher La fenêtre, donner un coup de poing sur l’œil. Faire la fenêtre, raccrocher les passants en se montrant à sa fenêtre dans un costume plus ou moins négligé. Mettre la tête à la fenêtre, être guillotiné.
Gandin
Delvau, 1864 : Imbécile bien mis qui paie les filles pour qu’elles se moquent de lui avec leurs amants de cœur. Il reste une consolation aux gandins qui grappillent dans les vignes amoureuses après ces maraudeurs de la première heure, c’est de se dire :
Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
(A. Delvau)
Nous soupions au sortir du bal. Quelques gandins,
Portant des favoris découpés en jardin,
Faisaient assaut d’esprit avec des femmes rousses.
(Th. De Banville)
Larchey, 1865 : Dandy ridicule. Du nom d’un personnage de vaudeville.
L’œillet rouge à la boutonnière, Les cheveux soigneusement ramenés sur les tempes comme deux gâteaux de pommade, le faux-col, les entournures, le regard, les favoris, le menton, les bottes ; tout en lui indiquait le parfait gandin, tout, jusqu’à son mouchoir fortement imprégné d’essence d’idiotisme.
(Figaro, 1858)
Delvau, 1866 : s. m. Amorce, paroles fallaces, — dans l’argot des marchandes du Temple. Monter un gandin. Raccrocher une pratique, forcer un passant à entrer pour acheter.
Delvau, 1866 : s. m. Coup monté ou à monter, — dans l’argot des voleurs. Hisser un gandin à quelqu’un. Tromper.
Delvau, 1866 : s. m. Oisif riche qui passe son temps à se ruiner pour des drôlesses, — et qui n’y passe pas beaucoup de temps, ces demoiselles ayant un appétit d’enfer. Le mot n’a qu’une dizaine d’années. Je ne sais plus qui l’a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. On a dit gant-jaune précédemment.
Rigaud, 1881 : Dandy dégénéré. Homme à la mise recherchée, prétentieuse et ridicule. D’où vient-il ? Est-ce de gant ? Est-ce de l’ancien boulevard de Gand ? Est-ce du nom d’un des personnages — Paul Gandin — des Parisiens de la Décadence, de Th. Barrière ? Est-ce de gandin, attrape-nigaud, en retournant la signification : nigaud attrapé ? Est-ce de dandy, avec changement du D en G, addition d’un N et réintégration de l’Y en I ? Je ne sais. — Le gandin s’éteignit en 1867, en laissant sa succession au petit-crevé qui creva en 1873, en léguant son héritage au gommeux, qui le léguera à un autre, et ainsi de suite jusqu’à la consommation des siècles.
Rigaud, 1881 : Duperie, attrape-nigaud. Hisser un gandin à un gonse, tromper un individu. — Monter un gandin, — dans le jargon des revendeurs du Temple, signifie chauffer l’article, harceler le client pour lui faire acheter quelque chose.
Rigaud, 1881 : Fort, — dans le jargon des barrières. Il est rien gandin.
Fustier, 1889 : Honnête, convenable, gentil. Argot du peuple.
Autrefois on avait deux sous de remise par douzaine. À présent, on les prend (des pièces de cuivre) chez Touchin. Il ne donne rien, ce muffle-là. Vrai ! c’est pas gandin !
(Fournière, Sans métier)
La Rue, 1894 : Duperie. Coup monté. Riche oisif.
France, 1907 : Riche oisif, jeune fainéant dont le père a travaillé sa vie durant pour qu’il passe la sienne à ne rien faire, parasite social. C’est le successeur et l’imitateur des lions du temps de Louis-Philippe, qui succédèrent eux-mêmes aux dandys et aux fashionables de la Restauration, aux beaux de l’empire, engendrés par les incroyables et les muscadins du Directoire, fils des petits maîtres de la fin du règne de Louis XV, descendants des talons rouges et des roués de la Régence, neveux des marquis de Louis XIV. Le nom de gandin parait pour la première fois en 1854 dans une pièce de Théodore Barrière, Les Parisiens, porté par un élégant ridicule, mais il ne se répandit guère dans le publie avant 1858. Gandin vient-il du boulevard de Gand, devenu le boulevard des Italiens et qui était la promenade habituelle des jeunes et riches oisifs, ou, suivant quelques étymologistes, du patois beauceron gandin, dont les éleveurs de la Beauce désignent le jeune mouton ? La bêtise, la simplicité, la passivité du mouton adolescent qui suit pas à pas celui qui le précède, et les instincts moutonniers, l’épaisse imbécillité de ces jeunes abrutis qui se copient tous en habits, en langage et en gestes offrent quelque créance à la seconde version. Cependant le public parisien ignore le patois de la Beauce, gandin adolescent mouton est inconnu sur le boulevard, et pour cette raison nous nous en rapporterons à la première.
Cigare aux dents, lorgnon dans l’œil,
Chaussé par Fabre, habillé par Chevreuil,
Un de ces élégants dont l’esprit reste en friche,
Nommés gandins hier, cocodès aujourd’hui,
Et qui nonchalamment promènent leur ennui
Depuis la Maison d’Or jusques au Café Riche…
(J.-B. de Mirambeaux)
Adieu, gandins infects, drôlesses éhontées, vous tous, abrutis qui, depuis ma majorité, n’avez cessé de jeter un froid dans mon existence. Je vous lâche !
C’était à l’Ambigu, la jeune X… des Folies Dramatiques se pavanait dans une avant-scène en compagnie de plusieurs crétins, tous gandins, et plus bêtes les uns que les autres, par conséquent.
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais jeune homme à sa Nini)
On l’emploie adjectivement dans le sens de beau, élégant.
— Il est pourtant gandin, mon panier, insiste le gitane avec le plus pur accent du faubourg Antoine ; étrennez-moi, Monsieur, ça vaut une thune et à deux balles je vous le laisse.
(Jean Lorrain)
Macadam
Delvau, 1866 : s. f. Boisson sucrée qui ressemble un peu comme couleur à la boue des boulevards macadamisés.
Delvau, 1866 : s. m. Boue épaisse et jaune due à l’ingénieur anglais Mac Adam.
Rigaud, 1881 : Bière noire anglaise, porter.
Rigaud, 1881 : Vin blanc nouveau de Bergerac. Il présente l’aspect d’une boue liquide et jaunâtre. — Garçon ! deux macadams.
Virmaître, 1894 : Accoster les hommes. L. L. On voit d’ici les filles faire le macadam qui est la chaussée des boulevards, pour raccrocher sans doute les omnibus, les fiacres et les becs de gaz. Macadam est le nom donné à un vin blanc épais, venant soi-disant de Montbazillac, qui est vendu par les mastroquets au moment des vendanges (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Vin blanc nouveau qui n’a pas fermenté.
France, 1907 : Vin blanc épais vendu par les cabaretiers à l’époque des vendanges.
Chez nous, c’est sous le noir et bas plafond d’un bouge que les voyous blafards, couleur tête de veau, font la vendange. Ils ont pour vin doux et nouveau le liquide appelé macadam, une boue jaunâtre fade.
(Jean Richepin, Le Pavé)
Macadam (faire le)
France, 1907 : Se promener sur le trottoir pour raccrocher les hommes. John Macadam est le nom de l’ingénieur écossais qui inventa ce système de pavage des rues fait avec des cailloux ou du granit concassé que l’on soumet ensuite, pour l’aplanir, à une forte pression à l’aide d’un rouleau.
Marauder
Delvau, 1866 : v. n. Raccrocher des pratiques en route, — dans l’argot des cochers de voitures de place, qui frustrent ainsi leur administration. On dit aussi Aller à la maraude et Faire la maraude.
Rigaud, 1881 : Faire la contrebande des voyageurs ; prendre des voyageurs au détriment d’un client’qui a loué une voiture à la journée, — dans le jargon des cochers de remise.
Œil (faire de l’)
Delvau, 1866 : Donner à penser des choses fort agréables aux hommes, — dans l’argot des petites dames ; regarder langoureusement ou libertinement les femmes, dans l’argot des gandins.
Rigaud, 1881 : Jouer de la prunelle comme les Espagnoles jouent de l’éventail.
La Rue, 1894 : Chercher à séduire par des œillades. Taper de l’œil, dormir. Mon œil ! formule négative. Se battre l’œil, se moquer.
Virmaître, 1894 : Les filles font de l’œil aux passants qu’elles veulent raccrocher :
Ses deux beaux chasses vous rembroquaient
Puis à la piaule tous les gonces rappliquaient.
dit la chanson du marlou (Argot des filles).
Persil
d’Hautel, 1808 : Grêler sur le persil. Exercer son autorité, son pouvoir, son crédit, sa critique contre des gens foibles, ou sur des sujets de nulle importance.
Rigaud, 1881 : Exercice de la promenade au point de vue de la prostitution.
C’était la grande retape, le persil au clair soleil, le raccrochage des catins illustres.
(É. Zola, Nana)
Virmaître, 1894 : Faire le persil, aller au persil : raccrocher. On n’est pas fixé sur l’origine et la valeur de cette expression. Francisque Michel la fait venir de pesciller ; Delvau dit qu’elle a pour motif que les filles raccrochent dans les terrains vagues où pousse le persil ; le peuple, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, applique cette expression aussi bien aux filles de la rue qu’à celles du boulevard, parce que la fille trotte dans la boue et qu’elle a les pieds sales ; or, depuis plus de cinquante ans, on dit d’une fille qui a les pieds malpropres :
— Elle a du persil dans les pieds ; de là : faire son persil (Argot des souteneurs).
Rossignol, 1901 : Une fille publique fait son persil, lorsqu’elle fait les cent pas dans la rue à la recherche de michets.
France, 1907 : Le monde des cocottes, le commerce de la prostitution. Ce mot a dû être importé à Paris par les filles du midi de la France, où persil signifie argent, à moins qu’il ne vienne du latin percilum, œillade.
C’est le grand jour du Cirque, jour du persil et du gratin ; le jour des demoiselles qui se respectent et qui sont seules, du reste, à remplir cette fonction, et des messieurs dont la boutonnière se fleurit d’un gardénia acheté un louis à la bouquetière du cercle.
(Paul Mahalin, Mesdames de Cœur-Volant)
Aller au persil, faire son persil, travailler dans de persil, autant d’expressions courantes pour signifier raccrocher les hommes ; aussi dénomme-t-on les raccrocheuses Mesdames du Persil. Une partie très fréquentée du bois de Boulogne est appelée le Persil depuis la transformation et l’embellissement du bois, sous le second empire, à cause du nombre de filles galantes qu’on y rencontre soit à pied, soit en voiture.
Yen a des tas, yen a d’partout :
De la Bourgogne et du Poitou,
De Nanterre et de Montretout,
Et d’la Gascogne ;
De Pantin, de Montmorency,
De là d’où, d’ailleurs et d’ici,
Et tout ça vient fair’ son persil
Au bois d’Boulogne.
(Aristide Bruant)
Persiller
Delvau, 1864 : Se promener, le soir, quand on est putain libre, sur le trottoir des rues et des boulevards où l’on est assurée de rencontrer des hommes qui bandent ou à qui l’on promet de les faire bander.
Pour persiller l’ jour dans la pépinière,
De vingt penauds, j’ lui paye un p’tit panier.
Elles explorent le boulevard, persillent dans les squares.
(Lynol)
Delvau, 1866 : v. n. Raccrocher, — dans l’argot des souteneurs de filles. On dit aussi Aller au persil et Travailler dans le persil. Francisque Michel, qui se donne tant de peine pour retrouver les parchemins de mots souvent modernes qu’il ne craint pas, malgré cela, de faire monter dans les carrosses du roi, reste muet à propos de celui-ci, pourtant digne de sa sollicitude. Il ne donne que Pesciller, prendre. En l’absence de tout renseignement officiel, me sera-t-il permis d’insinuer que le verbe Persiller pourrait bienvenir de l’habitude qu’ont les filles d’exercer leur déplorable industrie dans les lieux déserts, dans les terrains vagues — où pousse le persil ?
France, 1907 : Raccrocher les passants.
Trop giron, trop bot pour rien faire,
C’est naturel qu’y soit feignant,
Pauvr’ chat, l’turbin c’est pas sa sphère,
Moi, j’m’en rattrape en persillant,
Y m’attend tranquill’ment au lit
Et quand j’rapporte la douille,
Ah ! faut voir comme il est poli,
Et puis l’matin, l’amour ça creuse,
J’y port’ dans l’pieu son chocolat :
C’est vraiment chouett’ pour un’ pierreuse
D’avoir un mec comm’ celui-là.
(André Gill, L’Éponge à Polyte)
Persiller, cueillir du persil, faire son persil
Larchey, 1865 : Raccrocher.
Elles explorent les boulevarts, persillent dans les squares nouveaux, dans l’espoir d’y rencontrer des miches sérieux.
(Lynol)
Le miché représente ici le persil indispensable au pot-au-feu de la prostitution. V. Tante.
Quart (faire le)
France, 1907 : Station que font les filles sur la voie publique pour raccrocher les hommes. Cette expression, qui est une allusion au service des marins appelé quart, vient de l’autorisation donnée autrefois par la police aux filles de lupanar de parcourir un certain espace devant leur maison, de 7 à 11 heures du soir. On dit aussi : battre son quart.
Lorsque je bats mon quart, mon macq boit ma recette au café.
(Mémoires de M. Claude)
Raccrocher
d’Hautel, 1808 : Raccrocher quelqu’un. L’arrêter en passant, l’accoster librement ; il ne se dit, guères que des prostituées qui arrêtent les passans dans les rues.
Se raccrocher aux branches. Regagner en tout ou en partie les avantages que l’on avoit perdus.
Delvau, 1864 : Arrêter un homme sur le trottoir, la nuit, et l’inviter à monter pour baiser et jouir.
J’ai été un an à l’hôpital. Une autre que moi, en sortant de là, aurait raccroché.
(Rétif de la Bretonne)
Delvau, 1866 : v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés, — dans l’argot du peuple.
La Rue, 1894 : Appeler les hommes dans la rue, dans l’argot des filles.
France, 1907 : Arrêter les hommes pour les convier à fêter Vénus.
La prostituée qui raccroche sur les bancs, la femme adultère où la concubine qui trompent soit le mari, soit l’amant, et la courtisane de haute marque qui descend de cheval à l’avenue des Poteaux, se fait trainer au Bois dans son équipage ou assiste à toutes les premières dans l’avant-scène de gauche, toutes ces créatures sont du même monde, du même acabit et finiront toutes par puer le même relent.
(Louis Davyl)
Raccrocher à la flan
Virmaître, 1894 : Fille qui n’a pas de poste fixe ; elle part de chez elle à l’aventure. Elle raccroche à la flan, au hasard (Argot des souteneurs).
Racoler
Virmaître, 1894 : Fille qui racole les passants (Argot des souteneurs).
Hayard, 1907 : Raccrocher des hommes.
Ramser
Rigaud, 1881 : Raccrocher, — dans l’argot des filles. Pour ramasser.
Rancard ou rancart
Virmaître, 1894 : Mettre quelque chose ou quelqu’un dont on ne veut plus au rancart, de côté. Un coup de rancart est aussi une chose imprévue, comme le fait par exemple de raccrocher une femme dans lui lieu public (Argot des souteneurs).
Ressort (crucifix à)
France, 1907 : Poignard ; revolver. Argot des escarpes.
— Allons, va donc raccrocher ton crucifix à ressort… tu vois bien qu’il ne nous fait pas peur. C’est des noyaux de cerises qu’il y a dedans.
(G. Darien)
Retape
Larchey, 1865 : Mis proprement.
Elle est joliment retapée et requinquée le dimanche.
(Vidal)
Delvau, 1866 : s. f. Raccrochage, — dans l’argot des filles et de leurs souteneurs. Aller à la retape. Raccrocher. On dit aussi Faire la retape.
La Rue, 1894 : Raccrochage sur le trottoir.
Virmaître, 1894 : On retape un vieux chapeau pour lui donner l’aspect d’un neuf. On retape une seconde fois un ami déjà tapé une première. Les filles du trottoir retapent les hommes, mais pas pour les rendre neufs, car quelquefois elles laissent des souvenirs qui ne sont pas tapés. Mot à mot : retaper, raccrocher (Argot des souteneurs).
France, 1907 : Guet, surveillance.
Il faut classer à part une variété d’hommes entretenus qui se livrent à une industrie qu’on nomme la retape. Ceux-là ne disparaitront pas avec la suppression de la police des mœurs ; car ils ne sont pas là pour assister les femmes dans leurs démêlés avec la prélecture, mais pour leur servir d’enseigne aux yeux du public. Ce sont ceux qui jouent le rôle d’amants en titre, d’entreteneurs opulents ou même d’oncles millionnaires ; ils servent de chaperons. Tout chamarrés de cordons et de croix, ils sont presque toujours âgés, ont souvent occupé un rôle élevé dans la société qui les a expulsés de son sein, ont conservé des manières distinguées, et sont, grâce à leurs protectrices, mis avec bon goût et recherche. Leur prétendue maîtresse ou leur soi-disant nièce est censée tromper leur surveillance jalouses ; c’est du moins ce qu’elle affirme au naïf qu’elle reçoit avec un certain mystère et à qui elle fait payer d’autant plus cher les quelques moments qu’elle lui accorde.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
France, 1907 : Racolement des passants, en parlant des prostituées. Faire la retape, arrêter et racoler les hommes.
J’en foutrai jamai’ eun’ secousse,
Mêm’ pas dans la rousse
Ni dans rien,
Pendant que l’soir ej’ fais ma frape,
Ma sœur fait la r’tape
Et c’est bien.
(Aristide Bruant)
Retappe
Clémens, 1840 : Raccrocher.
Retappe (faire sa)
Larchey, 1865 : Raccrocher.
C’est moi qui lui ai donné l’idée de faire sa retape avec un costume décent et un carton à chapeau à la main.
(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8)
Vient de l’argot des voleurs qui disaient aller à la retape, pour : s’embusquer sur le grand chemin. — Mot à mot : attendre l’occasion de retaper sur les passants.
Tas (être sur le)
Virmaître, 1894 : Être à l’ouvrage.
— Nous avons un tas de besogne pour beaucoup.
— J’ai un tas de choses à vous écrire, pour quantité.
— Ma marmite est sur le tas.
Pour indiquer qu’elle est couchée avec un miché (Argot du peuple et des souteneurs). N.
France, 1907 : Être à l’ouvrage.
Les souteneurs disent d’une fille qui s’occupe de raccrocher qu’elle est sur le tas.
Quand la marmite alle est su’l’tas,
C’est pour son marlou qu’a trimarde ;
Qu’a soye lirond’gème ou toquarde,
Faut qu’elle étrenne ou gare aux tas.
(Aristide Bruant)
Tour de bitume
Delvau, 1864 : Promenade des filles sur les boulevards, pour raccrocher des hommes et les ramener, soit au bordel, si elles sont en maison, soit dans leur appartement lorsqu’elles sont chez elles.
Allons ! voilà mon tour de bitume arrivé…
Au persil ! au persil !…
(Lemercier de Neuville)
Trimar
Clémens, 1840 : Grand chemin.
Larchey, 1865 : Grande route, où triment les voyageurs. V. Butter.
Travailler sur le grand trimar, c’est voler sur le grand chemin.
(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8)
Trime : Rue. — Trimin : Chemin.
Sur mon trimin rencontre Un pègre de quartier.
(Vidocq)
Diminutif de Trimar. Faire son trimar se dit des filles qui se promènent la nuit pour raccrocher. V. paillasson.
Delvau, 1866 : s. m. Chemin. — dans l’argot des voleurs, qui y triment souvent en attendant leurs victimes. Grand trimar. Grande route. On dit aussi Grande tire.
Rigaud, 1881 : Éventaire ; balle de marchand ambulant, boutique de marchand forain.
La Rue, 1894 : Chemin, rue. Eventaire. Balle. Grand trimar, grande route.
France, 1907 : Éventaire.
Trimar (faire son)
Delvau, 1866 : Raccrocher, — dans l’argot des filles.
Trimar (patiner le)
Rigaud, 1881 : Raccrocher, — dans l’argot des filles.
Trimer
d’Hautel, 1808 : Pour dire travailler péniblement ; faire beaucoup de chemin à pied.
Vidocq, 1837 : v. a. — Marcher.
Halbert, 1849 : Marcher.
Delvau, 1866 : v. a. Aller ou venir inutilement ; se morfondre dans l’attente. Argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Marcher pour placer de la marchandise.
La Rue, 1894 : Marcher. Se donner de la peine, travailler dur. Raccrocher dans la rue.
Virmaître, 1894 : Aller et venir inutilement, se morfondre. A. D. De trimer on a fait trimard, raccrocher, c’est-à-dire travailler, c’est le vrai sens du mot.
— Je trime d’un bout de l’année à l’autre pour élever mes gosses, et je n’en suis pas plus avancé.
Trimer veut dire travailler péniblement (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Travailler.
Il faut trimer ferme pour élever sa famille.
Hayard, 1907 : Travailler.
France, 1907 : Travailler dur, peiner.
Un paria dans la société moderne, l’employé ! Tout conspire contre lui. Tout se ligue pour l’excéder. Contre lui tout devient arme. Il est victime de l’ordre social, des institutions, des mœurs, de la condition du travail, de l’abondance des demandes d’emplois, de la rareté des offres, de la concurrence famélique de ses congénères, de la cherté des vivres, de l’iniquité de l’impôt. Ouvrier sans métier, travailleur sans outils, il peine et trime devant un établi installé en face d’un étau mouvant. Il végète sur sa chaise romme l’oiseau sur la branche, Au premier coup de vent tout se casse sous lui, et il n’a pas d’ailes comme l’oiseau pour s’envoler plus loin chercher une branche plus solide, en sifflant sa chanson pour narguer le vent mauvais.
Comme l’esclave antique, l’employé a un patron plus impitoyable et plus exigeant que le patricien romain. Il n’a pas la vie animale assurée comme les noirs qui, dans le Sud américain, étaient naguère encore attachés à la plantation. C’est un animal domestique qui jamais ne cherche à briser sa laisse. Il n’a qu’une seule angoisse : devenir libre. Ça se traduit en effet pour lui, la liberté, par ce mot terrible : famine. Il faut qu’il demeure enchaîné pour brouter. Encore le maître s’occupe-t-il peu de savoir si sa mangeoire est remplie tous les matins.
(Edmond Lepelletier)
Y’en a qui, cherchant d’la besogne,
Prient le ciel de n’pas en trouver,
Soyons just’ ! Pour rougir sa trogne,
Y faut commencer par trimer.
(Marc Anfossi)
Trot (aller au)
Rigaud, 1881 : C’est-à-dire aller au trottoir, raccrocher, — dans le jargon des filles.
Trotteuse
Rigaud, 1881 : Locomotive, — dans le jargon des mécaniciens des chemins de fer.
Virmaître, 1894 : Montre qui marque les minutes. Trotteuse : fille publique infatigable qui trotte du soir au malin pour raccrocher (Argot des souteneurs).
France, 1907 : Racoleuse d’hommes, prostituée qui erre sur le trottoir.
Voici les trotteuses infatigables des boulevards extérieurs. Elles ont des robes de mérinos et ou d’indienne, des tabliers bleus attachés à la taille, un mouchoir autour du cou. Nulle toilette ; si bien que vous les prendriez pour des ménagères, de laborieuses femmes, et vraiment rien ne les distingue des honnêtes ouvrières. Non, rien, si ce n’est leurs figures plâtrées, leurs regards effrontés, leurs voix rauques, l’obscénité de leur langage.
(Louis Barron, Paris-Étrange)
Pierreuses,
Trotteuses,
A’s marchent l’soir,
Quand il fait noir,
Sur le trottoir,
Les ch’veux frisés,
Les seins blasés,
Les reins brisés,
Les pieds usés.
(Aristide Bruant)
Trottoir
d’Hautel, 1808 : Cette fille est sur le trottoir. C’est-à-dire, est à marier. On le dit aussi d’une femme qui est en vogue, et dont on parle beaucoup.
Delvau, 1866 : s. m. Répertoire, — dans l’argot des coulisses. Grand trottoir. Répertoire classique. Petit trottoir. Répertoire courant, drames et vaudevilles. Grand trottoir se dit aussi de la Haute-Bicherie, et Petit trottoir du fretin des drôlesses.
Virmaître, 1894 : S’entend de deux façons. Faire le trottoir, raccrocher. Il n’est pas nécessaire pour faire le trottoir d’être sur le trottoir. Le trottoir est partout où la femme lève l’homme. Pendant l’Exposition de 1889, le trottoir de ces dames était le pont de l’Alma. À ce sujet, on avait fait ce calembourg :
— Les putains préfèrent le pont pour voir le velum (Argot des filles). N.
Vadrouille
Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse ; fille ou femme de peu.
La Rue, 1894 : Basse prostituée. Aller en vadrouille, aller raccrocher dans la rue.
Virmaître, 1894 : Cette expression dans la marine signifie : brosse à plancher. Elle s’applique aux filles qui traînent dans les ports de mer (Argot des souteneurs).
Virmaître, 1894 : Faire une vadrouille, en pousser une. Vadrouiller : se déranger de ses habitudes, rôder dans des milieux auxquels on n’est pas habitué (Argot du peuple).
France, 1907 : Prostituée de la dernière catégorie, racoleuse des boulevards extérieurs. Charles Virmaître, dans Paris oublié, donne la gamme de la prostitution : « Vingt sous, dit-il, c’est une fille publique, une vadrouille, une pierreuse, cent sous, une fille de lupanar ; vingt francs, une boulevardière, de Montmartre à la Madeleine ; cinq louis, une horizontale, et enfin cinq cents francs, une femme qu’on salue et que certains imbéciles épousent. »
Le mot s’emploie adjectivement :
Blanche Rebus, qui l’avait à moitié timbré pendant cinq ou six semaines, qu’il avait regrettée plus que toutes les camarades, qui lui avait laissé dans toute la peau la brûlure de ses baisers savants et luxurieux. Il la revoyait si vadrouille, si excitante avec ses hanches rondes, sa croupe frissonnante, sa nuque blanche où l’on avait envie de mordre comme en un fruit mûr et son air effronté de moineau parisien, la bouche gourmande, les prunelles rieuses, le nez relevé comme d’une imperceptible chiquenaude…
(Mora, Gil Blas)
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