France, 1907 : Chapeau militaire dont les pointes se redressent sur le front et sur la nuque. C’est la coiffure des généraux et de l’état-major, le contraire du chapeau eu bataille, comme le portent les gendarmes. On dit aussi frégate.
Colonne (chapeau en)
Fils à papa
France, 1907 : Jeune monsieur dont le principal mérite est d’être le fils d’un papa cossu ou appartenant au bataillon des grosses légumes.
Je sais comment cela se passe, dans les régiments de cavalerie, il en était ainsi de mon temps et les choses n’ont pas changé : sur les trente hommes dont se compose le corps des sous-officiers, vous avez quelques gaillards, fils à papa, qui ont raté l’École et qui sont protégés en haut lieu : on est pour eux plein d’attention et on s’efforce de leur adoucir les quelques mois qui les séparent du jour où ils passeront l’examen de Saumur.
(Général Du Barrail)
Une table surtout occupée par une demi-douzaine de sous-officiers, présentait une animation extraordinaire : toutes les armes étaient représentées ; il y avait des chasseurs, des cuirassiers, des dragons, des hussards, et le plus âgé n’avait pas vingt-deux ans. D’ailleurs la moustache hérissée en chat, la coiffure en racine droite, le linge fin, les bottes vernies et les bagues au doigt prouvaient que j’avais devant moi des fils à papa très à leur aise.
(Pompon, Gil Blas)
On dit aussi fils d’archevêques.
Voyons le dernier tableau des lieutenants de vaisseau proposés pour le grade de capitaine de frégate : sur 9 officiers que s’y trouvent portés, nous notons six fils d’archevêques, dont deux gendres, et cependant 150 lieutenants de vaisseau croyaient avoir des titres !…
(A. Saissy, Mot d’Ordre)
Frégate
Ansiaume, 1821 : Succube (jeune homme sodomiste ou putain de galère).
Il donne à sa frégate ses nourritures et 6 balles par mois.
Vidocq, 1837 : s. m. — Jeune pédéraste. Terme des bagnes.
Clémens, 1840 : Jeune forçat.
Rigaud, 1881 : Émigré de Gomorrhe, — dans le jargon des voleurs.
France, 1907 : Chapeau bicorne, claque, à cause de sa forme assez semblable à celle d’un navire à voiles, porté par l’état-major et les élèves de l’École polytechnique. « La courbe gracieuse de la frégate n’est pas due au caprice d’un artiste habile ; c’est une courbe géométrique transcendantale qu’on peut construire par points et dont on peut déterminer les tangentes et les points d’inflexion… La manière de porter la frégate a été pour la première fois enseignée en 1824 par Baupré, ancien danseur de l’Opéra, qui donnait à l’École des leçons de danse et de maintient. »
(Albert Lévy et G. Pinet)
France, 1907 : Sodomite.
Frégate (une)
Merlin, 1888 : Chapeau à deux cornes.
Frégate, corvette
Larchey, 1865 : C’est le jésus de la marine (Vidocq). — Allusion au genre féminin de ces deux substantifs. Le masculin est représenté par un brick, par le vaisseau et par l’aviso.
La Rue, 1894 : Éphestion de trottoir.
Frise-poulet
France, 1907 : Petit-maître, efféminé.
— C’est pas comme notre second, un frise-poulet qu’est marin juste autant que ma petite sœur. Faut que le gouvernement ait des frégates à perdre, qu’on dit que ce joli cœur va prendre le commandement de « l’air mignonne » (l’Hermione) ; excusez du peu ! J’aurais pas confiance d’y mettre mon sac à bord.
Germinisme
France, 1907 : Pédérastie ; néologisme de date récente, créé après l’aventure du comte de Germiny, membre de la Société de Saint-Vincent de Paul et président des cercles catholiques ouvriers.
Les synonymes de pédéraste sont nombreux dans l’argot des gens du monde comme dans celui des faubourgs, ce qui prouve l’étendue et la persistance de ce vice honteux, commun aux deux sexes. Nous en citerons pour mémoire quelques-uns : bique et bouc, corvette, Émile, emproseur, frégate, gosselin, Jésus, pédé, pédéro, tante, tapette, rivette.
Petit chapeau
France, 1907 : Nom donné aux élèves de l’École polytechnique qui, à certaines années exceptionnelles, sont envoyés sur demande à l’École d’application de l’artillerie et du génie, après une seule année de séjour à l’École. Ils conservent à Fontainebleau l’uniforme et le chapeau de Polytechnique pendant une année jusqu’à ce qu’ils soient promus sous-lieutenants. Les premières promotions de petits chapeaux datent de 1840 et 1841. « Dans les salons de la ville de Metz, disent MM. Albert Lévy et G. Pinet, les danseuses remarquèrent l’élégance du chapeau de ces polytechniciens, à côté du formidable blockhaus des artilleurs et de l’immense frégate des sapeurs ; ce furent elles qui baptisèrent les nouveaux venus du nom de petits chapeaux… Les petits chapeaux sont promus sous-lieutenants le 30 septembre, un peu avant leurs camarades de la promotion régulière ; ils arrivent au régiment un an plus tôt. »
Nous formons trois belles brigades,
Très fiers d’avoir lâché l’X,
Et sachez, pauvres camarades,
Qu’il n’est chez nous que des phénix,
Les moins malins ont l’assurance,
Dans quinze ans, d’être généraux :
Nous faisons une poire intense,
Car nous sommes petits chapeaux.
(Les Petits Chapeaux)
Plombe
Ansiaume, 1821 : Heure.
À dix plombes de la sorgue il est temps de travailler.
Ansiaume, 1821 : Mois.
J’ai resté au mitte brun pendant 18 plombes.
Ansiaume, 1821 : Une livre pesant.
J’ai grinchi 4 plombes de rouget à bord de la Jeanne d’Arc (frégate neuve).
Bras-de-Fer, 1829 : Demi-heure.
Vidocq, 1837 : s. f. — Heure, année.
Larchey, 1865 : Heure. — Onomatopée. — Plombe imite le bruit grave d’une sonnerie de grosse horloge. V. Momir, Crosser. — Plomber : Sonner.
Delvau, 1866 : s. f. Heure, — dans l’argot des voleurs. Mèche. Demi-heure. Mèchillon. Quart d’heure.
Rigaud, 1881 : Heure. Dix plombes se décrochent, dix heures sonnent.
La Rue, 1894 : Heure.
Rossignol, 1901 : Heure. Il est 6 plombes et 10 broquilles.
Hayard, 1907 : Heure.
France, 1907 : Heures. Dix plombes se décrochent ou crossent, dix heures sonnent. Luysard estampille huit plombes, il est huit heures au soleil.
— Voilà six plombes et une mèche qui crossent… Tu pionces encore ?
(Mémoires de Vidocq)
Regatte
Rigaud, 1881 : Viande, pour rogaton, — dans l’argot des chiffonniers. — Regater, manger.
France, 1907 : Viande argot des chiffonniers.
Saint-Épissoir
France, 1907 : Fête des gabiers célébrée dans toute la flotte dans les premiers jours de janvier. L’épissoir est un petit poinçon dont se servent les gabiers pour aller à des hauteurs vertigineuses et par tous les temps larguer ou carguer les voiles. Ayant vainement cherché dans le calendrier un saint de leur profession pour célébrer sa fête, ils imaginèrent la Saint-Épissoir. D’après Paul Dhormois, ce seraient les gabiers de la Pénélope, frégate alors à l’ancre dans la rade de Fort-de-France (Martinique), qui, jaloux de voir les canonniers fêter la Sainte Barbe, eurent l’idée géniale de se donner un saint.
— Ah çà ! s’écria tout à coup Languidie, le plus ancien des quartiers-maîtres, pourquoi que nous n’aurions pas aussi notre fête, nous autres gabiers, qui sommes, sans nous vanter, un peu autre chose que de simples canonniers ?
— Est-ce que tu t’imagines qu’il y a un saint Épissoir, comme il y a une sainte Barbe ? répondit le chef de timonerie.
— Pourquoi pas ? Ce serait violent, par exemple, que l’épissoir ne pût pas avoir un patron aussi bien que le refouloir ou l’écouvillon ! Crois-tu que lorsque les saints du Paradis ont pris chacun un état sous leur protection, ils ont oublié le plus noble de tous, celui de gabier ?
(Paul Dhormois, Sous les Tropiques)
Water-polo
France, 1907 : Jeu de balle dans l’eau. Nom et genre de sport anglais. On connaît le polo, le water-polo est le même exercice, modifié très pittoresquement de façon à s’exécuter dans l’eau.
Il se joue par deux équipes de nageurs qui, ayant chacun un point de départ appelé goal, ont pour but de lancer une balle dans le goal du camp adverse ; les joueurs doivent joindre à l’adresse une énergie et une résistance peu coutumières.
Le water-polo a été adopté en Belgique par le Cercle des régates bruxelloises.
Yachting
France, 1907 : Régates, sports nautiques ; anglicisme.
Le yachting est l’expression suprême du sport, celle qui ouvre le plus vaste champ à la valeur physique et morale de l’être humain, à l’affirmation de son individualité propre, de son courage, de son énergie, de toutes les qualités qui font l’homme véritablement digne de ce nom.
(Philippe Daryl)
Argot classique, le livre • Telegram