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Affouler

France, 1907 : Accoucher avant terme, avorter. C’est un vieux mot dérivé comme le précédent d’affolare, et déjà passé chez nous au XVe siècle.

Lequel Frobert conseilloit à icelle femme qu’elle beust de la rue ou de l’eau ardente, et que c’estoit la chose au monde qui plustost laferoit affouler d’enfant.

(Lettre de remission de 1447)

Tout semble, dit Charles Nisard, attester les rapports étroits qui existent entre affouler et abouler : rapports de son, rapports d’orthographe, rapport d’idée. Dans l’une comme dans l’autre, l’action qu’ils expriment est celle qui résulte de la pression et de la violence. Une femme affoule parce qu’on lui administre des drogues qui tuent son fruit et en précipitent l’issue ; un homme aboule, parce que l’objet qu’on veut de lui, on le lui extorque plutôt qu’on ne le lui demande, et qu’on le lui prendrait par force, s’il faisait mine seulement de le faire attendre. Le peuple ne se sert-il pas du mot accoucher pour faire sentir et la peine qu’on a à se défaire d’une chose quelconque, et la difficulté qu’on éprouve parfois à s’exprimer ?

Basta

Merlin, 1888 : Assez, — de l’espagnol. On dit aussi Barka, — de l’arabe.

France, 1907 : Assez ; mot rapporté par les troupiers d’Algérie.

— Vous pouvez nous fouiller, vous m’avez fait flanquer deux semaines à l’ours et vous avez le toupet de me réclamer de l’argent ! Vous vous montez joliment le bourrichon. J’ai soupé de votre fiole, mon bon ami, basta !

(Hector France, L’Homme qui tue)

Buteur

Vidocq, 1837 : s. m. — Bourreau.

Delvau, 1866 : s. m. Le bourreau, — qui tue ceux qui ont tué, et bute ceux qui ont buté.

Canarder

Larchey, 1865 : Faire feu d’une embuscade comme si on était à l’affût des canards sauvages. — Canarder : tromper.

On a trop canardé les paroissiens… avec la philanthropie.

(Gavarni)

Delvau, 1866 : v. a. Fusiller, — dans l’argot des troupiers, pour qui les hommes ne comptent pas plus que des palmipèdes.

Delvau, 1866 : v. a. Tromper.

Rigaud, 1881 : Tromper. — Plaisanter. (L. Larchey)

France, 1907 : Tromper, plaisanter. Se dit aussi pour fusiller.

Presque aussitôt une tête se montra et un spahi fit feu. Les détonations se succédèrent, et une demi-douzaine d’indigènes demis-nus bondirent dans les buissons, courant comme des gens affolés.
— Mais, cirais-je à Préval, ils ne sont pas armés…
— Bah !
— Aucun ne riposte…
— C’est une tactique. Ils vont riposter tout à l’heure. Tire donc !
On en canarda ainsi une demi-douzaine.
— C’est égal, dis-je, voilà ce qui s’appelle assassiner les gens.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Carabiné

Larchey, 1865 : De première force. — Terme de marine. On sait qu’un vent carabiné est très-fort.

Rigaud, 1881 : Violent, très fort ; mot emprunté au vocabulaire des marins. Une déveine carabinée, une forte déveine.

Rossignol, 1901 : Un liquide fort en degrés d’alcool est carabiné. Une absinthe forte est carabinée. Celui qui est atteint sérieusement d’une maladie qui, dit-on, a été rapportée par Christophe Colomb, est carabiné.

France, 1907 : Excessif, violent, de première force. Terme de marine ; on dit : vent carabiné, comme mal de tête carabiné.

Je commençais à me repentir de ma visite : mais il se radoucit, alla lui-même chercher une bouteille et deux verres, et me versa ce que nous appelions une absinthe carabinée.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Coco

d’Hautel, 1808 : Nom d’amitié que l’on donne aux petits garçons.
C’est aussi un terme mignard et cajoleur dont les femmes gratifient leurs maris ou leurs bien aimés, pour en obtenir ce qu’elles désirent.

d’Hautel, 1808 : Tisanne rafraîchissante, faite de chiendent, de réglisse et de citron, que l’on vend à Paris dans les promenades publiques. Boire un verre de coco.
Coco
signifie aussi eau-de-vie, rogome, brande-vin.
Boire le coco. C’est boire l’eau-de-vie le matin à jeun, suivant l’usage des journaliers de Paris.

Larchey, 1865 : Cheval.

Ce grossier animal qu’on nomme vulgairement coco.

(Aubryet)

Larchey, 1865 : Homme peu digne de considération.

Joli Coco pour vouloir me faire aller.

(Balzac)

Larchey, 1865 : Nom d’amitié.

J’vais te donner un petit becquau. Viens, mon coco.

(Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836)

Delvau, 1866 : s. m. Boisson rafraîchissante composée d’un peu de bois de réglisse et de beaucoup d’eau. Cela ne coûtait autrefois qu’un liard le verre et les verres étaient grands ; aujourd’hui cela coûte deux centimes, mais les verres sont plus petits. O progrès !

Delvau, 1866 : s. m. Cheval, — dans l’argot du peuple. Il a graissé la patte à coco. Se dit ironiquement d’un homme qui s’est mal tiré d’une affaire, qui a mal rempli une commission.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans le même argot [des faubouriens]. Se passer par le coco. Avaler, boire, manger.

Delvau, 1866 : s. m. Homme singulier, original, — dans le même argot [des faubouriens]. Joli coco. Se dit ironiquement de quelqu’un qui se trouve dans une position ennuyeuse, ou qui fait une farce, désagréable. Drôle de coco. Homme qui ne fait rien comme un autre.

Delvau, 1866 : s. m. Œuf, — dans l’argot des enfants, pour qui les poules sont des cocottes.

Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent l’homme pour un Coco nucifera. Coco déplumé. Tête sans cheveux. Redresser le coco. Porter la tête haute. Monter le coco. Exciter le désir, échauffer l’imagination.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Se passer quelque chose par le coco, manger, boire.

Rigaud, 1881 : Individu, particulier. Ne s’emploie guère qu’accolé au mot joli, dans un sens ironique : C’est un joli coco.

Rigaud, 1881 : Pour eau-de-vie, avait déjà cours au siècle dernier.

Elle lui fit payer du coco.

(Cabinet satirique)

Aujourd’hui on entend par coco, de la mauvaise eau-de-vie, de l’eau-de-vie fortement additionnée d’eau. — Marchand de coco, marchand de vin. Allusion à l’eau que le débitant met dans le vin et les liqueurs.

Rigaud, 1881 : Tête ; allusion de forme. Se monter le coco, s’illusionner, se monter la tête.

France, 1907 : Cheval. Ce mot est employé surtout dans la langue du troupier.

Pour faire un vrai soldat, et devenir par la suite un bon officier, il faut avoir tiré toutes les ficelles du métier et savoir : balayer la chambrée ; cirer la planche à pain ; bichonner Coco…

(Hector France, L’Homme qui tue)

France, 1907 : Gosier ; argot populaire. Colle-toi ça ou passe-toi ça dans le coco.

France, 1907 : Mauvais vin on mauvaise eau-de-vie. Allusion à la fade boisson que vendent les marchands de coco.

France, 1907 : Tête. Avoir de coco déplumé, être chauve ; avoir le coco fêlé, être fou. Dévisser le coco, étrangler. Se monter de coco, s’exciter.
Jean Richepin, dans ses compliments de nouvelle année, souhaite, entre autres :

À Barbier, de trouver l’écho
De la voix qui cria les lambes,
Et, pour lui monter le coco,
Du poil à gratter dans les jambes.

Graisser la patte à Coco, gagner quelqu’un en lui donnant de l’argent. S’emploie aussi dans un mauvais sens, précédé de vilain ou de joli : Vilain coco ! joli chien ! ou bien il signifie simplement un individu.

Parmi les socialos politicards, il peut y avoir des cocos qui ont de l’honnêteté, mais qué que ça prouve ? Rien, sinon qu’ils manquent de flair.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

France, 1907 : Triste sire, homme méprisable ou, tout simplement, dont on n’est pas satisfait. Le mot est généralement précédé des adjectifs joli, fameux, ou vilain.

— Ah ! vous êtes un fameux gaillard ! un joli coco ! Vous arrivez comme le marquis de Chose-verte, trois heures après la bataille. Vous pouvez bien tourner les talons, et remporter votre lard pourri. Avez-vous du liquide, au moins ?

(Hector France, Sous le Burnous)

— Et v’là qu’elle est lâchée salement par un vilain coco Il est vrai que des filles qui n’ont pas le sou et qui ne savent même pas éplucher une salade, ne sont pas d’un placement avantageux, ni facile, par conséquent !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

C’est aussi un nom d’amitié :

J’vais te donner un p’tit bécot,
Viens, mon coco !

Coup de fion (donner le)

France, 1907 : Terminer un ouvrage, le parachever, lui donner du chic, du brillant.

On ressangle les chevaux, on arrange les paquetages et les turbans, on époussette ses bottes, on retrousse ses moustaches et l’on drape majestueusement les plis de son burnous. On se donne enfin le coup de fion.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Il faut beaucoup d’imagination pour varier les mets, leur donner le parfum d’agréable odeur qui saisit les narines du gourmet et stimule son appétit, pour connaître juste les quantité d’eau, de jus, d’aromates qu’il faut combiner en une habile mixture pour donner enfin à la sauce, — triomphe du vrai cuisinier, — ce que j’appellerai, en argot d’artiste, le coup de fion du maitre d’hôtel.

(Jeanne d’Antilly, Le Journal)

Coup de torchon

Delvau, 1866 : s. m. Baiser, — dans l’argot des faubouriens, qui sans doute, veulent parler de ceux qu’on donne aux femmes maquillées, dont alors les lèvres essuient le visage.

Rigaud, 1881 : Duel au sabre, en terme de régiment. Se flanquer un coup de torchon.

France, 1907 : Combat, bataille.

— Eh ! margi, lui criai-je à travers les barreaux de ma lucarne, quoi de nouveau ?
— Il y a qu’on va se flanquer des coups de torchon, mon fils. Une belle occasion de dépuceler ton sabre.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Hop là ! hardi ! Il va y avoir un coup de torchon !
Pas un pioupiou ne boude.
Sac au dos ! empoignez-moi votre flingot, la cartouchière sur le bedon, et, pas gymnastique, en avant, marche !

(Traité de civilité militaire et honnête, enseignée par Dache)

Se donner un coup de torchon, se battre en duel.

Credo

Delvau, 1866 : s. m. Aveu, — dans l’argot des ouvriers, qui ne sont pas tenus de savoir le latin. Faire son credo. Avouer franchement ses torts.

Delvau, 1866 : s. m. Potence, — dans l’argot des voleurs, qu’ils aient voulu faire soit une anagramme de Corde, soit une allusion à la confession du condamné à mort, qui récite son Credo avant de réciter son mea culpa.

La Rue, 1894 : Potence. Aveu. Crédit.

France, 1907 : Aveu, emplové dans ce sens : faire son credo. Latinisme. Credo est évidemment mis là par le populaire, qui n’y regarde pas de si près, pour Confiteor. C’est aussi une profession de foi, une affirmation de principes.

D’un an à dix-huit mois, on soumet déjà l’enfant aux fatigues. Des marmots de cet âge trottent nu-pieds dans la neige sans s’en porter plus mal. Leur faire subir des fatigues qui tueraient un petit blanc, est le principe de leur éducation. Ils n’ont qu’un but : exceller dans l’art de la guerre. C’est une sorte de Credo, et la peine et la patience déployées à enseigner cet art aux enfants seraient dignes d’une cause meilleure.

(Hector France, Chez les Indiens)

Le Credo de ces gens-là est le Syllabus, et le Syllabus est le testament du jésuitisme. C’est lui qui l’a emprunté à de Maistre, formulé, rédigé, dicté à son vieillard du Vatican. Or, qu’est-ce que le Syllabus, ce chef-d’œuvre du genre qui ne dit pas directement ce qu’il dit, qui ne le dit que par voie inverse pour dérouter l’esprit du lecteur ? C’est le double esclavage du corps et de l’esprit. Mort à la science, mort à l’industrie, sa fille aînée, mort à la liberté, mort à la souveraineté nationale, mort enfin au siècle tout entier et au progrès de l’esprit humain ! Ne pense pas, je pense pour toi, et si tu t’avises de penser par toi-même, prends garde à toi ; l’inquisiteur est là, qui a toujours une allumette dans la poche de son capuchon. Il ne faut à une société bien organisée que le gendarme, le bourreau, le prêtre et le roi, et encore le roi n’est qu’une doublure, le prêtre du dehors.
Autrement dit, c’est l’Europe en général, et la France en particulier, décapitées, abruties, bestialisées, transformées en une jésuitière laïque, où chacun de nous ne serait plus qu’une variante du perinde ac cadaver, un bloc de cinq pieds quatre pouces, plus ou moins, de matière organisée, confessé et fessé régulièrement de la main paternelle d’un révérend pour tout ce qu’il lui plairait d’appeler un péché.
Voltaire, où es-tu ? Ta tombe est vide ; il ne reste plus de toi que ton cœur, — et c’est un sénateur clérical qui l’a reçu en héritage et qui le garde sous clé au fond d’un tiroir.

(Eugène Pelletan)

France, 1907 : Crédit, par changement de finale.

France, 1907 : Potence ; Anagramme de corde.

Crever la paillasse

Rigaud, 1881 : Assommer de coups, donner des coups de pied au ventre. La paillasse, c’est le ventre.

France, 1907 : « À force d’entendre toute la journée des phrases comme celles-ci :

Crever la paillasse ;
Mettre les tripes au soleils ;
Taillader les côtes ;
Brûler les gueules ;
Ouvrir la panse,

je m’y étais habitué et j’avais fini par les trouver toutes naturelles. »

(Hector France, L’Homme qui tue)

Au moment de l’assassinat de l’archevêque de Paris, Mgr Sibour, par l’abbé Verger, dans l’église de Sainte-Geneviève, on chanta une complainte dont voici le refrain :
  Verger, il creva la paillasse
  À monseigneur l’archevêque de Paris.

Dache

Delvau, 1866 : s. m. Diable, — dans l’argot des voleurs, qui pourtant ne croient ni à Dieu ni à diable. Envoyer à dache. Envoyer promener, envoyer au diable. Les ouvriers emploient aussi cette expression.

Rigaud, 1881 : Diable. — Envoyer à dache, envoyer au diable.

La Rue, 1894 : Diable. À dache ! au diable.

Rossignol, 1901 : Dire à quelqu’un : Allez raconter çà à Dache, le perruquier des zouaves, c’est lui dire : je ne vous crois pas.

France, 1907 : Diable ; argot des voleurs. De diache, vieux mot qui a même signification. Dans l’argot militaire, Dache est un perruquier passé légendaire aux zouaves pour sa simplicité ; on dit, après avoir écouté quelques grosses gasconnades : Allez donc raconter cela à Dache, le perruquier des zouaves !

Mais voici que la voix de coq enrhumé de l’infirmier-sacristain retentit dans la salle :
— Eh ! les amis, y aura des brioches à la messe.
— Des brioches ! Faut conter ça à Dache.
— Oui, oui, des brioches en place de pain bénit.
— C’est pas des blagues, au moins, Lenglumé ?
— Parole d’honneur ! D’ailleurs, allez-y voir.
Et Lenglumé passait et continuait dans la salle voisine :
— Eh ! les amis, vous savez, y aura des brioches à la messe.
— Nom de Dieu ! c’est donc pas pour rire ?

(Hector France, L’Homme qui tue)

Dégommer

un détenu, 1846 : Mourir, cesser de vivre.

Larchey, 1865 : Destituer.

Réélu ! — Dégommé !

(Gavarni)

Delvau, 1866 : v. a. Destituer, casser d’un grade, — dans l’argot des troupiers. Se dégommer. S’entre-tuer.

Rigaud, 1881 : Surpasser. — Destituer.

Fustier, 1889 : Mourir. Dégommé, mort. Quart des dégommés, commissaire des morts.

France, 1907 : Casser, en argot militaire, un caporal ou un sous-officier de son grade. Destituer un fonctionnaire, lui enlever sa gomme.

La cour, qui en voit de raides cependant, a eu de la peine à digérer celle-là. Toutelois, on n’ose jamais tenir grande rigueur à un premier ministre. Timidement la magistrature lui a posé cette petite question : Mais vous êtes trigame ?
— C’est bien possible, a répondu Crispi, mais je suis aussi ministre. Si vous ne me f… pas la paix, je vous dégomme.

(Le Petit Pioupiou)

N’est-ce pas la gomme qu’on emploie pour donner à une étoffe la roideur, le poli, l’éclat ? Quand cette étoffe est dégommée, elle a perdu son lustre, elle est devenue chiffon. Un homme maladif, souffrant, est, dit-on, dégommé. C’est une expression très juste et qui lait image. Voyez ce préfet, à la démarche roide et fière, au regard olympien. Il fait trembler son département. — Vienne un simple télégramme, trois mots… Il est démissionné — non, il est dégommné. Son œil se voile, sa raideur s’affaisse. (J’en ai connu un qui avait perdu en une nuit dix centimètres de sa taille.) Le frac vulgaire, ou le démocratique paletot-sac, a remplacé l’habit brodé. Dégommé ! oh ! oui, dégommé !

(Baron Piot)

France, 1907 : Mourir.

— Comment ! Le colonel est dégommé ! C’est pour ça qu’on est si joyeux ! C’était pourtant un brave brave homme.
— Brave homme, c’est possible ! mais ça va faire de l’avancement ! de l’avancement, mon bon, de l’avancement…

(Hector France, L’Homme qui tue)

France, 1907 : Surpasser.

Descendre

d’Hautel, 1808 : Descendre la garde. Expression plaisante et figurée, qui signifie, parmi le peuple, tomber d’un lieu élevé ; s’en aller dans l’autre monde ; laisser ses os dans une affaire, dans une batterie quelconque.
Descendez, on vous demande en bas. V. Bas.
On dit vulgairement descendre en bas, et monter en haut.
Le génie de la langue allemande et de la langue anglaise peut tolérer ces locutions ; mais la langue française les rejette absolument ; il faut dire simplement sans régime, monter et descendre.

Delvau, 1864 : Aller faire la rue, dans l’argot des filles de bordel, qui descendent le plus souvent qu’elles peuvent, afin d’être montées d’autant.

Va t’êt’ onze heures, j’ descends pus… Nous allons nous coucher, dis, veux-tu ?

(Henry Monnier)

Larchey, 1865 : Tuer, faire tomber.

J’ajuste le Prussien et je le descends.

(M. Saint-Hilaire)

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, abattre d’un coup de fusil, — dans l’argot des soldats et des chasseurs.

Rigaud, 1881 : Faire tomber ; tuer d’un coup de fusil. — Descendre la garde, mourir.

Fustier, 1889 : Expression théâtrale en usage dans les répétitions. C’est aller dans la direction de la rampe. — Terme de turf ; quand un cheval appelé à courir acquiert une plus value, on dit qu’il descend, parce qu’en effet la proportion dans laquelle on pariait contre lui tombe. Ainsi, un cheval qui hier était coté à 7 contre — 1, et qui est aujourd’hui à 5 contre — 1 est un cheval qui descend (Littré.)

La Rue, 1894 : Mourir. Mettre hors de combat. Tuer.

Hayard, 1907 : Assassiner.

France, 1907 : Tuer.

— Prends le reste des spahis et va explorer le sommet des mamelons sur notre gauche, jusqu’à la plaine. Si tu rencontres des Kabyles, descends-les.
— Oui, mon colonel.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Fiflot

Merlin, 1888 : Fantassin.

France, 1907 : Fantassin.

— Il fallait ouïr le vieux débagouler. Ah ! nom de Dieu ! c’est Jeanneton qui en a entendu de belles ! Sa vieille peau jaune comme le ménage du capitaine a pris la couleur d’une culotte de fiflot ; tandis que Crampon s’en flanquait une à la cuisine où il était allé trousser Jeannette.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Fion

d’Hautel, 1808 : Mot vulgaire dont le sens est fort borné, et qui équivaut à-peu-près à poli, retouche, le dernier soin que l’on donne à un ouvrage, afin de le perfectionner.
Il faut lui donner encore un petit fion. Pour il faut encore ajouter à cet ouvrage, quelqu’ornement, quelqu’embellissement pour qu’il soit parfait ; il faut y mettre la dernière main.

Larchey, 1865 : Élégance.

Un François enseignoit à des mains royales à faire des boutons, quand le bouton étoit fait, l’artiste disoit : À présent, Sire, il faut lui donner le fion. À quelques mois de là, ce mot revint dans la tête du roi ; il se mit à compulser tous les Dictionnaires françois, Richelet, Trévoux, Furetière, l’Académie françoise, et il n’y trouva pas le mot dont il cherchoit l’explication. Il appela un Neuchatelois qui était alors à sa cour, et lui dit : Dites-moi ce que c’est que le fion dans la langue françoise ? — Sire, reprit le Neuchatelois, le fion c’est la bonne grâce… Graves auteurs, graves penseurs, naturalistes, politiques. historiens, vous n’êtes pas dispensés de donner le fion à vos livres ; sans le fion vous ne serez pas lus. Le fion peut s’imprimer dans une page de métaphysique, comme dans un madrigal à Glycère. Académiciens qui parlez de goût, étudiez le fion, et placez ce mot dans votre Dictionnaire qui ne s’achève point.

(Mercier, 1783)

Delvau, 1866 : s. m. Dernière main mise à un ouvrage, — dans l’argot des ouvriers et des artistes. Coup de fion. Soins de propreté, et même de coquetterie.

Rigaud, 1881 : Élégance. — Coup de fion, dernier coup de main donné à un ouvrage.

Hayard, 1907 : Postérieur.

France, 1907 : Dernière main mise à un ouvrage. Donner le coup de fion, achever, parachever une œuvre.

C’est là qu’on se donne le coup de fion. On ressangle les chevaux, on arrange les paquetages et les turbans, on époussette ses bottes, on retrousse ses moustaches et on drape majestueusement les plis du burnous. Il s’agit de bien paraître et de faire noblement son entrée.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Greluchon

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris ; nom que l’on donne à un homme qui se laisse entretenir par une femme qui a plusieurs amans.

Delvau, 1864 : Homme qui tient le milieu entre l’amant de cœur et le monsieur, entre celui qui paie et celui qui est payé.

Delvau, 1866 : s. m. Amant de cœur, — dans l’argot des gens de lettres qui ont lu le Colporteur de Chevrier, et connaissent un peu les mœurs parisiennes du XVIIIe siècle.

Rigaud, 1881 : Jeune niais, oisif ne s’occupant que de toilette et de plaisirs (1855).

Ces créatures attirent nécessairement une nuée de jeunes lions, de greluchons aimables, etc.

(Paris-Faublas)

Autrefois greluchon avait le sens de souteneur, jeune souteneur.

France, 1907 : Amant de cœur d’une fille publique ou d’une femme entretenue par un autre. De grelu, pauvre. Les femmes invoquaient jadis un saint Greluchon pour devenir fécondes, et lui brûlaient des cierges.
On dit à tort guerluchon.

Mon aimable moitié m’aimoit très tendrement,
Et me garda deux mois la foi fidèlement,
Ensuite, me planta fort proprement des cornes :
Sitôt que je le sçus, ma fureur fut sans bornes,
Je voulus la tuer, elle et son greluchon ;
Il n’étoit plus, ma foi, de charmante Michon.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

D’une résurrection de plaisir, elle titilla des paupières, la lèvre moins sèche, la langue, hors des dents, retroussée. Mais, à la fois, tant de subtile expérience n’était pas sans lui causer quelque alarme ; il fallait qu’il lui parût bien homme du monde, pour qu’elle ne le soupçonnât point greluchon.

(Catulle Mendès, Gog)

Je ne sommes pas de ces grisettes
Qu’avont quantité d’amourettes,
Ni de ces donzelles à bichons
Qui soutenont des greluchons !

(Vadé, Le Déjeuner de la Râpée)

Là, chaque soir, accourent tout guillerets les Lovelaces de la garnison et les greluchons des casernes, moustache cirée, cœur en croc, képi sur l’oreille, jasmin dans le mouchoir, poing sur la hanche et l’œil en coulisse.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Humanitairerie

France, 1907 : Sentimentalisme affecté ; affliction stérile et sans effet commun, aux bourgeois dits philanthropes.

Un homme qui tue trois femmes en combat singulier, afin de voler quelques bijoux et quelques centaines de francs cachés dans la paillasse, ne me paraîtra jamais, quoi que disent les gens férus d’humanitairerie, un personnage intéressant.

(Albert Dubrujeaud, Écho de Paris)

Kébir

Merlin, 1888 : Chef de corps, — de l’arabe. Le gros kébir désigne le général.

France, 1907 : Chef. Commandant de corps, colonel, dans l’argot militaire. Mot rapporté d’Algérie.

Quand on attend le divin péché, jamais journée ne paraît si longue ; aussi jamais je ne comptais avec plus d’impatience les heures à la seule montre que je possédais, le grand cadran du ciel. Ma seule appréhension était que le kébir ne revint, ne m’appelât et ne me fit manquer mon rendez-vous. J’en avais une telle peur que je quittai mon gourbi au plus vite, résolu d’aller me cacher en quelque endroit où l’on ne pût me trouver.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Lingreur

Virmaître, 1894 : Assassin qui tue à l’aide d’un couteau (Argot des voleurs).

Loupeur

Delvau, 1866 : s. m. Flâneur, vagabond, ouvrier qui se dérange.

Virmaître, 1894 : Désigne le voleur qui, à la tombée de la nuit, vole des diamants chez les bijoutiers au moyen d’une loupe à deux branches (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Mauvais ouvrier qui flâne, qui tue le temps en loupant pour attendre l’heure de la sortie et qui a plus souvent les yeux fixés sur la pendule que sur son ouvrage. En 1848, un marchand de vins, boulevard de Belleville, avait pris pour enseigne : Au camp de la loupe, tenu par Feignant (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Un individu peu courageux au travail, qui n’aime qu’à flâner, est un loupeur.

Manchette (coup de)

France, 1907 : Coup de sabre, enseigné dans les salles d’escrime, par lequel on entaille le poignet de son adversaire.

— Une… deux… parez celui-là, c’est le coup de flanc. Ah ! ah ! pas assez malin. Voici le coup de manchette ! Pif ! paf ! Ça y est.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Mufle

Rigaud, 1881 : Mal élevé, grossier personnage. Le peuple prononce mufe.

France, 1907 : Gymnastique. Poudre de mufle, résine ; argot de l’École navale.

France, 1907 : Homme mal élevé, grossier et hôte, digne d’avoir un mufle au lieu de figure.

Le dimanche, c’est le jour de sortie des mufles. On ouvre les portes toutes grandes et on les lâche. Ils circulent, ils font ce qu’ils veulent. On ne voit que des gens laids, mal habillés, gauches, qui parlent fort et qui rient bête. Ils ont un nom : les endimanchés. Ils sont en récréation. Les jardins publics, les avenues, les boulevards, les cafés leur appartiennent. Ils envahissent les musées et ils disent devant la Joconde ou la Victoire de Samothrace des choses écœurantes, à taper dessus. Des brutes joviales. Les parents se mettent le doigt dans l’œil et les enfants dans le nez. Qu’est-ce que c’est que ces gens-là ? D’où sortent-ils ? C’est de l’humanité inférieure.

(Henri Lavedan)

On dit et écrit à tort muffe.

Ceux qui tuent journellement, lentement, des travailleurs, par économie sur le matériel ou sur le salaire, le font du moins, il faut en convenir, dans des enceintes ad hoc et privées, loin des beaux quartiers, sans scandale et sans bruit… d’une façon comme il faut. Le sang ne coule que par accident…
Tandis que les explosions indignent, effrayent — tout le monde eût pu y être — et font passer les anarchistes pour des muffes, ce qui nuit toujours à l’avenir d’un parti.

(Séverine, Le Journal)

Œil ouvert

France, 1907 : Crédit chez un cafetier, un débutant. Sans remonter aux Grecs pour l’origine de cette expression, je me rangerai volontiers de l’avis d’Alfred Delvau, qui pense que, pour avoir l’œil, les clients ont commencé par faire de d’œil à la dame de comptoir. Voir Faire l’œil.

L’œil ouvert se fermait partout. Nous ne pouvions plus mettre les pieds dans la rue sans apercevoir une figure de créancier qui nous guettait au passage. D’abord ils vinrent nous relancer jusque dans nos chambres, mais les adjudants Péchiné et Metzmaker donnèrent la consigne aux hommes de garde le ne laisser pénétrer aucun paletot.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Paillasse

d’Hautel, 1808 : Un paillasse. Nom que l’on donne par mépris à un mauvais comédien qui charge trop son rôle ; à un homme sans esprit qui fait le bouffon, le plaisant, et qui y réussit mal.

d’Hautel, 1808 : Une paillasse de corps-de-garde. Femme livrée à la débauche la plus crapuleuse, et entièrement adonnée au vice, gourgandine qui fréquente les casernes, les corps-de-garde, et qui sert de divertissement aux soldats.
Serviteur à la paillasse. Pour dire, adieu à l’armée, ou il faut coucher sur la paille.

d’Hautel, 1808 : Pour la bedaine, le ventre.
Il a bien bourré sa paillasse. Pour, il s’est bien repu, il a mangé d’une belle manière.
Il s’est fait crever la paillasse. Pour il s’est fait tuer ; il a été tué en se battant.

Delvau, 1864 : Fille de la dernière catégorie, — la digne femelle du paillasson.

En avant, la femm’ du sergent !
Balancez, la femm’ dm fourrier,
Demi-tour, la femm’ du tambour,
Restez là, paillasse à soldat…

(La Leçon de danse, — chant guerrier)

Eh ! titi ! oh ! èh ! là-bas,
Tiens ! est-c’ que tu déménages ?
— Pourquoi qu’ tu tiens ce langage ?
— C’est qu’ t’as ta paillass’ sous le bras.
— Eh ! non, mon vieux, c’est ma femme…

(Chanson populaire).

Larchey, 1865 : Caméléon politique. — Allusion à la chanson de Béranger : Paillass’, mon ami, N’saut’ pas à demi, Saute pour tout le monde, etc. De là aussi est venu le synonyme de sauteur.

Larchey, 1865 : Ventre. — La paille s’en échappe comme les intestins.

Il s’est fait crever la paillasse, il s’est fait tuer.

(d’Hautel, 1808)

Delvau, 1866 : s. f. Corps humain, — dans l’argot des faubouriens. Se faire crever la paillasse. Se faire tuer en duel, — ou à coups de pied dans le ventre. On dit aussi Paillasse aux légumes.

Delvau, 1866 : s. f. Femme ou fille de mauvaise vie. On dit aussi Paillasse de corps de garde, et Paillasse à soldats.

Delvau, 1866 : s. m. Homme politique qui change d’opinions aussi souvent que de chemises, sans que le gouvernement qu’il quitte soit, pour cela, plus sale que le gouvernement qu’il met. On dit aussi Pitre et Saltimbanque.

Rigaud, 1881 : Fille publique, — dans le jargon des troupiers.

Rigaud, 1881 : Saltimbanque politique dont les opinions sont plutôt à vendre qu’à louer. — Celui qui saute à pieds joints sur ses promesses.

La Rue, 1894 : Fille publique. Saltimbanque. Le corps humain. Se faire crever la paillasse, se faire tuer.

Virmaître, 1894 : Femme. Un homme se promène, sa femme au bras ; il est rencontré par un ami :
— Tiens, tu déménages, Charlot ?
— Pourquoi donc ?
— Puisque t’as ta paillasse sous le bras (Argot du peuple). V. Boulet.

Virmaître, 1894 : Pitre qui fait le boniment devant les baraques de saltimbanques. Paillasses : les hommes politiques qui servent tous les gouvernements, pourvu qu’ils paient.

Paillass’, mon ami,
N’saut’ pas à demi.
Saute pour tout le monde. (Argot du peuple).

France, 1907 : Femme de mauvaise vie, prostituée. Paillasse de corps de garde, fille à soldats. On dit aussi, dans le même sens, paillasse à troufion.

Les nymphes d’alentour ne se laissent pas approcher, ou si par hasard on accroche une jupe à la brune, on est sûr que c’est une vieille paillasse qui a servi à tous les avant-postes du camp.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Du temps qu’elle faisait la noce,
Jamais on n’aurait pu rencontrer — c’est certain,
Paillasse plus cynique et plus rude catin.

(André Gill, La Muse à Bibi)

France, 1907 : Individualité. « S’il s’imagine que je vais me décarcasser pour sa paillasse ! »

France, 1907 : Ventre. Crever la paillasse à quelqu’un, le tuer.

Toujours bonne fille et sans corset, la France prit sur elle, et à ses frais, bien entendu, de mettre en œuvre l’utopie sentimentale du Bohême, et, sous tous les rois susnommés, des milliers de benêts, ses fils et nos pères, se firent crever glorieusement la paillasse pour assurer le droit contre la force et établir le fameux équilibre ! Cette besogne de la monarchie française est ce que l’on définit dans les manuels scolaires par la locution : « abaisser la maison d’Autriche. »
Que fit Louis XI ? — Il commença l’abaissement de la maison d’Autriche. — Que fit François Ier ? — Il continua à abaisser la maison d’Autriche. — Et Henri IV ? — Il abaissa la mais… ! — Et Richelieu ?… Et Louis XIV ?… — Sous leurs règnes, l’abaissement de la… etc., etc., et ainsi de suite, jusqu’au mariage de Napoléon avec Marie-Louise, ce dernier cran de l’abaissement est le coup du lapin aux Habsbourg.

(Émile Bergerat)

Passer l’arme à gauche

Delvau, 1866 : v. a. Mourir, — dans l’argot des troupiers et du peuple. On dit aussi Défiler la parade.

Virmaître, 1894 : Mourir (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mourir.

France, 1907 : Mourir.

— Il est mort ?
— Oui, passé l’arme à gauche ce matin, et comme il était déjà pas mal faisandé, il parait qu’il trouillote, aussi c’est demain qu’on le porte au jardin des claqués. Monte à la chambre, on t’en dira des nouvelles.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Encore un que la mort fauche
Sans se lasser de faucher,
Un qui passe l’arme à gauche,
Sans pourtant être gaucher.

(Raoul Ponchon, Gazette rimée)

Pied de banc

Delvau, 1866 : s. m. Sergent, — dans le même argot [des troupiers].

Merlin, 1888 : Sergent. Quatre pieds à un banc, quatre sergents dans une compagnie.

France, 1907 : Sergent, appelé ainsi parce qu’il y a quatre de ces sous-officiers dans une compagnie placés à chaque extrémité pour la diriger, la soutenir comme les pieds d’un banc.

Les sous-officiers sont l’âme de l’armée si les officiers en sont la tête… les soldats le savent et le disent bien, et se rendant compte de l’utilité de ces subalternes, ils les appellent les pieds de banc. Enlevez un lieutenant ou un sous-lieutenant à la compagnie, nul ne s’apercevra du vide ; ôtez un sergent, elle clochera, deviendra boiteuse.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Plomb

d’Hautel, 1808 : La calotte de plomb. Pour dire, l’expérience que donnent le temps et un âge mûr.
Il lui faudroit un peu de plomb dans la tête. Se dit d’une tête légère ; d’un étourdi.
Fondre du plomb. Se croiser les bras ; paresser ; passer la journée à ne rien faire.
N’avoir ni poudre ni plomb. Être sans argent, sans moyens ; être dénué de ressources.
Jeter son plomb sur quelque chose. Former un dessein pour y parvenir.
Être en plomb. Pour dire, être mort ; être dans un cercueil de plomb.
Un cul de plomb. On appelle ainsi un homme qui ne prend pas d’exercice ; qui n’a pas d’activité. On le dit aussi d’un homme très-assidu, qui ne bronche pas quand il est à l’ouvrage.
Le plomb. Maladie honteuse et secrète qu’engendrent le vice et la débauche.

Vidocq, 1837 : s. m. — Mal vénérien.

Delvau, 1864 : La vérole — avec laquelle on blesse, et quelquefois on tue la personne à qui on la communique.

Le plus marlou peut attraper le plomb.

(Dumoulin)

Larchey, 1865 : « Gaz caché dans les fentes des pierres, et qui tue comme la foudre le vidangeur qui en est atteint. » — Berthaud. — Plomb : Vérole. — Plomber : Infecter, donner la vérole.

Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans l’argot des faubouriens. L’expression est juste, surtout prise ironiquement, le plomb (pour Cuvette en plomb) étant habitué, comme la gorge, à recevoir des liquides de toutes sortes, et la gorge, comme le plomb, s’habituant parfois à renvoyer de mauvaises odeurs. Jeter dans le plomb. Avaler.

Delvau, 1866 : s. m. Hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d’aisances, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Sagette empoisonnée décochée par le « divin archerot. »

Rigaud, 1881 : Chambre de domestique ; chambre sous les plombs du toit.

Rigaud, 1881 : Gaz délétère ; gaz hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d’aisances.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Est-ce que c’est ton plomb ou tes pieds qui schelinguent comme ça ? — C’est les deux.

Rigaud, 1881 : Syphilis. — Être au plomb, avoir gagné la syphilis, — dans le jargon des voyous. — Manger du plomb, être blessé, tué par une arme à feu. (L. Larchey)

La Rue, 1894 : Gosier. Gaz délétère des fosses d’aisances. Syphilis.

Rossignol, 1901 : La gorge.

Hayard, 1907 : Estomac, gosier.

France, 1907 : La bouche, le gosier. « Ferme ton plomb », tais-toi. Avoir une carotte dans le plomb, avoir mauvaise haleine.

— D’où sert-elle donc celle-là… elle ferait bien mieux de clouer son bec.
— Celle-là !… Celle-là vaut bien Madame de la Queue-Rousse. Ferme ton plomb toi-même.

(Hector France, Le Péché de Sœur Cunégonde)

Qui qu’a soif ? Qui qui veut boire à la fraîche ?
Sur mon dos, au soleil, la glace fond.
De crier ça me fait la gorge sèche,
J’ai le plomb tout en plomb. Buvons mon fond !

(Jean Richepin, La Chanson des gueux)

Voici les synonymes argotiques de plomb : avaloir, bavarde, babouine, bécot, boîte, égout, entonnoir, cassolette, gaffe, gargoine, gaviot, goulot, mouloir.

France, 1907 : Maladie vénérienne ; quand on l’attrape, on est plombé.

Poivrer

d’Hautel, 1808 : Pour, vendre trop cher.
Cette marchandise est bien poivrée. Pour dire, que le prix en est très-élevé.

Vidocq, 1837 : v. a. — Payer.

Larchey, 1865 : Donner la vérole.

Pour se venger d’un homme, elle prit du mal exprès afin de le poivrer.

(Tallemant des Réaux)

Larchey, 1865 : Vendre trop cher. On dit aussi : Saler (1808, d’Hautel).

Delvau, 1866 : v. a. Charger une note, une addition, — dans l’argot des consommateurs. C’est poivré ! C’est cher. On dit de même : C’est salé.

Delvau, 1866 : v. a. Payer.

Rigaud, 1881 : Communiquer le mal vénérien, donner un bon à toucher chez le docteur Ricord. — Être poivré, être dans les conditions requises pour obtenir une entrée à l’hôpital du Midi, payer cher un moment de plaisir.

Toi louve, toi gueuse, qui m’as si bien poivré, Que je ne crois jamais en être délivré.

(Saint-Amant)

Rigaud, 1881 : Payer, — dans le jargon des voleurs. — Surfaire. — Falsifier. Poivrer le pive, falsifier le vin.

La Rue, 1894 : Payer. Surfaire. Falsifier, empoisonner. Communiquer la syphilis.

Virmaître, 1894 : Quand la cuisinière poivre trop ses mets, elle met le feu au palais des convives. Quand une femme poivre un homme, le poivré maudit Christophe Colomb comme François Ier la belle Ferronnière (Argot du peuple).

France, 1907 : Donner la syphilis. Se faire poivrer, l’attraper. Celle qui la donne a reçu le nom de poivrière.

Ils continuaient l’histoire de Marie Mange-mon-prêt, qui avait poivré en une seule nuit quarante-trois voltigeurs, sans compter les enfants de troupe, ou la partie de piquet avec des cartes usées par six générations d’aides de cuisine, car il était difficile, à première vue, de distinguer l’as de trèfle du valet de carreau.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Toi louve, toi guenon, qui m’as si bien poivré,
Que je ne crois jamais en être délivré.

(Saint-Amant)

Poussier

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Halbert, 1849 : Poudre ou lit.

Larchey, 1865 : Poussière. — Poussier : Lit. — La poussière n’y manque pas.

Je lui paie son garni de la rue Ménilmontant, un poussier de quinze balles par mois.

(Monselet)

Poussier : Monnaie (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Lit d’auberge ou d’hôtel garni de bas étage, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Monnaie, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Lit, — dans le jargon du peuple ; probablement parce qu’il n’est pas fait souvent.

Rigaud, 1881 : Monnaie de cuivre, — dans le jargon des voleurs.

Merlin, 1888 : Lit militaire, méritant fort bien ce nom : poussière dessus, poussière dedans, en guise de paille. On dit aussi plumard et panier.

La Rue, 1894 : Monnaie de cuivre. Lit. Tabac à priser. Fausse monnaie. Poudre. Pouce, main.

Virmaître, 1894 : Lit malpropre. Poussier, chambre pauvre, en désordre.
— Comment peux-tu vivre dans un pareil poussier ?
Synonyme de taudis (Argot du peuple).

France, 1907 : Argent ; argot des voleurs.

France, 1907 : Lit ; argot populaire.

C’est le terme. Au pavé, les gueux. Bon débarras !…
Empile vivement dans la charrette à bras
Ton poussier disloqué, les deux chaises de paille,
Tes poêlons, tes outils, tes guenilles, canaille !

(André Gill)

Passer sur le poussier le temps entre les appels, les pansages et les manœuvres, filer l’amour profane avec les bonnes d’enfants ou les demoiselles de comptoir, faire les yeux en coulisse à toute femme que l’on suppose de bonne volonté, poursuivre dix lièvres à la fois et revenir bredouille, errer à la recherche du camarade qui doit vous rincer la dalle, avoir sans cesse envie de boire sans être pris de la moindre soif, chercher constamment la femme et être saoul d’amour, tuer les heures du soir à jouer son café dans d’interminables parties de rams et les jours où l’on touche le prêt ou le mandat, fruit des épargnes amassées péniblement par la mère pour procurer quelques douceurs au pauvre enfant, rentrer ivre à la caserne et finir la fête au bloc.
Cette vie, toute douce qu’elle soit, devient fatigante à la longue.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Quatrième du trois

France, 1907 : Sobriquet donné par les cavaliers aux fantassins à cause de la réponse que ceux-ci font généralement quand on les interroge sur le corps auquel ils appartiennent : « Je suis de la première du deux ; … de la cinquième du quatre ; …. de la quatrième du trois… » Sous-entendus compagnie et bataillon.

Que dira cette chère petite Mme Étienne, du café des sous-officiers, lorsqu’elle nous verra revenu les mains vides ? Et ces dames de la rue de l’Échelle ? Allons-nous être obligés de rester, comme les fantassins de la quatrième du trois, en extase devant les étalages de chair fraîche de leur vestibule ? Serons-nous réduits à bazarder notre burnous blanc dans la rue des Juifs pour faire une honnêteté à notre amie ? Et passerons-nous nos soirées à errer par les rues, les mains dans les poches, le sabre battant tristement l’éperon, cherchant d’un œil en détresse le camarade du jour d’infortune qui offre chez Le Maltais du coin l’absinthe à quatre sous le verre ou le champoreau de l’amitié ?

(Hector France, L’Homme qui tue)

Razer

France, 1907 : Vieux mot des guerres d’Afrique ; de l’arabe razzia, enlever, prendre de force.

Il ne faut jamais avoir eu cent francs de dettes au café de la garnison ou chez la mère Lustucru, la cantinière, pour ne pas comprendre combien ce mot razer sonne agréablement à l’oreille. Une razzia ! c’est-à-dire des troupeaux, des armes, des burnous, des kaïks, des tapis, des tentes, vendus à la criée ; sans compter les petits fourbis, les bracelets d’argent, les anneaux de jambes les et ceux d’oreilles, que l’on ramasse par-ci par-là dans le tas des dames, et que l’on met dans sa poche sans rien dire. Autant de pris sur l’ennemi ; et vous savez le proverbe :
« Tout ce qui tombe dans le fossé est pour le soldat. »

(Hector France, L’homme qui tue)

Repiquer

Larchey, 1865 : Recommencer, reprendre le dessus, se tirer d’une mauvaise passe.

On repique son chaste cancan.

(1846, Privat d’Anglemont)

Delvau, 1866 : v. n. Reprendre courage, se tirer d’embarras. Signifie aussi : Revenir à la charge ; retourner à une chose. Repiquer sur le rôti. En demander une nouvelle tranche.

Rigaud, 1881 : Redoubler. — Repiquer sur le rôti ; renouveler une consommation. — Nous avons bu trois bocks : si nous repiquions ? — Redoubler d’ardeur à l’ouvrage après un moment de repos. — Rétablir ses affaires, recouvrer la santé.

Rigaud, 1881 : Se rendormir. C’est-à-dire piquer de nouveau son chien.

La Rue, 1894 : Revenir à la charge. Reprendre son travail. Se rendormir. Reprendre faveur.

Virmaître, 1894 : Deux joueurs font une partie ; l’un joue pique, l’autre répond : repique. Repiquer de riffe : rappliquer d’autorité (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Recommencer.

Je t’ai défendu de faire telle chose, tâche de ne pas repiquer.

Hayard, 1907 : Recommencer.

France, 1907 : Recommencer, se rengager.

On le vit pendant ses sept premières années toujours maugréant, rechignant et tempêtant, mais, en définitive, faisant assez bien son service tout en disant chaque jour : Chien de métier  ! Quand mon congé viendra-t-il ? Mais le dernier jour de la septième année, il repiqua pour trois ans, à la grande déception des brigadiers de son escadron qui comptaient sur ses galons de maréchal des logis.

(Hector France, L’Homme qui tue)

France, 1907 : Répondre.

— Des gens chouettes, t’en connais, toi, des gens chouettes ? Regarde un peu à Saint-Eustache, c’était ouvert dès le matin et on pouvait aller s’y chauffer en sortant d’ici. Ben maintenant, on nous fiche à la porte. Même que, jeudi, j’étais sur le calorifère, le sacristain rapplique. « Qu’est-ce que vous faites ? — Je me chauffe. — C’est pas un chauffoir ici, c’est la maison du bon Dieu, faut vous en aller. — Mon vieux, que j’y réponds, vous saurez qu’au moyen âge les églises étaient des lieux d’asile. » Il en est resté bleu ! « Mâtin ! qu’y repique, vous avez de l’instruction, vous ! — Sûr ! que je réponds, c’est pas parce que j’ai froid que j’ai pas été à l’école. »

(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)

Roupiller

d’Hautel, 1808 : Se laisser surprendre par le sommeil, dormir.

Ansiaume, 1821 : Dormir.

Il roupille pendant le reluis et travaille à la sorgue.

Vidocq, 1837 : v. a. — Dormir.

Halbert, 1849 : Dormir.

Larchey, 1865 : Dormir. — V. Paumer, Pieu, Rifle.

Il est bien temps de roupiller.

(1750, Monbron, Henriade travestie)

Delvau, 1866 : v. n. Dormir, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient ce verbe depuis plus d’un siècle. Signifie aussi Avoir continuellement une roupi au nez.

Rigaud, 1881 : Dormir.

Il roupille comme ça toute la journée : le v’là parti.

(H. Monnier, Scènes populaires)

La Rue, 1894 : Dormir.

Virmaître, 1894 : Dormir. Quand on ne dort que quelques instants, on fait un petit roupillon.
— Il est tellement gouapeur qu’il roupille sur son ouvrage (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Dormir.

France, 1907 : Dormir ; de roupille, qui vient de l’espagnol ropilla, manteau dont nos voisins de l’autre côté des Pyrénées s’enveloppent pour dormir.

— Prenez note de mes paroles. Je ne veux plus toucher un verre d’absinthe si je mens. Croyez, mes enfants, que j’ai mieux à faire que trainer ici mon bancal. J’ai, au pays, une bonne petite place qui m’attend, où je n’aurai plus qu’à battre ma flème, boire, briffer et roupiller. Ça vaut bien notre chien de métier !… Ah ! c’est égal. J’y ai passé de bons quarts d’heure !

(Hector France, L’Homme qui tue)

La nuit, on a des rêves doux
Quand on roupille,
On effeuille des fleurs, le jour,
On cause d’oiseaux et d’amour.

(Jane d’Ys)

anon., 1907 : Dormir.

Sortir sur les jambes de quelqu’un

France, 1907 : Ne pas sortir ; être consigné ou mis à la salle de police ; argot militaire.

Mais comme nous sortions du quartier, nous nous croisâmes avec le marchef, le grand Antonin, qui me cria ;
— Où vous cavalez-vous donc, jeune homme ? Vous sortirez sur mes jambes ! à l’Hosto, mon petit ami. Le capitaine vous a collé huit jours de prison. Ah ! Ah ! Il parait que vous en avez fait de belles avec les petites mouquères !
Mes camarades me regardèrent en riant et je m’en retournai, entendant les éclats joyeux de leur voix, au milieu du cliquetis des sabres et des éperons, sur les cailloux raboteux de la rue Sidi-Nemdil.

(Hector France, L’Homme qui tue)

On dit aussi : sortir avec les bottes du juteux.

Souf

France, 1907 : District du Sahara algérien au sud de la province de Constantine.

Les bords de la tente de poil étaient relevés du côté de l’occident, et j’éprouvais à suivre le dernier rayon d’or qui glissait dans la plaine, un sentiment délicieux de calme et de bien-être. Il y avait dans l’immense étendue du Souf je ne sais quelle patriarcale quiétude qui inondait le cœur.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Les habitants du Souf sont appelés Soufi, au pluriel Souafa.

Sous-off

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Sous-Officier, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Sous-officier.

Merlin, 1888 : Apocope de sous-officier.

France, 1907 : Abréviation de sous-officier.

— Eh ! mon cher, pourquoi nous sommes-nous engagés ? Pour arriver, n’est-ce pas ? Or, au train dont vont les choses, nous avons la perspective d’être sous-off vers l’époque de notre retraite, avec la médaille militaire qui nous rapportera cent francs par an. Plus de guerre, partant plus de galons. Ce n’est pas précisément pour ça que je me suis fait soldat.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Téter

Delvau, 1866 : v. n. Vider une bouteille, dans l’argot du peuple, qui prétend que le vin est « le lait des vieillards ». Oui, des vieillards — et surtout des adultes.

Rigaud, 1881 : Boire. — Donnez-y donc à téter à ce soulot et qu’il ne gueule plus !

France, 1907 : Boire. Téter la négresse, boire à même à la bouteille, ou à la peau de bouc, récipient goudronné que l’on donne aux troupes à cheval de l’armée d’Afrique.

Tette, tette la négresse,
Vide, vide son téton.

 

Et il me tendit sa peau de bouc, toute juteuse du vin qu’elle recélait.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Truffard

Delvau, 1866 : s. m. Soldat, — dans l’argot des faubouriens.

Merlin, 1888 : Synonyme de grognard.

France, 1907 : Soldat, appelé ainsi à cause des truffes ou pommes de terre dont son ordinuire était autrefois plus garni que de viande.

— Cette pauvre Pucelle, disait-il, ne trouvera jamais l’occasion de dérouiller son bancal. Il faudra qu’il se décide à dégommer quelqu’un de nous. Quand tu retourneras au pays et qu’on dira : « Ah ! arrivez les farauds, voici le bourreau des crânes, le fameux Daniel, le terrible pourfendeur qui revient d’Afrique, combien as-tu estourbi de Bédouins, mon fils ? » qu’est ce que tu répondras ? Tu seras obligé, ou de passer pour ne seringue, ou de conter des balançoires, ce qui est humiliant pour un vrai truffard.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Væ victis

France, 1907 : Malheur aux vaincus. Locution latine. C’est la menace que fit Brennus à la capitulation de Rome en jetant sa lourde épée dans la balance où le tribun Sulpicius faisait peser les mille livres d’or pour la rançon de Rome.

En bas comme en haut, l’âme humaine est pleine de laideur. Le væ victis est partout la consigne. Le faible et le chétif sont éternellement bafoués. Populace ou soldatesque, les mêmes bas instincts les guident. Femmes du monde ou femmes du ruisseau ont au cœur les mêmes lâchetés. La différence est dans le plus ou moins d’épaisseur du plâtrage jeté sur leurs gangrènes !

(Hector France, L’Homme qui tue)


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