Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Accolade

Delvau, 1864 : Baiser qui engendre l’envie de baiser, — à ce point que le même mot sert aux deux actions, la chaste et la libertine.

Une catin s’offrant à l’accolade,
À quarante ans il dit son introït.

(Piron)

Delvau, 1866 : s. f. C’était jadis un baiser que recevait sur la joue gauche l’homme qu’on ordonnait chevalier ; c’est aujourd’hui un soufflet que peut recevoir tout le monde sur n’importe quelle joue.

Balloches

Delvau, 1864 : Les testicules. — Ce mot vient, soit du verbe ballocher — qui, en argot, veut dire tripoter — soit du fruit du Bélocier, qui portait autrefois le même nom, ou à peu près le même nom, et qui présente en effet une certaine analogie avec la forme des couilles.

Un médisant dit que l’abbé auquel elle vouloit boire, — qui, à la vérité, avait en ses jeunes ans perdu ses deux témoins instrumentaires… en descendant d’un bellocier, c’est un prunier sauvage, — s’appelait monsieur de Non Sunt.

(Contes d’Eutrapel)

Rossignol, 1901 : Il y a quarante ans, avant que les magasins des Phares de la Bastille n’existassent et que le canal Saint-Martin ne fût couvert, il y avait sur la place des saltimbanques, prestidigitateurs et marchands de chansons. Il y en avait un, entre autres, qui, à chaque loterie qu’il faisait, ne manquait jamais de dire, lorsqu’il lui restait deux numéros à placer :

J’en ai deux ; qui veut mes deux. Madame, prenez mes deux, j’aimerais être comme Abélard, ne plus en avoir.

Barbot

Vidocq, 1837 : s. m. — Canard.

Larchey, 1865 : Canard (Vidocq). — L’acte est mis pour l’acteur. Barbot : Fouille. — Allusion à la main fouillant une poche, comme un bec de canard barbotte dans un trou.

Je fis le barbot et je m’emparai de quelques pièces de vingt et quarante francs.

(Canler)

Delvau, 1866 : s. m. Canard, — dans l’argot des voyous.

Rossignol, 1901 : Souteneur voleur. — Un voleur est un barbot, les barbots (souteneurs) sont en général des barboteurs.

France, 1907 : Souteneur ou voleur. Voler au barbot ou faire le barbot, fouiller les poches.

Battre la breloque

Virmaître, 1894 : Les tapins, au régiment, battent la breloque pour annoncer l’heure de la soupe. Une pendule détraquée qui marche comme les montres marseillaises, lesquelles abattent l’heure en quarante cinq minutes, bat la breloque. Avoir le coco fêlé, ne plus savoir ce que l’on fait, avoir des moments d’absence, c’est battre la breloque. On dit également : battre la campagne (Argot du peuple).

France, 1907 : Ne pas savoir ce que l’on fait ; perdre la tête ; aller comme une pendule détraquée.

Bègue, bèze

Rigaud, 1881 : Bezigue, jeu de cartes. — Jouer au bègue, quarante de bègue, jouer au bezigue, quarante de bezigue.

Bi-annuel

Rigaud, 1881 : Poêle, ainsi nommé par les troupiers parce que, dans certains régiments, une chambrée de quarante hommes n’a droit aux bienfaits du poêle que tous les deux ans. Les pelotons de rangs pairs peuvent se chaufferies années paires, et les pelotons de rangs impairs, les années impaires. Il y en a ainsi pour tout le monde… en attendant un peu.

Bicherie

Rigaud, 1881 : Le monde de la galanterie. Haute bicherie, le grand monde de la galanterie, le monde des femmes qui, à quarante ans, vendent à prix d’or et de diamants ce qu’à vingt ans elles donnaient pour un dîner de trente sous.

France, 1907 : Le mode des petites dames ou biches.

On voit défiler, avec un frou-frou de soie, la haute et la basse bicherie en quête d’une proie, quærens quem devoret.

(Frébault, La Vie à Paris)

Bobonne

Rigaud, 1881 : Bonne, servante.

Tout au plus si les petits garçons qui marchaient en tête risquèrent une observation sur la bobonne d’Emma.

(Ed. About, Trente et quarante, 1865)

France, 1907 : Servante, bonne d’enfants.

Aux bobonnes tu souriras
Et leur feras du boniment.

(É. Blédort)

Bondieusard

Rigaud, 1881 : Marchand d’objets de dévotion. Le quartier St-Sulpice est peuplé de bondieusards. — Enlumineur d’images de sainteté.

Un bondieusard habile pouvait faire ses six douzaines en un jour. Un bondieusard passable, ni trop coloriste ni trop voltairien, pouvait gagner son salut dans l’autre monde et ses quarante sous dans celui-ci.

(J. Vallès, Les Réfractaires)

Le mot a été créé par Gustave Courbet, qui l’employait souvent pour désigner soit un peintre de sujets religieux, soit un de ces peintres qui semblent s’inspirer des enlumineurs d’estampes. Par extension les libres-penseurs donnent du « bondieusard » à quiconque croit en Dieu, à quiconque fait montre de sentiments religieux.

France, 1907 : Marmotteur de prières ; fabricant ou marchand d’objets de sainteté.

Bouquet

d’Hautel, 1808 : On dit d’un vin qui a un goût agréable, qu’il a un joli bouquet.
Vous n’êtes pas encore au bouquet. Se dit par ironie d’une affaire désagréable-dont le résultat doit être pis encore que les commencemens.
Voilà le bouquet. Pour dire la fin, la conclusion.
Elle a le bouquet sur l’oreille. Se dit d’une demoiselle qui est à marier, ou qui montre de bonne heure des dispositions à l’œuvre du mariage.
Faire porter le bouquet. C’est-à-dire, être infidèle à la foi conjugale.
Donner le bouquet à quelqu’un, équivaut à donner le bal. C’est-à-dire, lui faire de vives réprimandes, le tancer vertement.

Ansiaume, 1821 : Don.

Il faut un bouquet au vadoult pour qu’il donne l’affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Accident heureux ou malheureux. C’est le bouquet ! Cela complète mon malheur.

Delvau, 1866 : s. m. Boni, prime de 25 pour cent accordée à L’homme de peine qui a voulu s’abstenir ; chopin de la première affaire. Argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Cadeau, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Gratification de voleur à voleur.

Rigaud, 1881 : La fin d’un événement important, d’une conversation. — C’est le bouquet, c’est le plus beau, le plus surprenant de l’affaire ; par allusion au bouquet final d’un feu d’artifice.

Virmaître, 1894 : Quand un nourrisseur de poupard a bien préparé une affaire, et que le vol a été fructueux, il reçoit une prime de ses complices, quelquefois quarante pour cent ; cela se nomme recevoir un bouquet (Argot des voleurs).

France, 1907 : Cadavre, à cause sans doute de l’odeur ; argot des faubourgs. « Mince ! il y a cinq bouquets à la Morgue. » Cadeau. C’est le bouquet, c’est le comble, ce qui termine le désastre ou la fête ; allusion au bouquet des feux d’artifices.

Bousculade (vol à la)

Virmaître, 1894 : Ce vol est une variété du vol à l’esbrouffe. Il y a quelques années, un facteur fut victime, place de la Bourse, du vol d’un pli chargé contenant quarante mille francs. Ce vol est très commun (Argot des voleurs). V. Esbrouffe.

Brodeur

Vidocq, 1837 : s. m. — Écrivain.

Delvau, 1866 : s. m. Écrivain public — ou particulier.

Fustier, 1889 : Escroc, faussaire. Argot des voleurs. Au sens d’écrivain public qu’ont donné à ce mot brodeur Delvau et ses continuateurs, il convient d’ajouter celui d’escroc et de faussaire.

Dans le langage spécial de la haute pègre, on désigne sous le nom de brodeurs les individus qui, moyennant une jolie pièce de vingt à quarante sous signent des valeurs de complaisance lancées dans la circulation et qui, naturellement, ne sont jamais payées.

(Figaro, octobre 1885)

Fustier, 1889 : Prêteur d’un cercle qui vous donne 10,000 francs et vous en réclame 12,000 à l’aide d’un bon, en vous soutenant effrontément qu’il vous a prêté 12,000 francs et non 10,000 francs. Vous êtes encore son obligé.

La Rue, 1894 : Écrivain public. Escroc, faussaire.

France, 1907 : Écrivain. Faussaire.

Byronisme

Delvau, 1866 : s. m. Maladie littéraire et morale, à la mode il y a quarante ans, aujourd’hui presque disparue.

Cambriolleur, -euse

Vidocq, 1837 : s. — On reconnaît un soldat, même lorsque qu’il a quitté l’uniforme pour endosser l’habit bourgeois, on peut se mettre à sa fenêtre, regarder ceux qui passent dans la rue et dire, sans craindre de se tromper, celui-ci est un tailleur, cet autre et un cordonnier ; il y a dans les habitudes du corps de chaque homme un certain je ne sais quoi qui décèle la profession qu’il exerce, et que seulement ceux qui ne savent pas voir ce qui frappe les yeux de tout le monde ne peuvent pas saisir ; eh bien, si l’on voulait s’en donner la peine, il ne serait guère plus difficile de reconnaître un voleur qu’un soldat, un tailleur ou un cordonnier. Comme il faut que ce livre soit pour les honnêtes gens le fil d’Ariane destiné à les conduire à travers les sinuosités du labyrinthe, j’indique les diagnostics propres à faire reconnaître chaque genre ; si après cela ceux auxquels il est destiné ne savent pas se conduire, tant pis pour eux.
Les Cambriolleurs sont les voleurs de chambre soit à l’aide de fausses clés soit à l’aide d’effraction. Ce sont pour la plupart des hommes jeunes encore, presque toujours ils sont proprement vêtus, mais quel que soit le costume qu’ils aient adopté, que ce soit celui d’un ouvrier ou celui d’un dandy, le bout de l’oreille perce toujours. Les couleurs voyantes, rouge, bleu ou jaune, sont celles qu’ils affectionnent le plus ; ils auront de petits anneaux d’or aux oreilles ; des colliers en cheveux, trophées d’amour dont ils aimeront à se parer ; s’ils portent des gants ils seront d’une qualité inférieure ; si d’aventure l’un d’eux ne se fait pas remarquer par l’étrangeté de son costume il y aura dans ses manières quelque chose de contraint qui ne se remarque pas dans l’honnête homme ; ce ne sera point de la timidité, ce sera une gêne, résultat de l’appréhension de se trahir. Ces diverses observations ne sont pas propres seulement aux Cambriolleurs, elles peuvent s’appliquer à tous les membres de la grande famille des trompeurs. Les escrocs, les faiseurs, les chevaliers d’industrie, sont les seuls qui se soient fait un front qui ne rougit jamais.
Les Cambriolleurs travaillent rarement seuls ; lorsqu’ils préméditent un coup, ils s’introduisent trois ou quatre dans une maison, et montent successivement ; l’un d’eux frappe aux portes, si personne ne répond, c’est bon signe, et l’on se dispose à opérer ; aussitôt, pour se mettre en garde contre toute surprise, pendant que l’un des associés fait sauter la gâche ou jouer le rossignol, un autre va se poster à l’étage supérieur, et un troisième à l’étage au-dessous.
Lorsque l’affaire est donnée ou nourrie, l’un des voleurs se charge de filer (suivre) la personne qui doit être volée, dans la crainte qu’un oubli ne la force à revenir au logis ; s’il en est ainsi, celui qui est chargé de cette mission la devance, et vient prévenir ses camarades, qui peuvent alors s’évader avant le retour du mézière.
Si, tandis que les Cambriolleurs travaillent, quelqu’un monte ou descend, et qu’il désire savoir ce que font dans l’escalier ces individus qu’il ne connaît pas, on lui demande un nom en l’air : une blanchisseuse, une sage-femme, une garde malade ; dans ce cas, le voleur interrogé balbutie plutôt qu’il ne parle, il ne regarde pas l’interrogateur, et empressé de lui livrer le passage, il se range contre la muraille, et tourne le dos à la rampe.
Si les voleurs savent que le portier est vigilant, et s’ils présument que le vol consommé ils auront de gros paquets à sortir, l’un d’eux entre tenant un paquet sous le bras ; ce paquet, comme on le pense bien, ne contient que du foin, qui est remplacé, lorsqu’il s’agit de sortir, par les objets volés.
Quelques Cambriolleurs se font accompagner, dans leurs expéditions, par des femmes portant une hotte ou un panier de blanchisseuse, dans lesquels les objets volés peuvent être facilement déposés ; la présence d’une femme sortant d’une maison, et surtout d’une maison sans portier, avec un semblable attirail, est donc une circonstance qu’il est important de remarquer, si, surtout, l’on croit voir cette femme pour la première fois.
Il y a aussi les Cambriolleurs à la flan (voleurs de chambre au hasard) qui s’introduisent dans une maison sans auparavant avoir jeté leur dévolu ; ces improvisateurs ne sont sûrs de rien, ils vont de porte en porte, où il y a ils prennent, où il n’y a rien, le voleur, comme le roi, perd ses droits. Le métier de Cambriolleur à la flan, qui n’est exercé que par ceux qui débutent dans la carrière, est très-périlleux et très-peu lucratif.
Les voleurs ont des habitudes qu’ils conservent durant tout le temps de leur exercice ; à une époque déjà éloignée, ils se faisaient tous chausser chez une cordonnière que l’on nommait la mère Rousselle, et qui demeurait rue de la Vannerie ; à la même époque, Gravès, rue de la Verrerie, et Tormel, rue Culture-Sainte-Catherine, étaient les seuls tailleurs qui eussent le privilège d’habiller ces messieurs. Le contact a corrompu les deux tailleurs, pères et fils sont à la fin devenus voleurs, et ont été condamnés ; la cordonnière, du moins je le pense, a été plus ferme ; mais, quoiqu’il en soit, sa réputation était si bien faite et ses chaussures si remarquables, que lorsqu’un individu était arrêté et conduit à M. Limodin, interrogateur, il était sans miséricorde envoyé à Bicêtre si pour son malheur il portait des souliers sortis des magasins de la mère Rousselle. Une semblable mesure était arbitraire sans doute, mais cependant l’expérience avait prouvé son utilité.
Les voleuses, de leur côté, avaient pour couturière une certaine femme nommée Mulot ; elle seule, disaient-elles, savait avantager la taille, et faire sur les coutures ce qu’elles nommaient des nervures.
Les nuances, aujourd’hui, ne sont peut-être pas aussi tranchées ; mais cependant, si un voleur en renom adopte un costume, tous les autres cherchent à l’imiter.
Je me suis un peu éloigné des Cambriolleurs, auxquels je me hâte de revenir ; ces messieurs, avant de tenter une entreprise, savent prendre toutes les précautions propres à en assurer le succès ; ils connaissent les habitudes de la personne qui habite l’appartement qu’ils veulent dévaliser ; ils savent quand elle sera absente, et si chez elle il y a du butin à faire.
Le meilleur moyen à employer pour mettre les Cambriolleurs dans impossibilité de nuire, est de toujours tenir la clé de son appartement dans un lieu sûr ; ne la laissez jamais à votre porte, ne l’accrochez nulle part, ne la prêtez à personne, même pour arrêter un saignement de nez ; si vous sortez, et que vous ne vouliez pas la porter sur vous, cachez-la le mieux qu’il vous sera possible. Cachez aussi vos objets les plus précieux ; cela fait, laissez à vos meubles toutes vos autres clés : vous épargnerez aux voleurs la peine d’une effraction qui ne les arrêterait pas, et à vous le soin de faire réparer le dégât que sans cela ils ne manqueraient pas de commettre.
es plus dangereux Cambriolleurs sont, sans contredit, les Nourrisseurs ; on les nomme ainsi parce qu’ils nourrissent des affaires. Nourrir une affaire, c’est l’avoir toujours en perspective, en attendant le moment le plus propice pour l’exécution ; les Nourrisseurs, qui n’agissent que lorsqu’ils ont la certitude de ne point faire coup fourré, sont ordinairement de vieux routiers qui connaissent plus d’un tour ; ils savent se ménager des intelligences où ils veulent voler ; au besoin même, l’un d’eux vient s’y loger, et attend, pour commettre le vol, qu’il ait acquis dans le quartier qu’il habite une considération qui ne permette pas aux soupçons de s’arrêter sur lui. Ce dernier n’exécute presque jamais, il se borne seulement à fournir aux exécutans tous les indices qui peuvent leur être nécessaires. Souvent même il a la précaution de se mettre en évidence lors de l’exécution, afin que sa présence puisse, en temps opportun, servir à établir un alibi incontestable.
Ce sont ordinairement de vieux voleurs qui travaillent de cette manière ; parmi eux on cite le nommé Godé, dit Marquis, dit Capdeville ; après s’être évadé du bagne, il y a plus de quarante ans, il vint s’établir aux environs de Paris, où il commit deux vols très-considérables, l’un à Saint-Germain en Laye, l’autre à Belleville ; cet individu est aujourd’hui au bagne de Brest, où il subit une condamnation à perpétuité.
Les vols de chambre sont ordinairement commis les dimanches et jours de fête.

Chanter l’introït

Delvau, 1864 : Introduire son membre dans le vagin d’une femme, ce qui est le commencement (introitus) de la jouissance.

Une catin s’offrant à l’accolade,
À quarante ans, il dit en introït.

(Piron)

Charlemagne (faire)

Larchey, 1865 : Se retirer du jeu sans plus de façon qu’un roi, et sans laisser au perdant la faculté de prendre sa revanche.

Si je gagne par impossible, je ferai Charlemagne sans pudeur.

(About)

Rigaud, 1881 : Quitter une partie de cartes au moment où l’on vient de réaliser un bénéfice.

La comtesse fait Charlemagne à la bouillotte.

(Victor Ducange, Léonide ou la vieille de Suresnes, 1830)

Si je gagne par impossible, je ferai Charlemagne-sans pudeur, et je ne me reprocherai point d’emporter dans ma poche le pain d’une famille.

(Ed. About, Trente et quarante)

Les étymologistes ont voulu faire remonter l’origine du mot jusqu’à l’empereur Charlemagne, parce que cet empereur a quitté la vie en laissant de grands biens. Comme tous les noms propres familiers aux joueurs, le nom de Charlemagne a été, sans doute, celui d’un joueur appelé Charles. On a dit : faire comme Charles, faire Charles et ensuite faire Charlemagne. On appelle bien, dans les cercles de Paris, la dame de pique : « la veuve Chapelle », du nom d’un joueur. On a bien donné au second coup de la main au baccarat en banque, le nom de « coup Giraud », nom d’un officier ministériel, d’un notaire. Les joueurs ne connaissent rien que le jeu, rien que les joueurs et leurs procédés. La vie pour eux est toute autour du tapis vert. S’ils ont appris quelque chose, ils l’ont bientôt oublié, et ils professent le plus grand mépris pour tout ce qui ne se rattache pas directement au jeu. Ils se moquent bien de l’empereur Charlemagne et de tous les autres empereurs ! En fait de-monarque, ils ne connaissent que les monarques de carton.

Virmaître, 1894 : Se mettre au jeu avec peu d’argent, gagner une certaine somme et se retirer de la partie sans donner de revanche (Argot des joueurs).

France, 1907 : Se retirer du jeu, lorsqu’on est en gain, suivant un ancien privilège des rois. « Ce terme, dit Lorédan Larchey, contient en même temps un jeu de mots sur le roi de carreau, le seul dont le nom soit français. »

Mais rien ne doit étonner en cette terre des fééries. Tout y arrive, les gains les plus fantastiques, comme les désastres les plus complets.
Les prudents, entre les favorisés, partent pour ne plus revenir. Sans nulle vergogne, on peut faire charlemagne. Mais, ces sages, combien sont-ils ?

(Hector France, Monaco et la Côte d’azur)

Charrieur

un détenu, 1846 : Voleur en accostant.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui a la spécialité du charriage. Charrieur, cambrousier. Voleur qui exploite les foires et les fêtes publiques. Charrieur de ville. Celui qui vole à l’aide de procédés chimiques. Charrieur à la mécanique. Autre variété de voleur.

Rigaud, 1881 : Compère, — dans le jargon des grecs.

Rigaud, 1881 : Curieux, — dans l’argot des voleurs. — Charriage, curiosité. — J’aime pas le charriage, moi.

Fustier, 1889 : adj. Curieux. — Subst. Individu qui se tient aux abords de certains cercles pour le compte desquels il racole les joueurs.

Ces nobles personnes ont toujours deux ou trois grecs à leur solde. Elles ont aussi des charrieurs et des charrieuses qui sont chargés de rabattre les pigeons.

(Henri IV, 1881)

La Rue, 1894 : Voleur au charriage. Curieux. Racoleur pour les tripots.

France, 1907 : Voleur au charriage.

Le filou qui se livre à cet art se promène dans les endroits publics, fréquentés de préférence par les personnes paraissant des propriétaires ou des ouvriers aisés. Il suit sa victime choisie avec soin, et, s’approchant d’elle, il la pousse légèrement, se baisse et feint de ramasser à terre un objet…
Le promeneur, surpris, s’arrête et regarde.
Le voleur s’extasie sur sa chance. Il vient de trouver une bague ou une épingle de prix. Il attend que le badaud donne son avis. Si celui-ci dit : « Il faut porter cet objet trouvé au prochain bureau de police », l’homme s’esquive sans rien ajouter. Si le bon bourgeois ne dit rien ou admire le bijou, le charrieur (voleur à tour d’adresse) le tourne, le retourne entre ses doigts, comme embarrassé, et dit : « Je ne saurai que ne faire de cela… elle vaut au moins quarante francs, cette bague : si j’en trouvais vingt francs, je la céderais bien ! » Neuf fois sur dix, le badaud tombe dans le piège : il pense que l’homme ne sait pas la vraie valeur du bijou, puisqu’il évalue quarante francs ce qui vaut, à vue d’œil, et par de poids, soixante ou quatre-vingts francs. Il lâche son louis et le tour est joué. La bague, quand elle est estimée, vaut à peine deux ou trois francs.

(La Nation)

Charrieurs

Vidocq, 1837 : s. m. — Les Charrieurs sont en même temps voleurs et mystificateurs, et presque toujours ils spéculent sur la bonhomie d’un fripon qui n’exerce le métier que par occasion ; ils vont habituellement deux de compagnie, l’un se nomme l’Américain, et l’autre le Jardinier. Le Jardinier aborde le premier individu dont l’extérieur n’annonce pas une très-vaste conception, et il sait trouver le moyen de lier conversation avec lui ; tout à coup ils sont abordés par un quidam, richement vêtu, qui s’exprime difficilement en français, et qui désire être conduit, soit au Jardin du Roi, soit au Palais-Royal, soit à la Plaine de Grenelle pour y voir le petite foussillement pien choli, mais toujours à un lieu très-éloigné de l’endroit où l’on se trouve ; il offre pour payer ce léger service une pièce d’or, quelquefois même deux ; il s’est adressé au Jardinier, et celui-ci dit à la dupe : « Puisque nous sommes ensemble, nous partagerons cette bonne aubaine ; conduisons cet étranger où il désire aller, cela nous promènera. » On ne gagne pas tous les jours dix ou vingt francs sans se donner si peu de peine, aussi la dupe se garde bien de refuser la proposition ; les voilà partis tous les trois pour leur destination.
L’étranger est très-communicatif. Il raconte son histoire à ses deux compagnons ; il n’est que depuis peu de jours à Paris ; il était au service d’un riche étranger qui est mort en arrivant en France, et qui lui a laissé beaucoup de pièces jaunes, qui n’ont pas cours en France, et qu’il voudrait bien changer contre des pièces blanches ; il donnerait volontiers une des siennes pour deux de celles qu’il désire.
La dupe trouve l’affaire excellente, il y a 100 p. % à gagner à un pareil marché ; il s’entend avec le Jardinier, et il est convenu qu’ils duperont l’Américain. « Mais, dit le Jardinier, les pièces d’or ne sont peut-être pas bonnes, il faut aller les faire estimer. » Ils font comprendre cette nécessité à l’étranger, qui leur confie une pièce sans hésiter, et ils vont ensemble chez un changeur qui leur remet huit pièces de cinq francs en échange d’une de quarante ; ils en remettent quatre à l’Américain, qui paraît parfaitement content, et ils en gardent chacun deux : les bons comptes font les bons amis ; l’affaire est presque conclue, l’Américain étale ses rouleaux d’or, qu’il met successivement dans un petit sac fermé par un cadenas.
« Vous âvre fait estimer mon bièce d’or, dit-il alors, moi fouloir aussi savoir si votre archent il être pon. »
Rien de plus juste, dit le Jardinier. L’Américain ramasse toutes les pièces de cinq francs du pantre, et sort accompagné du Jardinier, soi-disant pour aller les faire estimer. Il va sans dire qu’il a laissé en garantie le petit sac qui contient ses rouleaux d’or.
Le simple est tout à fait tranquille ; il attend paisiblement dans la salle du marchand de vins, chez lequel il s’est laissé entraîner, qu’il plaise à ses deux compagnons de revenir ; il attend une demi-heure, puis une heure, puis deux, puis les soupçons commencent à lui venir, il ouvre le sac dans lequel au lieu de rouleaux de pièces d’or, il ne trouve que des rouleaux de monnaie de billon.

Colin-tampon (s’en moquer comme de)

France, 1907 : N’avoir pas le moindre souci d’une personne ou d’une chose.
Colin-tampon était le sobriquet donné aux élèves tambours des régiments suisses au service de la, France, et pour lesquels les soldats des autres régiments professaient un grand mépris.
Dans les Courriers de la Fronde en vers burlesques, on lit :

Les gardes qu’on avait postées
Sur le Pont-Neuf sont tapotées ;
Et dessus tous les autres ponts
On frotte les colins-tampons.

On dit aussi : s’en moquer comme de l’an quarante, sous-entendu : de la République, expression employée par les royalistes pour signifier que l’on ne verrait jamais l’an quarante de la République.
Claude Le Petit, dans Paris ridicule, appelle Colin-Tampon le Luxembourg.

Donnons des éloges idoines
Au noble Palais d’Orléans,
Colin-Tampon, Dieu soit céans,
Et le diable chez tous les moines !
Quand j’admire solidement
Cet admirable bâtiment
Qui semble au Louvre faire niche,
Je dis : Est-il possible enfin
Que celle qui l’a fait si riche
Soit morte, à Cologne, de faim ?

Allusion à Marie de Médicis, qu’une tradition erronée fait mourir dans la misère à Cologne.

Comemensal (vol au)

Vidocq, 1837 : Il est de ces vérités qui sont devenues triviales à force d’être répétées ; et parmi elles, il faut citer le vieux proverbe qui dit que : Pour n’être jamais trompé, il faut se défier de tout le monde. Les exigences du proverbe sont, comme on le voit, un peu grandes ; aussi n’est-ce que pour prouver à mes lecteurs que je n’oublie rien, que je me détermine à parler du vol au commensal ; seulement, je me bornerai à rapporter un fait récemment arrivé à Saint-Cloud.
Paris est environné d’une grande quantité de maisons bourgeoises habitées par leurs propriétaires ; ces propriétaires, durant la belle saison, louent en garni les appartemens dont ils ne se servent pas, et si le locataire paie cher et exactement, si son éducation et ses manières sont celles d’un homme de bonne compagnie, il est bientôt un des commensaux de la famille. Bon nombre de vols et d’escroqueries commis par ces hommes distingués, devraient cependant avoir appris depuis long-temps aux gens trop faciles, le danger des liaisons impromptu, mais quelques pièces d’or étalées à propos font oublier les mésaventures du voisin, surtout à ceux qui sont doués d’une certaine dose d’amour-propre, qualité ou défaut assez commun par le temps qui court.
Dans le courant du mois d’avril 1836, un individu qui prétendait être un comte allemand (ce qui au reste peut bien être vrai, car tout le monde sait que rien, en Germanie, n’est plus commun que les comtes et les barons), arriva à Saint-Cloud et prit le logement le plus confortable du meilleur hôtel de la ville ; cela fait, il visita un grand nombre d’appartements garnis, mais aucun ne lui plaisait ; enfin il en trouva un qui parut lui convenir : c’était celui que voulait louer un vieux propriétaire, père d’une jeune et jolie fille ; le prix de location convenu, le noble étranger arrête l’appartement ; il paie, suivant l’usage, un trimestre d’avance, et s’installe dans la maison.
Le comte se levait tard, déjeunait, lisait, dînait à cinq heures, il faisait quelques tours de jardin, puis ensuite il rentrait chez lui pour lire et méditer de nouveau ; cette conduite dura quelques jours, mais ayant par hasard rencontré dans le jardin Mme L… et sa fille, il adressa quelques compliments à la mère, et salua respectueusement la demoiselle : la connaissance était faite. Bientôt il fut au mieux avec ses hôtes, et il leur apprit ce que sans doute ils désiraient beaucoup savoir : il était le neveu, et l’unique héritier, d’un vieillard qui, par suite de malheurs imprévus, ne possédait plus que soixante et quelques mille francs de rente.
« On ne saurait trop faire pour un homme qui doit posséder une fortune aussi considérable, se dit un jour M. L…, monsieur le comte est toujours seul, il ne sort presque jamais, il doit beaucoup s’ennuyer ; tâchons de le distraire. » Cette belle résolution une fois prise, M. L… invita le comte à un grand dîner offert à un ancien marchand d’écus retiré, qui avait conservé les traditions de son métier, et qui savait mieux que personne ce que peut rapporter un écu dépensé à propos. Cette réunion fut suivie de plusieurs autres, et bientôt le comte, grâce à ses manières empressées, à son extrême politesse, devint l’intime ami de son propriétaire. Le comte avait dit qu’il attendait son oncle, et des lettres qu’il recevait journellement de Francfort, annonçaient l’arrivée prochaine de ce dernier ; l’oncle priait son neveu de lui envoyer la meilleure dormeuse qu’il pourrait trouver, de lui choisir un logement, etc. Comme on le pense bien, le gîte de l’oncle fut choisi dans la maison de M. L…, l’époque de son arrivée étant prochaine. Le comte, sur ces entrefaites, demande la jeune personne en mariage, les parens sont enchantés, et la jeune fille partage leur ravissement.
M. R***, l’ami de la famille, est mis dans la confidence ; le comte lui demande des conseils, et parle d’acheter des diamans qu’il destine à sa future ; mais comme il ne connaît personne à Paris, il craint d’être trompé, M. R*** conduit lui-même le comte chez un bijoutier de ses amis, auquel il le recommande. Un comte présenté par M. R***, qui a été payeur de rentes trente-six à quarante ans, et qui doit certainement connaître les hommes, devait inspirer de la confiance, enfin M. le comte achette des boucles d’oreilles superbes, qu’il remet à sa prétendue ; il fait tant et si bien, qu’il obtient pour 16 à 18,000 fr. de diamans sans argent ; le bijoutier, qui croyait voir dans M. le comte une ancienne connaissance de M. R***, livra aveuglément. Mais il fallait reprendre les boucles d’oreilles données à la prétendue. Le comte dit à la demoiselle : « Il me semble que les boucles d’oreilles qu’on vous a remises ne sont pas aussi belles, à beaucoup près, que celles que je vous destinais. » Il les examine : « C’est infâme, dit-il, d’avoir ainsi changé les diamans ; il y a plus de 1,500 fr. de différence ; je ne puis souffrir cela, etc. »
Il doit aller au-devant de son oncle, il emprunte 7 à 800 fr. au beau-père, qui, pour ne pas fatiguer M. le comte, porte les 800 fr. dans ses poches ; mais, arrivé à Paris, le comte prit la peine de le décharger de ce fardeau, et ne revint plus.
Il emporta 16 à 18,000 fr. au bijoutier, 800 fr. à son beau-père en herbe, et 800 fr. au traiteur.
Il est inutile d’ajouter que l’oncle d’Allemagne n’était qu’un compère qui s’est prêté à cette manœuvre.

Coupe

Halbert, 1849 : Dans la misère.

Delvau, 1866 : s. f. Misère, — dans l’argot des voleurs, qui y tombent souvent par leur faute (culpa).

Rigaud, 1881 : Action d’allonger les bras en nageant, de couper l’eau.

Voyons, de la grâce, Balochet, du moelleux dans la coupe, songe que du haut de ce pont quarante Parisiens nous contemplent.

(Daumier)

La Rue, 1894 : Misère. Coupé, sans argent.

France, 1907 : Misère. Le mot vient évidemment du latin culpa, faute, culpabilité ; être miséreux, c’est être coupable aux yeux des bourgeois.

Danse (la) à plat, la basse danse, la danse du loup

Delvau, 1864 : L’acte vénérien, pendant lequel les deux acteurs se trémoussent en cadence, coups de cul de ci, coups de queue de là, — ce qui les échauffe bien plus que n’importe quelle varsoviana.

L’époux remonte, et Guillot recommence.
Pour cette fois, le mari vit la danse
Sans se fâcher.

(La Fontaine)

Il lui enseigna la danse du loup, la queue entre les jambes.

(Moyen de parvenir)

Je crois que tu ne te ferais point prier de danser le branle de un dedans et deux dehors.

(Tournebu)

La danse est pour les jeunes filles ce qu’est la classe pour les adolescents, une école protectrice de la sagesse, un préservatif des passions naissantes. Le célèbre Locke recommande expressément d’enseigner aux enfants à danser dès qu’ils sont en état de l’apprendre. La danse porte en soi une qualité éminemment réfrigérante et, sur tout le globe, les tempêtes du cœur attendent, pour éclater, le repos des jambes.

(Lemontey)

À quinze ans, la danse est un plaisir, à vingt-cinq ans un prétexte, à quarante ans une fatigue.

(Ad. Ricard)

Danser l’anse de panier (la faire)

Virmaître, 1894 : Domestique qui majore les denrées qu’elle achète et fait payer cent sous à la patronne ce qui en vaut quarante (Argot du peuple).

Débrouillard

Rigaud, 1881 : Celui que rien n’embarrasse, qui sait toujours se tirer d’affaire.

Un grand garçon, ancien militaire, excuirassier de Reischoffen, très honnête et très débrouillard, comme on dit au régiment.

(Figaro du 17 juillet 1877)

Ils étaient jeunes, bien tournés, débrouillards.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)

Virmaître, 1894 : Individu qui sait se débrouiller au milieu des ennuis de la vie et qui en sort victorieux. On emploie, dans les ateliers, cette image caractéristique, mais peu parfumée :
— Il sortirait de cent pieds de merde (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui sait se débrouiller pour sortir des mauvaises passes de la vie.

Hayard, 1907 : Arriviste.

France, 1907 : Homme actif, entreprenant, qui a de l’initiative et sait tirer parti de tout.

J’en sais qui, par traité, sont forcés de livrer deux romans par an à un éditeur, moyennant quoi l’autre leur fournit les moyens de dîner ; deux romans, vous entendez, sept cents pages, avec des descriptions, de la psychologie, de la pensée, le meilleur d’eux-mêmes.
Et ce sont les favorisés, les débrouillards, au-dessous desquels s’agitent ceux qui sont sans éditeur, sans journal, sans rien que leur papier blanc, leurs idées et leur obscurité, dont personne ne veut…

(F. Vandérem)

M. Bourgeois est un jeune dans toute l’acception du mot, puisqu’il n’a encore que quarante ans, et la chose parait à peine croyable quand on considère son brillant passé administratif. En même temps, c’est un débrouillard, possédant au service d’une intelligence hors ligne une faculté de travail infatigable.

(Écho de Paris)

Un jeune Anglais, établi depuis peu à Paris, se présente dans les bureaux d’un grand journal pour demander à faire du reportage.
Le directeur lui pose les questions d’usage :
— Avez-vous déjà écrit ?… Et, enfin, êtes-vous débrouillard ?
— Oh ! oui, monsieur, des brouillards… de la Tamise.

Défoux

Rossignol, 1901 : Casquette de soie haute de forme que portent les bouchers et dont le prix est de cinq à six francs. Le créateur de cette casquette est le chapelier Défoux. Il y a quarante ans, il y avait une casquette qui se portait que l’on nommait la David, également du nom du fabricant.

Demoiselle des tuileries

Delvau, 1864 : Vieille fille en quête d’un mari.

La demoiselle des Tuileries appartient aux Tuileries à titre de meuble, comme la statue de Méléagre ou comme celle de Spartacus. — Elle avoue vingt-cinq ans et en a trente bien sonnés. Elle est arrivée à cette époque fatale de la vie ou l’on dit : Voilà une femme qui a dû être fort bien. De trente à trente-cinq ans, elle dissimule la tristesse qui la gagne, elle s’efforce de sourire. Quand elle voit passer à sa portée un bel enfant avec des cheveux blonds, elle l’attire a elle, l’embrasse tendrement et pousse un profond soupir qui veut dire : J’aurais été si bonne mère ! — Les trente-cinq ans arrivent : oh ! alors, c’est l’énergie du désespoir, c’est la rage, une fureur. La demoiselle des Tuileries s’accroche à tout ; elle est prête à tout ; elle épousera, si on le veut, avec un égal empressement, un jeune homme de dix-huit ans qui veut s’émanciper, ou un vieillard qui cherche une garde-malade… — À quarante ans, le rôle de la demoiselle des Tuileries est fini ; elle prend le mariage en horreur, elle est vieille fille et restera vieille fille…

(E. Glorieux)

Échantillonneuse

France, 1907 : « Les échantillonneuses » du 89, rue d’A…, gagnent quarante-quatre sous par jour pour onze heures de travailQUATRE SOUS PAR HEURE ! l’ouverture de l’atelier est à huit heures. À huit heures une minute, les portes sont fermées ; la journée est perdue pour celle qu’un accident peut-être bien involontaire peut ainsi priver les son pain.

(Séverine)

Empiffrer (s’)

d’Hautel, 1808 : Manger avec voracité, à la manière des goinfres et des dindons.
Il s’est empiffré d’une bonne manière. Pour, il s’en est mis jusqu’au nœud de la gorge ; il en a pris à regorger.

Delvau, 1866 : v. réfl. Manger gloutonnement, comme un animal plutôt que comme un homme, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis longtemps.

Rigaud, 1881 : Mettre les bouchées doubles. C’est faire passer les bouchées sous le pif, avec autant de promptitude qu’un prestidigitateur fait passer la muscade.

Hayard, 1907 : Manger avec gloutonnerie.

France, 1907 : Manger et boire gloutonnement.

Le vrai restaurant de nuit, comme l’ont connu nos pères, tend de plus en plus à disparaître. Les jeunes gens de notre époque, pour singer leurs aînés, ont trouvé à remplacer le cabinet particulier, le vrai café de nuit, par le bouge et la taverne. Où l’on riait jadis, on hurle ; où l’esprit français pétillait dans les flots du champagne, on jette à présent les éclats d’une blague indécente dans un salicylate malsain. Le niveau moral s’abaissant, les gentilshommes ont fait place aux rastaquouères, les grisettes aux prostituées. On ne se grise plus, on s’empiffre.

(La Nation)

On lui offrait un bock ou une grenadine ou une pièce de quarante sous ; et les amants partis, comme elle voulait du plaisir et que les messieurs la dédaignaient, elle s’enfonçait vers des nocturnes de qualité inférieure. Là-bas, un terrassier où un maçon en bordée l’invitait à partager le saladier des fiançaillés, et elle ronflait entre les bras de l’homme, dans un garni lointain, au Tigre-qui-Pelote ou au Matelas-Épatant.
Dès midi, elle courait à la maison de la Belle déjà veuve du citoyen : elle y trouvait les restes d’une orgie, s’empiffrait de foie gras, se grisait de champagne, dénichait une ancienne robe, un vieux corset, un vieux chapeau, de vieilles bottines, — et, le soir, elle recommençait le lamentable esclavage.

(Dubut de Laforest)

En quarante

Hayard, 1907 : Face à face.

Étrangler un perroquet

Rossignol, 1901 : Boire une absinthe pure.

Hayard, 1907 : Boire une absinthe.

France, 1907 : Boire un verre d’absinthe. On dit aussi : étouffer un perroquet.

Le docteur Garnier n’est qu’un farceur. Il était parti en grand attirail à destination du Congo avec une cage en fer pour y passer quarante jours et quarante nuits, en pleine forêt vierge. De ce poste d’observation il devait engager des pourparlers avec ses élèves, en leur donnant du sucre, dont il avait fait ample provision. Aussitôt arrivé, il mit sa cage au garde-meubles et il trouva l’emploi de son sucre dans de nombreuses absinthes. Drôle de façon d’étudier les singes que d’étrangler des perroquets !

(La Nation)

Être bu

France, 1907 : Être ivre.

— S’il est laborieux ! C’est un homme qui de sa vie n’a été bu ; c’est rangé, c’est doux comme un Jésus ; ça ne demanderait au bon Dieu pour toute récompense que de faire durer les jours quarante-huit heures, pour pouvoir gagner un peu plus de pain pour sa marmaille.

(Eugène Sue)

Filard

Rigaud, 1881 : Terme de joueur de bouillotte. Celui qui file chaque fois qu’il n’a pas un très beau jeu, comme trente-un en main, ou quarante de face ou vingt-un et as premier.

Flanche

Clémens, 1840 : Pas.

un détenu, 1846 : Chose mauvaise, de mauvais goût.

Larchey, 1865 : Jeu de roulette. — Flancher : Jouer franchement (Vidocq). — Flancher, Flacher : Plaisanter (Bailly). — Flanche : Plaisanterie.

Delvau, 1866 : s. f. La roulette et le trente-et-un, — dans l’argot des voleurs. Grande flanche. Grand jeu.

Delvau, 1866 : s. m. Affaire, — dans le même argot [des voleurs]. S’emploie ordinairement avec l’adjectif comparatif mauvais. « C’est un mauvais flanche », pour : C’est une mauvaise affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Truc, secret, ruse, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Jeu ; ruse ; plaisanterie. — Affaire. — Reculade. — Grande flanche, jeu de la roulette, jeu du trente et quarante.

La Rue, 1894 : Jeu, ruse, plaisanterie. Affaire. Peur, reculade. Pas. Flancher, jouer, se moquer, reculer, s’effrayer, tricher.

Virmaître, 1894 : Affaire.
— Si tu veux, mon vieil aminche, nous avons un rude flanche en vue ?
— Je le connais ton flanche à la manque (Argot des voleurs).

France, 1907 : Affaire, truc, ruse, secret. Un sale flanche, une mauvaise affaire. Connaître le flanche, connaître son affaire. C’est flanche, tout va bien. Accoucher d’un flanche, écrire un article.

Il va pistonner un journaleux qui accoucha d’un flanche dégueulasse.

(La Sociale)

France, 1907 : Jeu de cartes. La grande flanche, la roulette et le trente et un. « J’ai joué la grande flanche. »

Floueur

anon., 1827 : Escroc aux jeux.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Qui vole au jeu.

Bras-de-Fer, 1829 : Escroc au jeu.

Vidocq, 1837 : s. m. — Le nom de Floueur appartient à tous les fripons qui font métier de tromper au jeu, ainsi ce nom peut être donne aux divers Emporteurs, aux propriétaires de bouterne et d’autres jeux de cette espèce.
Avant 1814, le Préfet de police, qui avait la faculté d’envoyer à Bicêtre, sans jugement préalable, tous ceux qui habitaient Paris sans pouvoir indiquer leurs moyens d’existence, faisait souvent arrêter et détenir durant quelques mois tous les fripons de ce genre qu’on pouvait saisir. Ces voleurs nommaient ces arrestations imprévues : donner la belle.
Les Floueurs étaient divisés en dix à douze brigades, ce qui formait un effectif de trente-six à quarante hommes : presque tous sont morts dans les prisons et dans les bagnes.
M. Pasquier reconnut le premier que les faits imputés aux Floueurs rentraient dans la catégorie des délits prévus par l’article 405 du Code Pénal, et plusieurs de ces individus ayant été successivement arrêtés, furent traduits devant les tribunaux correctionnels, et condamnés à des peines plus ou moins fortes. On vit, à cette époque, paraître sur les bancs de la Cour d’Assises le bourreau de Versailles et ses deux aides. Ces misérables, ne pouvant gagner tout ce qu’ils voulaient à un malheureux marchand de cidre qu’ils avaient emporté, avaient voulu lui voler, à l’aide de violences, le sac qui contenait son argent. Ils frisèrent de près les travaux forcés à perpétuité, mais contre toute attente ils ne furent condamnés qu’à cinq années de prison.

Clémens, 1840 : Celui qui tient des jeux défendus.

Halbert, 1849 : Escroc au jeu.

Delvau, 1866 : s. m. Tricheur ; escroc ; voleur.

Rigaud, 1881 : Terme générique servant à désigner tout escroc, tout voleur qui exerce adroitement et sans employer la violence. — Dans le jargon des filles, c’est l’individu qui, après avoir promis beaucoup, ne donne rien.

France, 1907 : Escroc, tricheur.

Fosse commune

Rigaud, 1881 : Table d’hôte à bon marché, l’arche de Noé du XIXe siècle.

Il sort de la table d’hôte à quarante sous. En gastronomie on appelle cela, en terme de métier, la fosse commune.

(L. Lespès.)

Frime

d’Hautel, 1808 : C’est pour la frime. Pour dire c’est par feinte, par façon, par plaisanterie, par manière d’acquit.

Clémens, 1840 / un détenu, 1846 : Figure.

Larchey, 1865 : Visage. V. Coquer, Altèque.Tomber en frime : Tomber en face de. V. Gouêpeur.

Delvau, 1866 : s. f. Apocope de Frimousse, — dans l’argot des voyous et des voleurs. Tomber en frime. Se rencontrer nez à nez avec quelqu’un.

Sans paffs, sans lime et plein de crotte
Aussi rupin qu’un plongeur,
Un jour un gouapeur en ribote
Tombe en frime avec un voleur.

(National de 1835.)

Delvau, 1866 : s. f. Mensonge, hypocrisie, fausse alerte, — dans l’argot des faubouriens. C’est pour la frime. C’est pour rire. Le mot a quelques siècles de bouteille :

Renart qui scet de toutes frumes
Luy esracha quatre des plumes !

dit le Roman du Renard.

La Rue, 1894 : Physionomie. Mensonge, hypocrisie. Fausse alerte. Frimer, regarder.

Virmaître, 1894 : La figure. Tomber en frime, se rencontrer face à face avec quelqu’un (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Visage.

France, 1907 : Tromperie, mensonge ; du vieux français frume. On trouve dans le Roman du Renard :

Renart qui scait de toutes frumes
Luy esracha quatre des plumes.

— Moi, je vous ai pris au mot. J’ai cru à tout ce que vous m’avez donné à croire, et plus je vais, plus j’y crois. Aujourd’hui, vous avez beau venir me dire : Dieu, la Vierge, les vertus chrétiennes, la prière, l’espoir d’une vie future… tout ça, mon petit chou, c’était bon seulement pour t’amorcer quand tu étais haute comme ça, pour te faire avoir des bons points et que tu sois souvent sur le tableau d’honneur. Mais à présent que te voilà grande, et femme, nous aimons mieux ne plus te le cacher, c’est de la frime et ça ne signifie rien.

(Henri Lavedan)

Et lui qui n’avait pas quarante ans, qui gagnait plus de soixante mille francs par an, qui, charmant, spirituel, bien élevé, en vedette, n’aurait eu qu’à choisir parmi les plus jolies femmes de notre monde, s’il avait voulu avoir une maîtresse, un jour d’absolue déraison, épousa son modèle et pas pour la frime, à Gretna-Green ou ailleurs, mais avec tous les sacrements du maire et du curé…

(René Maizeroy)

France, 1907 : Visage.
Tomber en frime, se rencontrer nez à nez.

Fumiste

Larchey, 1865 : Trompeur, mystificateur, homme qui fait fumer les gens.

Rigaud, 1881 : Mauvais plaisant. — Farce de fumiste, plaisanterie de mauvais goût.

Rigaud, 1881 : Tout individu qui ne porte pas un uniforme, — dans l’argot des polytechniciens. — Être en fumiste, être habillé en civil, avoir endossé des habits de ville.

La Rue, 1894 : Mauvais plaisant. Fumisterie, mauvaise plaisanterie.

Virmaître, 1894 : Farceur, mystificateur, qui cherche toutes les occasions possibles de faire des blagues. Les plus grands fumistes des temps passés furent Romieu et Sapeck. Ils sont remplacés par Lemice-Terrieux. À propos de Sapeck dont la réputation est encore grande au quartier latin ; la fameuse farce des bougies coupées ne lui appartient pas, elle fut faite quarante ans avant lui. On la raconte dans une brochure intitulée : Les mystères de la Tour de Nesles (Paris 1835). (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Farceur, mystificateur.

France, 1907 : Bourgeois, civil, synonyme de pékin, dans l’argot polytechnicien, à cause de l’horrible chapeau noir, dit tuyau de poêle, dont tout le monde continue à porter.

Les jours de sortie, quand on a envie de commettre quelque fredaine, on va se mettre en fumiste, se fumister, comme on dit, c’est-à-dire revêtir une tenue bourgeoise…

(L’Argot de l’X)

France, 1907 : Farceur, mystificateur, mauvais plaisant. Farce de fumiste, plaisanterie désagréable.
D’après les Mémoires de M. Claude, cette locution : farce de fumiste, viendrait de la manière d’opérer d’une bande de voleurs, fumistes de profession. Ils s’introduisaient par les cheminées pour dévaliser les appartements déserts et en faire sortir les objets les plus précieux par les toits.
Paul Arène a trouvé une autre explication :

Je crois, dit-il, tenir celle de fumiste que Sarcey, chercheur s’il en fut, chercha vainement néanmoins. Non, maître Sarcey, si l’on dit populairement plaisanterie de fumiste, ce n’est pas à cause de la célèbre note : — « M’être transporté avec un apprenti dans la salle à manger du sieur X…, 2 fr., — Avoir essayé d’empêcher la cheminée de fumer, 3 fr. — N’avoir pas réussi, 5 fr. »
D’abord une note à payer, qu’elle se rattache ou non à la fumisterie, ne saurait en aucun cas être considérée comme plaisante.
Et puis, si dans l’espèce il s’agissait de note, la sagesse des nations pourrait tout aussi bien, et peut-être plus justement dire : plaisanterie de pharmacien, de propriétaire ou de tailleur.
L’origine de l’expression est plus simple. Certain fumiste qui se trouvait au bord d’un toit, occupé à coiffer une cheminée d’un de ces énormes casques de tôle qui n’empêchent jamais les cheminées de fumer, mais possèdent par contre le double avantage de coûter très cher et de grincer abominablement quand le vent souffle, s’imagina, voyant un bourgeois passer dans la rue, de se laisser tomber sur lui de tout son poids en manière de plaisanterie. Il le fit, et la plaisanterie fut trouvée bonne, car ils moururent tous les deux. De là, plaisanterie de fumiste.

(Gil Blas)

Si non vero, non bene trovato !

Les fumistes sont généralement des gens qui ne se soucient guère de compliquer leur plaisir de quelque idée morale. Ce sont des hommes sceptiques toujours, spirituels parfois, qui se préoccupent peu de réformer la société. La gravité quasi pontifiante derrière laquelle ils dissimulent leurs projets de mystificateurs, a pu faire croire à certains qu’ils s’abusent sur le sérieux de leur fonction.

(Francis Chevassu)

— Vous devez être joliment étonné de me revoir, au ministère de l’intérieur, femmes de ministre ! Celui qui m’aurait prédit ça quand nous faisions notre partie an Procope, je l’aurais traité de fumiste de la plus belle eau. Et pourtant ça y est. Je n’en suis pas fâchée. Je m’amuse ! Ah ! que c’est drôle d’être ministre ! C’est vrai, je vous jure. Voir des tas de gens qui vous font des salamalecs et qui me demandent des faveurs quand je leur ai peut-être demandé un bock dans le temps !

(Edgar Monteil, Le Monde officiel)

Galuchet

Larchey, 1865 : Valet de cartes. — Allusion aux galons de sa livrée.

Cinq atouts par le monarque son épouse et le galuchet.

(Montépin)

Qu’est-ce que c’est que ça, galuchet ? — C’est le valet.

(Méry)

Delvau, 1866 : s. m. Valet, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Valet d’un jeu de cartes.

Je dormais jusqu’à cinq heures du soir et je voyais flotter sur mon traversin la grande ombre de Galuchet.

(Ed. About, Trente et Quarante)

La Rue, 1894 : Valet.

France, 1907 : Valet ; allusion au galon de la livrée.

Genou

d’Hautel, 1808 : Il coupe comme les genoux de ma grand’mère. Se dit d’un mauvais couteau qui n’est point affilé, qui n’est point habile à la coupe.
Rompre l’anguille au genou. Se servir de moyens peu convenables pour réussir dans une affaire.

Larchey, 1865 : Tête chauve.

Il ébauchait une calvitie dont il disait lui-même sans tristesse : Crâne à trente ans, genou à quarante.

(Victor Hugo)

Delvau, 1866 : s. m. Crâne affligé de calvitie. Avoir son genou dans le cou. Être chauve.

Rigaud, 1881 : Crâne dénudé. — Homme chauve. — On voit beaucoup de genoux à l’orchestre de la Comédie-Française.

France, 1907 : Crâne chauve. Avoir son genou dans de cou, être dépourvu de cheveux.

Je la connus un peu avant son divorce, et les émotions de cette crise la rendaient plus jolie et plus intéressante. Elle était même courtisée, en même temps par un banquier fort riche, mais vieux, chauve comme un genou, et vraiment laid.

(Paul Alexis)

Bébé joue avec un vieux beau, cassé comme un divan d’hôtel meublé, chauve comme un concombre :
— Oh ! Dis, Monsieur, s’écrie tout à coup Bébé en caressant le crâne du vieux beau, pourquoi n’y mets-tu pas une jarretière ?

Gouspin

Larchey, 1865 : Mauvais gamin. — Diminutif du vieux mot gous : chien.

Quarante ou cinquante jeunes gouspins bruyants et rageurs.

(Commerson)

Delvau, 1866 : s. m. Voyou, jeune apprenti voleur, — dans l’argot des faubouriens, qui se servent de cette expression depuis longtemps.

Rigaud, 1881 : Petit polisson ; pauvre diable.

La Rue, 1894 : Voyou. Apprenti voleur.

Habiller

d’Hautel, 1808 : Habiller quelqu’un de tafetas à quarante sols. Le traiter sans ménagement, le gourmander d’une bonne manière.
Un habillé de soie. Pour dire un pourceau, un cochon. On nomme aussi cet animal un rossignol à gland.
Habiller quelqu’un.
Pour dire, maltraiter quelqu’un de paroles, en dire beaucoup de mal.
On l’a joliment habillé. Pour on l’a vivement réprimandé, on lui a donné une forte semonce.

Delvau, 1866 : v. a. Médire de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Habiller de taffetas à 40 sous. Mettre sur le dos de quelqu’un des sottises ou des méchancetés compromettantes pour sa réputation.

Delvau, 1866 : v. a. Préparer un animal pour l’étal, — dans l’argot des bouchers.

Rigaud, 1881 : Maltraiter en paroles, médire, réprimander ; c’est une variante de l’ancien draper.

C’est moi qui vous l’a habillé de taffetas noir.

(A. Dalès, La Mère l’anecdote, chansonnette)

Rigaud, 1881 : Préparer un animal pour l’étal, — dans le jargon des bouchers.

Immortel

Delvau, 1866 : s. m. Académicien, — dans l’argot ironique des gens de lettres, qui savent très bien que l’Institut est un Léthé. Les quarante immortels. Les quarante membres de l’Académie à tort dite Française.

In-quarante-huit

France, 1907 : Terme de typographie pour désigner une feuille d’impression pliée en quarante-huit feuillets formant quatre-vingt-seize pages.

Japonisme

France, 1907 : Engouement pour le Japon ou plutôt pour les bibelots venant du Japon.

Aristocrate de goût et d’allure, épris de tous les raffinements d’art et fervent du dix-huitième siècle et du japonisme, qu’il mit quarante ans de sa vie à imposer à la mode, et, par la seule force de sa passion artiste, devenu inconsciemment le directeur des consciences et du goût, M. de Goncourt était vraiment le dernier gentilhomme de lettres que possédât encore une société où tous les snobs du monde se piquent d’écrire.

(Jean Lorrain)

Lapin

d’Hautel, 1808 : Un lapin ferré. Nom burlesque que le peuple donne à un cheval.
Il trotte comme un lapin. Se dit de quelqu’un qui met une grande promptitude dans ses courses.
On dit par dérision d’une femme qui fait beaucoup d’enfans, que c’est une lapine.

Larchey, 1865 : Apprenti compagnon.

Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti.

(Biéville)

Larchey, 1865 : Bon compagnon.

Ils ont appelé dans leurs rangs Cent lapins quasi de ma force.

(Festeau)

C’est un fameux lapin, il a tué plus de Russes et de Prussiens qu’il n’a de dents dans la bouche.

(Ricard)

L’homme qui me rendra rêveuse pourra se vanter d’être un rude lapin.

(Gavarni)

Au collège, on appelle lapins des libertins en herbe, pour lesquels Tissot eût pu écrire un nouveau Traité. Lapin a aussi sa signification dans le monde des messageries.

et puis le jeune homme était un lapin, c’est-à-dire qu’il avait place sur le devant, a côté du cocher.

(Couailhac)

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti compagnon, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. m. Camarade de lit, — dans l’argot des écoliers, qui aiment à coucher seuls. On sait quel était le lapin d’Encolpe, dans le Satyricon de Pétrone.

Delvau, 1866 : s. m. Homme solide de cœur et d’épaules, — dans l’argot du peuple. Fameux lapin. Robuste compagnon, à qui rien ne fait peur, ni les coups de fusil quand il est soldat, ni la misère quand il est ouvrier.

Rigaud, 1881 : Voyageur, — dans le jargon des conducteurs d’omnibus. — En lapin, placé sur le siège d’une voiture, à côté du cocher.

La Rue, 1894 : Voyageur d’omnibus. Fameux compagnon. Lapin ferré gendarme à cheval. Poser un lapin, abuser de la confiance d’une fille en oubliant de la payer, ou bien donner un rendez-vous galant à une femme et ne pas s’y rendre.

Rossignol, 1901 : Connu des conducteurs d’omnibus qui en étouffent le plus possible ; si ce n’est pas une grosse affaire pour le dividende des actionnaires de la compagnie, c’est toujours une augmentation de salaire pour le lapineur. Chaque voyageur qui n’est pas sonné au cadran par le conducteur, c’est pour celui-ci 30 centimes de gain, et un lapin pour la compagnie. J’en ai connu un qui trouvait que ce système n’allait pas assez vite : il avait deux clés et avant d’arriver à la tête de ligne, il descendait le cadran de vingt ou trente places. Il y a aussi le lapin pour le cocher de maison bourgeoise : c’est lorsqu’il prend un client pour une petite course pendant que son maître est au cercle ou ou en visite.

Rossignol, 1901 : Homme fort, courageux. Sans doute pour faire allusion aux quarante lapins du capitaine Lelièvre, qui tinrent à Mazagran tête pendant plusieurs jours à des milliers d’Arabes. C’est à la suite de ce fait d’armes que les zéphirs ont été autorisés a porter la moustache.

Rossignol, 1901 : Promettre une chose et ne pas la tenir est poser un lapin. Un homme qui promet de l’argent à une femme et qui ne lui en donne pas lui pose un lapin.

France, 1907 : Enfant ou adolescent vicieux qui remplit dans les collèges le rôle des mignons de Henri III ou celui d’Alcibiade près de Socrate. Corruption du vieux mot lespin, prostitué, giton. Dans le Satyricon de Pétrone, on trouve le type d’un joli lapin.

France, 1907 : Individu qui s’offre gratuitement les faveurs d’une fille galante, l’ennemi intime du chameau, dit la Vie Parisienne. On a dit de l’une de ces dames :

Adore le clicquot, très bonne fille, air mièvre,
Mais ne dînerait que de pain
Plutôt que de manger du civet ou du lièvre,
Tant elle à l’horreur du lapin.

Ab una disce omnes.

— Filou ! rasta ! lapin ! Parbleu, je m’en étais doutée. Tu étais trop malin au lit ! Mais, voyez un peu, ça se promène dans les bals, ça reluque les femmes, ça a des bagues au doigt, ça offre à souper, — à l’œil, je parie ! tu es sorti pour parler au maître d’hôtel ! — ça promet des cinq louis, ça laisse sur la cheminée des albums avec des princes et des rois… et ça n’a pas de quoi payer ses chapeaux !

(Catulle Mendès, Gog)

Luce de B…, qui vient de s’installer très luxueusement sur les grands boulevards, a baptisé l’une des pièces de son appartement du nom de « Salon de l’affichage ».
En lettres d’or sont inscrits, dans un tableau spécial, les noms de tous ces grelotteux qui passent, à tort ou à raison, pour des lapins.

(Gil Blas)

France, 1907 : Luron, homme fort ou courageux, solide et vaillant gaillard. On disait autrefois vieux lapin. Plus un lapin avance en âge, dit le Dictionnaire des Ménages, plus il augmente en chair, en peau et en poil. De là l’expression vulgaire par laquelle on désigne un homme fort et solide, en disant : « C’est un vieux lapin. » Après la défense de Mazagran, du 2 au 6 février 1840, où 123 hommes des compagnies légères d’Afrique, commandés par le capitaine Lelièvre, défendirent le fort contre 12,000 Arabes, l’on dit que Lelièvre avait sous ses ordres de fameux lapins.

On ne voit pas bien ce que la France, par exemple, a gagné à ce que les vieux lapins de l’Empire aient semé leurs germes triomphants chez les peuples vaincus de l’Iliade napoléonienne, car, de ses germes, quelques-uns ont pris, soit en Allemagne, soit en Italie, — Stendhal, là-dessus, est formel — et nous avons des frères et des cousins dans les armées de la Triplice.

(Émile Bergerat)

— Eh bien ! reprit Hulot, qui possédait éminemment l’art de parler la langue pittoresque du soldat, il ne faut pas que de bons lapins comme nous se laissent embêter par des chouans, et il y en a ici ou je ne me nomme pas Hulot. Vous allez, à vous quatre, battre les deux côtés de cette route… Tâchez de ne pas descendre la garde, et éclairez-moi cela vivement.

(Balzac, Les Chouans)

Par derrière un bois de sapins,
On installe souvent la cible ;
Ce qui n’empêch’ pas qu’on la crible
Par-dessus le bois de sapins.
Nous sommes de fameux lapins !
C’est l’tir pratiqu’, car à la guerre
Nos enn’mis ne s’montreront guère,
Nous sommes de fameux lapins !

(Capitaine Du Fresnel, Chants militaires, chansons de route et refrains de bivouac)

France, 1907 : Maître de dessin à l’École polytechnique.

France, 1907 : Voyageur supplémentaire que prennent les conducteurs de diligence ou d’omnibus. C’était, en terme de messagerie, toute place ou tout port d’article perçu en fraude par le conducteur au détriment de son administration. De là l’expression poser un lapin.

Laranq, larantqué

anon., 1907 : Quarante sous.

Laranque

Hayard, 1907 : Quarante.

Larante, larantequet

France, 1907 : Quarante.

Tiens, j’te vas dir’ comment qu’on fait :
C’est pas malin… Tu vas au gonce,
Tu y dis : « T’as eun’ gueule qui m’plaît,
Viens-tu chez moi, mon p’tit Alphonse ? »
I’ dit : « Non » — mais c’est du chiquet.
Tu y r’dis : « Viens, mon p’tit Narcisse,
Viens, pour toi, ça s’ra qu’larant’quet. »
Et tu l’emmèn’ à la condisse.

(Aristide Bruant)

Non… vrai… ces chos’s-là ça m’dépasse !
Faut-i’ qu’eun’ gonzess’ soy’ paquet
D’prendre un franc cinquant’ pour eun passe
Quand on peut d’mander larant’quet.

(Aristide Bruant)

Laver

d’Hautel, 1808 : Pour, vendre, se défaire de ses effets, de ses bijoux.
Il a lavé sa montre, ses boucles, etc. Pour dire, il les a vendues.
À laver un More, on y perd son savon. Signifie que c’est peine perdu de parler raison à un homme incapable de l’entendre.
Laver la tête à quelqu’un. Lui faire de vives réprimandes.
Se laver les mains d’une affaire. Ne prendre aucune part à son résultat ; se mettre à couvert des reproches que l’on pourroit faire.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Vendre.

Delvau, 1866 : v. a. Vendre à perte les objets qu’on avait achetés pour les garder. Pourquoi laver au lieu de vendre ? M. J. Duflot prétend que cela vient de l’habitude qu’avait Théaulon de remettre à son blanchisseur, afin qu’il battit monnaie avec, les nombreux billets auxquels il avait droit chaque jour. (L’Institution Porcher — la claque — ne fonctionnait pas encore.) « Un jour, dit M. Duflot, le vaudevilliste avait à sa table quelques amis, parmi lesquels Charles Nodier et quelques notabilités politiques, quand le blanchisseur entra pour prendre les billets. — C’est mon blanchisseur, messieurs, dit-il. Bernier, ajouta-il, en se tournant vers lui, vous trouverez mon linge dans ma chambre à coucher ; sur la cheminée, il y a un petit paquet que vous laverez aussi. » Le petit paquet que Bernier trouva contenait les billets de spectacle, et Bernier fut obligé de comprendre que laver voulait dire vendre. Depuis ce jour, il ne manquait jamais de dire, en entrant chez Théaulon : « C’est le blanchisseur de Monsieur : Monsieur a-t-il quelque chose à laver ? »

Rigaud, 1881 : Vendre pour cause de misère ou de gêne momentanée.

Ma foi ! j’avais une marine de je ne sais plus qui, je la décroche, je la fourre dans mon châle ; et je pars laver ça.

(Ed. et J. de Goncourt)

Virmaître, 1894 : Vendre ses frusques. On dit aussi nettoyer son complet (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Vendre.

J’ai lavé (vendu) mon bobino un cig.

Hayard, 1907 : Vendre ; (se laver les pieds), être relégué.

France, 1907 : Vendre à bas prix.

— Vous avez pour quarante francs de loges et de billets à vendre, et pour soixante francs de livres à laver.

(Balzac)

Levanqué, larantqué

Hayard, 1907 : Deux francs, quarante sous.

Locati

France, 1907 : Voiture de louage.

Les respectables familles dont le landau austère croise, aux Acacias, le locati discret du lutteur à la boutonnière leurs ne se doutent pas, dans la sécurité de leur optimisme appuyé sur quarante mille livres de rentes, des prodiges d’invention, des dépenses de génie faites par ces jeunes hommes pour la gloire de paraître. Tandis que l’équipage débonnaire qui porte M. Perrichon et sa fortune poursuit son train-train paisible, au trot mesuré de chevaux auxquels la dignité de leur allure confère déjà une sorte de solennité bourgeoise, le subtil locati glisse au milieu des voitures, menant aux hasards de la chasse, à travers ce marché de l’Amour et de l’Argent, le viveur d’appétit violent et de bourse plate qui quête un salut, un sourire ou une affaire.

(Francis Chevassu)

Périclès avait bien été accusé, dans le temps, d’avoir un peu filouté les deniers de l’État ; mais au moins il pouvait montrer Aspasie se rendant au temple plein des statues de Phidias, dans un char d’argent. Nos Périclès sont également suspects d’avoir triché dans les comptes du budget ; mais ils vont au Bois dans des locatis. Ils aiment l’argent pour l’argent, ce qui est la dernière des hontes pour un civilisé.

(Colombine)

Loi de Moïse

France, 1907 : Nom que les pirates donnaient autrefois à une bastonnade de quarante coups.

Le major… traçait de sa canne toutes les manœuvres navales de ces grands capitaines et menaçait de la loi de Moïse quiconque ne comprendrait pas la finesse des évolutions tactiques propres à la flibuste.

(Marcel Schwob)

Lorette

Delvau, 1864 : Femme entretenue par Monseigneur Tout-le-Monde, et qui habite volontiers dans les environs de l’église de notre dame de Lorette. D’où son nom, qui lui a été donné par Nestor Roqueplan.

Je suis coquette
Je suis lorette
Reine du jour, reine sans feu ni lieu !
Eh bien ! J’espère
Quitter la terre
En mon Hotel… Peut-être en l’Hotel-Dieu

(G. Nadaud)

Larchey, 1865 : « C’est peut-être le plus jeune mot de la langue française ; il a cinq ans à l’heure qu’il est, ni plus ni moins, l’âge des constructions qui s’étendent derrière Notre-Dame-de-Lorette, depuis la rue Saint-Lazare jusqu’à la place Bréda, naguère encore à l’état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierres de taille, ornées de sculptures. Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simuler la population qui manquait encore à ce quartier naissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l’humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes et les soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. ces locataires d’un nouveau genre, calorifères économiques à l’usage des bâtisses, reçurent, dans l’origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d’essuyeuses de plâtres. l’appartement assaini, on donnait congé à la pauvre créature, qui peut-être y avait échangé sa fraîcheur contre des fraîcheurs. À force d’entendre répondre « rue Notre-Dame-de-Lorette » à la question « où demeurez-vous, où allons-nous ? » si naturelle à la fin d’un bal public, ou à la sortie d’un petit théâtre, l’idée est sans doute venue à quelque grand philosophe, sans prétention, de transporter, par un hypallage hardi, le nom du quartier à la personne, et le mot Lorette a été trouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a été lithographié pour la première fois par Gavarni, dans les légendes de ses charmants croquis, et imprimé par Nestor Roqueplan dans ses Nouvelles à la main. Ordinairement fille de portier, la Lorette a eu d’abord pour ambition d’être chanteuse, danseuse ou comédienne ; elle a dans son bas âge tapoté quelque peu de piano, épelé les premières pages de solfège, fait quelques pliés dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie, avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l’Opéra ; elles ont toutes manqué d’être premiers sujets. Cela a tenu, disent-elles, aux manœuvres d’un amant évincé ou rebuté ; mais elles s’en moquent. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares Régalia et de boire du vin de Champagne dans des verres plus grands que nature, et l’on ne pourrait, le soir, faire vis-à-vis a la reine Pomaré au bal Mabile pour une polka, mazurka ou frotteska, si l’on avait fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le cou-de-pied frais. La Lorette a souvent équipage, ou tout au moins voiture. — Parfois aussi elle n’a que des bottines suspectes, à semelles feuilletées qui sourient à l’asphalte avec une gaîté intempestive. Un jour elle nourrit son chien de blanc-manger ; l’autre, elle n’a pas de quoi avoir du pain, alors elle achète de la pâte d’amandes. Elle peut se passer du nécessaire, mais non du superflu. Plus capable de caprice que la femme entretenue, moins capable d’amour que la grisette, la Lorette a compris son temps, et l’amuse comme il veut l’être ; son esprit est un composé de l’argot du théâtre, du Jockey Club et de l’atelier. Gavarni lui a prêté beaucoup de mots, mais elle en a dit quelques-uns. Des moralistes, même peu sévères, la trouveraient corrompue, et pourtant, chose étrange ! elle a, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’innocence du vice. Sa conduite lui semble la plus naturelle du monde ; elle trouve tout simple d’avoir une collection d’Arthurs et de tromper des protecteurs à crâne beurre frais, à gilet blanc. Elle les regarde comme une espèce faite pour solder les factures imaginaires et les lettres de change fantastiques : c’est ainsi qu’elle vit, insouciante, pleine de foi dans sa beauté, attendant une invasion de boyards, un débarquement de lords, bardés de roubles et de guinées. — Quelques-unes font porter, de temps à autre, par leur cuisinière, cent sous à la caisse d’épargne ; mais cela est traité généralement de petitesse et de précaution injurieuse à la Providence. » — Th. Gautier, 1845.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre. Le mot a une vingtaine d’années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection, — le quartier Notre-Dame-de-Lorette.

Rigaud, 1881 : Femme galante, femme entretenue. M. Prudhomme l’appelle « la moderne hétaïre ». Le mot a été créé en 1840 par Nestor Roqueplan.

Comme Vénus aphrodite de l’écume des flots, la lorette était née de la buée des plâtres malsains, là-haut, dans les quartiers bâtis en torchis élégants, la petite Pologne des femmes. Roqueplan s’était fait son parrain ; Balzac son historien ; Gavarni sa marchande de mots et de modes.

(Les Mémoires du bal Mabille)

Qu’est-ce que la lorette ? C’est la loi du divorce rétablie et, pour plus d’un mari, je le dis avec tristesse, la patience du mariage… La lorette n’est ni fille, ni femme, à proprement parler. C’est une profession c’est une boutique.

(Eug. Pelletan, La nouvelle Babylone)

Elle a un père à qui elle dit : Adieu papa ; tu viendras frotter chez moi dimanche. — Elle a une mère qui prend son café quotidien sur un poêle en fonte.

(Ed. et J. de Goncourt)

Il y a mille et une manières, en apparence de devenir lorette, mais au fond c’est la même. Une pauvre fille que l’on vend, une pauvre fille que l’on trompe.

(Paris-Lorette)

Une lorette, parlant d’un entreteneur pour lequel elle a du goût, dit : « Mon homme » ; l’entreteneur qu’elle considère et respecte est son monsieur ; quant à l’entreteneur pur et simple, quoi qu’il fasse, et quoi qu’il donne, il n’est jamais qu’un mufle.

(Idem)

Aujourd’hui les lorettes célèbres de 1840 ont vieilli. Elles comptent leur dépense avec leurs cuisinières, prennent l’omnibus quand il pleut, et élèvent des oiseaux. La lorette pure est maintenant un type évanoui, une race disparue.

(Paris à vol de canard.)

France, 1907 : Femme galante d’un certain luxe de tenue. Le mot a été mis à la mode par Nestor Roqueplan, vers 1840, à cause du nombre considérable de ces filles dans le quartier de Notre-Dame-de-Lorette. « L’ensemble des rues de ce quartier, écrivait-il, s’appelle le quartier des Lorettes, et, par extension, toutes ces demoiselles reçoivent dans le langage de la galanterie sans conséquence le nom de lorettes. » Le quartier est à peu près resté le même, mais le mot n’est plus guère employé que par les provinciaux.

Lorette, dit Balzac, est un mot décent inventé pour exprimer l’état d’une fille ou la fille d’un état difficile à nommer et que, dans sa pudeur, l’Académie a négligé de définir, vu l’âge de ses quarante membres. Quand un nom nouveau répond à un cas social qu’on ne pouvait pas dire sans périphrase, la fortune de ce mot est faite. Aussi la lorette passa-t-elle dans toutes les classes de la société, même dans celles où ne passera jamais une lorette.

Les lorettes habitent invariablement rue Notre-Dame-de-Lorette, rue Bréda, rue du Helder, rue Taitbout, rue Neuve-des-Mathurins ou rue Richer. Elles ne traversent jamais la Seine et s’écartent peu de la zone des boulevards. Elles savent Barême par cœur, jouent à la Bourse, roulent équipage, éclaboussent ceux qui vont à pied, et m’admettent dans leur salon que les hommes du meilleur monde… Elles ont les hommes en profond mépris et m’estiment que les coupons de la Banque de France.

(Ces Dames. — Physionomies parisiennes)

L’autre jour, j’ai entendu faire la définition suivante d’une lorette par la petite fille d’une portière de la place Vintimille :
— Une lorette, a-t-elle dit, c’est une dame qu’a une chemise sale, emprunte dix sous à mon papa, porte des jupons bariolés comme des drapeaux, ses bijoux au clou quand elle en a, et des plumes à son chapeau. À quarante ans, elle est ouvreuse aux Délassements-Comiques.
J’ai interrogé l’enfant terrible dans le but de savoir de qui elle tenait des renseignements aussi exacts.
— Monsieur, m’a-t-elle répondu naïvement, je le sais mieux que vous, puisque c’est arrivé à ma sœur.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Enfin, dans la catégorie des clandestines, c’est-à-dire parmi des filles dont l’insoumission à la police des mœurs est continuelle, toutes, depuis la riche lorette jusqu’à la pierreuse, sont dans la nécessité de se faire protéger. On conçoit alors que la position sociale des souteneurs doit varier autant que celle dans laquelle les filles se sont elles-mêmes placées.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Mal au ventre

France, 1907 : Loterie des baraques foraines, dans l’argot des forains.

— Tu ne t’aperçois donc pas, répondit l’Avocat, que si Panpan ne touche pas à la table, il s’y appuie ? Avec sa hanche, il pousse une tringle glissée dans l’épaisseur du bois ; il pèse sur le pivot, l’arrête à volonté.
— C’est même pour cela, conclut Panpan, que la loterie s’appelle, entre nous, le mal au ventre.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Camaro de la petit’ pègre,
Tiens les bons trucs sur la lègre :
La Parfaite et le quarante-huit,
Le Mal au ventre et le Biscuit.
Du croquant fais une lessive,
Chope-lui cornant, douille et sive ;
Puis, si tu rebouinais l’arnac,
Défouraille, t’irais dans l’lac.

(Hogier-Grison)

Marche

France, 1907 : Système pour gagner au jeu, appelé ainsi parce qu’il est progressif et procède comme une marche. Il est peu d’habitués des tables de roulette et de trente et quarante qui n’aient une marche spéciale qui doit leur assurer de gros gains à un moment donné ; mais la ruine complète précède généralement ce moment.

— Ma profession n’est pas incompatible avec le goût des beaux-arts : je suis professeur de roulette… j’enseigne une martingale absolument infaillible… Monte-Carlo ne tiendrait pas debout trois semaines si je pouvais l’attaquer avec mon système.
— L’avez-vous essayé, votre système ?
— Cent fois, mille fois !…
— À Monaco !
— Non, Monsieur… c’est trop loin et le voyage coûte trop cher… j’ai expérimenté ma marche absolument certaine chez des amis…
— Et vous jouiez quelle mise ?
— L’unité de départ était de cinq haricots représentant cinq francs…
— Oh ! je la connais votre martingale ; malheureusement, elle ne réussit que lorsqu’on joue des haricots…

(Edmond Lepelletier)

Marcheuse

d’Hautel, 1808 : Nom que l’on donne aux femmes qui conduisent les courtisanes, qui les accompagnent dans le lieu de leur trafic.

Delvau, 1864 : Femme qui a été fille et qui, ne l’était plus, est chargée de conduire dans les chemins du vice celles qui le sont encore.

Ses fonctions sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans le bordel où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. Dans, la maison de tolérance de première ligne, il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.

Larchey, 1865 : « La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, a vendu le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse, elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenu à Paris, un homme riche qu’elle n’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop. C’est un débris de la fille d’Opéra du dix-huitième siècle. »

(Balzac)

Larchey, 1865 : « Un simple bonnet la coiffe ; sa robe est d’une couleur foncée et un tablier blanc complète ce costume. Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. »

(Béraud)

Enfin arrivent les marcheuses… Elles marchent pour les filles demeurant en hôtel garni ; celles-ci n’ont qu’une chaussure et un jupon blanc Faut-il qu’elles exposent dans les boues leur unique habillement, la marcheuse affrontera pour elles les chemins fangeux.

(1783, Mercier)

Delvau, 1866 : s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions « sont d’appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison qu’elle représente ».

Delvau, 1866 : s. f. Rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autres. C’est un débris de la fille d’Opéra du XVIIIe siècle.

Rigaud, 1881 : Dame comparse du corps de ballet, à l’Opéra.

Rigaud, 1881 : Racoleuse d’une maison de tolérance.

Fille publique qui fait la porte, c’est-à-dire qui, du seuil des maisons de joie, appelle les passants.

(Paris-Vivant, la Fille, 1858)

C’est-à-dire la femme stationnant sur le seuil de la porte de la maison de tolérance.

(Béraud, Les Filles publiques de Paris, t. II, 1839)

Par ordonnance de police, les marcheuses doivent être âgées d’au moins quarante ans… Est-ce pour inspirer plus de confiance ?

La Rue, 1894 : Dame comparse au théâtre. Racoleuse.

Virmaître, 1894 : Belle femme qui figure à l’Opéra, Marcheuse : la femme qui appelait les passants en termes très engageants ; elle détaillait avec complaisance les charmes de la marchandise qui était dans l’intérieur de la maison. La marcheuse était généralement un beefteack à corbeau hors d’âge et de service. Les marcheuses furent supprimées à la porte des maisons de tolérance par arrêté de M. Andrieux, préfet de police, en 1881 (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : La femme qui fait les cent pas à la porte d’une maison de tolérance où elle est pensionnaire pour y amener des clients, c’est la marcheuse.

Hayard, 1907 : Femme qui fait le trottoir.

France, 1907 : Fille qui se promenait sur le trottoir devant une maison de tolérance pour engager les passants à y entrer. Un arrêté du préfet de police Andrieux supprima en 1881 ce genre d’excitation à la débauche.

Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ces annonces banales, ils doivent trouver un choix… Il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.

(F. Béraud)

La marcheuse est reconnaissable à ses chapeaux modestes, uniformément noirs, qui écrasent sa tête plus qu’ils ne la couronnent. C’est elle qui a lancé la première en France ces interminables waterproofs, ces cache-misère, longs comme un de ces jours sans pain qu’elle a plus d’une fois connus.

(Édouard Petit)

France, 1907 : Jolie fille qui figure dans un Corps de ballet.

La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse où vraie, à vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni second, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenue à Paris, un homme riche qu’elle m’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop.

(Balzac)

… Les marcheuses, dont le nom tristement significatif indique qu’elles seraient mieux sur l’asphalte où on les a prises, que sur les planches de l’Opéra.

(Théophile Gautier)

Martingalier

France, 1907 : Joueur qui croit avoir découvert un système infaillible pour gagner aux jeux de hasard, tels que la roulette et le trente et quarante.

C’est un martingalier. C’est un des abstracteurs de quintessence moderne, qui s’imaginent avoir trouvé la marche infaillible pour faire sauter les banques.

(Jean Richepin)

Mazarot

France, 1907 : Salle de police, mais plus spécialement la prison, et particulièrement la prison militaire de la rue du Cherche-Midi.

Les hôtes habituels de Mazarot sont : les bibassiers, les enflammés et les malastiqués.
Ces derniers, que la négligence dans l’entretien de leurs effets rend tributaires de la sonnerie des consignes, sont les moins nombreux.
Les bibassiers ou gais compaings en fait de haute beuverie, très souvent attardés par leur belle vaillantise à humer le piot et à se gargariser à l’aide de la purée septembrale, tiennent la corde dans le steeple-chase qui aboutit à Mazarot.
Pourtant, ils ne distancent que de bien peu les enflammés, à qui leur passion pour le beau sexe fait souvent oublier le chemin de la caserne, ou tout au moins l’heure inexorable de l’appel.

(Ch. Dubois de Gennes, Le Troupier tel qu’il est… à cheval)

On l’écrit aussi mazaro.

Quand il punit, même guitare ;
On connait bien son numéro ;
C’est un gaillard qu’est pas avare
Des jours de clou, de mazaro,
Avec lui la dose est meilleure,
Et quand les autres, sans discours,
Aligneraient quarante-huit heures…
Le doubl’ vous colle quatre jours.

(Griglet)

Maze

France, 1907 : Abréviation de Mazas.
À ce propos, il nous a paru curieux de rechercher l’origine du nom de Mazas, et voici ce que nous avons trouvé, à notre vive surprise :
Mazas était, sous le premier empire, colonel de la 34e brigade. Son courage était à ce point légendaire que ses soldats l’avaient surnommé le Brave : il avait pris part à vingt batailles, essuyé le feu de toutes les troupes coalisées ; cent fois, il avait eu de terribles aventures, risqué sa peau pour assurer le gain d’une victoire ; son corps portait, de la nuque au talon, des balafres énormes, et si sa mâchoire était toute de travers sous sa rude moustache, c’est qu’un coup de fusil l’avait fracassée. Un jour, à Austerlitz, trouvant que la déroute de l’ennemi était trop lente à se dessiner, Mazas avait, en un coup de folie, commis une grave imprudence et s’était fait broyer par un boulet de canon.
Pour récompenser tant d’héroïsme, Napoléon, en 1806, avait décidé qu’une place de Paris porterait ce nom glorieux, et Mazas était entré dans l’histoire, en la compagnie des preux de l’épopée impériale.
Mais, quarante-cinq ans plus tard, afin de donner l’hospitalité à des gueux et à des assassins, une prison s’élevait à côté de cette place ; les architectes avaient déployé, dans sa construction, tous les raffinements de la prudence et de la solidité ; ils l’avaient faite spacieuse, avec des cellules noires comme des tombeaux et des serrures où grinçaient des clefs longues comme des sabres. Et quand cette prison, chef-d’œuvre d’architecture pénitentiaire avait été achevée, on n’était pas allé chercher bien loin un nom pour la baptiser. Il y avait tout à côté la place Mazas, pourquoi n’y aurait-il pas la prison Mazas ? Et vite on avait gravé sur la porte les cinq lettres glorieuses.
C’est ainsi que le héros d’Austerlitz et de vingt combats fameux, l’homme qui avait donné sa vie pour défendre son drapeau et était tombé sur le champ de bataille en criant : « Vive la France ! » servit un jour d’enseigne à une maison de scélérats.
N’est-il pas affreusement choquant de voir le nom d’un héros ainsi disqualifié par l’inconsciente application qu’on en a faite à une maison de prévention ?
À quoi pensent donc les débaptiseurs officiels qui pullulent, pourtant à l’Hôtel de Ville ?
Nous leur indiquons — avec le plus grand désintéressement — une admirable occasion d’exercer leur zèle.
Qu’ils se hâtent donc d’effacer l’injure, prolongée depuis un demi-siècle, qu’on a faite au brave Mazas.
Ils n’ont qu’à choisir, parmi tant de notabilités contemporaines, pour remplacer, à propos, ce nom trop glorieux…

Miché de carton

Delvau, 1864 : Honnête homme qui achète de l’amour en marchandant, ce qui le fait mépriser des amoureuses.

Les Valaques ont près des femmes une grande réputation de mauvaise foi… Aussi elles les évitent et les ont placés au premier rang des michés de carton.

(Vermorel)

Virmaître, 1894 : Homme à qui une fille demande cinq louis et qui lui offre quarante sous. On dit aussi : miché à la mie de pain (Argot des filles).

Millet, millot

Rigaud, 1881 : Billet de banque de mille francs.

Quarante millets ! Telle était cette aubaine.

(La France, du 13 mars 1879)

Mondaine (demi)

France, 1907 : Femme qui joint l’élégance à la légèreté de mœurs. On les désignait à la fin du dernier siècle sous le nom de fille du monde.

Les demi-mondaines ont toujours plus de robes que de chemises.

(Lorédan Larchey)

Vous croyez qu’elles portent des chapeaux de vingt-cinq louis, des robes de dix mille francs, qu’elles ont des voitures attelées de chevaux sans prix ? Vous croyez que, en des hôtels somptueux, elles laissent tomber, le soir, en rentrant, après des soupers merveilleux, des manteaux de renard bleu, l’hiver, et, l’été, de légères pelisses de point d’Angleterre noir, entre les mains de trois femmes de chambre empressées ? Vous croyez qu’elles dorment, au fond des appartements de soie dorée, en des alcôves de dentelle ailée, et qu’on leur sert, en des tasses de Chine, le chocolat matinal ? Erreur parfaite. Tout ce triomphe semble être, n’existe pas en réalité. Et elles ne sont que des mensonges parés d’apparences. Il y a les chapeaux, mais il y a la modiste avec la note pas payée. Il y a les robes, mais il y a le couturier qui menace de la police correctionnelle. Il y a les voitures, amis il y a le cocher qui réclame quatre mois de foin et d’avoine ; et chaque matin, au seuil des hôtels, il y a l’huissier, bientôt suivi du commissaire de police, si on tarde à ouvrir la porte ! Car, la vérité, c’est que Paris, qui n’a pas d’argent, bien qu’il feigne d’en dépenser, n’est plus assez riche pour entretenir, tout à fait, ses courtisanes, même illustres, et la plus opulente des demi-mondaines est citée à la justice de paix pour quarante-deux francs qu’elle doit au blanchisseur !

(Catulle Mendès)

Moquer comme de l’an quarante (s’en)

Delvau, 1866 : Complètement, comme d’une année qui n’arrivera jamais. Argot des bourgeois. Le peuple dit : S’en foutre comme de l’an 40.

France, 1907 : Sous-entendu : de la République. Locution inventée par les royalistes en 1793, indiquant que la République n’atteindrait jamais cet âge.
Il est une autre explication de ce dicton qui en fait remonter l’origine au XIe siècle, époque à laquelle le clergé avait fait courir le bruit que le monde devait finir en l’an 1040. Les populations effrayées se dépouillaient de leurs biens, qui ne devaient plus leur servir, en faveur de l’Église et des moines, afin d’obtenir la rémission de leurs péchés et une place au paradis. Mais la terrible année 1040 passa sans entrave et dès lors tout le monde s’en moqua.

Morticole

France, 1907 : Médecin. Le nom, créé par Léon Daudet dans son remarquable roman Les Morticoles, est composé du latin mors (mort) et colere (cultiver), mot à mot : gens vivant sur la mort.

Ces deux tartuffes sont présidents de sociétés similaires, qui donnent aux morticoles l’apparence de la vertu, telles que « l’Éloge conjugal », « la Femme préservée », « la Pudeur laïque » et vingt autres établissements, crèches, maisons de refuge et de retraite pour les jeunes filles, les jeunes femmes, les veuves, sortes de harems qu’entretiennent ces docteurs et où ils trouvent de la chair fraîche, de l’argent, des décorations.

(Léon Daudet, Les Morticoles)

Morticole s’emploie aussi adjectivement :

Un vieil article du code morticole défend aux docteurs d’accepter les legs de leurs clients, tant l’on craint qu’ils ne hâtent l’échéance avec délices ; mais il est des moyens pour tourner cette difficulté. Le plus simple est d’engager les suicidés à laisser leur fortune à une salle déterminée d’hôpital…
Je remarque que les morticoles se plaisent à employer les termes les plus extraordinaires, tirés du grec et du latin, quelquefois de l’hébreu, qui servent à masquer leur ignorance…
Cet énorme succès tenait à la simple connaissance de la femme morticole qui, de vingt à trente ans, a de la vanité ; de trente à quarante, des sens ; de quarante à cinquante, de l’ambition et de l’esprit d’intrigue ; de cinquante à soixante, un tempérament d’entremetteuse…
Les uns étaient allés s’échouer dans une sorte de lazaret, où ils avaient succombé à d’horribles contagions. D’autres étaient tombés aux mains des morticoles, faiseurs d’expériences, les plus redoutables de tous, qui les avaient torturés d’une manière atroce, afin d’attirer sur leurs nullités l’attention des académies.
Il y avait même cinq ou six de ces infortunés qu’on avait laissés mourir de faim, pour observer si leur estomac ne se digérerait pas lui-même.

(Léon Daudet)

Nouba

France, 1907 : Musique des turcos. Le répertoire de la nouba comprend quarante-quatre morceaux qui sont de vieux airs populaires arabes.

Œil

d’Hautel, 1808 : Taper de l’œil. Se laisser aller au sommeil ; dormir profondément.
Retaper de l’œil. Redormir après un sommeil interrompu ; dormir de plus belle.
Tortiller de l’œil. Finir, ses jours ; mourir, s’endormir dans l’éternité.
Elle lui a donné dans l’œil. Se dit d’une femme qui a su plaire à un homme, qui a gagné son cœur.
Pas plus que dans mon œil. Pour dire point du tout.
Cela n’est pas pour tes beaux yeux. Signifie, ce n’est pas pour toi ; n’y compte pas.
L’œil du fermier vaut fumier. Pour dire que tout fructifie sous l’œil du maître.
Autant vous en pend à l’œil. Pour, il peut vous en arriver tout autant.
Une mouche qui lui passe devant les yeux, le fait changer d’avis. Se dit d’un homme inconstant et léger, qui change à chaque instant d’avis.
Cette chose lui crêve les yeux. Pour dire est ostensible, très-évidente.
Quand on a mal aux yeux, il n’y faut toucher que du coude. Pour, il n’y faut point toucher du tout.
Des yeux de chat. De petits yeux hypocrites.
Des yeux de cochon. Des yeux petits et renfoncés.
Des yeux de bœufs. De gros yeux très-saillans et fort bêtes.
Le peuple désigne ordinairement et par facétie le pluriel de ce monosyllabe par le nom de la première lettre qui le compose, et dit des II (grecs) pour des yeux.

Vidocq, 1837 : s. m. — Crédit.

Larchey, 1865 : Crédit. — Noté comme terme d’argot dans le Dictionnaire du Cartouche de Grandval, 1827.

Je vous offre le vin blanc chez Toitot ; — j’ai l’œil.

(Chenu)

La mère Bricherie n’entend pas raillerie à l’article du crédit. Plutôt que de faire deux sous d’œil, elle préférerait, etc.

(Privat d’Anglemont)

En m’achetant à l’œil, ma plus belle marée.

(Ricard)

Ouvrir l’œil : Accorder du crédit.

La fruitière n’a jamais voulu ouvrir d’œil : elle dit qu’elle a déjà perdu avec des artistes.

(Champfleury)

Fermer l’œil : Ne plus vouloir accorder de crédit. — Donner dans l’œil : Plaire, fasciner.

Ma personne avait peine à te donner dans l’œil.

(Le Rapatriage, dix-huitième siècle)

Avoir de l’œil, Tirer l’œil : Produire de l’effet. — Terme d’impression. On dit aussi en parlant d’un tableau à effet qu’il a de l’œil.

La chose a de l’œil. C’est léger, mais c’est trop léger.

(A. Scholl)

Aux provinciaux que l’œil de son ouvrage a attirés chez lui.

(P. Borel)

Faire l’œil :

Le faiseur d’œil n’a pas de prétention positive. Il promène sur toutes les femmes son regard de vautour amoureux ; il a toujours l’air d’un Européen lâché au milieu d’un sérail… Pourtant aucune femme n’est le point de mire de cette fusillade de regards. C’est au sexe entier qu’il en veut. Il fait l’œil, et voilà tout.

(Roqueplan)

V. Américain. — Ouvrir l’œil : Sur veiller attentivement. — Se battre l’œil, la paupière : Se moquer.

Gilles. Ah ! fussiez-vous elle ! — Isabelle. Ton maître s’en bat l’œil.

(le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle)

Que Condé soit trompé par le duc d’Anjou, je m’en bats l’œil !

(A. Dumas)

Mon œil ! Synonyme de Des fadeurs ! Des navets ! V. ces mots.

Quand le démonstrateur expose la formation des bancs de charbon de terre, mon voisin s’écrie avec un atticisme parfait : Oui ! mon œil ! Au système du soulèvement des montagnes, il répond triomphalement : « Oui ! Garibaldi ! »

(E. Villetard)

Cette expression est typique. Dès qu’une chose est à la mode au point d’accaparer toutes les conversations, les Parisiens procèdent eux-mêmes contre leur engouement, et font de son objet une dénégation railleuse essentiellement variable. C’est ainsi qu’après les événements d’Italie, on a dit : Oui ! Garibaldi ! — Auparavant, on disait : Oui ! les lanciers ! parce que cette danse avait envahi les salons. — Taper de l’œil :

Dormir profondément.

(d’Hautel, 1808)

Monsieur, faites pas tant de bruit, je vais taper de l’œil.

(Vidal) 1833.

Si nous tapions de l’œil ? Ma foi ! j’ai sommeil.

(L. Gozlan)

Tourner, tortiller de l’œil : Mourir. V. d’Hautel, 1808.

J’aime mieux tourner la salade que de tourner de l’œil.

(Commerson)

J’voudrais ben m’en aller, dit le pot de terre en râlant. Bonsoir, voisin, tu peux tortiller de l’œil.

(Thuillier, Ch)

Pas plus que dans mon œil. V. Braise. — Œil de verre : Lorgnon.

Ces mirliflors aux escarpins vernis, Aux yeux de verre.

(Festeau)

Quart d’œil : Commissaire de police.

Delvau, 1866 : s. m. Bon effet produit par une chose, bonne façon d’être d’une robe, d’un tableau, d’un paysage, etc. On dit : Cette chose a de l’œil.

Delvau, 1866 : s. m. Crédit, — dans l’argot des bohèmes. Avoir l’œil quelque part. Y trouver à boire et à manger sans bourse délier. Faire ou ouvrir un œil à quelqu’un. Lui faire crédit. Crever un œil. Se voir refuser la continuation d’un crédit. Fermer l’œil. Cesser de donner à crédit.
Quoique M. Charles Nisard s’en aille chercher jusqu’au Ier siècle de notre ère un mot grec « forgé par saint Paul » (chap. VII de l’Épître aux Éphésiens, et chap. III de l’Épître aux Colossiens), j’oserai croire que l’expression À l’œil — que ne rend pas du tout d’ailleurs l’όφθαλμοδουλεία de l’Apôtre des Gentils — est tout à fait moderne. Elle peut avoir des racines dans le passé, mais elle est née, sous sa forme actuelle, il n’y a pas quarante ans. Les consommateurs ont commencé par faire de l’œil aux dames de comptoir, qui ont fini par leur faire l’œil : une galanterie vaut bien un dîner, madame Grégoire le savait.

Delvau, 1866 : s. m. Le podex, — dans l’argot des faubouriens facétieux. Crever l’œil à quelqu’un. Lui donner un coup de pied au derrière.

Rigaud, 1881 : Crédit. — L’œil est crevé, plus de crédit. C’est-à-dire l’œil du crédit est crevé. Une vieille légende fait mourir Crédit d’un coup d’épée qu’il a reçu dans l’œil. Sur les anciennes images d’Épinal ou voit Crédit succombant à sa blessure et au-dessous cette devise : Crédit est mort, les mauvais payeurs lui ont crevé l’œil.

France, 1907 : Crédit. Avoir l’œil, avoir crédit chez un débitant.

Une fois son argent reçu, le compositeur paie les dettes qui lui semblent les plus essentielles : c’est le marchand de vin et le gargotier où il pourra retrouver du l’œil, c’est-à-dire du crédit.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Avoir l’œil se dit aussi dans le sens de faire attention, voir ce qui se passe autour de soi. « Il faut avoir l’œil dans notre métier, disait une matrone de maison à gros numéro, et surtout ne pas le faire, »

Œil (faire l’)

Rigaud, 1881 : Vendre à crédit.

Elle préférerait faire crier par les rues toutes ses cuites à sa fille que de faire deux sous d’œil.

(Privat d’Anglemont)

Virmaître, 1894 : Avoir à crédit chez les fournisseurs. Dans le peuple, quand on oublie de payer, le fournisseur refuse crédit ; alors on dit que l’œil est crevé (Argot du peuple).

France, 1907 : Faire crédit. Refuser le crédit se dit crever l’œil. On dit d’un marchand qui fait crédit pour une certaine somme, qu’il ouvre l’œil de tant. « Mon mastroquet m’a ouvert l’œil de dix francs. » « Baluchon a un œil ouvert chez le bistrot du coin. »

Quoique M. Charles Nisard — dit Alfred Delvau — s’en aille chercher jusqu’au premier siècle de notre ère un mot grec « forgé par saint Paul »… j’oserai croire que l’expression à l’œil… est tout à fait moderne. Elle peut avoir des racines dans le passé, mais elle est née sous sa forme actuelle, il n’y a pas quarante ans. Les consommateurs ont commencé par faire de l’œil aux dames de comptoir qui ont fini par leur faire l’œil : une galanterie vaut bien un diner…

(1883)

Faire de l’œil, regarder une personne de façon à lui faire comprendre qu’on se livrerait volontiers avec elle à une joute amoureuse. « Souvent, à force de faire de l’œil à une femme, on finit par lui taper dans l’œil. »

Entre femmes du monde, à la messe d’une heure à la Madeleine :
— N’est-ce pas, chère, que le nouveau chapeau de la comtesse est diantrement toc ?
— Oh ! oui. Il est tout à fait fin du demi-monde. Dites donc, mignonne, avez-vous remarqué comme le vicaire m’a fait de d’œil à la quête ?

Ogre

d’Hautel, 1808 : Manger comme un ogre. Pour dire, avec, excès, goulument.

Vidocq, 1837 : s. m. — Agent de remplacement, usurier, escompteur. Depuis que chacun a le droit de payer en argent sa dette à la patrie, des individus officieux se sont chargés de procurer des remplaçans à ceux qui n’ont point de goût pour l’état militaire, et ne se soucient pas de parader le sac sur le dos pour l’instruction et l’amusement des princes de la famille royale. C’est principalement de l’Alsace, de la Lorraine et de la Basse-Bretagne, que ces Messieurs tirent les hommes dont ils ont besoin, hommes qu’ils achètent ordinairement 5 ou 600 francs, et qu’ils vendent au moins deux ou trois fois autant.
Il y a, je veux bien le croire, quelques agens de remplacement qui exercent honorablement leur métier, mais il en est beaucoup plus qui méritent, à tous égards, le nom qu’on leur a donné. Ces Messieurs exploitent en même temps le remplaçant et le remplacé, et très-souvent les tribunaux sont appelés à prononcer sur les différends qui s’élèvent entre les agens de remplacement, et ceux qu’ils ne craignent pas de nommer leurs cliens.
Le père de famille qui a bien voulu accorder sa confiance à un Ogre, doit s’estimer très-heureux lorsqu’après avoir payé très-cher un remplaçant qu’il a long-temps attendu, son fils a enfin obtenu le certificat qui met sa responsabilité à couvert, car tous les agens de remplacement ne remplissent pas les engagemens qu’ils contractent, et plusieurs d’entre eux, parmi lesquels je ne citerai que certain officier de l’ancienne armée, bien connu par ses relations avec certain individu autrefois Grec, et maintenant banquier et usurier, procèdent à-peu-près de cette manière.
Des affiches apposées aux coins de toutes les rues, et des circulaires envoyées dans toutes les localités quelques mois avant l’époque fixée pour le tirage, apprennent à tous que M. un tel, ancien officier, propriétaire ou banquier, vient de fonder une assurance mutuelle en faveur des jeunes gens qui doivent concourir au tirage de l’année. Moyennant une somme de 7 à 800 fr., déposée dans la caisse commune, on peut, quel que soit le numéro que l’on tire de l’urne fatale, acquérir la douce certitude que l’on ne sera pas forcé de quitter ses pénates. Il est bien entendu que la somme versée par celui qui amènera un numéro élevé doit, dans tous les cas, être acquise à l’agent de remplacement, et servir à compléter le paiement du remplaçant de celui qui aurait été moins heureux. L’agent qui procède ainsi a bientôt réuni trente ou quarante souscripteurs ; il n’en désire pas davantage.
Arrive l’époque du tirage. La moitié des jeunes gens assurés tombent au sort. Mais que leur importe, n’y a-t-il pas chez l’agent de remplacement un héros tout prêt à faire pour eux le coup de fusil, ou à brosser le poulet d’Inde, aussi ils dorment tranquilles jusqu’au jour où ils reçoivent la visite d’un monsieur bien obséquieux, qui s’exprime avec élégance, et qui se charge de leur montrer le revers de la médaille dont jusqu’alors ils n’avaient vu que le beau côté.
« Monsieur, leur dit cet officieux entremetteur, qui n’est autre que le compère de l’agent de remplacement, M. un tel, agent de remplacement, auquel vous avez accordé votre confiance, a fait cette année de très-mauvaises affaires, et, pour la première fois de sa vie, lui est impossible de remplir ses engagemens ; mais rassurez-vous, Monsieur, ses cliens ne perdront rien, et je suis chargé de vous remettre la somme que vous avez versée entre ses mains. »
Bien heureux de ne pas tout perdre, les infortunés reprennent leur argent et ne disent mot ; si, contre toute attente, quelques-uns d’entre eux veulent absolument que le contrat qu’ils ont consenti soit rigoureusement exécuté, on s’empresse de les satisfaire, dans la crainte que leurs clameurs n’éveillent l’attention des magistrats. Il est inutile d’ajouter que, quelques jours après le tirage, l’agent a envoyé son intermédiaire à ceux de ses cliens que le sort a favorablement traités, et, qu’en leur faisant une remise, il s’est fait autoriser à retirer les fonds déposés par eux chez un notaire.
Le sieur D***, officier de l’ancienne armée, exerce de cette manière, depuis plusieurs armées, le métier d’agent de remplacement ; il se dit cependant le plus honnête homme du monde, et il n’y a pas long-temps qu’il a traduit à la barre du tribunal de police correctionnelle, et fait condamner à trois mois d’emprisonnement, certain individu qui avait pris la liberté grande de l’appeler fripon.
Je l’ai dit et je le répète, quelques agens de remplacement exercent honorablement leur métier ; c’est à ceux là seuls qu’il faut s’adresser. Les conditions de leurs traités ne sont peut-être pas aussi avantageuses que celles des individus dont nous venons de parler, mais ils ne trompent personne.
Tout le monde a lu dans l’un des deux premiers volumes des Scènes de la vie privée, de Balzac, le portrait de l’usurier Gobsec ; ce portrait n’a d’autres défauts, suivant moi, que celui de n’être pas exact ; le père Gobsec est un type effacé depuis long-temps. Les usuriers de notre époque ne logent pas tous rue des Grés ; ils ne sont ni vieux, ni ridés ; leur costume n’a pas été acheté au Temple : ce sont au contraire des hommes encore jeunes, toujours vêtus avec élégance, et qui ne se refusent aucunes des jouissances de la vie. L’usurier pur sang n’a jamais d’argent comptant lorsqu’on lui propose d’escompter la lettre de change acceptée en blanc par un fils de famille, mais il a toujours en magasin un riche assortiment de marchandises de facile défaite, telles que singes et chameaux, pains à cacheter, bouchons, souricières, voir même des places à l’année au théâtre de M. Comte.

Larchey, 1865 : Agent de remplacement. Allusion à leur trafic de chair humaine. — Ogre : Usurier. — Ogresse : Marchande à la toilette (Vidocq). — Allusion à leur avidité. — Ogre :

Les chiffonniers donnent ce nom à celui qui leur achète le produit de leurs recherches nocturnes, en détail et par hottes, pour les revendre en gros, après un triage minutieux et intelligent. Ordinairement, on ne devient ogre qu’après avoir passé par tous les degrés de l’état de chiffonnier. Il fut un temps, il est vrai, où ce nom était synonyme d’exploiteur et même de receleur. Dans ce but, l’ogre possédait à côté de son établissement d’achat de chiffons un débit de liqueurs qu’il faisait gérer par un affidé ou un compère ; il y recevait clandestinement des malfaiteurs qui apportaient là les produits de leurs rapines.

(Castillon)

Delvau, 1866 : s. m. Agent de remplacement militaire, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi : Usurier, Escompteur.

Delvau, 1866 : s. m. Marchand de chiffons, — dans l’argot des chiffonniers.

Rigaud, 1881 : Chiffonnier en gros, négociant en chiffons, — Recéleur. — Escompteur sans vergogne. — Agent de remplacements militaires mis en disponibilité par la promulgation de la loi sur le service obligatoire.

Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe modèle. L’ogre travaille à la journée, il est bon père de famille, bon époux et bon garde national au besoin.

La Rue, 1894 : Chiffonnier en gros. Usurier.

France, 1907 : « Il est une variété de compositeurs dont les mœurs sont tout à fait différentes : immobiles comme des termes devant leurs casses, ils éloignent jusqu’à l’ombre de la dissipation ; ils vivent de peu ; et leur ardeur pour la besogne leur a fait donner le nom d’ogres par leurs confrères, qui les méprisent. Ils font en sorte d’obtenir des places avantageuses, telles que celles de metteurs en pages, hommes de conscience, correcteurs, protes, etc. »

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

France, 1907 : On appelait ainsi, du temps de la conscription, les marchands d’hommes qui fournissaient des substituants aux fils de famille.

France, 1907 : Recéleur ; chiffonnier en gros ; il dévore les petits.

Pelure

Vidocq, 1837 : s. f. — Redingotte.

un détenu, 1846 : Redingotte.

Larchey, 1865 : Vêtement. — C’est en effet une pelure pour le corps. V. Épates.

Delvau, 1866 : s. f. Habit ou redingote, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Habit, redingote, paletot. — Pelure d’oignon, vêtement très léger, vêtement très usé.

La Rue, 1894 : Habit.

Virmaître, 1894 : Paletot ou veston.
— J’enquille ma pelure à manger le rôti (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Vêtement que l’on a sur soi.

Hayard, 1907 : Paletot.

France, 1907 : Habit, vêtement, paletot. « Enquiller sa pelure. » À noter qu’en vieux français un habit fourré s’appelait pelé.

En un tour de main, vous auront forcé d’essayer un habillement complet, du galurin aux ripatons, en passant par le culbutant, qui est le pantalon, et par la limace qui est la chemise. Puis après que vous leur aurez payé quinze francs une pelure ou paletot qu’elles vous faisaient cent cinquante…

(Paul Mahalin)

I’s sont frusqués avec des p’lures
Qu’on leur-z’y fait esprès pour eux,
L’hiver, ils s’coll’nt dans les fourrures…
Dame ! y a pas qu’nous qu’est des frileux…

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Objet de nulle valeur, comme la pelure d’un fruit.

Ce qui est chic, pas ordinaire, épatant, c’est d’avoir ça au veston à vingt ans au plus, quand on a encore l’air d’un gamin et qu’on n’a pas de poil. Alors les passants sont embrochés, les vieux généraux qu’on croise vous reluquent avec des prunelles de conseil de guerre, les femmes vous rient des yeux et de la bouche, tout le monde pense : « Vous avez vu ce gringalet, qui est décoré ? C’est à crever de rire ! Qui c’est-il ? Qu’est- ce qu’il a fait ? Il a pour le moins arrêté un train express ? ou sauvé la Banque de France ? » Enfin, on ne passe pas inaperçu, on goûte la gloire. Comme ça, la Légion d’honneur, oui, ça vaut le coup ! Mais à trente, quarante ans, dans le tas, comme les dix-sept cent mille voyous qu’on rencontre partout, en omnibus, à pied, en chemin de fer ? Ah non ! De la pelure !

(Henri Lavedan)

Permanence

Fustier, 1889 : Argot de joueurs. Série de numéros qui sortent à la roulette ou au trente et quarante.

Il (le marqueur) a d’abord ses abonnés à qui il vend les permanences vingt francs par semaine.

(Revue politique et littéraire, 1882)

France, 1907 : « C’est, dit G. Macé, la partie disponible du personnel de police, prête à marcher de nuit et de jour. Ce sont les chasseurs sans armes, chargés de surveiller, traquer et prendre le gibier malfaisant, nuisible… Agents et malfaiteurs sont constamment en éveil, il n’y a pour eux ni jour mi nuit, et l’année ne finit pas. C’est le mouvement perpétuel. »

(G. Macé, Un Joli Monde)

Permanences

France, 1907 : Série de numéros ou de couleurs qui se suivent à la roulette ou au trente et quarante.

Photographe

Rossignol, 1901 : Aide de l’exécuteur qui tient par les oreilles la tête du condamné, lorsqu’il a le cou dans la lunette de la guillotine ; il tire dessus de façon qu’il ne la rentre pas dans les épaules, et que le couteau lui tombe sur le cou. L’aide qui fait habituellement le photographe est en activité depuis quarante ans, ayant débuté à l’âge de 16 ans. Il était précédemment exécuteur en Corse. Il y avait à une époque un bourreau par cour d’appel et, lors de leur suppression, il vint comme aide à Paris où il construisit les guillotines actuelles, les anciennes ayant été brûlées en 1871. Étant le plus ancien et le seul de première classe, il comptait sur la succession de Deibler qui lui revenait de droit, mais le ministre de la Justice a jugé à propos de nommer le plus jeune, arrivé, il y a six ans, d’Algérie, où il était aide de l’exécuteur Rasenœud [NDLR : Rasseneux], nom prédestiné.

Pieds humides

France, 1907 : Sobriquet donné à une bande d’agioteurs véreux pour la plupart qui s’agitent, végètent et tripotent autour de la Bourse, pieds humides, parce qu’ils sont généralement boueux et crottés. Ils se livrent au commerce bizarre de titres tombés en défaveur, d’actions de sociétés en déconfiture.
Certaines de ces valeurs sont cotées quarante sous et sont achetées par des escrocs de haut vol, qui en bourrent leurs portefeuilles, des faiseurs qui en garnissent leurs coffres-forts vides, afin d’éblouir M. Gogo. D’autres de ces papiers à vignettes ne valent plus un sou, ainsi les chemins de fer d’intérêt local en faillite. C’est à l’aide de ces valeurs qu’un certain nombre de Pieds humides, réunis en une sorte de syndicat, parviennent à faire des dupes. Ils font courir le bruit que les dites sociétés se relèvent, que des commandites sont fournies, et envoient des rabatteurs dans les cafés, sur les boulevards, qui amènent au jardin de la Bourse des gogos aux yeux desquels ils font miroiter des bénéfices exorbitants avec toutes sortes de chiffres et de preuves à l’appui.

Pissard

France, 1907 : Nom donné à saint Médard, auquel la croyance populaire attribuait l’abondance des pluies à l’époque de sa fête.

Saint Médard
Le grand pissard.

Ce phénomène est facilement explicable, puisque la fête de l’évêque de Noyon avait lieu le 8 juin, c’est-à-dire à l’époque du solstice d’été, où généralement il y a changement de temps. Mais depuis la réforme du calendrier, le solstice d’été, au lieu de tomber comme aujourd’hui le 22 juin, avait fini, par suite de la fraction négligée par Jules César, par tomber les 11 et 12 du même mois. Saint Barnabé, dont la fête tombe le 11 juin, partageait avec saint Médard le pouvoir d’influer sur le temps. Les paysans picards répètent encore un dicton datant d’avant la réforme grégorienne, où le solstice d’été arrivait le 11 juin :

C’est la Saint-Barnabé,
Le plus long jour de l’été.

C’est saint Gervais maintenant dont la fête tombe le 19, trois jours avant le solstice d’été, qui a remplacé Barnabé et Médard. Aussi, même au ciel, il y a pour les saints grandeur et décadence.
Citons quelques dictons au sujet de ces saints.

Quand il pleut le jour de Saint-Médard,
Le tiers des biens est au hasard,
À la Saint-Barnabé,
La faux au pré.
Quand il pleut à la Saint-Gervais,
Il pleut quarante jours après.
S’il pleut la veille Saint-Gervais,
Pour les bleds c’est signe mauvais,
Car d’iceux la tierce partie
Est ordinairement périe.

C’est douce saint Gervais qui a remplacé son confrère Médard comme saint pissard.

Pisser à l’anglaise

Delvau, 1866 : v. n. Disparaître sournoisement au moment décisif.

Virmaître, 1894 : S’en aller subrepticement sans payer son écot. Pisser à l’anglaise : quitter un salon sans saluer les maîtres de la maison pour ne pas jeter le trouble dans la réunion… ou parce que l’on s’embête à quarante francs par tête (Argot du peuple).

France, 1907 : S’esquiver sans payer. Ne pas confondre avec filer à l’anglaise, qui signifie quitter une compagnie sans prendre congé (Voir Filer). L’individu qui pisse à l’anglaise fait semblant de se rendre au water-closet, et de là s’esquive sans payer sa consommation ou son écot.

Poivrer

d’Hautel, 1808 : Pour, vendre trop cher.
Cette marchandise est bien poivrée. Pour dire, que le prix en est très-élevé.

Vidocq, 1837 : v. a. — Payer.

Larchey, 1865 : Donner la vérole.

Pour se venger d’un homme, elle prit du mal exprès afin de le poivrer.

(Tallemant des Réaux)

Larchey, 1865 : Vendre trop cher. On dit aussi : Saler (1808, d’Hautel).

Delvau, 1866 : v. a. Charger une note, une addition, — dans l’argot des consommateurs. C’est poivré ! C’est cher. On dit de même : C’est salé.

Delvau, 1866 : v. a. Payer.

Rigaud, 1881 : Communiquer le mal vénérien, donner un bon à toucher chez le docteur Ricord. — Être poivré, être dans les conditions requises pour obtenir une entrée à l’hôpital du Midi, payer cher un moment de plaisir.

Toi louve, toi gueuse, qui m’as si bien poivré, Que je ne crois jamais en être délivré.

(Saint-Amant)

Rigaud, 1881 : Payer, — dans le jargon des voleurs. — Surfaire. — Falsifier. Poivrer le pive, falsifier le vin.

La Rue, 1894 : Payer. Surfaire. Falsifier, empoisonner. Communiquer la syphilis.

Virmaître, 1894 : Quand la cuisinière poivre trop ses mets, elle met le feu au palais des convives. Quand une femme poivre un homme, le poivré maudit Christophe Colomb comme François Ier la belle Ferronnière (Argot du peuple).

France, 1907 : Donner la syphilis. Se faire poivrer, l’attraper. Celle qui la donne a reçu le nom de poivrière.

Ils continuaient l’histoire de Marie Mange-mon-prêt, qui avait poivré en une seule nuit quarante-trois voltigeurs, sans compter les enfants de troupe, ou la partie de piquet avec des cartes usées par six générations d’aides de cuisine, car il était difficile, à première vue, de distinguer l’as de trèfle du valet de carreau.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Toi louve, toi guenon, qui m’as si bien poivré,
Que je ne crois jamais en être délivré.

(Saint-Amant)

Ponte

La Rue, 1894 : Joueur. Tout homme qui fait de la dépense.

France, 1907 : Joueur. Celui qui place de l’argent sur le tapis contre le banquier au pharaon, au trente et quarante et à la roulette ; de l’espagnol punto, point, as.

Au tripot de la Bourse, il n’existe point d’autre moralité que le succès ; les gros gagnants se croient, non point des heureux, mais des hommes d’élite supérieurs au vil troupeau des pontes obscurs ; ceux-ci, du reste, ne tardent point à rendre hommage au favori du destin railleur.

(Henry Bauër)

Ponte (la)

Rigaud, 1881 : Réunion de joueurs qui jouent contre le banquier au baccarat, au trente-et-quarante.

Postdamie

France, 1907 : Nom que l’on donnait, au XVIIIe siècle, au vice hors nature à cause de la tolérance que Frédéric dit le Grand, grand pédéraste, accordait à ce genre d’infamie. L’on sait qu’il habitait le château de Postdam. « Les Mémoires de Bachaumont, du 13 octobre 1783, attestent que, sur un registre consacré par la police â noter toutes les turpitudes de ce goût, figuraient environ quarante mille hommes adonnés à la postdamie. Il est impossible de révoquer ces témoignages, puisque , en 1848, la police de Paris a fait trois mille arrestations de ce genre. »

(Louis Nicolardot, Les Cours et les Salons au dix-huitième siècle)

Proh pudor !

France, 1907 : « Ô honte ! » Latinisme.

Les commissaires, gens tarés pour la plupart, des avocats sans causes, des bohémiens littéraires, des marchands faillis, et, proh pudor ! — jusqu’à d’anciens forçats — harnachés de gilets à la Robespierre, de chapeaux pointus à rouges panaches et de ceintures tachées de vin, s’étalèrent en poste pour aller, munis de pouvoirs illimités et de quarante francs par jour, sans les tours de bâton, démocratiser et administrer révolutionnairement nos départements stupéfiés.

(Charles de la Varenne)

Quarante

Clémens, 1840 : Table.

M.D., 1844 : Une table.

Quarante métiers, cinquante malheurs

Rigaud, 1881 : Locution dont on se sert en parlant d’un individu qui a entrepris plusieurs métiers et qui n’a réussi dans aucun.

Quarante-cinq

Larchey, 1865 : « Bon ! quarante-cinq à quinze ! » — Exclamation proverbiale toutes les fois qu’on voit briser beaucoup de verre ou de vaisselle. Signifie sans doute : quarante-cinq pièces à quinze sous. V. d’Hautel 1808.

France, 1907 : Imbécile ; vilain personnage.

L’expression, dit Alfred Delvau, date de 1833 ; elle à été inventée par quatre artistes et mise à la mode par eux. Toutes les fois qu’un de ces artistes passait devant une de ces bonnes têtes de bourgeois qui annoncent le contentement de soi et l’absence complète de toute intelligence, — ou devant l’un de ces ivrognes à la Daumier dont il semble que les vêtements eux-mêmes se soient livrés à la boisson, tant ils sont fangeux, — ou devant tout autre type grotesque du trottoir, il se découvrait en disant : « Je te salue, Quarante-cinq ! »
Maintenant, ajoute Delvau, pourquoi 45 et non pas 25 ou 105 ou n’importe quel autre chiffre ? Je n’en sais rien, et, de leur propre aveu, les artistes en question n’en savent rien eux-mêmes.

C’est simplement à titre de curiosité que nous donnons cette expression et l’explication de l’auteur de la Langue Verte, car elle est tombée en désuétude, n’ayant d’ailleurs pas le sens commun.

Quarante-cinq !

d’Hautel, 1808 : Exclamation burlesque et ironique usitée lorsqu’on entend tomber quelque chose de fragile, comme par exemple, les vitres d’une fenêtre, ou quelque porcelaine.

France, 1907 : Exclamation faubourienne que quelque loustic lâche chaque fois qu’on entend le bris d’une assiette, d’une bouteille on d’un verre.

Quarante-huitard

France, 1907 : Républicain qui s’est battu pendant les journées de juin 1848 : vieille barbe : vieil arriéré en politique.

Un jour donc que, dans un de ces repaires, où ils alignaient des listes de proscription, les sales libéraux, avec leurs ongles noirs, leurs pipes juteuses, et des jurons plein la bouche, discutaient de l’immortalité de l’âme et la niaient, le vieux quarante-huitard tira ses manchettes, et, après un coup d’œil jeté à la glace, il leur fit l’éloge de la prise de la Bastille !

(Émile Bergerat)

Ce mot est aussi employé adjectivement :

Le prestige lui-même, le vieux prestige quarante-huitard, les parlementaires l’ont tué. C’en fut fini, de jour où ils acceptèrent avec reconnaissance que, dans je ne sais plus quelle bagarre au Château-d’Eau, comme un de leurs collègues se proclamait représentant du peuple, un sergot lui répondit : « Je m’en fous ! » en lui lançant la botte au derrière.

(Jean Jullien, L’Aurore, octobre 1898.)

Quart d’œil

Larchey, 1865 : Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

(Balzac)

Comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, nous y voyons plutôt une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires dite cardeuil. V. Fr. Michel. — V. Parrain.

Rigaud, 1881 : Surnom attribué autrefois par les voleurs au commissaire de police. Aujourd’hui les voyous et leurs modèles les voleurs donnent indistinctement ce nom aux commissaires de police et aux sergents de ville. Un étymologiste de la petite Roquette que nous avons consulté nous a affirmé que ce sobriquet leur avait été inspiré par les allures de ces agents de l’autorité, qui les guettent en tapinois et ne montrent que le quart de l’œil.

Virmaître, 1894 : Commissaire de police (Argot du peuple). V. Moissonneur.

Rossignol, 1901 : Commissaire de police.

France, 1907 : Commissaire de police. Voici quelle serait, d’après Balzac, l’origine de ce sobriquet :

Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris, comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot, puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

Mais, objecte Lorédan Larchey, comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, on doit y voir plutôt, avec M. Michel, une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires, dite cardeuil.

— C’est pas assez de se voir déshonorer par sa fille… Faut encore être insultée par un goaupeur. Eh bien ! puisque c’est comme ça, je vas m’en aller… mais je vas revenir avec le quart d’œil, c’te fois-ei !… Et c’est lui qui te montrera ce que ça coûte, grand feignant, de vouloir se payer des pucelles de quinze ans moins trois mois… Attends un peu !

(Oscar Méténier)

France, 1907 : Coup d’œil furtif, œillade amoureuse que l’on jette en passant, du coin, du quart de l’œil, à une personne d’un sexe différent que l’on veut aguicher ou qui vous plait. Provincialisme.

Nombre de jeunes pensionnaires à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession sont déjà expertes dans le quart d’œil.

Ramasseur d’isolés

France, 1907 : On appelle ainsi, dans le monde des joueurs, un escroc qui, à une table de roulette ou de trente et quarante, guette les joueurs distraits, pour s’emparer de leur gain. On dit dans le même sens : étouffeur d’orphelins.

Rantequé

France, 1907 : Déformation argotique de quarante.

Remise

France, 1907 : Vieille coquette bonne à mettre au rancart, en remise.

— Quel âge, la chatte ?
— Une remise. Quarante ans tapés.

(Marni, La Haute)

Repiquer au truc

Virmaître, 1894 : Revenir à la charge. Avoir été chassé par la porte et rentrer par la fenêtre. Demander à crédit et se le voir refuser, le redemander à nouveau, c’est repiquer au truc (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Recommencer. On dit aussi repiquer sur de rôti.

Un chasseur, guignard, se baguenaudait sur le tard sans avoir tiré un coup de fusil depuis le matin. Voilà qu’il découvre des canards barbotant dans une mare. Les baptiser « sauvages » ne lui répugnait pas, n’eût été un paysan aux quinquets matois qui le reluquait.
— Dites donc, mon brave, laissez-moi tirer un canard ?
Et, en même temps, le chasseur glisse la pièce au cul-terreux.
— Tirez, mon bon Mossieu !
Le Nemrod n’en exige pas plus : il déquille une bestiole et, tout guilleret, il aboule une nouvelle pièce de quarante sous au campluchard, pour être autorisé à repiquer au truc… Et un deuxième canard vient meubler sa carnassière.
Comme le type s’esbignait, fier de ne pas rentrer bredouille, le pétrousquin lui susurre :
— Les canards ne sont pas à moi !…

(Le Père Peinard)

Lorsque j’ai touché ma quinzaine,
I’ m’arriv’ qué’qu’fois d’rentrer plein.
Mon épous’ commenc’ son antienne :
« Fainéant ! Poivrot ! Sac à vin ! »
Pour clouer l’bec à la commère,
J’la cogn’, comm’ si a s’rait en stuc ;
Si, malgré ça, a veut pas s’taire,
Je r’pique au truc.

(Jules Jouy)

Retiration (être en)

Delvau, 1866 : Avoir plus de quarante ans, vieillir, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Avoir atteint la cinquantaine, — dans le jargon des typographes. Au propre, la retiration c’est le verso de la feuille à imprimer, quand on tire en blanc. (Boutmy.)

Virmaître, 1894 : Ouvrier typographe qui commence à vieillir et qui trouve difficilement de l’ouvrage. Le progrès n’a pas encore inventé la machine à tuer ceux qui ne peuvent plus travailler après avoir fait la fortune des patrons (Argot d’imprimerie).

France, 1907 : Avoir atteint la cinquantaine et ne plus trouver de l’ouvrage nulle part ; argot des typographes.
« Le progrès, dit Virmaître, n’a pas encore inventé la machine à tuer ceux qui ne peuvent plus travailler après avoir fait la fortune des patrons » Ça viendra !

Roue de devant

M.D., 1844 : Pièce de deux.

Delvau, 1866 : s. f. Pièce de deux francs. Les Anglais disent A fore-coach-wheel pour une demi-couronne.

Rigaud, 1881 : Pièce de quarante sous.

Sauter la banque (faire)

Rigaud, 1881 : Gagner l’enjeu qui constitue la banque, soit au baccarat, soit à la roulette ou au trente-et-quarante ; c’est le rêve de tous les joueurs.

Soulographie

Vidocq, 1837 : s. f. — Ivrognerie.

Delvau, 1866 : s. m. Ivrognerie dégoûtante.

Rigaud, 1881 : Ivrognerie constitutionnelle.

France, 1907 : Ivresse.

S’agit-il, par exemple, de suivre tous les degrés de la soulographie, remarquez la progression parfaite indiquée par les quarante-six termes qui suivent, dont nous avons justifié l’existence par de nombreux exemples. Sans rentrer l’un dans l’autre, ils ont leur signification propre. — Chacun indique, dans l’état, une nuance.
Au début, nous rencontrons les neuf verbes : être bien, avoir sa pointe, avoir un grain, être monté, en train, poussé, parti, lancé, en patrouille.
Un peu plus loin, nous voyons l’homme légèrement ému ; — il sera tout à l’heure attendri, il verra en dedans, et se tiendra des conversations mystérieuses. Cet autre est éméché ; il aura certainement demain mal aux cheveux.
Pour dépeindre les tons empourprés par lesquels va passer cette trogne de Silène, vous n’avez que la liberté du choix entre : teinté, allumé, pavois, poivre, pompette, ayant son coup de soleil, ayant son coup de sirop, son coup de bouteille, son plumet, sa cocarde, se piquant ou se rougissant le nez.
De la figure passons à la marche. — L’homme ivre a quatre genres de port qui sont également bien saisis. Ou il est raide comme la justice et lasse trop voir par son attitude forcée combien il lui en coûte de commander à la matière ;
Ou il a sa pente (ce qui arrive souvent quand on est dans les vignes), et il marche comme si le terrain lui manquait ;
Ou il festonne, brodant de zigzags capricieux la ligne droite de son chemin ;
Ou il est dans les brouillards… tâtonnant en plein soleil, comme s’il était perdu dans la brume.
Attendons dix minutes encore ; laissons notre sujet descendre au plus bas, et vous pourrez dires indifféremment : Il est chargé, gavé, plein, complet, pion, rond comme une balle, mouillé, humecté, bu, pochard, casquette, il a sa culotte, son casque, son toquet, son sac, sa cuite, son affaire, son compte, il est soûl comme trente mille hommes, il en a jusqu’à la troisième capucine. — Ce n’est plus un homme, c’est un canon chargé jusqu’à la bouche.

(Lorédan Larchey)

Tatouille

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Grêle de coups.

France, 1907 : Défaite, pour ratatouille, bouillie.

Figurez-vous que cette tatouille d’Iéna, en 1806, fut déjà elle-même une « revanche ». Il n’y a que cela, des « revanches », dans la vie militaire du roseau pensant. Qui n’est pas vaincu est vainqueur, et ça recommence ! Donc la tatouille d’Iéna (1806) était une réplique du tac au tac à une autre tatouille, intitulée Rosbach, que Le Dieu des armées, toujours distrait, nous avait flanquée en 1757, un 5 novembre, soit quarante-neuf autres années auparavant. À preuve que le grand Napoléon, quand il entra plus tard dans Berlin, sur son cheval blanc, fit démolir une colonne érigée à la commémoration insolente de ladite précédente tatouille.

(Émile Bergerat)

Grêle de coups.

Alors, avec un galbe époilant, sans même se donner la peine de retrousser leurs manches, les deux prolos administrèrent aux poulards une de ces tatouilles qui font époque dans l’existence d’un policier.

(Le Père Peinard)

Tenir la dragée haute

France, 1907 : « Expliquer aux bonnes gens, inavisés des choses de lettres, pourquoi on en arrive à tenir ainsi, pendant quarante-sept ans, la dragée haute à un ouvrage, parce que cet ouvrage est le plus original et le préfère de son auteur, et uniquement à cause de cette préférence, ce serait les initier à des mœurs théâtrales si honteuses pour la profession qu’il vaut mieux les couvrir d’un voile. »

(Émile Bergerat)

Tétart

France, 1907 : Chevreau de lait ; argot des bouchers.

Dans le commerce de la boucherie, les chevreaux de lait sont appelés tétarts ; les autres se nomment broutards. Les premiers ont de trente à quarante jours, les autres de trois à quatre mois ; ils arrivent généralement dépouillés dans les villes, parce que l’éleveur fait plus d’argent avec leur peau qu’avec leur viande.

(Dr Félix Brémond, Dictionnaire de la table)

Tonneau des Danaïdes

France, 1907 : Ouvrage inutile, sans fin, sans but. Personne dépensière, gaspilleuse, aux exigences de qui l’on ne peut suffire. Allusion aux quarante-neuf filles du roi d’Argos Danaüs : sur l’ordre de leur père, à qui un oracle avait prédit qu’il périrait de la main d’un de ses gendres, elles égorgèrent leurs maris la première nuit de leurs noces. Jupiter, par punition, les condamna à remplir éternellement dans le Tartare des tonneaux percés. Strabon explique l’allégorie de cette fable en nous montrant les Danaïdes creusant des puits et des canaux pour féconder les plaines d’Argos, dont le sol aride exigeait une quantité considérable d’eau. Lucien, dans ses Dialogues, adopta cette explication.

Tour de bête (au)

Delvau, 1866 : adv. À l’ancienneté, — dans l’argot des troupiers. Passer capitaine à son tour de bête. Être nommé à ce grade, non à cause des capacités militaires qu’on a montrées, mais seulement parce qu’on a vieilli sous l’uniforme.

Rigaud, 1881 : Par rang d’ancienneté, — dans le jargon des troupiers.

Il passa capitaine à l’ancienneté, à son tour de bête, comme il disait en rechignant.

(Ed. About, Trente et quarante)

Trente-et-un

Delvau, 1866 : s. m. Dernière élégance, suprême bon ton, — dans l’argot du peuple. Se mettre sur son trente-et-un. Se vêtir de son plus bel habit ou de sa plus belle robe, — l’habit à manger du rôti et la robe à flaflas. On dit aussi Se mettre sur son trente-six et sur son quarante-deux.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique