France, 1907 : De son propre mouvement ; latinisme.
Motu proprio
Proprio
Rigaud, 1881 : Propriétaire.
Et comme je n’aime pas les proprios.
(Le Sans-culotte, 1879)
Virmaître, 1894 : Abréviation de propriétaire (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Propriétaire.
Hayard, 1907 : Même sens — poche.
France, 1907 : Abréviation de propriétaire ; argot populaire.
En 1870, je n’ai pas attendu que l’on fit l’appel de ma classe, je me suis engagé, au son du tambour, et j’ai fait campagne pour défendre ce sol où je n’ai rien planté, tandis que les riches proprios et les riches négociants éliminaient leurs enfants par tous les moyens en leur pouvoir. Et moi, pauvre ouvrier, qui n’ai absolument rien à défendre, ni propriété, ni industrie, ni commerce, je ferais des enfants pour défendre le bien des autres ! Pour que quand j’irai demander un secours il me soit refusé ?
(Lettre d’un prolo à Séverine)
J’tap’rai dans l’tas d’ceux qu’a pas d’blouse,
J’cass’rai la gueule aux proprios,
À tous les gens qu’a d’la galtouze
Qu’il a gagné dans des agios.
D’abord. moi, j’ai pas l’rond, j’suis meule,
Aussi rich’s, nobl’ eq cœtera,
I’faut leur-z-y casser la gueule…
Et pis après… on partag’ra !
(Aristide Bruant, Dans la Rue)
Le féminin est propriote.
Redingue
Virmaître, 1894 : Abréviation de redingote (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Redingote.
France, 1907 : Abréviation de redingote.
— Vous, vous êtes bien nippé ; vous avez une redingue comme un proprio ; qu’est-ce que je dirais, moi ? J’ai un pantalon écossais auquel il manque trois carreaux que j’ai été obligé de remplacer par du papier, comme dans les mansardes.
(Maurice Donnay)
Saquer
France, 1907 : Chasser, renvoyer ; littéralement, donner à quelqu’un son sac.
À Saint-André, un petit patelin près de Lille, il y a un nom de dieu d’animal, proprio, patron, conseiller et tout ce qui s’en suit… Ce salop-là avait pour bonne une pauvrette, naturellement plus gironde et plus jeune que sa guenon de femme, — il en a profité et l’a fichue enceinte.
La patronne ayant fait un boucan monstre, la petite bonne a été saquée.
Quand une bonne engrossée par le papa ou par le fils à papa, a été saquée par le patron… quand, pour une raison quelconque, une gosseline est sur le pavé… les dames patronnesses racolent les pauvrettes et leur jabotent : « À tout péché miséricorde ! Il ne vous faut que du travail pour vous relever… on vous en procurera ! »
Et on enferme la malheureuse…
(La Sociale)
Dans le patois de la Meuse, saquer signifie hâter le pas, fuir.
Suiffard
Delvau, 1866 : adj. et s. Homme mis avec élégance, avec chic.
Delvau, 1866 : s. m. Richard.
Rigaud, 1881 : Riche.
Rigaud, 1881 : Tricheur, grec. — Les suiffards se mettent au vert pour charrier des types.
Fustier, 1889 : Argot de cercles, de tripots. Le suiffard est un grec qui fréquente des établissements borgnes, des tripots, des claque-dents. Suiffard est en quelque sorte un diminutif de graisseur (filou en argot) le suif étant fait avec de la graisse.
France, 1907 : Escroc.
Le suiffard opère dans les bouges les plus immondes, dans les assommoirs où l’on débite du poison alcoolique à un sou le verre… c’est presque toujours un repris de justice qui a été payé (condamné) deux ou trois fois. Lorsqu’il ne trouve pas à tricher… il se livre aux attaques nocturnes, aux vols au rendez-moi, à la ramastie, au charriage, au bonneteau, etc.
(Hogier-Grison, Pigeons et vautours)
France, 1907 : Homme riche ou simplement endimanché.
— Était-il assez suiffard, l’animal ! Un vrai proprio ; du linge blanc et des escarpins un peu chouettes !
Voir Suiffée.
France, 1907 : Soldat ou sous-officier portant une tenue fine ou ayant de l’argent dans ses poches ; elles sont métaphoriquement graissées.
Veau de lune
France, 1907 : Imbécile, double sot.
Quand, obliquement, tel un crabe,
Mon proprio chez moi vient choir,
Voici ce qu’à ce vieux crabe,
Sans en omettre une syllabe,
Je lui passe avec le crachoir :
« N’ai-je pas pour toi, veau de lune,
Assez dépeuplé mon gousset ?
Et comment ferai-je si, thune
Par thune, tu prends ma fortune,
Pour aller boire chez Pousset ? »
(Raoul Ponchon)
Voilà le chiendent !
France, 1907 : Voilà l’ennui, voilà l’embarras !
Il n’y aurait pas assez de chicanous et de quarts-d’œil pour procéder à l’expulsion des récalcitrants et, en outre, les proprios finiraient par la trouver mauvaise, car ils seraient obligés de dépenser en frais bougrement plus de galette qu’ils n’en ratisseraient.
Nous n’en sommes pas là, voilà le chiendent !
(Le Père Peinard)
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