La Rue, 1894 : Fille galante, maîtresse. Les prostituées de basse catégorie ont reçu beaucoup de noms : crevette, bourdon, passade, fesse, galupe, catau, catin, gerse, gaupe, ruttière, gouge, gouine, baleine, chausson, roubion, grognasse, gourgandine, truqueuse, asticot, morue, brancard, autel ou outil de besoin, dossiers, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, traînée, trouillarde, camelotte, volaille, carogne, blanchisseuse de tuyaux de pipes, pouffiasse, moellonneuse, pontonnière, pilasse, ponante, ponifle, pierreuse, vadrouille, chiasse, avale-tout, taupe, paillasse, cambrouse, wagon à bestiaux, voirie, rouchie, gadoue, etc.
Biche, cocotte, grue, horizontale, persilleuse, bergeronnette, Louis XV
Brider
d’Hautel, 1808 : Brider la lourde. En terme d’argot signifie, fermer la porte.
Un oison bridé. Homme ignorant et d’une extrême stupidité.
Cette affaire est scellée et bridée. Pour elle est conclue, terminée.
Brider la figure à quelqu’un. C’est lui appliquer un coup de bâton sur le visage.
Brider l’oie. Tromper soigneusement quelqu’un, abuser de sa bonne foi, de sa simplicité.
Brider. S’opposer, mettre obstacle, contrecarrer.
Brider les volontés, les désirs de quelqu’un.
La bécasse est bridée. Se dit par raillerie d’un sot que l’on engage dans une mauvaise affaire, que l’on a pris pouf dupe. Voyez Âne.
Ansiaume, 1821 : Fermer.
Il faut débrider la marmotte, il a dix plombs de rouget.
anon., 1827 : Fermer.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Fermer. Le boucard est bien bridé, la boutique est solidement fermée.
Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Fermer.
Delvau, 1866 : v. a. Fermer, — dans le même argot [des voleurs]. Brider la lourde. Fermer la porte.
Fustier, 1889 : Interdire, défendre. Argot des marchands forains.
Il m’a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses, un divertissement qui, après avoir été bridé, vient d’être débridé depuis qu’on a constaté l’impossibilité de harnaquer.
(Temps, avril 1887)
La Rue, 1894 : Interdire, défendre.
Rossignol, 1901 : Retirer une autorisation. Retirer l’autorisation à un camelot ou marchand quelconque de stationner sur la voie publique pour y débiter sa marchandise, c’est le brider. Un établissement fermé par ordre de la préfecture est bridé.
France, 1907 : Fermer ; argot des voleurs. Brider la lourde, fermer la porte. Se dit aussi pour ferrer un forçat.
Cracheur à Pouffe
Clémens, 1840 : Parler pour rien.
Éponge
d’Hautel, 1808 : Boire comme une éponge. Boire avec excès ; s’enivrer.
Passer l’éponge sur quelque chose. Pardonner ; oublier noblement une mauvaise action ; une offense.
Presser l’éponge. C’est faire rendre à quel qu’un ce qu’il a pris ; le faire regorger.
Delvau, 1864 : Femme. Épouse ou maîtresse qui vous éponge, en manœuvrant au cul, le trop plein de vos couilles.
Delvau, 1866 : s. f. Ivrogne, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des voyous, qui révèlent ainsi d’un mot tout un détail de mœurs. Autrefois (il n’y a pas longtemps) les filles et leurs souteneurs hantaient certains cabarets borgnes connus de la police. Ces messieurs consommaient, en inscrivait sur l’ardoise, ces dames payaient, et le cabaretier acquittait la note d’un coup d’éponge.
Rigaud, 1881 : Maîtresse d’un souteneur.
Mais, pardon, tiens, que je te fasse voir mon éponge, poursuivit-il, en tirant à lui Céline.
(Huysmans, les Sœurs Vatard)
La Rue, 1894 : Femme de souteneur. Éponge d’or, avoué.
France, 1907 : Ivrogne. La périphrase s’explique de soi.
France, 1907 : Maîtresse ; argot des souteneurs.
Me v’là, Laur’, l’éponge à Polyte,
C’est un beurr’ comm’ nous nous aimons,
Mon homme et moi, nous somm’s l’élite,
La fleur, la crèm’ des butt’s Chaumont,
C’est dimanch’ dernier, au bastringue,
Qui m’a plu Polyte, et qu’j’y plus ;
La grande Irma, c’t’espèc’ de bringue,
Était sa marmite, ell’ l’est pus,
Dès qu’j’en suis d’venue amoureuse,
Y m’a dit : Toc, ça t’va, ça m’va !
C’est vraiment chouett’ pour un’ pierreuse
D’avoir un mec comm’ celui-là.
(André Gill, L’Éponge à Polyte)
Voici en bloc les noms donnés aux prostituées de basse catégorie : asticot, autel du besoin, avale-tout, baleine, blanchisseuse de tuyau de pipe, bourdon, brancard, cambrouse, camelotte, carogne, catau, catin, chausson, chiasse, dossière, fesse, gadoue, galupe, gaupe, gerse, gouge, gouine, gourgandine, grognasse, moellonneuse, morue, outil de nécessité, paillasse, passade, pétasse, pierreuse, ponante, ponifle, pontonnière, pouffiasse, punaise, roubion, rouchie, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, rullière, taupe, trainée, trouillarde, truqueuse, vadrouille, voirie, volaille, wagon à bestiaux.
Épouffer
d’Hautel, 1808 : Il est tout épouffé de lui-même. Pour, il est bouffi d’orgueil ; il est très-épris de sa personne.
Il est venu tout épouffé m’apprendre cette nouvelle. Il s’est mis hors d’haleine, pour s’empresser de venir annoncer cette nouvelle.
S’épouffer. Disparoître, se cacher derrière quelqu’un.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Saisir la victime à l’improviste, — dans l’argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Saisir à l’improviste un passant par derrière, comme cela se pratique pour exécuter le coup du père François (Argot des voleurs).
France, 1907 : Se jeter sur quelqu’un, le saisir à l’improviste ; argot des voleurs.
Épouffer (s’)
Fustier, 1889 / La Rue, 1894 : Fuir, se sauver.
France, 1907 : Fuir.
Épouser la foucandière
anon., 1827 : C’est quand les filous jettent ce qu’ils ont dérobé, de peur d’être pris.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Jeter les objets volés de peur d’être pris.
Bras-de-Fer, 1829 : Jeter ce que l’on a volé.
Delvau, 1866 : v. a. Se débarrasser des objets volés en les jetant çà et là quand on est poursuivi. « Épouser est ici une altération d’époufer, qui faisait autrefois partie du langage populaire avec le sens de glisser, ne se dérober. » C’est M. Francisque Michel qui dit cela, et il a raison.
Virmaître, 1894 : Quand un voleur est pris par les agents en flagrant délit, en se sauvant, il jette sur la voie publique ou dans les égouts, s’il le peut, les objets volés, afin de se débarrasser des preuves compromettantes (Argot des voleurs).
Épouser la foucandière ou la fauconnière
France, 1907 : Jeter les objets volés quand on se sent poursuivi.
Épouser, dit Francisque Michel, est ici une altération d’épouffer, qui faisait autrefois partie du langage populaire avec le sens de glisser, de se dérober.
Faire pouf
France, 1907 : Quitter son logement sans payer. Même sens que déménager à la cloche de bois. Pouf, suivant Lorédan Larchey, est une onomatopée imitant la chute d’un paquet de vêtements lancé par la fenêtre dans la rue.
Flûtes
Delvau, 1866 : s. f. pl. Jambes. Jouer des flûtes. Courir, se sauver. Astiquer ses flûtes. Danser.
Rigaud, 1881 : Jambes et principalement jambes maigres. — Se tirer des flûtes, se sauver.
Faut s’ tirer des flûtes.
(G. Marot, L’Enfant de la Morgue, 1880)
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Jambes.
France, 1907 : Jambes maigres On dit aussi flageolets.
La petite pouffiasse était assez garnie en croupe, mais il ne fallait pas regarder ses flûtes.
(Les Propos du Commandeur)
Astiquer ses flûtes, danser.
anon., 1907 : Jambes.
Gnon
Delvau, 1866 : s. m. Meurtrissure que se fait une toupie ou un sabot, — dans l’argot des enfants ; et par extension, Blessure que se font les hommes en se battant. S’emploie au figuré.
Rigaud, 1881 : Contusion ; coup qui marque.
Virmaître, 1894 : Donner un coup ou le recevoir.
— Ce pauvre Léon, il est crapsé du gnon que lui a foutu sa pouffiace (Argot des souteneurs).
Rossignol, 1901 : Coup. Recevoir un gnon, c’est recevoir un coup.
Hayard, 1907 : Coup de poing.
France, 1907 : Coup, meurtrissure ; corruption de gnole.
A’ poussa comme un champignon
Malgré qu’alle ait r’çu pus d’un gnon
L’soir, en faisant la cabriole
À Batignolles.
(Aristide Bruant)
— C’est cinq francs de commission que vous me devez.
— Cinq gnons dans la gueule, tu veux dire.
(Jean Richepin)
Dans une réunion politique, Bigorneau reçoit un soufflet.
Il n’en faut pas davantage pour allumer… son courroux, et il parle aussitôt d’envoyer des témoins à son insulteur.
Celui-ci, éclatant de rire :
— Quel mauvais caractère a ce garçon-là ! Il se fâche pour un oui, pour un gnon !…
(Le Journal)
Gouape
Larchey, 1865 : Débauche.
Mes amis, unissons nos voix pour le triomphe de la gouape.
(L. Reybaud)
J’aime mieux jouer la poule. — Parce que t’es un gouêpeur, mais ceux qui préfèrent le sentiment la gouape, c’est pas ça.
(Monselet)
Delvau, 1866 : s. f. Filou, — dans l’argot des faubouriens. Faiseur de poufs, — dans l’argot des cabaretiers. On dit aussi Gouapeur. Cependant gouape a quelque chose de plus méprisant.
Delvau, 1866 : s. f. Vagabondage ; fainéantise, — dans l’argot du peuple.
La Rue, 1894 : Vagabond, fainéant, débauché, filou.
Grand calot
France, 1907 : Même sens que gros légume, gros bonnet.
… Il eût pouffé si quelque somnambule extra-lucide lui avait prédit que son brevet lui servirait, un jour, à dresser des biques au pas espagnol, à être un vulgaire metteur en scène, à chauffer le prestige d’un grand calot qui la connaissait dans les coins, comme disent les troupiers.
(René Maizeroy, Le Genêt)
Mistoufles
Virmaître, 1894 : Faire des misères, causer des désagréments à quelqu’un (Argot du peuple).
France, 1907 : Désagréments, ennuis.
Les médecins de nos jours, avec leurs théories parasitiques, ne voient plus que microbes partout, que microbes acharnés à nous faire des mistoufles, comme on dit à Montmartre.
(Armand Silvestre)
Le deuxième me fit des « pouffes »,
Le troisièm’ me fit tatouer,
L’quatrièm’ me fit des mistoufles
Et le cinquièm’ me fit suer,
Le sixième fit des manières,
L’septièm’ me fit du boniment,
Le huitièm’ me fit des misères,
Le neuvièm’ me fit un enfant.
(René D’Esse)
Employé au singulier, mistoufle signifie misère.
Et fichtre, c’est très légitime que l’appétit vienne enfin au populo : il a un ventre, c’est pour l’emplir ! Il a parfaitement raison de vouloir jouir de l’existence et de n’en plus pincer pour confire dans la mistoufle.
(Le Père Peinard)
Patapouf
Larchey, 1865 : Gros homme soufflant plus qu’il ne respire. — Onomatopée.
Delvau, 1866 : s. m. Homme et quelquefois Enfant bouffi, épais, lourdaud. On dit aussi Gros Patapouf mais c’est un pléonasme inutile.
Rigaud, 1881 : Homme d’un embonpoint respectable, soufflant, suant, geignant à chaque pas. Gros patapouf.
Virmaître, 1894 : Homme gros et court sur jambes, qui peut à peine souffler en marchant. Dans le peuple on dit :
— Ce patapouf souffle comme un phoque (Argot du peuple).
France, 1907 : Corpulent, lourd.
Planter un drapeau
Virmaître, 1894 : Autrefois on disait faire un puff. Les ouvriers et les petits employés ont l’habitude de manger à la semaine ou au mois chez leur restaurateur ; fréquemment quand ils quittent leur place, ils ne payent pas le gargotier.
— Pourquoi ne passes-tu pas par-là ?
— J’ai planté un drapeau.
Allusion au drapeau planté par les cantonniers sur la voie publique qu’ils réparent pour avertir qu’il ne faut pas passer là (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Faire une dette chez un marchand de vin ; on dit aussi faire un pouf.
France, 1907 : Contracter une dette dans un cabaret ou un restaurant. L’on n’ose plus passer dans la rue, qui dès lors est barrée comme lorsque le service de la voirie y fait poser un petit drapeau ronge pour indiquer qu’elle est en réparation et que la circulation y est interdite.
Pouf
Larchey, 1865 : Catastrophe financière, fauteuil bas largement capitonné. V. Puff.
Les pertes que vos trous dans la lune ou vos poufs, pour parler le style du local, lui occasionnent.
(Vidal, 1833)
Delvau, 1866 : s. m. Dette qu’on ne paye pas ; crédit qu’on demande et auquel on ne fait pas honneur. Argot du peuple. Signifie aussi Banqueroute. Quoique pouf ait l’air de venir de puff, comme la malhonnêteté vient du mensonge, ce sont des mots d’une signification bien différente, et on aurait tort de les confondre.
France, 1907 : Dette chez un fournisseur, généralement un restaurateur ou un cafetier. « Faire un pouf ; partir en laissant un pouf. » Ce serait, suivant Lorédan Larchey, une onomatopée faisant allusion au bruit sourd produit par la chute d’un paquet lancé par la fenêtre dans un déménagement à la cloche de bois ; mais il faut observer que les Anglais ont le mot puff (prononcez pouf) pour exprimer un souffle des lèvres, moquerie ou mépris, ou un saut d’une place à l’autre. Faire un pouf serait donc donner du vent à ses créanciers, ou s’esquiver rapidement.
Pouf !
d’Hautel, 1808 : Interjection qui sert à exprimer le bruit que fait un corps solide en tombant.
Pouf (faire un)
Rigaud, 1881 : Ne pas payer une dette. — Faiseur de poufs, celui qui a l’habitude de ne pas payer ses dettes. Le faiseur de poufs déménage tous les six mois en laissant dans tous les quartiers des créanciers consternés, jusqu’au jour où quelque escroquerie qualifiée l’envoie sur les bancs de la police correctionnelle.
Pouffer
d’Hautel, 1808 : Se pouffer de rire. Pour dire, éclater de rire ; rire à gorge déployée.
On dit plus communément, s’épouffer.
Pouffiace
Larchey, 1865 : Femme sale, avachie.
Virmaître, 1894 : Fille publique avariée. On dit aussi : chameau, chiasse, camelotte (Argot des souteneurs).
Pouffiace, peauffiace
Rigaud, 1881 : Prostituée sur le retour.
Pouffiasbourg
Delvau, 1866 : n. d. v. Asnières, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que ce village est le rendez-vous de la Haute-Bicherie parisienne. On dit aussi plus élégamment : Gadoûville.
Pouffiasse
Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie.
La Rue, 1894 : Femme vile, prostituée.
Hayard, 1907 : Vieille fille publique.
Pouffiasser
Delvau, 1866 : v. n. Mener une conduite déréglée — quand on est femme. Fréquenter avec les drôlesses — quand on est homme.
Poufiasbourg
France, 1907 : Sobriquet donné à Asnières près Paris, à cause du nombre de femmes de mœurs légères qui viennent y résider.
Poufiasse
Rossignol, 1901 : Prostituée.
France, 1907 : Sale femme, prostituée de bas étage ; argot populaire qui se trouve dans le parler béarnais.
Le directeur du bagne lui paya une chopine d’arnica, pour panser ses hochons, puis exigeant de la poufiasse qu’elle porte plainte, il rédigea pour elle une déposition.
Mais quand il s’est agi de dégotter des témoins, bernique ! personne n’a voulu marcher.
(Le Père Peinard)
Si j’ai pas l’rond, mon surin bouge,
Or quand la poufiasse a truqué,
Chez moi son beurre est pomaqué :
Mieux vaut bouffer du blanc qu’du rouge.
(Jean Richepin)
Poufiasser
France, 1907 : Mener une vie de débauché ou de poufiasse.
Puff
Larchey, 1865 : Banqueroute — V. Pouf.
Il serait homme à décamper gratis. Ce serait un puff abominable.
(Balzac)
Larchey, 1865 : Réclame effrontée. — Mot anglais.
Le Lafayette du puff qui en matière de réclames est le héros des deux mondes.
(Heine)
Delvau, 1866 : s. m. Charlatanerie. Vient du verbe anglais to puff, bouffer, boursoufler, faire mousser.
Rigaud, 1881 : Réclame exagérée ; charlatanisme.
France, 1907 : Banqueroute.
France, 1907 : Réclame tintamarresque : anglicisme, de puff, souffle, bouffée ; onomatopée. C’est Le bruit que font les lèvres en lâchant, soit une bouffée de fumée, soit du vent.
Spispouf
France, 1907 : Polisson ; de l’allemand Spitzbube, même sens.
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