Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Potence, guillotine.
Abbaye de monte à regret
Abbaye de Monte-à-Regret
Bras-de-Fer, 1829 : Guillotine.
Vidocq, 1837 : ou de Monte-à-Rebours, s. f. — Nos romanciers modernes, Victor Hugo même, qui, dans le Dernier Jour d’un Condamné, paraît avoir étudié avec quelque soin le langage bigorne, donnent ce nom à la Guillotine, quoiqu’il soit bien plus ancien que la machine inventée par Guillotin, et qu’il ne s’applique qu’à la potence ou à l’échafaud.
Celui qui jadis était condamné à passer tous ses jours à la Trappe ou aux Camaldules, ne voyait pas sans éprouver quelques regrets se refermer sur lui les portes massives de l’abbaye. La potence était pour les voleurs ce que les abbayes étaient pour les gens du monde ; l’espoir n’abandonne qu’au pied de l’échafaud celui qui s’est fait à la vie des prisons et des bagnes ; les portes d’une prison doivent s’ouvrir un jour, on peut s’évader du bagne ; mais lorsque le voleur est arrivé au centre du cercle dont il a parcouru toute la circonférence, il faut qu’il dise adieu à toutes ses espérances, aussi a-t-il nommé la potence l’Abbaye de Monte-à-Regret.
un détenu, 1846 : Échafaud.
Halbert, 1849 : L’échafaud.
Larchey, 1865 : Échafaud (Vidocq). — Double allusion. — Comme une abbaye, l’échafaud vous sépare de ce bas monde, et c’est à regret qu’on en monte les marches.
Delvau, 1866 : s. f. L’échafaud, — dans l’argot des voleurs, qui se font trop facilement moines de cette Abbaye que la Révolution a oublié de raser.
Rigaud, 1881 : L’ancienne guillotine, — dans le langage classique de feu les pères ignobles de l’échafaud. Terrible abbaye sur le seuil de laquelle le condamné se séparait du monde et de sa tête.
La Rue, 1894 : L’échafaud.
Virmaître, 1894 : La guillotine. L’expression peut se passer d’explications : ceux qui y montent le font sûrement à regret (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : La guillotine. Cette désignation n’a plus raison d’être depuis 1871, époque à laquelle les treize marches pour y monter ont été supprimées.
Hayard, 1907 : L’échafaud.
France, 1907 : La potence ou l’échafaud.
Comme une abbaye l’échafaud sépare de ce monde, et c’est à regret qu’on monte les marches.
(Lorédan Larchey)
Mon père a épousé la veuve, moi je me retire à l’Abbaye de Monte-à-regret.
(Victor Hugo, Le Dernier jour d’un condamné)
Les voleurs appellent encore l’échafaud Abbaye de Saint Pierre, la guillotine étant autrefois placée sur cinq pierres, devant la Roquette.
Bénir ses pieds
Delvau, 1866 : v. a. Être pendu, — dans l’argot impitoyable du peuple, qui fait allusion aux derniers gigottements d’un homme accroché volontairement à un arbre ou involontairement à une potence.
Béquillarde
France, 1907 : Guillotine ; de béquille, vieux mot pour potence. Boiteuse.
Béquille
d’Hautel, 1808 : C’est une vieille béquille. Terme de mépris ; pour dire un vieux radotteur, un vieillard infirme qui a peine à se trainer.
Ansiaume, 1821 : Potence.
En approchant de la béquille, il a mangé le morceau à l’engueuseur.
Halbert, 1849 : Potence.
Larchey, 1865 : Potence (Vidocq). — La potence ressemble à une béquille. — Béquiller : Pendre. V. Farre.
Delvau, 1866 : s. f. Potence. — dans l’argot des voleurs, dont les pères ont eu l’occasion de remarquer de près l’analogie qui existe entre ces deux choses.
Béquiller
Ansiaume, 1821 : Pendre.
J’ai vu béquiller un auverpin qui avoit fait suer un chesne tout seul.
Vidocq, 1837 : v. a. — Pendre.
Clémens, 1840 : Manger.
un détenu, 1846 : Manger sans besoin.
Halbert, 1849 : Manger.
Larchey, 1865 : Manger. Même étymologie que Becqueter.
C’est égal, je lui ai envoyé un coup de tampon sur le mufle qu’il ne pourra ni béquiller, ni licher de quinze jours.
(Th. Gautier)
Delvau, 1866 : v. a. et n. Manger, — dans l’argot des faubouriens.
La Rue, 1894 : Pendre. Manger. Béquillard, bourreau. Béquillarde, potence, guillotine.
Virmaître, 1894 : Manger (Argot des voleurs). V. Becqueter.
Rossignol, 1901 : Voir bèqueter.
France, 1907 : Boiter.
France, 1907 : Pendre.
Crompe, crompe, mercandière,
Car nous serions béquillés ;
Sur la placarde de vergne,
Lonfa malura dondaine !
Il nous faudrait gambiller,
Lonfa malu a dondé !
(Vidocq)
Cabot ferré
Bras-de-Fer, 1829 : Gendarme à cheval.
Virmaître, 1894 : Gendarme. Allusion aux clous qui garnissent les semelles de bottes des gendarmes (Argot des voleurs). V. Hirondelle de potence.
France, 1907 : Gendarme à cheval.
Chiffardière
Ansiaume, 1821 : Pipe.
Ah çà, dis-moi, toi, potence, vas-tu me recoquer ma chiffardière ?
Cogne
Ansiaume, 1821 : Gendarme.
J’ai ébobi deux cognes, sans la grive je crompois.
Vidocq, 1837 : s. m. — Gendarme.
Clémens, 1840 / M.D., 1844 / un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Gendarme.
Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Cognac, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. m. Gendarme. La cogne. La gendarmerie.
Rigaud, 1881 : Cognac. — Prendre un petit cogne, histoire de se rincer la dent, prendre un petit verre de cognac, pour se rafraîchir la bouche.
Viens pitancher un verre de cogne !
(Huysmans, Marthe)
La Rue, 1894 : Gendarme. Agent.
Virmaître, 1894 : Gendarme (Argot des voleurs). V. Hirondelle de potence.
Rossignol, 1901 : Gendarme. On nomme aussi les gardiens de la paix des cognes
Acré (sauvons-nous), v’la les cognes.
Hayard, 1907 : Gendarme.
France, 1907 : Abréviation de cognac et de cognard. Ces trois mots sont dérivés du verbe cogner.
Mais une heure après, ô guignon !
La faridondaine, la faridondou,
Les cognes m’ont mis à l’abri,
Biribi !
(Georges Prud’homme, Rouge et Noir)
France, 1907 : Eau-de-vie ; abréviation de cognac. Un noir de trois ronds sans cogne, une tasse de café noir de trois sous sans eau-de-vie.
Collier
d’Hautel, 1808 : Donner un coup de collier, un bon coup de collier à un ouvrage. Signifie y travailler avec ardeur ; le pousser, le mettre presqu’à sa fin.
Reprendre ou quitter le collier de misère. C’est reprendre ou quitter un travail pénible et journalier.
On dit d’un homme qui sert avec chaleur ses amis : qu’il est franc du collier.
Être franc du collier. Procéder franchement et loyalement en toute chose.
Un chien au grand collier. Au figuré, celui qui a le plus d’autorité dans une maison, qui y fait la pluie et le beau temps.
Rigaud, 1881 : Cravate. Le collier de chanvre désignait autrefois la corde de justice.
France, 1907 : Cravate. On dit aussi coulant. Collier de chanvre, corde de la potence.
Cravate de chanvre
Delvau, 1866 : s. f. Corde, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Corde de pendu.
France, 1907 : Corde de potence.
Credo
Delvau, 1866 : s. m. Aveu, — dans l’argot des ouvriers, qui ne sont pas tenus de savoir le latin. Faire son credo. Avouer franchement ses torts.
Delvau, 1866 : s. m. Potence, — dans l’argot des voleurs, qu’ils aient voulu faire soit une anagramme de Corde, soit une allusion à la confession du condamné à mort, qui récite son Credo avant de réciter son mea culpa.
La Rue, 1894 : Potence. Aveu. Crédit.
France, 1907 : Aveu, emplové dans ce sens : faire son credo. Latinisme. Credo est évidemment mis là par le populaire, qui n’y regarde pas de si près, pour Confiteor. C’est aussi une profession de foi, une affirmation de principes.
D’un an à dix-huit mois, on soumet déjà l’enfant aux fatigues. Des marmots de cet âge trottent nu-pieds dans la neige sans s’en porter plus mal. Leur faire subir des fatigues qui tueraient un petit blanc, est le principe de leur éducation. Ils n’ont qu’un but : exceller dans l’art de la guerre. C’est une sorte de Credo, et la peine et la patience déployées à enseigner cet art aux enfants seraient dignes d’une cause meilleure.
(Hector France, Chez les Indiens)
Le Credo de ces gens-là est le Syllabus, et le Syllabus est le testament du jésuitisme. C’est lui qui l’a emprunté à de Maistre, formulé, rédigé, dicté à son vieillard du Vatican. Or, qu’est-ce que le Syllabus, ce chef-d’œuvre du genre qui ne dit pas directement ce qu’il dit, qui ne le dit que par voie inverse pour dérouter l’esprit du lecteur ? C’est le double esclavage du corps et de l’esprit. Mort à la science, mort à l’industrie, sa fille aînée, mort à la liberté, mort à la souveraineté nationale, mort enfin au siècle tout entier et au progrès de l’esprit humain ! Ne pense pas, je pense pour toi, et si tu t’avises de penser par toi-même, prends garde à toi ; l’inquisiteur est là, qui a toujours une allumette dans la poche de son capuchon. Il ne faut à une société bien organisée que le gendarme, le bourreau, le prêtre et le roi, et encore le roi n’est qu’une doublure, le prêtre du dehors.
Autrement dit, c’est l’Europe en général, et la France en particulier, décapitées, abruties, bestialisées, transformées en une jésuitière laïque, où chacun de nous ne serait plus qu’une variante du perinde ac cadaver, un bloc de cinq pieds quatre pouces, plus ou moins, de matière organisée, confessé et fessé régulièrement de la main paternelle d’un révérend pour tout ce qu’il lui plairait d’appeler un péché.
Voltaire, où es-tu ? Ta tombe est vide ; il ne reste plus de toi que ton cœur, — et c’est un sénateur clérical qui l’a reçu en héritage et qui le garde sous clé au fond d’un tiroir.
(Eugène Pelletan)
France, 1907 : Crédit, par changement de finale.
France, 1907 : Potence ; Anagramme de corde.
Débine
d’Hautel, 1808 : Mot fait à plaisir, et qui signifie, délabrement, déchéance, misère, pauvreté.
Être dans la débine. Être déchu de sa condition ; être déguenillé ; réduit à une extrême indigence.
M.D., 1844 : Dispute.
un détenu, 1846 : Misère, indigence.
Larchey, 1865 : Mot qui signifie déchéance, misère, pauvreté (d’Hautel, 1808).
La débine est générale, je suis enfoncé sur toute la ligne.
(Montépin)
Delvau, 1866 : s. f. État de gêne, misère, — dans le même argot [des faubouriens]. J’ai entendu dire Dibène (pour malaise, dépérissement) sur les bords de la Meuse, où l’on parle le wallon, c’est-à-dire le vieux français. Tomber dans la débine. Devenir pauvre.
Rigaud, 1881 : Grande misère, misère noire.
La Rue, 1894 : Misère. Se débiner, tomber dans la misère ou s’affaiblir, devenir malade.
Virmaître, 1894 : Se prend de manières différentes. Être dans la misère la plus complète.
— Je suis dans la débine.
— Je m’en vais, je me sauve, je me débine (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Misère.
France, 1907 : Misère, pauvreté.
Le paletot râpé abrite autant de souffrances que la blouse, mais il les montre moins apitoyantes. La débine de l’employé est sans issue, sans espoir. La redingote, cuirasse de détresse, supporte des assauts et cache des blessures secrètes et profondes que ne connurent jamais veste et bourgeron.
(Edmond Lepelletier)
Une vraie potée d’asticots, un groupe d’enfants malingres et vicieux, champignons vénéneux poussés sur le fumier civilisé, s’amusaient à se tordre et à se mordre tout en grattant des peaux de lapin. Filles et garçons, demi-nus, grelottants, s’égayaient et s’échauffaient en paroles cyniques et en ébats infâmes : pullulation de l’égout social, fleurs de crapule et fruits de potence, gâtés en germe, et mûrissant dans cette serre chaude de la débauche et de la débine pour les récoltes du bagne et les moissons de l’échafaud.
(Félix Pyat, Le Chiffonnier de Paris)
Exgarrer (s’)
Ansiaume, 1821 : S’absenter.
Il se chargea de faire le gaff, et le potence l’exgarra, je fus marron.
Fauvette à tête noire
Rigaud, 1881 : Gendarme, — dans l’argot moderne ; allusion aux tricornes noirs des gendarmes. — Être filé par les fauvettes à tête noire, être conduit par les gendarmes.
Virmaître, 1894 : Gendarme. Allusion au chapeau bicorne (Argot des voleurs). V. Hirondelle de Potence.
France, 1907 : Gendarme.
Gamin, gamine
France, 1907 : Enfant. Ce mot, dont l’étymologie est inconnue, n’est guère employé que depuis un siècle et désignait autrefois les petits déguenillés qui courent les rues de Paris.
« Paris a un enfant et la forêt a un oiseau ; l’oiseau s’appelle le moineau ; l’enfant s’appelle le gamin… Il n’a pas de chemise sur le corps, pas de souliers aux pieds, pas de toit sur la tête ; il est comme les mouches du ciel qui n’ont rien de tout cela. Il a de sept à treize ans, vit par bandes, bat le pavé, loge en plein air… culotte les pipes, jure comme un damné, hante le cabaret, connait les voleurs, tutoie les filles, parle argot, chante des chansons obscènes, et n’a rien de mauvais dans le cœur » — du moins c’est Victor Hugo qui le dit dans les Misérables en ajoutant qu’il a dans l’âme « une perle, l’innocence ! »
Il est difficile de concilier l’innocence avec tout cela. « Tant que l’homme est enfant, Dieu veut qu’il soit innocent », affirme-t-il encore. Les gamins de son temps différaient fort de ceux du nôtre !
Le docteur Grégoire, dans son Dictionnaire humoristique, a peint en trois lignes, et plus fidèlement, le gamin de Paris : « L’esprit même, et l’incarnation de tous les vices. Un gibier de potence pour qui Gavroche a plaidé victorieusement les circonstances atténuantes. »
Gibier de potence
Virmaître, 1894 : Filou, voleur, souteneur ; tous ceux qui, en un mot, se mettent en dehors des lois et sont justiciables de la planche à pain ou du carré des petites gerbes (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Tout individu qui se met hors la loi.
Graine de potence
France, 1907 : Enfant qui annonce des dispositions qui, développées, le conduiront place de la Roquette.
Hirondelle de Grève
Delvau, 1866 : s. f. Gendarme, — dans l’argot des voleurs, qui se souviennent du temps oui on exécutait en Grève. On disait autrefois, avant Guillotin, Hirondelle de potence. Les voleurs anglais disent de même : gallows bird.
France, 1907 : Gendarme, à cause des exécutions qui se faisaient autrefois sur la place de Grève. On dit aussi, comme vieux souvenir, hirondelle du potence.
Hirondelle de potence
Rigaud, 1881 : Gendarme, — dans l’argot des marins. C’est la forme nouvelle de l’hirondelle de Grève, bien que la potence ne soit qu’à l’état de souvenir.
Hirondelles de potence
Merlin, 1888 : Gendarmes. Emprunté à l’argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Les gendarmes (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Gendarmes.
Homme de sac et de corde
France, 1907 : Coquin fieffé, digne du dernier supplice. Allusion aux grands criminels ou jugés tels que l’on décrochait de la potence pour les mettre dans un sac que l’on jetait dans la rivière avec cette inscription : « Laissez passer la justice du roi ! »
Il faut tirer l’échelle (après lui)
France, 1907 : Se dit de quelqu’un qu’on ne peut surpasser, qui est le premier dans sa profession, qui mérite le prix. Cette expression vient du temps où la potence se dressait en maints carrefours. L’échelle en question est celle de la plate-forme patibulaire. L’usage était, quand il y avait plusieurs condamnés, de pendre le plus coupable le dernier, comme on le pratique encore pour la guillotine. Après le dernier pendu, on retirait l’échelle, dont on n’avait plus besoin. Ce dicton, désignant d’abord le plus criminel, s’appliqua à quiconque surpassait les autres, soit en mal, soit en bien. « C’est un maître paillard que le curé de Saint-Marlou : après lui, il faut tirer l’échelle ! » ou bien : « M. le sénateur Bérenger est un homme d’une haute vertu ; après lui, il faut tirer l’échelle ! »
De retour à Paris, las de tant de combats,
Je régale mes gens d’un splendide repas,
Lesquels me font présent d’une très riche épée,
Où tout au long ma vie étoit développée ;
L’art y brilloit partout du haut jusques en bas ;
Surprise, guerre ouverte, embuscades, combats,
Ruse, fuite, retour, mariage, amourettes,
Délibérations, tentatives, retraites,
Quel chef-d’œuvre ! Il falloit tirer l’échelle après,
Le bouclier d’Achille étoit guenille auprès.
(Nicolas Racot de Grandval, Cartouche)
Jambe en l’air
Rigaud, 1881 : Potence, — dans l’ancien argot.
Jambes en l’air
Delvau, 1866 : s. f. Potence, — dans l’argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Potence. A. D. Il est vrai que le pendu a les jambes en l’air ; mais le peuple ne donne pas du tout le même sens à cette expression quand il dit : faire une partie de jambes en l’air. Généralement cette partie se joue sans témoins. Ce jeu est connu chez tous les peuples (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Potence.
Mariage
d’Hautel, 1808 : Faire un mariage. Mêler chacun le peu d’argent qu’on a ; en composer une petite somme pour se divertir. En terme d’imprimerie, c’est boire bouteille, avant de se mettre en train à l’ouvrage, avec le compagnon que l’on s’est choisi.
Un mariage de Jean de vignes. Un concubinage, que l’on appelle plus communément, mariage à la détrempe. Voyez ce mot.
Delvau, 1864 : Collage légitime de l’homme et de la femme, qui a le vit pour trait d’union, plus les enfants qui peuvent résulter dudit collage. Selon Balzac :
Le mariage est une association de mauvaise humeur, pendant le jour, et de mauvaise odeur pendant la nuit.
Rigaud, 1881 : Corde de justice, corde à étrangler, — dans le jargon des cordiers des XVIIe et XVIIIe siècles. C’est cette corde que l’exécuteur des hautes-œuvres appelait « tourtouse ». — Tourtouse par extension signifiait encore gibet, potence. (Hurtaut, Dict. des homonymes, 1775)
Membre (le)
Delvau, 1864 : Sous-entendu viril. Le grand outil générateur, que nous faisons travailler comme un cheval et que les femmes adorent comme un dieu.
Jouis-tu, cochon ? Ah ! le beau membre !
(Lemercier de Neuville)
On voit, sous les feuilles de vignes
Que leur impose la pudeur,
S’agiter de gros membres dignes
d’admiration — ou d’horreur.
(Anonyme)
Monseigneur le vit, ou madame la pine — Outre ces deux noms, ce noble personnage, qui veut chaque jour être fêté, possède plus de prénoms qu’il n’en faudrait pour refaire le calendrier… républicain. Je cite les principaux :
L’acteur, l’affaire, les agréments naturels, l’aiguille, l’aiguillon, l’aiguillette, l’andouille, l’arbalète, l’ardillon, l’aspergès, l’asticot, la baguette, le balancier, le bâton à un bout, le bâton de sucre de pomme, le bâton pastoral, le battant de cloche, la béquille du père Barnaba, le berlingot, la bibite, le bidet, le bijou, le bistouri, la bite, le bogue, le bonhomme, le bouchon, le boudin blanc, le bougeoir, la bougie, le bout de viande, le boute-feu, le boutejoie, la boutique, le boyau, la braguette, le bracquemard, le bras, la briche, la broche, le broque, la burette, le canon à pisser, la carotte, le cas, le carafon d’orgeat, le cavesson, cela, ce qu’on porte, la chair, le chalumeau, le champignon, la chandelle, la chanterelle, la charrue, la chenille, la cheville d’Adam, la cheville ouvrière, le chibre, le chiffe, le Chinois, le chose, le cierge, la cigarette, la clé, le clou, la cognée, le cognoir, le coin, la colonne, le compagnon fidèle, la corde sensible, le cordon de saint François, le cornichon, la couenne, la courte, le criquet, le dard, le dardillon, le degré de longitude, le devant, le doigt du milieu, le doigt qui n’a pas d’ongle, dom ou frère Frappart, le dressoir, le drôle, l’écoutillon, l’engin, l’épée, l’étendard d’amour, le fils, le flacon d’eau-de-vie, le flageolet, la flèche, la flûte à un trou, le fourrier de nature, la gogotte, la grosse corde, le goujon, le goupillon, la guigui, la guiguitte, la haire, le hanneton, l’herbe qui croit dans la main, l’histoire, le honteux, Jacques, la jambe, Jean Jeudi, Jean Chouart, la laboureur de nature, la lance, la lancette, le lard, la lavette, la limace, le machin, le Mahomet, le manche du gigot, la marchandise, le mirliton, le mistigouri, le moineau, le moineau, la navette, le nerf, le nœud, l’obélisque, le onzième doigt, l’os à moelle, l’outil, l’ouvrier de nature, le paf, le panais, le pénis, le pondiloche, le perroquet, la petite flûte, le petit frère, le petit voltigeur, la pierre à casser les œufs, la pierre de touche, le pieu, le pignon, le pis, la pissottière, le poinçon, la pointe, le poireau, la potence, le poupignon, Priape, la quéquette, la queue, le robinet de l’âme, Rubis-Cabochon, la sangsue, saint Agathon, saint Pierre, le salsifis, la sentinelle, la seringue, le sifflet, le sous-préfet, le sucre d’orge, le trépignoir, la triquebille, la troisième jambe, le tube, la verge, la viande crue, etc. etc.
Mômier
France, 1907 : Cafard, hypocrite religieux, faiseur de momeries et débiteur de patenôtres.
C’est le sobriquet donné autrefois aux calvinistes, principalement aux calvinistes suisses.
Il paraît qu’avoir sauvé une femme russe de la potence et un républicain français du peloton d’exécution constitue un crime aux yeux des mômiers protestants, décidément aussi abjects que les sacristains catholiques.
(Henri Rochefort)
Montagne de géant
Rigaud, 1881 : Potence, — dans l’ancien argot.
Monte-à-regret (abbaye de)
France, 1907 : L’échafaud, la guillotine, autrefois la potence. Maintenant que l’échafaud est au ras du sol, cette expression n’est plus usitée. Les périphrases pour désigner l’acte de tuer légalement, ce qui ne veut pas dire avec justice, son semblable, sont nombreuses : au XIIIe siècle, en parlant d’une condamnation à la potence, on disait mettre à la bise ; au XIVe et au XVe, vendanger à l’échelle, avoir collet rouge, croitre d’un demi-pied, faire la longue lettre, tomber du haut mal, puis plus tard : servir de bouchon, faire le saut, donner un soufflet à une potence, donner le moine par le cou, approcher du ciel à reculons, danser un branle en l’air, gigoter dans l’espace, avoir le chanterelle au cou, faire le guet à Montfaucon, faire le guet au clair de la lune, être branché, bénir des pieds, danser sans plancher, tirer la langue d’un demi-pied, etc., etc. ; ce qui prouve que le supplice du prochain a toujours suscité des plaisanteries. François Villon, qui, en prison au Châtelet en 1557, pour un vol commis dans le village de Rueil s’attendait d’un jour à l’autre à être pendu, plaisanta sur son sort :
Je suis François, dont ce me poise,
Né de Paris auprès Ponthoise :
Or, d’une corde d’une toise,
Saura mon col que mon col poise.
Numéro cent
Delvau, 1866 : s. m. Watercloset, — dans l’argot des bourgeois, qui ont la plaisanterie odorante.
France, 1907 : Les lieux d’aisances. Jeu de mot sur le verbe sentir. Dans les régiments, les amateurs du jeu de loto appellent les numéros du jeu par des facéties telles que celles-ci : 4, le chapeau du commissaire ; 6, le goupillon de l’aumônier ; 7, la potence où la pipe de l’adjudant ; 8, les lunettes du major ; 9, la queue basse ; 11, les jambes d’un tel ; 20, le vin du cantinier ; 22, les deux cocottes ; 33, les deux bossus ; 44, les deux baraques ; 69, bout-ci bout-là ; 13, Thérèse, ma putain de sœur qui rit quand on la… chatouille ; 71, la potence et le Normand pendu, etc., etc.
Oignez vilain, il vous poindra
France, 1907 : Vieux dicton populaire auquel on ajoute : « Poignez vilain, il vous oindra. » Obliger au voyou, c’est s’exposer à recevoir en échange des désagréments et des injures ; rien de plus vrai que ce dicton confirmé chez tous les peuples. Un proverbe du temps de Richard II, roi d’Angleterre, dit : We have no worse enemy than he whom we save from the gallows (Nous n’avons pas de plus grand ennemi que celui que nous avons sauvé de la potence).
Passer à tabac
Virmaître, 1894 : Cette expression est toute récente. Quand un individu est arrêté et conduit dans un poste de police, il est souvent frappé par la police, de là : passer à tabac (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Recevoir ou donner des coups. Passer à tabac veut aussi dire être réprimandé.
Hayard, 1907 : Occupation ordinaire des agents envers ceux qu’ils arrêtent ; assommade à coups de botte et de casse-tête.
France, 1907 : Être assommé par la police, mais spécialement à huis clos dans le poste.
Un mot d’un individu en uniforme suffit. On vous saisit, on vous bouscule, on vous assomme, on vous traîne au poste, et si vous résistez !
— Ah%#8239;! tu fais de la rouspétance, mon bonhomme !… Attends un peu !
Et sans tambour ni trompette on passe le « bonhomme » à tabac.
(Hector France, La Vierge russe)
Ce que je pense des sergots, je ne le mâche pas assez pour qu’on l’ignore ! et voilà quinze jours qu’ici même je blaguais leurs bottes, leur coupe-choux, et leur omnipotence en matière de témoignage judiciaire.
Mon nom, prononcé dans un poste par un innocent arrêté, suffit pour le faire immédiatement passer à tabac ; et ma carte, dans un commissariat, déposée de main en main avec d’infinies précautions, tournée, retournée, consultée, auscultée, manque d’être envoyée, comme engin suspect, au Laboratoire municipal.
(Séverine, Le Journal)
Pendaison
d’Hautel, 1808 : Exécution de pendu. Terme burlesque par lequel le peuple exprime l’action d’attacher quelqu’un à une potence, au gibet.
Pendu glacé
Halbert, 1849 : Réverbère.
Delvau, 1866 : s. m. Réverbère. Argot des voleurs.
Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Réverbère.
Virmaître, 1894 : Le candélabre en forme de potence qui supporte le bec de gaz. Les voleurs n’aiment pas beaucoup ces pendus-là.
— J’ai été paumé pour avoir barbotté un pante, sans ce chameau de pendu glacé, je me cavalais à la frime du sergot (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : Réverbère d’autrefois suspendu au milieu des rues au moyen d’une corde fixée à deux maisons se faisant face, ou à un candélabre en forme de potence.
Pieds (bénir des)
France, 1907 : Être pendu. Expression tombée en désuétude depuis le remplacement de la potence par la guillotine.
Piètres
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Estropiés.
Vidocq, 1837 : s. m. — Anciens sujets du grand Coësré. Ils ne marchaient qu’avec des potences.
Potence
Ansiaume, 1821 : Scélérat.
Tu es une vieille potence, tu as grinchi mon larton.
Delvau, 1866 : s. f. Homme ou femme d’une grande rouerie, qui ne vaut pas la corde qu’on achèterait pour les pendre. On dit aussi Roué comme une potence.
Sans-feuille
Delvau, 1866 : s. f. Potence, — dans l’argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : La potence (Argot des voleurs).
Sans-feuille (l’arbre)
France, 1907 : La potence.
Sourdelle
France, 1907 : Potence.
Tanagras
France, 1907 : Cocotte, poule, de Tanagra, ancienne ville de Béotie où l’on élevait quantité de poules pour choisir dans leurs couvées les meilleurs coqs destinés aux combats.
Ô maître François qui, dans Montfaucon,
Lieu qu’une forêt de potences boise,
Faillis d’une soie au vilain cocon
Apprendre « à ton col ce que ton cul poise »,
Aïeul des musards qui, sans oraison,
Comme un chien les os, quêtent leurs poèmes
Au hasard des tas, prince des bohèmes,
Cette « honneste dame » avait bien raison !
Que faisait-il là, le Villon moderne,
Entre ces gandins et leurs tanagras,
Perdu comme un poil dans un bouillon gras ?
Ils l’ont pris pour un anarcho baderne !
Tau de saint-Antoine
France, 1907 : Ancien nom donné à la potence. Le tau est le T grec. Saint Antoine est représenté s’appuyant sur une béquille qui a la forme du T.
Tour de Villon
France, 1907 : Tour de coquin. Cette expression, que nous donnons à titre de curiosité, n’est plus usitée ; Pasquier dans ses recherches prétend qu’elle vient du poète François Villon condamné à la potence à la suite d’escroqueries et à qui Louis XI fit grâce. On connait le quatrain que fit Villon en attendant sa pendaison :
Je suis François, dont ce me poise,
Né de Paris emprès Pontoise ;
Or d’une corde d’une toise
Saura mon col que mon cul poise.
Mais on sait d’autre part que dans le vieux français Villon, qui signifiait voleur, n’était qu’un surnom donné an célèbre auteur de la Ballade des Dames du Temps jadis, lequel de son vrai nom s’appelait François Corbueil.
Tourne-vis
Fustier, 1889 : Gendarme. Argot des malfaiteurs.
Le gendarme est naturellement l’obsession du repris de justice ; il le voit partout et l’a baptisé d’un nom caractéristique ; le tourne-vis.
(Figaro, février 1885)
La Rue, 1894 : Gendarme. Chapeau à cornes.
Virmaître, 1894 : Chapeau à cornes que portent les gendarmes. Ce terme s’est généralisé, il est employé pour tous les chapeaux quelles que soient leurs formes (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : V. Hirondelle de potence.
Tune ou tunebée
Vidocq, 1837 : Bicêtre, prison du département de la Seine. C’est de Bicêtre que partent les condamnés destinés aux divers bagnes de la France. Le spectacle hideux du départ de la chaîne attire toujours un grand concours de spectateurs empressés d’ajouter encore quelques souffrances à celles que doivent éprouver ces malheureux qui, cependant, n’ont pas été condamnés à servir d’aliment à la curiosité publique. Dès le matin du jour fixé pour le départ de la chaîne, des masses immenses envahissent le quartier Mouffetard, la barrière du Midi, et les environs de l’ancien manoir de Charles VII. Il pleut, l’éclair sillonne la nue, la foule ne se retire pas, et cependant cette foule n’est pas composée seulement d’hommes du peuple, il y a dans ses rangs des dandys et des petites maîtresses qui, le soir peut-être, étaleront leurs grâces au balcon du Théâtre-Italien. Voici, au reste, en quels termes s’exprimait, à l’occasion du départ de la chaîne, un journal qui cependant n’a pas l’habitude de s’apitoyer sur les misères des malheureux que la société repousse de son sein : « Jamais pareil concours de spectateurs, dit la Gazette des Tribunaux, ne s’était réuni pour contempler les traits des malheureux que la loi a justement frappés. On remarquait sur six files de voitures marchant de front, de brillans équipages blasonnés ou armoiriés, confondus avec des voitures omnibus, des cabriolets de maître, de régie ou de places, des coucous, des charrettes, des tapissières, etc., etc. Le nombre de ces chars, numérotés ou non, et plus ou moins élégans, dépassait quinze cents.
On ne voyait pas sans étonnement parmi les plus brillans équipages, des calèches remplies de dames en élégante toilette du matin. Les robes de soie, les chalys, les châles français, les écharpes de barèges, les chapeaux ornés de fleurs ou de plumes ont dû être singulièrement compromis par la poussière.
Il en était de même des hommes, devenus méconnaissables par les flots poudreux qui souillaient leurs vêtemens. La descente de la Courtille, au mardi gras, ne présente peut-être pas un spectacle aussi ignoble que celui qu’offraient aujourd’hui nos fashionables. »
Un poète, qui faisait partie de cette chaîne, a composé une sorte d’hymne dont je crois devoir citer ici les deux couplets les plus saillans.
Entendez notre voix, et que nos fiers accens.
À notre suite enchaînent la folie.
Adieu Paris ! adieu, nos derniers chants
Vont saluer notre patrie.
Des fers que nous portons nous bravons le fardeau,
Un jour la liberté reviendra nous sourire,
Et dans notre délire
Nous redirons encor ce chant toujours nouveau.
Renommée, à nous les trompettes,
Dis que joyeux nous quittons nos foyers,
Consolons-nous si Paris nous rejète,
Et que l’écho répète
Le chant des prisonniers.
Regardez-nous et contemplez nos rangs :
En est-il un qui répande des larmes ?
Non, de Paris nous sommes tous enfans ;
Notre douleur pour vous aurait des charmes.
Adieu, car nous bravons et vos fers et vos lois ;
Nous saurons endurer le sort qu’on nous prépare,
Et, moins que vous barbare,
Le temps saura nous rendre et nos noms et nos lois.
Renommée, etc., etc.
Les condamnés qui doivent faire partie de la Bride (chaîne), sont amenés dès le matin dans la grande cour de la prison de Bicêtre ; ils ont ordinairement passé une partie de la nuit à boire et à chanter*, aussi leur teint est pâle, et ils paraissent ne point devoir supporter les fatigues de la route. Ceux qui ont obtenu soit à prix d’argent, soit parce qu’ils ont la protection de quelques-uns des employés de la prison, une place aux premières loges, et peuvent voir des hommes vêtus d’un habit militaire et l’épée au côté, occupés à choisir et à examiner les colliers qui doivent servir aux forçats. Lorsqu’ils ont achevé leur tâche, ils placent par rang de taille et font asseoir vingt-six individus auxquels ils lâchent les plus dégoûtantes épithètes.
*Il y a toujours parmi les forçats qui doivent faire partie de la chaîne, quelques forçats qui se chargent de faire quelques chansons de circonstance qui sont destinées à charmer les ennuis de la route. Outre ces poésies nouvelles, les condamnés n’oublient pas de chanter quelques-unes de ces vieilles chansons argotiques chantées déjà par plusieurs générations de voleurs, la Marcandière, le Tapis de Montron, par exemple ; mais celles qui obtiennent le plus de succès, celles dont les refrains sont répétés avec une sorte de frénésie, sont celles qui sont destinées à tourner en ridicule la police ou ses agens. La chanson en vogue maintenant dans les bagnes et dans les prisons, est dirigée contre M. Allard, chef de la police de sûreté, et les agens qu’il emploie. Il est inutile de dire que cette chanson ne prouve absolument rien. Aussi je ne donne place ici à quelques-uns de ces couplets que pour donner un échantillon du style épigrammatique des voleurs.
Ce fameux Allard entra,
Sa brigade l’entoura ;
Tous scélérats,
Voyez ces agens,
Ils livreraient leur père
Pour un peu d’argent.
La chaine toute entière
Ne fait qu’un cri :
Ah ! Ah ! à la chianlit,
À la chianlit.
Allard dit à un voleur,
Je suis un homme d’honneur,
C’est un menteur.
On lui a prouvé
Que l’un de ses deux frères,
Depuis peu d’années
Est sorti des galères,
Il en rougit.
Ah ! ah ! à la chianlit,
À la chianlit.
Les agens vont dés l’matin
Chez un tailleur peu malin,
Louer un frusquin.
Voyez ces friquets
En habit du dimanche,
Ce gueux d’Hutinet,
Et ce gouépeur de Lange
En vieil habit.
Ah ! ah ! à la chianlit,
À la chianlit, etc., etc.
C’est alors que commence le ferrage. Cette opération fait quelquefois frémir ceux qui en sont spectateurs, car elle est vraiment terrible, et si le marteau ne tombait pas d’aplomb sur le rivet du collier, il est évident que le crâne du condamné serait infailliblement fracassé. Au reste, plusieurs fois des forçats ont été blessés très-grièvement. Lorsque l’opération du ferrage est terminée, et quelle que soit la rigueur de la saison, on fait déshabiller complètement chaque forçat, et les plaisanteries, assaisonnées de quelques coups de bâton, ne leur sont pas épargnées, ce qui paraît réjouir infiniment les grandes dames qui ne quittent pas les fenêtres auxquelles elles sont placées. On distribue alors à tous ceux qui doivent faire le voyage une paire de sabots, des vêtemens de grosse toile grise qui les couvrent à peine ; ensuite vient le perruquier qui taille en échelle les cheveux de chaque forçat, tandis que les argousins coupent le bord des chapeaux et la visière des casquettes.
Quelle que soit la saison, les forçats sont ensuite placés sur les voitures découvertes, attelées chacune de quatre chevaux, qui doivent les conduire au lieu de leur destination. Au signal du capitaine de la chaîne, le triste convoi se met en marche, accompagné de quelques dandys à cheval qui veulent être spectateurs du dernier acte du triste drame qui se joue devant eux, et assister au Grand Rapiot.
Le Grand Rapiot, ou fouille générale, a lieu ordinairement à la fin de la première journée de marche. On fait alors descendre les forçats des voitures sur lesquelles ils sont juchés, on les fait déshabiller, les vêtemens et les fers sont visités avec la plus scrupuleuse attention ; les condamnés sont ensuite fouillés dans les endroits les plus secrets.
Cette opération se fait très-vite et au commandement des argousins. Ceux des forçats qui n’exécutent pas la manœuvre avec assez de promptitude, ou qui se montrent maladroits lorsqu’il faut passer par-dessus le cordon, reçoivent des coups de bâton.
Tousez, Fagots. À ce commandement d’un argousin, les forçats doivent faire leurs nécessités.
Lorsque le cordon est arrivé au lieu où la première nuit doit être passée, on fait entrer deux cents cinquante à trois cents forçats dans une écurie ou dans tout autre lieu semblable, d’une capacité propre à en contenir seulement cinquante ou soixante. Ils trouvent dans cette écurie quinze ou vingt bottes de paille. Des argousins sont placés à toutes les extrémités de cette écurie, et ceux qui sont chargés d’aller relever les factionnaires sont obligés de marcher sur les forçats qui sont étendus sur le sol, et ils les accueillent par des coups de bâton. Le bâton est la logique des argousins.
Si, l’été, un forçat a soif, et qu’il ose demander à boire, un argousin dit aussitôt : « Que celui qui veut boire lève la main. » Le forçat qui n’est pas encore au fait des us et coutumes de ces Messieurs, obéit ; alors, un des argousins de garde se rend auprès de lui, le frappe rudement en lui disant : « Bois un coup avec le canard sans plume, potence. »
Les vivres distribués aux forçats, sont, sauf le pain qui, est assez passable, de très-mauvaise qualité ; le vin est détestable, et la viande n’est autre chose que de sales rogatons.
La manière dont ces vivres sont distribués ajoute encore, s’il est possible, à leur mauvaise qualité. Les baquets qui contiennent la soupe et la viande semblent n’avoir jamais été lavés. Un cuisinier distribue les portions, et compte ainsi les condamnés : « Un, deux, trois, quatre ; voleurs, tendez votre gamelle. » Les forçats obéissent ; et le cuisinier jette dans leur gamelle environ une demi-livre de viande.
La distribution des vivres faite, le chef des argousins fait entendre un coup de sifflet ; le plus grand silence s’établit aussitôt. « Avez vous eu du pain ? — Oui. — De la soupe ? — Oui — De la viande ? — Oui. — Du vin ? — Oui. — Eh bien ! voleurs, dormez ou faites semblant, si vous ne voulez pas recevoir la visite du Juge-de-Paix. » (Le Juge-de-Paix est une longue et grosse trique de bois vert.)
Cet ordre une fois donné, le plus léger bruit excite la colère de MM. les argousins, qui se mettent à une table très-bien servie qu’ils ne quittent que pour aller bâtonner le malheureux forçat auquel la souffrance arrache quelques plaintes.
Veuve
Vidocq, 1837 : s. f. — Potence.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Larchey, 1865 : Guillotine. — Elle voit mourir tous les hommes couchés sur sa planchette.
Dis-moi, menin de monseigneur le bourreau, gouverneur de la veuve (nom plein de terrible poésie que les forçats donnent à la guillotine)…
(Balzac)
On appelle encore la guillotine de toutes sortes de petits noms : Fin de la soupe, Grognon, la Mère au bleu (au ciel), la dernière bouchée etc., etc.
(V. Hugo)
Rigaud, 1881 : Corde, — dans l’ancien argot. (V. Hugo)
Fustier, 1889 : Non conformiste qui se prête… aux plus bizarres exigences.
La Rue, 1894 : Corde. Guillotine. Épouser la veuve, être guillotiné.
anon., 1907 : La guillotine.
Vilain (oignez), il vous poindra
France, 1907 : Rendez service à un rustre, il vous paiera d’ingratitude. Il est quantité de vieux dictons contre les vilains, c’est-à-dire les natures grossières, ingrates et incultes, car c’est l’éducation qui atténue les défauts naturels de l’homme. Tous les peuples s’accordent sur ce point qu’obliger de méchantes gens, c’est s’en faire des ennemis. Outre le vieux dicton de nos pères :
Oignez vilain, il vous poindra,
Poignez vilain, il vous oindra.
en voici d’autres exprimant la même pensée :
Graissez les bottes d’un vilain, il dira qu’on les lui brûle.
Ôtez un vilain du gibet, il vous y mettra.
Dépends le pendart, il te pendra.
En obligeant un vilain,
On ne recueille que chagrin
car, oncques vilain n’aima noble homme, c’est-à-dire les natures basses haïssent les nobles et les généreuses.
Citons un dicton anglais qui fait pendant aux nôtres :
Save a thief from the gallows, and he will be the first to cut your throat.
(Sauve un voleur de la potence at il sera le premier à te couper la gorge.)
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